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 i understood loneliness before i knew what it was. (j/b)

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Billie Fairchild

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Message· · Sujet: i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) EmptyJeu 30 Mai - 23:48

@jax beauchamp.
(30 mai 2019)
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You can throw down your guard
And free from the notion
We can be who we are

Elle ne savait pas vraiment ce qui l'avait poussée à faire ça, mais préférait sans doute aussi ne pas trop y réfléchir. Certaines choses ne nécessitaient pas d'être mises en lumière de toute façon, et après quatre ans passés le plus souvent seule face à son fil de pensée, elle préférait ne plus se perdre trop longtemps dans les méandres de réflexions qui semblaient presque infinies, et devenaient tout autant oppressantes que l'idée qu'elle risquait, un jour, de connaître la date de sa mort. C'était un effort de tous les jours que d'arrêter de trop penser. Un entraînement nécessaire pour aborder les choses avec une légèreté qui lui avait été volée, sans doute même avant qu'elle ne retrouve le corps sans vie de Malcolm, et ce quand bien même elle ne savait pas si elle était vraiment en mesure de la retrouver ou non. La raison pour laquelle elle portait un tel intérêt à Jax Beauchamp, si elle venait à trop y réfléchir, lui causerait sans doute un peu plus d'insomnies encore que celles qu'elle vivait déjà et qui marquaient son visage de cernes sensiblement violacés. Billie n'avait probablement pas envie de se pencher sur cette drôle de sensation qu'elle avait, depuis que Jax semblait retrouver le sourire ces dernières semaines. Elle ne l'avait pas connu sous son meilleur jour, à leurs premières rencontres. Avait cru reconnaître un lui ce côté brisé qu'elle ressentait en elle-même, et faire face à une sorte de miroir un peu étrange dans lequel elle voyait une image transformée de son propre ressenti, sans comprendre comment ni pourquoi c'était comme ça. Elle l'avait regardé d'un œil étrange, un peu de lointain, à la façon d'un animal intrigué, et s'était petit à petit posée comme une aide à garder un œil sur sa petite sœur, après une dispute à laquelle elle avait assisté entre eux. Plus pour lui que pour elle, elle veillait silencieusement et en gardant une distance de sécurité qu'elle n'était pas prête à abandonner pour le moment, et faisait parfois un bilan auprès de l'aîné Beauchamp pour le tenir au courant des mésaventures dans lesquelles elle trouvait Skylar, sans jamais intervenir ; ça n'était pas là son rôle, et jouer à la superhéroïne du dimanche sans avoir entre ses mains toutes les informations qu'il lui faudrait, très peu pour elle – non pas que la combinaison en latex ne lui siérait pas à la silhouette. Mais depuis quelque temps, elle ne retrouvait plus cette impression de reflet dans leurs comportements ou leurs façons d'être. Jax semblait rayonner, et Billie se morfondait un peu dans la pointe de jalousie qui l'enserrait, quand elle aussi voulait goûter à ce plaisir retrouvé de pouvoir sourire avec sincérité. Il retrouvait les couleurs, quand elle restait en nuances de gris. Mais au lieu de développer une jalousie malsaine, elle se retrouvait à espérer toucher du bout des doigts cette sorte d'aura nouvelle qu'il dégageait, comme si ça lui permettrait de la sentir la réchauffer un peu à son tour. C'était sans doute pour ça, plus que pour intérêt réel pour Skylar, qu'elle s'était retrouvée dans une rue malfamée de Windmont Bay – celles-là mêmes dont elle ne savait même pas qu'elles pouvaient exister ici –, assise sur un muret, un pied pendant dans le vide et son autre genou remonté contre sa poitrine, le menton posé dessus. Elle détaillait avec un manque flagrant de curiosité les silhouettes qu'elle voyait passer, comme un chat à moitié conscient de ce qui l'entourait, trônant au-dessus du trottoir et guettant qui pourrait venir déranger sa tranquillité. Son dos se redressa par réflexe quand elle aperçut les contours de la silhouette du garçon et, alors qu'il arrivait son niveau, elle laissa retomber son genou pour que ses deux pieds pendent dans le léger vide. « Je t'attendais. » Que ferait-elle d'autre ici, autrement ? Le coin n'avait rien de bien attrayant, et même son propre appartement lui paraissait plus attrayant, quand bien même elle ne le portait pas dans son cœur. « J'ai croisé ta sœur cette nuit, vers une heure. Pas en très bonne compagnie, à première vue, m'enfin. » Elle haussa légèrement les épaules, ne rentrant pas dans les détails qu'elle ne connaissait pas. Garder un œil sur elle ne voulait pas dire l'espionner et passer son existence au peigne fin ; elle donnait ce qu'elle savait, et n'allait pas plus loin. Elle garda pour elle, aussi, la raison pour laquelle elle avait été en mesure de la voir à la sortie d'un bar, au bras d'un garçon qui avait l'air sensiblement marginal et bien plus vieux qu'elle – mais elle ne jugeait pas. Peu désireuse de développer sur son incapacité à trouver le sommeil quasi constante depuis qu'elle était sortie de prison, elle garda la bouche fermée et pencha légèrement la tête sur le côté, détaillant le visage qui lui faisait face à la recherche d'un indice, de quelque chose qui pourrait la mettre sur la piste d'un bonheur nouveau, qu'elle enviait à Jax autant qu'elle pouvait lui souhaiter de le garder, et qu'elle pourrait peut-être trouver, elle aussi, si seulement elle y avait encore droit.

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Message· · Sujet: Re: i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) EmptyJeu 4 Juil - 20:53

Il était rentré tard d’une tournée qui avait duré deux jours. Deux longues journées pendant lesquelles il avait sillonné les routes de l’Oregon, d’un point à un autre, pour livrer sa cargaison. Il avait dormi dans des motels miteux et n’avait aspiré qu’à retrouver Windmont Bay – ou, s’il devait être plus honnête, retrouver Bran. Et dire qu’il avait accepté ce poste d’itinérant parce qu’il voulait précisément fuir sa ville d’accueil et le fantôme qui y rôdait, lui broyant le coeur à chaque fois que l’ouvrier y pensait. Mais cela remontait à janvier, ça. Entre-temps, l’impudent était revenu et il avait réintégré le territoire du gars couturé de cicatrices, pour illuminer son quotidien, encore plus que lors de l’été précédent – si c’était seulement possible. Évidemment, Jax s’était méfié, au début, bien qu’il n’ait pas hésité à plonger dans l’eau douce du regard de son amant, mais une petite voix avait continué à lui murmurer que tout cela était sûrement trop beau pour être vrai, que quelques mois idylliques ne garantissaient pas un bonheur éternel. La preuve : leur amour estival s’était brisé les jambes à l’été indien, mais le jeune Beauchamp ne l’avait vraiment réalisé qu’à l’automne, loin d’ici, de l’autre côté du continent. Pourtant, il rangeait sa nature pessimiste, il refusait d’analyser chaque détail, il ne voulait pas voir d’ombre là où il n’y avait de place que pour le soleil. Cela faisait presque trois mois que Bran lui était revenu et qu’ils coulaient une existence heureuse dans les bras l’un de l’autre ; c’était davantage, déjà, que ce qu’ils avaient vécu l’an dernier. Et puis il y avait cette faim de l’autre, cette soif du corps voisin qui n’était jamais étanchée et Jax ne voulait jamais être rassasié, il voulait continuer à s’abreuver à cette félicité qui lui permettait de s’engager sur une route pour plusieurs heures, sans souffrir de cette solitude : parce qu’il savait qu’à son retour, il retrouverait le sourire éblouissant de Bran. Il ne pouvait pas demander son ancien job en retour, juste pour ne plus quitter son amant (et d’un côté, il ne souhaitait pas revenir à cet état d’hébétude qui le frappait après une longue journée d’efforts physiques) mais il regrettait d’avoir choisi la fuite quand, au détour du chemin suivant, il avait pu retrouver le jeune Rose.
Jax aurait dû rentrer chez lui, du coup. Il aurait dû s’empresser de retrouver son appartement, d’enlacer Bran, de le serrer contre lui et de s’imprégner de ce parfum qui lui manquait tant quand il était sur les routes. À la place, il évoluait dans ces rues qu’il connaissait trop bien pour les avoir souvent fréquentées. Quand il fuyait l’appartement étroit où ils vivaient à quatre, puis à trois. Quand il s’évertuait à faire passer le temps, sachant que son père avait bu et qu’il ne manquerait pas de lui faire payer son existence. Puis, plus tard, quand il recherchait la chaleur d’une étreinte, même si ça n’avait rien d’une véritable intimité : ça soulageait, ça faisait perdre la tête, quelques heures, ça embrasait les sens. Ce soir, cependant, c’était une autre quête qui l’amenait dans la ruelle, et en devinant la silhouette élancée de la jeune femme assise sur le muret, Jax enfonça encore plus profondément les mains dans ses poches, pour y triturer les pièces oubliées ou les emballages de chewing-gum froissés. Il esquissa un sourire en la voyant se redresser et vint se poster en face d’elle, se laissant aller contre le mur d’en face en repliant une jambe pour appuyer le pied contre les briques rugueuses.
- On se croirait dans un film d’espionnage, plaisanta-t-il en jetant un coup d’oeil autour d’eux avant de reporter son attention sur Billie.
Billie qu’il ne connaissait pas, quelques mois plus tôt encore. Billie qui avait croisé sa route alors qu’il avait l’impression d’avoir la tête dans le caniveau, à maudire un gamin qu’il n’avait pas reconnu, qui semblait n’être que la décalcomanie du flamboyant élève de Edgewater Academy, mais qui était resté l’adolescent buté que rien ne pouvait faire changer d’avis. Jax avait su que ses suppliques n’atteindraient pas le jeune homme. Celui-ci avait érigé un mur incompréhensible, un mur que Jax n’avait pu surmonter, malgré tous ses efforts. Ce devait être à cause de sa détresse totale qu’il avait laissé la porte ouverte à cette drôle de relation qui s’était naturellement instaurée, car sinon, l’ouvrier le savait, jamais ils n’en seraient venus à se retrouver dans une ruelle sombre, à parler comme deux êtres qui partagent des secrets – alors qu’il ne savait rien d’elle et qu’elle n’en savait pas beaucoup plus. Elle connaissait néanmoins l’existence de Skylar, puisque c’était un soir où il était ivre et où il avait voulu lui parler qu’elle les avait rencontrés. Il savait, même imbibé comme il l’était, qu’il s’y prenait comme un manche avec sa sœur, mais les mots qu’elle avait eus à son égard avaient été comme un poignard frappant son coeur meurtri – à multiples reprises. Le comparer à leur père, juste parce qu’il avait un peu exagéré sur la boisson, c’était tout de même dégueulasse. Il n’avait jamais levé la main sur elle, lui. Il n’avait jamais volontairement cherché à lui faire du mal. Mais peu importe qu’il l’ait fait exprès ou non, Jax savait que ça ne changeait rien, ni au présent, ni au passé.
La déclaration de Billie le fit soupirer et il se passa une main lasse sur le visage. Elle ne lui apprenait rien et en même temps, elle en savait plus que lui. S’il n’avait pas eu droit à ses comptes-rendus succincts, il ne saurait probablement pas si sa sœur était encore seulement à Windmont Bay. Frère indigne. Qu’y avait-il de neuf ? Il avait été égoïste, à ne se soucier que de sa gueule et maintenant qu’il tenait un bout de bonheur – ce bout de bonheur que la jeune femme lui enviait, sans même qu’il ne le réalise – il ne faisait pas davantage d’efforts pour réparer leur lien décousu. Mais il ne savait pas comment s’y prendre avec Skylar, il ne l’avait jamais su, et ce n’étaient pas ces années à s’éloigner qui l’avaient aidé à faire le chemin inverse, c’était certain.
- Elle a l’habitude. Je crois pas qu’elle puisse faire pire que le père qu’elle a eu, dit-il dans un grondement coupable.
Et le frère, faillit-il ajouter avant de se raviser pour préférer chercher son paquet de cigarettes. Il en glissant une entre ses lèvres pincées et proposa le paquet esquinté à la jeune femme, sans émettre un mot, en lui tendant simplement l’objet. Il tira ensuite une boîte d’allumettes, ayant perdu son briquet depuis belle lurette. Il alluma sa clope à l’aide d’une flamme fatiguée qui éclaira brièvement la ruelle puis il inspira et expira longuement, comme pour délasser ses muscles, dont la tension dans les épaules était visible. Il reposa son regard clair sur Billie, qu’il aurait été bien incapable de qualifier – amie ? connaissance ? quelque chose entre les deux – puis il demanda :
- Pourquoi tu traînes toute seule dans un coin pareil ? Tu pourrais tomber sur des sales types...
Il y avait une sorte de prudence dans son ton. Il ne voulait pas la vexer mais il se demandait pourquoi elle faisait ça pour lui – veiller plus ou moins sur sa sœur, lui rapporter ce qu’elle avait vu. Elle ne lui devait rien. Alors il songea que peut-être qu’elle aurait souhaité que quelqu’un garde un œil sur elle comme elle le faisait avec Skylar. Car il avait beau ne presque rien savoir d’elle, Jax pressentait une solitude profonde, une solitude dans laquelle il se retrouvait, finalement. Deux anciens gamins paumés, voués à traîner dans un labyrinthe de ruelles sombres.

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Message· · Sujet: Re: i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) EmptyVen 26 Juil - 23:52

Pensait-elle vraiment que de fréquenter Jax lui permettrait de gagner un peu de son bonheur ? Que les choses pouvaient dépeindre sur sa propre vie, lui permettant de prétendre rayonner au moins un peu comme le faisait le jeune homme en face d'elle ? Elle ne savait pas tellement si elle avait le droit d'y croire – ça semblait sans doute un peu trop utopique, trop beau pour qu'elle puisse se targuer d'y avoir droit, elle, dont le caractère n'était pas le plus simple et dont les blessures la rendaient bien trop méfiante et sur ses gardes pour pouvoir s'ouvrir suffisamment et trouver un peu de cette aura. Peut-être le bonheur de Jax tenait-il de quelqu'un ? Qui, alors, avait ce pouvoir sur lui ? Comment pouvait-elle trouver quelqu'un qui réussirait la même chose sur quelqu'un d'aussi cassé que ce qu'elle était ? On lui en avait sorti des belles, de conneries, quand elle suivait encore plus ou moins régulièrement la thérapie qu'on lui offrait pendant et après son incarcération. Que les plus belles mosaïques étaient faites de pièces cassées et recollées, blablabla. Elle avait souvent eu l'impression d'être tellement brisée que ses éclats étaient devenus poussières, et qui pourrait avoir la patience nécessaire pour faire de ces restes-ci quelque chose de beau et de plaisant à regarder ? Elle ne croyait pas tellement en cette possibilité, et peut-être était-ce justement ça la cause de la jalousie qui l'animait quand elle observait Jax avec l'intérêt curieux qu'elle lui portait, tête penchée et regard fixé sur un visage qu'elle apprenait encore à découvrir, finalement. Peut-être que le reflet qu'elle avait l'impression de trouver en lui depuis qu'elle l'avait rencontré alors qu'il était lui aussi cassé n'était pas si semblable à ce qu'elle était elle-même. Peut-être Jax n'était-il pas aussi foutu qu'elle l'était elle-même, et son cas n'était pas si désespéré, pour qu'une existence nouvelle dans son entourage parvienne à le faire rayonner d'une lumière qu'elle ne lui connaissait pas jusqu'à il y a quelque temps. Elle n'en fit pourtant aucun commentaire, là, perchée sur son muret, comme un chat qui observe la rue de son perchoir. Elle laissa glisser son regard clair sur les alentours, esquissa un demi-sourire à son commentaire. « Avec un budget de merde, alors. » Elle laissa la banalité de ce début d'échange s'étendre un peu entre eux, reportant son attention sur le garçon face à elle, dont elle ne connaissait finalement pas grand-chose. De quoi était faite sa vie, comment était son passé, par quelles épreuves était-il passé ? Parce qu'il en avait forcément vécu. Elle le sentait, le ressentait dans sa façon dont elle l'avait connu au début, dans ce qu'elle avait observé de lui ; il n'était pas heureux, il y a encore quelque temps, et c'était le signe d'épreuves qu'il avait eu à passer. Ses rapports avec sa sœur aussi, sans doute, de ce qu'elle avait pu constater d'elle-même. Jax Beauchamp avait pris la forme d'une curiosité, finalement, aux yeux de Fairchild, et elle se retrouvait avec l'envie de gratter un peu pour en savoir plus. Un sourcil arqué, elle remonta une jambe contre sa poitrine, posa son menton sur son genou en continuant de fixer de la même façon le jeune rouquin qui lui faisait face contre le muret parallèle au sien. « Paternel absent ? À chier ? Pas étonnant qu'elle ait un attrait pour les types comme celui que j'ai vu alors, j'imagine. » La logique de l'esprit humain lui échappait parfois. Elle n'était même pas surprise de savoir que Skylar avait potentiellement certaines « daddy issues » quand elle voyait le genre d'homme avec qui elle pouvait parfois l'apercevoir, sans pour autant y prêter une attention sans bornes ; son intérêt ne se portait pas sur elle, à choisir dans la famille. Une légère moue se pointa sur ses lèvres, alors qu'elle pencha légèrement le chef sur le côté. « Désolée, ça n'est sans doute pas ce que tu voulais entendre. » Son manque de tact n'avait jamais eu de limites, elle en avait conscience, et s'en rendait compte une fois de plus ce soir. Peut-être devrait-elle faire plus attention à son choix de mots face à Jax ; elle n'avait pas envie de le vexer ou autres, mais pouvait-elle vraiment aller à l'encontre de ce qu'elle était ? Sans doute non. Gardant la même position, elle enroula un bras autour de sa jambe et arqua un sourcil, fixant le garçon avec un peu plus d'intensité, tendant la main pour récupérer le paquet de cigarettes qu'il lui tendait, le faisant rouler distraitement entre ses doigts en pesant un instant le pour et le contre à l'idée d'en prendre une ou non. « Peut-être que justement, je les connais déjà ? » Jax la voyait-elle comme une chose fragile ? Quelle idée se faisait-il d'elle pour supposer ça ? Peut-être était-ce juste de la sympathie... Elle l'observa, méfiante, un bref instant, avant de secouer doucement la tête vers lui. « C'est pas le cas. Mais je ne crains pas grand-chose ici, je pense, j'ai sans doute vu pire que les rues sombres d'une petite bourgade. » Elle hésita un instant à développer, mais n'en fit rien pour l'instant, finissant par prendre une cigarette et jeter dans sa direction le paquet, avant de la glisser derrière son oreille, au cas où l'envie la prendrait pour plus tard – bien qu'elle en doutait fortement, malgré tout. Redressant un peu son dos et laissant sa jambe retomber à côté de l'autre, pendouillant à nouveau dans le vide, elle le toisa un instant. « Et toi, pourquoi est-ce que ce genre de quartier te paraît familier ? C'est ici que tu as grandi ? » Et la voilà fidèle à ce qu'elle pensait, un peu plus tôt, et à cette envie de gratter la surface pour pouvoir en savoir un peu plus sur cette personne qui lui faisait face.

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Message· · Sujet: Re: i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) EmptyJeu 1 Aoû - 9:43

Parfois, sans y penser vraiment, Jax projetait un peu de sa sœur dans cette inconnue. Elles ne se ressemblaient pas, ce n’était même pas une question d’âge puisque Skylar approchait à peine de la vingtaine. Mais il avait le pressentiment que la demoiselle qui lui faisait face en avait bavé et le moins que l’on puisse dire, c’était que Skylar en avait bavé, elle aussi. A grandir avec l’ombre d’un frère, le fantôme d’une mère, le danger d’un père et puis lui, Jax, qui l’avait lâchement abandonnée, chose qu’il ne se pardonnerait jamais. Il n’était d’ailleurs pas certain que sa sœur lui pardonne un jour, même s’il tentait sa chance. Le problème, c’était que Jax n’avait aucune idée de comment s’y prendre pour enterrer la hache de guerre, pour gagner sa confiance à nouveau, pour raccommoder un lien déchiré depuis des années. Skylar lui manquait, pourtant, et aujourd’hui plus que jamais, il aspirait à réparer ce qui pouvait l’être. Sa vie semblait s’améliorer nettement depuis plusieurs mois et il voulait que sa cadette fasse partie de cette nouvelle existence stable. La mort de leur père jouait sans doute un peu dans ce désir encore inexprimé. Son décès accidentel lors de la tempête qui avait frappé Windmont Bay en septembre dernier avait ôté un poids considérable du cœur du jeune homme – un poids qu’il n’imaginait même pas encore peser sur lui. Il avait cru qu’en s’émancipant, qu’en trouvant un job où il n’était pas sous la coupe de son tyran de père, qu’en se trouvant un logement à lui, il échapperait pour de bon à l’ascendance qu’avait l’homme rustre sur eux. Mais il avait fallu qu’il soit rayé de cette planète pour que Jax réalise qu’il retenait encore son souffle, pour qu’il découvre ce que c’était de réellement respirer, sans redouter qu’un démon vienne l’abattre d’un coup de massue. Et l’intrusion de Brandon Rose dans sa vie n’avait fait qu’accentuer cette légèreté qui lui manquait cruellement auparavant. Jax Beauchamp pensait être une âme damnée, vouée à subir son quotidien sans chaleur, jusqu’à ce que le garçon s’immisce dans sa vie et lui fasse expérimenter les aléas de l’amour – les bons moments, les merveilleux instants, mais aussi la douleur, le chagrin. Jax n’aurait pas effacé la souffrance de l’automne passé si on le lui avait proposé. Ça faisait partie de son histoire avec Bran, après tout, et ils ne pourraient pas en être à cette phase de communion totale s’il n’y avait eu la perte et le manque. Un autre que Bran n’était jamais parvenu à se glisser entre les fentes étroites de son cœur. Aucun des hommes avec qui il avait eu des relations dans cette ruelle même n’avait alimenté ce feu ardent qui lui réchauffait la poitrine. Alors ça valait la peine d’avoir attendu, de s’être morfondu, et il n’en savourait que plus pleinement ce retour à la béatitude de l’été passé.
Mais il n’était pas question de Bran, ce soir. Il n’était même peut-être pas vraiment question de Skylar, Jax n’en savait rien. Au fil des rencontres, il avait l’impression que sa sœur s’était réduite à un prétexte pour approcher cette fille étrange qui surveillait le monde comme un chat méfiant, prête à bondir au moindre danger. Les nouvelles de sa sœur étaient bien sûr les bienvenues, mais elles ne l’aidaient guère à se rapprocher de celle-ci, elles ne reconstruisaient pas le pont éboulé qui caractérisait leur relation conflictuelle. Skylar et lui ne se comprenaient pas, ne se comprenaient plus. Ne s’étaient même peut-être jamais vraiment compris. Après tout, ils avaient beau avoir eu le même père, la même mère, ils avaient vécu leur enfance écartés l’un de l’autre, sans doute à cause de la différence d’âge, mais pas seulement. Il savait qu’il n’y avait pas que ça. Il savait l’ombre qui planait, cette culpabilité qui l’empoisonnait et qui l’empêchait de regarder Skylar sans voir un autre visage.
Un rire secoua Jax qui approuva sa remarque. Un budget de merde, ouais, comme le leur, sans doute. Quand on ne roulait pas sur l’or, on se satisfaisait de pas grand-chose, non ?
- Si seulement il avait été absent…, répondit Jax avec une grimace amère.
Et à chier était un euphémisme mais peut-être que son père ne serait pas devenu ce qu’il était devenu s’il n’y avait pas eu les événements dans l’Arkansas, là d’où étaient originaires les Beauchamp. S’il n’y avait pas eu l’incident, son père ne se serait-il pas mis à boire ? Aurait-il été un mari aimant, un homme modèle ? La simple hypothèse donnait envie de rire à Jax. Bien sûr que non. Cela avait sans doute précipité les choses mais son père n’était pas un homme bon. Tôt ou tard, il aurait déversé sa haine sur les autres, il avait juste fallu que Jax l’y pousse, d’une certaine façon, en se rendant coupable et objet direct de son mépris. Combien de fois n’avait-il pas entendu dire que ça aurait dû être lui qui aurait dû mourir ? Que Beauchamp senior aurait échangé sa vie sans la moindre hésitation ? Pour ramener qui ? avait eu envie de demander Jax, sans parvenir à en trouver le courage. Sa mère ? Ou son fils adoré ?
- C’est pas grave. Ce n’est pas comme si c’était un choc de l’apprendre, de toute manière…
Jax haussa une épaule et tira sur sa cigarette, l’air pensif, l’œil perdu dans une contemplation aveugle du perchoir de son interlocutrice, dont la silhouette était devenue floue. Il lui fallut battre des paupières pour sortir de sa transe et reporter son attention sur Billie, qu’il considéra en silence, sans vraiment savoir quoi penser de son insinuation. Après tout, si l’on se disait qu’il pouvait passer pour un mauvais garçon, alors qu’il ne se considérait pas comme tel, qui lui disaient que les autres l’étaient ? A force de trainer avec Trent et Jack, il en était venu à juger les mecs qui lui ressemblaient davantage que ses meilleurs amis, c’était le monde à l’envers.
Il ne fut pas certain que sa réponse invite à un interrogatoire plus poussé, mais ça n’empêcha pas le jeune Beauchamp de l’observer en se demandant quelle était sa vie et pourquoi elle dégageait une telle solitude. Jax réceptionna le paquet de cigarettes et le rangea avant de répondre :
- Je vivais à deux rues d’ici, ouais, dit-il en désignant vaguement une direction, sur sa droite. C’est ici que je trainais quand je ne voulais pas rentrer. Que je me cachais, aurait dit mon père. C’était de toutes façons mieux que de baisser la tête à chaque fois qu’il faisait la gueule…
A attendre les coups, faillit-il ajouter. Parce qu’ils venaient invariablement, les coups de poings, les doigts qui serraient trop fort son bras, les remarques assassines, dégoulinantes de mépris et de haine. Plus son père avait bu, plus Jax le craignait. Mais c’était fini, tout ça, se dit-il pour défaire le nœud qui s’était formé dans son ventre à l’évocation de son géniteur. Skylar n’en dirait sûrement pas autant et pouvait-il l’en blâmer ? S’il n’avait pas porté un t-shirt, Billie aurait pu se faire une idée du type d’enfance que les Beauchamp avaient eue. Elle aurait vu les cicatrices, les brûlures, les traces laissées par la colère et l’amertume de son père.
- T’es pas du coin, du coup ? s’enquit-il, voyant dans sa question une ouverture.
Parce qu’il ne pouvait nier qu’elle l’intriguait, son informatrice personnelle, et qu’il n’éprouvait étrangement aucune réticence à évoquer son chaos familial avec elle.

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Message· · Sujet: Re: i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) EmptyDim 4 Aoû - 17:37

Elle n'expliquait pas cette sorte de fascination étrange qu'elle avait pour Jax. Pour celui qui lui avait semblait si semblable à ce qu'elle était, et qui aujourd'hui lui paraissait pourtant nettement différent. Qui réussissait à faire grandir en elle une jalousie qu'elle n'avait jamais vraiment ressentie auparavant, et qui faisait naître dans le même temps une certaine culpabilité à l'éprouver de cette façon. Billie ne devrait pas être jalouse de son bonheur. Elle devrait plutôt tenter de se battre pour pouvoir recréer le sien, dans une atmosphère plus saine et plus classique que la façon dont elle avait essayé de le faire grandir lorsque son chemin avait croisé celui de Malcolm, six ou sept ans auparavant ; c'était étrange, de ne pas se souvenir de la durée exacte écoulée depuis leur rencontre, non ? Il avait su la rendre heureuse. Lui avait promis monts et merveilles, lui avait soufflé qu'elle était belle, qu'elle valait la peine qu'il mette en péril l'équilibre de sa vie, fragilisé par la présence de la blonde, en orbite autour de son monde. Malcolm avait, avec ses mots et ses gestes, donné à Billie la sensation d'être au moins un peu importante. Dans cette façon qu'il avait de vouloir la retrouver lorsque la voie était libre, de louer un hôtel, le plus souvent, pour leur permettre de trouver cette intimité qui semblait alors à la jeune fille, à l'aube de sa vingtaine, quelque chose de normal. Bien sûr, elle avait ressenti la culpabilité à l'idée de faire souffrir une autre femme, si cette dernière venait à le découvrir. Bien sûr, elle s'était souvent dit qu'elle ferait mieux de mettre un terme à ce jeu dangereux qu'ils avaient tous les deux. Mais Malcolm Durward tenait entre ses mains ce que Billie cherchait à saisir, peut-être même au-delà de l'argent qu'il lui prêtait pour lui permettre de se mettre sur les rails d'une vie plus confortable. Il avait fait miroiter devant ses grands yeux bleus la possibilité de quelque chose de mieux que ce qu'elle avait, avec lui à ses côtés, et sans doute était-ce pour toutes ces raisons qu'elle savait qu'elle aurait pu tomber sincèrement amoureuse de lui, s'ils avaient eu plus de temps. Mais la clef de ce petit bonheur passé n'évoquait désormais en elle que les mauvais souvenirs de quatre années passées, privée de sa liberté, alors même qu'elle avait encore parfois l'impression de ne pas l'avoir retrouvée réellement. Du haut de son perchoir, alors, elle continua de détailler Jax, dont le rire provoqua un petit sourire sur le visage de la blonde ; fait suffisamment rare pour valoir la peine d'être soulevé. Fronçant le bout du nez à la réponse du garçon, elle l'observa. « Mh, à chier du coup. » Sans aller plus loin dans ses interrogations, elle dressa un constat qui lui semblait évident et était peut-être un peu désagréable pour celui dont elle ne savait plus trop situer la place autour d'elle. Inconnu ? Plus vraiment inconnu ? Presque connaissance ? Ami, peut-être, un jour. Elle repassait dans son esprit les souvenirs de sa sœur et de l'homme qui l'accompagnait, plus vieux qu'elle à n'en pas douter, alors qu'elle cherchait dans le visage imprimé de l'adolescente des similitudes avec celui de son frère, l'esprit un peu ailleurs, avant de lâcher une maladresse. C'était une sale manie, de parler avant de laisser à son cerveau le temps d'analyser ce qu'elle s'apprêtait à dire, elle en avait conscience. Une petite moue sur le visage, elle afficha une mine désolée et soupira légèrement. « Si ça peut te rassurer, je pense que toutes les filles passent par une phase où elles tombent pour la mauvaise personne. » Pour elle, était-ce Malcolm ? Ou Peter, son ex du lycée qui avait réussi à blesser son ego plus que son cœur lorsqu'il l'avait trompée avec sa meilleure amie ? Ah, c'était d'un cliché, elle trouverait presque la situation risible aujourd'hui en se rappelant des litres de larmes qu'elle avait dû pleurer en l'apprenant, rougissant son teint de poupée. Hochant lentement la tête aux informations qu'il partagea avec elle, elle lui prêta une attention particulière et garda en tête ces petits bouts du puzzle qu'était Jax Beauchamp et qu'elle tentait de former correctement, pour réunir les informations qui lui permettraient de le connaître et, au choix, intensifieraient cette petite fascination, ou l'atténuerait. Redressant son dos vers la fin de sa réponse, elle l'observa avec un peu plus d'intensité. « Il était violent. » Là n'était pas une question mais un constat, une évidence qu'elle tirait des paroles qu'il venait de prononcer. C'était donc ça, l'une des dures épreuves qu'il avait eu à surmonter. Savoir gérer un parent violent, elle ne savait pas vraiment ce que c'était. Son enfance, malgré quelques problèmes d'argent, n'avait jamais été problématique pour Billie. Ses parents, ses sœurs, tous étaient unis, et elle avait cru pendant des années que les choses resteraient inchangées. À croire qu'une condamnation à mort pouvait bousculer l'équilibre familial, et justifier qu'elle ne se soit plus sentie à sa place parmi eux dès lors qu'elle avait mis les pieds hors de prison. Un petit soupir lui échappa alors qu'elle noua ses doigts entre eux, entre ses genoux. « Je suis désolée pour vous, ça craint que vous soyez passés par ça. » Elle n'était pas une grande fan des contacts physiques. Se sentir physiquement proche de quelqu'un lui inspirait un rejet plus gros encore que l'idée d'une proximité émotionnelle, mais sans doute aurait-elle cherché à offrir une étreinte à Jax s'il en avait été autrement. À la place, elle resta sur son muret, ses talons tapant discrètement contre le matériau alors que le sujet dérivait vers elle et faisait naître une légère pointe d'anxiété dans le creux de son ventre. « Non. Je viens de Renton, près de Seattle. Je suis arrivée quelque temps avant qu'on ne se rencontre. » Elle haussa les épaules, parce qu'il ne connaissait probablement pas. La plupart des gens ne situaient pas vraiment la petite ville sur la carte, quand elle acceptait de dire d'où elle venait, et ça n'était pas le genre de chose qui tendait à la déranger, en soi. Comme une bombe sur le point d'exploser, elle relança une question en direction de Jax pour ne pas que la conversation reste uniquement fixée sur elle, et pour tenter de gratter un peu plus encore et découvrir ce qu'il ne montrait pas au premier abord. « T'as grandi ici, à Windmont Bay ? » Elle se pencha légèrement en avant, vers lui, sans démêler ses doigts.

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Jax Beauchamp

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Message· · Sujet: Re: i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) EmptyMer 7 Aoû - 19:14

Il y avait des sujets qu'on n'abordait pas, chez les Beauchamp. Beaucoup. Enormément. C'était même à se demander ce dont cette famille avait pu discuter, tant les seuls échos qui s'échappaient de leur appartement étaient ceux d'un silence pesant ou des cris - les vociférations du père, les suppliques de la mère, les plaintes de la fille et, parfois, les grondements du fils. Il arrivait à Jax de se demander ce qu'il en aurait été s'il avait élevé la voix plus souvent, s'il avait tenu tête à son géniteur, s'il ne s'était pas contenté de courber l'échine en attendant que la tempête passe. Mais passait-elle jamais? Elle se calmait, s'atténuait au point de faire croire qu'une trêve était venue apaiser l'ambiance. Mais ce n'était qu'un leurre, une illusion, aucune des victimes ne tombaient véritablement dans le panneau, bien que l'espoir soit là, ténu mais tenace. L'un des sujets soigneusement passés sous silence, évidemment, était l'Arkansas et tout ce qui y était lié. Le mutisme sur ce point était tel que Jax n'en avait même jamais parlé à quiconque à Windmont Bay. Ni à Trent, ni à Jack. Ni à Bran. C'était un secret scellé et il avait parfois l'impression d'en être le dernier gardien, bien que Skylar le connaisse elle aussi, même si elle était une enfant à l'époque. Comme elle n'abordait jamais ses souvenirs, ni avec lui, ni avec sa mère à l'époque, pour ce qu'il en savait, il se demandait ce qui l'avait marqué, ce qui s'était dissout dans sa mémoire de gamine. Sa mère, en tout cas, se renfermait sur elle-même dès lors que la plus petite allusion, même extrêmement détournée, y était faite. C'était une femme discrète, façonnée de trop de tendresse, de trop de chagrin, et qui avait agonisé dans l'humilité la plus totale. De toute façon, même si Jax l'avait voulu, il n'aurait jamais eu le courage d'aborder l'Arkansas avec elle, tant il craignait de voir la douleur affluer dans ses yeux clairs et après... après il était trop tard, elle s'était éteinte dans l'anonymat presque complet, comme si sa vie n'avait tenu à rien, comme si elle n'avait jamais réellement existé si ce n'est pour leur donner naissance. Jusqu'à Bran, Jax avait inconsciemment redouté de finir comme elle: seul, dans le dénuement le plus complet, sans avoir rien fait de notable dans sa vie et de sombrer dans l'oubli dès que la poignée de gens qu'il connaissait aurait fait son deuil de lui. Au moins pouvait-il compter sur ses meilleurs amis, s'était-il dit, là où sa mère n'avait pas de véritable amie à qui se confier. Souvent, Jax avait même l'impression d'avoir vécu avec une étrangère, un être si transparent qu'il avait été incapable de savoir qui elle était réellement. Et c'était sans doute ce qui lui déchirait le plus l'âme.
A chier était donc un euphémisme pour caractériser son père mais Jax n'appuya pas sa remarque. A quoi bon revenir là-dessus? Le mec était mort, il avait fait souffrir sa famille toute sa vie et n'avait manqué à personne lorsqu'il s'était tué accidentellement. Au contraire, sa mort avait sûrement dû apaiser les derniers survivants du massacre, qui pansaient leurs plaies chacun à leur manière: Jax en cherchant maladroitement le bonheur (et en l'ayant contre toute attente trouvé), Skylar en étant Skylar, sans qu'il sache ce que ça pouvait vouloir dire. Sa soeur avait sûrement sa façon à elle de gérer sa vie, maintenant qu'elle était libérée du joug paternel. Quant à sa mère, elle n'avait pas eu la même relation que Jax avec elle. Elle n'avait que huit ans quand celle-ci s'était éteinte, épuisée par sa bataille contre la maladie. Jax n'évoquait jamais son père que sous couvert de monosyllabes. Il n'aimait pas convoquer la terreur qu'il lui avait inspiré, l'humiliation qu'il lui avait infligée, la culpabilité dont il l'avait assiégé, comme si Jax avait besoin de lui pour se ratatiner de douleur. Alors il préférait laisser son géniteur où il était (avant, au bar ou quelque sombre endroit où il cuvait; maintenant, sûrement décomposé, bouffé par la vermine, six pieds sous terre). Et pourtant, il n'en avait jamais parlé aussi calmement qu'il le faisait à présent avec la demoiselle qu'il ne connaissait finalement presque pas.
Alors pourquoi laisser l'ombre funeste de son père s'incruster dans leur échange? Etait-ce uniquement parce qu'il était question de Skylar, bousillée par ses parents incompétents, abandonnée lâchement par son frère? Ou était-ce parce qu'il fallait qu'il apprenne à le faire afin d'espérer un jour se défaire de ce fardeau qui le hantait, de l'aura malfaisante qui le poursuivait encore, malgré tout, inconconsciemment, bien après que celui qui en était l'auteur eut été rayé de la surface de la planète? Jax n'en savait rien, il savait juste que c'était moins compliqué de faire allusion à son père en présence de Billie qu'avec n'importe qui de son entourage plus proche.
- Mmh, ça me rassure pas vraiment, répliqua Jax avec un roulement imperceptible des épaules. Pourquoi, d'ailleurs?
Sa mère avait eu le même syndrôme. Manque de bol pour elle, elle s'était enchainée à son fléau et était décédée, toujours mariée à lui, mais plus seule que jamais. N'aurait-elle pas mieux fait de tomber sur un gentil garçon qui aurait pris soin d'elle comme elle le méritait? Mais, dans ce cas, ni lui ni Skylar ne serait là, et même si cette idée lui pinça le coeur, il se dit que parfois, il aurait préféré ne pas naître et savoir sa mère heureuse que de connaitre le destin solitaire qui lui avait été réservé - et dont chaque Beauchamp avait hérité, semble-t-il. Mais toutes les familles avaient leurs travers et leurs drames, Jax le savait. Il ne pouvait qu'écoper de ceux de la sienne et tenter de vivre avec eux.
Jax frissonna au constat de Billie et, vu comme cela, ça paraissait si simple. Parfois il aurait aimé que ça se résume à la violence physique, ça laissait des marques visibles, mais c'était plus gérable que les brûlures mentales, que les coups de poignards incessants que pouvaient être ses mots. Et pour frapper là où ça faisait mal, son père était un as. Il se contenta d'un haussement d'épaules et d'un vague hochement de la tête pour confirmer, mais n'émit pas le moindre son pour appuyer ses dires. Quant au fait qu'elle soit désolée pour eux, cela parut presque incongru à l'ouvrier, qui n'avait jamais entendu quiconque exprimer de tels sentiments. Il se mordit la lèvre inférieure en la dévisageant, triturant nerveusement le bout de sa cigarette, de sorte qu'à chaque pichenette, une bouffée de cendres s'en échappait et voletait à ses pieds.
- C'est le passé. Il est mort maintenant, répondit simplement Jax, en songeant que sa mère l'était aussi et que Skylar et lui étaient désormais des orphelins, qu'ils étaient tout ce qu'il restait de leur famille et que même ça ne semblait pas avoir survécu - par sa faute, sans doute.
Ce fut un certain soulagement de diriger l'attention sur elle. Il se surprenait de plus en plus à éprouver une certaine curiosité à son sujet - non pas malsaine, mais comme s'il reconnaissait une âme semblable à la sienne, ce qui paraissait absurde pour le mec terre-à-terre qu'il était. Il ne s'intéressait pas beaucoup aux autres parce qu'il n'était pas doué pour entretenir des liens. C'était pour ça qu'il avait si peu d'amis, qu'il se bornait à des relations superficielles (au boulot, par exemple, il ne lui arrivait jamais d'aller boire un verre avec l'un de ses collègues ou de prendre des nouvelles de ceux-ci; ou encore avec ses voisins à qui il n'adressait la parole que contraint et forcé). Alors pourquoi cherchait-il à tirer le rideau sur cette fille qui avait débarqué dans sa vie sans prévenir, sans raison particulière? Elle n'était pas là et puis elle était là, s'imprimant dans sa vie, d'abord en filigrane, sous le couvert d'un espionnage bienveillant, puis en prenant un peu plus de substance à chacune de leurs rencontres. Et pour cause, puisqu'elle lui apprit qu'elle n'était arrivée à Windmont Bay que peu de temps avant que leurs routes se croisent. Quelque chose devait les avoir poussés l'un vers l'autre dans ce cas, non? Pour qu'une nouvelle venue s'immisce dans sa vie, lui qui n'avait plus vraiment fait de rencontres depuis une éternité, se cantonnant à son cercle fermé d'amis - et son amoureux.
- T'avais besoin de changer d'air? Ou tu as de la famille dans le coin? demanda-t-il, sans savoir comment l'interroger sans avoir l'air de se mêler de choses qui ne le regardaient pas - mais comme elle lui posait naturellement des questions, il se sentit moins gêné de le faire également. En partie... Je suis arrivé quand j'avais onze ans.
Il avait finalement passé plus de temps à Windmont Bay que dans sa ville natale en Arkansas. Pourtant, il avait l'impression que l'Oregon serait toujours une terre d'exil, d'asile. Un refuge après l'horreur - bien que l'horreur les ai suivi avec leur père.
- C'est plutôt calme, comme coin. Si on fait abstraction des enlèvements de l'année dernière ou les incendies de cette année.
Un drôle de sourire lui écorcha les lèvres, un peu railleur, un peu incrédule, et il glissa la cigarette entre ses lèvres avant de traverser la ruelle pour grimper sur le muret et s'asseoir à côté de son interlocutrice - pas trop près, une bonne quizaine de centimètres les séparant. Jax récupéra sa clope et la fit pensivement tourner entre ses doigts, les sourcils légèrement froncés.
- T'es pas obligée de faire ça pour moi, tu sais? Garder un oeil sur ma soeur, je veux dire. Enfin, ça doit pas être la raison pour laquelle on se parle. Même si ça me rassure d'avoir des nouvelles, même celles-là, lui souffla Jax, sans trop savoir comment formuler sa pensée.
Elle n'était déjà pas très claire dans sa tête, alors comment pouvait-il la mettre en mots, lui qui avait toujours eu des difficultés à exprimer ses émotions? Tout ce que Jax voulait lui offrir, c'était son amitié. Sans contrepartie.

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Message· · Sujet: Re: i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) EmptyLun 9 Sep - 20:51

Billie avait pris cette habitude de tenter de tenir les gens à distance. Parce que son malheur s'était indirectement créé à partir de la présence puis de la disparition de quelqu'un dans sa vie, qui avait pris une importance suffisante pour qu'elle s'en retrouve détruite de plusieurs façons, elle se sentait comme si laisser entrer quelqu'un de nouveau dans son existence n'aurait pas grand-chose de bon. Mais elle n'était qu'humaine ; était-on réellement capable de vivre sans aucun contact avec les autres ? Sans doute pas. Même en prison, Billie avait noué quelques liens. Superficiels pour la plupart, elle ne s'inquiétait plus du sort des personnes qu'elle avait rencontrées dans ses quatre années de marginalité dans la quasi-totalité, mais elles avaient quand même été là, et ce simple fait avait su l'aider parfois. Dans sa sphère gravitaient alors des gens et d'autres, avec qui elle se refusait toujours le luxe de pouvoir se montrer trop proche d'eux. Elle avait Luca, qui veillait sur elle, qui se montrait présent et gardait une main tendue dans sa direction, mais qu'elle tentait de garder dans la case « avocat », parce qu'on ne sait jamais ; les amis peuvent faire du mal aussi, après tout, et elle n'était pas certaine de savoir se remettre d'une autre blessure. Elle faisait la même chose avec Angel, se rapprochant petit à petit de lui, créant une connexion avec le garçon tout en se sentant parfois effrayée par l'impulsivité dont il pouvait faire preuve et qui, par conséquent, était capable de se retourner contre elle. Plus proche de lui que de Sandrini, elle se retrouvait malgré tout à se demander, par moments, si c'était là une bonne idée de faire tant de pas vers quelqu'un. Elle avait oublié quoi attendre des autres, comment le faire, et quelles étaient les limites à avoir. Jusqu'où elle pouvait les laisser venir à elle, avant de prendre le risque de regretter son choix et de ne s'en voir que plus déçue qu'elle ne l'aurait été de base. Comme avec Sören. Est-ce qu'emménager avec lui était une bonne idée, dans le fond ? Comment les choses évolueraient ? Est-ce qu'elle finirait par se retrouver sans taf et sans toit pour une raison x ou y ? Beaucoup de questions se bousculaient dans son esprit et Billie, face à Jax, continuaient de se les poser. Suivre la route où pouvait l'emmener cette curiosité étrange qu'elle avait envers le garçon était-elle une idée réellement bonne ? Elle n'en était pas sûre, mais elle continuait pourtant à aller dans ce sens, à essayer d'en savoir plus sur ce garçon qui lui semblait si proche de ce qu'elle pouvait être. Nul doute n'était permis quant au fait qu'il ait traversé des passes difficiles dans sa vie, comme elle avait pu l'expérimenter elle-même, et ce simple fait, celui de ressentir ça à son propos, permettait de la mettre un peu plus en confiance avec lui qu'avec d'autres. À la question qu'il lui envoya, elle haussa simplement les épaules. Avait-elle une réponse préconçue ? Devait-elle partir dans des débats philosophico-psychologiques pour chercher à comprendre le pourquoi du comment elles étaient parfois assez connes pour se laisser tomber pour l'homme ou la femme qui parviendrait à leur faire du mal ? Billie s'était sentie pousser des ailes, jusqu'à ce qu'on lui arrache après 1) la découverte d'un corps sans vie, 2) la sentence tombée sur sa tête plutôt que sur celle du véritable coupable. Elle soupira un peu, une moue tordant ses traits. « Je ne sais pas. Si j'avais la réponse, j'aurais fait en sorte d'éviter de m'embourber dans un merdier. » Elle marqua une pause d'une fraction de seconde, avant de secouer un peu la tête. « Je dis ça, mais je ne suis même pas sûre que celui auquel je pense soit vraiment la mauvaise personne. » Malcolm n'était pas un homme parfait. Ses principes étaient à chier : le fait qu'il trompait sa femme depuis deux ans avec une minette de vingt ans le prouvait sans mal, non ? Elle ne savait pas non plus s'il faisait si bien son travail que ce que les gens disaient de lui. Elle ne connaissait de lui que ce qu'il lui montrait, mais elle ne parvenait pas à se dresser une image réellement mauvaise de l'homme dont elle avait été responsable de l'adultère. Il n'était pas parfait, clairement pas, mais cela faisait-il de lui quelqu'un de mauvais ? De son vivant, il lui prodiguait son aide. Son attention. Une douceur qu'elle ne trouvait pas toujours ailleurs. Les circonstances avaient été mauvaises, pas nécessairement l'homme. « Peut-être que c'est une envie plus ou moins consciente de trouver quelqu'un pour nous sauver qui fait qu'on se laisse avoir. Mais je suppose que si j'évoquais cette idée avec quelqu'un d'autre que toi, je m'attirerais des foudres féministes sur le coin du nez. » Mais il n'y avait dans son idée rien d'antiféministe. Simplement un constat humain, quant au fait que tout à chacun, à un moment donné, a ce besoin de se voir sauver par quelqu'un d'autre. Peut-être que lui aussi avait eu besoin de ça à un moment ? Elle avait envie de lui demander qui est-ce qui avait su le sauver, comment il avait réussi à trouver cet autre salvateur qu'elle cherchait encore de son côté – tout en se convainquant de ne jamais se lier de trop près à quelqu'un –, s'il y avait une recette miracle pour y parvenir... mais elle se doutait fortement que non. Quand il balaya le sujet de son père d'une simple remarque, Billie préféra ne pas insister. Elle respectait son désir de ne pas s'étendre plus sur des souvenirs douloureux, comprenait le besoin de ne pas le faire, alors ne chercha-t-elle pas plus loin à saisir plus de détails sur cette histoire pour l'instant, pour ne pas créer un malaise qu'elle ne désirait pas voir naître entre eux. Remontant un genou contre sa poitrine, son menton posé dessus, elle s'offrit le luxe de se perdre un instant dans ses pensées, cherchant à comprendre d'elle-même les subtilités qui faisaient du garçon ce qu'il était, sans avoir à besoin de mettre des mots sur ses interrogations. Le fait que le sujet de la conversation dérive vers elle fut cependant suffisant pour lui remettre les pieds sur terre et, retrouvant une position plus conventionnelle, redressant son dos à la recherche d'une contenance qui lui manquait, puis elle secoua un peu la tête. « J'avais besoin de m'éloigner de ma famille. » Dans sa tête, ça sonnait un peu cliché de dire les choses comme ça. Tout à chacun avait besoin à un moment donné de mettre de la distance avec ses proches, non ? Se doutant qu'elle ne donnait pas suffisamment de réponse à Jax, elle soupira doucement et se passa une main dans ses longues mèches blondes avant de hausser les épaules. « Il m'est arrivé quelque chose qui a bouleversé toute la famille. Quand je suis rentrée à la maison, j'avais l'impression que plus personne ne me croyait et que je bousculais trop l'équilibre qu'ils avaient recréé sans moi. Ça m'a étouffé, et j'ai atterri ici. » Elle n'était pas très sûre de vouloir rentrer dans les détails. Le récit de son incarcération restait un sujet sensible pour Billie, qu'elle n'était pas certaine d'être prête à partager totalement. La plaie était encore béante, sans doute infectée, et elle tentait de la laisser se refermer, en se disant qu'elle n'y arriverait sans doute jamais totalement. Tout avait changé, et l'incapacité de retrouver l'équilibre qu'elle avait avant tout ça le lui rappelait chaque jour. Et puis... elle n'était pas certaine non plus que Jax ait envie de connaître tout ça, non plus. « C'est pas étouffant, de passer autant de temps dans une si petite ville ? » En sentant les regards glisser sur elles dans la rue, elle parvenait à ressentir une oppression dont elle ne se défaisait pas. Bien sûr, son passé devait jouer dans la façon dont les gens la percevaient et la regardaient. Mais malgré tout, quelque chose lui disait que ça n'était pas évident non plus sur le long terme, quand la moindre chose d'une existence pouvait être connue de toute une ville, aussi petit puisse-t-elle être. « Le calme pousse les gens à parler et à s'intéresser à ce qui ne les regarde pas. » fut son seul commentaire sur l'affirmation de Jax quant à l'endroit où ils se retrouvaient tous les deux à vivre. Elle critiquait ce qu'elle était venue chercher, oui, mais le faisait parce qu'elle savait qu'elle n'obtenait pas ce qu'elle voulait vraiment. Billie espérait un calme pour elle, et quelque chose lui disait qu'elle l'aurait sans doute plus facilement trouvé si elle s'était retrouvée dans une grande ville, que dans une petite bourgade paumée et un peu trop avide de ragots. En le voyant se rapprocher d'elle, son corps se crispa un peu. La proximité physique la gênait toujours, et ça n'est que lorsqu'elle constata la distance qu'il avait gardée entre eux qu'elle sentit ses muscles se détendre légèrement. La blonde observa ses mouvements, avant que le son de sa voix ne transperce à nouveau le silence alentour, lui faisant légèrement arquer les sourcils alors qu'elle tentait de comprendre où il voulait en venir. Offrait-il qu'ils se voient pour autre chose que les comptes rendus sur Skylar ? Billie s'humecta un instant les lèvres, avant de demander. « Pour quelles autres raisons tu voudrais qu'on se voit ? » Peut-être ne le prendrait-il pas dans le sens qu'elle voulait... Il n'y avait aucune animosité ou aucun rejet dans sa réponse. Juste une curiosité véritable, et peut-être un peu d'envie aussi.

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Message· · Sujet: Re: i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) i understood loneliness before i knew what it was. (j/b) EmptyDim 22 Sep - 17:40

Jax le savait: il n’avait jamais été très douée avec les filles et ça n’avait rien à voir avec le fait qu’il leur préférait les garçons. Etait-ce une conséquence malheureuse du modèle qu’il avait eu chez lui? Sa mère avait été une femme effacée, solitaire, tendre mais incapable d’exprimer ses propres sentiments. Elle abondait toujours dans le sens des autres, comme si se conformer à ce qu’ils attendaient lui facilitait les choses ou lui évitait un quelconque embarras. Jax avait aimé sa mère mais il avait parfois l’impression de n’avoir jamais su qui elle était réellement. Quant à Skylar, leur différence d’âge n’avait pas facilité leur lien et la désertion de Jax n’avait fait qu’enfoncer le dernier clou du cercueil de leur relation. Même avant qu’il s’en aille, il avait la sensation que Skylar menait sa vie comme elle l’entendait et il n’y avait pas plus sa place qu’elle dans la vie de son frère. C’était dommage et triste à avouer mais c’était comme ça, Jax ne voyait pas trop comment y remédier. Il y avait Vesper, aussi, qu’il pensait pouvoir considérer comme son amie mais là aussi, une sorte de fossé les tenait à l’écart et s’il était aisé de passer un moment silencieux en sa compagnie, partager ce qui les taraudait était une autre affaire. Il s’entendait bien avec Iris, mais il éprouvait une certaine gêne à la côtoyer alors qu’il connaissait les tourments amoureux de son meilleur ami. Et puis il y aviat Billie, sortie de nulle part, qui lui donnait le sentiment d’être plus proche, bien qu’il ignore totalement d’où venait celui-ci. Il ne savait pas pourquoi ni comment elle avait réussi à prendre cette place, ou du moins, il ne voulait pas croire que c’était uniquement parce qu’elle gardait un oeil sur Skylar. Mais peut-être qu’il se fourvoyait complètement et peut-être qu’aujourd’hui, il était tenté de creuser ou de tirer sur ce fil invisible pour voir s’il menait quelque part ou s’il devait considérer que cette relation était une étrange transaction, rien de plus - et dans ce cas, il n’avait aucune idée de ce que Billie en retirait. Peut-être qu’elle le faisait uniquement par bonté d’âme, ou parce qu’elle s’ennuyait, ou parce qu’elle se retrouvait davantage en Skylar qu’en son frère, les possibilités étaient sans doute infinies et il aurait fallu être dans la tête de la jolie blonde pour le savoir. A moins que Jax parvienne à entrouvrir la porte un peu plus grand pour mieux voir à l’intérieur, pour y voir plus clair.
La réponse de la jeune femme le laissa perplexe et il ne chercha même pas à le cacher, un point d’interrogation dansant dans son regard, ses sourcils légèrement froncés. Pourtant, il n’osa pas demander plus de détails à voix haute, conscient qu’elle n’avait sans doute pas envie d’évoquer une relation douloureuse et une situation qui l’avait peut-être été tout autant. Il jugea que si la demoiselle désirait s’épancher un peu plus, elle le ferait d’elle-même, il ne risquerait pas de la voir battre en retraite à cause d’une question mal posée ou d’une intention incomprise.
- Pour être sauvée? Et c’est ce genre de types qui inspire cette envie?
Jax ne comprenait pas. Il reporta la situation sur sa mère et se demanda si elle aussi avait souhaité être sauvée et si elle avait vraiment cru que quelqu’un comme son père y parviendrait. Mais peut-être que son père avait montré un autre visage, avant de devenir le tyran qui déchirait sa propre famille. Jax avait du mal à se le figurer mais après tout, il n’était pas né à l’époque, il n’avait aucune idée de ce qui avait lié ses parents avant la venue de leurs enfants. Quant à Skylar, n’y avait-il pas une forme de reproduction du schéma familial? Ne cherchait-elle pas le danger en se frottant à des gars peu recommandables? N’aurait-elle pas dû chercher l’exact opposé? Un garçon bien? Qui la traiterait dignement et ne la réduirait pas à l’enfant sauvage et apeurée qu’elle avait été à cause de leur père?
Pas un instant, il ne lui vint à l’esprit que lui aussi avait voulu être sauvé - de la solitude, de l’errance - et qu’il l’avait été, en un sens, le jour où son monde était entré en collision avec celui de Bran. Mais l’impudent pouvait-il en dire autant? Jax en aurait douté. Après tout, avant que le fils du jardinier ne vienne foutre le bordel dans sa vie, il avait une existence rêvée: une famille, une petite amie, de l’argent, un avenir prometteur. Et que lui restait-il de tout cela aujourd’hui?
Billie répondit à sa question et Jax hocha simplement la tête, pour signifier qu’il comprenait le besoin. Il avait eu besoin de s’en éloigner, lui aussi, pour commencer à vivre, même s’il éprouverait à jamais la culpabilité de ne pas avoir emmené sa soeur avec lui. Les choses auraient sans doute été encore plus compliquées à gérer mais au moins ne l’aurait-il pas laissée entre les mains de leur père. Mais l’ouvrier s’était convaincu qu’il n’arriverait pas à lui offrir mieux, et qu’elle était mineure, que son père, juste pour le contrecarrer, trouverait un moyen de la récupérer. Jax s’était trouvé un million d’excuses mais aucune n’avait fait fuir le malaise qu’il ressentait et qui le suivrait partout. Il se demanda un instant si Billie se doutait de la situation mais il ne voyait pas comment elle aurait pu deviner qu’il avait fait preuve d’une telle lâcheté et puis il était sans doute trop tard pour regretter, il ne pouvait plus rien y faire. Il pouvait juste essayer de reconstruire ce qui avait été brisé, même s’il n’avait aucune idée de la façon dont il aurait dû s’y prendre. Toutefois, lorsque la jeune femme évoqua avec un peu plus de détails les raisons de son arrivée, tout en restant assez vague - il lui était arrivé quelque chose? plus personne ne la croyait? - mais Jax se voyait mal lui demander ce qui était arrivé, d’autant plus que ses paroles eurent une forte résonance qui fit glisser un frisson le long de la colonne vertébrale du jeune Beauchamp. Incapable de trouver les mots adéquats, Jax répondit simplement:
- Okay.
Il aurait aimé, à cet instant précis plus que tout, avoir la facilité de Bran à trouver les mots qu’il fallait, au bon moment. A la place, il se sentait comme un imbécile qui face à une confession ne trouve rien d’autre à dire que d’accord. En réalité, ce qu’il aurait voulu dire mais qui le tétanisait, rien que d’y penser, c’était: dans ma famille, il s’est aussi passé quelque chose qui a bouleversé l’équilibre familial et personne ne s’en est jamais remis. Mais cela aurait impliqué évoquer les événements tragiques et sa responsabilité dans l’affaire. De plus, il n’avait aucune certitude que son père n’aurait pas été le même, même si rien n’était arrivé, mais il savait aussi que quelque chose avait définitivement changé ce jour-là et qu’il avait sans doute précipité sa famille dans l’abîme.
- Mmmh, pas vraiment, fit simplement Jax en haussement vaguement les épaules. Peut-être que pour quelqu’un qui a de grands rêves, ça peut paraître étroit mais moi ça me convenait de traîner avec mes potes.
C’était avant que Bran vienne bousculer son quotidien, évidemment, quand tout ce à quoi Jax aspirait, c’était de ne plus avoir à subir le joug paternel. Son manque d’ambition lui avait permis de se contenter de ce qu’il avait et, par extension, de ne pas étouffer, comme elle disait. Mais peut-être qu’il se leurrait lui-même, peut-être qu’il avait toujours étouffé, sans même s’en rendre compte. Du moins est-ce la pensée qui lui traversa l’esprit en comparant la vie avant Bran et celle où l’adolescent s’était creusé un nid au centre.
La réflexion de Billie ramena l’attention de Jax sur elle. Il ne répondit rien, pourtant, se bornant à laisser les mots s’inscrire en lui. Il lui faudrait sans doute quelques temps pour analyser cette remarque d’une justesse confondante. Il savait à quel point les rumeurs pouvaient faire mal, même s’il n’en avait que rarement eu à subir les effets. Mais il avait entendu, bien sûr, comme n’importe qui, les ragots que la vieille Baker colportait et si certains l’avaient désarçonné, il s’était toujours efforcé de ne pas y prêter attention, conscient qu’il aurait détesté qu’on se mette à décortiquer sa vie, juste parce qu’il avait été évoqué au détour d’une conversation.
Un léger rire lui échappa à la question de la demoiselle et Jax se mordit la lèvre, les joues légèrement rosies par l’embarras. Il se frotta le menton, percevant la piqûre des poils sur ses doigts, et haussa les épaules:
- Je ne sais pas. Je ne cherche pas à te proposer un rencard, si c’est ce que tu crains, plaisanta-t-il, sachant qu’il lui avait parlé de Bran, qu’elle devait donc se douter qu’elle ne risquait rien de ce côté-là. Je me disais juste… qu’on pourrait être potes. Se voir autrement que comme des indics dans une ruelle sombre. Sortir. Aller boire un verre. Mais je comprends si ça ne t’intéresse pas. Je voulais juste dire que tu n’es pas obligée de veiller sur Skylar comme tu le fais. Je trouverai bien un moyen de renouer avec elle.
Jax se tut et se racla la gorge avant de porter la cigarette à ses lèvres pour en tirer une nouvelle bouffée. Il souffla lentement entre ses lèvres à peine entrouvertes puis tourna le regard vers sa voisine, un léger sourire aux lèvres:
- Désolé, je ne suis pas très doué avec les nanas. Enfin, avec les gens en général, mais les nanas, c’est encore pire. Je ne veux pas créer de malaise.
Et il continua à la regarder, une lueur amusée dans le regard, parce qu’il avait besoin de jauger sa réaction, quand bien même il savait qu’il était nul pour lire entre les lignes.

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