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Eason Harjo

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Message· · Sujet: back to back [r] back to back [r] EmptySam 25 Mai 2019 - 21:23

 
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Il faisait bon,  le ciel était parfaitement dégagé (d’un bleu pervenche, sans striures de gris) , l’atmosphère se voyait dépourvue de son épaisse couche de smog :   c’était une journée où Dolly Parton se serait saisi d’sa guitare et aurait chantonné son fameux « 9 to 5 » et où Eason Harjo, le moral moins miné par les effets d’une météo monotone, aurait esquissé quelques pas de claquettes, tel le protagoniste d’une comédie musicale égayante.
Il aurait longé l’avenue principale, une fleur à la boutonnière (cela lui aurait valu une sacrée dégaine, surtout qu’il affectionnait les vestes col mouton très ‘country man’), en sifflant et claquant des doigts ; invitant les passants à se glisser dans son sillage pour faire les chœurs d’un titre qui lui aurait valu  l’Tony award d’la meilleure chanson originale.
A la place de ça, il avait été réveillé par le son d’une tondeuse à gazon à  7h45, son café avait un goût de mazout, les pancakes avait fini dans la poubelle et une amende de 150 dollars pour excès de vitesse attendait sagement, froissée sur la table basse, que du fric pousse dans les arbres pour que l’homme s’acquitte de sa dette. Blanche neige aurait pu inviter ses grands potes les oiseaux et les souris à se joindre à elle, un balai en main et aurait même pu l’attendre dans la cuisine, une odeur fumante de tarte aux pommes embaumant l’air qu’il aurait sûrement gratifié la gourdasse d’une œillade de deux secondes avant de battre en retraite devant toute cette chaleur humaine, préférant s’isoler ; aussi, lorsqu’il avait croisé Donna, contorsionnée sur sa chaise, il avait failli se perdre dans la contemplation de ce félin ronronnant auquel il s’était surpris à faire la conversation la veille. C’est avec l’équivalent d’un sourire qu’il quitta la bâtisse, une demi heure et trois minutes après son réveil, prêt à combler les interstices temporelles (autrement dit : meubler les heures) avant de retrouver Billie, au stand de tir de Hillsboro ( séparée de Portland par 24 miles vite ralliés via la route 26 au volant d’son pick-up, tant pis, il était prêt à un trajet d’une heure pour s’éloigner de tout et par ‘tout’, il s’éloignait le plus souvent des autres, des humains pour lesquels il aurait été susceptible de ressentir quelque chose).
Billie Fairchild était une totale inconnue qu’il avait croisé quelques jours auparavant, dont il se fichait éperdument et à laquelle il n’aurait jamais adressé la parole s’il n’y avait pas eu un con sectaire, déversant des paroles suprématistes et un tiers victime de ce flot d’insultes difficilement endiguable. C’était une belle femme et malgré ses traits d’élémentaire de l’air, il ne se serait sûrement pas attardé dessus ; c’était à l’instant où elle avait démontré l’étendue d’sa gamme vocale qu’il s’était senti obligé d’intervenir, comme l’aurait fait quelqu’un habitué à désamorcer des bombes (et qui l’avait littéralement fait du temps de la boîte à sable), d’une réplique humoristique assez conjecturale, d’un ton clair, appuyant chaque mot d’un sourire évaltonné. Comme s’il suffisait de sourire ; ‘That guy look and talk exactly like somethin’ you might have draw with a cheap color pencil, with your left hand, d’ya get what i mean ?’ - en disant cela, il n’avait pas forcément éprouvé envie de débuter une conversation, à dire vrai, il n’avait pas plus eu envie de lui raconter une connerie surfaite selon laquelle ‘la meilleure preuve de sagesse face à une telle situation restait l’indifférence’. Non, il s’était  trop souvent noyé dans la colère, enfermé dans son mutisme pour juste se taire, pour juste laisser couler. Quelle drôle d’expression : laisser couler. Qu’est-ce que ça pouvait bien dire ? Devait-on laisser filer l’intolérance ? La libérer de ses obligations légales, morales et s’y retrouver confronter pour lui dire : tu fais ce que tu veux ? ‘You better find a way to keep your anger in check’ s’était-il entendu lancer, haussant une épaule, le regard calquant le sien. Ce après quoi il lui avait parlé des difficultés à apprécier les vertus relaxantes d’une balade, d’un footing, d’un mantra. Un jour, il avait fini par comprendre qu’un décompte depuis 10 ne suffisait plus, n’avait jamais vraiment suffi et qu’il devait trouver autre chose. Après sa décharge, ce fut le tir ; et depuis ça avait toujours été tirer sur une cible, sur ses cauchemars qu’il faisait et qui ne possédaient jamais de visage. Il était 15h30 lorsque son pick-up s’immobilisa devant l’enseigne du stand ( baptisé ‘Shooting stars’ et qui n’avait absolument rien de très romantique). Elle était déjà là, il se demanda depuis combien de temps elle se bouffait le cagnard debout sur ce plan d’béton complètement vide. -  Embouteillages souffla-t-il, arrivé à sa hauteur, en guise de salutations ; il lui avait parlé de l’adresse, évoqué un jour et s’attendait à ce qu’elle lui pose un lapin. Après tout, ils ne se connaissaient pas.

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Message· · Sujet: Re: back to back [r] back to back [r] EmptyMer 29 Mai 2019 - 23:51

Mais qu'est-ce qu'elle foutait là ? Ça n'aiderait en rien son cas si quelqu'un la voyait, plantée devant un stand de tir, les bras croisés contre sa poitrine et la mine renfrognée, à attendre un homme qu'elle ne connaissait ni d'Adam, ni d'Eve, sans même savoir pourquoi elle avait accepté le rendez-vous atypique qu'il lui avait donné. Il suffirait simplement que la personne en question, celle qui poserait son regard sur la silhouette fine et droite de Billie, reconnaisse celle qu'elle était en train de détailler, note l'endroit où elle l'avait vue, et laisse glisser sur le bout de sa langue des idées toutes faites à partir d'une image captée à un moment aléatoire d'une vie. Un stand de tir. Ça n'était pas l'endroit où il faisait bon aller lorsque, sur notre tête, avait plané le risque de se faire tuer le plus légalement possible parce qu'un jury composé de personnes extérieures à la situation et incapable de savoir ce qu'il s'était réellement passé avait collé sur son dos le meurtre d'un homme qu'elle aurait pu aimer sincèrement, si seulement les choses s'étaient déroulées différemment. C'était là toute l'ironie qui lui était restée coincée dans la gorge, pendant ses quatre ans de privation de liberté injuste : ils la tueraient, elle, sans même être sûre à cent pourcents qu'elle avait tué quelqu'un d'autre. Il lui ferait subir le sort pour lequel elle était présumée coupable, et condamnée. Un foutu assassinat, en échange d'un meurtre dans lequel elle n'avait rien à voir. Elle avait alimenté sa colère avec cette simple idée, pour ne pas se laisser étouffer par le chagrin qui lui revenait en pleine figure dès lors qu'elle s'autorisait à penser à Malcolm, et aux bons côtés de leur relation. Elle aurait vraiment pu l'aimer, si seulement il ne lui balançait pas au visage son incapacité à vouloir quitter sa femme, et le prétexte que son aide justifiait le silence de celle à peine sortie de l'adolescence, et qui ramait à joindre les deux bouts à la fin du mois. Avec un peu plus de temps, et un peu moins la double impression qui la prenait par rapport à ce que Malcolm pouvait ressentir pour elle, elle aurait réellement pu tomber amoureuse de lui, sans doute. Si elle n'avait plus l'impression d'être sa pute personnelle dans certains sous-entendus qu'il pouvait faire, si elle ne gardait en tête que ces moments où elle se sentait aimée pour le tout qu'elle représentait, et en mesure de faire le poids face à celle qu'il avait épousée. Mais si la question ne se posait plus aujourd'hui, toute cette histoire continuait de nourrir la colère constante et latente qu'elle gardait en elle. Sur leur relation, sur sa mort, sur l'injustice qu'elle avait subi et celles dont elle s'était aussi placée comme témoin. C'était à cause de ça qu'elle était là : parce qu'un type qu'elle ne connaissait pas s'était immiscé dans une conversation (quelque peu virulente) qu'elle avait avec un inconnu aux remarques si désobligeantes qu'encore une fois dans sa vie, Billie Fairchild n'avait pas su fermer sa gueule. Type qui, s'il n'avait pas donné d'heure précise pour leur rencontre, était considéré d'ors et déjà comme étant en retard. L'humeur naturellement peu encline à la sympathie de Billie s'était dégradée depuis qu'elle avait posé les talons de ses bottines contre le béton chaud devant le stand de tir au nom particulièrement ridicule – Shooting Stars, sérieusement ? –, et lorsqu'elle le reconnu sortant d'une voiture, ses sourcils se froncèrent un peu plus au lieu de se décrisper, avant de s'arquer à la simple remarque qu'il lui fit. Et donc ? Un sourire faux glissa sur les lèvres roses de la blonde, alors qu'elle pencha légèrement la tête sur le côté sans décroiser ses bras, indiquant à quel point elle était fermée à l'idée d'un contact quelconque – pourquoi s'était-elle seulement donné la peine de se pointer, si ce n'était pour une curiosité trop piquée et piquante, et l'envie de savoir s'il y avait quelque chose d'autre qu'il attendait, que sa présence à Hillsboro ? « Fais attention à toi cowboy, j'ai un kink pour la politesse, et je sens déjà mes membres tressaillir. » Elle garda son expression fausse en direction d'Eason Harjo, laissant transparaître sans aucun complexe la tension qu'elle avait en elle et qu'elle accumulait depuis... depuis bien trop longtemps, et pourtant elle était en mesure de mettre une date exacte sur le commencement de tout ce bordel émotionnel, étouffant et écrasant dans lequel elle était fourrée contre son gré. En sentant tout ça, peut-être se disait-elle qu'il n'avait pas eu tout à fait tort dans la remarque qu'il lui avait faite à leur première rencontre. Qu'elle devrait suivre son conseil, et que ce stand de tir, aussi ridiculement nommé pouvait-il être, aurait peut-être un effet bénéfique sur elle. Pour autant, elle ne voulait pas encore l'admettre devant lui.

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Message· · Sujet: Re: back to back [r] back to back [r] EmptyVen 31 Mai 2019 - 16:22


Ils ne se connaissaient pas et c’était tout aussi bien ainsi.
Ils ne se devaient rien et ne pouvaient, d’ce fait, pas se mêler de la vie de l’autre, en se donnant des airs : l’idée de n’avoir aucun compte à rendre à cette femme le rassurait et s’il en avait été autrement, peut-être aurait-il reconsidéré toute cette entreprise.
Eason ne se serait certainement pas imaginé embarquer Donna ou Dulce  jusqu’à ce stand de tir, jamais il n’aurait accepté qu’elles aperçoivent l’obscurité qu’il couvait, qu’elles distinguent dans chaque pression appliquée à la détente l’instinct de tueur qui l’avait habité ; ses frères d’armes justifiaient leurs actes d’un ‘rather them than me’ et avant même qu’ils n’aient tous débutés l’entraînement, ils avaient largement intégré cette idée là.
Depuis Fort Sill à Mossoul en passant par les quelques semaines écoulées dans un centre de réinsertion à la vie civile en Illinois.
Bien entendu, il ignora ‘l’attitude’  qu’elle se donna lorsqu’il passa près d’elle ; les bras croisés sur sa poitrine, la tête légèrement penchée, même la réplique dont elle le gratifia et dans laquelle il perçut une pointe non négligeable de sarcasme. C’était une carapace, un peu grossière ; il eut l’impression qu’elle avait été construite à la va-vite, comme pour se protéger d’une tempête qui l’avait prise par surprise. Il lui aurait fait grâce d’un sourire en coin, il aurait même pu applaudir une remarque visant à critiquer ses social skills un peu encroûtés et rouillés ; les monosyllabes constituaient quatre vingt pourcent de son langage parlé depuis le turnpike – chaque journée passée dans sa boîte concourrait à réduire son affection pour le genre humain (que les dernières décisions prises par les autorités politiques en vigueur avaient déjà sérieusement entamé). Le Shooting Stars était un hangar découpé en box de parpaing constituant un parcours de tir catégorisé depuis le stade débutant au stade chevronné ; derrière le comptoir , accueillant à l’entrée les amateurs de ce sport là, se trouvait toujours Herschel Jenkins, fidèle à son poste, une canette de bière coincée dans sa paume gauche tandis que de la droite il caressait sans cesse son glock. Il ne quittait jamais son emplacement et c’était même à se demander s’il avait changé de spot depuis la dernière fois qu’Harjo y avait mis les pieds ; toujours le glock, toujours la Bud, toujours cet air renfrogné perceptible à travers une pilosité faciale laissée à l’abandon. Le changement de luminosité – extérieur ensoleillé versus intérieur illuminé par des néons blafards – tira un grognement à l’ex soldat qui fit signe à la jeune femme de le suivre ; il n’allait pas seulement se contenter de louer des pistolets STIR pour se donner l’impression d’avoir réussi à lui épargner le poids de la crosse et le risque encouru si elle avait été amenée à manipuler une vraie arme : elle n’était pas là pour faire de la figuration. Schocker et JPX étaient à proscrire, d’ailleurs, l’homme se doutait bien que le vieux Herschel costaud et oligophrène d’un genre nouveau, aurait été absolument contre ces options. - Un Beretta 87 pour la lady, lâcha-t-il, tandis que l’employé lançait un regard au sac noir qu’il transportait et qui renfermait son propre matos ; la plupart des centres refusait que les particuliers amènent leur artillerie sauf Jenkins, il n’y avait qu’à Hillsboro qu’on avait accepté qu’il utilise ses armes, ses munitions. Il n’y avait qu’à Hillsboro qu’il se sentait couvert ; c’était une sensation très irritante et il essayait encore de s’en défaire. - Ma Bushmaster, précisa-t-il, face au regard insistant du vieil homme qui sembla acquiescer d’un air curieux, presque intéressé. Si tu veux, tu pourras l’essayer ; Eason détestait prêter ses armes mais, pour avoir le plaisir de jouir du lieu et de ce qu’il avait à lui offrir, il était prêt à prendre sur lui. Tout le temps que dura l’échange entre Jenkins et lui – c’est à dire quelques secondes - , Harjo n’accorda aucun intérêt à Billie : c’était sa proposition, ses termes et peut-être que s’ils se donnaient encore une chance, il pourrait éventuellement l’inclure. Il lui tint la porte – celle menant à la salle de tir, deux casques dans la main droite et son sac dans la gauche, Herschel avait remis le matériel à la jeune femme juste avant de lui balancer un « never forget the safety » - ce qui avait fait sourire Eason ; avait-elle aussi un kink pour les vieux cons du genre ? Sans introduction, il se lança dans une démonstration. - T’as d’jà utilisé une arme ?

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Message· · Sujet: Re: back to back [r] back to back [r] EmptyJeu 6 Juin 2019 - 18:15

À voir la dégaine et l'attitude de l'homme qu'elle avait attendu trop longtemps pour garder une amabilité d'apparence, Billie se demanda d'autant plus pourquoi diable avait-elle accepter de mettre les pieds ici. Sur un coup de tête, probablement. Parce que sous l'énervement, l'idée ne lui avait pas semblé si mauvaise pour pouvoir trouver une manière non plus de canaliser la colère qu'elle pouvait avoir en elle, mais bel et bien s'en débarrasser, sans doute pas une bonne fois pour toutes, mais suffisamment pour relâcher un peu la pression qui ne la lâchait plus depuis près de quatre ans. Elle avait eu beau se sentir vidée, elle avait eu beau pleurer, frapper parfois aussi les murs ou les objets qu'elle trouvait, elle n'avait jamais réussi, depuis son arrestation, à se défaire totalement de cette colère qui restait toujours au creux de son ventre, tantôt sous une forme d'étincelle, tantôt comme un véritable brasier. Aujourd'hui, elle ne croyait plus vraiment en la possibilité que ça puisse fonctionner, cette histoire de stand de tir. Elle ne parvenait pas à s'imaginer sans ce qui était devenu, au fil des années, une véritable partie d'elle ; une face de son caractère qu'elle montrait bien plus aux gens qu'elle ne cherchait à le cacher, parce qu'elle en avait assez d'étouffer ses émotions négatives pour le bien-être de personnes qui se foutaient, pour la plupart, du sien. On lui avait trop répété d'asphyxier ces ressentis qui n'inspiraient ni joie ni bonne humeur. De les chasser, mais pas trop bruyamment, pas trop fort non plus, pour ne pas attirer l'attention dessus, avant même que ses pieds n'effleurent le sol du centre correctionnel pour femmes de l'état de Washington. C'était le genre de chose qu'elle avait entendue en boucle, et qu'elle se refusait à entendre encore une fois aujourd'hui. Au moins, ce rendez-vous atypique, cette réunion avec un homme qu'elle ne connaissait aucunement et qui ne lui donnait aucunement l'envie d'approfondir le peu qu'elle savait à son sujet de par son attitude aurait le mérite de ne pas nécessiter ce silence étouffant dans lequel tout le monde voulait la plonger depuis ses jeunes années. Voyant Eason s'approcher et agir comme il le faisait, elle roula des yeux, tournant les talons pour le suivre à l'intérieur de la bâtisse, bien plus sombre une fois la porte d'entrée passée. Le soleil aveuglant disparaissait en faveur des néons blafards accrochés tantôt aux murs, tantôt au plafond, et les paupières de Billie papillonnèrent quelques secondes le temps de s'adapter à la luminosité réduite par rapport à l'extérieur. Elle regarda autour d'elle, murée dans un silence qu'elle ne connaissait que trop bien et les bras toujours croisés sur sa poitrine. Le bleu clair de ses yeux glissa sur les armoires au travers desquelles il était possible de voir, derrière l'homme à qui le brun s'adressait, et elle n'écoutait que d'une oreille à moitié attentive ce qu'ils pouvaient bien vouloir se dire, les deux plongés dans le même côté rustre qui, à bien y réfléchir, sembla moins la déranger que l'hypocrisie environnante à laquelle elle avait déjà été confrontée trop souvent. Elle posa ses prunelles sur le profil du responsable de sa présence ici, détailla ses traits, toujours sans décoller ses lèvres gercées l'une de l'autre. Ses sourcils s'arquèrent, brisant la neutralité de son expression, lorsque le mot « lady » lui parvint aux oreilles. Si elle ne fit aucun réel commentaire, un léger grognement lui échappa, toujours droite, sur le côté et un peu en arrière par rapport à l'inconnu. Elle avait bien plus l'impression de n'être qu'une spectatrice, bien plus qu'une actrice. Comme plongée sur le tournage d'un film trop lent et monotone, elle regardait tout ça avec un certain détachement, jusqu'à ce qu'elle se mette à bouger pour récupérer l'arme qui lui était tendue, jetant un regard noir à la remarque qu'elle reçu, puis qu'elle le suive derrière une porte, qu'il tint pour elle – ah, le geste l'étonna mais, encore une fois, son silence était bien plus confortable. Elle regarda l'endroit, le pris en compte. Elle se sentait enfermée et se souffla à elle-même qu'heureusement elle ne souffrait d'aucune forme de claustrophobie. Tendant la main pour récupérer un des casques qu'il tenait dans la sienne, elle posa l'arme sur le rebord en bois devant et laissa apparaître un demi-sourire sans amusement ni plaisir à la question qu'il lui posa. « Certaines personnes te diraient sans doute que oui. » Elle croisa un bref instant son regard et soupira finalement, se contentant de secouer la tête avant d'ajouter simplement : « rien d'autre que la carabine de mon père, quand j'étais petite. » Il n'était pourtant pas un chasseur ; s'amusait simplement à tirer dans les bois non loin de Renton, une cible accrochée à un arbre, et l'œil vif pour éviter tout accident malencontreux. D'un mouvement de tête, elle lui indiqua de commencer sa démonstration, calant son casque sous son aisselle.

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Message· · Sujet: Re: back to back [r] back to back [r] EmptyJeu 27 Juin 2019 - 19:41


You don’t have to be alone.
You don’t have to do this on your own, Eason.

Ils n’avaient été que deux, Bill et lui. Sur les routes, dans leur vieille caravane : levant le camp lorsque bon leur semblait, à l’aube ou au crépuscule, un lundi ou un dimanche. Ils fixaient les termes de leur départ et s’étaient longtemps donnés l’illusion d’être libres. N’étaient-ils pas en Amérique ? N’avaient-ils pas le ciel comme toit, les étoiles comme lampes de chevet, la certitude d’avoir le pouvoir de faire fléchir les obstacles, peut-être même de les faire disparaître, d’un clignement de paupières, en détournant leurs regards cuprifères ?
Jusqu’à ses dix ans, Eason fut persuadé que deux était un bon chiffre, une excellente alternative à la solitude ; c’était sa norme et pour rien au monde il n’aurait voulu changer les choses.
Jusqu’à ce qu’elles changent ; elles le firent sans lui demander son avis. Bill apparut un jour, accompagné d’une femme et le lendemain, après avoir passé une dernière nuit dehors, c’est dans un appartement d’un complexe doté d’une piscine sale qu’ils s’installaient :  le premier drame d’sa vie avait eu lieu pernicieusement, un savoir s’était distinctement gravé dans son code génétique et avait pris cette dimension pratiquement mathématique ( son quotidien s’était subitement mis à illustrer le théorème d’incomplétude de Gödel et un matin, il fut alors capable d’affirmer  ‘Rien n’est assuré’ sans considérer le contraire d’un œil avide). Ce qui lui manqua le plus, dans cet espace exigu, fut cette impression d’être plongé dans l’infini  ,aucune délimitation observable,  et la chasse.   Le poids du fusil dans ses bras, l’attente ; il avait appris la patience avant même d’être turbulent, avait compris la dualité vie/mort avant de pouvoir en débattre, il avait été à bonne école. L’école Bill Harjo.
La dextérité dont il fit preuve lorsqu’il se débarrassa de son matériel pour se saisir de l’arme laissée à l’abandon par la jeune femme qui l’accompagnait  n’était pas étonnante ; elle aurait, dans d’autres conditions, été impressionnante et aurait été dissuasive, à cet instant là, elle témoignait d’habitudes acquises (et dont il ne tirait et ne tirerait probablement jamais de fierté). Trois gestes, main sur la crosse, doigt sur le cran de sécurité – le chargeur qui se détache, les balles  à blanc placées et le ‘rewind’. Simplement, presque banalement : comme s’il ne s’agissait que d’un acte parfaitement anodin ; quelqu’un qui verserait du café fumant dans sa tasse, tôt le matin. Il ne s’était sûrement pas autant préparé de cafés qu’il n’avait vidé de chargeurs, c’était peut-être la honte qu’on aurait pu entrevoir dans son regard, l’espace d’une seconde, lorsqu’il croisa les cercles azurés de son interlocutrice. Il refit le geste deux fois : ‘you better learn quickly son and always recognize when to pull the trigger’ - l’avait-il su ?
- Dois-je comprendre que t’es loin d’être comme tout le monde ? Il s’était délesté de l’arme, la reposant exactement au même endroit où il l’avait trouvé et avait entreprit aussitôt d’attacher ses cheveux à l’aide d’un élastique ; en un rien de temps, les mèches rebelles furent emprisonnées dans un bun exécuté sommairement. Il connaissait déjà la réponse à cette question, posée sur un ton désinvolte et à laquelle il n’attendait pas de réponse : creuser ? Chacun ses délires, pas dans les siens. Sortir du silence auquel elle l’avait habitué jusque là (et qu’il appréciait beaucoup) devait représenter un véritable exercice social ; il décelait chez elle  quelque chose. Il savait que ça rôdait, que ça irradiait, que ça revenait en mémoire et réduisait cœur et cervelle à de la pulpe de fraise à la moindre occasion. Était-elle en colère ? Ou se comportait-elle comme un animal que l'on avait lâchement malmené, torturé, trahi ? Eason ne possédait pas l'âme d'un théoricien, ni même les connaissances mais, il comptait parmi ceux qui avaient été mis sur le fait accompli; on lui avait dit : vas-y. Et il y était allé, durant deux tours consécutifs,  il aurait surement rempilé si on lui avait demandé son avis (malgré son opinion trop franche, trop tranchée).
La vie s'était chargée de prendre la décision à sa place, ça avait toujours été le cas, théorème de Gödel et tout ce tintouin.
Il se plaça devant son propre stand; il mit les lunettes de protection, chaussa le casque et oublia tout ce qui se trouvait autour; le parpaing, le béton, les néons, la cible en papier à plusieurs dizaine de mètres de là, Billie dans le box à côté de lui. Il fit chaud,  40°C à l'ombre, 50 en ressenti; un vent sec soufflait depuis le sud, transportant du sable, sa gorge devint sèche, sa langue changea de texture, fut remplacée par du papier de verre puis plus rien, tout disparu lorsque son chargeur fut totalement vidé. Combien de temps ce retour dans l'passé avait duré ? Ses mains toujours fermes autour de l'arme tremblaient, le silence avait été remplacé par les cavalcades de son palpitant; le goût de rouille imprégna ses lèvres, il s'était mordu l'intérieur de la joue. ‘You better find a way to keep your anger in check, Eason, or you gonna end up in a prison cell. Or worst’ . Il remonta légèrement son casque. - Je ne suis pas si différent de toi lâcha-t-il, après s'être assuré d'être entendu. Cette colère qu'elle ressentait ne pouvait pas s'éteindre seule, elle n'était pas obligée de le faire seule; il suffisait parfois d'être deux, deux était un chiffre rassurant.

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Message· · Sujet: Re: back to back [r] back to back [r] EmptyVen 26 Juil 2019 - 23:53

L'envie de se fier à ce que les gens pourraient dire de sa petite escapade avec un total inconnu ne devrait pas peser dans la balance. Billie, avant toute cette histoire merdique dans laquelle elle avait été plongée, s'en foutait royalement de savoir ce que les gens pouvaient penser d'elle ; du moins, elle se plaisait à y croire, sans pour autant se complaire dans l’authenticité de l'image qu'elle tentait de renvoyer du mieux qu'elle pouvait. Derrière sa façade bringuebalante, elle avait passé un temps fou à dompter son reflet et ce qu'il montrait aux gens, dans la vraie vie comme dans les réseaux sociaux. Est-ce que si Malcolm avait tout su à propos d'elle, il serait tombé sous son charme malgré tout ? Elle en avait douté du début à la fin prématurée de leur relation, avant que la question ne s'envole lorsqu'elle posa ses yeux sur son corps sans vie et baigné dans son propre jus ; la flaque rougeâtre, qui se fonçait déjà sous son oxydation, avait expulsé toute idée de son esprit, tout air de son corps quand son cri avait percé dans la nuit jusque chez les voisins. Elle devrait se foutre de ce que des inconnus, sans importance aucune et qui n'en auront jamais de toute façon dans son existence, pensent d'elle et de ses actes, et pourtant ça suffisait à la faire se braquer à la simple idée que des connards – ils l'étaient tous, selon elle, ceux qui s'amusaient à tirer des conclusions hâtives sur le très court pan d'une existence qu'on leur offrait à voir – puisse se construire une mauvaise image d'elle, faussée, quand elle s'était tant battue et épuisée pour que l'on reconnaisse enfin son innocence dans cette histoire. Elle gardait en tête cette idée alors qu'elle prenait connaissance des lieux où ils se trouvaient, Eason et elle, perdus à plusieurs kilomètres de Windmont Bay. L'ambiance était particulière et elle préféra, tout le long de l'échange du brun avec le vieillard derrière son comptoir, ne pas faire de commentaire sur la question ; son silence lui donnait un confort presque luxueux, dans lequel elle préférait se complaire encore un peu pour l'instant. Elle n'ouvrit la bouche qu'une fois arrivée face aux stands qui leur étaient donnés, pour répondre à la question qui lui était posée. Elle aurait pu se contenter d'un haussement d'épaules ou d'un bref « hm » qui aurait pu suffire comme toute réponse. Pourtant, elle y renonça pour quelques mots balancés comme ça, et vu comment la réponse qu'ils obtinrent lui fit arquer les sourcils, elle se dit l'espace d'un instant qu'elle aurait mieux fait de les empêcher de s'échapper. « Non, c'était pas ce que je voulais dire. » Elle se rembrunit, relevant son menton fièrement sans quitter des yeux l'homme à ses côtés, l'espace de quelques secondes, avant de désigner la cible d'un mouvement de menton et de croiser les bras sur sa poitrine. Elle observa avec attention les gestes qu'il fit, la façon dont il pointa son arme vers le mille, dont il retira la sécurité, avant que le coup de feu ne parte et résonne dans la pièce, lui arrachant une légère moue à la puissance du son. Après un bref instant de bug, elle reporta son attention sur lui, les gestes de ses doigts, la façon dont ils emmêlaient ses cheveux en un bun aussi brouillon que celui qu'elle était capable de faire pour les siens parfois, comme si s'accrocher à ses mouvements parviendrait à la ramener sur Terre, un peu plus, et l'y accrochée. Est-ce qu'elle était supposée développer ? Avait-elle seulement envie de le faire ? Non. Étaler son histoire n'était pas la chose la plus aisée pour Billie Fairchild, et le faire avec un homme inconnu, rustre, et possédant la même propension qu'elle à la discussion n'était clairement pas ce qui l'intéressait le plus, ni ne mettait en émoi ses sens ; contrairement à ce qu'elle avait soufflé lorsqu'il était arrivé, enfin, à son niveau, après l'avoir faite poireauter sous le cagnard, sans moyens de la prévenir – quand bien même elle doutait qu'il l'eut fait, s'il avait eu l'opportunité pour. À nouveau, elle l'observa fixement alors qu'il tirait, faisant fi des gouttes de sueur qui s'écoulaient le long de sa nuque et se perdaient dans le haut de son t-shirt, s'échappant du chignon dans lequel elle avait noué ses longs cheveux blonds qui l'auraient, sans nul doute, gênée pour la suite. Inconsciemment, elle bloqua sa respiration le temps que le chargeur se vide contre la cible, avec une précision telle qu'elle devinait sans mal que l'homme savait ce qu'il faisait ; mieux encore que ce qu'un habitué des stands de tir devrait connaître, selon elle et son peu d'expérience en la matière. Sa voix, à nouveau, la ramena à ce qu'il se passait autour d'eux. Elle tourna la tête vers son visage, pour planter son regard dans le sien et, poussée par sa défensive, sans même réellement comprendre pourquoi, elle le toisa et répondit un peu plus sèchement : « quoi ? Toi aussi t'as fini au trou pour un meurtre que t'as pas commis ? » Sourcil arqué et regard appuyé, elle laissa planer quelques secondes de silence avant de récupérer son casque et de le glisser sur ses oreilles, faisant brièvement craquer sa nuque, puis ses doigts, qu'elle reposa ensuite sur l'arme qui lui avait été confiée. Elle s'avança vers le bord du stand, fixa la cible un bref instant, avant de reprendre, sans tourner la tête vers Eason, cette fois : « montre-moi comment ça marche, celle-là. Je sais comment viser. » Elle tendit l'arme vers lui, la suivant du regard sans le remonter tout de suite sur l'homme à ses côtés, et attendant qu'il lui indique comment faire pour pouvoir s'exécuter. Peut-être que tout ça, réellement, allait pouvoir l'aider.

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Eason Harjo

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Message· · Sujet: Re: back to back [r] back to back [r] EmptyDim 4 Aoû 2019 - 16:10


Deux était un chiffre rassurant, entier, susceptible de définir une paire.
Ça avait été Bill et lui ; son M16A4 et lui, son équipe et lui, Dulce et lui ; la séparation et lui. Mais, pour Billie Fairchild, deux était un nombre – presque oiseux face à ce qu’elle semblait incarner depuis ce fameux trou dans lequel elle avait été arbitrairement jetée pour meurtre : autonomie individuelle face à ces institutions qui , pas besoin d’avoir été doté de capacités réflexives géniales,  lui avaient certainement tourné le dos au lendemain de leur verdict.
Il accueillit la révélation sans même paraître surpris : existait-il quoi que ce soit en ce bas monde, n’importe quoi, possédant encore le don de le surprendre ?
Il y avait des jours où la réponse évidente aurait été non, d’autres où les termes encore flous subissaient un réarrangement quasi imperceptible. Il n’avait pas fini en prison pour un meurtre qu’il n’avait pas commis ; d’ailleurs, il était persuadé qu’il ne finirait jamais en prison pour tous ceux qu’il avait commis, sous couvert d’ordres venus d’un haut commandement. - J’ai tué un tas de gens – souffla-t-il, pas à l’attention de la blonde qui s’était déjà munie de son casque, coupant volontairement tout contact auditif avec l’extérieur, préférant s’isoler une fois de plus, pour lui même, pour le formuler au moins une fois à voix haute, inscrire dans le concret une information qu’il avait toujours préféré jusque là renier.
Se taire. Taire. Ça n’exprimait pas le silence, ça l’imposait alors, quelle autre alternative avaient-ils ? Eason ricana, elle était encore plus têtue qu’il ne le pensait – deux était un excellent chiffre, oui, elle finirait par le comprendre, bien assez tôt, si elle s’accordait le droit de vivre en dehors de sa cellule. Il attrapa l’arme qu’elle lui tendit et se lança pour la seconde fois dans une démonstration.
Trois gestes, main sur la crosse, doigt sur le cran de sécurité – le chargeur qui se détache, les balles  à blanc placées et le bruit assourdissant qu’il devinait même étouffé par le dispositif placé sur ses oreilles. Pan, pan, pan. Pan, pan, pan. Damn it, guys. go to cover, take position then await my orders.
A l'école Bill Harjo, pourtant, il n'avait pas appris à vivre avec ce truc dérangeant. Ce parasite qui l'éveillait en plein milieu de la nuit, contre lequel aucun exercice de respiration ne semblait efficace et qui, même en plein jour, se permettait de lui rendre visite. Une suffocation, comme des mains se glissant autour des poumons,enfonçant des griffes aiguisées dans la chair. Pas une douleur; juste une gêne. Mais, ce monstre là, cette gêne disparaissait à chaque fois qu'Eason se sentait bordé. Par un environnement hospitalier - par exemple, un stand de tir - un objet chéri (sa Bushmaster bien entretenue), une personne qu'il affectionnait ( tulipe et même son ex femme).
Un individu qui , comme lui, en avait vu des vertes et des pas mures. Une Billie Fairchild arrivait parfois à lui donnait cette impression là, celle d'être borné, d'être inscrit dans une réalité. D'être Eason Harjo dans cet appartement exigu, certes mais dôté de ce sentiment d'être plongé dans l'infini; avant la disparition de Neptune. Avant l'arrivée de la dame. Avant Mossoul et Jimmy. Lorsque la jeune femme reprit l'arme - elle savait tirer - , il alla se placer derrière elle, s'appuya contre le mur froid, tenta de dompter les vibrations qui parcouraient encore ses bras et ses doigts (qui demandaient à ce qu'il attrape à nouveau l'arme et vide le chargeur) - en vain. Ces vibrations ne le quittèrent pas d'une semelle durant tout le temps que dura Billie Fairchild-l'arme-la-cible : l'interlude, à musicalité américaine (rien de mieux que le grésillement des néons, le son des balles que l'on devine malgré le casque, malgré tous ces filtres pour planquer les malfaçons).
Il observa cet enchaînement de gestes. De cette manière détachée qu'ont parfois ceux qui
savent exactement de quoi il en retourne. Il la vit prendre vie, il la vit se démener comme plongée dans une eau glacée où elle n'aurait pas eu pieds. Il se vit après le 9/11 dans sa base d'entrainement à se demander à quoi ressemblerait sa vie s'il survivait à l'irak. Se serait-il attendu à Hillsboro ? A studio city ? Ou un retour à Tulsa ?
Un retour chez lui ?
Il retira son casque et attendit, oui, parce qu'il avait appris la patience avant même d'être turbulent et aussi la mort avant même de pouvoir en débattre.  Il avait appris qu'il ne savait pas tout. Qu'il ne savait rien. Always recognize when to pull the trigger. Tout acte s'apparentait-il à appuyer sur une gâchette ? - Alors, comme ça, t'es en colère ? - c'était le ton employé, peut-être aussi son rictus; comme une certaine insolence décelable parmi d'autres manifestations :  était-ce un manque de respect ? Non, c'était pas le genre de ce gars là. T'as fait de la taule pour un crime que tu n'as pas commis et , bon, ça te donne le droit d'être en colère ? c'était également le sourire qui suivit, un peu paternaliste sur les bords, un peu beaucoup moqueur. Elle avait fait de la prison. Tu t'sens lésée par un système ? Bienvenue au club. J'suis sûre qu'il existe des tas de groupes de paroles où tu pourras exprimer tes émotions, évidemment, la taule c'est pas marrant. Ça t'oblige à devenir humble et ça t'apprends à ne rien prendre pour acquis. Comme la guerre, comme l'éloignement, comme tout ce qui peut résulter d'un très mauvais choix. il n'avait pas envie de la sermonner, il n'avait pas envie de parler non plus. Mais, si quelqu'un avait pris cette peine, est-ce que Billie Fairchild se serait retrouvée là ? Dans cette position, vulnérable et en colère ? Mais tu n'es plus en prison, Billie. Maintenant, tu peux être qui tu veux. Celle qui se laisse faire ou celle qui se défend.

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