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 how lucky i am to have something that makes saying goodbye so hard

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Chad Siringo

messages : 307
name : Olivia
face + © : jb + ishtar
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Message· · Sujet: how lucky i am to have something that makes saying goodbye so hard Dim 3 Fév - 14:42

RUFUS + CHAD
@Rufus Munro

La soirée était déjà bien avancée lorsque Chad abandonna la maison de son enfance. Il avait été plutôt bien accueilli par ses cadets mais sa mère s’était contentée d’une moue cynique, la lèvre et le nez retroussés, ne cherchant même pas à dissimuler le mépris qu’il lui inspirait. Chad avait soutenu son regard, avait usé du même ton en présentant ses excuses et elle avait lâché un ricanement avant de disparaître. Chad n’avait pas cherché à savoir où elle allait. Il avait grandi en ignorant où était sa mère qui ne manquait d’abandonner sa progéniture aux soins de Crystal. Désormais, le plus jeune des Siringo avait huit ans et il ne fallait plus autant veiller à la sécurité des uns et des autres, chacun étant assez indépendant. De sa sœur aînée, Chad n’avait eu droit qu’à un message qui suintait la froideur et le cynisme – oui, Crystal avait ce talent fou pour instiller tant d’émotions dans de simples mots écrits. Jamais Bon retour n’avait paru si glacial et Chad s’était contenté d’un sourire en coin. Il n’avait pas l’énergie d’affronter Crystal. Et puis il voulait surtout avertir quelqu’un d’autre qu’il était de retour – si quelqu’un ne s’était pas empressé de le faire, les nouvelles voyageaient à une allure folle chez les Siringo et leurs proches.
Il marcha lentement, tout le long du chemin entre la demeure mal en point de sa famille et l’hôtel dont la renommée n’avait de cesse de grandir. Il avait enfilé une chemise noire et un pantalon sombre, histoire de donner le change. D’une certaine façon, il n’avait pas envie d’avoir l’impression que des panneaux lumineux se mettaient à clignoter à son passage pour annoncer Tiens, voilà un Siringo ! Mère instable + Père en prison = Mauvaise graine assurée! Mais il aurait pu être vêtu d’un costume hors de prix, il savait qu’il n’aurait pas fait illusion. C’était à croire que son nom de famille était tatoué sur son front, ou comme s’ils avaient tous un signe distinctif qui les trahissait. Mais ce soir, Chad s’en fichait. Rien ne l’empêcherait de réintégrer sa place, et s’il désirait le faire de façon un peu théâtrale, c’était son droit, non ?
Il se glissa dans le lounge peu avant le moment où, il le savait, les gens ne tarderaient pas à déserter et où l’ambiance échauffée descendrait donc d’un cran, sans que cela soit complètement mort. Il ne voulait pas que son retour soit gâché par des gens qui les interrompraient pour commander à boire. Il voulait voir Rufus et savoir à quoi s’en tenir. Aurait-il droit à des retrouvailles chaleureuses comme avec Cody ? Ou allait-il récolter une remarque amère supplémentaire ? Ce fut le ventre noué et le coeur un peu en vrac qu’il se dirigea vers le bar où il s’assit, assez loin de Rufus pour qu’il ne le remarque pas tout de suite, mais assez près pour pouvoir observer le profil de son meilleur ami, un léger sourire aux lèvres. Rufus et sa mine grave, concentré à sa tâche. Rufus qui lui avait cruellement manqué ces derniers mois. Rufus à qui il avait pensé chaque jour et qu’il n’avait pourtant pas averti de sa désertion, pas plus qu’il ne lui avait donné des nouvelles. Il voulait croire que Rae avait compris son besoin de s’éloigner après la mort de Caleb. Il voulait croire qu’il lui pardonnerait de l’avoir écarté si brutalement.
Alors, au bout d’une longue minute, il attrapa la carte, feignit d’y jeter un œil puis reporta son attention sur le barman, pour s’exclamer d’une voix calme mais claire :
- Pourrais-je avoir un Cuba Libre, s’il vous plaît?
Et son coeur s’affola en guettant la réaction de Rufus.
Bordel, ce que tu m’as manqué.


Dernière édition par Chad Siringo le Mar 12 Fév - 13:35, édité 1 fois
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Rufus Munro

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Message· · Sujet: Re: how lucky i am to have something that makes saying goodbye so hard Sam 9 Fév - 17:52

Rufus n’était même pas sensé être là ce soir. Il y a encore une heure, il était dans sa chambre, devant sa télé, appuyant comme un fou sur tous les boutons de sa manette. La pizza était en chemin et il s’apprêtait à ouvrir sa bière lorsque son portable s’était mis à vibrer, le nom de sa manager s’étalant en lettres menaçantes sur son écran. L’espace d’une seconde, il avait été tenté de ne pas répondre, de faire le mort, mais avec la maître d’hôtel du Majestic, il savait à quoi s’en tenir : s’il ne répondait pas aujourd’hui, pas sûr qu’il ait un job demain. Et Rufus aimait trop la sécurité nocturne de ses veilles de bar pour prendre le risque de se retrouver sur un marché du travail où l’on exigerait de lui qu’il sorte le jour. Résigné, il avait renoncé donc à sa partie de Super Smash Bros et sans surprise, avait abandonné le confort de sa chambre pour repartir au Majestic, forcé de prendre la place d’un collègue qui ne s’y était pas montré.
Engoncé dans son costume fraîchement empesé, son noeud papillon le serrant un poil trop fort, il se concentrait sur les verres qu’il servait pour ne pas ruminer sa soirée manquée et ses heures de détente devant son écran, à l’abri dans sa tanière d’adolescent qui n’avait pas grandi. C’était un soir particulièrement banal. Lent. Monotone. Pas d’amoureux éperdus, pas de ballet de séduction et la belle enchanteresse qui lui avait faire perdre ses moyens la dernière fois ne s’était pas montrée. Grognon, il termina de servir deux vodka tonic à un couple sans l’envergure romantique suffisante pour le faire rêver et se tourna vers son collègue serveur pour lui signifier son ennui, lorsqu’il l’entendit.
La voix qui transformerait la soirée.
- Pourrais-je avoir un Cuba Libre, s’il vous plaît ?
Quelque chose se réchauffa en Rufus. Forcément, puisque ça avait toujours été l’effet que Chad Siringo avait eu sur lui. La chaleur de l’âtre, la tiédeur réconfortante du foyer.
La morsure du silence, aussi.
Son coeur battait dans tout son corps, ses joues s’embrasaient, ses mains devenaient moites. Lentement, il se força à faire face à l’éclatante vérité. Chad était là, au comptoir. Frais comme la rose. Comme s’ils s’étaient quittés hier.
Leurs regards croisèrent le fer et Rufus ne dit rien. À la place, il bougea. « Je prends ma pause. » lança-t-il à son collègue dont il se fichait bien des récriminations. À vrai dire, il les entendait à peine. C’était irréel. Lorsqu’il marcha vers Chad, il eut l’impression de flotter. En sortant de derrière le comptoir, il ne s’arrêta pas, ne marqua pas de pause. Ses mains tremblaient alors qu’il sortait son paquet de cigarettes et son briquet, et le sang battait à ses tempes alors qu’il invitait l’absent à le suivre dehors. Avec le temps glacial, ils ne risquaient pas d’être dérangés et Rufus réprima un frisson lorsqu’il ouvrit l’une des porte-fenêtres qui donnaient sur la terrasse. Dehors, il faisait déjà une nuit d’encre et le silence hivernal ouaté les recouvrait comme une chape de plomb. Derrière lui, il entendit - sentit - Chad le suivre et refermer la porte-fenêtre qui les dissimulait des rares oiseaux de nuit restés à l’intérieur. Et maintenant ? Toujours avec des mains tremblantes, Rufus alluma une cigarette qu’il mâchonna nerveusement. Puis, sans prévenir, il fit volte-face, le coeur battant, les joues rouges.
La seconde d’après, ses bras étaient refermés autour de son meilleur ami et sa joue effleurait celle de Chad. Chaleur de l’amitié, souvenirs d’adolescence, leurs années partagées à l’intime submergèrent Rufus, lui qui s’efforçait pourtant de ne pas ressentir ces choses-là. Et pourtant, ce soir, son coeur ne lui laissait pas le choix. Chad. Chad, le meilleur ami, le seul qu’il laissait entrer un peu plus que les autres. « J’en reviens pas. T’es là… » murmura-t-il en s’écartant, ses paumes écartelées enserrant le visage du déserteur. Rufus considéra le disparu avec fébrilité. Il ne pouvait pas y croire. Pas comme ça. Pas après le silence radio, pas après ce qui s’était passé.
Le coup surgit tout seul, sans qu’il ne le veuille vraiment. Son poing vint s’écraser contre cette même joue qu’il effleurait il y a quelques secondes et le bruit de ses phalanges venant s’écraser contre la mâchoire de Chad soulagea à peine la rage qu’il sentit déferler le long de sa gorge et prendre vie sur le bout de sa langue.
Lui, il ne resterait pas silencieux. « Six mois ! Six mois sans me parler ! Six mois sans un message ! » Rien. Nada. Rien d’autre que le silence, l’absence brutale, sans au revoir. Et si ça avait été un adieu ? Chad les aurait-ils enterrés comme ça, sans même une parole ? Rufus voulait croire que non mais son meilleur ami avait eu un peu trop de facilité à le laisser derrière. Valait-il vraiment si peu à ses yeux ? « Et toi… Toi, tout ce que tu trouves à me dire, c’est cuba libre ?! Sérieusement ? » cracha-t-il, acide, désemparé.
Mais aussi - et ça se voyait un peu trop dans ses yeux qui brillaient - terriblement, terriblement heureux de le revoir.

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Chad Siringo

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Message· · Sujet: Re: how lucky i am to have something that makes saying goodbye so hard Mar 12 Fév - 14:42

Chad se pinça les lèvres. Sous le comptoir, sa jambe tressautait nerveusement. Il avait parfois l’impression de connaitre Rufus par cœur, tandis qu’à d’autres moments les pensées du jeune homme lui échappaient complètement. Si son meilleur ami éprouvait de la rancune parce qu’il était parti comme un voleur, sans rien dire, sans prévenir, Chad ne pourrait lui en vouloir. Il s’agissait, après tout, d’une forme de trahison puisqu’ils partageaient tout jusqu’à la mort de Caleb. Mais voilà : le jeune Siringo était décédé et quelque chose s’était fracturé dans l’existence de Chad. Il avait pu supporter de grandir dans un foyer bancal, où les soucis d’argent étaient quotidiens. Il avait pu accepter l’emprisonnement de son père, l’indifférence de sa mère. Il avait pu prendre les responsabilités qui lui avaient incombés trop tôt parce qu’il était l’un des ainés. Mais il n’avait pas pu affronter la perte de son frère et même Rufus n’avait pas été un élément dans l’équation. Chad avait déserté, n’avait pas pensé aux dommages collatéraux, juste à son cœur déchiré et son impression que plus rien dans leur vie ne faisait sens. Pourtant, une amitié vieille de dix ans, ça aurait dû compter, non ? Rufus était un élément essentiel – si pas central – de son existence. Il l’était depuis qu’ils s’étaient rencontrés, adolescents, quand Chad avait répété son année. A quatorze ans, il avait été recalé, s’était retrouvé avec la classe suivante et avait rencontré celui qui deviendrait son meilleur ami, complice de bêtises innombrables, acolyte d’escapades folles. La dernière en date, cependant, Chad avait voulu la faire seule et il était désormais prêt à revenir parmi les vivants. La vie continuait, après tout, non ? Le monde n’avait pas cessé de tourner parce que Caleb avait cessé de respirer, Chad avait fini par le comprendre.
Il y eut une certaine raideur dans la réaction de Rufus mais cela n’étonna pas Chad, dont l’entrée en matière manquait franchement de panache. Il ne parvint toutefois pas à ravaler le sourire qui lui chatouillait les lèvres alors que le barman se tournait lentement vers lui, les joues écarlates et le regard… indéchiffrable. Chad se mordit l’intérieur de la joue et leva lentement la main, priant pour que Rufus ne l’ignore pas, tout simplement, pour lui montrer à quel point il était furieux contre lui. Le jeune homme annonça prendre sa pause et s’extirpa de l’espace étroit qu’était son territoire lorsqu’il travaillait. Il le fit avec fluidité et Chad suivit son mouvement, tournant sur son tabouret pour lui faire face. Il s’attendait inconsciemment à une accolade, une main tendue, n’importe quoi. A la place, Rae sortit un paquet de cigarettes et lui fit signe de le suivre. Chad jeta un bref regard au collègue délaissé et abandonna son poste pour emboiter le pas à Rufus dont il devinait la tension dans les épaules, dans la rigidité de sa démarche.
Il se glissa dehors et ferma la porte coulissante. Rufus ne semblait toujours pas prêt à briser le silence et Chad s’appuya contre le mur, enfonçant les mains dans ses poches. Il avait tout le temps. Il laisserait à son meilleur ami le temps de digérer la découverte de son retour, aussi inopiné que l’avait été son départ, finalement. Lorsque le jeune employé se tourna enfin vers lui, Chad laissa échapper ce qui lui hantait le cœur :
- Rae, je suis dés—
Il fut interrompu par les bras qui vinrent l’enlacer et s’il mit une poignée de secondes à comprendre ce qu’il se passait, il finit par pousser un soupir et referma à son tour les bras autour de Rufus. L’odeur familière lui emplit les poumons et Chad inspira longuement avant d’expirer tout aussi lentement, comme s’il évacuait une angoisse qui pourrissait en lui depuis trop longtemps. Au son de la voix de Rufus, Chad l’étreignit plus étroitement encore puis le relâcha, à l’évidence soulagé. Un pâle sourire lui étira les lèvres alors qu’il réalisait à quel point voir son meilleur ami de si près lui avait manqué. Il plaça une main sur l’épaule de Rufus et la serra avec force. Pourquoi était-il parti si longtemps ? Comment avait-il pu rester si loin de chez lui, de sa famille, de Rufus Munro ?
Puis tout éclata sous la douleur et Chad mit quelques secondes à comprendre que son ami de toujours venait de lui asséner un coup de poing mémorable. Sonné, Chad se pencha et se prit la mâchoire dans la main. Il la fit aller de droite à gauche, comme pour s’assurer qu’elle était toujours bien accrochée, puis il reporta son attention sur Rae qui explosait de colère.
- Christ ! Tu t’es entrainé à la boxe ou bien… ?
Il sentit le goût du sang sur le bout de sa langue et conclut qu’il avait dû se la mordre au moment du choc. Il se passa la langue sur la lèvre inférieure et se massa la joue, une grimace amusée sur le visage :
- J’imagine que je n’ai que ce que je mérite…
Le silence revint quelques secondes et avec lui la gravité du moment, sembla-t-il à Chad. Il laissa retomber sa main et une lueur dans son regard laissa entrevoir le chagrin qui persistait au fond de son âme. Celui d’avoir perdu son jeune frère. Celui d’avoir été si loin de ceux qui comptaient. Celui d’avoir l’impression de ne plus savoir où il en était.
- Je suis désolé. J’avais besoin de partir. D’être seul. J’ai l’impression de ne jamais l’avoir été depuis que je suis né et—et je ne savais pas comment gérer la vie après sa mort…
Une ombre traversa ses traits et il baissa les yeux vers le sol.
- Je peux avoir une cigarette ?
C’était sa façon maladroite de demander pardon. Il n’avait pas besoin que Rufus lui rappelle combien de temps il était parti, il en avait bien trop conscience.
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Rufus Munro

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Message· · Sujet: Re: how lucky i am to have something that makes saying goodbye so hard Jeu 21 Mar - 22:57

Putain de Chad Siringo.
Où qu’ils aillent, quoi qu’ils fassent, ils s’étaient toujours suivis, emmêlés. Le garçon avait fait irruption dans la vie de Rufus l’année de ses quinze ans. À l’époque, il était un gamin solitaire, perdu dans ses bouquins, pas franchement doué pour se faire des amis - et d’ailleurs, n’en voulant pas vraiment. Il passait le plus clair de son temps à observer le monde en silence, construisant brique après brique une forteresse qui le protégeait du moindre impact. Eh, s’il ne prenait pas le moindre risque, il ne pouvait pas souffrir, non ? Le spectre de la maladie rôdait et il cherchait plus que tout à lui échapper, pas forcément en la niant, mais en lui coupant plutôt l’herbe sous le pied. Elle voulait tout lui prendre ? Il ne lui donnerait rien. Rien qu’il pourrait regretter, rien qu’il pleurerait le soir, sous ses draps, rien qu’il aurait peur de perdre lorsqu’il la sentirait venir le prendre lui aussi. S’il devait partir, alors il partirait seul. Il ne ferait souffrir personne derrière lui. Bien sûr, toutes ces résolutions de moine-guerrier avaient volé en éclat lorsqu’il avait rencontré Chad Siringo et qu’il avait fallu se rendre à l’évidence : cet idiot-là, il ne pouvait pas le tenir à distance et encore moins le laisser tout seul. Avec Chad, il s’était laissé être un ado de quinze ans. Ils avaient fait toutes les bêtises possibles et inimaginables, des bêtises de garçons désoeuvrés sans vraiment de but dans la vie. Le lycée ne les avait pas beaucoup vus et quand ils y étaient, c’était pour mieux squatter les gradins du stade déserté et y refaire le monde, entre deux joints ou canettes d’une mauvaise bière. Des heures suspendues, flottantes, qu’ils remplissaient de leurs rêves sans envergure. Mais des rêves à eux. Des rêves à deux.
Rufus n’aurait jamais pu regretter son amitié avec Chad. L’énième frère Siringo lui avait ouvert les portes d’un monde qu’il avait toujours refusé de considérer comme le sien. Mais là, à l’instant ? Alors que ce crétin se pointait comme une fleur comme s’il n’avait pas disparu du jour au lendemain après la mort de Caleb ? Et qu’il l’appelait Rae ? Personne d’autre ne l’appelait Rae. C’était leur truc à eux. L’un des symboles de leur amitié.
Et maintenant, il aurait fallu qu’il pardonne ? Qu’il balaie ces six mois de silence devant sa porte comme on se débarrasse d’un tas de feuilles mortes ? Lorsqu’il avait compris que Chad était parti - pire, qu’un autre avait semblé prendre sa place au milieu de la tribu des Siringo - Rufus n’en avait pas dormi pendant des jours, condamné à la prison de l’insomnie, avalant les nuits et les jours dans un cycle désaxé. Parti, lui avait-on dit en haussant les épaules. Quand est-ce qu’il revient ? On sait pas. Nouveau haussement d’épaules avant qu’on ne lui referme la porte au nez. La solitude s’était abattue sur lui comme une enclume. Saleté de. Chad Siringo.
Toute cette rancoeur qu’il ne pouvait pas dire, il l’avait insufflée à ce poing vengeur et maladroit. Non, il ne s’était pas entraîné à boxer mais avec cette soudaine vague de rage, c’était tout comme, ça compensait des années de ring. Et puis, au moment où ses phalanges crispées avaient touché la peau de Chad, la colère explosa comme un feu d’artifice qui s’éparpilla aussi vite qu’elle avait fusé dans l’air. Elle retomba sur lui, n’en laissant que des cendres, certes encore chaudes, mais pas aussi brûlantes que la flamme qui naissait en lui à la vue de ce garçon. Chad lui avait tellement manqué. Qu’est-ce qu’il avait lu, une fois ? We don’t choose if we get hurt in this world… but we do have some say in who hurts us. I like my choices. À la différence que Chad n’était pas un choix. Il était l’évidence.
Rufus leva les yeux au ciel. Si Chad croyait l’amadouer avec son air contrit et ses grands yeux perdus… « T’imagines bien. » maugréa-t-il en mâchonnant le bout de sa cigarette. Il aurait voulu être insensible à ce qu’il voyait chez Chad, mais il le connaissait trop bien pour rester aveugle sur la tristesse de son meilleur ami. Et puis ce prénom qui était sur leurs lèvres à tous les deux mais qu’ils ne prononçaient pas, de peur de raviver les souvenirs, de ramener un fantôme qui méritait qu’on le laisse en paix. Moi aussi, j’avais mal, avait-il envie de rétorquer mais il aurait été injuste et il le savait. Il n’avait pas perdu son frère, lui. Sa propre tragédie familiale, elle était encore différente. Une autre configuration du malheur, comme la vie savait si bien en tricoter.
Chad lui demanda une cigarette et Rufus le toisa intensément, les mains fourrées dans les poches, comme s’il jaugeait son meilleur ami alors qu’en vérité, ses doigts étaient déjà à la recherche de son briquet. Bien sûr qu’il allait la lui donner, sa foutue cigarette. Sans un mot, il sortit son paquet cabossé et son briquet. Toujours en silence, les yeux dans les yeux, il tendit la cigarette à Chad et actionna le briquet pour la lui allumer. Mais aucune flamme n’en sortit et il réalisa à la légèreté de l’appareil qu’il était vide. Un grognement agacé lui échappa et il fit signe à Chad de s’approcher. « Plus d’feu. » lâcha-t-il, laconique, presque sévère, avant de se pencher légèrement en avant afin qu’il puisse allumer la cigarette de Chad avec la sienne.
L’extrémité rougeoyante vint taquiner celle de Chad et pendant quelques secondes, ils furent tout proches, la faible lueur de la cigarette projetant des ombres dans leurs yeux. Malgré tous ses efforts, Rufus était incapable de se détacher de ceux de Chad. Il y cherchait des réponses qu’il ne trouvait pas, qu’il n’aurait même pas été sûr de pouvoir comprendre. Le geste de Chad était incompréhensible. Son silence, impardonnable. Du moins, Rufus aurait voulu pouvoir se tenir à cette dichotomie simpliste mais lorsqu’il se redressa - et qu’il put enfin respirer à nouveau - il expira la fumée de sa cigarette en même temps qu’une vérité d’une douloureuse simplicité. « T’avais pas besoin d’être seul. Moi, j’étais là. » Il aurait voulu pouvoir être là pour Chad, calmer sa douleur, prendre sa peine, il savait ce que c’était qu’avoir mal, qu’avoir peur. Il aurait pu prendre la moitié de son deuil, le faire sien pour que son ami n’ait pas à porter ça seul. Mais tout ça, une nouvelle fois, il ne le dit pas. Une seule chose comptait. « Et maintenant ? » demanda-t-il comme il s’agissait d’une évidence. Il fixa intensément Chad, étonnamment grave. « Ça va ? » Parce que c’était ça, le plus important, au final. Même si ça faisait mal d’avoir été abandonné.

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Chad Siringo

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Message· · Sujet: Re: how lucky i am to have something that makes saying goodbye so hard Hier à 19:05

Chad l’avait su dès le départ, avant même qu’il ne quitte Windmont Bay : le retour serait difficile. Personne ne comprendrait son besoin de fuir les souvenirs, personne ne saisirait à quel point il avait eu besoin de solitude. Pas même Rufus. Mais il n’en voulait pas à son meilleur ami. Il n’en voudrait pas davantage aux siens quand, incapables de dissimuler leurs sentiments, ils lui feraient des réflexions. Des accusations à peine déguisées, des reproches à peine voilés, mais où percerait le chagrin, forcément. Parce qu’il n’était pas le seul à avoir perdu Caleb. Ils l’avaient tous perdus, chacun avec sa relation particulière. Il avait laissé un trou béant au milieu de la suite de Siringo et, immanquablement, sa chaise vide rappellerait la douleur, la tristesse, le deuil qu’ils géraient à leur façon. Et puis Chad se souvint avec une grimace qu’il n’y aurait pas de chaise libre, parce qu’on avait remplacé l’espace vide par un nouveau garçon. Ça, Chad ne pourrait pas le leur pardonner, il savait que c’était au-dessus de ses forces. Alors ils seraient à égalité s’ils lui tenaient rigueur de sa désertion pour le restant de ses jours. Ce ne serait pas la dernière chose qui déchirait leur clan. Et tant qu’ils surmontaient leurs conflits, n’était-ce pas l’essentiel ?
Ne restait qu’à se racheter auprès de son meilleur ami. À chaque fois que Chad portait sur lui son regard, il sentait son coeur émietté être aspiré, reprendre vie et il aurait voulu lui dire à quel point il lui avait manqué, à quel point il aurait voulu pouvoir partir avec lui, à quel point il aurait juste voulu mourir de chagrin entre ses bras. Au lieu de quoi, Chad Siringo optait pour son attitude habituelle : un léger sourire qui se voulait désinvolte, comme si rien dans la vie n’était grave, comme si ses aléas étaient à prendre comme ils venaient. À quoi bon s’en faire, après tout ? Ce ne serait pas la dernière merde qui leur tomberait sur le coin de la gueule, même si, pour le coup, ç’avait été sacrément douloureux. Il pouvait cependant sentir les émotions qui traversaient Rae et il se laissait submerger par celles-ci. Il voulait bien les faire siennes, il en avait de nouveau le courage, ce qu’il n’avait plus eu ces derniers mois. Sinon il ne serait pas parti, il serait resté, il se serait laissé engloutir par ses frères et sœurs, il se serait noyé dans le regard de son meilleur pote. Mais Chad avait su, dès l’enterrement, qu’il lui serait impossible de continuer sa vie comme s’il ne venait pas de perdre un bout de lui-même. Il fallait qu’il s’éloigne, il fallait qu’il aille vider son malheur ailleurs, loin de ceux qui risquaient de vouloir prendre soin de lui, ceux qui devaient d’abord prendre soin d’eux. Lui, il n’aurait pas pu leur rendre la faveur. Les premières semaines, il avait cru que jamais il ne pourrait revenir, finalement, qu’il lui faudrait tracer sa route droit devant, sans regarder en arrière. Puis au fil des semaines, il avait su qu’il ne pourrait jamais couper le cordon ombilical et, dès lors, il avait entrepris de retrouver la force nécessaire d’affronter leurs regards, leurs blessures, leurs déceptions, leurs attentes. Il n’était pas sûr d’y être arrivé totalement mais il faudrait qu’il fasse avec le peu d’énergie économisée. Ce n’était qu’auprès d’eux, après tout, qu’il pourrait vraiment guérir. Il ne méritait pas d’être une pièce de ce puzzle géant et pourtant, il ne savait pas ce qu’il serait devenu sans cette assurance d’avoir toujours sa famille avec lui, dans les bons comme dans les mauvais moments. Rufus, s’il ne partageait pas le même sang, les mêmes gènes, il n’était qu’une extension de ce réseau mal entretenu mais qui tenait bon. Assez solide, Chad l’espérait, pour survivre à la trahison de la désertion.
Au bout de trop longues secondes qui avaient autant étiré le temps que le coeur meurtri du fuyard, Rufus finit par tendre une cigarette et Chad l’accepta avec un sourire reconnaissant. Il la glissa entre ses lèvres et observa les doigts qui bataillaient avec la roulette du briquet. Mais ce dernier refusait de lui offrir la flamme salvatrice et Chad dut se pencher un peu plus en avant pour rapprocher l’extrémité de sa clope de celle de Rufus. S’il eut bien conscience que, par la même occasion, c’étaient leurs lèvres qui se rapprochaient, il s’efforça de ne pas y penser. Il avait l’habitude, depuis le temps, de camoufler ce truc qui grondait en lui à chaque fois qu’il  était trop proche de Rae,  à chaque fois qu’il devait regarder ailleurs pour ne pas se trahir, pour ne pas être tenté d’effleurer son bras ou sa jambe, de provoquer une déflagration dans tout son corps. Il ne le supporterait pas non plus, ça. Il ne voulait pas gâcher leur amitié vieille de dix ans, simplement parce qu’il avait le palpitant en déroute à cause de son meilleur pote. Il savait se tenir. Ce n’était pas la première frustration de son existence et, là encore, Chad savait que ce ne serait pas la dernière. Il ne put toutefois détourner son regard, pas alors que celui du jeune Munro l’avait happé et le tenait prisonnier, et quand le barman s’écarta enfin, Chad réalisa que, tout le long de leur rapprochement, il avait retenu son souffle. Il aspira, s’intoxiqua, trouva un certain réconfort à s’incendier les poumons et expira longuement, laissant deviner une certaine lassitude, alors que Rufus reprenait la parole. Chad ne répondit pas immédiatement. Il se pinça les lèvres puis les humecta :
- Si. J’en avais besoin. Te voir, ça me rappelait juste….
Il ne termina pas sa phrase. À quoi bon ? Rufus savait. Il était là. Ils n’avaient rien pu faire. Un instant, Caleb était là, le suivant, il était trop tard. Chad savait qu’à chaque fois qu’il poserait les yeux sur Rae, ce serait sa première pensée et c’était de cela aussi qu’il avait eu besoin de s’éloigner. La culpabilité liée à l’impuissance, d’avoir été forcé d’assister à l’accident et de n’avoir rien pu faire. Ils n’avaient rien pu y faire, tout était allé trop vite. Mais il ne voulait pas accabler son meilleur ami avec ces idées noires. Rae n’avait pas davantage pu faire quoi que ce soit pour empêcher la chute. Ils avaient été imprudents, irresponsables, et Caleb était mort.
Et mainteant?
Chad reporta sur l’autre un regard indéchiffrable. Et maintenant quoi? eut-il envie de répliquer. Maintenant rien n’avait changé et plus rien n’était pareil. Il devait réintégrer sa vie et faire avec cette nouvelle composition. Qu’est-ce qu’un Siringo pouvait faire d’autre que subir son existence ? Le jeune homme haussa les épaules, comme pour dire qu’il n’en savait rien et il porta une main tremblante à ses lèvres pour tirer une nouvelle bouffée de cigarette.
- Je suis vivant, qu’est-ce que je peux demander de plus ? demanda-t-il avec un léger rictus. D’habitude, je préfère rire de ce qui nous tombe dessus, à quoi ça sert de pleurer ? Mais là, je peux pas...
Mais pleurer, pourtant, il n’y était pas davantage parvenu. Depuis la mort de Caleb, il avait les yeux aussi secs que le coeur. Il se disait souvent que s’il était arrivé à se noyer dans ses larmes, il aurait peut-être été soulagé. Seule sa gorge se nouait, cependant, et il ne pouvait se résoudre qu’à étouffer en silence.
Alors il changea de sujet. Plus ou moins.
- Tu savais pour ce gars qu’ils ont pris chez nous ?
Chad n’avait pas voulu savoir, même quand Cody avait essayé de lui expliquer à grand renfort de détails. Il avait fermé les écoutilles, refusant d’accepter qu’ils aient remplacé Caleb aussi simplement, aussi rapidement. Il en avait un nœud dans le ventre, rien qu’en y pensant.
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