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Stella Kahnwald

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Message· · Sujet: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyLun 22 Juil - 20:20

EASON + STELLA
@Eason Harjo


Elle jurait, elle pestait, elle grondait. Elle psalmodiait des mots inintelligibles, mélangeant les noms d'oiseaux étrangers qu'elle avait appris aux détours des comptoirs, aéroports et autres lieux publics où les gens esseulés se mettaient à vous parler. Sans raison. A croire qu'elle avait la gueule de l'emploi, marmonnait-elle. S'il y avait un pauvre type - saoul, évidemment, sinon ce n'était pas drôle - qui voulait pleurnicher sur une épaule compatissante ou un imbécile qui voulait tester sa dernière technique de drague, elle n'y coupait pas, c'était pour Stella Kahnwald. Qu'importe qu'elle ne dégage rien d'avenant, qu'elle les toise d'un air méprisant avant même qu'ils aient ouvert la bouche (sauf s'ils avaient l'air friqués, alors elle voulait bien faire un effort, juste pour voir), elle semblait aimanter les somnambules, les gens en mal d'amour ou d'attention, les personnes si seules qu'elles ne se rendaient même pas compte qu'il valait mieux être seul qu'en sa compagnie.
Stella maudissait ce connard de Rose - le père, pas le fils, quoiqu'il y ait de grandes chances qu'il marche sur ses traces, sautant d'une empreinte à l'autre, en bon héritier qui se respecte - qui n'avait même pas voulu l'écouter. Il lui avait parlé sur le même ton que les dernières fois mais, les dernières fois, elle n'en avait rien eu à faire de sa condescendance. Ce soir, cette dernière lui avait hérissé les nerfs et Stella n'avait trouvé d'autre remède à cet épanchement d'émotions qu'une bonne bouteille de vin - quoique, il n'était pas si fameux que ça, elle en avait goûté de biens meilleurs. Mais c'était son lot depuis quelques mois: tout avait un goût de cendres, tout lui encrassait les veines sans lui procurer les bienfaits habituels - la légèreté d'esprit qui lui permettait de chasser ses ennuis de sa tête quelques heures, l'impression que le monde lui échappait et qu'elle s'en contrebalançait, la sensation de ne plus toucher terre et ne même pas aspirer à y revenir. Que n'aurait-elle pas redonné pour remonter le temps, revenir à un temps où elle se sentait invincible, libre comme l'air, elle qui avait toujours vécu dans le moment présent, sans se soucier du passé (et de ce qu'elle y avait laissé), ni du futur incertain qu'était le lendemain.
Mais non. Il avait fallu qu'elle vienne échouer au creux de son pire cauchemar. Et le pire, c'était qu'elle l'avait fait sciemment. De son plein gré. Un hoquet sarcastique lui échappa. Qui aurait cru cela possible? Qu'elle, Stella Kahnwald, ait choisi de retourner à la case prison? Et pour quoi? Un ex-mari qui lui avait parlé comme si elle n'était qu'une ivrogne insupportable. Un garçon méconnaissable qui lui rappelait bien trop son père au même âge. Et une tripotée de visages inconnus.
Et une bouteille explosée à ses pieds.
Stella observa le trottoir souillé de vodka - son va-tout quand elle voulait se mettre la tête à l'envers, même si elle savait qu'il en résultait neuf fois sur dix une amnésie générale - et d'éclats de verre et elle sentit la colère redoubler.
- Putain de Rose! cracha-t-elle en se penchant pour ramasser les morceaux épars - pourquoi cette idée stupide, elle n'en savait rien, si ce n'est qu'une vive douleur lui perça les doigts et elle se redressa, comme piquée par une abeille. Aïe! Bordel de merde!
Sa paume était lacérée et le sang coulait en filet le long de son poignet en une cascade rubis qui s'infiltrait sous la manche de son gilet. Relevant un regard flou autour d'elle, elle chercha une solution et avisa l'un des seuls endroits encore ouvert à cette heure: un bar sombre où ne devaient sûrement rester que des pauvres types - tout ce qu'elle adorait. Faute d'alternative, Stella poussa la porte et cligna des paupières, aveuglée par la lumière (pourtant tamisée) du lieu. Elle nota la présence de quelques silhouettes mais n'analysa pas davantage, se dirigeant plutôt vers le comptoir pour attraper une serviette en papier qu'elle noua maladroitement autour de sa main blessée.
- Vodka, dit-elle simplement quand le barman s'approcha d'elle.
Puis elle inspira et expira de lassitude en posant les coudes sur le comptoir, avec cette désagréable impression que tout se dédoublait. Mais à moins que le gars dont elle apercevait le reflet dans le miroir derrière le bar ait un frère jumeau fringué comme lui, elle doutait qu'ils soient deux. Les yeux bleu - électrique la plupart du temps mais étrangement délavé ce soir - glissèrent vers son voisin et elle le jaugea un instant avant de s'exclamer:
- Cette ville est merdique.
Presque un aboiement. Ou un jappement.
Ce soir, c'était elle l'âme solitaire qui s'adresssait aux inconnus et elle n'en avait rien à foutre.

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyMar 23 Juil - 13:20

STELLA & EASON
--
You were hurt badly, and those scars will be with you for ever. I feel sorry for you, I really do. But think of it like this: it’s not too late to recover. You’re young, you’re tough. You’re adaptable. You can patch up your wounds, lift up your head and move on

@stella kahnwald


La date anniversaire approchait à grand pas et Eason Harjo, incapable de confronter ses ressentis, multipliait les tentatives d’oubli ; les stratagèmes obsolètes, les diversions conscientes.
Il avait trouvé un second job (en plus du turnpike, il livrait tout un tas de trucs pour le compte d’une société – s’il n’appréciait pas la charge de travail, les conditions parfois un peu shady, il trouvait salutaire l’occupation ; à défaut d’aimer la tâche, elle comblait merveilleusement ses journées à rallonge).
Ses excursions au stand de tir étaient devenues plus régulières, aussi.
S’il avait noté un changement  dans le déroulé de ses nuits ( profondément marquées par des périodes d’insomnies ; son rythme nycthéméral devenu chaotique en partie à cause de ses activités rémunérées), il n’avait pas jugé bon d’observer un changement d’attitude, persuadé que son ‘coping’ ne révélerait rien, pas même une efficacité estimable.
Les heures défilaient, les unes semblables aux autres, mettaient en exergue ce qu’il nommait – non sans une pointe de sarcasme – ‘la pointe de l’iceberg’. Quelque chose dans cette vie – comment donc qualifier cette succession atone d’événements ?!- rendait l’expression ‘poussée d’Archimède’ quasi prodigieuse. Ce qu’il s’amusait à appeler : la verticabilité ascendante du coeur du problème. Toujours poussé vers le haut. La pression qui s’exerçait sur la partie immergée, celle-là, semblait parfois trop intense, trop asphyxiante. S'il avait été assimilable à un corps plongé dans un fluide quelconque.
Ce qui avait conduit le quidam, par un jeu de cause-conséquence pratique-  à revoir à la hausse sa consommation d’alcool et de tabac  – majorant ses visites autrefois impromptues aux comptoirs des diverses bibines  qu’il était possible de croiser sur un rayon d’au moins vingt cinq kilomètres (il s'agissait évidemment davantage d'augmenter ses chances de trouver une boisson dans laquelle les souvenirs se montreraient promptes à distiller leur amertume ; il lui fallait quelque chose de sucrée, quelque chose de radicale - qu'un jeu malavisé d'attentes et de prises de risques).
Quelque chose ou quelqu’un.
Il en était à sa seconde bière – son second tour d’échauffement - sic -  – lorsqu’une silhouette féminine vint occuper l’extrémité droite de son champ de vision ainsi que le tabouret vide qui le flanquait depuis son arrivée là (et qu’il s’était arrangé, passant un accord tacite avec le proprio et le barman, de garder vacant – Eason Harjo présentait une anaphylaxie envers les pochards, surtout ceux qui cédaient facilement aux sirènes des discussions creuses). Il n'était pas d'humeur à discutailler, pas d'humeur à pérorer, pas d'humeur à agiter les lèvres et mettre en pratique les prodiges anatomiques (comme bouger ses cordes vocales, étirer ses muscles faciaux et pénétrer sur le terrain miné qu'une visite guidée sur les chemins nostalgiques du passé pouvaient représenter à une heure aussi tardive).
Pourtant, une vive odeur attaqua brutalement ses sinus à l'instant où elle l'atteignit; l'obligeant  - et ce bien malgré lui- à pivoter complètement dans la direction d'une chevelure blonde. Caractéristique des plaies; elle flottait désormais (bien qu'il fut persuadé qu'il s'agissait surement d'un mécanisme mnésique à l'oeuvre) et menaçait d'adjurer toutes ces images qu'il s'était évertué, ces dix dernières années, à refouler de toutes ses forces.
L'odeur du sang.
Le sang de Stosic.
Il ferma les paupières, il compta jusqu'à trois et les rouvrit. L'odeur était toujours aussi présente, la chevelure blonde et l'écho d'une voix qui - étrangement- lui fit aussitôt l'effet d'une nuit dans l'Oklahoma. - Cette ville est exactement ce qu'on veut qu'elle soit - dit-il, en réponse non pas à cette phrase qu'elle avait lancé comme un signal de détresse, d'une intonation à peine humaine, mais à ce sentiment qu'elle fit jaillir et auquel il n'avait plus été confronté depuis le dernier cours de sciences auquel il avait assisté au lycée. Il porta la bouteille fraîche à ses lèvres, il but une gorgée et la reposa, le bruit qu'elle fit lorsqu'elle fut en contact du zinc  eut presque quelque chose de rassurant.- A votre place, j'utiliserais la vodka comme antiseptique plutôt qu'en déboucheur. Le brun fit signe au barman , désigna sa bouteille de bière. Pas six secondes plus tard, une bouteille se matérialisa sous le regard de la nouvelle venue. Elle avait l'air d'avoir déjà entamé sa descente avant de pénétrer dans cet établissement et bien qu'Eason put être qualifié de bien des choses, il n'était pas individu à laisser une femme seule, visiblement bien remontée, en pâture aux gars mal intentionnés qui n'auraient eu aucun scrupule à profiter de la situation. On boit à quoi ? demanda-t-il, se saisissant à nouveau de sa bouteille pour porter un toast.

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyLun 29 Juil - 12:04

Elle s’était toujours juré qu’elle ne deviendrait jamais l’une de ces épaves qui squattaient un bout de comptoir comme si c’était le dernier bout d'épave auquel se raccrocher. Pourtant, ce soir, force était de constater qu’elle avait atteint ce stade pathétique et que son état d’ébriété ne lui permettait même pas de s’en soucier. Cela aurait demandé trop d’énergie quand il fallait qu’elle la réserve à la coordination de ses membres capricieux. C’était comme si son cerveau flottait dans du formol, comme si ses nerfs ne se raccrochaient plus à rien, comme si tout nécessitait qu’elle se concentre sur une chose à la fois. Sa vue, qu’il fallait recentrer. Ses pensées, qu’il fallait chasser. Sa colère, qu’il fallait ravaler. Son mépris, qu’il fallait arroser à grand renfort d’alcool à 40°. Il était hors de question qu’elle se laisse dominer par cet imbécile de Jacob Rose, qu’elle avait séduit sans mal, vingt-et-un ans plutôt et qui avait tendance à oublier – ou enterrer – cette période de sa vie. Ah, il faisait le fier, avec sa petite femme exotique – était-ce fait exprès ? avait-il cherché l’opposé exact de sa première épouse, pour faire fondre le froid polaire de ses yeux clairs contre la peau hâlée de celle qui avait pris sa suite ? – mais il ne valait pas mieux qu’avant, qu’est-ce qu’il croyait ? Il était toujours ce fils à papa qu’une jolie paire de jambes faisait chavirer. Pff ! Elle pouvait le garder, elle n’en voulait plus. S’il croyait qu’elle était venue pour le récupérer, il se foutait le doigt dans l’œil. Plutôt crever que de s’enchaîner à nouveau à lui. Alors pourquoi l’avait-elle appelé, sachant pertinemment quel genre d’accueil il allait lui réserver ? Elle ne le savait même plus. Le vin avait noyé le prétexte dans les méandres de son esprit imbibé. Le vin avait balayé toutes ses belles croyances. Le vin avait rendu sa voix rauque – et elle serait sans doute aphone le lendemain, les cordes vocales usées par ses récriminations et l’abus de boisson. Le vin avait fait de la panthère insaisissable une loque humaine que son fils, à coup sûr, aurait considéré d’un air dégoûté s’il l’avait vue à l’œuvre. Mais Bran n’était pas là. Il n’y avait que ce mec aussi seul qu’elle, sur lequel elle avait jeté son dévolu pour déverser sa bile.
Tant pis pour lui. Il n’avait qu’à pas se trouver là ce soir.
- Et qu’est-ce que ça veut dire, ça, au juste ? rétorqua-t-elle avec un reniflement narquois.
Voilà encore sa chance qui venait frapper : il fallait qu’elle tombe sur un philosophe qui parlait par énigme. En d’autres circonstances, cela l’aurait peut-être amusée, mais comme, dans son état, traduire ses paroles relevait du casse-tête chinois, elle secoua la tête en émettant un rire incrédule.
- Mmh, mais vous n’êtes pas à ma place, n’est-ce pas ?
Elle leva son verre, ses lèvres gondolées en un sourire railleur, et vida d’un trait son verre. La brûlure dans son œsophage eut au moins l’avantage, durant trois secondes et demie, de lui faire oublier la douleur lancinante dans sa paume. Entre-temps, une bouteille de bière était apparue et Stella la considéra d’un œil méfiant – ou indécis, elle ne savait pas trop.
On boit à quoi ?
Le choix était sans doute vaste, elle aurait pu sortir n’importe quel toast cynique, mais ses pensées semblaient figées, troublées. Cela ne l’empêcha pas d’attraper la bouteille et de la lever à mi-hauteur, en proie à une réflexion trop ardue pour son esprit anesthésié. Stella pinça les lèvres, fit mine de chercher l’inspiration au plafond, puis elle se tourna vers sa victime d’un soir :
- A un retour catastrophique. Comme tout ce qui caractérise ma vie, déclara-t-elle en élevant la main. Et pour toi, on boit à quoi ?
L’alcool rendait familier. L’alcool désagrégeait les vies mais, parfois, le temps de quelques heures, il pouvait donner l’illusion de trouver une âme sœur en son voisin. Ce soir, il n’était peut-être qu’un pauvre plouc qui ramait dans la vie – elle n’en savait rien, elle imaginait simplement – et elle était un déchet humain sans la moindre fierté, mais qu’est-ce qu’ils en avaient à foutre ? La nuit était étoilée, le bar quasi somnolent et l'aube ne viendrait pas avant quelques heures salvatrices. Elle aurait tout le temps de regretter ses choix (de mots, d’alcool, de compagnie, de lieu de perdition, qu’importe) demain.

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptySam 10 Aoû - 14:03


C’était au lendemain de son recrutement qu’une poignée de bureaucrates avait jugé bon de le mettre au parfum : un feuillet de papiers amassés tendu dans sa direction. Une procession intelligible de lettres, un regroupement de mots  - tout un changement ; comme si une entité s’était chargée de renverser la vapeur et installer un tout nouveau prisme.
A moins que ladite entité n’ait rien fait d’autre que de retirer tous les filtres ? On lui avait dit ‘ Eason Harjo, nouvelle recrue, hein ?’ il avait hoché la tête, adolescent à corpulence moyenne – pour ne pas dire chétive-, noyé sous un hoodie trois fois trop grand pour lui, on aurait encore pu lui prêter un air innocent – comme celui que portent ces enfants qui ont grandi trop vite.
Deux énormes billes marrons arquant des sourcils fourrageux, expectatives d’une question - car il n’avait aucun doute à ce sujet, l’expression qui vrillait ce visage-là était identique à celles qui vrillaient ceux des autres individus aux tempes grisonnantes qui lui faisaient face dans cette pièce soudainement devenue trop étroite. Bill lui avait tout appris mais, concernant la méfiance, il s’en était chargé tout seul, comme un grand.
La première fois, c’était à cinq kilomètres de salt lake city, dans un hameau nommé White Cave ; il avait seulement fallu un agent fédéral , assis dans un vieux dinner qui servait des petits déjeuners copieux et une serveuse mal coiffée, trop curieuse, pour déclencher ce sentiment : c’était le réveil d’une peur primitive, d’un long sommeil insoupçonné.
Un ‘is this man your father, son ?’ et le mutisme, les paroles coincées au fond du gosier, incapables de franchir la barrière constituée d’appréhensions, de dents, de lèvres enchevêtrée et serrées. C’était son père et jusque lors, il n’avait jamais éprouvé aucun soupçon là dessus. Dans cette pièce là, on lui avait dit ‘Nous avons de nouvelles informations à vous fournir’ - c’était peut-être le ton employé  ou encore le deuil qu’il n’avait pas entièrement fait mais le Eason de dix huit ans avait failli tourner de l’oeil.
Alors, avec le temps et cette ‘expérience’ dont tout le monde fini par parler un jour – sans être capable de l’expliquer -, il avait compris que peu importe les certitudes qu’il pensait avoir, il n’en était jamais qu’au début : le début d’une expérience, le début d’une situation, le début d’un nouveau chapitre. Même le cul vissé à ce tabouret là, une bière à la main, prêt à trinquer avec une femme dont il n’avait jamais aperçu les traits dans cette ‘ville merdique’.  Ils buvaient au ‘ retour catastrophique’, aux vies du même acabit ; ils buvaient simplement à toutes ces choses qu’ils avaient du mal à avaler et dont ils pensaient sûrement à tort pouvoir faciliter le passage, sans se soucier de l’ivresse, de sa perception et des mauvais choix qui en résulteraient.
Mais à quoi buvait-il, lui, l’individu garant de craintes ? Buvait-il à la vie ? A l’oubli ? - A White Cave. A toutes ces choses que je me garde de dire.   Il leva sa bouteille et la fit s’entrechoquer contre celle de la blonde ; avant de boire une longue gorgée. Lorsqu’il porta l’oeil au contenu, il ne restait plus qu’un fond de bouteille. Il avait bu sa première bière à l’âge de treize ans, dans la cour d’un club de strip à l’époque où Bill était encore videur, avant la finance et ses délires d’entrepreneuriat. Avant New York, avant le fameux cours de sciences. Si lui avait été donnée ne serait-ce qu’une seule occasion de tout refaire et de tout dire, qu’aurait-il fait ? Qu’aurait-il dit ? - Demain est un autre jour et tu auras peut-être une opportunité à saisir ; faire en sorte que cette ville te paraisse un petit peu moins merdique, ton retour moins catastrophique. Il fallait vraiment qu’il arrête ses conneries confucianistes. Il ne croyait pas à ses propres paroles et il ne faisait aucun effort pour en donner l’air. Ou saisis cette opportunité maintenant. Et n’attends pas demain. Pourquoi t’es là ? l’interrogea-t-il, c’était  une question spontanée, une attitude qui l’était autant. J’veux dire, qui ou qu’est-ce qui t’a blessé ? Il y avait en suspens comme un défi dans l'air, lancé , attendant qu'elle le fasse, oui, qu'elle le saisisse.
 

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyMer 14 Aoû - 17:34

Des soirées comme celles-ci, Stella en avait malheureusement pas mal à son compteur. Elle avait beau exceller dans l'art de s'en sortir d'une manière ou d'une autre, il fallait toujours que quelque chose vienne plomber sa chance et la ramène à cette sensation désagréable qui lui parcourait les nerfs, qui s'insinuait dans les fissures à peine visibles de son coeur. La cause variait, les lieux aussi, mais rarement l'agonie au réveil. Quand elle ouvrait les yeux, c'était toujours pour contempler le plafond comme s'il s'agissait du bout du monde, de la fin des temps, du fond du trou. Elle en analysait les moindres aspérités, avec cette impression de peser une tonne sur le matelas, un poids que ses membres ne supportaient pas. Quand elle parvenait enfin à rouler sur le côté pour se trainer jusqu'à la salle de bain et y boire un verre d'eau, il pouvait s'être passé deux ou trois heures et Stella n'avait plus alors la force de rien, si ce n'est s'écrouler dans le canapé avec un grondement. Elle tâtonnait autour d'elle, cherchait la télécommande et allumait la télévision, juste pour ne pas être seule, juste pour qu'un bruit vienne parasiter l'air et elle observait alors l'écran d'un oeil vide, absent. C'était à ces moments-là qu'elle avait eu tout le loisir de refaire sa culture cinématographique (cynisme, évidemment, car les oeuvres diffuées à ces heures où tout le monde travaillait étaient réservées aux désoeuvrés comme elle ou aux enfants). Stella ignorait comment on pouvait produire autant de conneries mais elle avait la preuve que c'était possible. Comble de son malheur: son cerveau avait beau sembler fonctionner à moitié et/ou au ralenti, ça ne l'empêchait pas d'enregistrer des détails idiots qui ne manqueraient pas de surgir au moment le plus inopportun. De quoi allait-elle pouvoir s'abreuver le lendemain? se demanda-t-elle avec un sourire creux, en pensant à l'enfer qui l'attendait d'ici quelques heures.
Mais pour le moment, elle allait bien - ou aussi bien qu'on peut l'être avec une main vaguement enrubannée d'une serviette, avec un taux d’alcoolémie élevé, une haine profonde pour son ex-mari et l'ignorance totale de ce qu'on fout là (là, dans ce bar, dans cette ville, dans cette vie) - la descente n'avait pas encore commencé, elle pouvait sans doute compter sur quelques heures supplémentaires de semi-répit (six? sept? si on était optimiste de nature, ce qu'elle n'était pas).
- White Cave? répéta Stella d'un ton plat. Jamais entendu parler. C'est où, ça?
Comme si, parce qu'elle avait sillonné le continent dans sa largeur et dans sa hauteur, elle pouvait tout en connaitre. En même temps, l'Utah, c'était pas trop son truc.
- A toutes ces choses que tu te gardes de dire.
Un sourire moqueur vint retrousser les lèvres de Stella qui émit un rire, entre ricanement et incrédulité. C'était bien sa chance, elle devait être tombée sur un toqué. Ou un dépressif. Elle ne savait pas ce qui était pire mais elle noya l'incertitude d'une rasade de bière qui la fit grimacer. Elle n'avait plus l'habitude de boire ce breuvage qu'elle jugeait trop masculin. Ses années de débauche l'avaient menée vers les cocktails, le vin hors de prix (et la vodka, oui). Elle n'avait sans doute plus bu de bière depuis... Oh, il était trop tard pour s'en soucier et encore plus pour s'en rappeler. La voix du jeune homme la ramena cependant à lui et elle le dévisagea un instant, comme s'il s'était mis à parler russe. Elle eut l'air d'analyser son discours puis une lueur glissa dans ses grands yeux bleus ivres et ses lèvres s'écartèrent pour dévoiler ses dents et laisser échapper un rire - un rire qui ne sonnait même pas faux, étrangement. Elle mit quelques longues secondes à se resaisir puis se passa les doigts sur les lèvres, comme pour effacer cet éclat spontané.
- C'est mignon, cet optimisme. Dommage que tu n'essaies même pas d'avoir l'air d'y croire, lâcha-t-elle avant de hausser les épaules et de s'enfiler une nouvelle goulée.
Peut-être qu'il entrevoyait le désastre qui lui faisait face et dans ce cas, elle ne pouvait pas vraiment le blâmer d'y mettre si peu de conviction. Le chaos ambulant Kahnwald avait perdu pied depuis une éternité et il était peu probable qu'elle se remette sur les rails - même si elle avait tenté cette aventure de la dernière chance.
- Quelle opportunité, mon lapin? demanda-t-elle, sincèrement confuse.
Que pouvait-elle foutre pour arranger sa vie? Elle n'aurait même pas su par où commencer et, de toute façon, elle savait qu'il était trop tard. A trente-sept ans passés, sa chance s'était envolée avec sa jeunesse - si seulement elle en avait eu un jour, de cette poussière de fée.
Stella faillit dire qu'elle était là pour son fils - celui-là même qu'elle avait abandonné avant même qu'il ne naisse ou presque - mais la seconde question de l'inconnu l'aiguilla dans une autre direction et elle baissa les yeux sur sa main maladroitement bandée.
- Oh, ça. Une putain de bouteille de vodka.
Un sourire aigre lui figea les lèvres et elle soupira:
- Si même cette traitresse se met à me lâcher, qu'est-ce qu'il me reste? ironisa-t-elle. La bière?
Elle agita sa bouteille, manqua d'en renverser sur le comptoir et la reposa brutalement. Peut-être que la question de l'inconnu avait eu une autre signification mais elle avait opté pour celle qui l'arrangeait.
- Et toi? Qu'est-ce qui t'a blessé? s'enquit-elle, comme si elle était soudainement prise de lucidité, dans le brouillard de son ivresse. Et ne me dis pas rien. Je sais quand les gens mentent. J'ai un sixième sens pour ça.
C'était surtout qu'il n'y avait que quelqu'un de blessé pour poser une telle question, non? Peut-être même pas. Mais Stella s'en fichait.

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyHier à 21:05


Du coin de l’oeil, il observa les mouvements de la femme, presque avec fascination ; tiquant à l’emploi du surnom ‘lapin’.
 Une main bandée, une bouteille entamée agitée sous son regard ; il resterait la bière jusqu’à la prochaine prohibition songea-t-il, amusé par le talent déployé à éluder les questions, à balayer les réponses attendues – l’inanité de ce manège grotesque et le personnage quasiment ubuesque brossé par celle qui lui faisait l’appoint de réparties persifleuses.
Un contenu somme toutes nidoreux, vendu aux plus crédibles auxquels il lui semblait ne jamais s’être identifié.
Eason Harjo détestait les faux-fuyants et il n’avait pas l’intention de se laisser berner par ce qu’il avait décelé chez la femme comme l’exercice contestable  d’une stratégie de conservation. - Tu auras l'droit de me retourner la question qu’une fois qu'tu auras répondu à la mienne – l’informa-t-il, portant à nouveau la bouteille à ses lèvres dont il termina le reste ; il fit signe au barman, désigna la bouteille de tequila dont il avait servi des shots aux pêcheurs bruyants qui s’étaient installés en bout de comptoir puis reporta son attention sur la blonde. Je t’en demande trop ? - s’enquit-il de savoir, arquant un sourcil ; paupières plissées, essayant de déterminer les raisons qui auraient pu expliquer la parade : la douleur – c’était une excellente excuse, une excuse de lâche dont il se servait souvent -, l’alcool – un excellent exutoire, au même titre que le sexe et peut-être moins dangereux, à condition de savoir avec qui se lancer dans l’aventure- , la mésestime de l’interlocuteur – probable, ne s’était-elle pas adressée à lui sur un ton infantilisant quelques minutes plus tôt?-.
Cela pouvait être une combinaison insolite de toutes ces raisons – des facteurs devenus instigateurs  puis modalités. Elle était dans l'un de ces sales états que l'on ne pouvait que prêter à une peine de cœur; n'était-ce pas pour cela qu'il était lui même là ? Lui qui n'avait pas envie de parler, qui n'avait pas envie d’interagir d'une quelconque manière avec qui que ce soit et qui pourtant, chassait les paradoxes, se complaisait à définir indécision et incohérence, suffoquait sous la simple idée de s'ouvrir aux autres. Qu'est-ce que cela lui avait apporté la dernière fois qu'il s'était donné cette peine ? Quelle sensation ? Celle d'être accepté ou celle d'être libre, celle d'être plus vivant que vivant, plus en tout cas que jimmy stosic ? T'as la cervelle qui tourne au ralenti ? Ou est-ce que tu es bien plus maligne que tu ne le laisses paraître, blondie n'est pas qu'un joli visage, c'est peut-être pour ça que blondie est malheureuse.
Il parlait, pour ça, il le faisait comme il ne l'avait plus fait depuis son premier tour, plus depuis son adolescence, plus depuis les fantômes de studio city et l'odeur enivrante de Tulipe. L'instant était propice, des planètes s'étaient alignées à son plus grand dam; s'il fallait qu'elle lui décoche une gifle ou des constats acerbes, il était fin prêt à en esquiver les jets avant de se laisser atteindre par leur toxicité - c'était le change qu'il aurait amplement mérité. Le barman déposa les shots et les remplit et pendant les secondes que dura son action, Eason quitta du regard les cercles bleus vifs qui lui perçaient la rétine, se tut et apprécia avec quelle habilité l'employé versait le liquide d'un shot, d'un seul trait, à l'autre sans en renverser le moindre millilitre. - Qu'est-ce qui pourrait plus blesser que le regard des autres ? ou simplement les autres, l'importance qu'il pouvait leur accorder, accorder à ces opinions critiques. A tous ces gestes oblatifs qu'il avait eu et qui n'avaient pas été réciproqués. A tous ces sentiments  - oh il ne fallait pas se leurrer, c'était à l'amour qu'il pensait à cet instant là, à ce seul sentiment difficile à appréhender et qui l'avait mis dans la merde à chaque fois  - qui avaient été vains, refoulés. Il buvait à tout ce qui avait été dit, au contraire et à tout ce qui avait été fait, en vain. A White Cave, au réveil, à ces bureaucrates et à ces innombrables vies vécues tout juste après. Faisandées par la connaissance. A cet anniversaire. Il avait été blessé par la vie mais, il n'avait plus personne à confronter pour ça. Pleurnicher c'est ce que l'on fait là, nan ?  Tu pleurniches, je pleurniche. Pas besoin d'un sixième sens pour remarquer ça.Je t'ai demandé de me dire qui t'avait blessé. Mais, tu m'as vu désigner ta main ? Ça, ça guérit vite. C'est pas de cette plaie là que je parlais. Pourquoi l'attaquait-il ainsi ? Sans élever la voix, sans s'agiter non plus. Constat après constat. Je te parlais de ce qui t'a fait acheter cette bouteille en premier lieu, de ce qui t'a fait rentrer dans ce bar, de ce qui t'a fait revenir dans cette 'ville merdique'. C'est sur cette plaie là qu'il faut que tu travailles et c'est de cette opportunité que je parle, mon lapin. Il prit un shot. Alors, il ou elle s'appelle comment ?
 

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