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Marnie Darnley

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Message· · Sujet: Careful creature made friends with time. Careful creature made friends with time. EmptyLun 22 Juil - 21:21

@Vesper Chapman

Burning cities and napalm skies, fifteen flares inside those ocean eyes

Obsession : idée, image, mot qui s'impose à l'esprit sans relâche ; en psychanalyse, représentation, accompagnée d'états émotifs pénibles, qui tend à accaparer le champ de la conscience. L’obsession était un état de conscience fréquent chez Marnie, qui vivotait d’une monomanie à une autre, tantôt courant après un individu, tantôt après une carrière, voire les deux. Depuis que Garett était ancré dans son existence – il ne lui avait guère fallu déployer beaucoup d’énergie pour parvenir à le faire manger dans le creux de sa main – elle s’était posée quelques temps et n’avait plus ressenti le besoin de se focaliser de manière répétitive sur une personne ou une action. Même si cela lui coûtait, elle devait remercier son frère, dont la présence plus régulière dans son quotidien avait maintenu son attention sur autre chose. Puis elle s’était ennuyée à nouveau, et avait décidé d’améliorer l’extérieur de sa maison, qu’elle ne fréquentait plus que quelques jours dans un mois, privilégiant la demeure de son fiancé, plus spacieuse et surtout plus confortable. Néanmoins, la compagnie hebdomadaire de la femme de ménage ne la satisfaisait plus, elle se sentait isolée dans cette grande maison et avait besoin de se sentir plus à l’étroit dans son cocon approximatif. Elle ne se sentait chez elle nulle part, et elle rêvait parfois à retrouver son manoir écossais dans lequel elle s’était épanouie des années durant. Mais cela ne pouvait plus être. Elle devait tirer un trait sur ce douloureux passé. De Darnley, elle ne possédait plus que le nom et quelques dollars sur son compte en banque. De nombreux mois s’étaient écoulés depuis l’arrestation de Nowosielski et elle commençait à croire qu’il n’en ressortirait jamais au cours de cette décennie ; elle se perdait parfois dans la contemplation de son annulaire gauche, autour duquel aurait dû s’enrouler une bague de fiançailles au diamant bien trop gros et à la limite du mauvais goût, puis le retour à la réalité la faisait soupirer. Elle n’avait pas parié sur le bon cheval, ses rêves de grande vie mondaine dans l’univers de la politique ne serait jamais. Elle devrait encore déménager et partir à la recherche d’un nouvel idiot du village auquel s’accrochait, comme l’algue parasite qu’elle était.

L’aboiement aigu de son lévrier la fit sursauter, elle siffla entre ses dents pour la disputer à sa manière et se releva du canapé. Elle croisa son reflet dans le grand miroir installé dans l’entrée, en profita pour se recoiffer puis essuyer le coin de ses lèvres rouge carmin, avant d’ouvrir la porte. « Vous êtes en retard, Miss Chapman, » soupira-t-elle lorsque le visage de la menuisière apparut au milieu de son allée. Elle la regarda se démener avec tout son attirail de travail sans que l’ombre de l’idée de lui proposer un coup de main n’effleurât son esprit ; elle avait eu rendez-vous chez sa manucure deux jours plus tôt, et Marnie n’était pas femme à aider son prochain, pas sans intérêt. Elle ne laissa guère le temps à la jeune femme de lui présenter des excuses bien méritées et s’effaça dans le couloir, porte ouverte, pour qu’elle la suive à l’intérieur. « Le salon rend très bien, surtout la table, mais il y a un défaut sur l’un des fauteuils, l’un de mes amis a failli se retrouver par terre alors qu’il prenait tranquillement un verre, un soir. » Fausse justification, bien qu’elle avait en effet remarqué que l’un des sièges n’était pas complètement d’aplomb, mais cela devait peut-être à la qualité de son terrain, qui n’était pas complètement droit. « J’ai payé assez cher vos services pour obtenir un salon de jardin irréprochable, vous ne trouvez pas ? » Elle croisa les bras devant elle, tournant le haut de son corps vers Vesper tandis qu’elle la détaillait des pieds à la tête sans une once de gêne dans son attitude, mais une bonne dose de condescendance. Elle avala sa salive avec un bruit un peu trop fort, qu’elle dissimula derrière un raclement de gorge, avant de détourner à nouveau son regard azur vers le salon de jardin, dont le design était à la fois classique avec une pointe de modernité, parfait pour quelqu’un de son acabit. Bella, qui était jusque là restée timidement dans la pièce à vivre, fit quelques pas hésitants dans leur direction et renifla la mallette à outils de Vesper. « Couchée, Bella, laisse les gens faire leur travail. » Comme si la chienne parlait couramment l’humain et comprenait ce qui lui était reproché. Elle avait déjà rencontré Vesper lorsque cette dernière avait livré le mobilier de jardin et semblait l'apprécier, qui s'avérait beaucoup plus douce que sa maîtresse. Un trait de caractère que Marnie avait remarqué, elle aussi.

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Dernière édition par Marnie Darnley le Lun 19 Aoû - 21:37, édité 1 fois
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Vesper Chapman

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Message· · Sujet: Re: Careful creature made friends with time. Careful creature made friends with time. EmptySam 10 Aoû - 21:05

D’expérience, Vesper sait que l’été est réservé aux petites commandes, aux réparations, aux travaux mineurs. C’est avec la rentrée de septembre qu’arrivent les grosses commandes – on reprend la construction des maisons en rondins de bois, le dur labeur qui s’étendra jusqu’au plus rudes temps de l’hiver. Mais l’été ce sont les petites œuvres. Windmont Bay se remplit des vagues de touristes qui veulent mettre les pieds dans l’eau, mais ses bonnes gens s’en vont en vacances vers des destinations plus exotiques et l’activité de Pioneer Log Home s’en ressent, le nombre de commandes s’amenuisent et leur nature est plus modeste. Mais ça n’est pas plus mal ainsi, pense Vesper. Elle ne prend jamais trop de vacances (où irait-elle ?) mais peut se permettre de plus courtes journées de travail. Ça lui laisse le temps de marcher sur la plage, de se perdre dans la fraîcheur de la forêt, de prendre tout son temps sur la route vers l’état de Washington pour aller rendre visite à sa mère. Et puis, quand bien même ce sont de petites œuvres qui occupent ses journées (comme réparer trois lattes du parquet du salon de Mr Campbell), elle peut prendre tout son temps pour les réaliser, accepter le café que lui offre Mr Campbell et même lui en demander un second (mais décliner son invitation à déjeuner) en l’écoutant d’une oreille attentive lui raconter les centres d’intérêt qui animent chacun de ses sept petits-enfants.
Elle est presque surprise de la chaleur extérieure quand enfin elle sort de la maison du vieil homme qui referme la porte derrière elle. Arrivée dans la fraîcheur matinale, elle se rend compte que le soleil a désormais atteint son zénith. Vesper grimpe dans le pick-up garé dans l’allée, prend quelques minutes pour avaler le sandwich au concombre et le muffin au beurre de cacahuète qu’elle s’était mis de côté pour le déjeuner, puis elle démarre l’engin et prend la route vers Windmont Bay, direction Ocean Avenue.
Elle stationne le pick-up devant la maison de Marnie Darnley, qui l’a appelée quelques jours plus tôt pour demander à réaliser des réparations sur le salon de jardin livré quelques semaines auparavant. Un aboiement aigu signale à la maîtresse de maison son arrivée alors même que Vesper est à peine descendue de voiture. Elle récupère son outillage à l’arrière du pick-up et s’avance dans l’allée menant à la maison, dont la porte s’ouvre avant qu’elle ne l’ait atteinte. « Bonjour Miss Darnley – désolée – » Vesper salue sa cliente qui ne lui laisse guère le temps de répondre à sa remarque et lui présenter ses excuses que déjà sa silhouette disparaît à l’intérieur de la maison. Elle la suit, sa mallette bien garnie à la main, et referme la porte derrière elle avant d’écouter ses explications plus détaillées sur les réparations requises. « Ravie qu’il vous plaise, » répond Vesper en jetant un œil vers le fruit de son récent travail, « et ne vous en faites pas, je vais vous arranger ça, » lui assure-t-elle d’une voix douce en esquissant un sourire et tentant de faire abstraction du regard perçant que Marnie pose sur elle et qui lui donne comme l’impression d’être passée au rayon X. Elle cligne et finit par baisser ses yeux vers la chienne, tout affairée à renifler sa mallette à outils, dont elle caresse distraitement le crâne de sa main libre avant que l’animal ne soit rappelé à l’ordre par sa maîtresse. Vesper prend également les mots de Marnie pour signal qu’il est temps pour elle de se mettre au travail et rejoint le salon de jardin qui lui est familier. « C’est celui-ci ? » demande Vesper qui désigne l’unique siège qui n’est pas soigneusement rangé auprès de la table, se tournant vers Marnie pour avoir confirmation. Elle pose au sol sa lourde mallette et se penche pour observer et analyser les défauts de stabilité du fauteuil, et jette de temps à autres un œil par-dessus son épaule vers celle dont elle croit sentir le regard azur pénétrant lui chauffer la nuque.

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Marnie Darnley

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Message· · Sujet: Re: Careful creature made friends with time. Careful creature made friends with time. EmptyLun 19 Aoû - 22:15

La confiance était un sentiment que Marnie n’avait pas l’habitude de ressentir. La méfiance coulait dans ses veines, sous sa peau diaphane, en grande partie parce qu’elle était elle-même une personnalité fourbe sur laquelle il était sage de conserver un œil constant. Il ne fut par conséquent pas surprenant de la trouver debout, les bras croisés, l’épaule reposée contre l’encadrement de la porte-fenêtre qui donnait sur le jardin. Elle acquiesça d’un signe de tête et d’un mouvement dédaigneux de la main l’invita à se mettre au travail tandis que, derrière ses jambes, Bella contemplait la scène avec le regard nostalgique d’un animal trop souvent rabroué. Malgré la légère affection qu’elle avait développée à l’égard de la chienne, sans doute à cause de sa solitude forcée, Marnie regrettait toujours ce fameux soir de Noël durant lequel Garett lui avait fait la surprise de lui offrir la pauvre bête. Elle aurait pourtant dû apprécier davantage la présence du lévrier dans sa vie, qui lui permettait parfois de ne pas sombrer dans la folie de l’isolement ; bien qu’elle fût arrivée à Windmont Bay depuis une interminable année, elle n’était pas parvenue à se lier d’amitié avec âme qui vivait. Les seuls individus qu’elle côtoyait un minimum étaient ceux qui avaient surgi de son passé dans des manières totalement aléatoires et incontrôlables, et elle se serait bien passée de plus de la moitié d’entre eux. Malgré les grands airs dont elle se parait, Marnie ne recevait pas souvent de la compagnie, et même si la venue de Vesper était strictement professionnelle, elle insufflait un vent de fraîcheur dans son quotidien, dont la lourdeur était comparable à la chaleur écrasante de ce mois de juillet. Perdue dans la contemplation de la chute de rein de son employée pour la journée, elle ne remarqua pas immédiatement que cette dernière avait tourné la tête dans sa direction et, lorsque leurs regards se croisèrent, Marnie se racla la gorge pour en enlever le chat inexistant puis, se redressant, elle s’adressa avec moins de dureté dans la voix que précédemment à la jeune Chapman : « Je n’avais pas réalisé qu’il faisait si chaud, nous aurions peut-être dû convenir d’un rendez-vous plus tard, pour profiter de la fraîcheur relative de la soirée. » Son commentaire n’était qu’un poil intéressé.

Elle disparut quelques instants, pas plus de trois minutes, à l’intérieur, pour en ressortir avec deux grands verres d’eau glacée dans lesquels étaient plongées des pailles en bambou – prétendre faire attention à l’environnement relevait de ses fonctions. Elle en déposa un sur la table, fruit du labeur de Vesper, et en profita pour admirer la cambrure de sa nuque en plein travail. Un frisson bienvenu lui parcourut l’échine tandis qu’elle faisait un pas en arrière pour boire une longue gorgée qui contribua à rafraîchir autant son organisme que ses ardeurs. Elle prit place sur l’un des fauteuils sans défaut, juste en face de la brunette, et croisa ses jambes l’une sur l’autre sans placer son attention ailleurs que sur la jeune femme. Elle s’en voulut de ne rien connaître d’elle, car elle ne possédait aucun atout à placer pour entamer la conversation, pour ferrer le charmant poisson dont elle avait le privilège d’avoir la compagnie pour une heure, voire moins. « Je ne me souviens pas vous avoir posé la question, mais êtes-vous originaire de Windmont Bay ? » Elle n’en pouvait plus, elle-même, de cette question bateau qui consistait à demander quel bon vent l’avait menée jusque cette petite bourgade, cependant elle était bien forcée de reconnaître qu’il s’agissait d’un bon moyen pour s’engager dans une discussion. Si la réponse était positive, elle pourrait lui poser des questions sous couvert de son désir de mieux connaître les hypothétiques électeurs de son parti, si elle s’avérait négative, il était aisé de rebondir sur la région d’origine, qui serait connue ou inconnue de Darnley. Elle ne s’en rendit pas compte, mais l’espace d’une phrase, son accent venu du Vieux Continent avait disparu au profit de son natal, tout droit sorti de Seattle. « Vous êtes très douée de vos mains, en tout cas, c’est une qualité appréciable, surtout chez une femme, car bien trop rare, » ajouta-t-elle, d’un ton naturel malgré les forts sous-entendus.

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Message· · Sujet: Re: Careful creature made friends with time. Careful creature made friends with time. EmptySam 21 Sep - 10:40

Elle est minutieuse, Vesper. Son patron le lui a répété plusieurs fois – « rarement vu quelqu’un d’aussi appliqué que cette petite » dit-il en parlant d’elle – et c’est agréable de voir son travail reconnu, quand bien même ce ne sont pas les louanges qu’elle recherche mais simplement la satisfaction d’un beau travail accompli. Même face au défaut mineur d’un fauteuil de son œuvre, Vesper est ainsi faite qu’elle ne peut se contenter de compenser l’irrégularité par un renforcement du patin puis passer à autre chose – non, elle prend le temps d’étudier toute la structure, remesurer chaque pied puis, si moindre écart il y a de le démonter, le limer comme il se doit puis le réinstaller soigneusement.
D’ailleurs Vesper n’opère pas ainsi consciencieusement pour la raison qu’elle se sent observée, mais seulement car c’est ainsi qu’elle travaille – cependant elle doit bien reconnaître qu’elle a conscience que le regard de sa cliente du jour est comme fixé sur elle. En somme, ce n’est pas un sentiment si inhabituel que cela. Certains clients, par confiance ou, plus probablement, parce qu’ils ont autre chose à faire qu’observer une ouvrière à son œuvre, vaquent à leurs occupations tout le temps qu’elle peut rester chez eux – c’est à peine s’ils échangent quelques mots quand elle arrive (« Bonjour », poignée de mains, « Merci de vous déplacer ») et quand elle repart (« Au revoir », billet glissé dans la main, « Encore merci de vous être déplacée »). Mais ils sont plus nombreux ceux qui, par intermittence ou de façon ininterrompue, la regardent travailler. La méfiance (peu envie de laisser une inconnue errer chez eux sans garder un œil sur elle), le besoin d’inspecter (travaille-t-elle vraiment aussi bien qu’on le dit ?), la simple courtoisie et l’envie d’avoir un peu de compagnie (ceux-là sont encore les plus fréquents) : ce sont toujours plus ou moins les mêmes motivations qui semblent les pousser à rester avec elle.
Mais Vesper a bien l’impression Marnie Darnley appartient à une catégorie encore différente. Elle transpire de méfiance et d’exigence – mais son regard est-il seulement inquisiteur, est-il vraiment focalisé sur ses gestes, ou bien... ? Vesper finit par se détourner du fauteuil un instant pour tourner la tête vers la jeune femme dont le regard, comme elle l’a pressenti, est braqué sur elle, et avec l’assurance, le port de tête et l’élégance des actrices hollywoodiennes. Ses prunelles si claires et magnétiques la fixant d’une étrange intensité, Vesper perd un peu ses moyens et ne sait comment elle est supposée interpréter le commentaire de Marnie – finalement, elle écarte ses paroles d’un geste de la main. « J’ai l’habitude. Et maintenant que je suis là... » En témoigne le hâle de bronzage qui couvre sa peau naturellement plus opaline, Vesper a en effet l’habitude de travailler en plein soleil – la température sur la terrasse de cette grande maison sur Ocean Avenue lui est du reste plus agréable que celle des ateliers du Pioneer Log Homes où, par les chaleurs d’été, elle peut se sentir transpirer à grosses gouttes sans discontinuer. « Une prochaine fois peut-être. » ajoute-t-elle, tentant d’emprunter le ton employé Marnie, son regard bleu-vert accroché à celui si perçant de sa cliente pour une minute, avant de plus raisonnablement se recentrer sur son œuvre.
Quand Marnie revient, Vesper a déjà basculé le fauteuil, dégondé ses quatre pieds et identifié celui qui présente un défaut (mais trop léger pour être susceptible de causer une chute a priori). Elle remercie la jeune femme pour le verre d’eau glacée déposé sur la table à son attention puis fouille sa mallette pour en sortir les outils qui lui permettront de réparer le pied défaillant du fauteuil. Elle constate, essayant toutefois de ne pas se laisser déconcentrer à nouveau, que la maîtresse de maison s’est positionnée juste en face, d’où, devine-t-elle, elle est bien placée pour scruter chacun de ses faits et gestes. Elle est presque surprise que Marnie ne se contente pas de profiter de son point de vue et entame la conversation – mais sa question est assez classique pour ne pas la désarçonner. « Je suis de Windmont Bay, oui. » Elle hoche la tête, concentrée à limer le pied de fauteuil mis en cause. « C’est une petite ville mais on s’y plait bien. » reprend-elle après quelques secondes en levant un œil vers la jeune femme comme pour chercher son opinion. Pour autant qu’elle sache – et quand bien même Vesper n’est pas de ceux qui tendent l’oreille aux ragots, elle est comme chacun plus ou moins au courant chaque fois qu’un nouvel habitant pose ses valises en ville – l’arrivée de Marnie Darnley à Windmont Bay ne remonte pas à si longtemps que ça et si, la première fois que Vesper l’a rencontrée, elle s’est fait la réflexion qu’une femme de cette élégance a peut-être davantage sa place dans une cité comme New-York ou la capitale, force est de constater que Marnie Darnley vit toujours à Windmont Bay.
La remarque sur ses mains douées la fait doucement sourire – elle accepte le compliment, en évalue les sous-entendus, se retrouve comme souvent un point gênée de voir ses talents loués par des individus par ailleurs cent fois plus éduqués et cultivés qu’elle. « Merci. A chacun ses talents, je suppose. » répond Vesper, sourire en coin, avec un vague haussement d’épaules, passant une main dans ses cheveux, ses joues légèrement rosies. Elle s’arrête un instant pour boire quelques gorgées rafraîchissantes du verre d’eau apporté par la jeune femme, puis s'applique à refixer chaque pied du fauteuil. Bientôt elle refait glisser celui-ci dans sa position initiale et fourmille autour pour s’assurer de sa stabilité avant de se tourner vers Marnie. « Vous voulez bien vous y asseoir ? » lui demande-t-elle, se sentant soudain d’humeur plus entreprenante. Parce qu’elle devine Marnie méfiante, elle s’empresse de la rassurer : « Aucun risque, j’ai corrigé le pied qui faisait défaut – c’est simplement pour vérifier la tenue du fauteuil avant de remettre des patins. » Elle se déporte d’un pas sur le côté pour lui offrir le champ libre, laisse la jeune femme s’installer puis s’accroupit auprès d’elle pour se pencher vers le fauteuil non sans laisser ses yeux caresser les jambes fuselées de gazelle qui se croisent à juste quelques dizaines de centimètres de distance de son visage.

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