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 ignorance is bliss

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Lydia Winters

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Message· · Sujet: ignorance is bliss ignorance is bliss EmptyJeu 16 Mai 2019 - 9:23

TOMMY + LYDIA
@Tommy Winters

Il était un peu plus de midi quand Lydia retrouva le porche familier de la maison qui l'avait vue grandir. Sa matinée, elle l’avait passée à errer dans les couloirs et les chambres, la mine défaite, subissant une nausée qui ne voulait décidément pas passer ni même s’atténuer. Il y avait longtemps qu’elle ne s’était pas sentie aussi mal et l’insomnie qui l’avait tenue éveillée une bonne partie de la nuit ne devait pas y être étrangère. À force d’entendre Robin geindre, la veille, elle avait senti ses nerfs s’user et un grondement furieux lui broyer le ventre. Elle se sentait coupable d’éprouver une telle colère à l’encontre de sa fille qui n’avait même pas deux ans mais depuis que celle-ci était arrivée dans sa vie, tout était chamboulé et Lydia ne parvenait pas à reprendre pied. C’était donc d’une humeur maussade, toujours en proie à une sorte d’écœurement, qu’elle s’était rendue au Majestic. Son état n’y était pas passé inaperçu – non pas qu’elle ait cherché à faire bonne figure d’une quelconque manière – et quand elle avait déclaré ne pas se sentir bien, des sourires narquois étaient venu écarter les lèvres de deux de ses collègues. Elles n’avaient pas eu besoin de le dire tout haut pour savoir ce qu’elles pensaient : tu n’es pas bête au point de t’être faite mettre en cloque une seconde fois, quand même ? Elles n’avaient sans doute pas osé émettre le moindre commentaire, toutefois, car elles connaissaient le tempérament de l’adolescente qui avait rejoint leur équipe quelques mois plus tôt. Sa manager avait cependant fini par avoir pitié d’elle, visiblement, puisqu’elle l’avait renvoyée chez elle en suggérant qu’elle rattrape ses heures un autre jour, quand ça irait mieux. Lydia ne s’était pas fait prier, elle en avait marre des regards pleins de sous-entendus et de son estomac rebelle. Elle voulait juste s’effondrer dans son lit et dormir jusqu’à demain.
La première chose à laquelle elle songea en poussant la porte, c’était que la maison avait de grandes chances d’être vide. Oliver et Bethany devaient être à l’école, Chase au boulot, Tommy aussi, peut-être, à moins qu’il ne soit avec Sami, qui était enfin parti, maintenant qu’il avait à nouveau un toit au-dessus de sa tête qui n’implique pas de le partager avec une fratrie majoritairement composée d’adolescents – Chase compris, vu son degré de maturité. Lydia bénéficiait rarement de cet avantage d’avoir la maison pour elle seule et le fait que Robin soit pour une fois à la crèche lui permettrait peut-être d’arriver à trouver ce sommeil du juste qui lui faisait défaut depuis si longtemps.
Un tintement dans la cuisine fit toutefois éclater sa bulle rêveuse et la demoiselle soupira bruyamment en abandonnant son sac dans le couloir. Elle accrocha sa veste et réalisa que la voix qui provenait de la pièce du fond était celle de Tommy et qu’il n’était pas seul.
- Il n’y a donc jamais moyen d’avoir une minute tranquille, dans cette fichue baraque ? marmonna Lydia en s’avançant lentement vers la porte ouverte.
Sa curiosité naturelle la poussa à profiter de l’avantage de ne pas avoir été repérée pour évaluer la situation. Selon l’interlocuteur de Tommy, elle pourrait choisir de s’éclipser vers sa chambre sans avertir de son retour ou de prendre la poudre d’escampette, le cas échéant, si elle ne voulait vraiment pas voir quiconque. Silencieuse comme un chat, elle vint se glisser à la lisière de la porte et elle jeta un coup d’œil furtif dans la cuisine pour constater qu’en réalité Tommy était seul, au téléphone. Il lui tournait le dos, si bien qu’elle aurait pu passer rapidement pour rejoindre les escaliers et aller trouver refuge dans sa chambre mais quelque chose dans le ton de son frère la stoppa net et elle s’adossa au mur, l’oreille tendue, pour écouter le sujet de sa conversation.
Si, d’abord, ce fut la perplexité qui lui entailla le cœur, ce fut rapidement une colère sourde qui la gagna et alors que ses poings se refermaient et se serraient, que son muscle cardiaque partait au triple galop et qu’une boule se formait dans sa gorge, elle se mit à trembler de tout son corps. Incapable de rester silencieuse plus longtemps, elle se détacha du mur et se posta dans l’embrasure de la porte, sa nausée oubliée, pour lui donner des airs de furie.
- C’est une PUTAIN de blague, n’est-ce pas ? s’écria-t-elle soudainement, pour capter l’attention de Tommy.
Juste assez de temps pour le fusiller du regard et se gorger machinalement de l’effet de surprise. Elle aurait aimé pouvoir claquer la porte de la cuisine, juste pour donner encore plus d’effet à son explosion, mais le geste aurait été ridicule parce qu’il aurait fallu qu’elle s’avance dans la pièce pour la claquer sur elle. Alors, à la place, elle tourna les talons et monta les escaliers quatre à quatre, pour fermer brutalement la porte de sa chambre dans son sillage.
Elle avait à nouveau la nausée mais, cette fois, elle savait que ça n’avait rien à voir avec la fatigue d’une nuit d’insomnie.

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Message· · Sujet: Re: ignorance is bliss ignorance is bliss EmptyJeu 23 Mai 2019 - 22:04

Posé devant les plaques électriques, Tommy prépara un plat de pâtes pour le repas du soir, qu'il ne partageait probablement avec personne vu l'ambiance actuelle à la maison. Ollie jouait au roi du silence depuis qu'il avait, enfin, pris son courage à deux mains pour lui avouer la vérité à leur sujet, et se refusait à adressé le moindre mot à son ainé. Père. Quelques jours plus tard, il avait pris soin d'en parler à Beth avant qu'elle ne l'apprenne autrement que de sa bouche, et la cadette avait assez mal pris la nouvelle - comme il avait pu s'en douter -, même si Tommy n'était pas certain de comprendre ses raisons. Quelles qu'elles soient, elles étaient probablement justifiées. Le pompier n'avait pas encore pris le temps d'en parler aux ainés, mais Lydia était rarement présente, quant à Chase, il n'avait jamais été son interlocuteur favori et se posait rarement à table avec eux pour diner. Chacun réchaufferait donc sa part indépendamment, avant de s'isoler. Tommy, lui, passerait sans doute la soirée chez Sami. Le pompier avait beau avoir conscience que sa présence à la maison était préférable en ce moment, il savait aussi qu'il ferait face à des portes de chambres fermées et les pièces de vie complètement vide - ce qui, pourtant, était un luxe chez les Winters. Un long soupire s'échappa de ses lèvres en observant le prénom de Kate s'afficher sur son téléphone, à la fois soulagé de pouvoir s'adresser à celle qu'il considérait comme son double, et dépité à l'idée de lui faire le topo de la situation.
Le téléphone calé entre son épaule et son oreille, Tommy commença par prendre des nouvelles d'elle et des bébés qu'elle s'apprêtait à accueillir - il ne s'était toujours pas fait à l'idée qu'elle serait maman dans quelques semaines, moins encore de jumelles -, gratta des informations sur sa nouvelle cohabitation avec le futur papa, avant d'en venir au bilan de sa propre situation. S'il savait qu'il était en tord de A à Z, qu'il avait bien trop tardé avant de se libérer de ce secret qui avait toute son importance pour Ollie, une partie de lui avait toujours espéré que ça ne changerait pas grand chose. Tomy l'avait élevé depuis le jour un - deux, en réalité -, et s'il s'était parfois dédouané de ses responsabilités face à cette ribambelle de gamins dont personne ne semblait se soucier, il n'en avait pas moins l'impression d'avoir fait son maximum. Tout du moins n'aurait-il pas mieux fait avec le titre de père, ayant toujours mis Oliver et Bethany à parts égales.
La voix perçante de l'ainée lui fit éloigner le téléphone de son oreille, tournant sur lui-même pour lui faire volte-face. Ses lèvres s'ouvrirent sur le coup de la surprise, sans parvenir à dire quoi que ce soit, voyant déjà Lydia quitter son champs de vision en furie. « Merde! Fais chier. » Tommy eut la sensation qu'un bloc de béton lui tombait sur l'estomac, se passa la main sur le visage en poussant un long soupire. « Kate, j'te rappelle. » Il raccrocha sans plus de détails, sans même penser au fait qu'il pouvait possiblement inquiéter Duggan au passage sur les raisons qui le poussait à couper court à leur conversation si brutalement. Il gravit les escaliers en une demi seconde à peine, marquant une pose devant la chambre de l'intéressée les yeux dirigés vers le ciel. Personne n'allait lui venir en aide, il le savait. Tommy n'avait d'ailleurs aucune croyance religieuse et ignorait d'où lui venait ce réflexe ridicule de s'en remettre aux cieux quand rien n'allait. Il frappa à la porte, n'attendit pas de réponse avant de l'entre-ouvrir pour passer sa tête. Le fait est qu'il n'avait aucune idée de quoi lui dire, maintenant qu'elle avait capté l'essentiel. « J'allais t'en parler, mais je voulais le faire en aparté. » Une légère moue pris place sur ses lèvres, avant d'entrer entière et refermer la porte derrière lui, restant appuyé contre celle-ci pour observer sa petite soeur. Il allait le faire. Rapidement. Seulement il ne s'était pas sentit d'enchaîner les révélations, pas après avoir encaissé les réactions d'Oliver, puis de Beth. Le fait qu'ils s'étaient à peine croisé avec Lydia avait suffit à le retarder, ce qui, il devait bien l'admettre, l'avait arrangé. « Ollie ne le sait que depuis quelques jours. » Il ajouta, comme si cela pouvait justifier ces quinze années de silence, les leçons de morales qu'il avait pu lui faire lorsqu'elle s'était retrouvée enceinte à quinze ans, ou le fait qu'elle soit l'une des dernières à le découvrir.

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Message· · Sujet: Re: ignorance is bliss ignorance is bliss EmptyMar 28 Mai 2019 - 10:55

Elle n’était plus fatiguée. Elle avait l’impression qu’un courant électrique la traversait tandis que son cerveau travaillait à toute allure, cherchant à rassembler les pièces d’un puzzle géant dont il lui manquait l’essentiel du tableau. Il avait suffi de quelques bribes pour la mettre sens dessus dessous et son cœur battait comme si elle venait de courir un marathon – ou de faire une chute vertigineuse. Le silence d’Oliver trouvait tout à coup une raison, même si Lydia l’avait associé aux aléas de l’adolescence. N’était-elle pas, elle-même, prompte à faire la tête, à refuser d’adresser la parole à ses frères et sœurs quand ceux-ci l’agaçaient (souvent, donc) ? Elle n’avait pas cherché à connaitre la cause du mutisme de son frère – ah ! elle devait cesser de l’envisager comme tel, il n’était pas son frère, il était son cousin ! – sans doute parce qu’elle était trop centrée sur ses propres problèmes pour s’intéresser à ceux de sa fratrie. D’ailleurs, est-ce qu’un seul d’entre eux se souciait de ses états d’âme ? Non, aucun ! Chacun vivait son petit drame personnel dans son coin et voilà le résultat ! Lydia se sentait écartée, indigne d’une quelconque confiance. Pourquoi Tommy ne le lui avait-il jamais dit ? Pourquoi n’avait-il pas craché le morceau lorsqu’elle lui avait avoué qu’elle était enceinte ? Elle se sentait leurrée, lésée. Elle ne savait même pas expliquer sa rage si ce n’est qu’elle la sentait irradier dans chacun de ses organes, tandis qu’elle marchait dans sa chambre, cherchant un exutoire, un objet sur lequel déverser ce trop plein d’émotions contre lequel elle ne pouvait rien et qui lui retournait la tête.
Le coup à la porte la fit sursauter, même si elle ne fut pas surprise que Tommy l’ait suivie. Elle s’éloigna le plus possible de la porte, les bras croisés sur sa poitrine, et fixa son ainé, sans chercher le moins du monde à cacher sa fureur et son désarroi. Plus que tout, elle était déçue de l’apprendre de la sorte, comme si ce qu’elle pouvait ressentir à pareille nouvelle importait peu. Mais elle ne pleurerait pas, elle se le jurait. Se pinçant les lèvres, elle dévisagea Tommy avec l’impression d’avoir un inconnu face à elle. N’était-ce pas ce qu’il était au final ? Un étranger, un menteur. Leur ancre depuis toutes ces années ? Quelle bonne blague ! Il n’avait même pas été fichu d’assumer qu’il avait un fils.
- Quand, Tommy ? Quand tout le monde l’aurait appris ? Pourquoi suis-je la dernière à qui tu envisageais d’en parler ?
Sa voix frôlait l’hystérie, elle en avait parfaitement conscience. Elle avait l’impression de péter un câble et remerciait l’heure du jour qui empêchait les autres d’assister à son incapacité à se contrôler.
- Merci, je suis peut-être qu’une pauvre idiote qui se fait mettre en cloque à quinze ans mais ça, je l’avais bien compris !
Elle enfonçait ses ongles dans ses paumes, chacun de ses muscles lui faisait mal tant elle était tendue, mais toute son attention était portée sur son frère :
- Pourquoi, Tommy ? Pourquoi as-tu attendu tout ce temps ?  Pourquoi as-tu décidé que maintenant était un bon moment pour te confesser ?
Comme s’il y avait un moment idéal pour révéler un tel secret, songea-t-elle avec amertume.
- Non. En fait, j’en ai rien à faire de pourquoi tu l’as fait, ajouta-t-elle, consciente de son égoïsme. Comment as-tu pu ? Comment as-tu pu me regarder me débattre avec tout ça, avec Robin, sans rien dire ? Tu ne crois pas que j’aurais eu besoin de savoir que je n’étais pas toute seule ? Tu ne penses pas que ça m’aurait fait du bien de savoir que tu avais traversé la même chose et que tu t’en es pas trop mal sorti ? Mais non. C’était mieux de me faire passer pour une irresponsable, hein ?
Elle se frotta machinalement la joue et réalisa qu’elle n’avait pas tenu sa promesse : les larmes roulaient librement sur ses joues rougies par l’émotion.
- Putain, à quoi ça sert qu’on soit une famille si c’est pour être aussi nul pour communiquer ? Mais sans doute que tu t’en fiches, hein ? Tu as ton amoureux, tu es heureux alors tu te dis, allez, pourquoi pas foutre en l’air l’ambiance générale en balançant un pavé dans la mare ?
Lydia serra les dents. Elle ne s’était plus sentie aussi chamboulée depuis des mois. Mais c’était comme si la rancœur, la solitude, le chagrin, l’incompréhension, débordaient et ravageaient tout sur leur passage.
- Ça t’avance à quoi, maintenant ? Pourquoi tu l’as fait passer pour notre frère, toutes ces années ? Tu avais honte ? Tu as d’autres choses à annoncer ? Un mariage ? Un futur déménagement ? Tu comptes embarquer ton gamin pour vivre heureux en famille avec Sami et les autres n’ont qu’à se débrouiller ?
S’il avait eu honte d’avouer être père, d’un garçon aussi surprenant et attachant qu’Oliver, quelles autres choses cachait-il encore, en effet ?

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Message· · Sujet: Re: ignorance is bliss ignorance is bliss EmptyDim 16 Juin 2019 - 16:18

De toute la fratrie, Tommy avait su dés que l'envie de faire son mea culpa s'était pointée, que Lydia serait celle dont la réaction risquait d'être la plus violente. Elle était, de manière générale, la personne dont le caractère était le plus affirmé - pour rester poli - dans la famille, et avait surtout traverser la même chose que lui, sans qu'il ne puisse réellement lui en parler. Se confier à Lydia n'aurait pas été juste, pas alors qu'Oliver lui-même ignorait tout de la vérité, n'ayant jamais pensé une seule seconde que la mascarade mise en place légalement - il était, aux yeux de la loi, son fils - cachait en fait la vérité sur la nature de leur lien.
Le visage en furie de sa petite soeur confirma les craintes de Tommy, regrettant à la seconde de ne pas lui avoir laissé quelques minutes de plus pour ingurgiter la nouvelle avant de la rejoindre. Au fond, qu'aurait changé ce court laps de temps ? Rien. Il ouvrit la bouche à sa première question, avant de la refermer. S'il avait la réponse sur le bout de la langue, le pompier savait aussi que celle-ci n'arrangerait absolument rien à la situation et ne ferait que la mettre un peu plus en colère. Pourtant, parmi toutes les erreurs qu'il avait pu commettre, il n'estimait pas que l'ordre dans lequel il avait choisi de leur en parler en était une - celle de se faire prendre au téléphone avant d'avoir une chance de se poser avec elle, oui.
Il n'eut pas le temps de réponde à sa première tirade, à laquelle il n'avait pas réponse quoi qu'il en soit, que Lydia enchainait à nouveau, amenant sa propre grossesse à l'avant de la conversation. « T'étais pas toute seule. » Il dit une première fois, par certain que le son de sa voix lui parvienne par dessus la sienne, avant de hausser le ton à son tour. « T'as jamais été seule, Lydia, arrête ! T'as pas idée de ce que c'est d'être seul, on a tous été là pour toi dés lors que tu as décidé de la garder, même si t'as pas été foutue d'assumer ta décision ensuite ! » L'heure n'était pas aux reproches, mais sur le coup de la colère, Tommy ne pesait pas ses mots, réagissant à blanc à ce qu'elle pouvait lui balancer. « J'ai pas eu mon mot à dire sur ce bébé, pas plus que je n'ai eu le soutient de qui que ce soit en âge de réagir avec maturité ! T'avais pas encore trois ans et Rosie n'en avait déjà plus rien à foutre de toi, Beth avait quelques mois, Chase n'écoutait déjà plus personne. Tu crois que j'ai demandé à me retrouver avec trois gamins en bas-âge à quinze ans ? Alors oui, j'ai fait l'énorme connerie de ne pas assumer que j'étais en partie responsable de la situation, mais ça m'a pas empêché d'être là. » Avait-il fuit la maison en laissant les deux nouveaux nés hurler jusqu'à épuisement, incapable de gérer la situation ? A maintes reprises. Pour son bien, pour leur bien aussi. Les nerfs à vifs, épuisé, Tommy avait souvent été proche de devenir violent, préférant dans ces cas là claquer la porte en priant que rien ne leur arriverait pendant ce temps. Il avait fait son sac plusieurs fois également, prêt à mettre les voiles loin de Windmont Bay en laissant tout derrière lui, sans jamais avoir la force d'abandonner la meute, quand bien même les trois-quart n'était pas de sa responsabilité. « T'aurais voulu quoi, au juste ? Que je me barre avec Ollie et vous remette au système ? Parce que crois-moi, ça m'aurait facilité la vie ! » Si élever un gamin en pleine adolescence restait compliqué, il n'en était rien comparé à quatre. Tommy était conscient que ça ne justifiait en rien son mensonge, qu'en grandissant il avait eu à maintes reprises l'occasion de tout leur révéler sa paternité, sachant que la pilule serait mieux passée il y a quelques années, mais il s'était empêtré dans ce mensonge sans savoir comment en sortir sans y perdre leur confiance au passage.
Il ne put s'empêcher de froncer les sourcils lorsqu'elle mentionna Sami et leur bonheur, sa mâchoire venant se crisper face à cette critique qui n'avait, à ses yeux, rien à faire dans cette conversation. « Si j'avais voulu me casser d'ici, j'aurais pas attendu que vous soyez foutu de débarrasser votre propre assiette pour le faire. » A quoi bon se barrer, maintenant qu'ils étaient tous indépendants quatre-vingt pour cent du temps ? Certes, l'idée d'emménager un jour sous le même toit que Sami lui avait déjà traverser l'esprit, quand bien même ils n'étaient ensembles que depuis moins d'une année, mais Tommy avait toujours été clair sur le fait qu'il serait le dernier à quitter le vingt-six pioneer oak. Prenant une bonne inspiration, il se passa les mains sur le visage dans un soupire avant de reporter son attention sur Lydia et ses joues rougies, qui lui serra le coeur. « J'ai pris une décision à la con il y a quinze ans Lydia, et je me suis enfoncé dans cette merde sans savoir comment m'en sortir sans faire exploser cette famille. » Il n'attendait pas d'elle une totale compréhension face au choix qu'il avait pu faire à l'époque, pas plus qu'il ne s'attendait à ce que sa petite soeur lui pardonne sous peu d'avoir mentit pendant aussi longtemps. Tommy cherchait juste à donner son point de vue, et lui peindre le tableau dans lequel il s'était retrouvé, au même âge qu'elle lorsqu'elle avait découvert sa grossesse.

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Message· · Sujet: Re: ignorance is bliss ignorance is bliss EmptyDim 23 Juin 2019 - 17:45

Elle n’était pas sûre de vouloir connaître les réponses à ces questions qu’elle ne se posait même pas un quart d’heure plus tôt. Comment le monde pouvait-il se renverser ainsi en si peu de temps ? Elle le savait, pourtant. Il suffisait d’une erreur, d’un instant d’inattention, d’un moment de vulnérabilité et la vie basculait. Comme lorsqu’un test annonçait une grossesse en cours. Elle aurait voulu se foutre de tout ça, ne pas éprouver cette rancune et cette sensation de n’être pas digne de confiance – même si, au fond, elle savait qu’elle n’avait rien fait pour mériter un tel traitement. À toujours jouer cavalier seule, à faire comme si appartenir à cette famille lui importait peu, elle avait été naturellement écartée des décisions importantes, des nouvelles essentielles. Ça n’en rendait pas moins la constatation amère et douloureuse. Ça lui comprimait la poitrine, ce sentiment d’injustice. Ça lui donnait envie de tout foutre par terre ou de balancer quelque chose à la tête de Tommy. Ou de hurler. Elle l’aurait sans doute fait si elle en avait eu l’énergie, elle se contrefoutait que les voisins les prennent pour des fous, leur réputation n’était plus à faire, grâce à la génération dont ils étaient issus. Mais les aigus de sa voix, ils resteraient confinés à cette chambre, ils resteraient entre eux car, Lydia le savait, rien de ce qui pourrait être dit ne pourrait être rattrapé et il n’y avait pas pire moment qu’un tel déversement sous le coup de la colère. Et sa colère, elle enflait avec chaque réponse de Tommy. Pourtant, elle ne pouvait détacher son regard de lui, elle le dévisageait comme si elle était face à un étranger, à moins qu’elle cherche quelque chose à quoi se raccrocher, pour ne pas sombrer complètement.
Les traits de l’adolescente se froissèrent alors que Tommy lui répliquait qu’elle n’était pas seule, qu’elle ne l’avait jamais été. Qu’en savait-il ? avait-elle envie de lui cracher à la figure. Il n’était pas dans sa tête, il ne pouvait pas se douter de la solitude qui y régnait, qui l’écartait de tous, même de sa propre famille.
- Parce qu’on ne peut pas être seul dans une foule? s’exclama-t-elle, abasourdie. Ce n’est pas parce que vous m’avez aidée que je me suis sentie soutenue pour autant !
Elle ne pouvait nier qu’elle ne s’en serait pas sortie s’ils n’avaient pas été tous là pour prendre le relais, pour s’occuper de Robin quand elle s’en sentait incapable – c’est à dire souvent. Mais elle n’en avait pas moins ressenti le poids, elle n’avait été qu’un fardeau pour eux tous et elle ne supportait pas de le sentir à ce point. Pourtant, qu’aurait-elle pu demander d’autres ? Qu’ils aient l’air ravi de composer avec une décision qui lui avait appartenu et qu’elle aurait dès lors dû assumer jusqu’au bout ?
- J’ai cru que je pourrais m’en sortir! se défendit-elle, incrédule. Jusqu’à ce qu’elle naisse, j’étais persuadée que—
Elle se tut en comprenant qu’il ne parlait pas de Robin mais d’Oliver. Elle ne releva même pas l’allusion au fait que sa mère n’en avait rien eu à foutre d’elle, elle avait fait le deuil de cette relation depuis longtemps. Toutefois, les mots émanant de la bouche de Tommy la firent ciller. Que pouvait-elle répondre à cela ? Elle était en tort, elle le savait, mais ça ne signifiait pas pour autant qu’elle acceptait ce sort.
- Ah, donc parce que c’est à cause de nous que tu as menti, maintenant ? C’était plus facile d’assumer ça si on était tous frères et sœurs ? C’est complètement débile!
Lydia se retint de dire des mots qu’elle ne pensait pas. Elle était pourtant vivement tentée de répliquer qu’ils n’étaient sans doute pas très différents des gosses du système, aussi déséquilibrés qu’eux, aussi voués à aller nulle part qu’elle l’était maintenant. Mais ça aurait été terriblement injuste parce qu’elle savait que si cette famille tenait ensemble, ce n’était certainement pas grâce à elle ou à Chase. C’était Tommy le ciment des Winters, la fondation d’une génération titubante. Peut-être que Beth et Oliver s’en sortiraient mieux. Peut-être pas. Elle ne voulait de tout manière pas y songer à cet instant précis.
Quant au changement imperceptible dans la réaction de Tommy lorsqu’elle invita Sami dans la conversation, il provoqua une pointe de jubilation dans le coeur en déroute de la jeune fille-mère. Elle voulait blesser Tommy comme il l’avait blessée en l’excluant du secret, en permettant qu’elle l’apprenne de cette manière. Elle ne répondit pas immédiatement à sa dernière remarque, préférant le considérer dans un silence lourd de reproches.
- Eh bien, on peut dire que c’est un échec total, sur ce coup-là, hein? ironisa-t-elle avec un petit reniflement. Si c’est de la compassion que tu attends de moi, tu peux toujours courir.
Elle songea que ça aurait pu être le moment qu’elle attendait, celui où elle ferait preuve d’assez de maturité pour que Tommy et elles puissent parler en adultes. Mais elle n’était qu’une boule de nerfs hérissée de lames tranchantes. Il n’y avait que de l’acidité en elle, à cause de cette impression d’avoir été trahie, leurrée.
- Je m’en fous de la raison pour laquelle tu as menti. Tu aurais dû assumer jusqu’au bout. Je n’arrive pas à croire que tu aies fait ça, toi le valeureux sauveur de cette famille en perdition!
La jeune femme eut un léger ricanement, plein d’amertume et de cynisme. Elle aurait voulu savoir où était la mère d’Oliver mais elle-même n’avait jamais voulu évoquer le père de Robin et elle craignait qu’en mentionnant l’un, on en vienne à l’autre. Une part d’elle voulait comprendre l’origine de son mensonge mais sa fierté brûlée à vif la reléguait à ce mur derrière lequel elle tentait de se cacher depuis des mois.
- Mais ne t’inquiètes pas. L’irresponsable officielle, la digne fille de sa mère, a trouvé un job et va économiser pour déménager. Tu n’auras qu’à foutre Chase dehors après, il est assez grand pour se débrouiller et comme ça tu n’auras plus tous ces tracas.
Au fond, c’était peut-être l’issue inévitable. Peut-être qu’ils n’avaient fait illusion que parce qu’ils avaient l’impression d’être tous dans le même bateau. Mais force était de constater qu’ils vivaient chacun dans une galaxie différente et que les années ne faisaient que les éloigner les uns des autres.

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Tommy Winters

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Message· · Sujet: Re: ignorance is bliss ignorance is bliss EmptyLun 12 Aoû 2019 - 19:54

Sur le coup, la réaction de Lydia semblait disproportionnée aux yeux du pompier qui n'estimait pas que cette révélation avait autant d'importance pour elle. Tommy comprenait le choc ainsi que l'incompréhension face à ce mensonge, la colère aussi d'avoir eu la vérité sous le nez pendant si longtemps sans qu'il ne dise mot, mais qu'est ce que cela changeait au juste, pour elle, que Ollie soit son frère ou son neveu? Quelle différence cela faisait-il, en sachant que l'ainé les avait « élevé » au même titre les uns que les autres, ce qui n'aurait sans doute pas été le cas s'il avait assumé dés le jour un sa paternité. Même s'il aimait penser le contraire, Tommy n'aurait pas eu la même attitude avec Oliver s'il avait été " papa ", aussi nuancée puisse être la différence dans le rôle qu'il avait, malgré lui, revêtu.  
« Qu'est-ce que je pouvais faire de plus Lydia? Dis-moi, parce que si j'ai foiré sur un nombre incalculable de trucs dans ma vie, je ne pense pas que Robin et toi faites partie de la liste! » Critiques infondées aux yeux de l'ainé, Tommy ne voyait pas ce qu'il aurait pu faire de plus pour l'adolescente à l'époque. A quoi pouvait-elle s'attendre ? A ce qu'il se réjouisse de la voir répéter les erreurs qui semblaient, définitivement, coller à la peau des Winters ? Il n'avait pas demandé à retomber dans les couches, après plus d'une dizaine d'années de tranquillité, mais n'avait pas l'impression de d'avoir laissé tomber Lydia pour autant, se montrant présent dés qu'il le pouvait ou qu'elle(s) en avai(en)t besoin. « Je sais très bien que tu pensais y arriver! Pourquoi crois-tu que je t'ai répété, en boucle, tout ce à quoi tu devais t'attendre une fois qu'elle serait là? » Il marqua une pause, sans pour autant lui laisser le temps de réfléchir et répondre à la question. « Pour te préparer, Lydia. Pour que tu réalises tout ce sur quoi tu allais devoir faire une croix. » Penser s'en sortir et y parvenir étaient deux choses opposées. Lydia avait cru, naïvement, comme n'importe quelle adolescente, qu'elle pourrait continuer son petit rythme de vie sans que celui-ci ne soit complètement chamboulé par l'arrivée du bébé. Si aujourd'hui Tommy ne pouvait décemment pas lui en vouloir d'avoir choisi de garder Robin, il n'en était pas moins conscient que la vie de sa petite soeur serait faite de sacrifices suite à cette décision. La question était de savoir si elle était prête à les faire - ce qui n'était pas toujours le cas, depuis la naissance de la petite -, et s'ils en valaient la peine aux yeux de la jeune maman.  
« J'ai jamais dit que c'était de votre faute, arrête de tout transformer! » Est-ce que ça avait été plus compliqué qu'ils soient trois gamins et non un? Oui. Personne ne dirait le contraire, pas même la famille la plus préparée qui soit. Tommy ne leur reprochait rien - les vrais responsables derrière tout ça étant les abonnés absents, il aurait été ridicules d'en vouloir aux gamins - mais leur présence avait joué irrémédiablement sur cette décision débile qu'il avait prise quinze ans plus tôt, ne souhaitant pas être tenu comme responsable du chaos que représentait les Winters.
« Je n'attends rien de ta part, surtout pas de compassion. On sait tous les deux que tu n'en as jamais fait preuve pour personne. » Peut-être voulait-il juste la blesser comme elle pouvait le faire à travers ses mots. Peut-être était-ce de la provocation pure, seul moyen d'auto-défense restant, alors qu'ils se retournaient tous contre lui les uns après les autres. Ses excuses n'étaient pas entendues, moins encore comprises, et si Tommy savait qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même, il n'en restait pas moins abattu et ne pouvait s'empêcher d'aller au front en retour plutôt que de battre en retraite.  
« Je sais que j'aurais du, Lydia ! Je suis conscient de l'erreur monumentale que j'ai fait il y a quinze ans, je suis conscient que j'ai eu des années pour vous en parler, et je suis conscient de faire voler cette famille en éclat. Mais je ne peux pas revenir sur le passé. » Passant les mains sur son visage en inspirant profondément, Tommy pris une longue inspiration, expira, cherchant à calmer ses pulsations qui ne faisaient qu'accélérer de minute en minute et surtout à ravaler les larmes de colère qui le menaçaient à présent. L'espace d'un instant, il se retint de lui balancer un " cool, bye ", refermant finalement la bouche en silence avant d'aggraver, un peu plus, la situation déjà chaotique. « Arrête un peu de faire ton cinéma. A quel moment tu m'as entendu dire que je ne voulais plus de vous ici? Tu viens peut-être tout juste de le découvrir, mais Ollie est mon fils depuis quinze ans, ça ne change rien. » A aucun moment Winters n'avait envisagé une vie plus tranquille, seul avec les cadets, bien que conscient que les ainés finiraient par quitter le nid un jour ou l'autre - quoi que, ils semblaient tous bien terrés au 26 pioneer oak. « Si tu déménages, c'est ta décision mais ne viens pas te placer en victime. Cette maison est autant à toi qu'à moi. » Ne serait bientôt plus à personne, s'il ne trouvait pas un arrangement avec le propriétaire, ce dont il se passa de préciser.

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Lydia Winters

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Message· · Sujet: Re: ignorance is bliss ignorance is bliss EmptyVen 16 Aoû 2019 - 12:22

Était-ce parce qu'elle se sentait vaincue d'avance, parce qu'elle n'avait pratiquement aucune légitimité à faire cette scène à Tommy? Elle mêlait des raisons parfaitement égoïstes à la blessure de son ego - parce que c'était ça, surtout, n'est-ce pas? une écorchure supplémentaire à son mal-être général. Elle était la dernière à l'apprendre, elle en était certaine, et elle se sentait aussi vexée qu'humiliée et trahie. Bien sûr qu'il n'y aurait pas eu de moyen idéal d'exposer ce secret enterré depuis quinze ans - et qui n'avait peut-être pas été fait pour être exhumé - mais Tommy aurait peut-être mieux fait d'ordonner une réunion de famille, pour donner sa version des faits, pour leur permettre à tous d'accuser le coup. Ensemble. Peut-être qu'elle se cachait encore derrière sa lâcheté, elle le savait, peut-être qu'elle n'aurait pas mieux réagi comme ça que la façon dont elle le faisait aujourd'hui, mais Lydia voulait croire qu'en ayant été incluse dans la révélation, elle se serait moins sentie isolée et indigne. Mais il n'avait sans doute pas osé provoquer une telle confrontation, connaissant les personnalités de chacun. Tommy avait sans doute préféré faire les choses à petites doses plutôt que d'affronter la colère et l'incompréhension d'un groupe, mais voilà, à présent, c'était celle de Lydia qui lui tombait dessus et le fait qu'elle se sache en tort et insensée n'arrangeait pas son humeur. Jusque-là, Tommy n'avait jamais provoqué chez elle ce sentiment d'être une intruse dans la famille mais cette maladresse venait d'y parvenir avec une facilité déconcertante. Échec et math. Strike. Peu importe. Le mal était fait et sans doute Lydia l'aggravait-elle avec son attitude mais elle se sentait comme un animal pris au piège, que le désespoir pousserait à commettre des erreurs.
- Alors ouvre mieux les yeux! lâcha-t-elle.
Mais c'était ramener le sujet à elle, ça. C'était elle qui avait foiré, c'était elle qui ne savait plus mettre un pied devant l'autre sans vaciller. Qu'est-ce que Tommy aurait pu faire pour la sauver de la désillusion et du chagrin? Il n'y pouvait rien si elle était tombée enceinte. Cela n'empêchait pas Lydia de le lui reprocher à cet instant précis. Ne voyait-il pas que quelque chose avait foiré avec elle, même s'il n'y était pour rien? La gorge de l'adolescente se noua et elle serra les mâchoires, écrasant l'envie de pleurer qui lui gonflait peu à peu la poitrine. Essoufflée par la colère sourde, elle ne pouvait rien répondre aux arguments de son frère et peut-être que c'était pire, pour elle, qu'il lui démontre par a plus b qu'elle n'avait pas le droit de lui en vouloir d'avoir pris des décisions idiotes. Elle aurait voulu avoir raison, l'obliger à concéder qu'il n'avait pas été à la hauteur, qu'il avait manqué à ses responsabilités d’aîné de la famille. Mais il ne lui devait plus rien, il avait fait ce qu'il fallait, toutes ces années. Qu'est-ce que ça t'apportera ? lui souffla une voix insidieuse. Rien. Tout. L'impression de ne pas être le maillon faible, la pièce qui ne s'insérait plus.
Pour que tu réalises tout ce sur quoi tu allais devoir faire une croix.
Les mots la percutèrent plus qu'elle ne voulut le laisser voir. Son regard cilla. Faire une croix sur quoi? Elle n'avait même pas songé à ces aspects-là. Elle n'avait fait que nourrir sa déception amoureuse et le sentiment d'abandon qui l'accompagnait. Elle était sans doute naïve mais elle s'était bercée de l'espoir que si Atticus revenait, s'ils élevaient cet enfant ensemble, elle pourrait tout surmonter. Mais sa grossesse avait filé à une allure folle et elle avait dû faire face seule. Que sa famille ait été là ou non ne changeait pas l'essentiel à ses yeux. C'était lui qu'elle avait voulu à ses côtés. A cette constatation amère, un sourire tordu vint figer les lèvres de Lydia. Pourquoi Atticus aurait-il été là, dans un moment aussi difficile, qui demandait beaucoup d'ajustements, quand il n'avait pas été là avant? Il n'avait été présent que pour les bons moments, si tant est qu'on puisse qualifier de bons des instants volés, des sorties secrètes. Quelle idiote! Comment avait-elle pu tomber dans ce panneau? C'était comme si elle avait vu l'indication Attention, chute mortelle et qu'elle y était allée de ce même pas conquérant et insouciant. Eh bien, elle n'avait plus rien d'une conquérante, elle n'était plus insouciante. Elle s'était échouée en bas de la falaise, poupée désarticulée, hors d'usage.
La flèche suivante l'atteignit en plein cœur mais elle ne dit rien. Pourtant il était évident que son agitation cessa pour se métamorphoser en raideur. Son visage devint de marbre, son regard d'acier. Jamais eu de compassion pour personne, hein? Elle eut envie de fondre en larmes mais le barrage était à nouveau érigé et seul un sourire narquois vint caresser ses lèvres alors qu'elle fixait Tommy sans ployer sous son regard et ses mots.
- Ah bon, ça ne change rien? Alors pourquoi ça sort, maintenant? siffla-t-elle et elle eut l'impression d'être un serpent menaçant, prêt à provoquer la mort à la moindre morsure. Pourquoi a-t-il fallu que je l'apprenne comme ça, si ça ne change rien?
Elle répondit à sa place, avec cette satisfaction cynique de celle qui a été blessée plus qu'elle ne veut l'admettre.
- Parce que ce n'est plus pareil. Parce que ce qui était évident avant ne l'est plus. Peut-être que c'est ma faute, peut-être que c'est la tienne, peut-être que c'est celle de chacun de nous mais le fait est là, ça ne fait que renforcer...
Lydia était à court de mots. Elle referma la bouche et finit par secouer la tête. A quoi bon se débattre? Tout ceci n'avait peut-être été qu'un prétexte pour exploser, pour déverser un peu de cette bile dont elle semblait se remplir au fil des mois, sans que quiconque le remarque ou s'en soucie. Elle fit un pas vers son lit et s'y laissa tomber.
- C'est peut-être ça, le problème, Tommy. Je n'ai plus l'impression que c'est ma maison et ça, ce mensonge et le fait qu'on ne puisse même pas me le dire en face, ça ne fait qu'accentuer cette sensation, dit-elle avant d'attraper son oreiller pour le serrer contre elle, comme un ours en peluche, comme le corps vigoureux contre lequel elle s'était appuyée si souvent, quand elle écoutait son cœur résonner dans sa cage thoracique. Si j'avais un endroit où aller, je ferais un sac et je me barrerais sur le champ. Mais je n'ai personne d'autres que vous et même ça, visiblement, je commence à en douter.
Pendant une seconde, elle pressa ses lèvres contre l'oreiller et ferma les yeux, comme si elle voulait s'étouffer dedans, puis elle redressa la tête et déclara:
- Tu peux être content, tout le monde est au courant, maintenant, plus besoin de faire des cachotteries au téléphone. Alors tu peux retourner à ta vie et je vais continuer la mienne. J'étais rentrée parce que je ne me sentais pas bien et que je voulais me coucher. Donc c'est ce que je vais faire. Bon après-midi.
Et parce qu'elle restait une enfant, malgré le fait qu'elle en ai fait un, Lydia se roula en boule sur son lit et se retourna pour n'offrir que son dos rond à son frère, dont l'image étincelante s'était vue brusquement ternie - et peut-être que ça aussi, ça faisait partie de sa désillusion.

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Message· · Sujet: Re: ignorance is bliss ignorance is bliss EmptyMer 6 Nov 2019 - 21:02

Quand bien même elle n'était pas le première en liste concernée par cette révélation, Tommy était conscient que celle-ci bousculait l'équilibre de tout le foyer, si tant est qu'il en aie un jour eu un. La réaction de sa petite soeur lui semblait à la fois injuste, disproportionnée, et justifiée à la fois sans qu'il ne sache comment s'adresser à elle. Il allait lui en parler. Peut-être pas aujourd'hui, mais l'ainé Winters avait eu pour projet de le faire rapidement. Avant qu'elle ne l'apprenne autrement. Avant qu'Oliver lui-même ne se décide à en parler au reste de la fratrie, bien que terré dans le silence depuis plusieurs jours. Seulement il avait été égoïste, une fois de plus, ne se sentant pas d'attaque à affronter la réaction de Lydia, qui était sans le moindre doute celle que le pompier appréhendait le plus après son fils. S'ils n'étaient pas comme les deux doigts de la main, ils s'étaient souvent retrouvés les yeux dans les yeux avant qu'Ollie et Beth ne viennent chambouler leur vie, mais surtout, elle était la mieux - la pire peut-être - placée pour comprendre ce par quoi il était passé à l'époque.
Tommy resta silencieux, les yeux rivés sur sa petite soeur, lorsqu'elle lui demanda d'ouvrir mieux les yeux. Ou avait-il foiré? Il devait l'avoir fait mille-et-une fois, sans le moindre doute, au cours de ces dernières années mais dans l'ensemble, l'ainé avait l'impression d'avoir apporté autant de soutient que possible à Lydia lorsqu'elle s'était retrouvé enceinte, ainsi que lorsque Robin les avait rejoint. Il était resté à sa place, n'étant si son père ni celui de la petite, et avait fait en sorte que Lydia prenne ses responsabilités et assume ses choix sans qu'il - ou les autres membres de la meute - ne vole à sa rescousse. Peut-être y avait-elle vu de l'abandon. Peut-être s'était-il débarrasser des responsabilités qu'un enfant représentait, estimant qu'il avait assez donné. Même avec le recul, et les reproches qui fusaient, Tommy ne parvenait pas à sincèrement regretter la manière dont ils avaient géré la situation, à l'époque et à ce jour, en dehors de cette immense secret qu'il avait gardé pour lui et qui aurait peut-être pu servir à Lydia lorsqu'elle s'était retrouvée désemparée devant sa maternité à venir. Ses conseils auraient été les mêmes, tout comme ses mises en garde, mais sans doute aurait-elle eu plus d'aisance à se tourner vers lui en sachant que son ainé était, plus ou moins, passé par là.
La remarque suivante, Tommy la regretta à la seconde ou elle franchi la barrière de ses lèvres et figea l'adolescente. S'il cherchait à se défendre, et peut-être à leur rendre la pareille sur les paroles blessantes qu'il encaissait depuis plusieurs jours à présent, d'abord de la part d'Ollie, puis de Beth, il ne tenait pas à empirer leur situation ou faire un peu plus de mal à cette famille, d'autant plus en se sachant en tord. Malheureusement pour Lydia, son vase était prêt à déborder et elle était celle qui venait d'y verser la goute de trop et sur qui la colère, qu'il intériorisait jusqu'ici, retomba.
« Ça sort maintenant parce qu'Ollie va mal, qu'il avait besoin de l'entendre. » Qu'il ne pouvait décemment plus garder un tel secret face aux paroles et au ressenti de l'adolescent sur son abandon, par ce qu'il croyait être deux parents. « Je ne t'en ai pas encore parlé parce que je suis égoïste, Lydia, et que j'avais besoin d'une pause. D'encaisser le fait que mon fils et Beth me détestent, avant de d'ajouter ton nom sur la liste. » Si tant est qu'elle ne le détestait pas déjà avant l'annonce, à l'entente des reproches que la gamine avait pu lui faire un peu plus tôt dans la conversation. Il se retint d'ajouter, une nouvelle fois, qu'il se savait en tord, qu'il ne se cherchait pas d'excuse, ce qui ne rendait pas la haine qu'ils déversaient plus facile à accepter, mais préféra garder le silence. Tommy était abattu, n'avait pas - plus - envie de lui faire entendre, et peut-être un minimum comprendre, son point de vue, et cherchait à présent la porte de secours, prêt à fuir et mettre un terme à leur conversation. Histoire de lui laisser la possibilité d'encaisser la nouvelle, sans qu'ils ne se hurlent à la tête tout ce qui pouvait bien passé dans leur esprit.
Le pompier écouta en silence sa soeur, sa colère diminuant à mesure qu'il découvrait un mal-être qu'il n'avait jamais réellement soupçonné. Sans la penser heureuse, Tommy n'avait pas réalisé que Lydia était malheureuse non plus. Que cela allait au delà des misères de la vie quotidienne, qu'elle souffrait peut-être autant que Oliver pour des raisons qui lui échappaient. N'était-elle pas aussi forte, mentalement, qu'elle ne pouvait le laisser penser ? Ou était-ce juste lui qui passait à côté de tout ? Winters souffla, sans détourner les yeux de son interlocutrice, puis leva les yeux au ciel lorsqu'elle lui tourna le dos. Planté au milieu de la chambre, il l'observa hébété, ignorant la réaction à avoir - ou plutôt celle qu'elle accepterait de sa part, après cette conversation. Tommy réfugia quelques secondes son visage au creux de ses mains, cherchant des réponses aux questions qu'il ne se posait même pas plus tôt, expira à nouveau et s'assit sur le bord du lit de la cadette. Marquant une nouvelle pause, dans la crainte d'être repoussé, il fini par pivoter sur lui même, suffisamment pour apercevoir une partie du visage de Lydia, puis lui pressa le bras. « Je suis désolé. Pour ce secret et pour tout le reste. » Pour l'avoir exclue, volontairement ou non, au point qu'elle ne se sente plus chez elle. « T'es ici chez toi, et pour ce que ça vaut, je n'ai aucune envie de te voir partir. » Tommy en avait souvent rêvé, du jour où il se retrouverait seul sans personne sur qui veiller sous ce toit, mais la réalité était qu'il avait besoin des Winters autant qu'ils avaient (eu) besoin de lui, si ce n'est plus. « Avec Sami... Tout a... J'ai lâché prise. Je me suis autorisé à penser à moi, et j'ai délaissé tout le reste, à commencer par la famille. Je ne regrette pas entièrement de l'avoir fait parce que pour la première fois, je pense pouvoir dire que je suis heureux... mais je suis désolé si je suis passé à côté de ce qui se passait ici ou si t'as eu le sentiment que je n'étais pas là pour toi, ou les autres, parce que vous êtes ma priorité et ça n'a pas changé. » Quand bien même sa relation avec Sami pouvait le combler, et la place que le projectionniste avait pris dans sa vie, au sein de son foyer. « Je cherche toujours un équilibre... entre vous et lui, et dans cette famille. » Les choses étaient ce qu'elles étaient depuis des années et l'absence des parents ne lui pesait plus, mais ça n'empêchait pas Tommy d'ignorer bien souvent où se placer entre le frère et le père, le confident ou celui qui tape du poing sur la table quand les choses dérapent. « Quand t'étais gamine, tu me racontais tout. C'était beaucoup plus facile de t'aider, quand je savais ce qui se passait dans ta tête. » Quand elle se réfugiait dans la chambre avec lui pour échapper à Rosie et son mec du moment. A présent, le brun devait se contenter des remarques et pics en tout genre qui rythmaient leur relation, plutôt que de conversations, pour deviner ce qui se passait dans la tête de la cadette, et autant dire qu'il n'était pas bien brillant. « Enfin bref, je vais te laisser te reposer. Dis-moi si t'as besoin de quelque chose. » Dans un soupire, il pressa une nouvelle fois son bras avant de se redresser pour quitter la pièce.

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