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 ( but i'm so glad we're acquainted ) / aj.

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just a lost boy not ready to be found.

Wes Byrnes

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name : marido @ castiells.
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Message· · Sujet: ( but i'm so glad we're acquainted ) / aj. Jeu 6 Sep - 0:25



aj & wes.
so what can you show me that my heart don't know already
we make our own sins, you're qualified to me.


C’était le sixième appartement qu’il visitait en l’espace de quelques semaines, mais le premier à susciter un intérêt digne de ce nom. Les précédents l’avaient laissé sur un gout d’inachevé, et il avait cru devoir baisser les bras. Trop tatillon, il avait à chaque fois trouvé de nombreux détails qui l’indisposaient. C’était une fenêtre donnant sur une rue extrêmement bruyante, l’absence de baignoire (il adorait les bains), ou encore l’exiguïté de la chambre à coucher. À croire qu’il se cherchait ribambelles d’excuses futiles pour ne pas quitter le foyer parental pourtant pesant à présent que le père était rentré. Mais aujourd’hui la chance semblait enfin lui sourire, et il était extrêmement satisfait de son rendez-vous. Le logement était propre, relativement calme, avec une belle luminosité, et c’était avec un soulagement sincère qu’il voyait la fin de son long parcours du combattant. Un chez lui – son chez lui. L’idée le berçait d’une douce chaleur, et il avait déjà hâte de signer toute la paperasse adéquate pour amorcer son déménagement. Il faudrait naturellement acquérir de nouveaux meubles, trier ses affaires, en jeter certaines, mais peu importe, partir signifiait être enfin libre. Il allait foutre le camp de la maison, et se débarrasser du paternel. Depuis que ce dernier était de retour dans les parages, il sentait les démons aux griffes acérées s’agiter dans son estomac et reprendre possession des lieux laissés pour vide durant ces mois de tranquillité. Il détestait ça, cet état second dans lequel, l’ainé le plongeait par sa simple présence dans son dos. En compagnie de l’ancien flic au palmarès reconnu, il redevenait cet adolescent faible courbant l’échine à chaque fois qu’il l’entendait gueuler à son attention à l’autre bout de la baraque. L’homme n’avait plus sa vigueur d’antan mais la verve acerbe demeurait, soufflant à l’oreille de son fils horreurs et reproches agressifs d’une haleine mentholée. Absolument rien n’était à sa convenance, tout était prétexte à une crise, y compris la vision de son aîné quand son seul tort était de s’attarder trop longtemps à la cuisine. Au moins, n’aurait-il plus à souffrir de sa présence lorsqu’il serait là bas. Sans être des adieux définitifs, il mettait momentanément un terme à ses liens de parenté pour sa propre tranquillité d’esprit. Il étouffa un ronchon agacé, et appela sa mère pour l’informer de sa trouvaille. La voix était sinon blafarde, curieusement indifférente. Il ne pouvait cependant la blâmer : ses heures à l’hôpital s’étaient démultipliées, et elle passait la plupart de ses instants en dehors à rattraper un sommeil sporadique ou essuyer les reproches de son mari. Elle lui promit d’en reparler au diner auquel il n’avait pas du tout envie d’assister mais acquiesça mollement à ses propos, guère convaincu. Sa tentative d’évasion allait encore soulever moult vindictes. Le coeur en berne il raccrocha à l’instant où il rentrait dans un café, ses papiers sous le bras, la mine froissée, comme à son habitude. Il commanda de quoi réveiller son métabolisme à moitié assoupi, et s’extirpa du brouhaha environnant afin de profiter un peu des rayons du soleil en terrasse où il s’installa dans le fond.

Le nez dans le liquide brulant, il songeait à ce qui allait drastiquement occuper ses prochaines semaines. D’abord sa fuite inespérée, puis la rentrée scolaire, qu’il attendait avec une impatience non dissimulée pour se sortir de ce bourbier qu’était son quotidien actuel. Il passa une main dans les mèches blondes emmêlées, et considéra les alentours, histoire de se distraire un peu. Et tout en contemplant les allées et venues d’un air nonchalant, il faillit recracher son breuvage brulant sur la table, en apercevant une silhouette familière. Il se pinça les lèvres, en s’enfonçant dans son siège, tout penaud. Impossible de se tromper, il s’agissait bel et bien de Felix…. Ainsi était-il toujours à Windmont. Naïvement, il avait mis son silence étouffant sur le compte d’un départ précipité alors que la vérité était là sous ses yeux : il n’avait jamais quitté la bourgade, juste lui et ce qu’ils avaient fait. Un coup d’un soir parmi tant d’autres, et le pire dans tout ça, c’était qu’il ne pouvait même pas le blâmer. C’était de sa faute si il était tombé dans le piège en se figurant que peut être il y aurait une suite quelconque. Sur le moment, il s’était dit que ce serait éphémère, qu’une fois qu’on fermerait la porte de la cabine, ils repartiraient chacun dans leur coin comme si de rien était. Mais il n’avait pas réussi. Felix avait longtemps hanté ses rêves, avant d’entacher ses draps lorsqu’il se touchait en repensant au corps du garçon contre le sien. Il lui manquait, aussi puérile et idiote qu'était cette réflexion déplacée. Un peu à ses dépends, et mué d’une envie soudaine incontrôlable Wes se leva pour combler la distance entre eux. Il le considéra une seconde, chercha un indice, quoi que ce soit pour se rassurer, mais l’étranger était fidèle à lui même. Sourire en biais, cernes violacés devenus douces résurgences de son flirt avec l’obscurité et boucles sombres sur une peau diaphane. « Salut. » Les mots filèrent de leur propre chef, tandis que les doigts se tordaient dans tout les sens. Qu’est ce qu’il foutait exactement ? C’était complètement con de sa part d’être venu l’aborder, Felix ne devait surement pas se souvenir de son prénom, où de qui il était. Un profil pris au hasard dans une dizaine de choix sur une application pas très sélective. « Ca va ? Ca fait un moment… J’ai cru que t’avais fini par repartir chez toi. » L’explication facile pour éviter de se dire qu'on était pas suffisamment intéressant pour retenir l'attention de quelqu'un. Et déjà il regrettait d'être venu le titiller, tout ça ne donnerait rien de bon, hormis des déceptions supplémentaires dont il n'avait pas besoin.

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Dernière édition par Wes Byrnes le Mar 11 Sep - 23:02, édité 1 fois
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AJ Haggard

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Message· · Sujet: Re: ( but i'm so glad we're acquainted ) / aj. Mar 11 Sep - 20:20

Il n’avait jamais pensé qu’il passerait tout l’été dans un coin pareil, évidemment. Dans sa tête, ce n’était l’affaire que de quelques semaines, le temps que son patriarche descende de ses grands chevaux, le temps qu’ils en reviennent à leurs mauvaises habitudes – qui consistaient en gros à ignorer son rejeton pour l’un et à tout faire pour rendre son patriarche fou pour l’autre. Mais le père ne décolérait pas, comme AJ avait pu le constater en découvrant un e-mail enragé qui dégoulinait de menaces en tout genre et qui le sommait de revenir immédiatement à New York. Le jeune Haggard ignorait ce qui rendait son père le plus furieux : qu’il se soit échappé avec son aîné ou qu’il doive en arriver à adresser des courriels à son gamin puisque celui-ci ne décrochait plus son téléphone. Et pour cause… la dernière fois qu’il avait un peu exagéré sur la dose en se piquant, il avait vu surgir Hammer. Il avait fait rapidement l’addition, après, AJ, on avait beau le prendre pour un demeuré qui s’éparpillait aux quatre vents, il avait l’esprit plus clair qu’il n’y paraissait. Et il avait opté pour la réponse radicale à cette invasion de sa vie privée : en balançant son téléphone. Ainsi, plus besoin de le pister et de s’inquiéter – d’ailleurs, le fait que Hammer se soit trouvé sur la route au moment de sa fugue lui donnait un mauvais pressentiment sur lequel il ne préférait pas s’attarder – et plus besoin de répondre aux appels outragés de Haggard senior. Après, il n’avait pas vraiment réfléchi aux conséquences de ses actes dans l’immédiat : comme le fait que son téléphone recelait toute sa vie et que des centaines de photos avaient dû disparaître dans le néant et avec elles toute sa vie sociale sur les réseaux – bien qu’il n’aille plus depuis longtemps sur Mazebird, l’application lui ayant joué plusieurs fois des mauvais tours. Alors, Wes, évidemment, il y avait repensé après coup, c’était maudit de ne pas avoir au moins sauvegardé son numéro puis il avait fait comme avec tout le reste : il avait haussé les épaules en se disant que c’était comme ça, la vie, et que si le destin voulait qu’ils se revoient, il croiserait bien la route de l’énergumène, surtout vu la taille risible de Windmont et accessoirement parce qu’il était convaincu qu’il ne resterait pas assez longtemps pour retrouver les boucles folles du jeune Byrnes.
Mais voilà, les semaines s’étaient allongées, devenant des mois qui se succédaient et AJ était toujours dans la petite ville d’Oregon, incapable de déterminer ce qui retenait son frère dans cette bourgade ennuyeuse dont les seuls attraits se révélaient être le joli décor de la côte ouest et les bars comme Good time at Daveys. Désœuvré, mourant d’ennui, il faisait moins de bêtises que sur la rive opposée que parce qu’il n’y avait pas l’abondance des fêtes, avec tout ce qu’elles impliquaient de drogue, d’alcool et de sexe. Il se serait presque cru devenu moine s’il n’y avait eu la partie de jambes en l’air avec le petit gars du coin, ou en cure de désintoxication, à la différence qu’il était libre de circuler comme bon lui semblait car Hammer n’avait pas encore trouvé le moyen de le menotter au lit – ce qui, AJ en était persuadé, avait sûrement dû lui passer par la tête. Il était cependant trop tôt pour chercher à s’enivrer (quoique, ça n’aurait pas arrêté AJ à New York) et il avait donc échoué dans un café où il avait commandé un café noir avant d’aller s’affaler dans l’un des canapés en cuir pour pianoter sur son nouveau téléphone, rattrapant ce qu’il avait manqué d’anecdotes débridées fraîchement venues de sa ville natale. Il gloussait en voyant les gueules de déterrés, ricanait devant certains commentaires et regrettait amèrement de ne pas être là-bas et d’être coincé ici. Mais puisque tant que son père ne passerait pas l’éponge, il risquait un aller simple pour Boston, AJ préférait encore moisir dans les rues de sa ville d’exil plutôt que d’envisager un retour aux sources. Rivé à son écran, il ne remarqua ni l’entrée de son cher et tendre ex puceau – auquel cas il se serait empressé d’aller le voir, Wes étant le seul visage à l’avoir assez happé pour le distraire de sa misère, sans parler du feu qu’il lui avait mis au cul avec sa langue aventureuse et ses aveux à demi-avalés.
AJ mit quelques secondes à percuter que c’était à lui qu’était adressée la salutation mais en voyant les jambes postées à sa droite, qui restèrent bien ancrées là, comme si elles attendaient un signal pour se remettre en route, il finit par lever les yeux, le regard vide, peinant à se déconnecter du monde parallèle et virtuel dans lequel il avait été plongé les trente dernières minutes. Les souvenirs se calquèrent sur le visage du garçon et un sourire félin vint se dessiner sur les lèvres du New Yorkais :
- Hééé, Wes ! s’exclama-t-il, ravi, en éteignant immédiatement son téléphone qu’il fourra négligemment dans sa poche avant de se redresser, tel un homme élastique, tout en membres interminables et boucles folles. Ouais, ça roule, et toi ? Tu deviens quoi?
Le garçon invita Wes à s’asseoir d’un geste pressé de la main, lui indiquant le canapé d’en face, avant d’assimiler la remarque qui était loin d’être innocente. Était-ce d’ailleurs une pointe de reproche qu’il percevait derrière l’interrogation ?
- Ah, non, je suis toujours bien là, malheureusement. Je m’emmerde comme un rat mort, si tu veux tout savoir ! C’est con, vraiment ! J’ai plusieurs fois pensé à t’appeler pour te proposer qu’on se fasse un truc parce qu’on s’était bien amusés, la dernière fois, non ? Mais j’ai perdu mon téléphone et je n’avais pas ton numéro!
Et il ne mentait pas. Enfin, techniquement il ne mentait pas. Le seul point qui laissait à désirer était le fait qu’il prétende avoir perdu son appareil quand il l’avait sciemment abandonné, juste pour faire chier Hammer. Mais ça, Wes n’était pas obligé de le savoir puisque cela revenait au même.
- Qu’est-ce que t’as tout là ? s’enquit-il en donnant un coup de menton vers les feuilles que tenait le jeune Byrnes. T’es tout seul ? Ou t’es occupé?
Il ne se priva pas de le noyer de questions. Après tout, Wes avait déjà compris à quel point il pouvait être bavard. Ne le lui avait-il pas fait remarquer, ce premier soir ?

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Message· · Sujet: Re: ( but i'm so glad we're acquainted ) / aj. Jeu 20 Sep - 21:27

Il l’avait suivi à l’intérieur sans trop savoir ce qu’il foutait, à l’instar de ses mains incapables de tenir en place face à tant d’audace. Elles tremblaient légèrement, peinaient à tenir sa pauvre tasse au fumet agréable et tout son fatras de papier qui menaçait de tomber sur le sol à tout instant. Il hésita, et oscilla sur ses guibolles, tandis que des clients pressés le bousculaient pour commander leur boisson. Revoir le visage anguleux encadré de ses boucles noires remuait son estomac, et faisait battre follement son cœur. Dieu qu’il était idiot, tel ces adolescents naïfs découvrant les prémices d’une relation amoureuses. Sauf que Felix n’était pas son petit ami, ni même un ami tout court – il n’avait tout bonnement pas d’étiquette, hormis celle d’inconnu. Et c’était précisément ce qui lui donnait des états d’âme. Pourtant leur histoire (pour peu qu’on puisse l’appeler ainsi) était banale, du genre qui arrivait tous les jours. Un garçon en rencontrait un autre, ils parlaient, prétendaient vouloir se connaitre pour le jeu des apparences, et finissaient par coucher ensemble avant de rentrer chacun de leur côté. Des règles implicites approuvées de tous sur ces applications modernes, où les rapprochements étaient facilités, ôtant tout charme à la découverte spontanée et impromptue. On prenait, puis on jetait sans remord, pour passer au suivant sans réellement chercher quoi que ce soit de sérieux, car l’engagement n’était plus à la mode depuis des plusieurs années. Les gens préféraient l’accumulation à la monogamie trop étouffante et exigeante au quotidien : la société de consommation à son paroxysme. Wes avait joué, puis avait perdu, il n’était qu’un profil ordinaire, pioché au hasard sur un site. Ce qui avait été une nuit mémorable pour lui, n’était qu’une répétition quotidienne pour son partenaire éphémère. Une pointe d’amertume – ou était ce de l’animosité - le secoua tout entier. Que fichait-il à bloquer le passage pour quelqu’un qui n’en avait rien à foutre ? Car c’était ça le problème non ? Felix n’avait pas donné le moindre signe de vie suite à leur petite escapade en bord de mer, et il en était ressorti blessé. Il avait essayé au début, de faire comme si de rien était – si ses potes y arrivaient pourquoi pas lui ? Et puis il avait fini par craquer et envoyer un message bidon pour le sortir de sa tête. Le résultat était pire, puisque inexistant. Sans avoir de prétention quelconque sur ce qu’il était, il avait cru que… cru quoi au juste ? Il se pinça les lèvres avec vigueur. À cause de ce fol espoir typiquement humain, il reconnaissait s’être fourvoyé et payait à présent le prix de sa candeur enfantine.  

Malgré tout, il s’avança entre les tables pour venir se camper devant l’énergumène pas très farouche. Il avait – pensait-il besoin de se heurter à la réalité afin de mettre un terme à ses allitérations rêveuses. En définitive, c’était plus profond que ça : il voulait seulement apprendre à le connaitre, et avoir un peu de son attention, ne serait-ce qu’une dernière fois. Les mots s’échappèrent rapidement de sa bouche étroitement fermée. Il y eut une seconde de flottement horriblement longue, avant que Felix ne réagisse tout en ressors. Au moins, se rappelait-il de son prénom, c’était un moindre mal pour son égo abimé. Wes s’installa à sa demande sur le canapé, les joues écarlates à cause des souvenirs qui refaisaient surface par centaine. Plusieurs semaines s’étaient écoulées, et il avait l’impression que ça datait d’hier, tant son corps paraissait en porter les stigmates. « Ça va. Rien de particulier, ma vie n’est pas aussi trépidante que la tienne. » Le ton était glacial, et le surprit. Pourquoi se montrait-il soudainement cassant ? C’était de son propre chef qu’il était venu chercher sa compagnie, il fallait qu’il cesse de reprocher à Felix ses propres projections puériles quand nulle promesse n’avait scellé leur destin. Néanmoins le discours volubile mis à mal toute tentative d’effort, faisant apparaitre cette moue au combien caractéristique du fils unique Byrnes. « Ah oui ? Comme c’est pratique tiens… » Il n’insista pas en lui disant qu’il l’avait vu pianoter sur un téléphone cinq minutes auparavant, et poursuivit sans le quitter du regard. « Pourtant quelqu’un m’a parlé pas plus tard que la semaine dernière sur ton téléphone. Peu importe. Je pensais… hein ? » Les questions se mirent subitement à pleuvoir par dizaine et il dû faire preuve d’une concentration aigüe pour ne pas en perdre la moitié. Le drôle d’oiseau avait l’air particulièrement en forme, nonobstant de cet ennui mortel dont il se faisait le porte-parole éloquent. « C’est des papiers pour un appartement, je vais bientôt déménager. Enfin je reste à Windmont, mais je pars de chez mes parents, la situation est compliquée. C’est long à expliquer. » Il haussa mollement des épaules, ne souhaitant pas plus que ça s’étendre sur le sujet qu’il devinait aussi rébarbatif que la bourgade dans laquelle il vivait aux yeux de son interlocuteur. Maintenant que les lumières étaient allumés, il voyait le gouffre béant qui les séparait et les mondes différents dans lesquels ils avaient grandi. Il avait été sacrément con de s’imaginer qu’un mec comme lui d’une province minable puisse décemment intéresser Felix, personnage haut en couleur à l’existence bien remplie. Ne venait-il pas de New York après tout, cette ville qui ne dormait jamais ?  « Non. Enfin oui. Je veux dire, oui je suis seul et non je ne suis pas occupé. » Il s’embourba dans ses dires et fronça les sourcils, trouvant dans son gobelet, une échappatoire bienvenue. Il n’avait pas de plan particulier, hormis s’occuper de ses papiers, et voir ce qu’il allait faire de ses affaires en amont à son départ. « Pourquoi ? » Quand il aurait pu simplement demander, et toi. Mais la contrariété s’était immiscée sur le bout de sa langue, se faisant reine de son humeur ombrageuse.

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AJ Haggard

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Message· · Sujet: Re: ( but i'm so glad we're acquainted ) / aj. Sam 20 Oct - 20:53

Il aurait sans doute dû prêter davantage attention aux signaux envoyés par Wes. Des signaux évidents d’impatience, de vexation, d’irritation – et de déception sans doute. Mais AJ ne s’était jamais soucié des états d’âmes d’autrui, ce qui lui avait coûté des relations et même peut-être des amis. Il n’y avait qu’à voir comment Delilah l’avait accueilli quand ils s’étaient rencontrés par hasard en ville : elle l’avait envoyé sur les roses sans chercher à dissimuler la colère et le mépris qu’il lui inspirait. Il n’avait pas vraiment compris d’où venait cette hargne et cette rancune mais elles ne l’avaient pas particulièrement surpris non plus, habitué qu’il était à provoquer un courroux chez ses interlocuteurs, que cela soit intentionnel ou non. Dans le cas de Delilah, cela ne l’avait pas été, pas plus que pour Wes qui était un dommage collatéral de sa relation houleuse avec Hammer. Et puis, il ne fallait pas se leurrer : Wes avait été une agréable compagnie et s’il avait imprimé quelque chose dans l’esprit d’AJ, ce n’était pas encore évident pour ce dernier qui considérait son premier amant de Windmont Bay comme une expérience, un coup d’un soir amusant, rien de plus. Des rencontres comme celles-là, il en avait fait d’innombrables et toutes étaient tombées dans l’oubli, effacées ou supplantées par les suivantes. Alors pourquoi serait-ce différent avec l’ange grognon aux boucles de blé ? AJ ne poussait pas l’interrogation si loin, comme pour beaucoup d’autres choses. Il vivait pour la spontanéité de chaque instant sans évaluer les suites possibles. Comme maintenant : au lieu de se demander ce que pouvait penser le jeune homme de la façon dont ils s’étaient quittés puis du silence radio qui avait suivi, sans savoir s’il était content ou non de le revoir, AJ l’invitait à s’asseoir avec lui, trop heureux d’avoir de la compagnie et une distraction pour déceler l’amertume et le malaise chez l’autre.
- Trépidante, répéta AJ avait un gloussement, sourd à l’ironie du ton. Elle l’était peut-être à New York mais ici… Y a rien à faire. Vous faites quoi pour vous amuser, en général ? Les fêtes débridées, ça n’existe pas, chez vous?
Sans se rendre compte du caractère blessant de ses questions, comme s’il était tombé dans le trou du cul du monde – et pourtant dieu sait qu’il aimait ça en général – il secoua la tête, incrédule et émit un soupir tragique.
- Tiens, au fait, tu connais Delilah Bell ? Enfin, j’imagine que tu as déjà entendu parler d’elle mais je veux dire, est-ce que tu la "connais" connais ? C’est une fille d’ici. Je l’ai croisée par hasard l’autre jour et apparemment, elle a grandi ici alors peut-être que vous vous connaissez ?
Comme si, parce que la ville ne faisait pas le dixième de New York, tout le monde connaissait tout le monde. N’empêche, songeait AJ, il fallait vraiment que le monde soit petit pour qu’il tombe nez-à-nez avec sa copine de décadence, si loin du lieu de leur rencontre. Il semblait toutefois que, à cause de son attitude trop désinvolte, il l’avait vraiment perdue et s’il s’en était déjà remis, ça n’empêchait pas une légère pointe de déception de lui vriller les côtes. Était-ce pour cela qu’il était si enthousiaste à l’idée de retrouver son compagnon de dévergondage ? Peut-être. Sans doute. A moins que ce soit cette excitation qui naissait au creux de son ventre au souvenir de leurs peaux nues et moites pressées l’une contre l’autre.
Réalisant tout à coup que Wes n’avait pas l’air aussi ravi de le voir, AJ fronça les sourcils et le dévisagea un instant avant de demander, sans détour :
- Quoi ? Tu ne me crois pas ? Tu crois que j’invente des sornettes?
Reprenant son téléphone qu’il avait si aisément mis de côté juste parce que Wes était apparu, il en déverrouilla l’accès et le lança sur les genoux de son interlocuteur.
- J’ai tout perdu. Il doit me rester cinq numéros. Six, si tu veux bien remettre le tien.
Une lueur de défi traversa les yeux du garçon exalté. Mais si Wes ne tenait pas à figurer dans son répertoire, il ne le prendrait pas mal pour autant. Il ne prenait pas grand-chose mal, de toute manière, un mécanisme de défense comme un autre face à l’hostilité des gens qu’il agaçait. Quant à ses propres humeurs ombrageuses, il les gardait en général pour les gens à qui il tenait et en qui il avait confiance – une poignée de personnes, en gros. Pour les autres, il voulait être AJ le taré, l’insoumis, l’inconvenant, le dérangeant. Il ne s’amusait jamais autant qu’en semant le trouble autour de lui, après tout, comme certains avaient pu le constater à leur dépends.
- Quelqu’un a dû le trouver, qu’est-ce que tu veux que je te dise ? C’était qui ?
Cela lui importait peu, toutefois. Il ne s’attachait pas à ce genre de détails et les souvenirs perdus avec le téléphone, il ne les regrettait pas non plus. Son intérêt revint à Wes et à ses documents et il hocha la tête, vaguement intéressé. Un sourire glissa sur ses lèvres à la réponse suivante et il se pencha en avant, les coudes sur les genoux :
- Du coup, on peut faire un truc ensemble ? Remettre le couvert, par exemple ? Je plaisante ! Je ne sais pas, on pourrait aller traîner quelque part ? Boire un coup ou manger un truc ? Je m’en fous en fait du moment qu’on fasse quelque chose, toi et moi. Au cas où tu ne l’aurais pas bien compris la dernière fois, tu me plais bien. Tu ne causes pas beaucoup mais t’es pas rasoir pour autant et tu ne passes pas ton temps à me dire que je dois parler moins fort ou arrêter mes conneries.
Il aurait presque pu conclure sa tirade d’un merci s’il y avait seulement pensé. Mais il se contenta d’un sourire canaille qu’il espérait assez convaincant pour amadouer son nouvel ami.
- Et je ne plaisantais qu’à moitié, hein ? ajouta-t-il, mutin, haussant un sourcil, au cas où Wes douterait avoir bien compris le sous-entendu.

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Message· · Sujet: Re: ( but i'm so glad we're acquainted ) / aj. Mer 24 Oct - 18:57

Il avait envie de partir, de crier tout et n’importe quoi dans le réconfort douillet de son édredon, voilà à quoi il songeait, en s’enfonçant maladroitement dans le canapé usé. Pourtant, il resta là, le corps vouté, et le regard fuyant vers un point invisible dans le dos de son interlocuteur. Pourquoi s’infligeait-il tout ça ? Pourquoi courait-il derrière ces choses qui n’étaient pas faites pour lui ? Était-ce de l’inconscience pure et dure ou de la simple bêtise ? Un peu des deux certainement. Il avait toujours été comme ça, à vouloir posséder – sinon approcher – l’inaccessible. À croire qu’il eut été conçu ainsi, avec un défaut de fabrication à la naissance ; celui de désirer l’infiniment impossible. Une lubie qui avait pris racine assez tôt chez cet enfant taciturne et relativement calme, caché dans les plis des jupes d’une mère trop absente. Parce que le môme avait vu de ses grands yeux ébahis une publicité sur les arts martiaux, il avait souhaité qu’on l’y inscrive. Habilement on s’était employé à lui faire prendre conscience, qu’eu égard à son gabarit, l’affaire était vouée à l’échec ; qu’à cela ne tienne il essayerait quand même. Après des contusions sévères, ayant remis ses idées saugrenues en place, il avait fini par céder et se rendre à l’évidence : ce n’était pas fait pour lui. Plus tard, ses élans enthousiastes l’avaient conduit à se lancer dans de vastes projets, pour lesquels ses capacités étaient vacillantes voire inexistantes. Des déconvenues nombreuses, à tous les niveaux, et principalement relationnelles. Quid de Felix ? Était-il de ces singularités abstraites faisant sensiblement battre son cœur car il était un oiseau rare ? La limite était tangible, tandis qu’ils se retrouvaient totalement par hasard, l’un ravi, le second penaud et revêche. Il ignorait de quoi serait fait ce rendez-vous, dans quelle case il devrait le mettre plus tard, serait-ce une énième déception, ou tout son contraire ? Tout cela le tenait bien en peine, alors qu’il l’observait d’un air faussement serein, trahi par des mains extatiques sur ses genoux noués. Wes se sentait ridicule et pas du tout à son aise, lorsqu’il aurait souhaité faire bonne figure pour annihiler ses contrariétés ridicules. Felix ne lui devait rien, des mots silencieux répétés à tue-tête et néanmoins empreints d’une nostalgie inexpliquée. Coucher avec quelqu’un ne voulait rien dire de spécial, c’était ça, la – difficile - leçon à tirer de cette expérience lointaine, et qu’il se devait d’accepter, en dépit de son amertume contagieuse. « Il y a des choses à faire, c’est juste qu’elles ne sont surement pas assez bien pour toi. Quant aux fêtes, il suffit de se faire inviter, mais ce n’est pas ce que tu imagines, je pense. Ce n’est pas New York, ici c’est une ville de bouseux. » Le ton glacial se mua en sifflement mécontent, faisant de lui, le surprenant défenseur d’une bourgade qu’il haïssait farouchement. La ville était – qu’il le veuille ou non - l’endroit où il était né et avait grandi, or ce manque de considération de la part d’un garçon de passage l’irritait subitement. Mais en réalité, à cet instant, tout l’agaçait, à commencer par la remarque condescendante et cette nonchalance innée se heurtant au paradigme de règles que Wes Byrnes était. « On ne se connait pas tous, je ne sais pas qui c’est. » Et il s’en moquait éperdument, pressentant jalousement que cette dernière devait appartenir à une catégorie similaire à la sienne. Une sorte de passe-temps agréable entre deux activités florissantes ou digne d’intérêt. Il secoua ses lourdes boucles blondes, et se mordit la lèvre, étonné par son propre comportement vexé, pour une histoire complètement stupide. C’était de sa faute s’il en était arrivé là. Il s’était attaché – était-ce seulement le terme adéquat pour définir tout cela - et en payait maintenant le prix. Jouer les imbéciles en colère pour tester ses limites, ne résoudrait pas ses problèmes.

Il y eut un flottement à peine perceptible, durant lequel il envisagea de partir, sans joindre le geste à l’envie. La vision de Felix le maintenait vissé au sol, pendant que la conversation s’engageait sur une pente épineuse, qui était celle du téléphone disparu. Disait-il la vérité ? Comment croire une personne dont il ne savait rien hormis la cartographie inexacte d’un corps offert à la lune ? Il eut un grognement perplexe en voyant l’objet tendancieux atterrir brutalement sur ses genoux serrés et le scruta d’un œil mauvais, comme si il s’apprêtait à exploser, mais la curiosité l’emporta aussitôt sur les velléités fugaces. Machinalement il rentra le numéro, ne sachant guère où tout cela allait les mener, et fut une seconde tenté d’aller fouiner ailleurs. Cependant, il ne le fit pas. « Tiens. » Il lui rendit le portable à son propriétaire sans le quitter du regard, puisque la suite promettait d’être étrange. Il y avait cette information enfouie tout au fond de son cerveau depuis le jour où des messages échangés avaient fait ressurgir ce qu’il présumait être de vieux démons pour Felix. Comment expliquer autrement ces faux semblants de la part d’un garçon fastueux tel que lui ? Il se pencha un peu, et déposa son fatras de feuilles avant de reprendre la parole, légèrement perturbé par cette confession inédite. « C’était ton frère je crois. Il m’a dit pour… Enfin je sais que tu t’appelles Aj et pas Felix. » Ce n’était pas l’intégralité des propos entre Hammer et lui, tout juste le quart, mais le principal était suggéré. Il était au courant de sa fausse identité mais ce n’était pas ça qui le taraudait dans tout cet imbroglio, c’était plutôt cette fichue fierté de ne pas avoir vraiment compté. Aj.. Il le prononça à nouveau du bout de sa langue pâteuse avec cette même sensation d’inconvenance que le soir où la supercherie avait été dévoilée. Il avait beau le retourner dans tous les sens, ça ne collait pas ; il préférait sans conteste l’appeler Felix. Pour lui quoi qu’il advienne, ce prénom perdurerait en raison de sa connotation particulière, même si il n’était pas le bon. Sa remarque arracha malgré tout à ses traits froissés un début de sourire maladroit et des rougeurs candides. « Merci. Moi aussi tu… me plais. » Il haussa des épaules pour ne pas paraitre trop emballé. Ses muscles se détendaient progressivement à présent qu’on recollait les morceaux de ce truc indéfinissable qui les liait. Quant à son humeur ombrageuse, elle disparaissait peu à peu elle aussi au fil du phrasé moins pincé et plus avenant. « On est déjà en train de boire un truc... » De son menton, l’air narquois, il désigna le gobelet à moitié vide qu’il devinait froid et insipide. Le café, comme il le préférait mais Wes n’était pas contre la perspective de changer d’endroit pour se dégourdir un peu les pattes. « Mais je n’ai pas envie de rester ici aussi, on peut prendre un truc à emporter si tu veux, et aller se poser dans un parc ? Au pire on trouvera surement en chemin comment s’occuper. » C’était ce qu’il faisait habituellement quand il sortait retrouver des amis, à défaut d’aller au cinéma lorsque la programmation laissait à désirer. Il ramassa sa pile de papiers aux écritures illisibles, et alla vers le comptoir pour prendre un petit gâteau, ainsi qu’une bouteille d’eau. « Je t’attends devant. » Il contourna la poignée de clients à l’entrée pour se faufiler à l’extérieur, Felix lui succédant de peu, tout en mèches folles et jambes élastiques qu’il était. « C’est… c’est par là. » Lança-t-il en direction du haut de la rue, pour se donner piètre constance, quand il perdait littéralement pied en sa compagnie. « Juste… Est-ce que je dois t’appeler Aj ou Felix ? Je préfère que tu me dises, qu’on soit d’accord. » Il avait sa préférence, mais ne la dirait pas, il préférait l’entendre de sa bouche ; une bouche qu’il aurait d’ailleurs bien aimé retrouver contre la sienne.

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AJ Haggard

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Message· · Sujet: Re: ( but i'm so glad we're acquainted ) / aj. Sam 3 Nov - 12:23

On ne lui avait jamais appris à composer avec les autres. Il se débattait tant avec lui-même, avec son père, qu’il en avait occulté tout le reste. Peut-être que  s’il avait fait un peu plus attention, certains seraient restés pour lui montrer qu’il y avait d’autres choses qui valaient la peine qu’on se batte pour elles, que sa relation avec son père était vouée à l’échec et que s’épuiser à essayer de gagner sa reconnaissance ne ferait que l’épuiser, physiquement et mentalement. Il n’en serait pas là s’il avait abandonné depuis longtemps l’espoir de valoir un jour quelque chose aux yeux de Haggard senior et, au fond, AJ n’était pas certain d’y avoir complètement renoncé mais le danger que représentait la vie à New York l’avait forcé à s’éloigner et plus il y avait de distance entre lui et son père, plus il respirait, sans s’en rendre compte. Et plus il laissait de la place pour d’autres, sans doute. Des gens comme Wes qui pourraient, avec un peu de chance, ne pas se détourner, ne pas soupirer et s’avouer vaincu. Des gens qui verraient au-delà de l’image qu’offrait le trouble-fête, celui d’un garçon inconstant, inconvenant, indigne de confiance, agaçant au possible. Mais pourquoi auraient-ils attendu de voir cette lueur d’espoir quand il était si simple de détourner les yeux et de chercher ailleurs quelqu’un de plus méritant ? Toutes ces questions, évidemment, AJ ne se les posait pas. Il ne comprenait pas ses difficultés à nouer des relations, il ne comprenait pas pourquoi son entourage s’irritait pour peu de choses, pour une maladresse verbale ou un oubli quelconque. Il ne comprenait pas plus qu’on s’attache à lui, qu’on cherche à le secouer pour lui remettre les idées en place, comme Hammer tentait vainement de le faire. À quoi bon ? avait-il alors envie de demander à son aîné, d’un sourire narquois. Vis ta vie et laisse-moi vivre la mienne. Aussi n’avait-il pas reçu l’éducation nécessaire pour prendre en considération l’humeur ombrageuse de son interlocuteur qu’il accueillait avec sa tendance habituelle de se foutre toujours de tout. Comme de la réponse revêche de Wes à son insulte inconsciente :
- Je parie que tu n’as jamais été à New York, n’est-ce pas ? Sinon tu verrais de quoi je parle. Faut pas te vexer pour si peu ! C’était une simple question !   s’exclama AJ avec un rire un peu moqueur. Et je ne suis pas difficile, j’aime toutes les fêtes!
Du moment qu’il ne voyait pas le temps passer, du moment qu’il se perdait dans les méandres de la nuit, AJ était ravi. Qu’il y ait cinq, cent ou mille personnes lui importait peu pour autant qu’il puisse oublier, le temps de quelques heures, qu’il n’était qu’un garçon désœuvré qui n’avait aucune idée de ce qu’il allait faire de sa vie sur le long terme, conscient que son père ne le laisserait pas écumer les soirées débridées jusqu’à la fin de ses jours. Quel sursis avait-il avant qu’on lui ôte toute possibilité de s’amuser ? Un an ? Deux ? Cinq ? Y avait-il une date butoir qui indiquait la fin de sa pseudo liberté ?
- D’accord, d’accord, Grincheux. Je demandais ça parce qu’elle a eu sa petite notoriété, c’est tout. Mais message reçu, tu ne la connais pas.
Il leva les mains, l’air de dire c’est qu’on pourrait se piquer ou se brûler à la contrariété de monsieur, et il se laissa aller contre le dossier du canapé, entrelaçant ses doigts sur son ventre.
Le jeune Haggard n’imagina pas une seule seconde que la réponse puisse être teintée de jalousie et il attendit que l’animosité se soit atténuée, n’étant pas le moins du monde refroidi par celle-ci – à nouveau parce qu’il était bien trop habitué à ce genre de réaction. Cela passerait – ou pas – et il verrait en fonction. Si Wes s’obstinait à lui faire la tête pour une question de téléphone perdu, AJ ne voyait pas trop ce qu’il pouvait faire pour le faire revenir à une meilleure composition. Un sourire vint toutefois écorner ses lèvres quand il vit avec satisfaction que son compagnon encodait un numéro. Il ne restait plus qu’à espérer qu’il ne lui faisait pas une mauvaise plaisanterie pour le punir. AJ se pencha pour récupérer l’appareil tendu, sans quitter Wes du regard, et remit le fruit de la discorde dans sa poche, sans tester le nouveau numéro.
- Cool, merci! dit-il en se renfonçant dans le canapé.
Toutefois, la suite le fit légèrement sursauter d’une mauvaise surprise et l’arc de ses lèvres prit un angle plus aigre, tandis que Wes lui avouait avoir été informé de son véritable prénom – ou du moins de sa contraction.
- Évidemment. Le fils prodige ne pouvait pas s’empêcher d’aller fourrer son nez dans une affaire qui ne le regarde pas, siffla-t-il avec une pointe de hargne.
Il n’expliqua cependant pas pourquoi il avait menti, pourquoi il s’était inventé un autre prénom, ni pourquoi être pris en flagrant délit de mensonge ne semblait pas le gêner outre-mesure. Il n’avait pas l’impression de mentir, en général, il arrangeait juste les éléments à sa convenance. En soi, songea-t-il, qu’est-ce que cela pouvait lui foutre, à Wes, comment il s’appelait vraiment ? Cela ne changeait rien à leur rencontre, à ce qu’il s’était passé le soir du quatorze juillet. Ils n’avaient pas commencé à se livrer sur leur passé, sur leur vie privée et il n’y avait donc techniquement que ce prénom factice qui ne reflétait pas la réalité. Pas plus que ça n’ôtait la vérité de ses propos ensuite : il ne mentait pas quand il disait que Wes lui plaisait. Il ne cherchait pas à le flatter pour obtenir une nouvelle nuit endiablée. Il disait simplement ce qu’il pensait et il n’avait pas envie que le jeune homme se transforme en démon qui irait rejoindre les autres personnes qui le jugeaient et passaient leur temps à lui dire à quel point il ne valait rien.
- Ah bon ? Tu le caches bien, alors, répliqua-t-il toutefois, le sourire mutin, espérant dérider le jeune Byrnes.
Depuis qu’il était arrivé, après tout, il ne faisait que grincer des dents et n’avait pas spécialement l’air heureux de le revoir.
- Et ? demanda-t-il, se fichant pas mal du café froid auquel il ne toucherait plus. Voilà ce que je voulais entendre!
AJ se redressa comme s’il était monté sur ressors et emboîta le pas à Wes, commandant un jus d’orange pressé et deux croissants avant de sortir à la suite de son compagnon.
- OK, on va où, chef? demanda-t-il quand il vint se poster à côté de Wes, revigoré par la perspective de ne pas avoir à passer la journée seul et plus particulièrement de la passer avec son amant éphémère. Felix. Je déteste mon prénom. Je ne m’amuse pas à m’inventer des personnalités différentes, si c’est ce que tu crois.
Il remonta la rue aux côtés de Wes et lui décocha un sourire coquin avant de se pencher légèrement vers lui pour murmurer :
- Et tu ne peux pas savoir l’effet que ça m’a fait quand tu l’as dit, dans la cabane. J’adore t’entendre m’appeler Felix.
Son épaule heurta légèrement celle de Wes, comme pour le taquiner et AJ porta le jus à ses lèvres pour en boire quelques gorgées.
- Alors, on va où comme ça ? T’as toujours vécu là ?
À aucun moment il n’avait envisagé qu’ils puissent en arriver à avoir ce genre de conversation banale où évoquer les détails de la vie permettrait à l’autre d’en savoir davantage mais les circonstances semblaient parfaites pour le faire. Ainsi, il pourrait peut-être convaincre son nouvel ami qu’il ne s’était pas fichu de lui. Avoir quelqu’un en ville – autre que Hammer – ne lui ferait pas de mal.

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Message· · Sujet: Re: ( but i'm so glad we're acquainted ) / aj. Dim 25 Nov - 21:05

Il n’avait jamais fichu les pieds hors de Windmont Bay – ou si peu, et jamais très loin. Les escapades extérieures, où l’on découvrait de nouveaux paysages aux pourtours merveilleux pour un enfant en bas âge, avaient d’abord été la conséquence de vacances à la campagne en famille, à quelques heures de route d’ici. Puis, plus grand, dès qu’il en avait eu l’occasion, Wes était parti visiter Portland, soit la plus grande ville des alentours. Dans cette foule, qui lui avait fait penser à des groupes de fourmis au cheminement précis, il s’était laissé emporter, savourant avec un plaisir non dissimulé, le fait de passer inaperçu. Ici, tous ou presque se connaissaient de vue. On ne croisait que rarement un visage étranger - bien qu’on s’étonna tantôt que le fils d’un tel ne ressemblait guère à ses parents -, et c’était peut-être la raison pour laquelle il s’était tant enthousiasmé de la compagnie de Felix. En plus d’être beau garçon, ce dernier apportait un vent de fraicheur, et une spontanéité que lui ne possédait pas. Quant au reste des Etats Unis – et du monde -, Wes n’en avait eu d’aperçu que dans les romans, à la télévision, ou à travers les dires de ses copains, dont les moyens financiers n’étaient sensiblement pas les siens. Combien de fois, avait-il écouté les récits épiques des uns et des autres, la jalousie au ventre, et le regard néanmoins curieux. Il s’était consolé, en se disant que plus tard, il partirait à son tour sur la route pour visiter ces endroits qui le faisaient tant rêver. Mais voilà que les années étaient passées, et qu’il était toujours là, fermement ancré à la bourgade minuscule. Avec le temps, il s’était finalement fait à l’idée de ne pas bouger ou l’avait tout du moins prétendu pour se rassurer, même si il redoutait cette conclusion finale, d’être cet homme né et mort au même endroit. Felix par ses discours volubiles, et sans le savoir ravivait les échecs d’antan. Sans avoir honte, le constat de cette vie insipide qui se dévoilait au fil de leur discussion anodine, se faisait désormais horrible secret qu’on devait cacher  à tout prix. Un sentiment renforcé par les mots moqueurs de son interlocuteur, qui, de son côté semblait avoir tout fait et tout vu. Il eut un soupir crispé et s’agita sur le canapé.

À présent que la nuit n’était plus compagne de leurs mœurs, Wes ne voyait plus que ce gouffre immense qui les séparait. Il aurait pu mentir pour couvrir ses traces, redorer ce blason terne et se faire plus grand qu’il ne l’était. Mais il n’en fit rien, incapable de tenir pareil personnage. « Non en effet, je n’ai pas eu cette chance, je ne connais que Portland. » Portland, que l’individu taciturne, trouvait ostensiblement grandiose et tellement riche en surprises mais qu’il devinait d’une fadeur incomparable pour Felix. « Oui j’ai cru comprendre ça. Et bien peut être que tu en trouveras ici pour te changer les idées. Demande à ta copine Delilah. » Il haussa les épaules pour feindre le désintérêt le plus complet et poursuivit, d’un air nonchalant, ses boucles blondes glissant sur le front où naissait cependant une ridule de contrariété. « Et je ne suis pas grincheux… juste fatigué. » Il roula des yeux pour appuyer ses dires pas très convaincants (l’excuse était bancale, car il était vraiment grognon), et il récupéra le téléphone jeté à la volée pour y inscrire machinalement son numéro. L’objet retourné à sa son propriétaire, il aborda le sujet de ce mystérieux individu, l’ayant contacté des semaines plus tôt. Celui-ci s’était présenté comme le frère de Felix – AJ en l’occurrence – se faisant le garant de son cadet échappant à tout contrôle. La révélation ne faisait visiblement ni chaud ni froid à l’espiègle diablotin, et la parenthèse fut aussitôt fermée. Wes ne fit aucun commentaire supplémentaire. Que l’identité, ne soit pas la bonne, ne l’offusquait pas des masses, ni même ne l’inquiétait. Après tout, ils s’étaient rencontrés sur un site, où la plupart des utilisateurs se cachaient derrière des pseudonymes parfois très imaginatifs et explicites. Lui, faute d’inspiration, et parce qu’il était à moitié bourré quand il s’était inscrit, avait renseigné son véritable patronyme. Surement une erreur de débutant mais  il était si peu doué avec le mensonge, que c’était un mal pour un bien. Il avait été sincère du début à la fin ce soir-là, et c’était surement le cœur du problème. « J’ai du mal à… Enfin je ne suis pas très expansif, mais tu me plais beaucoup. » Un sourire franc glissa sur sa moue boudeuse, et  sans surprise, il se mit à rougir comme un enfant ayant fait une bêtise. Il cacha sa gêne du mieux qu’il pouvait en terminant son café froid et se redressa pour ramasser ses papiers. Sur une initiative commune, ils décidèrent d’aller se dégourdir les jambes et profiter un peu du soleil. L’humeur maussade s’était enfin dissipée, et il était content de passer quelques heures avec Felix, afin d’apprendre à le découvrir, d’une façon différente que celle de leur nuit au combien mémorable. « Par là-bas, il y a un parc, comme il fait beau, on peut se poser un peu si ça te dit. Sinon plus haut, il y a toujours la plage, et quelques boutiques sympas. » Il fit un vague geste de la main pour appuyer ses propositions, avant d’amorcer leur marche côte à côte. Ça lui faisait bizarre, d’être là à sa portée, si proche et à la fois si loin. L’espace d’une seconde, il s’imagina, en couple avec lui ; tenir sa main dans la sienne, l’embrasser, ressentir pleinement l’affection de quelqu’un qui nous rendait ivre. La chose était grisante, et il devait admettre aimer l’idée, même si elle l’effrayait également à bien des égards. Il frissonna en le voyant se rapprocher légèrement, et devint littéralement écarlate, au son des mots murmurés d’une voix particulièrement  intense. Malgré sa timidité latente, il ne s’échappa pas, se blottissant dans le creux de ce rapprochement succinct, qui faisait battre son cœur à toute allure. « Felix alors. » C’était celui qu’il préférait, celui auquel il associerait toujours le visage fripon, qu’il fixait à cet instant. Il y avait dans ces cinq lettres auréolées d’un pouvoir singulier, le souvenir commun de deux garçons dont les vies étaient entrées en collision par hasard, pour peut-être, ne plus se quitter. « Je n’ai jamais pensé à ça de cette façon. Je crois même que je comprends pourquoi tu l’as fait. J’apprécie Felix, c’est lui que j’ai rencontré, pas l’autre donc ça ne me dérange pas. » Il se lécha les lèvres par réflexe, et fut presque tenté d’intenter n’importe quel  geste physique à son encontre – il avait une envie folle et inexpliquée de le toucher – mais se contenta à la place de serrer les feuilles sous son bras. Il était trop tôt pour se permettre une telle promiscuité (selon lui), quand il ignorait totalement ce qu’ils étaient avec Felix. Amis ? Amants ? Rien ? L’absence d’étiquette mettait à mal, son esprit attaché au raisonnement binaire, si prompt à vouloir tout mettre dans des cases bien ordonnées. « J’ai toujours vécu ici ouais. Je n’ai jamais trop bougé en fait, à part pour des vacances à quelques kilomètres d’ici, ou pour les études. Pourtant, je sais que c’est un cliché, mais je me suis toujours dit que lorsque j’aurais mon premier diplôme j’irais ailleurs, et puis c’est jamais venu. L’opportunité ne s’est pas présentée, et je suis toujours ici. » C’était avec facilité qu’il en parlait en de compte, après avoir tant tergiversé un peu plus tôt. La vérité aussi médiocre était-elle, restait la meilleure des alternatives. « Peut-être quand j’aurais terminé mes études. Voyager fait parti de mes projets mais j’ai pas trop d’argent pour l’instant. Maintenant que je vais emménager dans mon propre appart, et bien ça repousse tout ça à encore plus loin. » Voire jamais, à en juger par ses récents résultats qui n’annonçaient rien de bon, à l’instar de cet argent qui filait à toute vitesse. Or il voulait à tout prix éviter de quémander de l’aide à ses parents endettés. « Et toi du coup ? Windmont après New York, c’est un drôle de parcours. T’as de la famille ici, à part ton frère je veux dire. » Osa-t-il, d’un ton quasi confidentiel, redoutant de vexer son acolyte avec ses questions potentiellement indiscrètes. Reconnaissant la devanture du disquaire local où il se réfugiait tantôt, il s’arrêta pour scruter la vitrine. « Oh tiens ils ont eu quelques nouveautés… J’aime bien cet endroit, je sais que ça fait vieillot, mais je trouve l’odeur des pochettes de vinyles réconfortante et puis le son est quand même meilleur. T’écoute quoi comme genre de musique ? » L’œil brillait de curiosité tandis qu’il le fixait véritablement pour la première fois depuis ces retrouvailles imprévues. Il se surprit alors, à vouloir tout connaitre de Felix. Ce qu’il aimait, ce qu’il détestait, ce qui le faisait rire ou au contraire râler. Il voulait tout savoir et remonter le fil de cette existence fantasque.

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Message· · Sujet: Re: ( but i'm so glad we're acquainted ) / aj. Jeu 3 Jan - 21:33

Le côté mordant de Wes n’était pas pour déplaire à AJ. Si le jeune homme avait été lisse et d’humeur égale, il aurait peut-être vite lassé le New-yorkais. Car s’il était certain que le blond plaisait au brun, cela ne suffisait cependant pas à marquer l’esprit d’un garçon bien trop instable. Aussi, les circonstances de leurs rencontres, si elles n’étaient pas exceptionnelles – le jeune Byrnes n’était clairement pas le premier rendez-vous qu’avait AJ avec un parfait inconnu – n’avaient pas manqué d’amuser AJ. L’étreinte dans la cabane de plage, au milieu des bouées pour enfants, avait été une mise en bouche exquise qui s’était terminée dans l’eau tourmentée et assez froide de l’océan. Alors, oui, peut-être que le nouveau venu aurait pu en déduire qu’il avait affaire à quelqu’un qui n’avait pas beaucoup de caractère et le suivait partout mais au moins ne l’avait-il pas recalé et, de toute manière, il avait désormais la preuve que c’était faux. Wes avait son petit caractère – un sacré caractère même – et, loin de le faire rouler des billes d’un air désabusé, AJ apprécia ce trait grincheux qui se dessinait derrière la moue méfiante.
A la remarque acerbe à propos du fait qu’il ne connaissait que Portland, AJ s’était contenté d’un vague acquiescement, comme si cela ne l’intéressait qu’à moitié. Il aurait pu suggérer qu’ils changent cela s’il avait été du genre à faire des promesses folles. Mais sa folie, il la réservait à ses propos volubiles et à ses actes, pas à des choses qu’il pourrait faire miroiter. Il détestait les promesses non tenues, les assurances basées sur un mensonge dès le départ. Il en avait eu assez venant de son père pour ne pas vouloir agir de même avec les autres. Et puis, de toute façon, qu’avait-il à promettre ? Il ne faisait pas rêver et le savait parfaitement. Alors, que Wes grogne parce qu’il n’avait pas franchi les frontières de son État natal, ce n’était qu’un détail qui changerait un jour ou l’autre, il en était persuadé. Il lui paraissait en effet inconcevable que le garçon aux boucles blondes ne quitte jamais le bord de mer qui l’avait vu grandir.
- Pour l’instant, Wes. Pour l’instant. Tu as toute la vie pour explorer le monde!
S’il se voulait encourageant ou d’allure superficielle, AJ aurait pu tout aussi bien dire que c’était partout pareil. Peu importe que les paysages fassent carte postal ou qu’il déambule dans des rues très connues de Paris ou de Londres, il n’y avait guère que la nourriture qui changeait d’une culture à l’autre. Pour le reste, les gens n’étaient pas plus patients ou agréables ailleurs. Du moins pas selon sa propre expérience de voyageur en première classe qui ronflait dans des draps onéreux et se bâfrait du petit déjeuner à volonté. Mais, il l’avait compris, mieux ne valait-il pas provoquer l’humeur ombrageuse de son interlocuteur avec des détails pareils.
Il ne releva pas plus la pique qui concernait Delilah et il la laissa couler comme si elle ne s’était jamais échappée des lèvres boudeuses.
- Fatigué, bien sûr, se moqua l’intenable New-yorkais qui ravala l’une de ses plaisanteries de mauvais goût qui aurait consisté à insinuer qu’il avait eu une folle nuit avec un autre jeune étalon.
À coup sûr, Wes le rembarrerait vertement et AJ n’avait aucune envie de le voir se lever pour l’abandonner, pas maintenant que la perspective de passer la journée en sa compagnie s’était invitée. L’aveu du jeune homme ne fit que renforcer la bonne humeur d’AJ qui semblait réagir en contradiction totale avec son compagnon. Plus ce dernier paraissait bougon et récalcitrant, plus AJ se ferait lutin sautillant et insouciant. Il n’aimait pas les discussions lourdes et ennuyeuses. Pour lui, seul comptait que les heures passent vite, qu’il n’ait pas le temps de réfléchir. Le fait qu’il plaise à Wes et que Wes lui plaise lui parut dès lors faciliter les choses et l’envie de partir à l’assaut de Windmont Bay avec Wes lui sembla une idée formidablement distrayante.
- Mmh, la plage, je l’ai déjà vue et je la préfère de nuit, s’exclama AJ avec un sourire entendu. On peut aller au parc, histoire de digérer un peu. Et puis après on pourrait peut-être se trouver un coin tranquille…?
AJ haussa les sourcils d’un air canaille, la connivence écornant ses lèvres pour trahir le fond de sa pensée. Il était prêt à parier que l’idée avait également effleuré Wes.  Il lui semblait en effet improbable que l’autre veuille se contenter de discuter avec lui et préfère retenter sa première expérience de la plage. Peut-être avait-il eu le loisir de s’essayer aux joies du sexe avec d’autres, maintenant qu’il y avait goûté mais AJ pressentit qu’il ne valait mieux pas aborder le sujet aussi vite et aussi ouvertement, au risque de se mettre de nouveau à dos son compagnon.
Et puis, il n’exagérait pas : il aimait vraiment ce prénom rouler sur la langue de Wes, ce prénom qu’il était le seul à utiliser pour l’appeler, donnant à leur relation une exclusivité indéniable.
- Ah ? Tu comprends ? Mon père me dirait que je fais n’importe quoi. Il ne verrait pas ce que ça m’apporte de nier mon identité. Alors qu’il serait sûrement le premier à payer pour que je ne sois pas son fils!
Mais il ne valait mieux pas qu’il se lance dans ce débat insensé. Wes n’y comprendrait rien, la dynamique des Haggard étant particulièrement nocive, et puis AJ n’avait pas envie de parler de son père ni d’embêter son acolyte avec ce dernier. Il ne voulait pas passer pour le gosse de riche qui se plaignait de sa petite vie aisée et qui n’avait pas reçu l’amour paternel auquel il aspirait tant. Il s’était déjà assez usé la langue à parler de cela avec sa psychothérapeute et n’aspirait pas à retomber dans ce cercle vicieux. S’il était loin de New York, c’était pour une raison bien précise.
Alors il interrogea plutôt Wes, sincèrement curieux d’en savoir plus sur ce garçon a priori taciturne et méfiant qui pourtant le suivait dans ses folies.
- Pourquoi tu devrais attendre d’avoir un diplôme pour faire ce que tu as envie? demanda AJ avec une surprise évidente. Si t’as envie de partir, pars ! Personne ne va le faire pour toi ! Ne deviens pas comme ces vieux types qui se trouvent des excuses à longueur d’année. Il y aura toujours quelque chose pour te freiner, pour te dissuader, si on y réfléchit.
Me voilà qui devient philosophe, songea AJ avec un sourire moqueur. Qui était-il pour donner des leçons ? C'était facile à dire pour lui, il suffisait qu’il tire quelques billets à papa et c’était parti. Pas besoin d’économiser. Il menait à peu près la vie qu’il voulait.
Jusqu’à ce qu’il déconne trop.
Et que son père décide de resserrer la poigne.
Et veuille l’envoyer à Boston.
Cette seule pensée fit courir un frisson le long de sa colonne vertébrale et AJ la chassa en secouant la tête.
Pourquoi fallait-il donc que son père s’immisce toujours dans sa vie, même lorsqu’il était à des milliers de kilomètres de lui ?
- Mmh. Moi, c’est un peu le hasard. J’ai fait des conneries à New York et mon père voulait m’attraper pour me ramener sur le droit chemin. J’ai juste suivi Hammer qui partait à ce moment-là. Monsieur surveille les intérêts de je ne sais qui en s’assurant qu’une nana ne fasse pas de bêtise. C’est le comble quand on a un frère aussi foireux!
L’ironie n’échappait clairement pas à AJ. Mais pendant qu’Hammer était occupé ailleurs, il avait tout le loisir de déambuler dans la petite ville d’Oregon. Et de rencontrer un garçon comme Wes Byrnes.
- Je ne sais pas trop ce que je vais faire ensuite. Attendre que mon père cesse de faire la gueule pour rentrer à New York, sans doute...
Le problème, c’était qu’il n’avait aucune idée du temps que cela prendrait. Cette fois, son patriarche semblait vraiment furieux et tout retour au bercail était une vraie menace pour le cadet Haggard.
Wes désigna une devanture et AJ s’arrêta pour jeter un œil à l’intérieur. Il plissa légèrement les yeux et mit sa main en visière avant de répondre à l’interrogation :
- Si tu veux tout savoir, je n’écoute pas beaucoup de musique. Ça me reste dans la tête après et je n’arrive pas à me l’enlever. Mais sinon j’aime bien écouter des morceaux au piano. Juste au piano. Ça me calme. Et j’aime bien les chansons en français.
Le regard vif d’intérêt du garçon se porta sur Wes et il sourit, d’un drôle de sourire en coin indéchiffrable.
- Et toi ? Tu veux entrer pour faire un tour?
Il donna un coup de menton en direction de la boutique.

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