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 rocket man. (a/b)

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Billie Fairchild

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Message· · Sujet: rocket man. (a/b) rocket man. (a/b)  EmptyMer 22 Mai - 15:54

And I think it's gonna be a long long time
'Till touch down brings me round again to find
I'm not the man they think I am at home
Oh no no no I'm a rocket man
Rocket man burning out his fuse up here alone

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
@angel gutierrez - 14 mai 2019

Ses draps avaient fini par se défaire du bout de son lit à force de la sentir tourner dans un sens puis dans l'autre, à défaut de pouvoir trouver le sommeil. C'était donc un de ces soirs-là, où la solitude n'avait rien d'agréable, où Netflix ne parvenait pas à apaiser ses tourments pour lui offrir un peu de répit, et l'opportunité de trouver le sommeil. Non, Morphée avait décidé de faire la gueule et de tendre son majeur à Miss Fairchild, parce qu'il n'était pas d'humeur à l'étreindre. Si elle se concentrait suffisamment, elle sentait presque les cernes se dessiner sous ses yeux et prendre une teinte violacée qui lui donnerait un air cadavérique au lever du soleil – qu'elle risquait de voir sans le vouloir, par ailleurs. Dans un bal de soupir, de grognement, elle avait tenté de noyer les pensées qui la prenaient en traître dès qu'elle se disait qu'elle arrivait enfin à les dompter et les faire taire ; elles revenaient encore plus violemment et faisaient grimper en elle cette angoisse qui faisait vaciller ses entrailles et lui donnait presque la nausée, mêlée à une fatigue qui affaiblissait elle aussi son état. Ses muscles ne voulaient pas se détendre, son corps restait raide, vif, prêt à réagir si jamais un danger ou quoi que ce soit lui tombait sur le coin du nez. Sauf que le danger, théoriquement, elle ne le risquait plus. Elle avait cru remonter la pente, difficilement mais tout de même, lorsqu'elle avait réalisé que dernièrement, ses nuits se faisaient moins agitées. Plus douce, plus calme, malgré des mauvais rêves toujours présents mais au moins se montraient-ils moins intenses maintenant. Ah, l'espoir de faire s'envoler la fatigue s'était fait la malle avec l'instant qu'elle vivait, à attendre de s'épuiser enfin. Dans un coin de sa tête, elle avait passé en revue les options qui s'offraient à elle. Le psychiatre qui l'avait suivie même après sa sortie de prison lui avait prescrit des somnifères, lui soufflant qu'elle pouvait en prendre un dans des cas comme celui qu'elle vivait. Elle n'avait jamais été du genre à se jeter sur les médicaments qu'on lui donnait ; c'était le genre de trucs dans lesquels on pouvait vite s'enliser, l'expérience le lui avait prouvé par le passé, et elle n'avait pas envie de retomber dans une spirale comme ça. L'envie, pourtant, s'était faite ressentir et elle s'était retrouvée avec la boîte qui tournait entre ses doigts, le pouce glissant sur les inscriptions de l'étiquette sur plastique orangé, avant de renoncer et de les remettre dans le placard de sa salle de bains. Pas pour elle. Et peut-être eut-elle raison quand, sans qu'elle ne s'en rende compte, elle se laissa glisser dans le sommeil, alors que l'horloge de son téléphone affichait deux heures trente. Sans doute aurait-elle pu continuer sa nuit jusqu'au petit matin, quand il lui aurait fallu quitter son lit pour se changer et se diriger vers chez Sören pour la journée. Sans doute serait-elle alors arrivée, l'air certes fatigué mais moins que celui qu'elle afficherait réellement dans quelques heures en se pointant chez lui, après avoir été réveillée au milieu de la nuit par des tambourinements contre sa porte. Ils lui arrivèrent d'abord comme un bruit lointain qui ne lui fit que froncer les sourcils, jusqu'à finalement la tirer hors du sommeil dans un grognement mécontent. Elle attrapa d'un mouvement rapide le téléphone à côté d'elle et se frotta les yeux de son poing avant de regarder l'heure. 3:27. Après quelques secondes suffisantes pour se rendre compte que ça ne se calmerait pas, elle secoua la tête et se dirigea en vers l'entrée du petit appartement qu'elle occupait – quelques enjambées avaient été suffisantes, rapides et poussées par l'énervement qui ne pouvait sans doute plus grandir plus que ça en elle –, ouvrant la porte en trombe. « C'est quoi ce bordel ?! » elle cracha presque, sans s'embêter à garder un ton raisonnable par respect pour ses voisins. Son regard se posa sur le visage qu'elle découvrit de l'autre côté et ses sourcils se froncèrent à nouveau, cette fois avec une pointe d'inquiétude qui venait diluer la colère ressentie. Angel n'avait pas l'air bien ; il avait même une allure complètement pitoyable, qui trahissait en un rien de temps le fait qu'il n'était pas dans son état normal, au-delà de la façon dont se dessinait son regard et la difficulté qu'il aurait sans doute à faire deux plus deux si on venait à lui demander. « Qu'est-ce que tu fais là ? » Elle le détailla quelques secondes de plus et soupira, se reculant de la porte pour le laisser entrer dans l'appartement lorsque, sous la porte voisine, elle vit s'allumer une lumière indiquant que l'habitant avait probablement été réveillé par le vacarme provoqué ; une partie d'elle espéra trouver rapidement un moyen de quitter l'immeuble aux murs aussi fins que du papier à cigarettes. Secouant la tête, elle désigna d'un mouvement de menton le vieux canapé, laissé dans l'appartement quand elle y était arrivée, et croisa les bras sur sa poitrine. « Je peux savoir ce que t'as pris pour être dans cet état ? Et pourquoi ? » Billie voulait garder son ton habituel ; celui qu'elle utilisait comme si elle crachait à la gueule du monde, pour faire ressentir sa mauvaise humeur quasi constante à l'humanité tout entière. Pourtant, elle entendait elle-même la préoccupation qui prenait place dans son ton, à voir l'état de celui qu'elle considérerait presque comme un ami, un peu étrangement.

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Message· · Sujet: Re: rocket man. (a/b) rocket man. (a/b)  EmptySam 15 Juin - 16:56

Il ne voulait plus continuer. Depuis deux jours, Angel errait sans but. Ce n’était pas la première fois, ni sûrement la dernière, mais cette fois, l’escapade ne lui apportait pas l’oubli qu’il cherchait tant. Chacun de ses trébuchements le heurtait aux souvenirs qu’il voulait fuir. Ce coin de rue menait à Parker. Ce graffiti sur le mur - « fuck cops » - lui rappelait Parker. Ce couple qui s’embrassait à pleine bouche lui donnait envie d’embrasser à pleine bouche Parker.  Parker, par cœur. Tout dans cette ville le ramenait au policier et à son cœur en miettes.
Fuck cops.
Il en revenait toujours à la même conclusion : on ne pouvait pas faire confiance à un flic, et surtout pas un flic aux yeux trop clairs, à la peau trop douce, à la bouche trop rose. On ne pouvait pas coucher un flic, et encore moins lui donner son coeur, et espérer quoi que ce soit. La guerre lui avait-elle à ce point fracassé le cerveau ? Etait-il idiot à ce point ? Angel finissait par le croire à force de se repasser la scène du Marceline’s comme une bobine abîmée. Il retournait sans cesse à Parker et à ce dégoût qui suintait dans sa voix.
Mais à quoi d’autre aurait-il bien pu s’attendre ?
Parker avait raison.
Il n’était qu’une épave, un épouvantail bousillé.
Il trébucha à nouveau et s’étala de tout son long. Son front embrassa le bitume et il s’écorcha les mains en tentant - misérablement - de se protéger de la chute. Un instant, il fut tenté de rester là. Il faisait bon ce soir. Il avait dormi sur pire qu’un bout de trottoir. S’il fermait les yeux, Angel était sûr de se laisser emporter par le train du sommeil. Sa vision se troubla, il inspira profondément, prêt à s’échouer sur son rivage de goudron lorsqu’une vive douleur lui irradia le dos et il bondit comme un chien enragé, l’adrénaline pulsant dans ses veines, le coeur au bord des lèvres. Sa rage retomba lorsqu’il considéra l’adversaire, un sdf armé de son caddie. Hagard, Angel hocha la tête : il avait sûrement piqué la place habituelle du pauvre hère, et il consentit à se déplacer sans broncher, les pas malhabiles.
Il ne sut jamais comment il arriva devant l’immeuble de Billie, ni comment il parvint à y pénétrer. Retenir l’étage et le numéro relevait pratiquement du miracle. Où il trouva la force de tambouriner comme un forcené, ça non plus, Angel ne le sut pas. Mais il savait que chez Billie, il serait accueilli, accepté comme le déchet qu’il était. Elle était au moins aussi bousillée et c’était ce qui les avait rapprochés, elle et lui. Leurs noirceurs respectives, leurs erreurs de parcours. Leur propension, leur incapacité à faire corps avec le reste, à se fondre dans la masse, qu’importe à quel point ils l’auraient voulu. Tout aurait été si simple s’ils avaient pu être comme les autres.
Mais ils ne pouvaient pas. Quelque chose, en eux, les garderait toujours de l’autre côté, les empêcherait d’aller au bout de la nuit et de voir l’aube.
La vue brouillée, la tête prête à exploser, Angel tituba dans l’appartement de Billie et renifla lorsqu’elle lui demande ce qu’il avait pris. Il puait le whisky à des kilomètres, et pas le bon whisky, non, le whisky des stations-essence et des 7/11. « Pourquoi ? » croassa-t-il, la voix rauque. Sa gorge le brûlait comme si on y avait passé un cutter saupoudré de sel. « Une bite. Pour quoi d’autre ? » laissa-t-il échapper en tombant sur le canapé de Billie, un sanglot dans la voix. C’était la surface la plus moelleuse sur laquelle il s’était assis depuis des jours et il fut tenté de s’allonger, fermer les yeux et laisser le sommeil l’emporter pour une durée qu’il ne voulait pas déterminer. Mais le regard perçant de Billie brûlait sa nuque et il leva vers elle des yeux humides, presque implorants. « J’ai mal, Billie. » Et il ne parlait pas de l’écorchure qui lui barrait le front et lui ensanglantait les tempes, comme une couronne rougeoyante.

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Message· · Sujet: Re: rocket man. (a/b) rocket man. (a/b)  EmptyLun 17 Juin - 15:01

Depuis son arrivée à Windmont Bay, Billie en avait croisé, des chemins. Des personnes qu'elle apprenait parfois à connaître, le plus souvent non, qui ne l'intriguaient jamais assez pour faire naître en elle un intérêt certain et qui, au contraire, la lassaient rapidement ou lui donnaient l'envie de prendre ses jambes à son cou. Elle n'était pas agréable. Se jugeait en droit de ne pas l'être. La présence des autres l'exaspérait la plupart du temps, mais malgré tout Billie avait fini par se lier d'affection avec certaines personnes ayant traversé sa route pour s'y faire une place – plus ou moins grande, plus ou moins faite pour rester... elle préférait nettement ne pas se poser de questions sur ce point, le reléguant ainsi à l'idée d'un simple détail auquel elle ne prêtait pas attention. Parmi ces personnes qu'elle avait appris à apprécier, il y avait l'homme qui lui faisait face désormais, le visage torturé et malmené par l'alcool qu'il avait ingéré et qui embaumait autour de lui, comme une sorte d'aura qui se dessinait pour sa personne ; empestant le whiksy bon marché et donnant à Billie l'impression qu'il lui suffirait de craquer une allumette à côté de lui pour qu'il prenne feu. Il n'était pas bien. C'était une évidence qui lui sautait au visage alors qu'elle pinçait doucement des lèvres en le voyant ainsi, et qu'elle oublia pendant une seconde la colère qu'elle avait nourrie contre celui qui osait venir tambouriner à sa porte d'entrée et réveiller ces voisins avec qui elle n'entretenait déjà pas la meilleure des relations. Jetant un coup d'œil vers la porte du vieux en face de chez elle, elle soupira et fit rentrer l'ancien militaire dans son bien piètre appartement, le regardant tituber sans même prendre la peine de tendre les bras pour le ramasser avant qu'il ne tombe, si tel était ce qu'il devait arriver. Elle n'était pas du genre à voler au secours des autres ; si Angel se prenait les pieds dans l'air, il comprendrait un peu mieux la douleur dans le fait d'abuser de l'alcool lorsque le moral était en berne. À la place, elle reclaqua la porte d'entrée et entendit gronder de l'autre côté face au bruit qu'elle avait fait, n'ayant pas pensé sur le coup au fait qu'elle pouvait y mettre un peu plus de force de par les restes de colère qu'elle gardait malgré tout en elle. Bras croisés sur sa poitrine, elle toisa l'une de ces rares personnes qu'elle s'imaginait appeler « ami » et laissa un soupir lui échapper à la réponse si philosophique que lui offrait Angel. C'était donc Parker, le problème ? Si elle avait voulu faire preuve d'un comportement des plus désagréables, sans doute aurait-elle pu souligner la mauvaise idée que c'était de se taper un flic lorsque l'on était quelqu'un comme lui – comme eux, au passé trouble et aux rumeurs tenaces sur leurs dos. Mais elle n'avait pas envie de remuer le couteau dans la plaie, lorsqu'elle voyait la douleur se dessiner sur ses traits et entendait les sanglots qui troublaient sa voix. Elle ne l'avait jamais vu comme ça et le voir dans cet état, affalé sur son canapé et les yeux humides, la laissait pantoise. Pinçant des lèvres, elle le détailla et chercha un instant ce qu'elle était censée faire. Elle ne détourna pas le regard de lui, et peut-être le sentit-il alors qu'il pencha la tête en arrière pour l'apercevoir, lui offrant une vue renversée sur son visage attristé. La colère s'était fait la malle, pour laisser place à un désarroi qu'elle n'aimait pas plus que sa prédécesseur. Billie n'était pas de ceux capables d'essuyer les maux des autres, déjà qu'elle n'arrivait pas à combattre les siens. Elle ne répondit rien, alors, parce qu'il lui était nécessaire de chercher encore un peu les mots qu'il faudrait dire ; quand bien même elle savait pertinemment qu'elle ne parviendrait pas à mettre la main sur les formulations nécessaires.  Après un rapide détour dans la salle de bains – quelques enjambées, encore une fois, furent suffisantes pour traverser ; quand bien même elle savait qu'il ne s'agissait que de l'histoire d'un changement de décision pour que s'offre à elle la possibilité d'un meilleur endroit où vivre, elle préférait encore se contenter du peu qu'elle avait –, elle revint et laissa tomber sur les genoux d'Angel une serviette propre, avant que son corps ne rejoigne les côtés du sien et qu'elle se retrouve, une fois de plus, à le fixer. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » Son regard intentionnellement pressant, elle le fixait dans l'attente de la réponse et finit par froncer un peu le nez à l'odeur qui se dégageait de lui. « T’empeste l'alcool, j'ai l'impression d'être bourrée rien qu'à renifler le même air que toi, Angel. » Elle soupira doucement, avant de sentir le ton de sa voix se radoucir un peu. Inconsciemment, elle vint frotter son visage pour tenter d'extirper une partie de la fatigue de son corps, en vain. « Qu'est-ce qu'il t'a fait pour que tu finisses dans cet état ? » Parce qu'elle n'était pas du genre à croire qu'il était forcément le fautif, elle qui était si bien placée pour savoir que les accusations étaient faciles à faire lorsque peu d'éléments étaient à notre disposition.

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Message· · Sujet: Re: rocket man. (a/b) rocket man. (a/b)  EmptySam 20 Juil - 0:43

Peut-être qu’en réduisant Parker à ce qu’il avait entre les jambes, ça ferait moins mal. Peut-être qu’en réduisant ce qu’ils avaient vécu à sa plus simple équation, Angel parviendrait à l’oublier. Il voulait salir ses souvenirs, les recouvrir de peinture noire. Il aurait voulu arracher le souvenir de Parker de sa tête et lui cracher dessus, comme le policier avait craché sur eux. Ah, il oubliait : y avait jamais eu d’eux. Il avait juste été bon à combler les trous, littéralement, et celui de son cœur ne se refermait pas, et si la situation n’avait pas été si critique, il se serait ri au nez d’avoir de telles pensées. Depuis quand était-il une gamine boutonneuse en pleine crise hormonale ?
Depuis qu’il avait laissé Parker O’Brien lui retourner la tête, visiblement.
Putain de flic.
Au-dessus de lui, il pouvait sentir le regard de Billie, sa sollicitude sévère comme une couverture sur ses épaules. Il n’attendait pas d’elle qu’elle le prenne dans ses bras ; c’était pas leur genre, non, vraiment pas. Il ne voulait pas être touché, de toutes façons. Pas maintenant alors qu’il était à fleur de peau et que tout remontait à la surface, sans raison, sans logique. La fracture infligée par Parker avait rouvert de vieilles blessures qu’Angel s’était contenté de faire semblant d’oublier. Les plaies vomissaient leur poison, brûlaient sa peau, lui retournaient l’esprit. Tempête de feu, tempête de mort dans son crâne. Tempête, tempête, tempête. Il était tombé amoureux de Parker un soir de tempête, se rappela-t-il soudainement. Oui, il pouvait retracer le désastre jusque-là, il s’en souvenait parfaitement. Et il aurait voulu tout effacer. L’alcool était sensé aider mais ce soir, il lui faisait tout entrevoir avec une clarté lancinante et Angel avait envie de s’éclater le crâne contre le premier mur venu. Pas sûr que Billie apprécie, cependant. Elle supportait déjà bien trop de choses et Angel lui fut reconnaissant de la serviette qui tomba sur ses genoux. Il la sentit aussi s’asseoir à ses côtés et il releva vaguement les yeux vers elle. Il la percevait à travers sa vue brouillée et pouvait deviner ses sourcils froncés, sa mine soucieuse.  Ouais, il puait l’alcool et alors ? Rien à foutre. Plus rien à foutre, de quoi que ce soit, du monde entier, il jetait tout au feu et il espérait emmener le plus de monde avec lui. Il voulait tout cramer, être une torche vivante, embraser tout ce qu’il touchait pour tout réduire en cendres. Que rien ne reste, que rien ne leur survive, à lui et à son amour bafoué. Il en voulait au monde entier d’avancer sans lui et de le laisser sur le bas-côté, il en voulait à Parker de lui avoir fait miroiter monts et merveilles, il en voulait à Billie pour le principe, sans raison particulière, et surtout, surtout, il s’en voulait à lui-même d’avoir pu croire qu’un autre monde, qu’une chance était possible pour lui. Il avait été trop con, trop stupide. Il se l’était dit, pourtant. Il pouvait faire confiance à personne et surtout pas à une saleté de flic.
Sous lui, la serviette était constellée de sang, petites étoiles rouges et douloureuses sur un linceul immaculé.
Qu'est-ce qu'il t'a fait pour que tu finisses dans cet état ?
Ok, peut-être qu’il n’en voulait pas tant que ça à Billie. Elle n’y était pour rien. C’était pas sa faute si le monde était mal foutu, si les flics brisaient le cœur des voyous, si les voyous étaient assez idiots pour se laisser marcher dessus.  Elle y pouvait rien, Billie, et Angel renifla comme un gamin. Qu’est-ce que Parker lui avait fait ? Il lui avait marché dessus comme on donne un coup de pied à un clébard errant. Il lui avait arraché le myocarde comme si Angel avait sauté sur une mine. Il l’avait bousillé, encore plus, encore pire. « Il… Il… » Il cherchait ses mots, butait sur eux comme s’il trébuchait sur un chemin de gravier. Il ne pensait plus clair, il n’y arrivait plus depuis cet après-midi funeste au Marcelline’s. Il ne voyait pas l’utilité d’un tel effort. Après tout, quelle importance ? Il était un raté. Un poison. Il comprenait Parker, finalement. Il aurait été à la place du flic, il aurait fait le même choix. Pourquoi s’encombrer d’un type comme lui ? Pourquoi s’enchaîner à Angel Gutierrez, le déchet, le boulet, tout juste bon à s’agiter entre les cuisses de quasi-inconnus ? « J’voulais juste être avec lui, Billie. Juste ça. » lâcha-t-il, la voix hachée, disloquée. Il le disait tout haut pour la première fois et les mots semblaient aussi pathétiques que l’idée. « Mais il a pas voulu. Je suis trop con, putain. » Sa vue se brouillait à nouveau et Angel ferma les yeux. Il n’allait pas pleurer. Pas comme ça, pas pour ça. « Est-ce que c’est si dur de m’aimer, putain ? Est-ce que je suis putain de défectueux ? C’est ça, y a un truc qui tourne pas rond chez moi ? » Il avait relevé les yeux vers Billie. Cherchant au fond des prunelles claires de la jeune femme une réponse, n’importe laquelle.

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Message· · Sujet: Re: rocket man. (a/b) rocket man. (a/b)  EmptyVen 26 Juil - 23:52

Elle n'était pourtant pas celle à appeler dans le cas d'un cœur brisé. Mal placée pour donner des conseils, elle se retint de préciser que sa dernière rupture s'était faite à cause de la mort de celui dont elle était la maîtresse, et qu'elle n'avait eu le droit de le pleurer qu'une fois derrière les barreaux, dans le couloir de la mort. Billie n'était pas la meilleure oreille, la meilleure épaule non plus, et elle se demanda l'espace d'un instant pourquoi diable Angel l'avait choisi, elle, pour venir panser ses plaies et étaler sa tristesse. Il puait l'alcool, elle sentait l'odeur en se contentant de se tenir à ses côtés, elle embaumait la pièce et la faisait s'imaginer déjà devoir ouvrir les fenêtres pour pouvoir s'en débarrasser au petit matin. La logique n'était sans doute plus vraiment ce qu'il avait de mieux en lui à cet instant précis, aussi ne chercha-t-elle pas vraiment de réponses à ses questions, parce qu'elle n'en trouverait sans doute pas. Même la douceur, ça ne pouvait pas être la chose qui l'amenait dans son salon, les yeux brouillés de larmes, la voix incertaine, le cœur lourd et l'haleine avinée d'un mauvais alcool. Elle soupira, glissa ses mains dans ses mèches sauvages et emmêlées d'avoir essayé de dormir, qui s'échappaient du chignon flou qu'elle avait fait pour s'éviter la chaleur dans la nuque. Qu'était-elle supposée faire, à part lui poser des questions et essayer de ne pas faire entendre un trop gros jugement dans ses paroles ? Était-elle seulement capable de faire taire l'opinion qu'elle avait sur la situation, pour le bien de son ami ? Certains auraient déjà eu un geste empli de tendresse et d'affection envers le garçon à la dérive, comme une bouée de sauvetage à laquelle il pourrait se raccrocher, une preuve qu'il n'était pas seul dans cette histoire. Mais ça n'était pas son genre. Elle évitait autant qu'elle le pouvait les contacts physiques, mal à l'aise à cette idée, et ne se voyait pas passer ses bras autour du corps d'Angel, le laisser poser sa tête contre elle pour trouver un réconfort qu'elle n'était pas certaine de savoir lui offrir dans tous les cas. Elle l'observa, ses yeux tombant parfois pour suivre le mouvement des gouttes de sang qui se perdaient dans la serviette, qu'elle jettera sans doute au lever du soleil à défaut de pouvoir rattraper les tâches qui la constellaient maintenant. Elle le détailla, s'arrêta sur ses traits bafoués et marqués par son état de tristesse profonde, soupira légèrement en attrapant finalement la serviette qu'il n'avait pas touchée. Elle la fit doucement tourner entre ses doigts pour n'en garder qu'une partie et, glissant sa main libre sur le front d'Angel le temps de lui faire pencher la tête en arrière, fini par l'appuyer contre son nez pour éponger le sang qui coulait, lui indiquant finalement de mettre sa main pour la tenir en place. Un nouveau soupir glissa entre ses lèvres gercées, posa sa tête contre le dossier du canapé miteux qui trônait au milieu de son petit salon en l'écoutant. « C'est pas toi qui est con, Angel. » Elle souffla finalement, la voix plus basse, avant de secouer un peu la tête et de se tourner, face à la fenêtre, sa nuque reposant là où sa tête se tenait quelques secondes plus tôt. Elle réfléchit un instant, massa brièvement ses tempes. « Il t'a fait miroiter quelque chose et s'est barré ensuite, c'est vraiment pas toi qui est con dans l'histoire. T'as juste voulu croire en ce qu'il te montrait. » C'était facile, pour des gens comme eux, de remettre la faute sur eux-même. On l'avait tellement fait pour eux avant, qu'il devenait presque évident d'agir de la même façon ensuite. Elle aussi, luttait contre ce genre de pensées. Que si quelque chose se passait mal dans sa vie, c'était qu'elle en était la responsable, qu'elle avait merdé quelque part, qu'elle s'était trouvé conne dans une histoire et que les choses se retournaient du coup contre elle. Elle comprenait la façon de penser d'Angel quand bien même elle ne l'approuvait pas, et à essayer de lui mettre en tête le fait qu'il n'était pas fautif, qu'il n'avait pas été trop con en voulant profiter de la main qu'on lui tendait, elle essayait peut-être de se convaincre elle-même aussi ? Laissant sa tête retomber sur le côté, elle l'observa une poignée de secondes et secoua la tête. « On est tous défectueux à certains niveaux. C'est pas ça, le problème. » Son regard se planta, cette fois, vers le plafond. « Après, je vais pas te mentir. À moins de tomber dans un remake de Roméo et Juliette, c'est peu probable qu'une histoire entre un flic et un délinquant fonctionne. Pas impossible, mais peu probable quand même. » Sentant ses yeux posés sur elle, elle les retrouva des siens et soupira un peu, donna un léger coup dans le genou d'Angel avec le sien. « Mais c'est l'ordre des choses, ça veut pas dire que t'es le problème. » Mais après tout, elle n'avait aucune certitude de ce qu'elle avançait. Peut-être que les choses pouvaient marcher plus qu'elle ne le pensait, et que son pessimisme notoire ne faisait que jouer en la défaveur de son ami ce soir.

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Message· · Sujet: Re: rocket man. (a/b) rocket man. (a/b)  EmptySam 24 Aoû - 16:49

Pourquoi était-il venu chez Billie ? D’habitude, il s’accommodait parfaitement de terminer le nez dans le caniveau, un sac poubelle pour oreiller et le bitume pour matelas. Ça ne le dérangeait pas de passer la nuit dehors et même une partie du jour, tant qu’il n’avait pas à rentrer dans cette caravane de malheur. Il ne voulait voir personne, ne parler à personne, ne montrer à personne qui il était et ce qui le faisait saigner de façon invisible. Mais ce soir… Ce soir, c’était différent et Angel en avait conscience dans chacune de ses cellules ravagées. S’il était venu chercher Billie, c’était parce qu’il se sentait capable de choses qu’auparavant il n’aurait pas considéré. Il avait Parker dans la peau et il ne le supportait plus. Il voulait que le policier s’en aille, il voulait l’oublier, jusqu’au dernier souvenir, jusqu’au dernier murmure. S’il n’était pas entré chez Billie… Où serait-il ce soir ? Et si elle ne lui avait pas ouvert ? Il dérivait, Angel, et ses pensées faisaient de même, troubles et vaseuses, traversées d’éclairs de lucidité qu’il oubliait aussitôt. La peine qu’il éprouvait lui arrachait les entrailles, lui déchirait le coeur et lui faisait oublier comment respirer. Il ne savait plus qui il était, ni comment être au monde.
Parker. Il voulait Parker.
Il voulait l’oublier.
Il voulait l’embrasser.
Il voulait le tabasser.
Il voulait le voir.
Il voulait disparaître.
Il ne savait pas ce qu’il voulait, Angel Gutierrez.
Alors il se laissait faire entre les mains de Billie dont la douceur contrastait avec cette dureté métallique qu’il percevait chez elle et il s’abandonnait à ses soins rudimentaires, comme un enfant malmené pendant la récré entre les bras de l’infirmière scolaire. Il l’avait été, ce gamin. Il avait rendu coup pour coup et l’infirmière avait fini par baisser les bras. Elle avait arrêté de poser des questions et d’essayer de le calmer ; elle se contentait de poser des pansements enfantins sur les plaies et les bleus, et lui ébouriffait les cheveux avant de l’autoriser à repartir en classe (ce qu’il ne faisait jamais, et ça aussi, elle le savait).
Docile, épuisé, il laissa Billie approcher et manipuler son visage pour qu’il cesse de répandre son hémoglobine partout sur son canapé. Les yeux rivés vers le plafond, il contempla la surface blanche et vide, et se dit qu’il aurait bien aimé que son crâne fasse de même : juste le rien, juste le néant, pour ne plus avoir à subir les souvenirs de Parker. C’était ça, le problème : il ne parvenait pas à quitter le policier, même en pensée. Il espérait toujours se réveiller et découvrir son amant roulé en boule contre lui. Il voulait retrouver la douceur qui venait avec Parker. Il voulait juste, pour une fois, avoir quelque chose de bien. Qui soit à lui. Mais même ça, ça n’était pas possible, hein ? Même ça, il fallait que ça lui éclate entre les doigts, même ça, il devait y renoncer. Et Billie ne cherchait pas à le réconforter. Elle lui présentait la vérité nue dans ce qu’elle avait de plus triste. Les yeux toujours fixés au plafond, Angel frémit. T’as juste voulu croire en ce qu’il te montrait. Tellement, aurait-il voulu répondre s’il en avait eu la force, la courage. Il avait tellement voulu croire à la promesse que représentait Parker. Il avait tellement voulu y croire, à lui, à eux, en leur putain d’histoire mal écrite. Deux larmes sanguinolentes se mirent à couler le long de ses joues et il ne chercha même pas à les retenir, préférant plutôt revenir vers Billie. Leurs regards se croisèrent mais Angel ne détourna pas les yeux. Ce soir, il n’avait rien à cacher. Pas de rôle de bandit des grands chemins à jouer non plus. En silence, parce qu’il n’avait plus rien à dire sinon cracher sa peine encore et encore, il écouta Billie déverser sa sagesse sur lui. Elle avait raison sur tout et c’était sans doute le plus dur. Savoir qu’il n’y avait personne à blâmer si ce n’est la vie, les circonstances, les décisions. Il n’y pouvait rien si Parker avait décidé de rester dans le placard. Il n’y pouvait rien s’il était tombé amoureux d’un flic, et pire encore, du flic le plus zélé qu’il avait jamais rencontré. C’était se protéger de se dire qu’il n’aurait rien pu y faire, car si le contrait était vrai, que faisait-il, vautré et ensanglanté sur le canapé de Billie ? Qu’attendait-il pour aller frapper à la porte de Parker pour le supplier d’essayer à nouveau ? Bien sûr. Taper à la porte de Parker et se prendre de nouveau son rejet, son dégoût, son mépris en pleine face ? Angel n’avait pas oublié. Ça non plus, il en était incapable. Alors plutôt que de penser à Parker O’Brien et à ses yeux bleus, Angel détailla Billie du regard. « Ils meurent tous les deux dans Roméo et Juliette, non ? » croassa-t-il, la voix rauque. Un sourire malheureux parvint à craqueler ses lèvres sèches de sang. C’était donc ça le conseil avisé de Billie ? Se laisser crever par amour ? Il y avait pensé mais même ça, il ne semblait pas en être capable.
Il continuait de regarder Billie dans les yeux et l’espace d’une seconde, une coupable, malheureuse seconde, il se demanda s’il n’aurait pas pu se consoler avec elle. Juste une nuit, juste le temps de ne plus avoir mal, juste le temps d’oublier son corps qui réclamait celui de Parker contre le sien. Mais il doutait qu’elle accepte de s’ouvrir à un ivrogne comme lui et de toutes façons, il réalisa que ce n’était plus comme ça qu’il faisait face. Il y a quelques mois, il serait allé chercher du réconfort ailleurs mais maintenant qu’il était harponné, il ne s’imaginait plus se glisser contre un inconnu pour adoucir sa peine. « Pour lui, j’aurais changé, Billie. J’aurais arrêté toutes mes conneries. » murmura-t-il. Et ce n’était pas des paroles dans le vent, elle devait le comprendre, ça, Billie. Elle devait vraiment le comprendre.

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