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 the most painful memories always start with a happy story

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Orlando Seavale

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name : Olivia
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Message· · Sujet: the most painful memories always start with a happy story Lun 14 Jan - 20:29

MADS + ORLANDO
@Mads Wellington

Il ne la portait plus jamais, évidemment, mais Orlando n’avait jamais pu se résoudre à abandonner l’anneau qui symbolisait son union ratée. Elle n’était plus qu’un triste vestige d’un couple brisé et le souvenir constant de ce que Letty et lui n’étaient plus. Ni époux, ni amants, ni même amis. Ils n’étaient rien et il lui arrivait encore de se demander, dans un instant de déni puéril, comment ils en étaient arrivés là. Au moins, quand il vivait à Portland, il avait l’occasion de ranger ce désastre dans un coin de sa tête mais ici, à Windmont Bay, tout n’était que rappel douloureux du passé. Comme cette date qui lui assombrissait l’humeur ce soir. Une date anniversaire, évidemment, mais même pas celle du divorce. Celle de la première fois où leurs lèvres s’étaient effleurées. Celle où Orlando en avait eu assez de ces provocations constantes, de cette arrogance feinte qu’il lui réservait quand il n’avait qu’une envie : l’embrasser. Letty se rappelait-elle ce fameux jour ? Ou l’avait-elle classé avec les autres souvenirs douloureux, dans l’idée de ne plus jamais y songer ? C’était ce qu’il se demandait, le jeune Seavale, alors qu’il faisait lentement tourner l’anneau en or entre ses doigts, déchiffrant l’inscription qu’il connaissait par coeur, la passant à son annulaire pour la retirer presque aussitôt, comme s’il craignait qu’elle le brûle. Il n’avait plus le droit de contempler son alliance de cette façon. Elle était censée rester à l’abri des regards, accrochée à une chaîne, dissimulée sous les couches de ses vêtements. Elle ne l’avait jamais quitté, toutes ces années, se contentant de se rappeler à lui en pesant plus lourd dans le creux de son sternum, à chaque fois qu’il avait le malheur de ressasser son passé amoureux désastreux.
À croire qu’il n’aurait jamais de chance avec les femmes. Peut-être qu’il ne les comprenait pas, tout simplement. À moins qu’il soit voué, au contraire de son père, à se faire jeter à chaque fois qu’il devenait trop encombrant, trop gênant. La comparaison avec son paternel lui extorqua un gloussement ironique et il attrapa sa bouteille de bière pour la porter à ses lèvres et en absorber deux longues gorgées.
- Plus que deux, Papa, et on sera à égalité, ironisa-t-il pour lui-même.
Pourquoi fallait-il qu’il pense à Josef dans un moment pareil ? C’était ridicule et Orlando poussa un profond soupir avant de s’accouder à la table, la joue posée contre sa paume, alors qu’il faisait tourner l’anneau comme une pièce de monnaie.
Et évidemment, l’alliance, vexée d’être traitée de la sorte, lui échappa et roula en bas de la table.
- Merde!
Le juron fut lâché dans un grondement et Orlando eut juste le temps de poser le pied sur la bague pour la plaquer au sol. Il s’empressa de la ramasser et passa les doigts dessus, s’assurant qu’elle n’avait rien, effaçant les éventuels grains de poussière pour lui redonner son éclat et, machinalement, il la passa à son doigt pour éviter toute nouvelle maladresse.
Il ne remarqua qu’à ce moment-là l’attention dont il était l’objet et il décocha un sourire – qui tendait plus à la grimace – à la jeune femme, s’exclamant sur le ton de la plaisanterie :
- Tout va bien, elle n’a rien.
Et il attrapa sa bière qu’il éleva comme pour porter un toast, dans l’unique but de noyer sa lassitude dans une nouvelle rasade.

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Mads Wellington

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Message· · Sujet: Re: the most painful memories always start with a happy story Mer 16 Jan - 18:29

L'alcool, la fête, les bars. Un univers bien familier pour Mads, qui y a mis les pieds quand elle n'était pas encore en âge de boire, suivant le chemin tout tracé pour elle. Avec un tel modèle pour mère, difficile de devenir une sainte-nitouche. Madeleine n'a jamais su si sa génitrice buvait pour oublier la violence de son mari ou si son problème d'addiction datait de bien longtemps avant leur rencontre et l'avait rendue faible. Mads avait toujours soupçonné sa mère d'être une lâche et d'oublier sa vie de merde dans l'alcool. Elle, elle n'a jamais bu pour oublier, pour faire semblant, mais parce que le goût lui plaît. Elle boit rarement à en être malade, à oublier ses problèmes, à faire n'importe quoi pour ne pas s'en souvenir le lendemain. Elle boit beaucoup mais tient tout autant, elle boit parce qu'elle n'a rien d'autre de mieux à faire, parce que ça lui donne chaud. Alors comme presque tous les soirs, après sa journée de boulot, Mads se rend au Daveys, où elle a ses habitudes. Pourtant, sa fidélité ne fait pas d'elle une cliente appréciée par les barmen, qui lui lancent un regard noir dès qu'elle traverse le seuil. Parce que la blonde, on dirait pas comme ça, mais son visage innocent est terrassé d'une rage sans nom quand elle boit un coup de trop. Nombreuses sont les bagarres qu'elle a déclenchées entre les murs de cet établissement - combien de fois la police a dû intervenir pour la séparer de quelqu'un d'autre, mettant un frein aux affaires du bar. Elle ne s'attaque pas qu'aux filles, elle s'affronte à plus fort qu'elle, à des hommes qui ont un comportement déplacé, par exemple. Qui pensent qu'elle est une fille fragile qui ne l'ouvrira pas s'ils font une remarque sexiste ou se permettent d'avoir les mains baladeuses. À ses yeux, chaque coup qu'elle a donné était justifié - elle n'est pas méchante, Mads, elle survit simplement. Elle se bat pour elle-même quand personne ne l'a jamais fait et ne le fera jamais. C'est bien connu, on ne peut compter que sur soi-même, alors quand quelque chose la dérange ou qu'elle a des comptes à régler elle s'en occupe toute seule, penchant bien trop souvent du côté de la violence pour s'en sortir.
Assise au comptoir, elle commande une bière. Un breuvage léger pour commencer la soirée, qui fera place à des alcools plus fort si elle doit s'éterniser ici, au grand dam du staff de ce soir. Portant la bouteille à sa bouche, elle boit une longue gorgée alors qu'elle va s'asseoir à une table au fond. Quand elle y arrive, elle entend un bruit métallique, comme un objet petit mais solide qui tombe par terre. Son regard se pose sur une bague, un simple anneau, qui ressemble à une alliance. À la vue du bijou, l'esprit de Mads voyage jusqu'à Giacomo. Elle pense rarement à lui malgré qu'il soit légalement son mari depuis un peu plus d'un an, mais quand ça lui arrive elle est curieuse de savoir ce qu'il devient. Elle n'a aucun moyen de le contacter, elle n'a pas pris la peine de lui demander son numéro avant de le laisser à Vegas pour reprendre son quotidien pourri. Ça lui allait à l'époque et ça lui va toujours, mais c'est étrange de se penser mariée à un homme qu'on ne connaît presque pas, un inconnu qu'on ne verra plus jamais. La blonde aurait pu faire annuler le mariage dès le lendemain mais elle n'a jamais réussi à se faire une raison, refusant de compter un échec supplémentaire dans sa vie.
Son regard se relève sur l'homme qui semble pressé de récupérer l'anneau avant qu'il ne disparaisse de sa portée. Un léger sourire esquisse le coin de ses lèvres, si furtif que son interlocuteur ne l'aperçoit probablement pas. — Les femmes hystériques y verraient probablement un signe de mauvaise augure. J'espère que la vôtre n'est pas de celles-là. Et elle s'installe à la table d'à côté, comme elle avait prévu de le faire avant ce léger contre-temps, parce qu'elle ne croit pas qu'une conversation plus poussée va naître de cet échange. Elle porte la bière à sa bouche, dévoilant à son tour l'alliance qu'elle porte. Elle s'en rend compte parce que le regard du jeune homme quitte son visage pour se poser sur sa main, et les propres yeux de Mads observe le bijou qui orne son annulaire gauche. — La mienne est bien accrochée. Plaisante-t-elle, bien loin de faire honneur à ses habitudes solitaires. Cette bague, ils l'ont eue dans l'une de ces machines dans lesquelles on met une pièce pour avoir un souvenir, parfois un chewing-gum. De loin on dirait une vraie. Ce n'est que de la pacotille qui représente un mariage qui n'a aucun sens, mais Mads ne l'a jamais enlevée depuis Las Vegas.

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Message· · Sujet: Re: the most painful memories always start with a happy story Jeu 31 Jan - 13:56

Heureusement que Mac ne le voyait pas, là, à cet instant précis. A coup sûr, elle se ficherait bien de lui, occupé à ressasser une histoire depuis longtemps terminée. Elle pourrait sans doute lui dire qu’il était un peu jeune pour s’accrocher autant, qu’il avait la vie devant lui, qu’il trouverait quelqu’un d’autre. A moins que non. Il n’avait aucune idée du discours que pourrait lui tenir la dernière épouse de son père et, en vérité, il ne tenait pas spécialement à le découvrir. Il était maudit avec les femmes, voilà tout. Il s’était lancé à cœur perdu dans son histoire avec Letty, à l’en étouffer, à l’en lasser. Ce n’était pas son premier échec mais c’était celui qui lui laissait un goût amer dans la bouche, celui auquel il comparait toutes les relations qu’il avait eues ensuite – pas si nombreuses, en fin de compte, mais qui s’étaient éteintes de la même façon, toujours pour les mêmes raisons. A craindre de faire fuir les demoiselles avec qui il s’engageait, il avait récolté les reproches inverses : il ne s’investissait pas assez, il était distrait, il imposait une distance qu’elles ne comprenaient pas et qu’il aurait bien été incapable de leur expliquer, de toute manière. Ses expériences passées l’avaient modelé ainsi, il ne voyait pas trop comment changer. Et s’il éprouvait une pointe de regret à les voir s’éloigner, cela ne durait jamais bien longtemps. Elles n’étaient pas Letty. Elles ne seraient jamais Letty.
Il aurait dû se faire à l’idée et il ne savait même pas pourquoi il persistait à ne pas clore complètement le chapitre. Peut-être qu’un an ou deux de plus lui auraient permis de tourner enfin la page mais l’accident était venu contrecarrer ses plans de passer à autre chose et son retour à Windmont Bay n’avait rien d’une réussite. A présent, il ne pouvait songer qu’à ses erreurs. C’était comme si la ville s’amusait à lui fourrer sous le nez tout ce qu’il avait fait de travers et, à en juger par ces dernières semaines et mois, il avait son lot de conneries, peu importe l’image qu’il renvoyait – celle du bon gars sans histoire. Mais il en avait, des histoires, et elles hantaient sa mémoire et son cœur, ou les deux à la fois.
Et le problème, finalement, c’était qu’il n’avait personne auprès de qui s’épancher. Il aurait sans doute pu en parler à Crystal mais la vie de la jeune femme était déjà suffisamment mouvementée sans qu’il la noie de jérémiades qu’elle accueillerait avec les yeux en l’air. Son père était mort : OK, c’était triste et elle était désolée pour lui. Son mariage avait capoté : big deal, la vie continue ! Il ne savait pas quoi faire de lui-même et se sentait complètement étranger à Windmont Bay et désœuvré : jeez, qu’est-ce qu’elle ne donnerait pas pour ressentir ça ! Alors qui ? McKenna ? Il pouvait déjà se figurer le petit sourire narquois qu’elle arborerait. Elle se demanderait pourquoi il se confiait tout à coup. Letty ? Elle était l’une des raisons de son errance sentimentale. Alors Orlando se retrouvait à ruminer au Davey’s, au point d’en perdre maladroitement son alliance et d’offrir ce spectacle pathétique d’homme délaissé, comme si la rupture datait de la semaine dernière. Cette constatation arracha un gloussement cynique au jeune homme qui secoua la tête en se traitant mentalement d’imbécile fini.
- Non, elle ne l’est pas. Enfin, elle n’est plus ma femme non plus, donc j’imagine que ça règle la question, répliqua-t-il avec une moue déçue.
Il se força à cesser de contempler l’éclat de son anneau doré et reporta son attention sur la jeune femme qui lui semblait vaguement familière. Sans doute vivait-elle à Windmont Bay, en conclut Orlando. Il ne voyait pas comment, autrement, il l’aurait déjà vue. Car c’était bien un simple sentiment de la connaitre de vue, rien de plus. Il ne manqua pas de noter l’anneau à son doigt et un petit sourire retroussa ses lèvres. Visiblement, il n’était pas le seul à avoir sauté le pas très – trop ? – jeune.
- J’espère qu’il s’y prend mieux avec vous que moi avec elle.
Orlando assumait le fait d’avoir été à l’origine de cette débâcle. Ça ne changeait rien à la situation si ce n’est qu’il avait longtemps cherché ce qu’il aurait pu faire pour éviter cette fin prématurée. Et parfois il lui arrivait de se dire que ce n’était que la suite logique de son manque de maturité, de son refus de réfléchir avant de s’engager à ce point. Peut-être que s’il n’y avait pas eu la pression du mariage, s’ils avaient vécu comme un couple normal, ils seraient encore ensemble ou au moins en contact. Peut-être qu’il se fourvoyait, là encore, mais Orlando préférait se dire que s’ils avaient fait d’autres choix, ils auraient réussi à travailler sur ce qui les séparait et vivraient peut-être ensemble aujourd’hui. A quoi bon, cependant, se faire du mal de la sorte quand la réalité était tout autre ?
- Ça fait combien de temps ? s’enquit-il avec un petit coup de menton vers sa main. Si ce n’est pas trop indiscret, évidemment…
Le jeune homme esquissa un sourire et replongea le nez dans son verre, dont il fit doucement tournoyer le liquide doré.

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Message· · Sujet: Re: the most painful memories always start with a happy story Jeu 14 Fév - 19:22

Elle n'est pas du genre à sympathiser avec le premier venu, Mads. Au contraire, si elle a le choix entre engager la conversation ou prendre la fuite, elle choisit généralement la deuxième option. Pourtant, ce soir-là, alors qu'elle est venue se rafraîchir au Davey's dans le seul but de chercher un peu d'excitation (et peut-être de chaleur en atterrissant au poste de police), la voilà qui adresse la parole à l'homme qui fait tomber sa bague à quelques mètres d'elle. Ça l'interpelle car il ne s'agit pas d'une bague lambda mais d'une alliance, et ce mot a une signification toute particulière pour elle. Ça la renvoie pourtant à une erreur de jeunesse, à un mari qui lui est plus inconnu qu'autre chose et à une situation qui ferait pleurer n'importe quelle mère - sauf si celle-ci est morte et enterrée et n'a jamais fait attention à vous de toute façon.
Elle ne pense pas qu'elle va mettre les pieds dans le plat en évoquant sa femme puisqu'il s'empresse de la ramasser comme s'il avait peur de la perdre à tout jamais - et à cet instant, elle ne peut s'empêcher de penser à Gollum et cette idée la fait doucement sourire. Elle cache son amusement en s'installant à la table d'à côté tandis qu'il lui fait part de sa réponse, et son sourire disparaît rapidement quand il lui avoue qu'elle n'est plus sa femme. Peu de choses ont de la valeur aux yeux de Mads mais le mariage fait partie de ces rares exceptions - ironique quand on connaît sa situation maritale. Alors entendre qu'un mariage s'est soldé par un échec, sans même en savoir la raison, l'attriste plus que ça ne le devrait. — Je suis désolée de l'apprendre. Peut-être que lui ne l'est pas, qu'il est bien mieux sans celle qu'il a dû aimer plus que tout au monde quand il l'a épousée, mais la blonde a le pressentiment que cette rupture l'a anéanti plus que de raison. — Ça fait longtemps ? Ça doit être récent, c'est en tout cas la conclusion qui s'impose quand on le voit s'accrocher à ce bijou qui représente leur histoire.
C'est au tour de l'inconnu de repérer son alliance et d'évoquer son mari inexistant, fait qu'il n'a aucun moyen de savoir si elle ne partage pas ce petit détail avec lui. En général, quand des gens se mêlent de ses affaires et essayent d'en savoir un peu plus sur ce qu'elle juge être privé, elle prend la fuite ou, le plus souvent, se met à mordre pour se défendre et éloigner les intrus. Ce soir, pourtant, elle n'a envie de faire aucune de ces deux choses. — C'est peut-être moi qui m'y prends mal. Elle plaisante en portant sa boisson à ses lèvres, pour cacher le véritable mal-être qui l'habite quand elle pense à cette fameuse union devant un sosie douteux d'Elvis Presley. La plupart du temps, elle n'y pense pas. Puis il y a ces moments, souvent causés par des aperçus d'alliance comme ce soir, où le souvenir de Giacomo la prend aux tripes, accompagné d'un terrible sentiment d'échec. Elle a l'habitude de décevoir les autres mais elle n'aurait jamais pensé se décevoir elle-même au sujet du mariage - son seul rêve de petite fille était de trouver un mari et de fonder une famille, de réussir au moins cet aspect de sa vie sans reproduire les mêmes erreurs que ses parents. Et même si l'erreur n'est pas la même, elle n'en reste pas moins une.
— Un an. Répond-elle quand il lui demande combien de temps ça fait. — On devrait être encore dans la période lune de miel. Sa conjugaison suggère que ce n'est pas le cas et laisse comprendre que tout n'est pas rose entre eux. C'est la conclusion à laquelle elle arriverait à la place de l'inconnu, et pour une raison qu'elle ne comprend pas, elle n'a pas envie de lui mentir ou de le laisser croire des choses qui ne sont pas vraies. — Un an. Ça fait un an que je ne l'ai pas vu. Elle hoche légèrement la tête, perdue dans ses pensées, jusqu'à ce qu'elle se rappelle de la présence de l'homme, qui semble presque aussi jeune qu'elle - et alors Mads en vient à se demander si pour lui aussi le mariage était une erreur de jeunesse. — Alors je vous le demande, qui s'en sort le mieux ? Une question rhétorique qu'elle pose avec un sourire triste, avant de reprendre une gorgée de sa boisson, comme si le liquide alcoolisé suffirait à réduire sa peine - un cliché ambulant, mais elle n'est pas à ça près.

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Orlando Seavale

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Message· · Sujet: Re: the most painful memories always start with a happy story Ven 8 Mar - 12:03

Orlando se souvenait de la tête de son père quand il avait annoncé qu’il voulait épouser Letty. Il s’était arrangé pour lui en parler quand McKenna n’était pas là et s’était préparé psychologiquement aux arguments que son ainé ne manquerait pas de lui opposer. Et cela n’avait pas raté : Josef l’avait enjoint à y réfléchir, à ne pas précipiter les choses, arguant qu’ils avaient toute la vie pour se marier s’ils le voulaient vraiment. Mais Orlando était têtu. Et majeur. Il avait considéré cette annonce comme une simple politesse, même pas une formalité. Son père avait été moins persuasif que ce à quoi le jeune Seavale s’était attendu, comme s’il savait qu’il ne servait à rien de perdre son souffle, que ses mots tomberaient dans l’oreille d’un sourd. A moins qu’il sache à quel point son fils pouvait être obstiné et que la moindre résistance le poussait à aller encore plus loin. Cela lui avait joué des mauvais tours, à être constamment une tête de mule mais Orlando assumait ses erreurs. Que pouvait-il faire d’autre, de toute manière ? Il n’empêchait que dans ce cas précis, le jeune homme regrettait de ne pas avoir écouté la voix de la sagesse. Mais à l’époque, le garçon ne considérait son père que comme un pauvre type qui changeait de femme dès qu’il trouvait la sienne trop usée. Un jugement injuste qu’il déplorait également, mais il était trop tard, désormais, pour faire amende honorable. Il espérait simplement que son père savait qu’au fond il ne le détestait pas autant qu’il l’avait laissé penser avec son comportement ingrat et ingérable. Plus jamais il n’affronterait le regard perplexe, sceptique ou désapprobateur de son géniteur. Plus jamais il ne pourrait le défier en campant bien solidement sur ses positions. Plus jamais il ne pourrait lui montrer qu’il n’était pas un cas désespéré, ni lui prouver qu’il pouvait être responsable.
Le jeune divorcé haussa les épaules d’un air fataliste lorsqu’elle se sentit obligée d’être désolée pour lui. Il n’en demandait pas tant. Et quand elle lui demanda depuis combien de temps c’était fini, Orlando émit une sorte de gloussement cynique et grimaça :
- Je n’ose même plus compter. Trop longtemps. Ça se compte en années. Je devrais être passé à autre chose.
Il eut un nouveau haussement d’épaules et but pour noyer son embarras. Peut-être que c’était lâche de se vautrer dans cette mélancolie, peut-être qu’il y trouvait une sorte de refuge parce que c’était la seule chose concrète sur laquelle il pouvait se reposer – cet échec, cette fêlure – pour ne pas avoir à se concentrer sur le reste – son avenir professionnel incertain, son avenir tout court, d’ailleurs.
Orlando reporta son attention lorsqu’elle répondit d’une façon qui aurait pu être nébuleuse pour un autre mais qui était bien trop limpide pour le jeune Seavale. Il n’avait pourtant aucune idée de ce que traversait la demoiselle mais il décelait ce malaise commun et il haussa les sourcils, d’un air interrogateur, sans se risquer à lui demander plus d’explications. Cela ne le regardait en rien, après tout, et personne n’aimait évoquer ses malheurs et ses échecs, surtout auprès d’un parfait inconnu. A moins d’être complètement ivre, ce qu’ils n’étaient ni l’un ni l’autre, à l’évidence.
Désolé, il esquissa un pauvre sourire compatissant et soupira. Apparemment, les jeunes d’aujourd’hui ne savaient décidément pas comment maintenir une union en vie. Il rit intérieurement en se disant qu’il avait de qui tenir, avec un père qui était allé jusqu’à son troisième mariage et une mère qui n’avait pas manqué de se marier davantage par convenance que par amour. Avec de tels modèles, comment était-il supposé faire fonctionner son propre mariage ? Et l’inconnue, quelle était son excuse ? Il ne s’attendait toutefois pas à la suite de sa confession et il ne parvint pas à cacher sa confusion. Le jeune homme la contempla un instant mais n’émit d'abord pas le moindre commentaire, si ce n’est un merde incrédule qu’il marmonna en portant son verre à ses lèvres.
- J’avoue… Je croyais être le plus malchanceux en amour mais je vois que la compétition est rude.
Il esquissa une grimace, espérant qu’elle ne se vexerait pas à cause de sa blague ridicule.
- Vous n’avez plus aucune nouvelle de lui ? Il s’est barré sans rien dire ? Pardon, mais ça m’a tout l’air d’être un connard.
En temps normal, il ne se serait jamais permis une telle réflexion mais il lui semblait impossible de laisser quelqu’un comme ça sans se retourner. Même si les choses n’allaient pas bien et surtout en laissant la situation si floue. Un mariage, c’était censé vouloir dire quelque chose et ça pouvait se terminer. Mais vivre sa vie en sachant qu’il y avait quelqu’un, quelque part, qui était lié à vous sur le papier ? C’était aberrant.
- Je peux lui casser la gueule, si vous voulez…, plaisanta-t-il, ne s’étant jamais battu de sa vie.
Il se mordit la lèvre inférieure d’un air songeur, se demandant si quelqu’un pouvait tenir le même discours à Letty. Parlait-elle seulement de leur divorce ? Ou agissait-elle comme si leur mariage n’avait jamais existé, ne l’évoquant que contrainte et forcée ? A moins qu’elle n’y pense même pas, trop concentrée qu’elle était sur sa rémission, sur l’ajustement que nécessitait son existence depuis l’accident.
- Il vous manque ? Vous voulez un autre verre ? C’est ma tournée.
Non pas qu’il ait envie de la forcer à revenir sur un événement douloureux mais il avait envie de parler. De tout, de rien, de n’importe quoi. Voilà qui aurait bien résumé son quotidien, ces derniers temps.

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