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Stella Kahnwald

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Message· · Sujet: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyLun 22 Juil - 20:20

EASON + STELLA
@Eason Harjo


Elle jurait, elle pestait, elle grondait. Elle psalmodiait des mots inintelligibles, mélangeant les noms d'oiseaux étrangers qu'elle avait appris aux détours des comptoirs, aéroports et autres lieux publics où les gens esseulés se mettaient à vous parler. Sans raison. A croire qu'elle avait la gueule de l'emploi, marmonnait-elle. S'il y avait un pauvre type - saoul, évidemment, sinon ce n'était pas drôle - qui voulait pleurnicher sur une épaule compatissante ou un imbécile qui voulait tester sa dernière technique de drague, elle n'y coupait pas, c'était pour Stella Kahnwald. Qu'importe qu'elle ne dégage rien d'avenant, qu'elle les toise d'un air méprisant avant même qu'ils aient ouvert la bouche (sauf s'ils avaient l'air friqués, alors elle voulait bien faire un effort, juste pour voir), elle semblait aimanter les somnambules, les gens en mal d'amour ou d'attention, les personnes si seules qu'elles ne se rendaient même pas compte qu'il valait mieux être seul qu'en sa compagnie.
Stella maudissait ce connard de Rose - le père, pas le fils, quoiqu'il y ait de grandes chances qu'il marche sur ses traces, sautant d'une empreinte à l'autre, en bon héritier qui se respecte - qui n'avait même pas voulu l'écouter. Il lui avait parlé sur le même ton que les dernières fois mais, les dernières fois, elle n'en avait rien eu à faire de sa condescendance. Ce soir, cette dernière lui avait hérissé les nerfs et Stella n'avait trouvé d'autre remède à cet épanchement d'émotions qu'une bonne bouteille de vin - quoique, il n'était pas si fameux que ça, elle en avait goûté de biens meilleurs. Mais c'était son lot depuis quelques mois: tout avait un goût de cendres, tout lui encrassait les veines sans lui procurer les bienfaits habituels - la légèreté d'esprit qui lui permettait de chasser ses ennuis de sa tête quelques heures, l'impression que le monde lui échappait et qu'elle s'en contrebalançait, la sensation de ne plus toucher terre et ne même pas aspirer à y revenir. Que n'aurait-elle pas redonné pour remonter le temps, revenir à un temps où elle se sentait invincible, libre comme l'air, elle qui avait toujours vécu dans le moment présent, sans se soucier du passé (et de ce qu'elle y avait laissé), ni du futur incertain qu'était le lendemain.
Mais non. Il avait fallu qu'elle vienne échouer au creux de son pire cauchemar. Et le pire, c'était qu'elle l'avait fait sciemment. De son plein gré. Un hoquet sarcastique lui échappa. Qui aurait cru cela possible? Qu'elle, Stella Kahnwald, ait choisi de retourner à la case prison? Et pour quoi? Un ex-mari qui lui avait parlé comme si elle n'était qu'une ivrogne insupportable. Un garçon méconnaissable qui lui rappelait bien trop son père au même âge. Et une tripotée de visages inconnus.
Et une bouteille explosée à ses pieds.
Stella observa le trottoir souillé de vodka - son va-tout quand elle voulait se mettre la tête à l'envers, même si elle savait qu'il en résultait neuf fois sur dix une amnésie générale - et d'éclats de verre et elle sentit la colère redoubler.
- Putain de Rose! cracha-t-elle en se penchant pour ramasser les morceaux épars - pourquoi cette idée stupide, elle n'en savait rien, si ce n'est qu'une vive douleur lui perça les doigts et elle se redressa, comme piquée par une abeille. Aïe! Bordel de merde!
Sa paume était lacérée et le sang coulait en filet le long de son poignet en une cascade rubis qui s'infiltrait sous la manche de son gilet. Relevant un regard flou autour d'elle, elle chercha une solution et avisa l'un des seuls endroits encore ouvert à cette heure: un bar sombre où ne devaient sûrement rester que des pauvres types - tout ce qu'elle adorait. Faute d'alternative, Stella poussa la porte et cligna des paupières, aveuglée par la lumière (pourtant tamisée) du lieu. Elle nota la présence de quelques silhouettes mais n'analysa pas davantage, se dirigeant plutôt vers le comptoir pour attraper une serviette en papier qu'elle noua maladroitement autour de sa main blessée.
- Vodka, dit-elle simplement quand le barman s'approcha d'elle.
Puis elle inspira et expira de lassitude en posant les coudes sur le comptoir, avec cette désagréable impression que tout se dédoublait. Mais à moins que le gars dont elle apercevait le reflet dans le miroir derrière le bar ait un frère jumeau fringué comme lui, elle doutait qu'ils soient deux. Les yeux bleu - électrique la plupart du temps mais étrangement délavé ce soir - glissèrent vers son voisin et elle le jaugea un instant avant de s'exclamer:
- Cette ville est merdique.
Presque un aboiement. Ou un jappement.
Ce soir, c'était elle l'âme solitaire qui s'adresssait aux inconnus et elle n'en avait rien à foutre.

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyMar 23 Juil - 13:20

STELLA & EASON
--
You were hurt badly, and those scars will be with you for ever. I feel sorry for you, I really do. But think of it like this: it’s not too late to recover. You’re young, you’re tough. You’re adaptable. You can patch up your wounds, lift up your head and move on

@stella kahnwald


La date anniversaire approchait à grand pas et Eason Harjo, incapable de confronter ses ressentis, multipliait les tentatives d’oubli ; les stratagèmes obsolètes, les diversions conscientes.
Il avait trouvé un second job (en plus du turnpike, il livrait tout un tas de trucs pour le compte d’une société – s’il n’appréciait pas la charge de travail, les conditions parfois un peu shady, il trouvait salutaire l’occupation ; à défaut d’aimer la tâche, elle comblait merveilleusement ses journées à rallonge).
Ses excursions au stand de tir étaient devenues plus régulières, aussi.
S’il avait noté un changement  dans le déroulé de ses nuits ( profondément marquées par des périodes d’insomnies ; son rythme nycthéméral devenu chaotique en partie à cause de ses activités rémunérées), il n’avait pas jugé bon d’observer un changement d’attitude, persuadé que son ‘coping’ ne révélerait rien, pas même une efficacité estimable.
Les heures défilaient, les unes semblables aux autres, mettaient en exergue ce qu’il nommait – non sans une pointe de sarcasme – ‘la pointe de l’iceberg’. Quelque chose dans cette vie – comment donc qualifier cette succession atone d’événements ?!- rendait l’expression ‘poussée d’Archimède’ quasi prodigieuse. Ce qu’il s’amusait à appeler : la verticabilité ascendante du coeur du problème. Toujours poussé vers le haut. La pression qui s’exerçait sur la partie immergée, celle-là, semblait parfois trop intense, trop asphyxiante. S'il avait été assimilable à un corps plongé dans un fluide quelconque.
Ce qui avait conduit le quidam, par un jeu de cause-conséquence pratique-  à revoir à la hausse sa consommation d’alcool et de tabac  – majorant ses visites autrefois impromptues aux comptoirs des diverses bibines  qu’il était possible de croiser sur un rayon d’au moins vingt cinq kilomètres (il s'agissait évidemment davantage d'augmenter ses chances de trouver une boisson dans laquelle les souvenirs se montreraient promptes à distiller leur amertume ; il lui fallait quelque chose de sucrée, quelque chose de radicale - qu'un jeu malavisé d'attentes et de prises de risques).
Quelque chose ou quelqu’un.
Il en était à sa seconde bière – son second tour d’échauffement - sic -  – lorsqu’une silhouette féminine vint occuper l’extrémité droite de son champ de vision ainsi que le tabouret vide qui le flanquait depuis son arrivée là (et qu’il s’était arrangé, passant un accord tacite avec le proprio et le barman, de garder vacant – Eason Harjo présentait une anaphylaxie envers les pochards, surtout ceux qui cédaient facilement aux sirènes des discussions creuses). Il n'était pas d'humeur à discutailler, pas d'humeur à pérorer, pas d'humeur à agiter les lèvres et mettre en pratique les prodiges anatomiques (comme bouger ses cordes vocales, étirer ses muscles faciaux et pénétrer sur le terrain miné qu'une visite guidée sur les chemins nostalgiques du passé pouvaient représenter à une heure aussi tardive).
Pourtant, une vive odeur attaqua brutalement ses sinus à l'instant où elle l'atteignit; l'obligeant  - et ce bien malgré lui- à pivoter complètement dans la direction d'une chevelure blonde. Caractéristique des plaies; elle flottait désormais (bien qu'il fut persuadé qu'il s'agissait surement d'un mécanisme mnésique à l'oeuvre) et menaçait d'adjurer toutes ces images qu'il s'était évertué, ces dix dernières années, à refouler de toutes ses forces.
L'odeur du sang.
Le sang de Stosic.
Il ferma les paupières, il compta jusqu'à trois et les rouvrit. L'odeur était toujours aussi présente, la chevelure blonde et l'écho d'une voix qui - étrangement- lui fit aussitôt l'effet d'une nuit dans l'Oklahoma. - Cette ville est exactement ce qu'on veut qu'elle soit - dit-il, en réponse non pas à cette phrase qu'elle avait lancé comme un signal de détresse, d'une intonation à peine humaine, mais à ce sentiment qu'elle fit jaillir et auquel il n'avait plus été confronté depuis le dernier cours de sciences auquel il avait assisté au lycée. Il porta la bouteille fraîche à ses lèvres, il but une gorgée et la reposa, le bruit qu'elle fit lorsqu'elle fut en contact du zinc  eut presque quelque chose de rassurant.- A votre place, j'utiliserais la vodka comme antiseptique plutôt qu'en déboucheur. Le brun fit signe au barman , désigna sa bouteille de bière. Pas six secondes plus tard, une bouteille se matérialisa sous le regard de la nouvelle venue. Elle avait l'air d'avoir déjà entamé sa descente avant de pénétrer dans cet établissement et bien qu'Eason put être qualifié de bien des choses, il n'était pas individu à laisser une femme seule, visiblement bien remontée, en pâture aux gars mal intentionnés qui n'auraient eu aucun scrupule à profiter de la situation. On boit à quoi ? demanda-t-il, se saisissant à nouveau de sa bouteille pour porter un toast.

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyLun 29 Juil - 12:04

Elle s’était toujours juré qu’elle ne deviendrait jamais l’une de ces épaves qui squattaient un bout de comptoir comme si c’était le dernier bout d'épave auquel se raccrocher. Pourtant, ce soir, force était de constater qu’elle avait atteint ce stade pathétique et que son état d’ébriété ne lui permettait même pas de s’en soucier. Cela aurait demandé trop d’énergie quand il fallait qu’elle la réserve à la coordination de ses membres capricieux. C’était comme si son cerveau flottait dans du formol, comme si ses nerfs ne se raccrochaient plus à rien, comme si tout nécessitait qu’elle se concentre sur une chose à la fois. Sa vue, qu’il fallait recentrer. Ses pensées, qu’il fallait chasser. Sa colère, qu’il fallait ravaler. Son mépris, qu’il fallait arroser à grand renfort d’alcool à 40°. Il était hors de question qu’elle se laisse dominer par cet imbécile de Jacob Rose, qu’elle avait séduit sans mal, vingt-et-un ans plutôt et qui avait tendance à oublier – ou enterrer – cette période de sa vie. Ah, il faisait le fier, avec sa petite femme exotique – était-ce fait exprès ? avait-il cherché l’opposé exact de sa première épouse, pour faire fondre le froid polaire de ses yeux clairs contre la peau hâlée de celle qui avait pris sa suite ? – mais il ne valait pas mieux qu’avant, qu’est-ce qu’il croyait ? Il était toujours ce fils à papa qu’une jolie paire de jambes faisait chavirer. Pff ! Elle pouvait le garder, elle n’en voulait plus. S’il croyait qu’elle était venue pour le récupérer, il se foutait le doigt dans l’œil. Plutôt crever que de s’enchaîner à nouveau à lui. Alors pourquoi l’avait-elle appelé, sachant pertinemment quel genre d’accueil il allait lui réserver ? Elle ne le savait même plus. Le vin avait noyé le prétexte dans les méandres de son esprit imbibé. Le vin avait balayé toutes ses belles croyances. Le vin avait rendu sa voix rauque – et elle serait sans doute aphone le lendemain, les cordes vocales usées par ses récriminations et l’abus de boisson. Le vin avait fait de la panthère insaisissable une loque humaine que son fils, à coup sûr, aurait considéré d’un air dégoûté s’il l’avait vue à l’œuvre. Mais Bran n’était pas là. Il n’y avait que ce mec aussi seul qu’elle, sur lequel elle avait jeté son dévolu pour déverser sa bile.
Tant pis pour lui. Il n’avait qu’à pas se trouver là ce soir.
- Et qu’est-ce que ça veut dire, ça, au juste ? rétorqua-t-elle avec un reniflement narquois.
Voilà encore sa chance qui venait frapper : il fallait qu’elle tombe sur un philosophe qui parlait par énigme. En d’autres circonstances, cela l’aurait peut-être amusée, mais comme, dans son état, traduire ses paroles relevait du casse-tête chinois, elle secoua la tête en émettant un rire incrédule.
- Mmh, mais vous n’êtes pas à ma place, n’est-ce pas ?
Elle leva son verre, ses lèvres gondolées en un sourire railleur, et vida d’un trait son verre. La brûlure dans son œsophage eut au moins l’avantage, durant trois secondes et demie, de lui faire oublier la douleur lancinante dans sa paume. Entre-temps, une bouteille de bière était apparue et Stella la considéra d’un œil méfiant – ou indécis, elle ne savait pas trop.
On boit à quoi ?
Le choix était sans doute vaste, elle aurait pu sortir n’importe quel toast cynique, mais ses pensées semblaient figées, troublées. Cela ne l’empêcha pas d’attraper la bouteille et de la lever à mi-hauteur, en proie à une réflexion trop ardue pour son esprit anesthésié. Stella pinça les lèvres, fit mine de chercher l’inspiration au plafond, puis elle se tourna vers sa victime d’un soir :
- A un retour catastrophique. Comme tout ce qui caractérise ma vie, déclara-t-elle en élevant la main. Et pour toi, on boit à quoi ?
L’alcool rendait familier. L’alcool désagrégeait les vies mais, parfois, le temps de quelques heures, il pouvait donner l’illusion de trouver une âme sœur en son voisin. Ce soir, il n’était peut-être qu’un pauvre plouc qui ramait dans la vie – elle n’en savait rien, elle imaginait simplement – et elle était un déchet humain sans la moindre fierté, mais qu’est-ce qu’ils en avaient à foutre ? La nuit était étoilée, le bar quasi somnolent et l'aube ne viendrait pas avant quelques heures salvatrices. Elle aurait tout le temps de regretter ses choix (de mots, d’alcool, de compagnie, de lieu de perdition, qu’importe) demain.

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Eason Harjo

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptySam 10 Aoû - 14:03


C’était au lendemain de son recrutement qu’une poignée de bureaucrates avait jugé bon de le mettre au parfum : un feuillet de papiers amassés tendu dans sa direction. Une procession intelligible de lettres, un regroupement de mots  - tout un changement ; comme si une entité s’était chargée de renverser la vapeur et installer un tout nouveau prisme.
A moins que ladite entité n’ait rien fait d’autre que de retirer tous les filtres ? On lui avait dit ‘ Eason Harjo, nouvelle recrue, hein ?’ il avait hoché la tête, adolescent à corpulence moyenne – pour ne pas dire chétive-, noyé sous un hoodie trois fois trop grand pour lui, on aurait encore pu lui prêter un air innocent – comme celui que portent ces enfants qui ont grandi trop vite.
Deux énormes billes marrons arquant des sourcils fourrageux, expectatives d’une question - car il n’avait aucun doute à ce sujet, l’expression qui vrillait ce visage-là était identique à celles qui vrillaient ceux des autres individus aux tempes grisonnantes qui lui faisaient face dans cette pièce soudainement devenue trop étroite. Bill lui avait tout appris mais, concernant la méfiance, il s’en était chargé tout seul, comme un grand.
La première fois, c’était à cinq kilomètres de salt lake city, dans un hameau nommé White Cave ; il avait seulement fallu un agent fédéral , assis dans un vieux dinner qui servait des petits déjeuners copieux et une serveuse mal coiffée, trop curieuse, pour déclencher ce sentiment : c’était le réveil d’une peur primitive, d’un long sommeil insoupçonné.
Un ‘is this man your father, son ?’ et le mutisme, les paroles coincées au fond du gosier, incapables de franchir la barrière constituée d’appréhensions, de dents, de lèvres enchevêtrée et serrées. C’était son père et jusque lors, il n’avait jamais éprouvé aucun soupçon là dessus. Dans cette pièce là, on lui avait dit ‘Nous avons de nouvelles informations à vous fournir’ - c’était peut-être le ton employé  ou encore le deuil qu’il n’avait pas entièrement fait mais le Eason de dix huit ans avait failli tourner de l’oeil.
Alors, avec le temps et cette ‘expérience’ dont tout le monde fini par parler un jour – sans être capable de l’expliquer -, il avait compris que peu importe les certitudes qu’il pensait avoir, il n’en était jamais qu’au début : le début d’une expérience, le début d’une situation, le début d’un nouveau chapitre. Même le cul vissé à ce tabouret là, une bière à la main, prêt à trinquer avec une femme dont il n’avait jamais aperçu les traits dans cette ‘ville merdique’.  Ils buvaient au ‘ retour catastrophique’, aux vies du même acabit ; ils buvaient simplement à toutes ces choses qu’ils avaient du mal à avaler et dont ils pensaient sûrement à tort pouvoir faciliter le passage, sans se soucier de l’ivresse, de sa perception et des mauvais choix qui en résulteraient.
Mais à quoi buvait-il, lui, l’individu garant de craintes ? Buvait-il à la vie ? A l’oubli ? - A White Cave. A toutes ces choses que je me garde de dire.   Il leva sa bouteille et la fit s’entrechoquer contre celle de la blonde ; avant de boire une longue gorgée. Lorsqu’il porta l’oeil au contenu, il ne restait plus qu’un fond de bouteille. Il avait bu sa première bière à l’âge de treize ans, dans la cour d’un club de strip à l’époque où Bill était encore videur, avant la finance et ses délires d’entrepreneuriat. Avant New York, avant le fameux cours de sciences. Si lui avait été donnée ne serait-ce qu’une seule occasion de tout refaire et de tout dire, qu’aurait-il fait ? Qu’aurait-il dit ? - Demain est un autre jour et tu auras peut-être une opportunité à saisir ; faire en sorte que cette ville te paraisse un petit peu moins merdique, ton retour moins catastrophique. Il fallait vraiment qu’il arrête ses conneries confucianistes. Il ne croyait pas à ses propres paroles et il ne faisait aucun effort pour en donner l’air. Ou saisis cette opportunité maintenant. Et n’attends pas demain. Pourquoi t’es là ? l’interrogea-t-il, c’était  une question spontanée, une attitude qui l’était autant. J’veux dire, qui ou qu’est-ce qui t’a blessé ? Il y avait en suspens comme un défi dans l'air, lancé , attendant qu'elle le fasse, oui, qu'elle le saisisse.
 

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Stella Kahnwald

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyMer 14 Aoû - 17:34

Des soirées comme celles-ci, Stella en avait malheureusement pas mal à son compteur. Elle avait beau exceller dans l'art de s'en sortir d'une manière ou d'une autre, il fallait toujours que quelque chose vienne plomber sa chance et la ramène à cette sensation désagréable qui lui parcourait les nerfs, qui s'insinuait dans les fissures à peine visibles de son coeur. La cause variait, les lieux aussi, mais rarement l'agonie au réveil. Quand elle ouvrait les yeux, c'était toujours pour contempler le plafond comme s'il s'agissait du bout du monde, de la fin des temps, du fond du trou. Elle en analysait les moindres aspérités, avec cette impression de peser une tonne sur le matelas, un poids que ses membres ne supportaient pas. Quand elle parvenait enfin à rouler sur le côté pour se trainer jusqu'à la salle de bain et y boire un verre d'eau, il pouvait s'être passé deux ou trois heures et Stella n'avait plus alors la force de rien, si ce n'est s'écrouler dans le canapé avec un grondement. Elle tâtonnait autour d'elle, cherchait la télécommande et allumait la télévision, juste pour ne pas être seule, juste pour qu'un bruit vienne parasiter l'air et elle observait alors l'écran d'un oeil vide, absent. C'était à ces moments-là qu'elle avait eu tout le loisir de refaire sa culture cinématographique (cynisme, évidemment, car les oeuvres diffuées à ces heures où tout le monde travaillait étaient réservées aux désoeuvrés comme elle ou aux enfants). Stella ignorait comment on pouvait produire autant de conneries mais elle avait la preuve que c'était possible. Comble de son malheur: son cerveau avait beau sembler fonctionner à moitié et/ou au ralenti, ça ne l'empêchait pas d'enregistrer des détails idiots qui ne manqueraient pas de surgir au moment le plus inopportun. De quoi allait-elle pouvoir s'abreuver le lendemain? se demanda-t-elle avec un sourire creux, en pensant à l'enfer qui l'attendait d'ici quelques heures.
Mais pour le moment, elle allait bien - ou aussi bien qu'on peut l'être avec une main vaguement enrubannée d'une serviette, avec un taux d’alcoolémie élevé, une haine profonde pour son ex-mari et l'ignorance totale de ce qu'on fout là (là, dans ce bar, dans cette ville, dans cette vie) - la descente n'avait pas encore commencé, elle pouvait sans doute compter sur quelques heures supplémentaires de semi-répit (six? sept? si on était optimiste de nature, ce qu'elle n'était pas).
- White Cave? répéta Stella d'un ton plat. Jamais entendu parler. C'est où, ça?
Comme si, parce qu'elle avait sillonné le continent dans sa largeur et dans sa hauteur, elle pouvait tout en connaitre. En même temps, l'Utah, c'était pas trop son truc.
- A toutes ces choses que tu te gardes de dire.
Un sourire moqueur vint retrousser les lèvres de Stella qui émit un rire, entre ricanement et incrédulité. C'était bien sa chance, elle devait être tombée sur un toqué. Ou un dépressif. Elle ne savait pas ce qui était pire mais elle noya l'incertitude d'une rasade de bière qui la fit grimacer. Elle n'avait plus l'habitude de boire ce breuvage qu'elle jugeait trop masculin. Ses années de débauche l'avaient menée vers les cocktails, le vin hors de prix (et la vodka, oui). Elle n'avait sans doute plus bu de bière depuis... Oh, il était trop tard pour s'en soucier et encore plus pour s'en rappeler. La voix du jeune homme la ramena cependant à lui et elle le dévisagea un instant, comme s'il s'était mis à parler russe. Elle eut l'air d'analyser son discours puis une lueur glissa dans ses grands yeux bleus ivres et ses lèvres s'écartèrent pour dévoiler ses dents et laisser échapper un rire - un rire qui ne sonnait même pas faux, étrangement. Elle mit quelques longues secondes à se resaisir puis se passa les doigts sur les lèvres, comme pour effacer cet éclat spontané.
- C'est mignon, cet optimisme. Dommage que tu n'essaies même pas d'avoir l'air d'y croire, lâcha-t-elle avant de hausser les épaules et de s'enfiler une nouvelle goulée.
Peut-être qu'il entrevoyait le désastre qui lui faisait face et dans ce cas, elle ne pouvait pas vraiment le blâmer d'y mettre si peu de conviction. Le chaos ambulant Kahnwald avait perdu pied depuis une éternité et il était peu probable qu'elle se remette sur les rails - même si elle avait tenté cette aventure de la dernière chance.
- Quelle opportunité, mon lapin? demanda-t-elle, sincèrement confuse.
Que pouvait-elle foutre pour arranger sa vie? Elle n'aurait même pas su par où commencer et, de toute façon, elle savait qu'il était trop tard. A trente-sept ans passés, sa chance s'était envolée avec sa jeunesse - si seulement elle en avait eu un jour, de cette poussière de fée.
Stella faillit dire qu'elle était là pour son fils - celui-là même qu'elle avait abandonné avant même qu'il ne naisse ou presque - mais la seconde question de l'inconnu l'aiguilla dans une autre direction et elle baissa les yeux sur sa main maladroitement bandée.
- Oh, ça. Une putain de bouteille de vodka.
Un sourire aigre lui figea les lèvres et elle soupira:
- Si même cette traitresse se met à me lâcher, qu'est-ce qu'il me reste? ironisa-t-elle. La bière?
Elle agita sa bouteille, manqua d'en renverser sur le comptoir et la reposa brutalement. Peut-être que la question de l'inconnu avait eu une autre signification mais elle avait opté pour celle qui l'arrangeait.
- Et toi? Qu'est-ce qui t'a blessé? s'enquit-elle, comme si elle était soudainement prise de lucidité, dans le brouillard de son ivresse. Et ne me dis pas rien. Je sais quand les gens mentent. J'ai un sixième sens pour ça.
C'était surtout qu'il n'y avait que quelqu'un de blessé pour poser une telle question, non? Peut-être même pas. Mais Stella s'en fichait.

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyDim 18 Aoû - 21:05


Du coin de l’oeil, il observa les mouvements de la femme, presque avec fascination ; tiquant à l’emploi du surnom ‘lapin’.
 Une main bandée, une bouteille entamée agitée sous son regard ; il resterait la bière jusqu’à la prochaine prohibition songea-t-il, amusé par le talent déployé à éluder les questions, à balayer les réponses attendues – l’inanité de ce manège grotesque et le personnage quasiment ubuesque brossé par celle qui lui faisait l’appoint de réparties persifleuses.
Un contenu somme toutes nidoreux, vendu aux plus crédibles auxquels il lui semblait ne jamais s’être identifié.
Eason Harjo détestait les faux-fuyants et il n’avait pas l’intention de se laisser berner par ce qu’il avait décelé chez la femme comme l’exercice contestable  d’une stratégie de conservation. - Tu auras l'droit de me retourner la question qu’une fois qu'tu auras répondu à la mienne – l’informa-t-il, portant à nouveau la bouteille à ses lèvres dont il termina le reste ; il fit signe au barman, désigna la bouteille de tequila dont il avait servi des shots aux pêcheurs bruyants qui s’étaient installés en bout de comptoir puis reporta son attention sur la blonde. Je t’en demande trop ? - s’enquit-il de savoir, arquant un sourcil ; paupières plissées, essayant de déterminer les raisons qui auraient pu expliquer la parade : la douleur – c’était une excellente excuse, une excuse de lâche dont il se servait souvent -, l’alcool – un excellent exutoire, au même titre que le sexe et peut-être moins dangereux, à condition de savoir avec qui se lancer dans l’aventure- , la mésestime de l’interlocuteur – probable, ne s’était-elle pas adressée à lui sur un ton infantilisant quelques minutes plus tôt?-.
Cela pouvait être une combinaison insolite de toutes ces raisons – des facteurs devenus instigateurs  puis modalités. Elle était dans l'un de ces sales états que l'on ne pouvait que prêter à une peine de cœur; n'était-ce pas pour cela qu'il était lui même là ? Lui qui n'avait pas envie de parler, qui n'avait pas envie d’interagir d'une quelconque manière avec qui que ce soit et qui pourtant, chassait les paradoxes, se complaisait à définir indécision et incohérence, suffoquait sous la simple idée de s'ouvrir aux autres. Qu'est-ce que cela lui avait apporté la dernière fois qu'il s'était donné cette peine ? Quelle sensation ? Celle d'être accepté ou celle d'être libre, celle d'être plus vivant que vivant, plus en tout cas que jimmy stosic ? T'as la cervelle qui tourne au ralenti ? Ou est-ce que tu es bien plus maligne que tu ne le laisses paraître, blondie n'est pas qu'un joli visage, c'est peut-être pour ça que blondie est malheureuse.
Il parlait, pour ça, il le faisait comme il ne l'avait plus fait depuis son premier tour, plus depuis son adolescence, plus depuis les fantômes de studio city et l'odeur enivrante de Tulipe. L'instant était propice, des planètes s'étaient alignées à son plus grand dam; s'il fallait qu'elle lui décoche une gifle ou des constats acerbes, il était fin prêt à en esquiver les jets avant de se laisser atteindre par leur toxicité - c'était le change qu'il aurait amplement mérité. Le barman déposa les shots et les remplit et pendant les secondes que dura son action, Eason quitta du regard les cercles bleus vifs qui lui perçaient la rétine, se tut et apprécia avec quelle habilité l'employé versait le liquide d'un shot, d'un seul trait, à l'autre sans en renverser le moindre millilitre. - Qu'est-ce qui pourrait plus blesser que le regard des autres ? ou simplement les autres, l'importance qu'il pouvait leur accorder, accorder à ces opinions critiques. A tous ces gestes oblatifs qu'il avait eu et qui n'avaient pas été réciproqués. A tous ces sentiments  - oh il ne fallait pas se leurrer, c'était à l'amour qu'il pensait à cet instant là, à ce seul sentiment difficile à appréhender et qui l'avait mis dans la merde à chaque fois  - qui avaient été vains, refoulés. Il buvait à tout ce qui avait été dit, au contraire et à tout ce qui avait été fait, en vain. A White Cave, au réveil, à ces bureaucrates et à ces innombrables vies vécues tout juste après. Faisandées par la connaissance. A cet anniversaire. Il avait été blessé par la vie mais, il n'avait plus personne à confronter pour ça. Pleurnicher c'est ce que l'on fait là, nan ?  Tu pleurniches, je pleurniche. Pas besoin d'un sixième sens pour remarquer ça.Je t'ai demandé de me dire qui t'avait blessé. Mais, tu m'as vu désigner ta main ? Ça, ça guérit vite. C'est pas de cette plaie là que je parlais. Pourquoi l'attaquait-il ainsi ? Sans élever la voix, sans s'agiter non plus. Constat après constat. Je te parlais de ce qui t'a fait acheter cette bouteille en premier lieu, de ce qui t'a fait rentrer dans ce bar, de ce qui t'a fait revenir dans cette 'ville merdique'. C'est sur cette plaie là qu'il faut que tu travailles et c'est de cette opportunité que je parle, mon lapin. Il prit un shot. Alors, il ou elle s'appelle comment ?
 

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Stella Kahnwald

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyMer 21 Aoû - 13:25

Stella n’avait eu aucune stratégie lorsqu’elle s’était tournée vers l’inconnu pour s’adresser à lui, même si on ne pouvait pas non plus dire que l’innocence faisait partie de sa personnalité. Elle l’avait pris au hasard, emportée par son ivresse notable. Le fait qu’il ne soit pas désagréable à regarder avait un peu aidé, sans doute. S’il avait été ventripotent, des miettes de sandwich plein la barbe et dissimulant maladroitement une calvitie prononcée, autant dire qu’elle ne lui aurait même pas jeté un regard. Mais elle n’avait eu aucune idée en tête si ce n’est ne pas se retrouver à parler toute seule – le comble de la déchéance qu’elle ne voulait surtout pas atteindre, même si elle avait déjà esquissé quelques pas dans cette direction. Or, voilà que la réponse de l’inconnu venait de changer la donne, comme si, tout à coup, la silhouette cartonnée à qui elle s’était imaginé faire la conversation prenait vie. Quant au sourire qui glissa sur les lèvres de Stella, on n'aurait su dire s’il était amusé ou agacé (et dès lors piqué d’une pointe de mépris).
- Oh, mais c’est qu’il sort les crocs ? s’exclama-t-elle, railleuse, en s’accoudant au comptoir sans la moindre grâce, comme si elle était une pochtronne qui n’aspirait qu’à en découdre à la moindre provocation (même si, pour le reste, sa tenue n’en donnait pas l’air).
Qu’on ne s’y trompe pas : Stella Kahnwald avait été à l’origine de bagarres phénoménales, certaines particulièrement sanglantes, mais elle laissait aux imbéciles le soin de se refaire le portrait (ou de se tirer les cheveux quand il s’agissait de femmes), pas question, en effet, que sa peau de pêche soit abîmée avant l’heure.
Lui en demandait-il trop ? Sans doute. Incontestablement. Exiger des choses d’elle avait généralement le malheureux effet inverse, même si ça l’avait assurément menée à des situations rocambolesques uniquement parce qu’elle voulait contrarier les attentes des uns et des autres. L’affaire Jacob Rose, pour ne citer qu’elle, en était le parfait exemple. Au fond, elle avait tout de la gamine capricieuse qui a décrété que jamais elle n’obéirait à quiconque, et si ça la menait droit dans le mur, Stella préférait encore se le prendre en pleine face que d’admettre ses torts. On n’en arrivait pas là où elle était en suivant sagement les consignes, après tout. Alors elle haussa les épaules, lui laissant tout le loisir d’interpréter sa réponse.
- Blondie n’est pas malheureuse, elle est furax, se contenta-t-elle de répliquer en se tortillant sur son tabouret (car ce seul aveu, cette seule mention de ce qu’elle ressentait, ne faisait que mettre de l’huile sur le feu, embrasant tout son corps de cette colère sourde et haine rageuse qu’elle éprouvait à l’égard de son ex-mari). Mais dis-moi une chose : qu’est-ce que ça peut te foutre ? Mmh ?
Croyait-il qu’elle allait se mettre à lui déballer sa vie sous prétexte qu’elle n’avait personne à qui parler et qu’il avait eu la bêtise de réagir à ses propos ? Elle prenait peut-être un risque (qui sait, en effet, comment un type rencontré dans un bar pouvait réagir ? il n’apprécierait peut-être pas le ton sur lequel elle s’adressait à lui ?) mais jamais Stella n’avait été très réfléchie, agissant souvent sur un coup de tête, sous le coup de l’émotion – un comble pour celle qui s’en croyait royalement dépourvue. Prête à monter au front, elle continua à fixer son interlocuteur, même lorsque celui-ci détourna les yeux pour observer le barman à l’œuvre – et elle en savoura peut-être même encore plus les détails, alors qu’elle imprimait ses traits dans son esprit imbibé – attendant la suite, parce qu’il ne manquerait pas de continuer sur sa lancée, n’est-ce pas ? Bingo. Seul un ricanement dédaigneux échappa à Stella lorsqu’il fit allusion au regard des autres. Si elle avait dû se soucier de cela, elle ne serait certainement pas là où elle en était aujourd’hui.
- Incroyable, finit-elle par s’exclamer lorsqu'il eut fini son laïus moralisateur. Aurais-je l’immense privilège d’avoir mon propre Sean Maguire ? Et de l’avoir rencontré sur le coin d’un comptoir, en plus ?!
Encore une de ces stupides références à un film vu à une heure improbable. Dieu seul savait pourquoi elle retenait des détails aussi cons. Mais le fait était là : leur échange lui faisait penser à ce film des années 90’, où Robin Williams cherche à percer la carapace d’un petit génie des bas quartiers. Oh, elle savait que la comparaison s’arrêtait là, elle n’avait aucune capacité intellectuelle extraordinaire si ce n’est celui de se foutre dans le pétrin en un claquement de doigts. Était-ce ce qu’elle venait de faire avec ce type ?
- Je t’arrête tout de suite, mon poussin. Personne ne peut me blesser. Je n’en ai strictement rien à foutre de ce que les gens pensent de moi et, par extension, de ce que tu peux croire. Peut-être que je ne suis rien d’autre qu’une saoularde qui n’aime pas dormir. Peut-être que je n’ai aucune envie de travailler sur une plaie imaginaire. Peut-être que j’ai juste la tête à l’envers parce que je m’emmerde. Peut-être que j’ai juste envie d’écraser la gueule de mon ex-mari. Et peut-être que je te préférais quand tu te taisais, en fait.
Des flammes vrillaient ses yeux clairs, malgré le sourire qui lui écorchait les lèvres et elle conclut sa tirade en attrapant un shot, sans lâcher les grands yeux du jeune homme du regard, avant de le boire d’une traite et de le poser avec un air de défi.
- A la tienne. Et pour ta gouverne, je ne pleurniche pas. Ne prends pas ton cas pour une généralité.
Stella se rassit, dardant sur lui un regard glacé et elle se détourna pour lui offrir son plus joli profil, non sans attraper sa bière pour ravaler l’amertume qui lui salissait la gorge. Elle qui se targuait de garder son sang-froid en tout occasion, de rendre même les autres fous pendant qu’elle se contentait de sourire, venait d’offrir un spectacle particulièrement pathétique.
Mais c’était la faute de l’alcool, voilà tout.

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Eason Harjo

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyMer 21 Aoû - 19:39


Mimant Blondie, il attrapa un shot et le but cul-sec.
Celui-là lui était dédié : Sean Macguire du Will Hunting qui le flanquait, génialissime fortement enivré, adepte de l’apitoiement et de l’autosabotage déguisé en énervement cassant et en parade distrayante.
Le genre de comportement suspect et franchement criard ; sa propre version de la scarification, l’expression de sa détresse psychique, murée dans un bar : vocalise, relents d’alcool et pathétisme notoire. Pleurnichage dans sa trame d'impression.
Mais, que possédait-elle de plus qu’une personnalité clusterisée digne de faire l’objet d’une étude minutieuse - qu’il remit aussitôt à plus tard  - ?
L’homme se mit à  glousser , quelques secondes durant lesquelles il dut reconnaître qu’il ne s’était pas attendu à autant de bagou – ni à la démonstration d’autant d’effronterie ; de toute façon, Eason avait appris à ne s’attendre à rien.
Puis il se mit à rire, il le fit résolument, il le fit sincèrement, il le fit surtout totalement : secousses, bruit guttural, lèvres retroussées sur des dents à l’alignement disputable. Il le fit comme il ne l’avait plus réellement fait depuis studio city – plus depuis la route 66, Polhaus et l’exploration d’un monde impénétrable. Plus depuis l’Oklahoma, Bill et la yellowstone. Plus depuis les sourires soutirés, l'accalmie accidentelle; blondie thaumaturge. - Personne ne te blesse toi, hein. N'y avait-il que des personnes susceptibles de 'l'énerver' ? N'y avait-il que des plaies imaginaires, des berges imaginaires, du sang imaginaire, une douleur imaginaire qu'on ne s'embêterait même pas à traiter, à soulager, parce que forcément le soulagement ne serait que fondamentalement imaginaire aussi ? Elle possédait une façon de s'exprimer qui dénotait une recherche constante de faire diversion; il ne fallait pas s'attarder sur les failles qui zébraient des fondations qui semblaient vraiment solides. Harjo avait tôt fait de comprendre - parce que la vie n'était faite que de constats, de vérités, de leçons, de compréhension - que la façade était trompeuse; qu'il était possible de travailler dessus, comme il lui avait suggéré de travailler sur sa plaie. Peut-être qu'elle savait mieux s'y prendre que lui, peut-être même aurait-elle pu lui dispenser quelques leçons. Seulement, il ne s'était pas rendu dans cet établissement pour apprendre quoi que ce soit, ni comprendre quoi que ce soit, ni supporter qu'une inconnue lui reproche de 'parler' alors qu'il n'avait fait que se taire pratiquement toute sa vie, de peur de. Ou peut-être que tu es seule. Peut-être que tu es venue ici parce que tu en as marre de l'être; Windmont Bay, ce bar. Pour éviter de l'être parce que - qui sait ce qui aurait pu advenir de toi si tu t'étais retrouvée recluse, avec ta fameuse bouteille de vodka ?  Pour sûr, elle s'en fichait du regard des autres et elle devait beaucoup s'emmerder pour envisager de venir lui tailler une petite bavette alors que des milliers d'options bien plus plaisantes se seraient volontiers offertes à elle pour un seul de ses sourires. Elle lui avait donné l'occasion d'en apercevoir deux ou trois depuis qu'elle était venu s'installer là  - elle était nettement plus sensationnelle lorsqu'elle souriait.
Elle le préférait lorsqu'il se taisait, il la préférait lorsqu'elle faisait risette, hein, donc ?
A quelle alternative s'exposaient-ils alors ? - Tu te comportes exactement comme un animal blessé. Elle s'était laissée approcher, suffisamment pour communiquer une mauvaise idée; la baisse de vigilance d'Eason l'avait conduit à le mordre. Ouais, elle était blessée, il n'existait plus aucun doute à ce sujet et il savait déjà qui devait avoir porté le coup, elle n'avait pas hésité à désigner son ex mari, d'un ton rageur. Ou peut-être effectivement que tu as juste la tête à l'envers. Peut-être que tu devrais en rester là niveau boisson. Tu as déjà une coupure à la main et vu comment je m'y prends comme un manche pour désamorcer la bombe à retardement que t'es, c'est moi qui risque de me retrouver avec une coupure ou ...autre chose. Une seconde bouteille s'était matérialisée devant son regard alors qu'il s'appliquait à ne pas dévisager son interlocutrice. Les gens énervés vont taper dans un sac ou faire du footing; ils ne se font pas du mal et ne boivent pas - fit-il, sur ces mots, il attrapa sa bouteille d'une main ,  son paquet de cigarette posé sur le comptoir face à lui de l'autre, puis entreprit de se mettre en branle. L'envie de fumer s'était manifestée à l'instant même où elle était venue s'asseoir, il lui avait fallu plusieurs minutes avant d'interpréter les picotements  dans les doigts. Et pour ta gouverne, si, tu pleurniches -  ajouta-t-il, avant de se diriger vers l'extérieur où il pouvait déjà distinguer un nuage de fumeurs.  
 

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Dernière édition par Eason Harjo le Dim 8 Sep - 21:32, édité 1 fois
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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyMar 27 Aoû - 12:44

Elle n’aimait pas qu’il soit si à l’aise, si persuadé qu’il pouvait lui dire tout ce qui lui passait par la tête sous prétexte qu’elle était bourrée et qu’elle s’était adressée à lui la première. Oh, ce n’était pas la première fois que quelqu’un lui disait ses quatre vérités, mais c’était généralement fait sous le coup de la colère, dans l’unique but de la blesser – ou dans une vaine et pathétique tentative de le faire, en tout cas. Ces accès de rage incontrôlés avaient l’art de la faire sourire, de ce sourire qui dégoulinait de cynisme, évidemment. Elle ne se délectait jamais autant que lorsqu’elle pouvait assister à cette débauche de mots violents qui venaient ricocher contre sa peau de marbre. S’imaginaient-ils vraiment pouvoir la blesser, avec leur ego froissé, leurs mots hachés, leurs yeux révulsés (encore un peu et la bave coulait au coin de leurs lèvres). Elle aurait dès lors dû rire au nez de jeune homme, sans sentir l’effluve de vérité lui caresser la peau, lui démontrer qu’il avait tort sur toute la ligne – si elle voulait s’en donner la peine – ou l’ignorer royalement et écluser son verre avant d’envisager les différentes possibilités qui s’offraient à elle. Continuer à boire, sans réflexion aucune, uniquement pour abrutir cette houle qui la traversait à chaque fois qu’elle avait le malheur de penser à Jacob Rose (et à n’importe qui qui s’arrogeait le droit de la juger et de la mépriser). Abandonner son verre à moitié plein sur le comptoir et tituber jusqu’au Majestic pour s’effondrer dans son lit et oublier son état actuel. Ou chercher un interlocuteur moins horripilant que celui qu’elle avait eu le malheur de sortir de sa torpeur éthylique.  
Et voilà qu’il se mettait à glousser, ce qui hérissa sensiblement la blonde incendiaire qui n’esquissa pourtant pas le moindre geste d’attention dans sa direction. Ce fut tout juste si la peau de sa joue frémit lorsqu’elle serra les mâchoires autant que ses doigts autour de son verre. Mais quand il se mit à rire, elle dut carrément inspirer longuement pour contenir l’agacement qui, autrement, l’aurait poussée à lui balancer le fond de son verre au visage. Que ça lui colle bien à la face, tiens, que ça rende ses cheveux poisseux et lui donne un air ahuri. Il cesserait peut-être de rire comme un imbécile, à ce moment-là. Personne ne te blesse toi, hein. Stella tourna vers l’impudent un regard qui aurait pu le désintégrer et elle regretta que ses iris ne libèrent pas des lasers fulgurants pour le réduire à l’état de poussière insignifiante.
- C’est ça. Quelle analyse pointue. Je suis venue me fourrer dans ce bar minable pour me trouver un péquenaud parce que je me sens seule et qu’il vaut mieux prendre n’importe quoi qu’être seule, mmh ? Au moins ma bouteille de vodka ne m’aurait pas cassé les oreilles avec des hypothèses à la con.
Qu’est-ce qu’il croyait ? Qu’elle était en mal d’amour ou d’attention ? Qu’elle avait besoin de quelqu’un ? La blague était irrésistible, vraiment. Et il avait fallu qu’un inconnu aux grands yeux de biche larmoyante lui fasse la leçon. Quelle aubaine !
Stella souffla d’impatience et d’incrédulité. Un animal blessé, maintenant ? La seule blessure était celle qui était apparente, celle qui lui déchirait la main à chaque mouvement infortuné. Pour qui se prenait-il, à croire qu’il pouvait la lire comme un livre ouvert, à s’imaginer qu’il l’avait percée à jour, juste parce qu’elle s’était plainte de la qualité médiocre de cette ville où elle avait été exilée, bannie, recluse, et presque piégée ? Elle prit un air blasé et leva les yeux au ciel à sa nouvelle tirade. Sure. Il était évident qu’elle allait suivre son bon conseil et cesser de boire, qu’elle était une bombe à retardement. La seule chose sur laquelle il visait juste, c’était bien qu’il s’y prenait comme un manche avec elle. C’était presque dommage, songea-t-elle avec un sourire narquois, il aurait pu être à son goût s’il n’avait pris ses aises en croyant pouvoir la juger d’un coup d’œil, comme si elle était un personnage unidimensionnel qui n’avait même pas besoin de sous-titres pour être compris. Well, fuck you Mister White Cave. Raison pour laquelle elle ne prit même pas la peine de répondre, même lorsqu’il insista : elle pleurnichait. Seul le majeur de Stella se dressa à ces mots et elle le laissa filer.
Qu’il aille donc dispenser sa sagesse et ses sermons ailleurs, elle n’avait pas besoin de les entendre. Elle n’était pas en état de l’écouter déblatérer des inepties et s’il croyait qu’elle allait le suivre, il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Elle était bien contente qu’il ait battu en retraite le premier, d’ailleurs, parce qu’elle n’aurait pas quitté ce tabouret avant qu’il ait abdiqué ou fui. Encore furieuse, agitée de soubresauts nerveux, elle vida sa bouteille de bière et jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. S’était-il vraiment barré comme ça ? En croyant avoir gagné la partie d’un Si, tu pleurniches ? Stella glissa en bas de son perchoir et resta un instant immobile, le temps que le plancher cesse de tanguer, puis elle se dirigea vers la sortie. Elle débarqua au milieu d’un groupe de fumeurs et ne chercha même pas à en analyser l’échantillon humain – sexe, âge, taille, provenance – car son regard avait directement accroché l’inconnu et elle s’approcha de lui, le visage fermé, le regard étonnamment perçant pour son ébriété du moment, et elle lâcha :
- Je peux en avoir une ?
Il allait l’envoyer sur les roses – ah non, pitié, elle préférait encore finir dans les ronces – mais Kahnwald n’en avait rien à faire. Elle ne savait pas ce qu’elle fichait là, mais elle n’avait pas pu le laisser partir comme ça. C’était trop facile.

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyDim 8 Sep - 21:31


Les pas esquissés l’avaient mené un peu plus en retrait ; loin de ceux qu’une trop forte consommation d’alcool ou un naturel particulièrement arrangeant auraient encouragé à faire montre  de familiarité,   ceux là auraient été diablement tentés d’aborder celui qui à son avis biaisé s’était suffisamment mouillé jusque là (avec la blonde, l’emmerdeuse entêtée, la mélancolique-coléreuse, la femme fatale qu’il avait planté à l’intérieur et qui s’était fendue de commentaires trop acerbes pour une bouche à l’air si délicat).  Tulipe et elle n’étaient pas si différentes.
Mais, ça faisait un sacré bail qu’il n’avait pas regardé le ciel de sorte d’y admirer des stella  (ces phénomènes d’optique dont les noms lui échappaient – elle ne s’était pas présentée, il ne l’avait pas fait ; tous deux oubliant leurs bonnes manières); un certain temps qu’il n’avait pas réussi à les distinguer à travers les couches nuageuses (ces phénomènes d’optique grincheux). Ni à travers  l’état d’spleen qu’il vivait au quotidien depuis le onze septembre.  
Ces dernières années, il n’avait  eu le cœur ni à la poésie ni à la philo ; n’était pas encore née la personne qui allait changer cela (ou peut-être avait-elle vécu comme lui dix milles vies différentes, des millions d’expériences en plus, possédait la sagesse après laquelle il ne cessait de courir ou…un esprit de contradiction très affûté). Peut-être l’avait-il déjà croisé, l’avait-il déjà d’une manière ou d’une autre énervé, d’une manière ou d’une autre fait fuir. Lui, allumant frénétiquement sa cigarette , inspirant une longue bouffée avant de recracher la fumée – créature mythique imperturbable, c’était ce qu’il faisait de mieux ; ce que l’on pouvait traduire comme l’homme fuyant la tension, probablement Stella et tout ce qu’elle pouvait engendrer, ce qu’elle aurait pu si elle l’avait voulu, si elle n’avait pas été aussi rapace dans sa façon de l’appréhender – si incisive face au genre masculin - , bourrée de préjugés ou encore  blessée aussi bien de manière littérale qu’imagée – fallait pas chercher les épiphanies, pas près d’un bar, pas après avoir déversé plus de paroles qu’il n’avait été capable de le faire depuis son arrivée dans cette ‘ville merdique’. Cette cigarette qu’il tenait entre le pouce et l’index représentait parfaitement l’altération de l’image d’Eason Harjo, deux bouts – l’un incandescent, l’autre  plus tendre et une infinité de possibilités entre les deux. Personne n’aurait rien pu comprendre à cette masse de pensées déployées dans sa cervelle – il n’y comprenait pas grand-chose non plus.
Et ce n’était pas ce qu’il y avait de pire, non, le pire s’approcha de lui discrètement, comme plus tôt ; l’ironie de la situation ne lui échappa guère, elle marqua même ses traits : un sourire en coin s’afficha sur sa trogne tandis qu’il lui accordait l’accès au paquet de bâtonnets, le tendant dans sa direction. C’était sa façon de signifier que les mots qu’elle avait eu à son égard – pas les plus avenants – n’avaient eu aucun impact sur lui ; oui puisque la seule chose qui avait encore un impact sur lui c’était ‘le regard’, l’importance qu’il accordait aux autres. Ce qui tombait bien puisqu’il ne leur en accordait aucune, ni à Blondie ni à ses parades. Il aurait préféré pipailler seul, comme il le faisait toujours – attentif au bien être des autres (à ces vérités de tabagisme passif). Mais, n’était-elle pas venue le rejoindre ? Pour se payer une séance auprès d’un péquenaud. - T’aimes pas qu’on te dise les choses – débuta-t-il, se grattant la joue. Fair enough, il se comportait parfois pareil. Je n’avais pas l’intention de te faire une analyse à deux balles – qu’on soit clairs, je ne te juge pas et je n’ai aucun a priori te concernant. Il préférait préciser puisqu’il était pratiquement sûr qu’elle pensait tout le contraire. Il ne pouvait pas lui en vouloir, peut-être qu’il aurait réagit de la même façon. Je trouve juste dommage que ça t’atteigne aussi profondément. Il ne savait toujours pas ce qui avait motivé la blondinette à revenir dans cette ville, ni à rentrer dans ce bar, ni même à boire sa vodka à la con – il n’aspirait plus à le savoir, le voulait-il ? Peut-être qu’une part de lui , la plus importune à l’évidence, aurait aimé. Parce qu’elle avait l’air intéressant, qu’il se donnait parfois  - rarement, okay ? - le droit de relâcher la vapeur. C’était presque la date anniversaire – il se montrait toujours plus émotif lorsqu’elle approchait, il baissait sa garde – devenait plus vulnérable, il n’y avait pas de période plus propice au rapprochement. Au fond, il ne voulait surtout pas se retrouver seul, en proie à ses démons. Lui, dans ce bar, c’était la survie. Il était là parce qu’il en avait ressenti le besoin : de quelque chose ou de quelqu’un – et à l’instant où elle était entrée dans son champ de vision, il avait tout projeté sur elle. Il haussa les épaules, tirant à nouveau sur son filtre. - Moi-même, souffla-t-il, captant une œillade de Blondie, il développa. J’réponds à ta question, c’est tout.  D’aussi loin qu’il s’en souvienne, ç’avait toujours été lui, l’élément injurieux. Tu préfères que je t’appelle saoularde toute la soirée ? - oui, il comptait passer sa soirée avec elle au cas où cela aurait pu lui échapper - T’as quand même un prénom , rassure-moi, ou même ça t’as peur que je l’analyse ?
 

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyMer 11 Sep - 21:16

Elle n’avait aucune classe, Stella Kahnwald, mais elle savait donner le change, quand elle en prenait la peine. Ce soir, la belle couverture plastifiée se gondolait et laissait entrevoir le carnage que dissimulaient ces yeux de glace, ce sourire de fouine, cette chevelure de poupée Barbie. Mais elle n’avait rien d’une princesse en détresse, rien d’une Cendrillon en quête de son Prince Charmant. Elle n’avait jamais cru à ces inepties, de toute manière. Jacob Rose? Un trophée, un défi. On lui avait dit que jamais elle ne l’aurait et, forcément, elle avait dû leur prouver à quel point ils avaient tort - à quel point tous les hommes étaient corruptibles. Des promesses à peine déguisées, des sourires enjôleurs, des ronronnements et des chatoiements et le tour était joué: même cette garce de Stella pouvait se taper le prince du conte de fée, même si, après coup, elle aurait préféré s’en abstenir. Mais le passé était le passé, ce qui était fait était fait, elle ne pourrait pas réparer ses erreurs, elle ne pouvait que les trimballer partout avec elle. Que ça soit dans les boîtes branchées de New York, sur les grands boulevards de Las Vegas… ou dans un bar miteux de Windmont Bay. Les gens n’y voyaient généralement que du feu: une belle robe, des paillettes, une démarche conquérante et voilà qu’on l’affublait de noms d’oiseaux qui n’avaient rien d’exotique. L’assurance féminine - quelle pétasse - et la liberté sexuelle - quelle salope - ça n’était pas censé aller ensemble. C’était soit l’un soit l’autre, ou mieux, ni l’un ni l’autre. Elle pouvait avoir confiance en elle, bien sûr, mais alors il valait mieux endosser le rôle de la fille frigide, intraitable, inabordable. Elle pouvait coucher avec tous les hommes, si ça lui chantait, mais qu’elle ait au moins la dignité de le faire discrètement, bon sang, et de ne pas s’en prendre à ceux qui étaient déjà pris. Si elle avait été un homme… Ah, là, oui, évidemment, c’était une autre histoire. Mais Stella le clamait haut et fort, l’affichait sans concession: elle n’en avait rien à foutre de ce que les autres pensaient! Mais qu’un parfait inconnu vienne lui dire ses quatre vérités? Non, Stella n’appréciait pas. Mais alors pas du tout.
Alors elle aurait dû être satisfaite d’être débarrassée de lui, non? Ne plus avoir à subir son rire railleur, ses yeux trop perçants, ses mots trop évocateurs. Qu’il aille au diable, voilà ce qu’elle aurait dû se dire. A la place, évidemment, Stella avait fait tout le contraire. Elle venait se frotter aux arrêtes de son sourire, elle venait le défier, dans toute sa colère affutée comme un rasoir. C’était à croire qu’elle aimait cette sensation: ces écorchures qui lui lacéraient le coeur, qui pénétraient trop profondément son ego boursouflé, qui grattaient la couche de vernis écaillé comme si la vodka avait été un dissolvant et non un remède. Stella détailla le sourire de l’inconnu d’un air indéchiffrable, tout en se servant dans le paquet tendu. Visiblement, elle n’avait même pas réussi à le froisser, et elle ignorait si c’était bon signe ou au contraire, si elle n’aurait pas dû se méfier davantage de lui.
- Right… Tu serais bien le premier, lâcha-t-elle avec un sourire sardonique.
Elle ne le croyait pas une seule seconde, naturellement. Elle haussa simplement les épaules, n’approuvant ni ne niant ses propos.
- Je suis juste bourrée, fit-elle, comme si ça expliquait tout - ou rien, plutôt rien, en fait.
Cela voulait-il dire que ça ne l’atteignait pas autant lorsqu’elle était sobre? Ou qu’elle bourrait justement parce que ça l’atteignait plus qu’elle ne voulait l’admettre? Honnêtement, Stella n’avait aucune envie de le découvrir. Elle voulait juste errer dans une brume éthylique, chasser sa vie de merde, ses relations pourries, cet échec monumental qu’était son existence, retrouver l’insouciance de sa jeunesse, avant qu’elle ne rencontre Jacob Rose, avant qu’elle échoue sur la grève, avant qu’elle ne se perde complètement. Mais même ça, c’était peut-être un leurre, peut-être qu’elle ne s’était tout bonnement jamais trouvée et qu’elle avait passé ces trois dernières décennies à se chercher - en vain.
Un gloussement moqueur lui échappa. Bon sang, elle devait vraiment être loin pour en arriver à ce constat pathétique. Ce fut à ce moment-là qu’il reprit la parole et Stella le dévisagea comme s’il parlait une langue extraterrestre:
- Hein?
Elle fut à deux doigts de demander bêtement: quelle question? avant de se raviser. Elle n’était pas ivre au point d’avoir oublié l’essentiel de leur échange précédent et elle pinça donc les lèvres, tandis qu’un soubresaut nerveux traversait son bras - celui qui tenait la cigarette toujours éteinte.
- J’en ai strictement rien à foutre de comment tu m’appelles, répliqua-t-elle avec un nouveau haussement d’épaules, désinvolte (ou agité, c’était une angoisse insidieuse qui se diffusait dans ses membres, ou juste la fraîcheur nocturne, au choix). Mais si tu tiens tellement à le savoir, c’est Stella. Heureux?
Il aurait été si simple de mentir, de lui balancer un nom au hasard, juste pour ne pas lui donner une carte supplémentaire, mais elle était fatiguée, ivre et elle s’emmerdait. Alors pourquoi pas?
- Bon, et je l’allume avec quoi? demanda-t-elle en agitant la clope, l’air de dire faut tout te demander ou quoi?
Stella glissa la cigarette entre ses lèvres pincées puis donna un petit coup de menton dans sa direction, demandant, l’élocution altérée par l’absorption d’alcool et la clope au bec:
- Et toi, mon lapin? Tu ne vas pas m’obliger à t’appeler Sean toute la soirée, mmh?
Le coin de ses lèvres s’ourla d’un sourire qui tirait vers le rictus et elle leva un sourcil inquisiteur.

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyLun 23 Sep - 23:28


Deux jours auparavant avait germé l’idée.
Cette idée volatile devint vite , peut-être plus vite qu’il ne le fallait, fixe.
Et, trop tôt (bien évidemment), il s’était mis à fixer du regard, inlassablement, le fameux sac noir, celui qu’il ne défaisait jamais et qui, posé juste à côté de la porte, lui susurrait des paroles engageantes : il y avait tout un globe à découvrir, une multitude de mondes à visiter, des filaments goudronneux sur lesquels il ne s’était pas encore engagé. Puis, finalement, toujours cette envie de fuir. De s’éviter les White Cave ; des redites,s’éviter des danses malhabiles et les incontournables rauderies – qu’une mine compatissante et un ton badin pouvaient aussitôt transformer en soutien chaleureux. S’il n’avait pas été con, il se serait également évité Blondie : son regard d’acier, ses expressions faciales rejouant les guerres antiques. Elle possédait l’impétuosité d’Athéna, l’éclatante beauté d’Aphrodite ; la susceptibilité d’Arès, l’insouciance  d’un Dionysos. Bourrée, indocile, bruyante et mutine. Stella était une femme, pas une fillette -  mais elle était aussi irrévérencieuse qu’un mec (et cela lui plaisait beaucoup trop).
- Stella – répéta-t-il, levant les yeux au ciel, s’attardant pour une fois sur ces étoiles qu’il s’était si souvent surpris à contempler du temps où il vivait dehors. Où les grands espaces lui servaient de maison ; ni à l’abri d’un appart’, ni à celui d’une tente. Il ne commenta pas le choix de prénom – sûrement parce qu’il n’avait aucun réel avis le concernant : beau, adéquat. Il ne tenait pas tellement à le savoir, il aurait pu l’appeler saoularde sans problème durant le reste de la nuit, c’était surtout une question d’éducation. Et bien qu’il ait été élevé parmi les loups, il en avait reçu une.
Il plissa les paupières,  renifla  et secoua la tête ; pour être heureux, il aurait fallu qu’il n’ait rien su du tout. Il aurait fallu qu’il n’ait pas attrapé le feuillet, qu’il ait quitté la salle exigu.
Tous les White Cave auraient disparu, immatériels et insensés. Il n’était pas heureux, il ne l’était plus depuis un sacré bout de temps. Toutefois, peut-être qu’il était content, ce qui ne valait rien puisqu’on lui avait appris à se contenter de peu. - Tu l’allumes en frottant ensemble deux silex – lança-t-il, faisant un geste avec ses deux mains, la cigarette entre des lèvres étirées en un sourire crapuleux. Il n’avait aucun sens de l’humour.
Il s’exécuta ensuite, attrapant le briquet qu’il avait glissé dans la poche de sa veste et laissa la flamme lécher le bout du bâtonnet ; une lueur dansa quelques instants dans son regard, il la vit également dans celui de la blonde puis, comme toute image fantasmée, s’éclipsa pour ne laisser place qu’à l’insondable. Il n’avait pas décliné son identité, absorbé par Stella, cette attention qu’il lui prêtait depuis qu’elle était arrivée dans son champs de vision, consolant la sensation d’touffeur qu’il éprouvait depuis l’approche . -  Durant les premières conquêtes, les tribus élevaient les chevaux et les utilisaient comme montures en temps de guerre – il fit observer une pause dramatique puis reprit. Les chevaux ont toujours incarné la fougue, la liberté – pour moi, ils symbolisent la longanimité. Ils sont le courage éprouvé dans la souffrance morale. Bill lui avait tenu cette leçon, alors qu’ils campaient dans l’Idaho. - J’aimerais mieux qu’on me surnomme l’étalon ou le pur-sang  - il pencha la tête et termina sa cigarette d’une dernière et longue latte, puis il expira bruyamment visant le ciel étoilé. Pas mon lapin. Tu peux m’appeler Sean, si ça te chante– c’est un prénom comme un autre. Ou tu peux aussi m’appeler Eason, j’ai plus l’habitude . Il lui sourit et tendit la main pour se saisir de la bouteille de bière qui l’avait suivi jusque là, déposée sur le muret. Il en prit une gorgée. Je trouve que je ne m’en sors pas trop mal – il fit un geste désignant l’espace qui les séparait – moins d’un mètre – pour un péquenaud dispensateur d’hypothèses à la con. On ne s’est pas encore entre-tués, remarque la nuit est jeune. C’était la deuxième fois qu’il s’encombrait d’indicateur de temps pour souligner des intentions qu’il nourrissait sans gêne, naturellement. Pourquoi passer par quatre chemins, tourner autour du pot , cribler ses phrases de pléonasmes ? La gêne qu'il aurait pu ressentir terrassée par l'alcool ingurgité jusque là n'avait déjà plus voix au chapitre. - Fais-moi voir ta blessure Il avait lancé ces paroles avec désinvolture, un peu moqueur; à part la vodka, avait-elle d'autres hobbies dans la vie ?
Il s'alluma une seconde cigarette.
 

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Dernière édition par Eason Harjo le Lun 14 Oct - 17:31, édité 2 fois
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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptySam 28 Sep - 18:15

Stella Kahnwald n’avait pas toujours quelque chose derrière la tête. La plupart des gens l’auraient décrite comme la reine des manipulatrices, à enfiler un masque selon ses nécessités, une femme trouble, qui disparaissait au profit d’un nouveau rôle dès que la situation le requérait. Oh, Stella ne leur aurait pas donné tort. Une grande partie de son existence avait reposé sur ces jeux mystérieux dont elle semblait être la seule à connaître les règles - parce que c’étaient les siennes. On la croyait sans foi ni loi et, là encore, elle n’aurait pas dit le contraire. Il n’y en avait que pour elle, pour ce qu’elle désirait avoir, le rang qu’elle voulait atteindre. Elle avait dansé dans les hautes sphères, ce qui avait longtemps était son but ultime. Mais à force de regarder vers le haut, elle en avait oublié de jeter un oeil autour d’elle et quand elle avait fini par tourner un regard oblique vers le bas, ç’avait été la chute. Une chute vertigineuse dont elle n’était à l’évidence pas remise mais comme elle était la seule à le savoir, cela n’avait pas vraiment d’importance. Tant qu’elle gardait sa réputation sulfureuse, elle était sauve, et elle entendait dès lors la préserver un maximum. D’où la nécessité de tout réfléchir à l’avance, de tout envisager, de ne rien laisser au hasard.
Sauf que le hasard en décidait parfois autrement et il venait la narguer. Comme ce soir. Ce soir où elle n’avait eu d’autre objectif que celui de s’empoisonner le sang pour s’anesthésier l’esprit et oublier momentanément le chaos qu’elle engendrait, la brume dans laquelle elle errait et, moins consciemment, la solitude dans laquelle elle se noyait. Elle n’avait pas prévu de s’approcher - s’accrocher? - de cet inconnu qui, par chance, n’était pas désagréable à regarder - il était, en tout cas, beaucoup plus attrayant que la clientèle lambda d’un bar de cet acabit. Mais il fallait se méfier des belles gueules amarrées au comptoir, Stella le savait, il pouvait aussi bien être un boulet désespéré qu’un serial killer en quête d’une proie facile - et quoi de plus facile que de s’en prendre à une nana bourrée qui abordait n’importe qui? Bon, d’accord, si on en jugeait par l’affaire qui avait secoué la bourgade, elle n’était pas vraiment la cible mais on ne savait jamais. Stella Kahnwald n’était certainement pas revenue à Windmont Bay pour faire la une des journaux parce qu’on avait retrouvé son cadavre à moitié enfoui dans l’humus, en plein milieu de la forêt, ou lesté au fond de l’océan.
Le jeune homme répéta son nom et leva le regard vers la nuit étoilée. Stella ne l’imita pas, elle resta là à le fixer, ses yeux suivant le contour de sa mâchoire, s’arrêtant sur la pomme d’Adam offerte, avant de glisser lentement vers le creux au-dessus du sternum. Il avait l’air d’un vagabond, avec sa barbe peu soignée et ses cheveux trop longs. Pas mon genre, aurait-elle sûrement décrété dans d’autres circonstances (avec un taux d'alcoolémie moins élevé, à la lumière du jour). Son mouvement ramena cependant Stella à cet instant t, alors que ses yeux d’un bleu électrique se focalisaient à nouveau sur le malheureux qui avait écopé de sa compagnie.
- Hilarant, se borna-t-elle à répondre, en prenant un air blasé.
Elle irait demander à quelqu’un d’autre, s’il jouait à ce petit jeu-là. Peut-être le ventripotent avec son jean qui lui tombait des fesses - apparemment il n’avait pas trouvé de ceinture à sa taille - ou à l’échalas aux yeux révulsés qui semblait avoir oublié comment fermer les paupières. Mais à choisir, elle préférait tout de même qu’il l’oblige, et quand le jeune homme fit apparaître un briquet, Stella s’avança encore d’un demi-pas, sans le quitter du regard, et attendit que la calumet de la paix rougoie dans la semi-pénombre qui les auréolait.
- Merci, lâcha-t-elle après avoir tiré une longue bouffée qu’elle expulsa tout aussi longuement, comme si elle avait attendu ce bonheur inespéré toute la journée - ce qui était peut-être le cas, en réalité.  
Puis il se mit à parler et la jeune femme sembla s’arrêter de respirer, les bras croisés, la cigarette à l’extrémité incandescente portée à mi-chemin de ses lèvres, pour le considérer d’un air sceptique. Qu’est-ce qu’il racontait, maintenant? Il avait perdu la tête, ou quoi?
- L’étalon, rien que ça? répliqua-t-elle, moqueuse, en secouant la tête. Tu essaies de me dire que t'es bien monté? C’est un peu présomptueux, non?
Et comme si l’idée l’amusait, Stella pencha la tête, rictus aux lèvres, pour laisser courir son regard vers la zone incriminée.
- Je vais m’en tenir à Eason, si tu veux bien.
Stella haussa les épaules d’un air désinvolte et pinça brièvement la cigarette pour en aspirer une nouvelle bouffée, laissant son regard courir autour d’eux avant de revenir à son interlocuteur. Elle évalua la proximité de leurs corps, à laquelle elle n’avait pas prêté attention outre mesure jusqu’à ce qu’il la désigne. Elle aurait pu reculer mais seule sa main poursuivit son mouvement, alors que d’une pichenette, elle faisait voleter les cendres.
- La nuit est jeune, en effet, Eason. Ne sois pas trop optimiste, dit-elle avec un sourire en coin, lui laissant le soin d’interpréter le sens à sa manière.
Après tout, il croyait avoir un don pour la cerner, pour la comprendre, elle n’avait pas besoin de lui donner les sous-titres. Stella n’aurait éprouvé aucune gêne à laisser le silence retomber, juste pour lui ôter la satisfaction d’avoir raison, ou pour éviter de lui donner matière à réflexion. Elle n’appréciait pas d’être analysée par un parfait inconnu, et encore moins d’avoir la sensation d’être un livre ouvert dont il suffisait de tourner les pages pour découvrir le contenu. Elle n’avait pas continuellement gardé les gens à distance pour qu’un vagabond éméché s’immisce dans sa tête. C’était un coup de chance ou un coup de bluff, rien de plus. Il ne savait pas de quoi il parlait. Elle n’était pas aussi transparente.
- Pourquoi? T’es médecin, en plus d’être psy? ironisa-t-elle, une moue méprisante au coin des lèvres. Ce n’est qu’une égratignure.
Pourtant, pour une raison qui lui échappait, elle obéit et lui tendit sa main blessée, dont le bandage de fortune faisait peine à voir. Et à nouveau, elle le dévisagea sérieusement, entre curiosité et méfiance. Au moindre signe de danger ou d’entourloupe, elle récupérerait sa main, il pouvait en être certain.

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Message· · Sujet: Re: vodka is like water but with consequences vodka is like water but with consequences EmptyLun 14 Oct - 14:09


-  J’suis incapable d’intégrer une dérivée partiellec’était un mensonge- , alors avoir assez de patience , de volonté et de jugeote pour envisager ne serait-ce que de poursuivre ses études universitaires au sein d’un cursus comme celui de médecine ?
On l’aurait bouffé tout cru au premier semestre, au premier cours !
Non, après ses examens finaux, au lieu de rejoindre la fac de son choix (Cornell où Bill aurait fini par lui acheter une place) – il s’était enrôlé. Il n’était pas médecin  mais il avait connu son lot de bobos, de blessures,  la plus étendue ornait encore son cœur. Il n’avait jamais été optimiste, il jouait avec les cartes que la vie lui avait distribué. Ne visait jamais la lune. ‘Apprend à vivre selon tes moyens’ - longtemps, Bill et lui avaient vécu de rien. C’était bien plus simple ; dès lors qu’ils avaient été bénis plus rien n’avait eu le même goût, ni les boîtes de thon ouvertes à l’aide d’un canif au bord de l’interstate 76, ni même les coupes de champagne coûteux chipées au nouvel an – sur le parquet où son père travaillait comme un chien. Les heures et les heures qu’ils pouvaient occuper à échanger de tout et de rien avaient été remplacées par un manque odieux qui ,glouton, dévorait impétueusement tout sur son passage.
La première chose avait été la confiance qu’Eason avait pu avoir envers son père ; les promesses petit à petit oubliées au profit de la sempiternelle recherche de fric. Il avait décroché cet emploi en automne grâce à un vieil ami qu’il s’était fait du temps de la guerre du golf ; richissime, ayant un certain sens de la loyauté. En hiver, déjà, Bill et Eason n’avaient plus le temps de se dire deux mots. Au printemps, ils étaient presque devenus des inconnus l’un pour l’autre.
La seconde, l’estime.
Le feuillet s’était chargé de décimer tout le reste. Non, Eason Harjo, fils de Bill Harjo n’avait pas fait médecine – il était beaucoup trop dissipé pour se lancer dans de longues et interminables études, beaucoup trop fougueux – c’était un pur-sang que l’Irak allait finir par royalement mater. - C’était juste une excuse pour pouvoir te toucher – avoua-t-il, attrapant la main qu’elle tendait dans sa direction, la tirant doucement vers lui. C’était le sens qu’il préférait ; celui qui pouvait le plus se passer de mots. Ça n’était pas seulement la chaleur, pas seulement les battements des artères qu’il sentait à travers la peau, pas seulement la pâleur de l’épiderme comparée au teint airain qu’une forte exposition au soleil lui avait  fait acquérir. C’était tout ce qui suivait, l’essaim de bestioles hargneuses survolant ses muscles, la discordance faite d’électrons traversant sa paume – d’un pôle à l’autre, d’une manière totalement indépendante du temps ; ça aurait pu durer  des heures, des jours, des mois, une colonisation silencieuse, captieuse et furieusement justifiée, désirée pourtant imprévisible. Il resserra son étreinte, s’approcha sensiblement et porta son regard ,où des paillettes évoquant les souvenirs subsumés qu’il avait pu avoir tourbillonnaient sans cesse, sur la plaie. Comme le mot fruit subsumerait le mot banane.  Le mot femme, Stella, blondie thaumaturge. Il retira la serviette en papier imbibée de carmin, observa les berges où le sang coagulé commençait déjà à former une croûte. Il songea que le personnage qu’elle surjouait formait un genre de croûte et que peut-être que c’était tout Stella qui était une blessure ; pas seulement la ligne relativement profonde qui lui barrait de manière peu uniforme la main mais ces sourires éteints et ses gestes à l’obscure gravité. Si elle avait éprouvé le désir de soustraire à lui, à ses analyses de péquenaud, pourquoi n’était-elle pas à l’intérieur, bien au chaud plutôt que dehors , au froid, à s’en griller une ? Elle ne le connaissait pas mais, peut-être avait-il envie qu’elle le connaisse. Qu’elle le reconnaisse d’une manière différente, moins portée sur les qu’en dira-t-on. - Tu vas t’en sortir – finit-il par souffler, lui rendant sa main, avant de tirer sur le filtre de son sésame ; comme si c’était une réponse à une question plus compliquée. Une question nettement plus existentielle. Pas vraiment destinée à cette blessure-là mais à toutes celles qui avaient fait d’elle, elle. Mais, à ta place, j’irais quand même pointer aux urgences d’une clinique. Histoire qu’une personne plus compétente y jette un œil, ça pourrait s'infecter. Comme ça, je dirais qu’tu aurais besoin de quelques points d’suture. Ce serait dommage que tu perdes ta main, p't'être qu'quelqu'un aimerait un jour y mettre une bague C'était une égratignure qui comme toutes les autres laisserait une trace sur une main qui en avait vu d'autres.J’suis pas garé bien loin ajouta-t-il, faisant signe vers la rue d’en face où il avait déposé son pick-up, sans pour autant bouger d'un seul pouce.   
 

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