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Kate Duggan

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Message· · Sujet: two hearts in one home. (l/k) two hearts in one home. (l/k) EmptyJeu 30 Mai - 18:29

@lydia winters.
(29 mai 2019)
Had another talk about where it's going wrong
But we're still young
We don't know where we're going
But we know where we belong

Son rythme de vie avait grandement changé depuis quelques semaines – mois – maintenant. Kate n'avait plus la même cadence effrénée dans son quotidien, malgré la fatigue qui se faisait, elle, bien plus présente. Si une part d'elle appréciait le calme qui se trouvait autour de sa personne, une autre n'aimait vraiment pas l'idée de ne plus être capable d'autant de choses, quand bien même elle tentait de se rappeler que c'était pour la bonne cause. Son bras posé sur ses yeux pour tenter d'obtenir un peu plus de sommeil, elle renonça à l'idée en se rendant compte que c'était probablement peine perdue – son caractère surplombait son envie de replonger dans les bras de Morphée pour une heure ou deux, et le besoin de se mettre en action se faisait particulièrement ressentir –, et tendit la main pour récupérer son téléphone. Son doigt glissa sur l'écran, appuya sur les messages reçus (deux de Anton, trois de sa mère auxquels elle ne comptait pas spécialement répondre, et un de son frère), envoya les réponses nécessaires, et cliqua finalement sur le nom de Lydia. Leur dernier échange datait d'il y a deux jours, quand elles s'étaient accordées sur le lieu (chez Anton et Kate), la date et l'heure de leurs prochaines retrouvailles. Relisant les derniers messages, Duggan eu une sensation légèrement désagréable, comme si quelque chose n'allait pas ; qui l'avait déjà prise lorsqu'elles discutaient, mais sur laquelle elle n'avait pas insisté en se disant que c'était peut-être son humeur sensiblement morose ce jour-là qui la poussait à faire des interprétations qui n'avaient pas lieu d'être. Mais maintenant que ses yeux parcouraient à nouveau les lignes de discussion, la même sensation la reprenait et, dans un soupir, elle renvoya un nouveau sms : « still ok for today ? », avec l'impression que la réponse pouvait aussi bien être un oui qu'un non, quand avant l'hésitation ne se faisait jamais sentir entre celles qui vieillissaient presque comme des sœurs, depuis la naissance de Lydia. Les Winters étaient devenus la famille de Kate, au même titre que pouvaient l'être les Duggan et les Harper. Elle avait toujours vu chacun de leurs membres comme un petit frère ou une petite sœur, et voyait, en les filles de la famille, l'occasion de rattraper la relation chaotique qu'elle avait avec sa propre sœur. Mais ces derniers temps, sans qu'elle ne sache vraiment pourquoi ou comment, les choses semblaient prendre une autre tournure avec Lydia. Elle attendit un peu que la réponse de sa cadette lui parvienne, et se tira finalement hors du lit pour démarrer réellement sa journée. Plusieurs heures s'écoulèrent, sans événement marquant à relever. Habillée, la maison plus ou moins rangée, les derniers cartons balancés à la poubelle malgré l'encombrement certain au niveau de son ventre qui l'empêchait d'avancer comme elle pouvait le vouloir, elle se tourna vers la porte d'entrée quand quelques coups frappèrent contre celle-ci et esquissa un léger sourire. Peut-être se faisait-elle simplement des idées, parmi la vague d'anxiété qui la prenait régulièrement au cœur et au corps depuis qu'elle était tombée enceinte ; le genre de chose auquel elle n'était pas habituée, elle qui prenait d'ordinaire tout avec une légèreté déconcertante et sensiblement énervante pour son entourage. Elle ne savait pas trop quel point blâmer réellement pour ça, hormones ou bouleversement total de son existence avec l'arrivée prochaine de deux bébés, quand rien de tout ça n'était prévu, et préférait ne pas se concentrer trop longtemps sur ce point, pour ne pas se retrouver à tout remettre en cause comme elle risquait de le faire. La porte s'ouvrit sur le visage de Lydia, et celui de Kate se targua d'un sourire plus large alors qu'elle la regarda et poussa un peu plus l'ouverture pour la laisser entrer, après une rapide étreinte. « Je suis contente de te voir. » Elle détailla la jeune fille et referma la porte derrière elle, glissant ses doigts parmi ses mèches brunes pour dégager son visage. Elle ne se dérangea pas à s'excuser pour les dernières choses qui traînaient çà et là depuis le début de l'emménagement ; Anton n'était pas tout le temps là, tout comme l'envie de Kate de tout ranger qui se faisait plus souvent la malle qu'elle ne se montrait présente. Tout le monde la connaissant un minimum savait qu'il ne fallait pas s'attendre à une propreté impeccable de la part de Duggan, qui s'agiterait probablement à tout ranger juste avant qu'Anton ne rentre. Faisant doucement craquer son cou, les mains posées sur ses hanches, elle lança un regard à Lydia. « Comme d'habitude, si tu veux à boire ou quoi, fais comme chez toi et sers-toi. » Elle haussa les épaules avec un petit sourire et se laissa tomber dans le canapé, glissant ses jambes sous ses fesses avec une facilité étonnante vu la grosseur actuelle de son ventre, laissant Lydia se mettre là où elle le désirait comme elle l'avait toujours fait. Elle n'avait pas l'air au mieux de sa forme, et vu les derniers événements qui avaient secoué la famille Winters et dont Tommy lui avait parlé, elle se doutait les raisons de sa mine plus déconfite qu'à l'ordinaire. Une petite moue s'afficha sur son visage, alors qu'elle plaçait son menton sur son bras, sur le dossier du canapé. « Tommy m'a tout raconté. Comment tu te sens ? »

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Lydia Winters

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Message· · Sujet: Re: two hearts in one home. (l/k) two hearts in one home. (l/k) EmptyLun 17 Juin - 21:58

Lydia n’était pas certaine de vouloir voir Kate. Elle avait dû être dans la confidence depuis toujours. Elle avait gardé le secret de Tommy. Comme une amie était censée le faire, lui répétait une petite voix railleuse dans un coin de sa tête. Le genre d’amie qu’elle ne possédait pas. Celles qu’elle pensait pouvoir considérer ainsi n’avaient été qu’un leurre, elles n’avaient pas mis longtemps à trouver des excuses pour ne plus la voir quand son ventre avait commencé à s’arrondir, quand les ragots avaient commencé à siffler, d’abord dans le quartier des Winters, avant de s’étendre à Windmont Bay Campus, puis de devenir une notoriété publique. Ça n’avait été qu’à ce moment-là que les commérages s’était essoufflés, déjà las de cette histoire quelque peu redondante : un autre gosse chez les Winters, qu’est-ce que ça avait de si surprenant quand on voyait combien ils étaient déjà ? Lydia avait pu respirer quand les langues s’étaient attaquées à une autre victime, une autre malheureuse âme en peine qui avait peut-être, comme elle, fait des choix risibles, qui ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même si elle en était là. Lydia aurait voulu avoir une amie comme Tommy avait Kate, pendant un temps, elle s’était même surprise à espérer la même chose avec Kate, mais là encore, elle avait été recalée. Elle n’était que la petite sœur de son meilleur ami. Kate se doutait-elle seulement avoir été un modèle, toutes ces années, aux yeux de l’adolescente rebelle ? Pouvait-elle imaginer que l’idéal de la gamine ait pu se forger sur son image, si éloignée de celle de sa propre mère ? Ce n’était certainement pas aujourd’hui que la demoiselle allait le lui avouer, pas alors que la colère grondait. still ok for today? Si elle devait être honnête, Lydia avait failli répondre par la négative. Elle aurait préféré prétexter ne pas être de très bonne compagnie ces derniers temps – ce qui n’était pas totalement faux, il suffisait de demander à Tommy et le reste de sa fratrie. Quelque chose l’avait toutefois retenue de rejeter Kate, en plus des autres. Si elle enviait tant l’amitié entre son aîné et la future maman, pourquoi ne pouvait-elle pas tenter d’en grappiller une part pour elle aussi, égoïstement ? Kate ne serait jamais objective, elle serait forcément du côté de Tommy mais, même en sachant cela, la jeune Winters avait besoin de trouver du réconfort auprès de quelqu’un. Alors pourquoi pas Kate ? Kate avec qui elle partageait une chose que Tommy ne pourrait jamais comprendre ni expérimenter. Il était peut-être le père d’Oliver, mais il ne l’avait pas porté – sacrée différence aux yeux de Lydia, même si elle avait conscience qu’il avait été là pour Ollie les quinze dernières années, là où sa mère ne l’avait porté que quelques mois. Et elle, songea-t-elle amèrement alors qu’elle parcourait d’un pas rapide le chemin qui la menait chez Kate et Anton, quelle image donnerait-elle à Robin ? Sa fille éprouverait-elle le même mépris qu’elle-même ressentait vis-à-vis de sa mère ? Elle pouvait encore changer la donne, à ce stade, Robin ne se souviendrait pas de la mère négligente dont elle avait écopé, mais elle ne s’en sentait pas la force. Quelque chose, elle ne savait quoi, l’empêchait de s’attacher à sa fille comme elle aurait dû le faire dès qu’elle avait posé ses yeux sur elle, deux ans plus tôt – une autre époque, une autre vie.
Parvenue sur le pas de la porte, Lydia hésita encore quelques secondes puis se décida à frapper, le coeur pris dans un étau, la gorge nouée, les mâchoires serrées. Et les bras croisés sur sa poitrine. Sa posture à elle seule donnerait sans doute le ton de leur rendez-vous mais Lydia ne se sentait pas d’humeur à faire un effort – elle n’avait jamais aimé en faire, de toute manière, préférant offrir sa mine renfrognée et ses mots rageurs à ceux qui devaient la supporter. Pas étonnant qu’il n’ait jamais voulu être vu avec elle en public, pensa-t-elle furtivement, avant de repousser le garçon au coin sombre de sa mémoire, là où elle l’avait enterré – ou cru l’enterrer – des mois auparavant. Le sourire de Kate dégela quelque peu l’attitude de Lydia et celle-ci pénétra dans la maison, étreignant brièvement la jeune femme enceinte au passage. Kate lui déclara être contente de la voir et Lydia se contenta d’un son inintelligible, retenant de justesse sa remarque acide – tu dois bien être la seule. Elle n’était pas venue pour se disputer avec elle, elle était venue chercher un refuge quand tout le reste lui semblait obscur.
Ôtant sa veste, qu’elle accrocha à un portemanteau, Lydia fit quelques pas dans la pièce puis se força à s’asseoir en face de Kate, consciente qu’autrement, elle risquait de faire des allers retours qui donneraient des vertiges à la jeune maman. Elle ne savait pas trop comment se mettre à parler ou, plutôt, redoutait le chaos qui lui échapperait si elle laissait libre cours à son désarroi. Et comme si son hôte s’en doutait, ce fut elle qui mit les pieds dans le plat, avec douceur, mais sans fioritures. La gorge de Lydia se noua à nouveau, comme à chaque fois qu’elle repensait à leur échange, à ce qu’ils s’étaient dits, à ce qu’elle ressentait, aussi. Tout se mélangeait et elle n’arrivait pas à se débarrasser de sa rancœur. La jeune fille inspira, chercha les mots, en vain, avant d’expirer.
- Je ne sais pas. Je ne sais pas comment je me sens.
Elle haussa les épaules. Des tas de mots lui venaient pourtant à l’esprit mais les formuler à voix haute aurait été admettre ses faiblesses et elle n’était pas certaine de pouvoir le supporter. Mais c’était Kate qui lui parlait, se rappela-t-elle. Kate, pour qui elle avait toujours éprouvé une admiration sans borne, la grande sœur qu’elle aurait aimé avoir. Aussi reporta-t-elle son attention sur la jeune Duggan et elle lâcha :
- Trahie ? Perdue ? Dégoûtée ? Plus seule que jamais ? Au fond, ça ne change rien. Ou pas l’essentiel, en tout cas. Mais je n’ai pas envie d’en parler. Tommy t’a sûrement déjà raconté les conneries qu’on s’est dits. Ça ne vaut pas la peine de revenir là-dessus.
Alors pourquoi était-elle là, si ce n’était pour vider son sac, pour espérer trouver une oreille plus compréhensive que celle de son aîné ? Lydia se mordit l’intérieur de la joue puis souffla, la voix rauque :
- On ne devrait pas t’embêter avec nos querelles idiotes. Tu as déjà assez à faire…
Elle désigna vaguement le ventre rond de Kate, y porta un regard où nostalgie et amertume se mélangeaient et soupira en se concentrant sur son vernis écaillé, qu’elle gratta avec une concentration feinte.

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Message· · Sujet: Re: two hearts in one home. (l/k) two hearts in one home. (l/k) EmptyVen 26 Juil - 23:53

Elle avait eu vent de toute l'histoire par le biais de Tommy ; et le début ne se comptait pas à partir d'il y a quelques jours plus tôt seulement. Elle avait tout suivi, avait été là dès le début, lorsque l'ex de son meilleur ami était venue déposer un bébé entre ses bras, avant de prendre la poudre d'escampette et de ne plus se pointer, laissant à Tommy la responsabilité d'un enfant auquel il n'avait pas eu la possibilité de se préparer. Elle savait depuis tellement longtemps, que de voir le secret révélé aux yeux de tous les membres de la fratrie lui avait fait un petit quelque chose de bizarre ; comme si un mur s'effondrait, laissant à découvert tout un pan de plusieurs vies mis en lumière. Les réactions... ne l'avaient pas tant surprise. Connaissant les différents membres de la famille comme s'ils faisaient tous partie de la sienne, pour les avoir vus grandir, naître pour certains, elle n'avait pas été choquée du triste constat des réactions obtenues par le pompier à son aveu, alors que tous apprenaient une vérité cachée depuis quinze ans. Alors l'expression de Lydia, fermée et se voulant froide, ne la surprit pas non plus lorsqu'elle ouvrit la porte de son nouveau chez elle (chez eux) et, se doutant peut-être un peu de ce qu'il se passait sous la tignasse brune de celle qu'elle avait toujours vu comme une petite sœur, elle l'attira à elle pour une rapide étreinte et pour briser un peu de cette glace que Winters avait amenée avec elle jusqu'ici. Kate n'était pas là pour la regarder tirer la gueule sans qu'un mot ne soit échangé ; si elle était venue jusque-là, Lydia savait que la pompier allait lui faire cracher le morceau d'une façon ou d'une autre. Elle connaissait sans doute parfaitement le manque de tact dans lequel elle pouvait se complaire, qui lui permettait, à défaut de ne se faire que des amis, d'aller droit au but sur ce qui la dérangeait ou semblait tracasser ses proches. Crever l’abcès, pour ne pas le laisser empirer. Installées l'une face à l'autre, Kate reposant son menton sur son bras en observant celle qui n'était plus vraiment une adolescente, sans pourtant être une adulte encore. Kate se doutait qu'elle lancerait la machine avec sa question, et c'était bien la raison pour laquelle elle l'avait posée : depuis le temps qu'elle voyait Lydia grandir, qu'elle s'habituait à son caractère et sa façon de faire les choses, elle savait qu'elle aurait eu besoin d'être un peu poussée pour, elle aussi, se confier et lâcher ce qu'elle avait sur le cœur par rapport à tout ça. « Tu sais, je suis d'accord avec lui sur le fait que vos histoires ne sont pas vraiment en parallèle l'une de l'autre. Et j'étais avec lui à l'époque où tout c'est enclenché, donc je suis sans doute plus apte que toi à comprendre pourquoi il a fait tout ça, et pourquoi il a pris cette décision. » Levant un doigt vers elle pour lui indiquer qu'elle n'avait pas fini et que Lydia ne l'interrompt pas, elle réfléchit un instant avant de reprendre. « Mais je comprends aussi le fait que ça te fasse ressentir tout ça et que tu aurais peut-être pu être mieux à l'époque si t'avais su. » Elle soupira un peu. « T'as le droit de faire la gueule, moi aussi je l'aurais fait à ta place. Et t'as le droit aussi de continuer à vider ton sac ici si ça peut te faire du bien, histoire d'éviter que vous vous disiez de nouvelles conneries, parce que ça, par contre, ça sert à rien. » Elle avait toujours envié l'unicité des Winters. Elle était consciente de toutes les fois où les portes claquaient, où les murs tremblaient sous les cris des disputes, où les mots volaient plus loin que les pensées sincères ne le feraient, mais elle avait quand même toujours été un peu jalouse de ne pas voir le même lien solide entre eux tous trouver son reflet parmi les membres de sa propre famille ; à part Keane et sa grand-mère, elle ne s'était plus senti proche de personne chez les Duggan depuis belle lurette, et avait trouvé son refuge dans la meute des Winters bien plus souvent que son propre chez elle. Un sourire doux s'afficha sur son visage alors qu'elle secouait la tête. « Tu me connais. Tu crois vraiment que si ça m'embêtait, je te dirais d'en parler ? Je t'en prie, j'ai pas assez de diplomatie pour ça, tu te serais juste pris un coup de pied au cul et je t'aurais dit de te ressaisir. » Une grimace remplaça ledit sourire. « Enfin cela dit, non, puisque je ne peux sans doute plus autant lever les jambes. Mais bon, tu vois le genre. » Classe et élégante dans ses propos comme à son habitude – hm –, elle balaya l'idée d'un simple mouvement d'épaule, gardant en tête pendant un très court instant le fait qu'effectivement, elle ne pouvait même plus prétendre, à l'heure actuelle, au plein usage de ses jambes avec un ventre qui grandissait à l'allure d'un ballon de baudruche, avant de passer à autre chose ; comme à chaque fois. « Les choses ont pas changé, je t'ai toujours dit que tu pouvais venir me trouver en cas de besoin. »

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Message· · Sujet: Re: two hearts in one home. (l/k) two hearts in one home. (l/k) EmptyVen 2 Aoû - 12:32

Elle n’avait jamais été douée pour exprimer ses émotions. La révolte, la provocation, ça, oui. Elever la voix en classe, mener la discussion vers un débat politique ou économique, pas de problème. Mais dès qu’il s’agissait d’admettre ses failles, c’était comme si tout se bloquait en elle. Verrouillage automatique. Ça commençait par ses lèvres qui se fermaient, puis ses mâchoires se serraient, sa gorge se nouait, son ventre se tordait. Tout était prisonnier de son cœur et cela n’avait fait qu’empirer avec les années – autant dire que l’arrivée de Robin et les circonstances de sa conception n’avaient pas aider. Désormais, l’adolescente avait l’impression d’être derrière les barreaux de sa solitude et de son chagrin, à regarder le monde continuer sans elle – sans se soucier d’elle. C’était égoïste, elle le savait, puisqu’elle ne faisait rien pour améliorer la situation, mais Lydia ne pouvait s’empêcher d’éprouver cette rancœur stagnante, cette jalousie inavouée, cette colère muselée. Elle ne souhaitait pourtant aucun malheur à Kate, à son frère ou à quiconque, mais ça ne l’empêchait pas de se dire : ils sont heureux, je ne le serai jamais. Et elle ne savait pas quoi faire pour y remédier. Elle aurait voulu pouvoir aimer sa fille, s’en occuper comme une mère digne de ce nom le ferait. Elle aurait voulu savoir où elle allait dans la vie, ne pas être confrontée à ces mêmes tâches, jour après jour, à passer derrière les autres, à ranger, nettoyer, épousseter et faire les lits à longueur de journée. Elle avait aspiré à plus pour elle-même mais peut-être qu’elle avait été prétentieuse, peut-être que cette vie était celle qu’elle méritait.
Mais elle chassa cette sombre pensée, sachant pertinemment que s’y attarder ne ferait qu’amener des larmes inutiles, et elle releva les yeux quand Kate prit la parole pour lui répondre. Lydia l’écouta sans réellement comprendre comment leurs histoires ne pouvaient pas être parallèles. Elle voulait sans doute trop lier son expérience à celle de Tommy mais elle avait encore eu le choix de mettre un terme à sa grossesse, là où Tommy n’avait aucun contrôle sur la naissance d’Oliver. Aurait-il préféré l’avortement à l’époque, sans savoir qu’il allait devenir le père d’un garçon qui en valait la peine ? Et Robin ? Allait-elle en valoir la peine ? Aurait-elle dû aller au bout et se débarrasser du fœtus avant qu’il ne soit trop tard, avant que l’enfant ne vienne bouleverser entièrement sa vie ? Mais Lydia n’avait pas pu se résoudre à avorter. Elle s’était rendue à la clinique, elle avait pris rendez-vous, elle s’était présentée le jour où devait avoir lieu la procédure… et elle avait fui la salle d’attente, incapable de prendre une telle décision. Ce n’était même pas une question de religion, du fait qu’elle aurait pu être considérée comme une meurtrière si elle se soumettait à l’intervention. Alors Lydia n’émit aucune objection, elle fixa Kate, une lueur dans le regard, laissant entrevoir ce qu’elle pensait : bien sûr que tu es de son côté. L’adolescente finit par baisser les yeux, incapable de soutenir le regard de la future maman. Elle écouta la suite, sans réagir. Elle mentait, en un sens, elle se cachait derrière l’assurance que tout aurait pu être mieux si elle avait su que Tommy savait ce que ça faisait d’être parent à son âge. Elle aurait peut-être moins eu le sentiment d’être la ratée de la famille mais ça ne l’aurait pas aidée à mieux s’occuper de sa fille. Parce que le problème, finalement, ce n’était pas le mensonge, ce n’était pas Tommy, ce n’était même pas Robin. C’était elle.
- Je sais, finit par souffler Lydia avant de se mordre l’intérieur de la joue. Mais je me suis juste sentie… tellement conne, Kate. De l’apprendre comme ça. D’être la dernière à l’apprendre. C’est égoïste mais je me suis dit : est-ce que c’est tout ce que je vaux dans cette famille ? Et c’est débile, je sais, puisque je ne fais aucun effort pour les autres mais je ne sais pas…
Elle parlait sans réfléchir, découvrait presque des pensées qui affleuraient la surface et dont elle n’avait pas eu conscience jusqu’à ce qu’elle les formule à voix haute. Sa gorge se serra et son cœur sembla se comprimer dans sa poitrine, comme s’il voulait se ratatiner à l’état de noix qu’une simple pression réduirait en miettes.
- Depuis presque trois ans, j’ai l’impression que ma vie m’échappe, que je ne suis plus rien. J’ai perdu mes amies, enfin celles que je croyais être mes amies. J’ai perdu toute perspective d’avenir. Je me retrouve avec un gosse dont je ne sais pas m’occuper. Et la seule chose qui tenait encore la route, c’était mes frères et ma sœur, même si je passe plus de temps à me disputer avec eux qu’autre chose. Alors cette découverte… ça m’a fichu un coup monumental. J’ai eu l’impression que même ça, en fait, ce n’était qu’une illusion. Je ne suis pas digne de leur confiance, je ne suis pas digne de faire partie de cette famille. Que je sois là ou pas, ça change rien. Non. En fait ils seraient même mieux si je n’étais pas là pour alourdir les responsabilités. Je ne fais que m’imposer, je ne sers à rien. Je—
Sa voix se brisa et les sanglots éclatèrent sans qu’elle parvienne à les contenir. Lydia porta les mains à ses yeux et pressa ses paumes contre ses paupières closes comme si ça allait arrêter le raz-de-marée mais le vase fragile qu’était son cœur s’était renversé et son contenu s’était déversé, inondant ses joues. Elle aurait voulu se maitriser, cesser immédiatement de pleurer mais c’était comme si elle ne contrôlait plus rien. Comme si, maintenant que les vannes étaient ouvertes, elles ne se refermeraient jamais.

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Message· · Sujet: Re: two hearts in one home. (l/k) two hearts in one home. (l/k) EmptyJeu 8 Aoû - 1:07

Lorsque le rendez-vous avait été fixé, avant que n'éclate la vérité sur la paternité de Tommy, Kate n'aurait su imaginer la tournure qu'allait prendre la conversation. À peine l'adolescente arrivée sur le pas de sa porte, puis ensuite installée dans le canapé choisi avec soin par le couple – après moult chamailleries sur ce qu'il valait mieux choisir, pourquoi, comment, prenant en compte la présence future de deux bébés au sein de la maison –, la pompier avait décidé de commencer à mettre les pieds dans le plat. Elle détestait tourner autour du pot, Kate, jugeant que les situations ne s'y prêtaient jamais. Elle avait détesté commencer à le faire lorsqu'elle était allée annoncer sa grossesse à Anton. S'était figuré que, peut-être, marcher autour du sujet plutôt que d'aller droit dedans avec ses grosses bottes aux pieds valait mieux, mais avait rapidement coupé court à une technique qui ne lui avait jamais ressemblé et ne lui ressemblerait très probablement jamais non plus. Quel était le but de ne pas dire les choses telles qu'elles étaient et de simplement perdre son temps ? Elle savait que Lydia avait été touchée par la révélation qui avait frappé la famille Winters en plus d'un temps. Elle savait que, dans l'esprit de la jeune, se mélangeaient probablement bien des idées, et que peu importait jusque-là si elles étaient vraies ou faussées par un ressenti encore trop à vif pour pouvoir être complètement rationnel. Et c'était justement pour ça qu'elle avait voulu confirmation que celle qu'elle considérait comme sa petite sœur depuis qu'elle avait commencé à la voir grandir, évoluer, et devenir celle qu'elle était aujourd'hui, allait répondre présente à leurs retrouvailles qui, déjà de base, ne donnaient pas à l'irlandaise l'impression de calme et de paix qu'elles avaient il y a encore quelques mois de ça. Alors Kate fit son discours. Dans son manque de tact, elle sut faire preuve d'une diplomatie qui ne lui ressemblait pas totalement, peut-être parce qu'elle espérait tempérer un peu la situation chez cette famille qui était devenue, au fil des années, la sienne aussi. L'oreille attentive et le regard fixé sur Lydia, elle écouta ce qu'elle avait à lui dire, les réponses qu'elle lui offrait, le ressentit qu'elle relâchait enfin quant à tout ça, et malgré son sourire qui se voulait bienveillant, peut-être même rassurant, elle secoua un peu la tête. « Essaye d'inverser les rôles. Est-ce que, si tu avais caché pendant quinze ans une vérité que tu avais eu peur de révéler dans un premier temps, après avoir pris une décision alors que tu n'étais qu'une ado, tu aurais eu des facilités à le dire ensuite ? Peu importe si c'était un an, cinq ans, dix ou quinze plus tard. À l'époque, vous étiez tous des enfants, Lydia, et même Tommy n'était pas encore aussi responsable qu'il peut l'être maintenant, même s'il faisait déjà de son mieux pour vous tous à ce moment-là. Essaye de t'imaginer à sa place : c'était plus facile de dire qu'Oliver était votre frère que d'assumer le fait qu'il était devenu père accidentellement, qu'il n'avait pas eu l'opportunité de se préparer à ça, et qu'il se retrouvait dans une situation encore plus délicate que celle dans laquelle il était déjà. » C'était pour le mensonge, ça. Ce même mensonge qu'elle concevait sans le moindre mal, parce qu'elle aussi aurait pu faire de même si la présentation s'était glissée face à elle, dans une situation semblable à celle de son meilleur ami ; quand bien même elle n'aurait pu réchapper à la préparation à laquelle il n'avait pas eu le droit. Elle soupira un peu. « Oui, y a de l'égoïsme dans ta façon de voir les choses. Mais ça n'est pas pour ça que c'est incompréhensible, ou impardonnable. Tu n'es pas le problème dans cette histoire, et même si je comprends totalement que ça t'ait fait ressentir ça, encore une fois, imagine les choses avec la vision de ton frère : l'admettre à Ollie était déjà difficile, il avait besoin de temps avant de réussir à l'annoncer à tous ses proches, surtout après avoir gardé le silence sur ça pendant aussi longtemps. » Peut-être ses remarques ne plairaient pas à Lydia, peut-être se plaçait-elle trop en avocate de Tommy dans cette situation, mais elle n'avait jamais réussi à mentir sur ses propres ressentis lorsque, explicitement ou non, on venait la voir pour un soutien ou pour des conseils en tous genres. Kate n'était pas de celles qui parvenaient à monter un discours à but purement réconfortant, alors qu'elle avait toujours un avis et un mot à dire sur tout. Tendant une main vers Lydia pour glisser ses doigts dans ses mèches de cheveux, les replaçant derrière son oreille, elle prit le temps d'écouter ce qu'elle avait à lui dire, encore une fois, de prêter l'attention nécessaire à ses paroles, avant de l'attirer contre elle dans une étreinte lorsqu'elle la vit craquer et se mettre à sangloter. L'absence de parole reposa sur la pièce – la maison entière – pendant quelques secondes, avant que Kate ne laisse échapper un petit sourire et vienne glisser ses doigts contre les joues de Lydia. Quelque chose lui disait que d'essayer de faire un discours de motivation n'aiderait pas nécessairement, et elle se retrouvait dans une de ces situations où, aussi rares pouvaient-elles être, Kate Duggan n'était pas sûre de trouver les mots qu'il faudrait. « Tu ne sers pas à rien, et bien sûr que tu es digne de confiance. Tu as besoin d'eux et ils ont besoin de toi, tu fais partie de l'équilibre de la famille Winters, même s'il est un peu mis à mal dernièrement. Je crois que tu retranscris aussi la façon dont tu te vois toi-même, dans la situation actuelle. » Elle marqua une légère pause avant d'esquisser un sourire vers elle et de glisser ses doigts sous sou menton, lui faisant redresser le visage pour parvenir à croiser son regard. « Tes proches te font confiance et ne pensent pas que tu sers à rien, Lydia. » Arquant un sourcil, elle ajouta. « Tu crois vraiment que si c'était le cas, je t'aurais choisi toi pour être la marraine d'une de mes filles ? » Son sourire s'étira un peu plus sur son visage alors que, peut-être, ça n'était pas le meilleur des moments pour lui faire part de son choix et lui demander, de manière sous-entendue, à ce qu'elle accepte sa décision et le rôle qu'elle souhaitait lui confier. Elle savait que Lydia avait besoin d'un coup de pouce, de se sentir digne de confiance pour pouvoir, peut-être enfin, se dire qu'elle l'était vraiment. C'était sa façon à elle de lui apporter son soutien, en lui confiant une part de ce qu'elle avait de plus précieux, déjà.

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Lydia Winters

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Message· · Sujet: Re: two hearts in one home. (l/k) two hearts in one home. (l/k) EmptyMar 13 Aoû - 11:56

Elle ne savait pas pourquoi elle se laissait aller devant Kate. Elle avait toujours cadenassé ses émotions, précisément pour ne pas en arriver à cet état de détresse pitoyable qui l'étreignait et la réduisait à des sanglots étouffants. La confiance. Le mot glissa entre ses larmes, comme une réponse soufflée. C'était la confiance que la future maman lui inspirait qui avait ébréché le mur, la forçant à regarder dehors et, paradoxalement, à se concentrer sur ses émotions et sentiments - valides, a priori, mais aussi égoïstes, égocentriques et lâches. Elle s'était murée dans sa peine, s'était cherché des excuses justifier pour ce grondement qui avait fait tremblé son monde, s'était cachée derrière ce nouveau bouleversement pour ne pas avoir à affronter la réalité. Pourtant Lydia avait l'impression d'avoir été confrontée à celle-ci et ce depuis des mois. Elle avait eu la sensation qu'on lui collait le visage à la fenêtre pour qu'elle voie ce que c'était. D'être mère. D'avoir abandonné l'école. De se cantonner à son chagrin sans chercher à en sortir. C'était tellement plus simple d'en vouloir au monde entier, de blâmer les autres pour ses malheurs, et Lydia ne s'était certainement pas fait prier pour se réfugier dans ce mensonge. Elle préférait cela au fait d'assumer qu'elle était responsable de sa situation: c'était elle qui n'avait pas été prudente, c'était elle qui s'était jetée à corps perdu dans une relation qui lui faisait mal et, ensuite, c'était elle qui avait préféré abandonner les bancs de l'école parce qu'elle ne supportait plus les regards qu'on lui portait. Que s'était-elle imaginé? Qu'elle pourrait se calfeutrer dans sa chambre et ne plus être atteinte par les aléas de la vie? Comme si les Winters avaient jamais pu échapper à ce qu'elle leur réservait. Elle aurait voulu garder son âme rebelle, défier quiconque la jugeait, fusiller du regard les gens qui se permettaient des réflexions, porter son erreur comme un étendard. Au lieu de quoi, elle s'était effilochée, émiettée aux quatre vents, n'assumant rien, devenant un fardeau supplémentaire pour les siens. Et même en ayant pris conscience de tout cela, Lydia n'avait rien fait pour améliorer sa situation, laissant plutôt la douleur s'accentuer, les griefs s'accumuler et le chagrin la ronger. Elle s'était isolée des autres et ils n'avaient rien fait pour la ramener à bord. Mais pourquoi l'auraient-ils fait quand ils avaient chacun leur vie, leurs problèmes? La question avait beau être éloquente, elle n'apaisait en rien Lydia.
Pas plus que les mots, pourtant justes, de Kate.
Elle ne pouvait pas se mettre à la place de Tommy. Elle avait déjà tant de mal à savoir où était la sienne, comment aurait-elle pu imaginer une seule seconde ce qu'il avait vécu à l'époque, cerné d'enfants en bas âge ou en tout cas plus jeunes que lui ? Il avait été un père pour eux tous, bien plus que l'avaient été leurs propres parents. Il avait dû se battre seul pour maintenir leur foyer à flot et maintenant qu'il aurait dû commencer à pouvoir respirer, parce que chacun était censé pouvoir s'occuper de soi, il fallait que l'ensemble se désagrège. A cause d'une erreur à laquelle, comme Kate le soulignait, il n'avait pas eu le temps d'être préparé à l'époque. Elle, elle avait eu neuf mois pour se faire à l'idée que la famille allait s'agrandir, et pourtant, elle n'avait rien fait pour l'accepter. Toujours dans le déni. Toujours dans la peur. Lydia avait l'impression de se résumer à ça.
Une pointe de honte lui vrilla la poitrine quand la jeune femme confirma qu'il y avait de l'égoïsme dans sa façon d'approcher les choses mais elle était bien au-delà de cette gêne. Elle n'avait plus l'énergie d'être mortifiée, à peine avait-elle celle de pleurer. Que pouvait-elle faire d'autre, du coup, qu'écouter la voix douce mais déterminée de Kate? Elle laissa les mots couler sur elle, parce qu'il n'y avait plus de place pour les laisser la pénétrer. Peut-être était-ce la raison pour laquelle elle hoquetait à présent sous le poids des sanglots: pour faire de la place à cette réalité alternative que sa situation personnelle ne lui permettait pas d'appréhender. Peut-être qu'en se libérant d'une partie de ce qui l'étouffait, elle pourrait enfin voir ce qui se passait chez les Winters pour ce que c'était: une nouvelle donnée à laquelle il fallait s'habituer, rien de plus. Car en dehors du mensonge, pour elle, qu'est-ce que cela changeait? Elle n'allait pas subitement voir Oliver autrement que comme son frère. Elle n'allait pas se mettre à détester Tommy. Elle avait tout vu à travers le microscope de sa solitude, sans chercher à contempler l'image en entier.
Lydia ne put toutefois s'empêcher de secouer la tête en sentant les doigts de Kate dans ses cheveux, comme si elle refusait cette attention, cette marque de tendresse. Elle ne la méritait pas, elle n'en voulait pas, elle ne savait pas quoi en faire. Elle ne résista cependant pas à l'étreinte qui suivit et la douceur du geste ne fit que redoubler ses pleurs. Ses yeux lui faisaient mal, gonflés par les larmes; sa gorge lui faisait mal, nouée par le chagrin; son coeur lui faisait mal, déchiré par les émotions contradictoires qui la balayaient.
- Tu es sûre que tu ne t'es pas trompée de voie? Tu aurais dû être psy, parvint difficilement à dire Lydia, en se passant le poignet sur les yeux et le nez.
Une pâle tentative d'humour qui ne parvint même pas à éclaircir son humeur. La jeune Winters ferma les yeux en songeant que c'était bien quelque chose qui lui avait cruellement manqué, toutes ces années: une mère qui la prendrait dans ses bras pour la réconforter. Si elle en avait eu une, aurait-elle moins de difficultés aujourd'hui? Parviendrait-elle plus facilement à exprimer sa tristesse plutôt que de se noyer dedans jusqu'à ce que tout explose et échappe à tout contrôle? Mais la main de Kate l'incita à se redresser et Lydia obéit à l'invitation muette, continuant à se frotter les yeux pour ne plus voir Kate qu'à travers le voile de ses larmes. Elle faillit dire: tu n'en sais rien, de ça mais fut stoppée net par la suite des paroles de la jeune maman.
Ce fut d'abord l'incompréhension qui glissa sur ses traits bouffis par les pleurs. Elle n'avait pas bien entendu. Ou elle avait mal compris. Kate ne pouvait pas avoir dit ces mots-là. C'était impossible. Raison pour laquelle Lydia ne réagit pas immédiatement, trop sonnée par la suggestion pour savoir quoi dire ou quoi faire. Puis comme le silence perdurait, inscrivant l'annonce dans l'air, dans l'esprit et dans le coeur de Lydia, cette dernière ouvrit la bouche, encore à court de mots.
Puis elle s'exclama abruptement, abasourdie:
- Ne dis pas des choses que tu pourrais regretter plus tard.
Et comme pour arriver à réfléchir plus clairement, Lydia s'écarta et balbutia:
- Tu n'as pas entendu ce que je viens de te dire? Je suis complètement paumée. Je ne sais même pas m'occuper de ma propre fille. Et tu voudrais que... que je sois la marraine de l'une de tiennes?
Lydia avait bien conscience que cela avait davantage une valeur symbolique qu'autre chose, que Kate n'attendrait pas d'elle qu'elle s'occupe de sa filleule. S'il lui arrivait quelque chose, n'importe qui serait plus qualifié qu'elle pour faire ce qu'il fallait. Aussi secoua la tête, tétanisée par l'incrédulité:
- Je ne veux pas que tu prennes une telle décision juste pour m'aider à me sentir mieux.
C'était absurde. Où Kate avait-elle été pêcher que ça pourrait être une bonne idée de la désigner marraine de l'un de ses bébés? N'avait-elle pas prouvé, semaine après semaine, à quel point elle serait une déception? Et Lydia en avait sincèrement marre de décevoir tout le monde. Elle ne supporterait pas un échec supplémentaire, une autre preuve de son incompétence. Car ce serait encore pire de voir Kate regretter sa décision. Elle ne le supporterait tout simplement pas.

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