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 nigthvision -- neil

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Richie Pfeiffer

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Message· · Sujet: nigthvision -- neil Mer 19 Déc - 1:46


( aux menteurs de minuit qui jouent au clair de lune, gardés par les larmes des étoiles. )

La lune brûle ce soir. Comme les étoiles qui roulent sur les routes, tu frétilles sous les phares des feux rouges. Tu te serais bien retrouvé dans un club, parce que ton jean délavé se serre trop à ces corps malvenus, alors autant se frotter dans un endroit plus adéquat. Mais tu peux pas. Tu peux pas quitter tes collègues, tu peux pas quitter la table et ta bière qui loge-là. Pourtant, c'est pas ton genre, mais ce soir, t'es là. T'es là. T'attends ; le changement de direction du vent, que ta bière devienne vodka, que ton ennui se transforme en joie éphémère d'un bourré sans embarras. Les néons offensants aux tons de nuit t'aveuglent, mais tu préfères ça à voir les visages des menteurs de Windmont Bay. Toi-même, petit hypocrite. L'alcool au degré trop faible tourne dans le verre au rythme des discussions, et même si tu les entends, tu as du mal à les tenir.
Tu rentrerais presque chez toi, petit ingrat.
Car ils ne sont pas tous inintéressants, tu pourrais t'intéresser à Claude, à sa passion pour la broderie et tous ses types de points, tu pourrais écouter Peter, le mari d'une autre, te parler des avions, des nuages et de ses clients. Mais à ce moment-là, tu t'en fous. Tu pourrais même boire à perdre conscience, juste pour t'occuper, mais... Tu vas t'isoler dehors. La clope retrouve tes lèvres comme une caresse réconfortante et t'inspires l'air du monde dans tes poumons. Ça fait comme un chewing-gum à la menthe dans ta gorge. La cigarette te suit dans ta vie, aussi ancienne que ton adoption. Déjà treize ans, tu sais à peine compter sur tes doigts, mais enfant idiot ne perd pas de temps à mimer les grands. Tu crapotes comme un novice, tu taxes, puis tu payes. Depuis, c'est comme un journal intime que t'as traîné toute ta vie. Elles te rappellent tout, te font oublier le présent en t'embaumant de leur odeur viscérale de béton cancérigène. Tu t'en fous, t'as pas peur de la mort, toi. Ça te dérange pas de monter au ciel, t'as pas peur du vide.
T'observes la foule qui se traîne à l'extérieur du bar, fumeurs, non-fumeurs, perdus. Tu cherches des visages familiers, puis tu te rappelles qu'y a pas grand monde que t'aimes bien dans cette ville. Tu ris, surpris, de la banalité de l'affirmation. C'est pas comme-ci, tu venais de débarquer, mais, tout le monde est si -mignon? Tu sais bien que malgré tout, tu te fonds comme à ta place dans la population de Windmont Bay. Parce que si y en a un de soigner et propre sur lui, c'est bien toi. Tu te sens comme une tâche dans le tableau, alors que t'en est l'un des protagonistes. Pas dans un sens où tu aurais quelconque rôle dans la vie de la ville, mais plutôt en étant un personnage intégré et fondu parfaitement dans l'huile qui surplombe la toile. Tu te sens comme le Dada dans de la peinture académique. Mais personne ne représente mieux l'enfant sage que toi, du moins, en apparence.
En avoir conscience te donne des haut-le-cœur insupportables.
Abandonnant ta cigarette à la fin maussade, tu te diriges vers le bar au fond de l'établissement pour te servir à nouveau d'une bière au goût de miel. Soyons fous et tu oseras peut-être faire monter les degrés. Quelle sensation indescriptible que de sentir la rigidité de la carte de crédit sur tes doigts. Ça fait parti des choses qui te rendent fou, de savoir que t'as la richesse à portée de main, que tu pourrais te payer la lune, jusqu'à même racheter le Windmont Bay Bulletin. Tu pourrais te payer ton patron et lui faire te servir des cafés toutes les dix minutes, alors même que t'en bois pas.
Malheureusement, tu ne le sais que trop bien de l'avoir autant expérimenté ; l'argent n'est qu'un vice vide qui ne remplit le temps que de façon éphémère.

Ce qui t'occupe toi.
C'est de jouer avec les gens, en leur faisant perdre leur temps.

C'est lui. C'est avec lui, que tu vas jouer ce soir. Tes vilaines iris d'aspe, se posent innocentes sur la tête brune d'un inconscient. L'aurait jamais dû se poser là, le grand et beau garçon. Il aurait dû se douter que tu allai passer par-là, menace silencieuse. Tu souris comme un menteur. Tu t'approches, prédateur.

"Salut."
"T'es perdu ? T'attends quelqu'un ? Ou t'es juste seul ?"

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Neil Asprey

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Message· · Sujet: Re: nigthvision -- neil Jeu 21 Mar - 21:05

Il avait passé sa journée au garage à rafistoler des trucs pour le compte de clients pas forcément sympathiques. Mais c’était ce qu’on lui demandait, alors il le faisait, non sans maugréer dans sa barbe à cause des caisses dégueulasses qu’on lui foutait sous le nez. Les gens étaient sales, voilà avec quelle pensée, il achevait son service du jour. Il avait vu des horreurs sur une banquette arrière, d’autres dissimulées en dessous d’un tapis, sans compter l’état général de la mécanique qu’il trouvait sous le capot. Si il avait eu un tant soit peu d’argent pour s’acheter une voiture, jamais n’aurait-il fichu un tel capharnaüm dedans. Il avait un minimum de respect pour les choses – surtout celles-ci. Il eut un soupir agacé en remplissant sa fiche de présence, et s’éloigna. Il était on ne peut content de se tirer pour aller se changer les idées ailleurs. Il partit troquer le bleu de travail pour une tenue plus ample, et en profita pour envoyer un message à Ryke. Il aurait bien voulu voir son petit ami, mais celui-ci avait malheureusement des heures supplémentaires à faire au Mickey’s Dinner. Ce dernier promit cependant au sportif de le retrouver chez lui un peu plus tard dans la soirée. S’il était déçu il n’en montra rien et fourra le téléphone dans la poche de son jean. Sans doute aurait-il du abdiquer à cet instant-là, et rentrer se reposer. Mais il n’avait nulle prétention de ce genre-là, et était guère enclin à écouter son métabolisme éreinté. Au contraire, il préférait trainer un peu dehors avant de retourner dans l’immeuble décrépi où il louait un appartement aux proportions ridicules. Le regard fila sur les quelques bancs occupés, néanmoins la plupart des collègues dont il était proche avaient déjà déserté les lieux, quand les retardataires s’apprêtaient à retourner auprès de leur famille. Il allait devoir se trouver une occupation ailleurs pour patienter, à défaut de rentrer directement se vautrer dans le canapé.

Il quitta les lieux sans un coup d’œil en arrière, et remonta une des rues qui menait vers le centre-ville. Malgré la levée du couvre-feu, ainsi que l’aboutissement heureux propre à la disparition des enfants, nombreux étaient ceux qui ne dépassaient pas l’heure fatidique où la nuit reprenait ses droits. Au loin là où les premiers bars étaient visibles, il perçu un peu d’agitation, et s’en approcha d’un pas rapide. Ça lui semblait loin l’époque, où il venait trainer là-bas assez régulièrement, histoire de retrouver des potes, ou rencontrer des mecs croisés à l’improviste au club de sport. C’était terminé tout ça maintenant, il était en couple et puis l’atmosphère lourde de ces endroits le fatiguaient. Néanmoins il renouait ce soir avec son vieux moi. Il glissa une cigarette entre ses lèvres, puis piqua un briquet à une fille sur des talons vertigineux qui lui décocha un sourire charmeur. Il fit mine de ne rien voir même si la chose était flatteuse et poursuivit sa route sur quelques mètres, pour trouver un endroit à son gout. Terminant sa bouffée, il contempla les alentours à la recherche d’un visage familier, en vain. Visiblement ses connaissances n’étaient pas de sortie… Il n’était pas assez tard, conclut-il. Neil se faufila à l’intérieur d’un établissement pris au hasard et s’installa au comptoir, entre des groupes d’amis. La commande arriva quelques secondes après dans un joyeux tintement de verre. Il en but une gorgée et observa le ballet incessant de ceux qui allaient et venaient dans un brouhaha inaudible typique des personnes avinées. Une voix désagréable le tira brusquement de sa contemplation, et il toisa le malotru, un sourcil froncé. « C’est à moi que tu causes ? » Qu’il demandé d’un ton bourru, en reprenant un peu d’alcool. Il était désormais entièrement focalisé sur son voisin de tablée qu’il dévisageait avec insistante. Que son attitude fut peu sympathique l’indifféraient complètement, il était pas venu ici pour tisser des liens. « On se connait ? Et puis c’est quoi toutes ces questions, t’es de la police ? » La tête du gamin lui disait  strictement rien, mais il n’était pas doué pour retenir la physionomie des gens. De surcroit les interrogations à la suite, l’irritèrent aussitôt. « Toi je te demande ce que tu fous ici ? » Il en rajouta une couche pour le dissuader d’abuser de sa patience, lorsque tout ce qu’il souhaitait c’était boire tranquille pour tromper le temps.

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