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Scott Danvers

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Message· · Sujet: little lion man. (p/s) little lion man. (p/s) EmptyMer 22 Mai - 12:23

Rate yourself and rake yourself, take all the courage you have left
Wasted on fixing all the problems that you made in your own head

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@parker o'brien - 17 mai 2019


Depuis son arrivée entre les murs du WBSO, Scott avait toujours eu la détermination de mettre un frein entre celui qu'il devait être là-bas, et celui qu'il était à l'extérieur. La plupart des gens avec qui il travaillait n'avaient aucune réelle idée de ce qu'il était, lorsqu'il quittait l'uniforme et les bureaux, lorsque son badge ne brillait plus au regard des autres et qu'il retombait dans l'intimité de sa vie privée. Ça avait été une de ses règles, un principe dont il ne savait plus vraiment d'où il venait – son beau-père, après tout, n'avait jamais vraiment cherché à mettre une distance entre vie professionnelle et vie privée, et Scott l'avait toujours pris en exemple –, mais qui s'étiolait peu à peu, à mesure qu'il découvrait çà et là que des pans de sa vie n'étaient pas aussi vrais, aussi propres qu'il les pensait de prime abord. Alors à quoi bon, dans une quête de vérité et de clarté, chercher à garder un masque quand il n'était pas nécessaire de le faire ? Il avait décidé de laisser tomber pas à pas la mine sérieuse qu'il arborait l'immense majorité du temps, et qui ne convenait pas tout à fait à ce qu'il était réellement. L'image qu'il renvoyait était une description erronée de sa personne, et même s'il était en mesure de faire preuve de la gravité qu'il montrait le plus souvent là-bas, Scott était fatigué des faux-semblants qui l'entouraient déjà suffisamment pour éviter d'en rajouter une couche lui-même. Ses sourires s'étiraient un peu plus, alors. Ses paroles se faisaient plus sincères, plus dans la confidence que ce qu'elles n'étaient avant, et s'il n'était toujours pas prêt à dévoiler trop de choses sur lui – tout à chacun a ses dirty little secrets à préserver, après tout –, il parvenait à se lier un peu moins superficiellement à ses collègues, step by step. Dans la fatalité de son quotidien, il cherchait auprès de cette nouvelle façon de faire un peu de fraîcheur qu'il ne trouvait pas toujours ailleurs, sentant une angoisse continuelle le prendre au corps quand il se retrouvait trop en mesure de réfléchir, bercé par les tourments d'une solitude qui ne lui faisait pas vraiment de bien. Scott ne voulait rien montrer, cependant. Il ravalait tout ce qui pouvait lui inspirer ces sentiments à la limite du désastre, ne laissait rien paraître sur son visage ou au travers de ses paroles. Parce que ça ne regardait personne. Et parce qu'il ne voulait pas imposer à ses proches – ou non-proches, après tout – ce qui pouvait bien lui causer autant de tourment ces derniers, longs, mois. Pour toutes ces raisons, il avait décidé de changer de dynamique, d'approche de son travail, des gens qui le faisaient avec lui. Pour toutes ces raisons, aussi, sans doute, avait-il décidé en voyant la mine déconfite de Parker O'Brien, dont l'affliction se lisait sur ses traits, de faire un pas vers lui. Il avait merdé dans son rôle auprès de lui, il avait l'impression ; alors que le garçon était censé être son pseudo apprenti, ils avaient à peine échangé quelques paroles ces derniers mois, parce que Danvers n'avait pas la tête à tout ça. Bien sûr, il se doutait que là n'était pas la raison de l'expression qu'arborait le jeune policier, mais une pointe de culpabilité se glissa tout de même en lui. Les deux gobelets brûlants dans les mains, il s'approcha du bureau sur lequel O'Brien avait posé ses coudes et son attention, et déposa un des cafés et un sachet de sucre face à lui sans prendre la peine de s'annoncer avant. « Tu t'en sors ? » D'un mouvement de menton, il désigna le dossier qu'il avait ouvert devant lui, porta son gobelet à ses lèvres et réprima une grimace à la légère brûlure ressentie contre sa bouche. Tirant la chaise en vis-à-vis direct de celle de Parker, il se laissa tomber dessus avec un petit grognement, et posa son café sur le bureau. Son regard glissa un instant autour d'eux, avant de se reporter sur le policier. « Je ne sais pas comment tu prends ton café, mais en tout cas on n'a plus de lait en stock, alors... j'ai fait avec les moyens du bord. » Récupérant le sien entre ses doigts, il le leva à la façon d'un toast porté à on-ne-savait-quoi, bu une nouvelle gorgée qui, cette fois, ne le brûla pas autant.

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Parker O'Brien

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Message· · Sujet: Re: little lion man. (p/s) little lion man. (p/s) EmptyLun 27 Mai - 13:51

Parker aurait fait n’importe quoi pour avoir la tête ailleurs, pour ne pas éprouver une honte fulgurante à chaque fois qu’il pensait à la façon dont sa relation avec Angel s’était terminée. Mais c’était invariable : dès que les événements lui revenaient à l’esprit, son cœur se comprimait, ses intestins se liquéfiaient et sa gorge se nouait. La sensation d’impuissance était atroce et, pourtant, il ne savait pas quoi faire pour réparer ses erreurs. Il se maudissait d’avoir réagi comme ça. Il se haïssait d’avoir blessé Angel. Au fond, il n’avait que ce qu’il méritait. Puisqu’il n’avait pas eu le courage d’assumer ses sentiments, puisqu’il n’avait pas pu se contenter d’un Si, Angel, j’éprouve exactement la même chose, il était puni. Il était lâche et ridicule et il ne comprenait pas qu’Angel ne s’en soit pas rendu compte plus tôt. Alors le jeune policier tâchait de noyer son mal-être dans le boulot. A moins qu’une part de lui, en un sens, espère ne pas rater un passage éclair de son amant par la cellule de dégrisement. Il redoutait autant qu’il guettait ce retour inéluctable, mais c’était comme si Angel avait disparu de la circulation. Son dossier n’avait plus bougé depuis des semaines – des mois, même, aurait-on dit. Comme s’il s’était calmé, comme s’il s’était tenu à carreaux. Ou qu’il avait été trop occupé à sauter un flic de merde pour s’attirer des ennuis. En réalité, finalement, il s’en était attiré un gros mais il avait fallu attendre le jour de son anniversaire pour qu’il s’en rende compte. Ça aussi, ça ajoutait à la culpabilité misérable du jeune O’Brien : il avait ruiné le peu de confiance qu’Angel avait pu lui accorder et il l’avait piétinée alors qu’ils étaient censés la célébrer. Il n’était qu’un connard. Un connard qui ne savait plus comment mener sa barque, maintenant qu’il avait perdu le seul élément qui avait réussi à donner un peu de vie à son quotidien.
Alors il travaillait, Parker. Il acceptait les tâches ingrates sans se soucier qu’on abuse de son humeur morose, ni qu’on ne se demande même pas pourquoi il avait l’air si éteint. Il encodait les contraventions, clôturait les dossiers, s’occupait de la paperasse, rangeait les cas résolus dans les archives. Il faisait tout ce qu’il avait toujours fait avec répugnance. Il n’avait même plus envie de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Il voulait juste qu’on le débarrasse d’Angel Gutierrez et de son visage qui avait pris toutes les teintes possibles. Chaque fois qu’il fermait les yeux, c’était comme s’il voyait la fêlure dans le regard du voyou et c’était un morceau de son cœur qui s’émiettait dans le néant. Et comme il ne semblait rien avoir d’autre que son travail dans la vie, Parker était prêt à se laisser digérer par celui-ci, tiraillé entre le besoin de se racheter et la terreur de ce qu’Angel pourrait lui dire s’ils se revoyaient là, dans ce poste. L’indifférence, l’ignorance seraient-elles pires que la fureur et la déception ? Il n’en savait plus rien. Il vivait au rythme des cases à remplir, des informations à enregistrer, des détails à inscrire – et il n’en retenait rien. Il était devenu un automate, sans vie propre, sans projet d’avenir, sans rien à quoi se raccrocher. Il était pathétique.
Soupirant, le jeune policier ouvrit un dossier et posa les coudes sur son bureau. Il se prit la tête dans les mains et parcourut les lignes sans en comprendre un traitre mot. Il aurait dû faire une pause, aller prendre l’air, mais il n’en ferait rien, comme s’il avait le derrière collé à son siège. Même les vannes de Johnson ne parvenaient plus à l’agacer ou l’ennuyer, il y était sourd. Ce à quoi il fut incapable d’être sourd, par contre, ce fut la voix qui accompagna le gobelet et le sachet de sucre posés sur un coin libre du bureau. Interloqué, pris de court, Parker papillonna des paupières puis releva les yeux, peinant à croire ce qu’il se passait. Pourtant, c’était bien Scott qui le dévisageait et Parker balaya le poste du regard tandis que le grand brun s’installait face à lui. Il chercha un regard curieux, des messes basses soufflées dans sa direction mais personne ne leur prêtait attention et Parker reporta son attention sur celui pour qui il avait éprouvé une admiration folle depuis son retour à Windmont Bay.
- Pardon ? finit-il par lâcher, d’une voix sourde, comme s’il ne comprenait pas ce qu’il se passait.
Et, en vérité, il ne comprenait rien à ce qui se tramait. Pourquoi Scott était-il là ? L’avait-on envoyé lui faire un sermon parce qu’il n’allait pas assez vite ?
- Oh… merci. Je ne prends pas de lait…
Le jeune homme déchira le bord du sachet et versa le sucre dans le liquide sombre, mais il ne le porta pas immédiatement à ses lèvres. A la place, il contempla un instant son collègue puis il lâcha ce qui lui passait par la tête. Qu’avait-il à perdre, après tout ? Plus rien. Il avait l’impression d’avoir déjà tout perdu quelques semaines plus tôt.
- Que se passe-t-il ? Est-ce que je dois me faire évaluer ? On ne m’a rien dit.
Il était peut-être un peu sur la défensive. Il avait passé sa vie à l’être, après tout, sur ses gardes, à se méfier de tout et de tout le monde, c’était ce qui l’avait mené là, pourquoi cela aurait-il subitement changé ? Il avait cru qu’en atteignant un objectif, en réalisant l’un de ses rêves, il s’épanouirait miraculeusement, prendrait confiance en lui et pourrait affronter n’importe quel danger. Le souci, c’était qu’il était son propre ennemi et il avait fallu Angel – ou plutôt le perdre – pour qu’il le réalise.

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Message· · Sujet: Re: little lion man. (p/s) little lion man. (p/s) EmptyMer 5 Juin - 15:43

Scott n'avait pas été un bon mentor pour Parker. À l'arrivée du jeune blond entre les murs du bureau du shérif, il avait senti son torse se gonfler d'une fierté nouvelle à l'idée qu'il puisse le prendre sous son aile et avoir cette place que son beau-père avait eue avec celui qui avait fini par être son acolyte. Il n'avait pas tiré de plans sur la commette pour autant, ne s'imaginait pas partir en vadrouille avec Parker, copains comme cul et chemise ; les partenaires, il en avait eu assez avec Genma, dont il n'avait aujourd'hui plus de nouvelles. Il n'avait pas rempli le rôle que personne d'autre que lui-même – et peut-être un peu Heesen, l'un de leurs supérieurs – lui avait donné, et aujourd'hui, maintenant qu'il parvenait à faire un peu le tri parmi les emmerdes qui avaient dessiné sa vie ces derniers mois, Scott le réalisait et s'en voulait. Les choses commençaient à s'arranger un peu, dans sa vie personnelle. Son cœur autrefois brisé battait à nouveau à un rythme normal, ne se serrait plus à chaque évocation de Reyna, malgré tout l'amour qu'il avait pu lui porter et le fait qu'il avait toujours cette bague de fiançailles donnée par sa mère et qu'il avait tant voulu offrir à son ex petite amie, avant qu'elle ne le quitte. Les rares fois où il la croisait encore, il parvenait à lui adresser un sourire sincère sans sentir une part de lui se briser, et leurs brèves rencontres autour de Leon, pour le moral du chien-loup, n'étaient plus une raison de montrer ses crocs à l'autre. Les choses redevenaient plus saines, et Scott parvenait à s'ouvrir à d'autres personnes – une autre personne, mais il en était encore au stade de rouler des yeux et de nier en bloc plutôt que d'admettre quoi que ce soit sur le compte de Mila. Il y avait toujours la situation délicate avec sa sœur, le réveil de son ex, et tous les bouleversements que ça impliquait. Scott continuait de se triturer l'esprit à chaque jour que Dieu voulait bien faire, et ne trouvait aucune solution-miracle au nœud gordien qu'était devenue cette partie de sa vie. Pourtant, parfois, il parvenait à relativiser. Il avait toujours cette anxiété latente à l'idée d'aller à la rencontre de celui avec qui il s'était découvert un lien de sang ; Tommy n'était toujours pas au courant qu'un autre membre se rajoutait à l'immense fratrie qu'il avait déjà, et Danvers était incapable de savoir comment il pourrait bien finir par réagir quand il l'apprendrait. Pourtant, il savait qu'il allait devoir l'évoquer avec lui. L'idée même, par contre, d'un jour rencontrer son père biologique (car Barry restait, pour lui, son vrai père), continuait de tantôt lui donner des sueurs froides, tantôt lui inspirer une indifférence totale. Mais les choses, dans tous les cas, n'étaient plus en train de le noyer de la même façon que ce qu'il avait pu ressentir auparavant, et lui permettaient ainsi de se rendre compte des erreurs qu'il avait faites sur son parcours et qu'il n'avait pas été en mesure de voir avant ça. Désormais assit en face de Parker, il détailla un bref instant le visage du jeune policier et haussa légèrement les épaules au « pardon ? » que sa présence sembla lui arracher. Bien sûr, elle devait l'étonner. Scott ne lui avait qu'à peine adressé la parole ces derniers mois – comme à la plupart des gens qui foulaient les couloirs du WBSO, en dehors, peut-être, d'Iyovi et Seraya –, mais une part de lui avait envie de se racheter par rapport à cette absence de bonne conduite (qu'on ne pouvait pas non plus décrire comme réellement mauvaise), d'autant plus face à l'air qu'affichait O'Brien ces derniers temps. « Parfait, dans ce cas. » Il désigna d'un coup d'œil le café dans lequel Parker s'occupait à mettre son sucre, reposa son gobelet sur le bois du bureau en arquant finalement un sourcil face à la question qui glissa de la bouche du blond. Est-ce qu'il avait été si peu agréable pour que le garçon pense que cette idée puisse être la seule qui le poussait à aller le voir ? Probablement... Scott se trouva, sur le coup, d'autant plus con, et nota dans un coin de son esprit de dire au grand patron de ne jamais lui coller d'apprenti, ou il risquerait de ne pas apprendre grand-chose de lui. « Non, du tout, t'en fais pas. Tout va bien, je venais juste te voir pour... » Il marqua une légère pause avant de reprendre. « Parler ? » Une moue se dessina au détour de ses lèvres, lui-même incertain de sa propre réponse. Nouvelle gorgée de café avalée, et il soupira finalement, secouant doucement la tête en le regardant. « T'as besoin d'aide pour quelque chose ? C'est quel dossier, sur lequel t'es en train de travailler ? » Prenant ses aises comme s'il était chez lui, Scott se pencha en avant et attira le dossier vers lui, le tournant pour le rendre lisible, et inspectant déjà les premières lignes qu'il pouvait déchiffrer, se demandant s'il aurait l'air d'un idiot de s'excuser de son manque d'engagement auprès de Parker maintenant.

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Parker O'Brien

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Message· · Sujet: Re: little lion man. (p/s) little lion man. (p/s) EmptySam 22 Juin - 20:24

Si ça avait été n’importe quel jour avant la dispute avec Angel, sans doute que Parker aurait vécu ce moment tout autrement. Il avait espéré l’attention de Scott, toutes ces semaines, tous ces mois, mais il avait fini par se faire à l’idée qu’il ne l’intéressait pas et avait fait le deuil de tout espoir d’impressionner son mentor. Il avait pourtant été zélé, au début, mais il avait eu l’impression d’être un poids, d’être ridicule, de n'être qu'un grain de sable dans un rouage, qui n’arriverait à capter l’attention de Scott que s’il se produisait un événement fabuleux – événement qui, évidemment, n’était jamais venu. Parker n’avait pas brillé durant l’enquête sur la disparition des enfants de Windmont Bay. Il n’avait pas mal fait son boulot mais il n’avait rien fait d’extraordinaire non plus – même si, de nombreux soirs, avant de s’endormir, il s’était fantasmé en train de sauver les enfants, de démasquer le coupable et de l’arrêter, comme un super-héros insoupçonné. Le problème, réalisait Parker, c’était qu’il avait passé sa vie à se rêver différent de ce qu’il était et pendant un temps, pendant une trêve de plusieurs mois entre les bras d’Angel, il en était arrivé à se sentir différent. Mais ça n’avait été qu’une chimère. Une chimère brûlée vive dès qu’elle avait été approchée trop près de la lumière et voilà le résultat : retour à la case départ pour Parker O’Brien, toujours aussi invisible, toujours aussi inutile. Non. En réalité c’était encore pire. Parce qu’avant il n’avait pas pu goûter à ce bonheur volé et maintenant qu’il avait pu y tremper les lèvres, tout lui semblait fade. Il avait un goût de cendres dans la bouche à chaque fois qu’il pensait à son attitude et aux répercussions qu’elle avait eues. Mais comment pouvait-il faire comprendre à Angel qu’il ne pouvait pas l’aimer, qu’il ne pouvait pas croire qu’il soit vraiment intéressé par lui, puisqu’il ne voyait rien de valable en lui. Rien qui vaille la peine de se faire du mal. Il n’était que le gamin blond qu’on trimballait d’un foyer à l’autre, que personne n’avait jamais voulu garder, que personne n’avait cherché. Il ne savait pas ce que le voyou avait pu voir en lui et Parker s’était longtemps caché derrière l’assurance que ce n’était qu’un jeu malsain de sa part – mais un jeu auquel il voulait bien prendre part, parce qu’il ne pouvait nier le bien que lui faisait leurs étreintes, les lèvres d’Angel contre les siennes, la chaleur de son corps qui le réchauffait tout entier. Mais il était parti du principe que tout s’étiolerait tôt ou tard, par la volonté d’Angel, il n’avait pas anticipé le chemin escarpé et dissimulé qui pouvait faire naître plus qu’une simple attirance, plus qu’une occupation éphémère. Parce que ce n’était tout simplement pas envisageable que le jeune Gutierrez puisse 1) éprouver ce genre de sentiments et 2) les éprouver pour lui, Parker O’Brien, l’insignifiance totale. Cette insignifiance à laquelle il avait été bien malgré lui confronté quand il ne parvenait pas à se faire une place dans le cercle de son modèle et qui ne faisait que confirmer ce qu’il avait toujours su, aussi loin que sa mémoire de gamin du système remonte. Ça n’était pas la faute du flic, en soi, et Parker ne lui reprochait pas son attitude distante et son manque d’intérêt. Il avait juste suivi le même schéma que ceux dont le jeune O’Brien avait aspiré le respect et parfois même l’amitié, en vain. S’il n’y avait eu le jour de l’anniversaire d’Angel et ce qui en avait découlé, peut-être que l’approche de Scott lui aurait donné un regain d’énergie, peut-être qu’il se serait efforcé de se montrer sous son meilleur jour mais, en réalité, il n’arrivait même pas à se soucier de ce que pouvait penser son supérieur. Il en était à un stade ou plus rien ne semblait le toucher en dehors des souvenirs et de la culpabilité – et du manque et de l’inquiétude – raison pour laquelle Parker dévisagea son interlocuteur d’un air un peu hagard :
- Parler, répéta-t-il, comme si l’idée lui paraissait absurde.
Pourquoi désirait-il lui parler, tout à coup, puisqu’il n’en avait pas eu grand-chose à faire de celui qui aurait rêvé d’être son Robin et qui avait rangé cet espoir au placard depuis un moment ? Il fallait forcément que quelqu’un l’ait envoyé, soit pour lui remonter les bretelles soit pour essayer de savoir ce qui provoquait cet air défaitiste qu’il arborait à longueur de journée depuis des semaines. Les sourcils de Parker frémirent légèrement, trahissant sa perplexité, et il lut le nom du dossier dont Scott s’était emparé sans prévenir, bien incapable de savoir ce sur quoi il était supposé travailler depuis une demi-heure :
- Une querelle de voisinage du côté de Bridgewater Way. Ça dure depuis six mois. On a une plainte de l’un ou de l’autre chaque semaine...
Une connerie, était-il à deux doigts d’ajouter, même s’il savait à quel point ce genre de conflit pouvait escalader rapidement. Mais rien de bien passionnant pour Scott, c’était certain.
- Ça ira, je n’ai pas besoin d’aide. Tu as sûrement mieux à faire, dit-il et s’il n’avait aucunement voulu être accusateur, son ton l’était peut-être un peu. Je les connais. J’irai les voir et ça s’apaisera jusqu’à la prochaine fois.
Il ne précisa pas qu’ils se disputaient en réalité depuis des lustres – déjà quand il était enfant et placé dans la rue où ils habitaient, il ne se passait pas un mois sans qu’il y ait des éclats de voix. C’était la routine. Celle de Parker, du moins.

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