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 make it out of here. (s/b)

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the lucky ones died in the blast.

Billie Fairchild

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Message· · Sujet: make it out of here. (s/b) make it out of here. (s/b) EmptySam 18 Mai - 19:40

Need a place to hide, but I can't find one near
Wanna feel alive, outside I can fight my fear

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@sören westerberg - 17 mai 2019

Quelque chose se noua dans le creux de son ventre à cette idée. Ça n'était pas comme si elle avait vraiment le choix, mais les souvenirs qui lui revenaient quand elle s'imaginait déjà réclamer son dû n'étaient pas des plus agréables, pas de la meilleure augure non plus. Elle ne laissa rien transparaître, pourtant, et toute la journée durant, elle se contenta de faire ce pour quoi elle était là. Les courses avaient été déposées sur le plan de travail puis rangées comme indiqué par Sören lorsqu'elle avait commencé à adopter ce rôle avec lui, glissant sur ses épaules le costume d'aide à domicile pour lequel elle n'avait, de base, aucune qualification. Pourquoi lui avait-il offert le job tout en sachant ce point ? Elle n'en savait rien. Ne voulait pas le savoir non plus, pour ne pas risquer de lui mettre en tête l'idée qu'elle n'était effectivement pas assez bien pour remplir la tâche, et qu'il valait mieux la confier à quelqu'un d'autre. Ses écouteurs dans les oreilles, elle avait passé la fin d'après-midi à finir le ménage qu'il était nécessaire de faire au rez-de-chaussée de la maison, noyant dans les notes le fil de pensée qui continuait de se dérouler inlassablement dans son esprit. Elle pensait trop, tout le temps, et c'était sans doute ce point-là qui la fatiguait bien plus que le reste. Elle se revoyait devant la porte de l'épicerie, à attendre qu'elle s'ouvre, qu'un bras se tende devant elle pour pousser l'entrée et lui indiquer que c'était bon, qu'elle pouvait entrer. Une grosse poignée de secondes plus tard, elle réalisa enfin que personne ne viendrait décider pour elle si elle pouvait ou non entrer dans la boutique. Son sac de courses vide sous le bras, elle s'était retenue de se traiter d'imbécile, l'envie de se mettre une claque à elle-même venant chatouiller le bout de ses doigts sans qu'elle ne cède à la tentation – là, alors, aurait-elle vraiment eu l'air de l'idiote du village, et les regards qu'elle sentait déjà peser sur elle se seraient probablement fait d'autant plus pressant, appuyés sur sa silhouette dans la rue. Toute la journée, elle avait retardé l'échéance de sa question, ne soutenant pas de la même façon le regard de son employeur comme elle était pourtant habituée à le faire. Elle chercha s'il y avait une bonne façon de lui demander ou non, s'il était nécessaire de prendre des pincettes ou si demander sans passer par quatre chemins était plus évident, plus naturel. Elle n'était pas à l'aise, avait l'impression de retomber quelques années auparavant quand, le regard en coin posé sur Malcolm, elle attendait l'aide qu'il lui offrait. C'était idiot, Sören n'était pas Malcolm, leur relation n'était pas identique, et si le médecin n'avait aucune raison apparente de donner de l'argent à Billie – elle s'était questionnée sur ce point en prison, s'était demandé si c'était pour lui une façon d'acheter son silence auprès de sa femme, ou s'il se disait que c'était là sa façon de la garder près de lui –, Sören Westerberg avait, de son côté, toutes les raisons de le faire puisque là était leur accord. La fin d'après-midi toujours installée à l'extérieur, la nuit n'ayant pas encore commencé à tomber sur la bourgade oreganaise, elle termina de ranger la cuisine et retira finalement ses écouteurs de ses oreilles, arrêtant la musique sur son téléphone. Dans un coin de la pièce, elle récupéra son sac à dos, y glissa les affaires qu'elle ramenait chez elle, et se dirigea vers le salon. D'un geste fluide, elle retira sa queue-de-cheval et glissa ses doigts entre ses mèches blondes, le regard posé sur celui devenu son patron. « J'ai fini ce que j'avais à faire. Si tu n'as plus besoin de moi pour aujourd'hui, je vais y aller, du coup. Le livreur devrait apporter ton dîner dans une heure. » Elle garda un ton presque solennel lorsqu'elle s'adressa à lui, le tutoiement n'étant alors que la seule familiarité qu'elle s'autorisait avec le quadragénaire. Billie attendit les indications qu'il avait lui donner et s'humecta finalement les lèvres, avant de mordre légèrement l'inférieure. Brève hésitation. Elle souffla finalement : « et aussi, je me demandais... est-ce que tu pourrais me virer mon salaire ? J'ai du retard sur mon loyer et mon propriétaire est une vraie peau de vache, il veut rien entendre de ce que j'ai à lui dire avant que je ne paye. » Elle haussa légèrement les épaules, peu désireuse de rentrer directement dans les détails qui la dérangeaient quant au quasi-taudis qu'elle habitait depuis son arrivée à Windmont Bay. L'évier de la salle de bains fuyait constamment, et le raccord de la machine à laver était à revoir, pour lui éviter de devoir traîner ses sacs de linge jusque la laverie tous les mercredis. Mais le vieux bouc ne voulait rien entendre à partir du moment où elle virerait enfin sur son compte le montant escompté. Les dents plantées dans sa joue, elle détailla l'homme en attendant sa réponse, les mauvais souvenirs laissant un goût amer dans sa bouche dont elle n'arrivait toujours pas à se défaire.

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Sören Westerberg

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Message· · Sujet: Re: make it out of here. (s/b) make it out of here. (s/b) EmptySam 25 Mai - 22:39

Sa mâchoire se serra face à la douleur qui remontait jusque dans sa colonne vertébrale, au mouvement que le kinésithérapeute lui faisait travailler et répéter inlassablement depuis près de trente minutes. Depuis son accident, Sören n'avait ressenti que peu de sensations, pour ne pas dire aucune, dans le bas de son corps, et si la douleur n'était pas appréciable, elle n'en était pas moins supportable et surtout bon signe. Il était en voie de guérison. Les médecins ne pouvaient prédire combien de temps l'ancien alpiniste mettrait avant de remarcher, ni même si ce jour viendrait, mais il y avait du progrès ce qui suffisait à lui redonner un peu d'espoir quant-à son avenir. Du haut de ses quarante-sept ans, l'homme avait passé l'année et demi qui venait de s'écouler à se dire que sa vie était terminée. Qu'il n'en ferait plus jamais rien, si ce n'était trainer son fauteuil au boulot, et prétendre qu'il pouvait ré-apprendre à vivre différemment, sans ses souvenirs ou l'utilisation de ses jambes. A ses yeux, c'était de la survie et non pas une vie et seule la présence de sa fille ainée lui avait permis de garder la tête hors de l'eau dans ces moments de réalisation. N'ayant pas le moindre souvenir d'elle, Juliet s'était pourtant montrée présente pour lui, avait conter inlassablement l'histoire de leur vie, les souvenirs partagés avec Rose, ceux de sa disparition, et le quarantenaire avait bien vite compris qu'il n'était pas en droit d'imposer une nouvelle tragédie à cette gamine. Elle avait beaucoup trop perdu pour son jeune âge, et s'il ignorait tout d'elle, Sören avait réussi à créer un lien fort et inébranlable rapidement, sachant au fond de lui que cette jeune femme devait être sa seule et unique préoccupation à présent. C'était comme ci ce lien avait toujours été présent, dessinant les souvenirs que Juliet lui avait raconté dans son esprit pour en fabriquer de nouveaux, aussi faux puissent-ils être. Enfui dans ses pensées pour contrer la douleur, il revint à lui lorsqu'on lui précisa qu'il en avait fini pour aujourd'hui et qu'on lui proposa ensuite de lui installer son appareillage. « Ce ne sera pas nécessaire aujourd'hui. » Il força un sourire, avant de laisser l'homme trouver seul le chemin de la sortie, comme il avait l'habitude de le faire. Peut-être était-ce de la fainéantise de ne pas essayer de marcher, ne fus-ce que quelques mètres, mais sa séance de rééducation venait de l'épuiser et Sören n'avait nul part où aller ce soir. C'est devant la télévision qu'il finirait sans aucun doute sa soirée, si ce n'était dans son lit une fois que les anti-douleurs l'auraient assommé.
Devant le poste de télévision, il mit pause lorsque Billie apparu dans le salon, adressant un sourire à la jeune femme. Ces dernières semaines, elle avait été une bouffée d'air frais, redonnant vie à la maison qu'il n'avait pas encore réussi à s'approprier totalement. Sören avait emménagé ici lorsqu'il avait pris la décision de demander le divorce, en février dernier, et avait pris le temps de faire les choses bien afin de se faciliter la vie : il avait fait installer un monte-escaliers, agrandir les portes, placer une douche dans laquelle il pouvait avec sa chaise, et s'était assuré que chaque meuble était adaptés à sa hauteur. Si à ce niveau là, c'était bien plus simple, Sören n'en restait pas moins esseulé la plupart du temps. Juliet ayant choisi de commencer ses études à Portland en septembre et, ayant volontairement rompu contact avec une bonne partie de son passé, les amis ne se bousculaient pas à sa porte. « Je pense que je devrais m'en sortir, merci. » Il confirma, lorsqu'elle lui annonça que tout était fait à son niveau, ne souhaitant pas la retenir plus longtemps. Vu son jeune âge, et sa liberté fraîchement retrouvée, Sören ne doutait pas du fait qu'elle aie mieux à faire de sa soirée et était sans doute impatiente de terminer sa journée. Il ouvrit légèrement la bouche lorsqu'elle mentionna son salaire, puis la referma pour la laisser terminer sans l'interrompre, malgré l'envie de lui présenter ses plus plates excuses. « Je suis désolé, ça m'est complètement sorti de la tête, tu aurais dû me le rappeler directement. » Son ton n'était pas accusateur, bien au contraire, Sören s'en voulait un peu de l'avoir mise dans une telle situation, sachant très bien qu'elle avait déjà bien du mal à se ré-adapter à la vie en liberté en général. Si elle n'avait jamais abordé le sujet avec lui, le quarantenaire avait pris soin de faire ses recherches avant de l'accueillir chez-lui et lui confier la gestion de son quotidien, et pouvait sans mal voir que Billie se battait pour garder la tête hors de l'eau, elle aussi. « Tu peux me passer le téléphone, s'il-te-plaît? Je vais te faire ça immédiatement. » Si au début ça avait été une galère sans nom d'apprendre à utiliser un téléphone portable, sa mémoire s'arrêtant vingt-trois années en arrière, Sören parvenait aujourd'hui à se débrouiller et trouvait l'invention pratique - pour le coup, ça allait lui épargner un déplacement à la banque. Récupérant l'appareil, il ouvrir l'application de la banque, puis porta son attention sur Billie pendant que l'application chargeait. « Comment ça se passe avec ton proprio ? » La jeune femme avait vaguement mentionné un appartement miteux mais surtout un propriétaire loin d'être réglo, qu'il s'était d'ailleurs proposé de rencontrer afin de lui filer un petit coup de mains, ce qu'elle avait fermement refusé. Sören n'avait pas insisté, bien que ce ne soit pas l'envie qui manque, préférant ne pas mettre les pieds là ou ça ne le regardait pas.

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Billie Fairchild

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Message· · Sujet: Re: make it out of here. (s/b) make it out of here. (s/b) EmptyMer 29 Mai - 23:18

La situation lui semblait parfois étrange. Elle qui s'était imaginée mourir sous la décision de l'état après avoir passé Dieu seul aurait pu prédire combien de temps à attendre que l'heure arrive enfin, se retrouvait aujourd'hui à travailler pour quelqu'un qu'elle ne connaissait pas, qui lui avait offert une opportunité qu'elle n'aurait pu refuser – les gens semblaient vouloir se renseigner sur elle avant de lui donner un emploi, et les informations qu'ils étaient capables de trouver sur Internet avaient l'air suffisamment rédhibitoires pour lui refuser les places pour lesquelles elle avait postulé –, et dont elle voyait le quotidien défiler sous ses yeux presque tous les jours de la semaine. Parfois, elle avait la sensation d'être un peu voyeuse ; à regarder un homme essayer de réapprendre à marcher, d'apprivoiser à nouveau quelque chose qu'il avait eu mais lui avait été enlevée, elle ne se sentait pas légitime d'être là. Et pourtant, elle avait aussi l'impression qu'il pourrait comprendre, s'il venait à apprendre son passé, la rééducation métaphorique de la vie qu'elle devait elle aussi faire pour se réadapter à quelque chose qui lui a été retiré pendant un peu plus de quatre ans. Parce que là était aussi la raison pour laquelle elle avait accepté l'emploi, quand bien même il était à mille lieues de ce qu'elle aurait espéré plus jeune, avant que tout ça ne s'abatte sur elle : il ne semblait pas savoir qui elle était, d'où elle venait, ce par quoi elle était passée. À aucun moment, l'idée d'un casier judiciaire, d'un nom affiché à la une de certains journaux, de mains apparemment tachées du sang d'un homme reconnu et aimé autour de lui n'était arrivée sur le tapis. Elle s'était rendue à l'entretien qu'ils avaient eu avec une boule au ventre, grandissant de plus en plus à mesure que la conversation se déroulait, qu'il lui demandait quelles étaient ses compétences et autres aptitudes, si elle était en mesure de faire telle ou telle chose nécessaire au bon déroulement de cette sorte de collaboration qu'elle imaginait déjà bancale, avec la peur que la question lui tombe sur le coin du nez si forte qu'elle n'osait se dire que tout semblait se passer... bien. Elle n'était jamais venue. Comme si Sören n'avait pas cherché à savoir qui elle était ou ce qu'internet pourrait révéler sur Billie Fairchild, comme la plupart des employeurs avaient l'habitude de faire de nos jours. Elle ne s'était pas sentie jugée, toisée, ou n'avait pas eu l'impression qu'il était dans l'attente de quelque chose ; un aveu, une confession, un mot de trop qui aurait trahi la pseudo couverture derrière laquelle elle tentait de se cacher pour avoir un peu de cette normalité à laquelle elle aspirait mais qu'elle imaginait (savait) impossible. Comme si les choses étaient plus simples, d'un coup, et qu'elle devait tout faire sauf rater la chance qui lui était proposée de ne pas voir son passé remonter à la surface au détour de chaque conversation. C'était probablement pour ça qu'elle s'était faite à la routine que constituait sa présence chez Sören, au fil des semaines qui s'étaient écoulées depuis qu'elle avait commencé ici. L'épaule appuyée contre l'encadrement de porte, elle hocha un peu la tête lorsqu'il lui indiqua ne plus avoir besoin d'elle, et la secoua quelques secondes plus tard aux excuses qu'il lui présenta. « Non c'est pas –, c'est pas bien grave. Je m'étais dit que t'avais probablement zappé, sur le coup. » Elle haussa légèrement les épaules mais s'exécuta malgré tout lorsqu'il lui demanda de lui apporter son téléphone, le glissant entre les mains de son patron et se laissant tomber sur l'accoudoir du canapé, regardant distraitement ses doigts pianoter sur l'écran. « Merci. » elle se contenta de souffler, passant à nouveau une main parmi les longues mèches blondes qui lui tombaient au milieu du dos, sentant un certain soulagement se glisser en elle à l'idée qu'elle allait être en mesure de régler sa petite dette – Dieu merci, elle ne payait pas grand-chose pour le taudis miteux qu'elle habitait. Sans prévenir, ses sourcils s'arquèrent à la question qu'elle n'attendait pas de la part de Westerberg, et elle prit quelques secondes à le détailler, clignant un peu des yeux, avant de revenir sur Terre et de répondre. « Mh, ça se passe. » Elle comptait s'arrêter là, peu désireuse d'exposer sa situation de la sorte, mais le regard qu'il lui lança en retour lui arracha un léger soupir avant qu'elle ne reprenne finalement : « il n'est pas vraiment conciliant et tarde à faire les travaux pourtant basiques que je lui demande de faire pour que les choses soient un peu convenables. Par contre, il est toujours là à temps pour réclamer le loyer si j'ai le malheur d'avoir un peu de retard. » De plus belle, elle haussa les épaules. « Il ne deviendra jamais mon meilleur ami, en bref. » Non pas que c'était ce qu'elle recherchait dans les quelques relations – positives – qu'elle avait réussi à nouer depuis son arrivée dans l'Oregon. Elle ne savait pas vraiment combien de temps elle laisserait ses bagages ici, tout en se doutant qu'elle n'était pas prête de repartir, ne sachant pas où s'échouer si elle venait à quitter Windmont Bay pour un ailleurs bien abstrait.

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