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 THUNDERSTORM, PANIC-STRICKEN — (William)

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Message(#) Sujet: THUNDERSTORM, PANIC-STRICKEN — (William) Dim 11 Oct 2009 - 1:43



Il pleuvait. Il fallait qu'il pleuve. Il fallait qu'il se mette à flotter à partir du moment où j'aurais posé le pied sur le bitume d'Apple Road. Forcé ! J'étais maudite, poursuivie par la fatalité. Sans doute une punition céleste, parce que je n'avais pas été fichue de prévoir que Robynn ferait une connerie à cause de cette lettre et que… Ravalant un sanglot, j'observais le taxi s'éloigner et je resserrais les pans de mon manteau. Le conducteur avait proposé de me conduire jusque devant chez moi, mais j'avais décliné l'offre. Besoin de marcher, de m'éclaircir l'esprit. J'avais encore passé une heure en compagnie de Robynn qui s'était prostré dans un silence inquiétant. Il avait parfois croisé mon regard, mais s'était détourné et avait gardé un visage impassible. Ça en devenait minant, profondément. Alors j'avais eu besoin de clarifier mes pensées, de mettre au clair tous mes remords possibles. Rester embourbée dans ce merdier aurait été une mauvaise idée, et il était hors de question que je parle à une psychologue. Aussi, je le faisais à ma manière, c'est à dire marcher sans vraiment regarder où j'allais, complètement trempée par la pluie diluvienne qui s'abattait sur Ocean Grove, triste quartier résidentiel.

J'avais donc des pensées confuses qui s'entrechoquaient au gré de mes pas, me martelant que j'aurais dû et pu empêcher Robynn de tenter ce qu'il avait tenté. Et pourtant, c'était stupide, ni moi, ni personne n'aurait pu prédire ce qu'il allait faire une fois que j'étais partie faire les courses. La mort dans l'âme, voilà ce qu'il avait eu, le pauvre. Et plus honteux que moi, il avait voulu mettre fin à ses jours. Ou peut-être avais-je mal compris son dessein ? Je ne savais pas, et je ne cherchais pas à savoir, j'avais assez de problèmes dont je devais m'occuper. Je n'allais plus en cours, je ne voyais plus personne de mon entourage passé, je ne faisais plus rien d'autre que des allers-retours entre la maison et le centre psychiatrique, ou la maison et le pub où j'avais rencontré quelques mois plus tôt Leïa et Ray. Eux ne savaient pas que mon frère avait tenté de se suicider, eux ne s'intéressaient pas à ce genre de choses. On refaisait le monde à notre façon, en buvant, en trinquant, et en plaisantant. Je pouvais être naturelle, normale, et me débarrasser de tous mes déboires et malheurs aussitôt que je franchissais la porte du pub. Mais ils n'étaient pas comme Vicky, ou comme Jovan. Non. Eux, ils ne me connaissaient pas, et ne me connaîtraient jamais vraiment. Je riais avec eux, et j'oubliais pendant un temps trop court que ma vie n'était pas lumineuse en ce moment. Bien sûr, j'aurais pu aussi me coller un coup de pied au cul et avancer de force. Mais ça n'aurait rien changé, oh non. Alors je n'en faisais rien, et m'enfonçais petit à petit dans cette mélancolie de l'être qui ne lutte pas pour y échapper.

Marchant donc sans autre but que de rentrer chez moi, j'avais le regard perdu dans le vide, si bien que je ne vis pas une tornade me foncer dans les jambes, et heurtant le gamin assez brutalement, je reculais de quelques pas et me baissais vers le mioche. Mignon, le môme. Mais ça n'était pas mon premier questionnement. Je m'apprêtais à lui demander s'il allait bien, si je ne lui avais pas fait mal en le heurtant -comment n'avais-je pas pu le voir avec son k-way jaune poussin ?- lorsque des pas pressés résonnèrent dans les flaques d'eau, et qu'un homme s'approcha rapidement de l'enfant et moi. Relevant la tête pour observer le père -sans doute- j'eus un choc nerveux en détaillant les traits du visage de cet homme, et restais accroupie, la jupe traînant sur le sol et prenant l'eau de plus en plus. Muette de stupeur.

C'est que l'homme avait une singulière ressemblance avec mon jumeau que j'avais quitté à peine une heure auparavant. Et que, alors que mon regard revenait sur l'enfant, une autre pensée ignoble me traversa l'esprit : l'enfant devait avoir dans la tranche d'âge de celui que j'aurais eu si je n'avais pas avorté autour de mes dix-huit ans… Je restais silencieuse, figée sur place alors que le déluge se déchaînait. Pourquoi avait-il fallu que l'homme ait un air familier et soit père d'un gamin aussi jeune ? Pourquoi n'avais-je pas accepté qu'on me conduise jusqu'au porche de ma maison, en voiture, à l'abri de la pluie ? Pourquoi diable étais-je aussi troublée que cela ? Et surtout, mon trouble se voyait-il ?
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