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 i will be there for you even if we may seek a separate light

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Connor Siringo

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Message· · Sujet: i will be there for you even if we may seek a separate light i will be there for you even if we may seek a separate light EmptyLun 18 Mar - 22:32

tomas & connor.

Connor n’avait pas le droit d’être dehors si tard, et il n’avait certainement pas le droit d’être dehors si tard pour aller où il se rendait d’un pas aussi léger et aussi sûr. Tant pis. Connor, lui, il n’avait pas l’impression de transgresser quoi que ce soit. Il ne voyait pas pourquoi il n’aurait pas eu le droit de faire ce dont il avait envie, surtout quand ça remplissait son coeur de ce nuage tout doux, tout cotonneux. Alors que ses baskets défraîchies battaient le pavé craquelé de restes de neige, il n’avait pas vraiment l’impression de toucher terre. Il sautillait de dalle en dalle en évitant sciemment les lignes sur le trottoir comme les petits louveteaux Siringo le lui avaient appris et il s’amusait à échouer de justesse pour mieux se rattraper. Pour une fois, il se fichait bien qu’on puisse le voir. Il n’était pas si bête, l’enfant-bête. Il avait bien compris depuis son arrivée dans le monde des hommes qu’il excitait la curiosité. Et depuis quelques temps, il ne s’en souciait plus vraiment. Les hommes de la ville, il commençait à les connaître à défaut de les comprendre et il savait aujourd’hui que la plupart d’entre eux n’était pas des prédateurs. Oui, il en était certain. Qu’importe ce que Dahlia pouvait raconter.
C’était à elle qu’il désobéissait ce soir et en sortant discrètement de la maison des Siringo, aussi silencieux qu’un jeune coyote, il avait ressenti une pointe de culpabilité. Une pointe, seulement, car ensuite il s’était rappelé où il allait et il avait poussé des ailes à son coeur tout entier. Dahlia lui pardonnerait. Comme Jésus leur pardonnait, non ? Rassuré de ce pardon assuré, Connor n’avait donc pas vu non plus d’inconvénient à subtiliser une boîte de cookies aux pépites de chocolat (ses préférés) encore fermée dans les placards de Siringo pour la fourrer sous son pull. Elle lui tapait légèrement contre le ventre alors qu’il trottinait gaiement, engoncé dans sa veste d’hiver, une vieille veste en jean doublée en fausse peau de mouton. Ça ne valait pas la vraie fourrure de renard mais sans qu’il ne comprenne trop pourquoi, sa fronde lui avait été confisquée et il lui avait été formellement interdit de chasser aux abords de Windmont Bay. Connor avait fait un peu la moue à ce moment-là. Qu’est-ce qu’ils croyaient, les gens de la ville ? Qu’il tuait pour s’amuser ? Qu’il était une saleté de coyote ? Non, ça ne le faisait pas rigoler, de faire ce genre de choses. Mais c’était comme ça, la vie de la montagne.
La vie de la ville, elle, avait d’autres avantages. Comme les cookies aux pépites de chocolat, les couvertures bien chaudes qui ne prenaient jamais la pluie et… et… et…
Et Tomas.
Ça, oui, c’était un très gros avantage. Connor n’allait pas prétendre le contraire.
C’était vers lui qu’il allait, pour lui qu’il bravait le froid humide de la fin du mois de mars (l’hiver était loin d’être terminé, parole de montagnard) et que ses joues étaient toutes mordues de froid. Tant mieux, ça dissimulait le rose embrassant et brûlant qui éclosait sur sa peau comme des gros coquelicots de printemps dès qu’il avait le malheur de penser à son ami. Parce qu’ils étaient amis avec Tomas, pas vrai ? Connor l’espérait en tout cas, de tout son coeur.
Souvent, il repensait au garçon de la ville, à ses grands yeux bleus tout doux, tout tristes ; il lui faisait penser à une biche. Merveilleuses créatures que les biches, songeait Connor. Elles étaient les plus douces habitantes de la forêt. Si on savait les approcher, avec respect et adoration, elles se laissaient caresser sur le haut de leur crâne si délicat et laissaient échapper un doux petit ululement tandis que leur faon restait caché dans les buissons, curieux, un peu effrayé.
Bien sûr, Connor n’allait pas faire ça avec Tomas, il n’était pas idiot et puis d’abord, il n’aurait jamais osé toucher le garçon-béton comme ça. Même s’il ne pouvait pas dire qu’il n’avait pas essayé d’imaginer la sensation de ses doigts contre les courts cheveux de Tomas. Il avait comme l’impression - presque une douce certitude - que ce serait très agréable de faire une chose pareille.
La maison de Tomas apparaissait dans l’angle. Connor ralentit, reprenant l’allure furtive de celui qui veut et sait comment ne pas être vu. Dans un silence quasi-parfait, il pénétra dans le jardin des Varga. Forcément, quand Spoon ne lui traînait pas dans les pattes, il n’avait aucune difficulté à être discret. Il se rappela la dernière fois qu’il était venu ici et sourit en levant la tête. La chambre de Tomas était là et il y apercevait les étoiles minuscules. Son coeur fit un bon brusque. Oui, il espérait vraiment que Tomas et lui étaient amis. Sinon, après ce qu’il s’apprêtait à faire, il se sentirait franchement idiot. Encore plus idiot que lorsqu’il n’avait pas compris qu’un robinet d’eau chaude, ça s’ouvrait puis ça se fermait.
Connor regarda autour de lui puis repéra ce qu’il était venu chercher : des petits cailloux, pas plus gros qu’un oeil de lapin. Confiant dans la terre et dans ce qu’elle lui donnait, il s’accroupit pour en prendre une pleine poignée. Puis il se redressa, ferma un oeil, tira un petit bout de langue rose ce qui trahissait sa concentration et visa la fenêtre. Il plissa les yeux et scruta la fenêtre faiblement éclairée. Il allait recommencer lorsqu’il perçut - ou crut percevoir, en tout cas - du mouvement. Son coeur fit une embardée folle et un sourire s’épanouit sur le visage du garçon-sauvage, sourire impossible à ranger, à nier. « Tomas ! » cria-t-il dans une sorte de murmure étouffé, plus pour lui-même que pour attirer l’attention de son ami. Et dans l’espoir que l’autre ne le remarquer, il se mit à agiter les bras, brandissant par la même occasion sa boîte de cookies aux pépites de chocolat apportée comme une timide offrande.

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Tomas Varga

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Message· · Sujet: Re: i will be there for you even if we may seek a separate light i will be there for you even if we may seek a separate light EmptyLun 1 Avr - 18:02

Le soleil s’évadait sous l’horizon lorsqu’il arriva sous le porche, où il resta immobile, quelques minutes, à l’instar des étoiles qui perçaient timidement au-dessus de sa tête. Il tira une cigarette de son paquet, amoché à force d’être glissé et extrait sans précaution des proches étroites de son jeans, et la tînt entre ses doigts le temps de retrouver son souffle. Il s’adossa contre la structure en bois de sa maison et, lorsque sa respiration reprit son allure normale, il vissa la cigarette entre ses deux lèvres et actionna son briquet. Il pouvait entendre les critiques de Liam et sentir sur lui le regard réprobateur de sa mère. Pour leur répondre, Tomas inspira longuement, inondant ses poumons de fumée tout en fermant les yeux en se laissant emporter par les effets de la cigarette, amplifiés par les efforts qu’il venait de faire subir à son corps, harassé par un jogging de près d’une heure.
Il s’accorda bien plus de temps que nécessaire pour fumer sa cigarette jusqu’au mégot, le dos appuyé contre la façade de la maison de sa grand-mère, les yeux chatouillés par la fumée, mais charmés par les nuances dans lesquelles le ciel se drapait. Il resta même figé quelques minutes, se laissant bercer par la quiétude que la tombée de la nuit apportait avec elle dans tout le quartier. Il savait qu’une fois la porte de la maison passée, cette quiétude laisserait la place à une tension électrique. Une tension à peine visible, une tension à peine palpable, mais une tension qui rendait maladroite et difficile chacune de ses interactions avec sa mère. Alors il profita de la tranquillité et de la fraîcheur de ce début de nuit jusqu’à ce que le soleil se soit complètement retiré et que les teintes rosées et orangées se soient dissipées.
Il fit s’envoler le mégot dans les airs – il s’abattit sur la chaussée et rejoignit ceux que Tomas avait jetés les jours précédents et qui n’avaient pas été emportés plus loin. Le garçon se retourna et inséra dans la serrure de la porte la clé qu’il venait de tirer de la poche arrière de son short. Il la fit tourner, avec une lenteur peut-être exagérée, grimaçant lorsque le mécanisme émit un léger grincement avant de cliquer. Il espérait naïvement pouvoir rentrer en toute discrétion. Il espérait naïvement ne pas se faire entendre et pouvoir se faufiler jusqu’à sa chambre, en faisant toutefois attention à la cinquième marche qui pourrait saboter son infiltration silencieuse. Il ne savait pas pourquoi il espérait naïvement que sa mère ne soit pas derrière cette porte. Il ne savait pas pourquoi il prenait la peine d’espérer, sachant que la déception serait au rendez-vous.
Parce que sa mère était là. Plantée devant lui, dans le couloir, ses yeux doux travestis en un regard inquisiteur, le balayant plusieurs fois de la tête au pied, le scannant à la recherche de tout indice pouvant contredire ses promesses. Il s’épuisait à lui dire qu’il était clean. Depuis les six dernières années. Elle s’épuisait à ne pas le croire. Toute la confiance s’était évanouie le jour où elle l’avait surpris avec les opioïdes de sa grand-mère entre les mains. Il soupira et leva les yeux au ciel en poussant la porte derrière lui.
– T’es allé courir ?, lui demanda-t-elle une fois qu’il s’était débarrassé de ses chaussures, qu’il rangea sur l’étagère prévue à cet effet, comme sa grand-mère le lui aurait demandé. Il regarda sa mère. Elle lui souriait, maladroitement. Elle faisait trop d’effort pour masquer ses angoisses. Pour masquer ses peurs. Pour toute réponse il leva les bras en l’air, l’invitant du regard à l’observer davantage. Sa peau luisait, son t-shirt était collé à son torse, son short ne se prêtait pas à d’autres occasions que l’exercice physique.
– J’vais prendre une douche. J’me coucherai sûrement après, je suis fatigué et j’ai pas faim, dit-il avant de s’arrêter à côté d’elle et de l’embrasser sur la joue – une façon de lui faire accepter la situation plus facilement, une façon de la rassurer ; il n’avait pas faim parce qu’il avait mangé avant de courir, il était fatigué parce qu’il avait couru pendant une heure entière, tout simplement. Il grimpa ensuite les escaliers deux par deux et se retrouva dans sa chambre en quelques secondes.
Une fois douché et revigoré, il se coucha sur son lit. Son regard alla se perdre dans l’amas stellaire que formaient les étoiles phosphorescentes sur le plafond. Des étoiles qui ne lui rappelaient plus seulement son frère, avec qui il les avait posées il y a plus d’une décennie, mais également une autre personne qui était devenue tout aussi précieuse à ses yeux. Il ne s’était jamais réellement remis de la rencontre avec le garçon sauvage, la dernière addition aux Siringo, une des personnes les plus intrigantes qu’il avait rencontrée à Windmont Bay. Une des personnes les plus fascinantes. Il aurait dû le dire, dès qu’il avait ressenti les premiers signes de l’engouement, de courir loin, de fuir vite, de le laisser sur son bout de trottoir et d’aller jouer ailleurs avec Spoon. Il aurait dû lui-même courir loin, fuir vite, laisser Connor pensif et interrogateur sur le trottoir. Au lieu de ça, il s’en était entiché, assez pour penser au garçon à chaque fois qu’il regardait ces étoiles phosphorescentes, assez pour que le hasard décide de lui jouer des tours et de mettre des ratons-laveurs, sous toutes les formes, sur son passage. Il soupira.
Tomas se redressa et se mit debout sur son lit : il était assez grand pour atteindre sans difficulté le plafond et commencer à retirer une première étoile à sa portée. Puis une seconde. Une troisième, qui se détacha avec un petit morceau de plafond qui tomba sur sa couette, et enfin une quatrième, avant que le destin ne frappe à nouveau. Son attention fut happée par un bruit sourd contre sa fenêtre, et pendant une seconde il se demanda si ce bruit était un son imaginé, avant de descendre du lit. C’était comme si son cœur était resté en arrière lorsqu’il vit les traits de Connor, dont le sourire avait ravi toute la beauté des étoiles. Tomas voulait sourire aussi, mais il décida de froncer les sourcils en regardant le garçon brandir ses bras. Il ignora toutes les réactions qui se produisaient en lui, fourra les étoiles arrachées de leur constellation dans la poche de son bas de jogging, attrapa un hoodie pour couvrir son torse et sortit de sa chambre. Il descendit avec l’agilité d’un chat les escaliers, évitant les marches dangereuses qui auraient pu trahir ses mouvements et réveiller sa mère, puis se glissa sans bruit jusqu’à la porte de derrière.
Une fois dehors, il se dirigea droit vers Connor et lui attrapa le poignet. Il le tira jusque sous le porche, là où le regard indiscret de sa mère ne pourrait les atteindre et où les regards malavisés des voisins ne pourraient les espionner.
– Fait pas de bruit, souffla-t-il en le dévisageant ; il n’avait pas été aussi proche de lui la dernière fois, remarqua-t-il, il était trop prêt de lui. Il fit machinalement un pas en arrière pour corriger la situation. Il se surprit de voir que le poignet de Connor était toujours emprisonné entre ses doigts. Il les détacha un à un et observa le bras de Connor reprendre sa position normale le long de son corps.
– Qu’est-ce que tu fais ici ?, lui demanda-t-il ; à ce moment il ne fronçait plus les sourcils. Il ne souriait pas non plus. Il se perdait dans le regard de Connor et contemplait un trésor sur lequel il ne pouvait mettre la main au risque que tout s’effondre autour du garçon de la montagne.

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Connor Siringo

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Message· · Sujet: Re: i will be there for you even if we may seek a separate light i will be there for you even if we may seek a separate light EmptyMer 1 Mai - 10:26

Son coeur battait la chamade. Il avait retourné l’idée dans sa tête, encore et encore, toute la semaine. Voir Tomas. Lui parler. Tenter de déchiffrer le mystère du garçon de la ville. Malgré les mises en garde de Dahlia, Connor n’avait pas vu s’en empêcher : il fallait qu’il le voit. Tomas ne pouvait pas être mauvais, c’était impossible. Ils se trompaient tous. Ils ne connaissaient pas Tomas comme lui, il le connaissait. Leur rencontre avait suffi à Connor : avec le garçon-béton, il se sentait bien. Il n’avait pas peur de dire des choses étranges, de s’interroger sur le monde qui lui échappait ou bien de parler de sa montagne qui lui manquait tant. Elle était là aussi, la magie : quand il était avec Tomas, sa maison lui manquait moins, comme s’il en avait trouvé une autre. Différente, certes, mais une maison quand même, une maison faite de grands yeux clairs et d’étoiles minuscules et scintillantes.
Il l’attendait donc, le coeur battant, les yeux posés sur cette lucarne qui brillait faiblement de l’intérieur, surexcité à l’idée de voir Tomas apparaître à la fenêtre. Impatient, l’enfant-loup guetta l’apparition et lorsqu’elle survint, il laissa échapper un jappement étranglé. Il aurait dû mieux se contrôler - personne n’aimait ses bruits d’animaux, on le lui avait bien fait comprendre - mais submergé par ses émotions comme il l’était à cet instant, il ne pouvait pas chasser le naturel. Quand bien même il le voulait, les mots lui manquaient. Ils lui échappaient, malgré toute sa bonne volonté et les heures qu’il mettait à étudier, patiemment, de bon coeur, les listes et les listes de vocabulaire qu’on lui mettait sous le nez. Il n’était pas fait pour les mots, Connor, ou alors seulement ceux qui comptaient et il avait appris à ses dépends que ces mots-là, on ne pouvait toujours les dire. C’était encore une contradiction des gens de la ville : parler tout le temps pour ne rien dire d’important.
La silhouette de Tomas disparut brusquement de l’encadrement de la fenêtre et Connor ressentit une pointe d’inquiétude : et si jamais il ne descendait pas ? Qu’allait-il faire là, tout seul, dans le jardin des Varga ? Il ne voulait pas y penser. S’il le fallait, il escaladerait la façade de la maison. Ce serait du gâteau : quand il vivait dans la montagne, il passait son temps à grimper aux arbres et à s’esquinter les doigts sur les lourdes surfaces de granit qui déchiraient les flans de la forêt. Alors une maison comme ça, avec ses planches ouvertes et ses appuis, il la dominerait en une poignée de secondes. Mais il n’avait pas envie de « faire le sauvage » comme disaient les Siringo, il ne voulait pas lire dans les yeux de Tomas l’exaspération qu’il voyait bien dans les regards des autres. Hésitant, le coeur toujours battant, il gardait donc le regard rivé sur cette fenêtre vide lorsqu’un bruit de bois qui craque lui fit tourner la tête, dans tous les sens du terme. Surgissant de l’obscurité, Tomas se tenait désormais devant lui. « Tomas ! » A nouveau, le nom du garçon-béton lui échappa, véritable cri de joie sortant de son coeur candide. Mais Tomas ne répondit pas à son appel : au lieu de ça, il fonça droit sur lui comme un rapace et Connor sentit la main du garçon se refermer autour de son poignet pour ensuite l’attirer sous le porche, sans lui laisser le temps de comprendre. Docile, Connor laissa faire, pris par surprise par la force des doigts resserrés autour de lui, intimidé par ce rapprochement soudain. Car oui, Tomas était proche, tout proche et lorsque le garçon lui intima de ne pas faire de bruit, Connor sentit le souffle chaud sur ses lèvres. La sensation inédite fit chauffer ses oreilles et son cou, lui donna envie de détourner les yeux, picota ses joues. Les doigts de Tomas sur son bras provoquaient le même trouble ; ce fut pire lorsqu’il détourna le regard pour tomber sur ce triangle de peau dénudé, à la base du cou, qui n’était pas couvert par le hoodie. Sens dessus dessous, Connor sentit ses pommettes prendre une couleur framboise mûre et il marmonna une excuse incompréhensible alors qu’un à un, il sentait les doigts de Tomas se détacher de sa propre peau, y laissant une faible marque. Penaud, Connor ramena son bras à sa place préposée, comme pris en faute.
Le garçon-béton ne souriait pas et c’était bien dommage, parce qu’il n’était jamais plus joli que lorsque le coin de ses lèvres remontait à ses yeux. Connor était perdu. Il n’avait pas prévu que Tomas l’accueillerait ainsi. Avait-il fait une erreur en venant le chercher jusqu’à chez lui ? Aurait-il dû attendre un signe, un encouragement ?
Il s’était peut-être trompé sur toute la ligne, après tout.
Déboussolé, il leva les yeux vers Tomas pour constater que le garçon le dévisageait, lui aussi. De nouveau, il sentit les picotements sur les joues, la chaleur au creux de son ventre, ses oreilles qui vrombissaient. Il y eut un moment de silence, un temps de flottement pendant lequel la nuit les enveloppa tout entiers, les protégeant par son obscurité. Connor fut tenté de faire un pas en avant mais il n’osa pas. A la place, il trouva un autre courage. « Je voulais te voir. » répondit-il en toute candeur, décontenancé par la question. Il n’avait pas d’autre excuse à offrir à Tomas, il ne savait pas fabriquer de mensonge pour dissimuler l’adoration qui naissait malgré lui dans ses yeux. « Tu me manquais. » lâcha-t-il, les mots à demi-mâchés par l’impatience de lui dire à quel point il avait voulu le retrouver. Il agita le paquet de cookies qu’il tenait encore et sourit timidement. « Pour toi. » expliqua-t-il avec douceur tout en présentant l’offrande au garçon qui ne souriait pas.

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Tomas Varga

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Message· · Sujet: Re: i will be there for you even if we may seek a separate light i will be there for you even if we may seek a separate light EmptyDim 2 Juin - 15:19

C’était ironique ; il y a quelques minutes encore, il était en train de décrocher les étoiles qui peuplaient le plafond de sa chambre, qui l’hypnotisaient chaque nuit, qui l’emportaient doucement vers un sommeil toujours nébuleux. Une à une, il avait commencé à les détacher soigneusement, et voilà que celle qui comptait le plus à ses yeux dernièrement était plantée devant lui, avec toute la dangereuse innocence qui le caractérisait. Tomas s’imaginait, quelque part, les Parques s’amuser à jouer avec son destin, à nouer le fil sur lequel il évoluait comme un somnambule, avec rien d’autre que ses bras pour garder un équilibre précaire. Il les voyait, ciseaux en main, effiler inéluctablement ce fil délicat de plus en plus fin. Elles devaient rire, en ce moment. Ou l’observer avec intérêt, prêtes à parier sur le déroulé de cet entrevu qu’elles avaient manigancé de toute pièce. Peut-être que c’était le destin. Peut-être que le fruit du hasard.
Il se fichait bien de la réponse de Connor. Pourquoi était-il là ? Ça n’avait aucune importance. Il était là. Le garçon prenait un risque qu’il n’imaginait pas, qu’il ne pouvait s’imaginer, mais il était là, et le simple fait que Connor soit à quelques centimètres de Tomas lui redonnait un peu d’espoir. Il ne l’avait pas effrayé ; peut-être qu’il n’avait pas assez sondé son regard, qu’il n’avait pas entraperçu les ténèbres au fond de lui, celles qui le tourmentaient et le harcelaient chaque jour. Celles qui pourraient bien mettre en danger le garçon. Ou alors, peut-être qu’il avait décidé d’ignorer les alertes et les présages et qu’il ne se fiait qu’à son ingénuité.
Tomas le dévisageait, et il luttait intérieurement ; il résistait à la force de gravité du garçon, parce que celle-ci ne pouvait être que forte, ce qui expliquerait pourquoi tout ce dont il avait envie, à ce moment, était de poser sa tête contre l’épaule de Connor, de fermer les yeux et de croire. Tout ce dont il avait envie, c’était qu’il le prenne dans ses bras et le serre contre lui. Mais il se contentait de le dévisager, de garder cette distance de sécurité entre lui et le garçon, un exercice qu’il n’aurait pas cru être si difficile, si insupportable. Connor était peut-être une chance, celle de faire table rase, de tourner une page, d’écrire une nouvelle histoire. Il se mordilla l’intérieur de la joue ; l’innocence de Connor déteignait sur lui, mais en Tomas, elle devenait une sorte de naïveté qu’il avait trop souvent goûté l’amertume. Son expérience lui avait apprit qu’il n’y avait que peu de chance de rédemption, et qu’il était futile d’y croire au risque de tomber et de se briser davantage. Tomas était déjà assez écorné. Il ne pouvait s’aventurer dans de nouvelles eaux. Il ne savait pas si celles-ci étaient dangereuses. La lumière sur le visage de Connor pouvait le convaincre que non. Mais Tomas n’était plus sûr de rien.
Les mots du garçon le transpercèrent, cependant. Les mots du garçon firent même naître un sourire aux coins de ses lèvres, qu’il réprima en détournant le regard et en observant les étoiles, les véritables, qui seraient les seules témoins de leur entrevue. Il ne savait pas ce qu’il devait répondre. L’honnêteté lui aurait dicté de dire, simplement, un «moi aussi », qui aurait pu résonner autour d’eux, qui aurait été si vrai. Au lieu de ça, il se tut. Il se contenta de le regarder agiter le paquet de cookies. Ce geste anodin fut assez pour lui arracher un sourire. Une fois installé, il n’arriva pas à s’en défaire avant de longues secondes. Il secoua la tête en prenant les cookies. Il regarda la paquet, avant de le lever entre eux et de souffler :
– Merci. Il ouvrit délicatement l’emballage et tira un biscuit dans lequel il croqua. Il mâcha généreusement, puis passa ses doigts sur ses lèvres pour y déloger les miettes qui auraient pu s’y loger. Il essuya sa main contre son jogging, sentant à travers le tissu les étoiles fluorescentes qui s’étaient perdues dans sa poche.
Il dévisagea à nouveau le garçon. Impassible, à nouveau. Il laissa quelques minutes filer entre eux, pendant lesquels il continua de manger le cookie, finissant par se lécher les doigts pour y faire disparaître les traces de chocolat sur ses phalanges. Et puis, dans un murmure, il laissa s’échapper une idée.
– Tu veux rentrer ?, demanda-t-il en arquant un sourcil. Ils seraient plus confortables à l’intérieur. Plus prêt de l’ennemi, certes, mais il leur suffirait d’être discret et de ne pas parler trop fort. Tu vas pas repartir maintenant ? Il fit quelques pas vers la porte et se retourna pour attendre la réponse de Connor.

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