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 You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha

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Message(#) Sujet: You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha Sam 27 Fév 2010 - 22:06

      FLASH BACK

      - Allo.
      - M. Aaron Waterson?
      - C'est moi.
      - Bonjour. Joshua Peterson de l'Union pour la Prévention Routière. Je vous avais contacté au sujet de journées de sensibilisation du jeune public aux dangers de la route... Vous y avez réfléchi?
      - Oui oui. C'est d'accord.
      - Vraiment? J'en suis ravi! Comme vous n'aviez pas l'air très motivé l'autre jour...
      - Ben, c'est pas que ça m'enchante mais si ça peut éviter à quelques gamins de bousiller leur vie en se recevant un mur en pleine face...
      - Ahah oui c'est le but! Jack, celui que vous allez remplacer, tient sa dernière conférence le 21 février à 14h00 à l'université d'Ocean Grove. Si vous voulez y aller, voir comment il organisait ses séances et tout le reste... L'entrée est ouverte à tous le monde!
      - J'irai surement y faire un tour alors. Et puis ça fait un moment que j'ai pas mis les pieds là-bas.
      - OK! Merci en tout cas. Le salaire est une vraie misère mais c'est très gratifiant comme boulot, vous verrez!
      - C'est toujours ça de pris.
      - Ahah voilà exactement! Au revoir M. Waterson! Et bonne fin de journée!
      - Merci. Vous aussi.

      FIN DU FLASH BACK

    Aaron avait accepté le poste qu'on lui proposait sans grand enthousiasme. Il n'avait pas spécialement envie de répéter encore et encore ce qui lui était arrivé pour mettre en garde d'autres que lui à qui la même chose pourrait arriver, préférant tirer un trait là-dessus, mais il fallait croire qu'il ne pourrait jamais réellement faire comme si rien ne s'était passé. L'accident était suffisamment banal pour que personne ne s'en soit étonné, et il n'aurait connu qu'un petit encart dans le journal s'il n'avait pas eu de si lourdes conséquences. Quatre amis, deux blessés et deux plongés dans le coma. C'était triste comme le disaient les gens. Et les années avaient passé, et de l'eau avait coulé sous les ponts, mais on continuait d'en parler et d'en revenir à cette fameuse journée. Des habitants du coin qui se souvenaient encore du bruit ce jour-là, du va et vient des secours et des familles apeurées. Aaron n'aimait pas spécialement en parler, avoir à expliquer ce que ça faisait que de tomber dans le coma, d'en sortir et d'avoir à réapprendre ce que c'est que de vivre. Un grand mot pour pas grand chose au final. Quelque chose qui ne s'explique pas, qui ne s'enseigne pas, mais qui se redécouvre chaque jour en attendant que tout se mette au point comme il faut. Il avait toujours été un peu philosophe sur les bords, amateurs de belles phrases autant que de jolies filles: l'un et l'autre n'étaient pas incompatibles, et il avait appris à marier les deux avec autant de plaisir et d'assurance que sa jeunesse le lui permettait. Il avait mis du temps à s'intéresser à autre chose que le basket. Pendant des années il n'y avait eu que ça: les matchs, les entrainements, les séances passées à établir de nouvelles tactiques... Ses amis étaient quasiment tous dans l'équipe, ou alors des amis de gens dans l'équipe. Il avait droit à une jolie côte de popularité, plus qu'il ne le demandait, et n'en avait découvert les avantages que vers la fin du collège, quand il avait ouvert les yeux sur les gens autour de lui. Quand il était petit, on avait souvent dit à ses parents qu'ils avaient un enfant bizarre. Ce n'était pas dit méchamment, mais juste une constatation. Il passait des heures à jouer dans son coin, tapant dans un ballon, le faisant rebondir contre le tronc de l'arbre de son jardin, enchainant les paniers, refusant que quiconque vienne s'amuser avec lui. Il n'était pas timide ni sauvage, mais n'admettait pas que quelqu'un d'autre que lui s'immisce dans ses jeux. Il était assez sociable de manière générale, mais pour le basket était une chose suffisamment sérieuse pour qu'il ne laisse pas n'importe qui s'en mêler. Les autres membres de l'équipe avaient du l'apprendre à leurs dépens, et s'ils n'appréciaient pas cette façon d'agir ils n'avaient pas cinquante possibilités: il ne leur restait plus qu'à rendre leur maillot. Aaron était un bon joueur, celui qu'aucun coach n'aurait volontairement laissé filé, et ses quelques caprices passaient comme une lettre à la poste. Il jouait, point. Seule l'arrivée de Dakota avait -un peu- changé les choses. C'était la première fois qu'il avait l'impression de ne pas être seul sur le terrain et le contact avait tout de suite bien passé entre eux. Et bien vite il avait fait la connaissance d'Elizabeth Potter, sa première amie-fille, et celle grâce à qui il allait ensuite prendre conscience de tout l'intérêt que pouvait avoir une demoiselle dans sa vie. La gente féminine avait presque égalé sa passion pour le basket à un certain moment, et puis il avait appris à concilier les deux, profitant de l'un comme de l'autre au mieux. Il enchainait les victoires et les conquêtes, image type du basketteur populaire et profitant de la vie de rêve qui se destine à lui. Des jaloux? Il n'y faisait pas attention. Des envieux? Non plus. Il ne recherchait pas spécialement la compagnie des autres jeunes de son âge, se contentant de son cercle d'amis -assez restreint peut être, mais qui lui suffisait amplement. Il avait pris l'habitude de passer plus de temps avec ceux de sa classe ou ceux de son équipe, mais à choisir il revenait toujours aux trois mêmes. Personne ne pouvait le lui reprocher. Il faisait plus que le minimum syndical avec le "top popularité" du lycée et restait fidèle à ceux qu'il connaissait de longue date. Limite si ça n'ajoutait pas d'autres admirateurs à la longue liste qui s'était peu à peu constitué à sa grande satisfaction. Aaron avait réussi à se forger une image qui lui collait plutôt bien à la peau, celle du mec sous le feux des projecteurs mais qui garde les idées claires et les pieds bien ancrés sur terre, le mec que tout le monde voudrait approcher faute d'être comme lui. Aaron Waterson avait atteint sans le vouloir des sommets que bien d'autres avaient désespérément tenté d'aborder. La chute n'avait été que plus dure.

    En arrivant à l'université, Aaron avait eut l'impression assez désagréable que c'était un lieu dans lequel il n'allait pas se sentir à l'aise. Depuis son retour il avait croisé bien plus de gens qu'il ne l'aurait pensé et si tous n'avaient pas été très chaleureux à son sujet, dans l'ensemble il était plutôt satisfait de ces retrouvailles à répétition. Un mois déjà depuis qu'il était descendu de l'avion, et il avait quasiment retrouvé la majeure partie de ce qui manquait à sa vie. Mais l'université... Ça lui rappelait sa carrière échouée, et qu'il ne retrouverait jamais. Un tel niveau, c'était impossible! Alors marcher dans les longs couloirs du bâtiment lui avait pincé le cœur plus que n'importe quoi dans la ville, plus même que la maison qu'il avait habité étant enfant. On démange, on réaménage ailleurs, ça n'a rien de définitif, mais une carrière de basketteur professionnel c'était une chance unique que l'on ne pouvait jamais retrouver une fois le sport abandonné... Il avait donc traversé les allées extérieures plus vite qu'il ne le fallait, et avait trouvé la salle où se trouvait la conférence avec soulagement. Au moins une fois enfermé entre quatre murs entouré d'autres personnes il pourrait se changer les idées. Le fameux Jack était déjà en train de parler quand Aaron franchit la porte pour s'assoir sur la première place venue, au tout dernier rang, près de l'entrée -et accessoirement sortie. Il était loin de l'estrade où une ribambelle de personnes à l'air important se trouvaient, mais ça n'était pas bien important vu l'intérêt qu'il portait à ce qui allait se dire, et puis ça lui rappelait ses années de lycée, où assis tout au fond de la classe il faisait des commentaires sur ce qui pouvait se passer au tableau. Mais là il n'y avait personne autour de lui, et il s'ennuya très vite. Tout ça, c'était des choses qu'il connaissait déjà. Les conséquences de la vitesse, d'un accident... Que du blabla qu'on lui rabâchait alors qu'il ne les connaissait que trop bien. L'œil fixé sur sa montre, il partit lorsque la 15ème minute entama son tour en évitant d'attirer l'attention sur lui. La porte ne grinça même pas, coup de chance.
    Arrivé à l'extérieur il soupira, presque autant de délivrance que d'autre chose. Personne aux alentours, personne pour lui indiquer le chemin vers la sortie de l'université qu'il ne connaissait pas; il tourna donc à gauche et marcha tout droit, là où le conduisait ses pas. Une salle. Une salle. Une salle. Ah, un amphi. Et une salle. Une salle. Une salle. Ça n'en finissait pas... Sans cesse ces murs à la couleur uniforme, comme s'ils venaient d'être repeint récemment, avant que le passage incessant du personnel et des étudiants ne laisse de vilaines traces sales. Finalement l'université ressemblait beaucoup à un hôpital, bien plus qu'il ne l'aurait cru... et c'était assez décevant comme découverte.
    Et puis après de longues minutes d'errance, il entendit des voix sortir d'une porte entr'ouverte. Non, il était revenu au point de départ?! Ah non, une affichette indiquait qu'il s'agissait d'une "Salle de répétition", visiblement plus animée que l'amphi où avait lieu la conférence. Curieux de voir ce qui pouvait s'y passer, Aaron entra dans la pièce, passant d'abord juste la tête avant que le reste du corps suive à son tour. Grande, lumineuse, avec une scène tout devant et une lourd rideau rouge au dessus. Salle de répétition de théâtre? Vu les gens qui gesticulaient tout là bas ça devait bien être le cas. Aaron s'assit donc à proximité des quelques autres personnes qui assistaient à la scène, faisant comme s'il savait très précisément ce qu'il venait y faire alors qu'en réalité c'était juste de la curiosité qui l'avait attiré ici. Il n'avait jamais vraiment été fan de ce genre d'activités et au contraire y trouvait plutôt matière à moquerie. Franchement, qui de nos jours avait encore envie de faire du théâtre?! Pour lui la réponse venait d'elle même: personne. Il n'y avait que ceux qui avaient des problèmes d'égo pour s'y tourner, recherchant dans le cercle fermé de ce club ce que le reste du monde ne pouvait pas leur apporter. Des sportifs ratés en quelque sorte, compensant cette gloire qu'il ne pourrait jamais atteindre par celle d'une autre sorte. C'était une des grandes théories d'Aaron, mais surtout une de celles qu'il avançait le plus rarement. La plupart des gens n'étaient pas d'accord la dessus, et s'il fallait se casser la tête à expliquer quelque chose d'aussi évident il préférait ne pas aborder le sujet! Il avait quand même mieux à faire que de discuter sur un sujet aussi insignifiant!

    Affalé dans son fauteuil, il regardait d'un air distrait ceux qui s'animaient devant lui. Pas très drôles en plus, ils savaient trop bien leur texte pour ne pas faire de fautes amusantes, mais pas assez bien pour se permettre un jeu qui ne soit pas statique. Il n'y connaissait pas grand chose, on pouvait même dire qu'il n'y connaissait rien, mais c'était l'impression que cette répétition lui donnait. Les autres spectateurs avaient l'air assez satisfaits, mais lui était totalement imperméable à leurs simagrées. Il était sur le point de repartir quand une nouvelle voix s'éleva et l'obligea à revoir ses plans. Il leva la tête vers la scène, cherchant à savoir qui avait parlé. Une charmante blondinette s'était avancée, clamant son texte au public avec une confiance que beaucoup auraient pu lui envier parmi ses camarades. Pour la première fois depuis qu'il était là, Aaron trouvait de l'intérêt à cette représentation. Il n'avait pas suivi l'histoire et n'avait aucune idée de ce dont elle pouvait parler, mais elle, elle l'intéressait. Il y avait d'abord eu sa voix, mais le reste lui donnait envie de poursuivre, de comprendre pourquoi est-ce que cette voix lui paraissait aussi familière. Il avait beau la regarder attentivement, il n'avait pas l'impression de l'avoir déjà croisée. L'aurait-il oubliée? Non, impossible. Malgré son coma, il n'avait pas perdu grand chose de son passé, et une fille comme elle ne serait probablement pas passée à la trappe. Son esprit ne pouvait pas être aussi cruel... Et terriblement concentrée sur cette apparition toute de blanc vêtue, il ne vit pas le reste du temps passer, trop occupé à essayer de trouver d'où il avait bien pu la connaitre. Il ne sourcilla d'ailleurs pas quand les premiers spectateurs se levèrent pour quitter la salle, ne réalisant même pas que la répétition était terminée. Il avait bien vu qu'elle n'était plus là sur la scène mais ça ne l'avait pas étonné plus que ça, comme s'il s'attendait à ce qu'elle réapparaisse une fois que son personnage aurait de nouveau quelque chose à dire ou à faire. Que la scène soit vide ne lui mettait même pas la puce à l'oreille...
    Mais sa présence s'était remarquée en revanche, et une grande fille à la peau constellée de taches de rousseur s'appuya soudain sur le fauteuil devant le sien, le fixant avec un grand sourire. Il leva alors la tête vers elle, presque surpris que l'on s'intéresse à lui alors qu'il y avait plus important plus loin.

      Tu attends quelqu'un?

    Est-ce qu'il attendait quelqu'un? Bonne question. Il se décala légèrement et pour la première fois il vit la scène telle qu'elle était: vide. Ah oui, la pièce devait être terminée et ça devait paraitre bizarre à cette fille de voir quelqu'un rester assis. D'ailleurs elle avait joué dans la pièce elle aussi, il la reconnaissait. Pas très douée, mais bon ce n'était pas sa faute, chacun fait ce qu'il peut avec ce qu'il a... Il lui fit donc un sourire poli, du genre de sourires qui ferait qu'elle n'aurait pas d'autre choix que de vouloir lui faire plaisir par la suite, et accessoirement son possible pour l'aider. Un sourire dangereux pour n'importe quelle demoiselle, mais qu'Aaron aimait particulièrement utiliser depuis qu'il en avait découvert la portée.

      J'aurai voulu voir euh je sais pas son nom... La jeune fille habillée tout en blanc, blonde, assez mince...

    Il lui fit un dernier sourire en achevant sa phrase. Pas très fournis comme indices mais vu les représentantes de la gente féminines présentes sur cette scène il n'y avait pas de possibilités qu'elle confonde avec une autre. Et la grande fille hocha la tête pour lui montrer qu'elle avait comprit et confirma avec un clin d'œil avant de s'en retourner vers la scène. Elle grimpa dessus en une enjambée qui donnait l'impression qu'elle l'avait déjà fait à de nombreuses reprises et disparut dans ce qu'Aaron présumait être les coulisses. Bon, peut être que sa mystérieuse inconnue allait venir jusqu'à lui maintenant, et il n'était pas contre, bien au contraire...
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Message(#) Sujet: Re: You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha Jeu 13 Mai 2010 - 20:52


Le théâtre, c’était sa vie. Il n’y avait pas mille et une façons de décrire ce que cela représentait aux yeux de Tabitha. La jeune fille avait toujours apprécié la sensation des planches, le contact qu’il pouvait y avoir avec le public, l’impression de se sentir libre dans la peau d’une autre. Ou d’un autre, d’ailleurs. Depuis l’âge de quatre ans, elle ne nourrissait qu’une ambition : devenir une grande comédienne. Si elle pouvait accéder au cinéma, ça serait déjà une grande avancée. Mais c’était surtout au théâtre qu’elle voulait briller. Jouer sur des planches était une sensation agréable et magnifique. Au cinéma, tout était beaucoup plus superficiel et il y avait ce manque d’approche avec le public dont elle appréciait grandement. Oui, Tabby était pourtant une personne plutôt timide et maladroite quand on s’intéressait à elle. Mais elle ne pouvait pas ne pas se sentir magnifiquement bien de voir quelques expressions de visage dans l’obscurité de la salle et encore moins des applaudissements finaux qui n’avaient jamais fini de l’émouvoir. Elle était peut-être un peu prétentieuse, sur scène. Mais qui pouvait lui en vouloir ? Son visage d’ange et son sourire incertain effaçaient rapidement les mauvaises pensées qu’on pouvait avoir à son encontre. Après tout, pouvait-on la blâmer d’être fière de ce qu’elle fait ? Ce n’est pas un crime en soit de se mettre en avant pour une activité dans laquelle on était doué. Tabby n’était pas le genre de fille qui avait une grande confiance en soi. Elle était plutôt gauchère et l’invisibilité était sa meilleure amie. C’était bien le genre qui peut avoir du mal à aligner trois mots sous l’effet de la nervosité, le genre qui vous attendrit avec une moue désolée quand elle se rend compte de son comportement, le genre que vous ne pouvez détester que si vous êtes le pire des monstres. Tabitha Johnstone était une élève brillante, adorée par ses professeurs et appréciée de ses camarades. Elle ne posait de problèmes à personne et peu de personne venait lui chercher des poux dans la tête. Et pour ceux qui auraient le malheur de le faire, ils risquaient gros. Certes, Tabby n’était pas du genre à se défendre ou quoique ce soit. Par contre, elle pouvait avoir tendance à aller colporter un malaise certain auprès d’une oreille attentive. Et puis, en général, même si elle ne disait rien, son visage parlait pour elle-même, si c’était quelque chose qu’elle jugeait de vraiment grave. Après tout, elle avait encore des progrès à faire pour camoufler encore quelques défauts qu’elle aimerait rendre le moins visible. Tabby sait qu’il y aura toujours du monde derrière elle pour la soutenir ou pour être juste là. Certes, elle avait perdu son père et son fiancé en venant ici. C’était le risque à prendre et la jeune fille avait fait ce qui semblait être le mieux pour elle. Dans ses recherches, il était clair que ce n’était pas à Portland qu’elle allait décrocher le contrat de sa vie, ni même pouvoir faire de prestigieuses études d’arts dramatiques. Et encore, que ses parents ne soient pas si fâchés que cela, ce n’était pas comme si elle s’était rendue dans la terrible ville de Los Angeles, nid même que ses géniteurs tentaient d’approcher le moins possible. Pour eux, c’était la ville de tous les excès, de tous les pêchés. Le monde de la superficialité, de la nuit, de l’anorexie et du botox. A croire qu’ils ne s’étaient jamais rendus à Las Vegas – ce qui ne serait pas étonnant en soit. Ses parents étaient à mettre dans la catégorie Amérique puritaine, où la religion est sacrée. Dieu merci, ils n’ont jamais insisté pour que leur progéniture ait une bague de pureté ni même sur le fait qu’elle devait se rendre à la messe tous les dimanches. Non seulement parce que Tabitha, avec tout le respect qu’elle avait pour eux, les aurait gentiment envoyé balader mais aussi parce que ses parents étaient assez ouvert d’esprit pour ne pas se formater qu’à un mode de vie. Ils ont donc laissé leur fille choisir le sien. Cependant, jamais ils n’avaient présagé qu’elle allait les abandonner de la sorte du jour au lendemain. Même si la famille était cruciale pour elle, Tabby avait besoin de prendre un peu son envol pour son propre destin. Pour une fois qu’elle était motivée à faire bouger un peu les choses, autant y aller franchement et ne reculer devant rien. Ses parents avaient certainement peur pour elle, peur qu’elle se fasse avoir, peur qu’elle sorte de ses idéaux, peur de la voir revenir en pleurs, déboussolée et totalement renfermée. Ils voulaient que leur fille soit heureuse. Cependant, ils n’arrivaient pas à concevoir qu’elle change juste pour rentrer dans un moule. Et pourtant, Tabitha n’avait pas l’intention de changer. Ni maintenant ni jamais. Alors, pourquoi n’avaient-ils pas confiance ? Elle l’ignorait. Et elle avait mis son ignorance en avant en prenant son courage à deux mains pour leur annoncer la nouvelle ainsi que de partir, sans avoir eut l’occasion de dire au revoir à son père. Elle continuait toujours à ignorer mais maintenant, la douce Johnstone semblait être prise d’une certaine culpabilité. Même si sa mère faisait toujours l’intermédiaire entre eux et qu’elle était sa source essentielle d’informations, Tabby ne pouvait pas faire comme si rien n’était. Heureusement qu’elle avait de la famille qui habitait dans le quartier, sinon, elle aurait été assez malheureuse – chose contraire du souhait de ses parents. Mais tout ça, elle le gardait pour elle. Elle se considérait déjà comme assez chanceuse, elle n’avait pas envie de pleurer sur son sort. Car ce n’était pas son style. Ni de se plaindre, ni de pleurer.

« Tabby, il faudrait que tu songes à bouger un peu plus, la prochaine fois. Tu te dois de t’imposer sur la scène. On doit te remarquer toi et seulement toi. Tu comprends ? » Non, elle était trop stupide pour comprendre. Tabitha hocha la tête ; évidemment qu’elle avait compris. La jeune blonde venait de réciter ce fichu monologue pour la première fois sans le texte, alors bien sûr, elle n’avait pas encore eut l’occasion de voir la gestuelle. C’était déjà assez compliqué à se souvenir, ne compliquons pas la tâche et ne brûlons pas les étapes. Vêtue d’une simple robe blanche et ses cheveux naviguant tout simplement sur ses épaules, Tabby attrapa son coude avec sa main avant de tourner les talons quand ses professeurs annonçaient que la répétition était finie. Elle n’avait pas vraiment fait attention au public, tellement concentrée à dire son texte avec le plus naturel possible – ce qui n’était pas forcément une mauvaise chose ni quelque chose de très compliqué à faire chez elle. Certainement que bon nombre de ses partenaires l’enviait un peu, cette capacité naturelle à faire transparente les émotions à travers ses traits. La jolie blonde s’était toujours entendue dire qu’elle pourrait avoir un bel avenir dans les rôles de composition, les films au sentiment fort, tragique et dramatique. Exactement ce qui était dans ses cordes et ses idées. Après tout, elle ne se voyait pas forcément dans un contexte surnaturel, guerrier, horreur, fantastique et encore moins sexuel. Elle ne voulait pas non plus être prise pour une de ces cruches qu’on pouvait croiser dans la jet-set. Si c’était ça, Tabby préférerait alors exercer un métier plus sûr et moins risqué que celui d’actrice. Retournant dans les vestiaires, plongée dans une discussion avec Mick qui l’attendait derrière les coulisses, elle attachait ses cheveux dans un chignon las que Sophia arriva vers elle et la kidnappa littéralement à son amie en la prenant par le bras, l’air guilleret au visage. Beaucoup trop guilleret, d’ailleurs. Tabitha fronça les sourcils et tentant de ralentir un peu le pas, certainement pour essayer de la freiner un minimum dans sa frénésie nouvelle. « Sophia, tu ne pourrais pas m’expliquer ce qu’il t’arrive ? » La concernée tourna vers elle son visage rayonnant, à la limite de l’hystérie. Cela faisait presque peur à voir et pour un peu plus que Tabby en aurait peur. Mais elle tenta de chasser de son esprit ce visage étrange pour se focaliser sur la réponse. « Y a un gars qui demande à te voir. Je sais pas qui s’est, je ne l’ai jamais vu, mais mon dieu, il est à tomber ! D’ailleurs, il sait pas qui t’es non plus mais il veut te parler, apparemment. Oh mon dieu, imagines que c’est un grand producteur et qu’il vient te proposer un rôle pour le prochain film à succès d’Hollywood ? A moins que ce soit ton prince charmant caché et que vous vous amusez à jouer les inconnus pour garder ça secret ? » Tabby eut un léger soupir face à la vitesse très rapide dont Sophia débitait ce flot de paroles incessants. « Calme-toi deux minutes, tu veux ? Je pense pas que ce soit un producteur et non, je n’ai pas non plus de pr… » Mais elle n’eut pas le temps de finir que sa camarade s’arrêta et l’interrompit. « La voilà ! Elle s’appelle Tabitha Johnstone et moi, c’est Sophia Firmon. Si jamais on a besoin de moi, je suis … Juste à côté ! » Tabitha tourna alors pour la première fois ses yeux vers l’inconnu et elle crut son cœur manquer un battement. D’ailleurs, ses mains lâchèrent les feuilles de script qu’elle tenait. Non pas parce qu’elle se sentait tomber amoureuse – quoique le jeune homme serait bien propice à ce genre de sentiment pour elle – mais parce qu’elle n’arrivait pas à y croire. Et là, elle regrettait soudainement et amèrement que Sophia était déjà repartie, elle aurait au moins pu l’épauler sans que ça fasse suspect. C’était à peine croyable. Comme un revenant. C’était ce qu’il était. Il était revenu à la vie. Tabitha eut un mouvement de recul sans véritablement s’en rendre compte, bien trop déboussolée par cette apparition soudaine. « Je… On m’appelle Tabby… Généralement… Le plus souvent… » Sa voix était brouillée, on aurait dit une sorte de robot. Elle n’arrivait pas à dire autre chose. Gorge noué, il allait lui falloir un bon moment pour s’en remettre. A commencer par s’asseoir. La jeune Johnstone s’agrippa alors au premier dossier de siège à sa portée pour y poser sa main, avant de poser son derrière sur le rebord. Elle avait rompit le contact visuel avec le jeune homme, son regard perdu dans le vide. Elle ne se souciait même plus de ces feuilles qui étaient à terre. A présent, ses deux mains étaient postées sur le rebord du dossier, de part et d’autre de son derrière, la tête quasiment baissée. On venait littéralement de lui provoquer un choc, là.

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Message(#) Sujet: Re: You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha Lun 24 Mai 2010 - 15:05

    Aaron était entré dans cette salle sans réfléchir, associant immédiatement scène et rideau rouge avec grosse marrade. Les quelques fois où il avait assisté au spectacle de fin d'année, il y avait eu quelqu'un pour tomber en plein milieu de sa tirade, ou faire quelque chose d'assez idiot pour lui donner l'impression qu'il allait mourir de rire depuis sa place. Les pseudos théatreux étaient à ses yeux bien plus amusants que la plupart des comiques qui cartonnaient actuellement, la foi qu'ils pouvaient avoir en leur "art" comme ils disaient étant particulièrement ridicule. Il admettait que certains pouvaient avoir un peu de talent, suffisamment au moins pour s'en sortir dans la vie en tant que figurants dans des séries B quelconques, mais la plupart... L'égo d'un comédien était pour lui encore plus fatiguant que l'égo des sportifs. Au moins, eux, avaient une raison pour se vanter puisqu'ils accomplissaient de réels exploits. Assis dans le moelleux fauteuil de cette salle, il ne s'était donc pas attendu à grand chose d'intéressant. Il avait attendu, passé le temps en essayant de reconstituer le plan de la fac dans sa tête, quand elle était apparue. Dès lors, il ne s'était plus concentré que sur elle, dans sa présence et dans son absence. Elle lui était décidément familière, il n'en démordait pas, mais incapable de retrouver d'où il la connaissait. Elle paraissait plus jeune que lui, impossible donc qu'elle ait été dans sa classe et embellie avec le temps. Une voisine? Il ne parlait pas vraiment avec les gens habitant près de chez lui, et plus jeune la plupart avaient une mauvaise opinion à son sujet et ne s'étaient jamais plaints de le voir si distant par rapport à eux. De la famille? Non, il l'aurait reconnue quand même. La sœur d'un ancien ami? Dans son souvenir, aucun n'avait une aussi prometteuse, sinon il s'en serait souvenu. Une fille avec qui il serait sorti? Impossible, il n'oubliait jamais les filles avec qui il sortait, même si ça ne durait pas bien longtemps. Non, cette fille était un mystère complet et l'avait comme hypnotisé. Elle s'était tenue là, un peu immobile, et il avait pu la contempler à sa volonté. Même statique, elle dégageait un truc, une présence. Et pour la première fois Aaron se dit qu'il n'y avait pas que des abrutis complets dans les clubs de théâtre, mais aussi des gens qui étaient destinés à ce genre de carrière. A la voir, c'était évident qu'elle en faisait partie.

    La grande fille était partie à toute vitesse, sans lui dire où elle allait, et Aaron était resté à sa place, espérant au fond de lui qu'elle reviendrait en compagnie de la miraculeuse apparition à laquelle il avait assisté. Il était resté quelques instants assis, seul dans cette si vaste pièce, mais n'avait pas tenu bien longtemps. Le besoin de se dégourdir les jambes était le plus fort et il fit quelques pas en direction de la scène, s'arrêtant à quelques rangées de sièges du bas de la pièce en entendant un bruit venant des coulisses, comme si quelqu'un courait. Bizarre. C'était plutôt au niveau d'un stade que l'on faisait son jogging, pas dans un amphithéâtre... ou alors quelque chose lui avait échappé, et pendant des années il avait boudé cet endroit alors qu'il comportait tant de bonnes surprises. Dire qu'il était passé à côté de tant de jolies filles, alors que celles qui fréquentaient les abords du stade étaient soient elles même sportives, et donc pas très intéressantes à ses yeux puisque moins impressionnées des prouesses qu'il pouvait réaliser, soit des pompom-girls, mais là leur nombre était limité et une fois qu'on en avait fait le tour, bah on en avait fait le tour...
    Il entendit alors des voix derrière le rideaux, des voix qui s'approchaient, et il tourna la tête, l'air très occupé par ce qu'il était en train de faire. Faire quoi? Merde, il n'avait rien dans les mains pour se donner un semblant d'occupation alors il se pencha pour refaire son lacet. Déjà bien fait, mais personne ne pouvait s'en douter, telle était la stratégie! Même s'il n'en donnait pas toujours l'air, Aaron avait quand même un minimum de bon sens. Et quand il y avait des filles dans l'affaire, l'ensemble de ses neurones se mettaient en marche pour un effet non négligeable. S'il y avait eu de charmantes demoiselles sur les copies de ses devoirs, probablement qu'il aurait eu de meilleurs résultats, mais il fallait croire que ce n'était pas une méthode pédagogique reconnue par ceux hauts placés dans l'administration scolaire... Et puis les voix se firent plus distinctes, même s'il était encore incapable de comprendre ce qui se disait. Deux fois féminines, l'une plus expéditive que l'autre, que se rapprochaient encore et encore. Leurs propriétaires déboulèrent enfin sur la scène dont elles descendirent presque aussitôt. La plus grande des deux, Miss Tâches-de-Rousseur de tout à l'heure, tenait son inconnue par le bras et lui sourit tandis qu'elle venait de l'amener à même pas deux mètres de là où il se trouvait. Efficace... Si elle n'arrivait pas à percer dans le théâtre, elle pouvait toujours se reconvertir comme détective ou livreuse, et elle le ferait à merveille. La voilà ! Elle s’appelle Tabitha Johnstone et moi, c’est Sophia Firmon. Si jamais on a besoin de moi, je suis … Juste à côté ! Elle lâcha son amie et les gratifia tous les deux d'un large sourire avant de prendre la fuite en retournant de là où elle venait. Sophia Firmon... il faudrait qu'il retienne, se dit-il en la suivant des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse à nouveau...
    Un bruit de feuille qui s'effondraient à terre le fit cependant revenir à sa place et il réalisa qu'elle était là, juste à côté de lui, plus pâle qu'il ne l'aurait cru, ou alors c'était le stress qui lui ôtait toutes ses couleurs puisqu'elle n'avait pas l'air très à l'aise. Il remarquait assez vite ce genre de réaction, et chez elle c'était assez flagrant. Avait-elle peur de lui? Elle recula ainsi de quelques pas et articula d'une façon peu assurée et presque robotisée Je… On m’appelle Tabby… Généralement… Le plus souvent… Il lui sourit, trouvant ça assez mignon. Dans le sens où sa façon d'agir lui donnait envie de la prendre dans ses bras pour la rassurer, comme on le ferait avec un petit oiseau tombé du nid. Sauf qu'Aaron n'avait habituellement rien à faire des oisillons tombés de leur branche.
    Elle s'assit finalement sur le rebord de l'un des sièges auquel elle s'agrippait fermement, la tête baissée. Bizarre comme comportement. Son amie, Sophia, en faisait peut être un peu trop question démonstration, mais cette Tabitha était son exact opposé. Étrange comme les contraires vont parfois par paire, l'une l'ayant mené à l'autre. Il se pencha et récupéra toutes les pages qu'il voyait avant d'en reformer un tas qu'il appuya sur le sol pour le tasser convenablement. Il répéta le geste jusqu'à ce qu'il n'y en ait aucune pour dépasser du lot, toutes bien disposées les unes par rapport aux autres. Il se releva ensuite et se dirigea vers elle avec un charmant sourire. Pas celui qu'il avait fait à Miss Tâches-de-Rousseur, non il ne ressentait pas le besoin de la séduire, elle semblait déjà dans tous ces états et Aaron ne tenait pas à bousculer trop de choses en elle si rapidement. Il lui tendit le paquet de feuille qu'il tenait encore de ses deux mains.

      Moi c'est Aaron Waterson, et le plus souvent Aaron tout court. Enchanté Tabby.

    Voyant qu'elle ne réagissait pas, il posa le paquet de feuilles sur le siège à côté d'elle, pour le moment où elle voudrait les récupérer. De ce qu'il en avait lu en les ramassant, il lui avait semblé qu'il s'agissait d'un script, ou du moins du texte d'une pièce de théâtre. Certains passages étaient d'ailleurs annotés au crayon dans la marge, probablement par la propriétaire du document. Si tel était le cas, elle avait vraiment mis du cœur à l'ouvrage...
    Il ne savait pas s'il devait s'assoir ou rester debout, et pour ne pas trancher s'appuya seulement sur le dossier du siège le plus proche sur lequel il posa son coude. Il resta dans cette position quelques secondes puis se dit que ce n'était pas très confortable et s'assit carrément. Un siège séparait celui où était assis Aaron de celui sur lequel s'était appuyée Tabby, et tous les deux se faisaient face, bien que l'un ait plus les yeux perdus dans la contemplation du sol que de son interlocuteur. Ce dernier se décida donc à reprendre le parole, sentant bien que s'il ne faisait rien ils risquaient d'y passer tous les deux la nuit. Il était en charmante compagnie, et il aurait ainsi eu tout le temps nécessaire pour retrouver d'où il pouvait bien la connaitre puisque ayant le modèle sous les yeux, mais il n'était pas sûr qu'elle soit réellement partante...

      Vous jouiez très bien tout à l'heure. Enfin, je dis pas ça... J'ai pas l'habitude de venir dire ça à des filles pour les draguer, vous méprenez pas, j'ai même pas l'habitude tout court de venir voir du théâtre, mais vous le faisiez bien.

    L'ensemble était plus ou moins sincère. Plutôt "plus" que "moins" d'ailleurs. Effectivement, il n'avait pas l'habitude de dire ça pour draguer une fille, les comédiennes n'étant pas vraiment les plus courantes parmi ses amies, mais puisque là il ne venait pas la voir pour obtenir un éventuel rendez-vous... Enfin, dans sa tête il se disait que si elle lui proposait il accepterait volontiers, mais ce n'était pas vraiment la raison pour laquelle il avait demandé à la voir.

      Euh c'est peut être un peu cavalier, mais est-ce qu'on s'est déjà vu? Je veux dire, j'ai l'impression de vous connaître mais j'arrive pas à m'en souvenir...

    Aaron, ou l'art de ne pas mettre les pieds dans le plat... Pas sûr qu'on parle d'Aaron Waterson en disant cela...
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Message(#) Sujet: Re: You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha Mar 24 Aoû 2010 - 12:38


Tabitha était quelqu’un de plutôt sensible, qui réagissait souvent très vite aux choses. Un rien pouvait la chambouler, l’atteignant, et elle était capable des pires catastrophes dans ce genre de situations. Voir Aaron était une de ces situations. Comment pouvait-elle garder la face alors qu’il était entre la vie et la mort la dernière qu’elle l’avait vu ? Et puis, surtout, elle ne s’attendait absolument pas à le revoir ici, dans la faculté où elle était, dans cette salle de théâtre où elle jouait et répétait. C’était une situation plutôt embarrassante et complètement déconcertante. La jeune Johnstone avait rencontré Aaron durant une période de sa vie qu’elle aurait préféré oublier. Voir Aaron était comme voir un fantôme de son passé. « Moi c'est Aaron Waterson, et le plus souvent Aaron tout court. Enchanté Tabby. » Évidemment qu’elle savait qu’il était. Tabby avait vu son nom sur le dossier qui se trouvait au pied sur lit où il était endormi. Il y avait des façons plus agréables de faire des rencontres mais on faisait avec ce qu’on avait, surtout dans un hôpital où il n’y a pas grand-chose à faire, au final. Elle avait aussi lu qu’il avait été victime d’un accident de voiture et qu’il avait été transféré à l’hôpital de Portland après sa première année de coma. Même si Tabitha n’avait pas très bien compris le but du transfert – les hôpitaux floridiens devaient être mieux équipés que ceux de Portland, non ? – elle n’avait pas cherché plus loin. Après tout, elle ne se voyait pas interroger les docteurs du jeune homme et les infirmières qui rôdaient autour de l’endormi pour veiller que tout allait bien ; c’était inutile et impoli. Mais elle avait prit l’habitude de venir à son chevet quasiment tous les jours, quand les parents du jeune homme ou les siens n’étaient pas là. Tabitha avait remarqué qu’à part ses géniteurs, personne ne venait voir Aaron. En même temps, étant arrivé dans la Maine bercé entre la vie et la mort, tel un légume dans un lit d’hôpital, il n’avait pas encore eut l’occasion de faire connaissance avec les gens du coin. Alors Tabby avait commencé à lui rendre visite, n’ayant pas grand-chose à faire, hormis suivre des cours par correspondance et voir ses parents et Peter. Elle ignorait pourquoi mais elle s’était attachée à Aaron. D’une certaine façon, dirons-nous. Le fait qu’il soit endormi avait sûrement aidé à lui délier la langue. A ses souvenirs, Tabby ne se rappelait pas d’avoir autant parlé à quelqu’un comme elle avait pu le faire avec Aaron. Elle était de nature plutôt silencieuse, préférant écouter plutôt que de parler. Mais il semblait qu’à cette période, elle avait besoin de se vider. Enfin, l’être humain n’était pas invincible et certaines choses pouvaient à ce qu’il arrive de craquer. On a toujours besoin d’une oreille attentive ou d’une épaule réconfortante à un moment ou un autre. Et bien, même s’il était plongé dans le coma, Aaron avait été son confident pendant plus d’un mois. Peut-être que la jolie blonde pensait qu’elle n’allait plus jamais le revoir. Après tout, il y avait combien de chance à ce qu’ils se retrouvent nez à nez ? Et bien, visiblement, beaucoup plus qu’elle l’avait imaginé.

« Vous jouiez très bien tout à l'heure. Enfin, je dis pas ça... J'ai pas l'habitude de venir dire ça à des filles pour les draguer, vous méprenez pas, j'ai même pas l'habitude tout court de venir voir du théâtre, mais vous le faisiez bien. » Tabby ne put s’empêcher d’esquiver un faible sourire tout en relevant enfin et timidement son joli minois vers le jeune homme. Elle n’avait même pas songé un seul instant qu’il pouvait la draguer. Elle était tellement chamboulée que ses pensées étaient à des milliers de kilomètres de là. Il pourrait même danser dans la tenue d’Adam devant elle qu’elle ne s’en rendrait à peine compte. Mais le compliment qu’il venait de lui faire, même s’il n’était pas un grand connaisseur, lui faisait plutôt plaisir et la ramenait un peu à la réalité. Non pas parce qu’elle se sentait flattée qu’il s’intéresse à elle pour son doux sourire mais plutôt parce qu’elle voulait que ce qu’elle faisait soit apprécié à sa juste valeur. Bien sûr, Aaron ne devait pas y connaitre grand-chose, il venait de le lui avouer à demi-mots. Mais justement ; si déjà, un simple spectateur appréciait ce qu’elle faisait, c’était un bon début. Et puis, on ne peut pas devenir quelqu’un à Hollywood sans la reconnaissance du public. La jolie blonde hocha alors légèrement la tête avant de prendre enfin la parole. « Merci. Je fais du mieux que je peux avec ce que j’ai, on va dire. » Un petit sourire s’agrandit un peu alors que la modestie et la sincérité se lisait sur son visage. Tabby savait qu’elle avait encore beaucoup à apprendre et refusait catégoriquement de se jeter des fleurs alors qu’elle n’avait rien prouvé, outre dans les spectacles purement scolaires. Elle espérait toujours qu’il y ait quelqu’un pour la ramener à la réalité si un jour, elle se mettait à ne plus voir l’ombre d’elle-même.

« Euh c'est peut être un peu cavalier, mais est-ce qu'on s'est déjà vu? Je veux dire, j'ai l'impression de vous connaître mais j'arrive pas à m'en souvenir... » Nous y voici. Au moins, Aaron n’y allait pas par quatre chemins. Tabby perdit quelque peu de sa splendeur tout en remettant une mèche derrière son oreille. Comment annoncer à une personne qui ne vous connaissait pas qu’elle avait été son confident et ami le temps d’un séjour à l’hôpital ? Le regard dévient sur le côté, où ses feuilles tenaient en équilibre sur le siège, elle ne savait pas trop comment commencer. « Non, on ne s’est jamais vu. Enfin, tu… Vous ne m’avez jamais vu. Moi, je vous ai connu… Dans un autre état. » La jeune Johnstone paraissait plutôt mal à l’aise, ce qui pouvait se comprendre. Les explications de Tabitha étaient aussi précises que vastes. Mais elle ne voulait pas trop froisser Aaron. Supposons que son coma était un sujet qu’il ne souhaitait pas repenser, par exemple. Autant y aller sur des œufs. Elle ne savait pas comment il pouvait le prendre alors autant y aller doucement pour le début. Et puis, pour qui il allait la prendre si elle lui balançait « Je suis la fille qui venait te taper la conversation quand t’étais dans le coma. » ? Non, ce n’était pas quelque chose qu’elle pouvait décemment dire. Tabby se tourna vers les feuilles pour les prendre entre ses doigts en attendant qu’Aaron se prononce.

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Message(#) Sujet: Re: You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha Lun 6 Sep 2010 - 23:47

    Pour ceux qui le connaissaient un minimum, Aaron ne pouvait pas être considéré comme un jeune homme timide ou susceptible de virer au rouge tomate pour une allusion quelque peu osée prononcé à proximité de ses chastes oreilles, bien au contraire. Ou alors ce n'était pas du bon "Aaron Waterson" que l'on parlait, plutôt d'un homonyme appelé à accomplir de grandes choses bien loin de ce que celui qui nous intéressait pouvait avoir en vue, voire en possible. Il y avait bien un moment, au temps du lycée, où il passait pour un asocial complet bon qu'à jouer au basket, mais sa côte de popularité avait soudain atteint des sommets quand il avait commencé à fréquenter plusieurs des plus jolies filles du quartier, ou du moins les plus connues. Les pom-pom girls avaient en effet cet avantage de braquer un projecteur sur vous dès l'instant où elles découvraient votre existence, et ce pour n'importe quelle raison. Bien entendu, si c'était pour s'afficher à votre bras ce n'était que meilleur, et Aaron avait eu cette chance. Il avait d'abord un peu résisté, préférant la compagnie de son ballon et des autres membres de l'équipe qui avaient sérieusement besoin d'encadrement, et puis avait finalement cédé à la tentation. Elles savaient ce qu'elles voulaient, et connaissaient les moyens pour y parvenir; aussi malgré la résistance la plus ardue il était délicat de tenir bien longtemps , Aaron en était la preuve. La première à s'intéresser à lui explicitement avait un nom qui lui paraissait particulièrement ridicule, Parfaite, mais elle avait su très bien s'y prendre. Elle minaudait en sa compagnie, jouait un rôle puis un autre en sa compagnie, et au final ils s'étaient retrouvés à s'embrasser à l'arrière du terrain d'entrainement au lieu d'assister à leurs cours de l'après-midi. Elle était plus jeune que lui mais bizarrement bien plus expérimentée, et elle semblait apprécier l'idée d'être parmi les premières à se frayer un chemin jusqu'à son lit. Il avait ainsi eu avant elle quelques aventures sans réelle importance, juste le temps de gouter au fruit défendu avant de passer à autre chose; mais avec elle c'était la première fois qu'il se retrouvait à sortir avec une fille qu'il connaissait et avec qui il avait autre chose à faire que de juste jouer son rôle de mâle dominant. Malgré cela, ça n'avait pas duré bien longtemps. Quelques jours, peut être semaines en tirant bien sur les chiffres, et puis chacun avait repris ses petites affaires de son côté. Quoi qu'il en soit, ça avait suffit pour que la population découvre le jeune homme sous un autre angle: il n'était plus juste le gamin qui pouvait passer des heures en tête à tête avec un panier de basket, le petit hyperactif que sa mère était incapable de voir comme tel... mais un homme nouveau. A croire qu'ils avaient tous été aveugles jusque là. Il avait parfois des réactions bizarres et ne semblait pas vraiment disposé à participer à de grandes conversations avec ses camarades, mais qu'est-ce qu'il pouvait en faire fantasmer... Pour ceux qui douterait de la véracité de ces scènes au cinéma, ou une personne se retourne au passage d'une autre, révisez vos classiques! Sofia Coppola n'a rien inventé en faisant se pavaner toutes les représentantes de la genre féminine au passage de Trip Fontaine dans les couloirs du lycée, bien au contraire. Et si Aaron ne se rendait pas toujours compte de l'effet qu'il produisait, du moins au début, il était pourtant bien là. Et les petits mots laissés dans son casier en étaient la preuve. A la fin il ne prenait même plus la peine de les lires, il se contentait de les balancer dans son sac et de les mettre à la poubelle dès qu'il en croisait une. Si elles savaient... Dans le genre sentimental, on avait effectivement connu mieux, mais pour la première fois de sa vie il se sentait tout chose. Là, maintenant, ça l'avait pris quand cette fille avait ouvert la bouche sur scène, et depuis il ressentait un truc bizarre en lui. Ce n'était pas son repas qui passait mal ou la fatigue qui le gagnait mais un truc nouveau, qu'il n'avait encore jamais senti. Est-ce qu'il devait aller voir un docteur? Honnêtement il ne savait pas, et c'était bien ce qui l'inquiétait...

    Tabby, puisqu'elle lui avait dit de l'appeler comme ça, semblait un peu gênée face à Aaron, et il le regrettait. La plupart des filles qu'il cotoyait au moment du lycée -depuis son éveil il n'avait pas encore eu assez de matière pour faire une étude comparée- se faisaient un plaisir de lui faire du rentre-dedans s'il n'en prenait pas l'initiative le premier, mais voir qu'il impressionnait quelqu'un ne l'enchantait pas vraiment non plus. En fait il ne savait pas trop comment se comporter dans ce genre de situation pour n'y avoir jamais été confronté auparavant, et avoir une personne aussi délicate en face de lui pour faire le grand saut n'était peut être pas l'idéal. Elle avait pourtant semblé reprendre confiance en elle, relevant la tête en souriant après qu'il lui ait fait un compliment. Merci. Je fais du mieux que je peux avec ce que j’ai, on va dire. Là encore, la plupart des filles qu'il connaissait en auraient profité pour mieux tater le terrain et si possible récolter quelques mots gentils de plus, mais elle avait l'air sincèrement touchée et n'avait rien ajouté de plus. Wahou. Est-ce que toutes les filles étaient comme ça maintenant? C'était presque perturbant, comme si tous les repères qu'il avait mis des années à acquérir s'envolaient tout d'un coup. Et puis le gouffre. Alors qu'il avait l'impression qu'elle commençait à prendre confiance en elle, elle baissa la tête en entendant la question qu'il lui posait, son regard oscillant de droite à gauche encore et encore tandis qu'elle se débattait avec une mèche de ses cheveux. Quoi? Il avait dit un truc mauvais? Ils se connaissaient et il l'avait oublié? Si c'était le cas il s'en voulait, il s'en voulait vraiment, parce que ne pas garder le souvenir intact de cette fille était purement criminel! Mais après une courte pause d'hésitation, elle se lança. Non, on ne s’est jamais vu. Enfin, tu… Vous ne m’avez jamais vu. Moi, je vous ai connu… Dans un autre état. Elle semblait nerveuse, même la phrase prononcée, et elle s'empara de ses feuilles dont elle essaya de faire une pile uniforme, sans que rien n'en dépasse. Aaron avait l'impression d'avoir loupé quelque chose, et quelque chose d'important, mais quoi? Il ne comprenait d'ailleurs pas ce qu'elle voulait lui dire, surtout qu'elle ne disait pas les choses clairement et que l'implicite n'avait jamais été son truc. Qu'il récapitule. Elle l'avait déjà vu, mais pas lui. Elle était quand même pas du genre stalker, à le suivre dans la rue et à surveiller ses moindres faits et gestes? Elle avait l'air gentille et mignonne, bien propre sur elle, mais peut être que ce n'était qu'une couverture et qu'elle était en réalité une véritable déviante! Si c'était ça elle cachait vraiment bien son jeu, il ne s'en serait pas douté du premier coup! Enfin non, ça ne pouvait quand même pas coller, ça ne pouvait pas être ça... Et puis cette histoire de l'avoir vu dans un autre état, de quoi elle parlait? Elle l'aurait connu à Portland? Mais dans ce cas là il retournait à la case départ, comment est-ce qu'elle aurait pu le rencontrer sans qu'il s'en rende compte? Là il déchantait, carrément. Il l'avait entendue, et elle l'avait éblouie. L'espace de quelques minutes ou de quantité de minutes, il n'en savait rien, il avait été ailleurs, et s'y était senti bien. Et là il retombait, comme un vulgaire soufflé.
    Il croisa les bras, son regard qui n'avait jamais quitté la jeune fille plus que jamais planté sur son visage. Il n'aimait pas qu'on se moque de lui, ni qu'on lui fasse des cachoteries, et elle était forcément en train de faire l'un ou l'autre.

      Dans un autre état? Et vous m'avez suivie jusqu'ici pour quoi faire alors?

    C'était là le problème d'utiliser des mots à double sens. S'il apparaissait évident que pour Tabby "état" faisait référence à la disposition d'Aaron, à son niveau de santé et de vie de manière générale; lui l'avait compris au sens géographique du terme et c'était là tout le problème. Ou comment, à trop vouloir ménager son interlocuteur on se retrouve à le voir faire les gros yeux.
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Message(#) Sujet: Re: You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha Sam 6 Nov 2010 - 18:04



Le théâtre, le lieu en lui-même, devrait être celui où Tabitha se sentait le mieux. La pièce où elle se sentait dans son élément, dans son monde, dans son milieu. Le seul endroit où elle ne se sentait pas exclue, seule ni même trop petite ou trop intelligente ou trop timide par rapport aux autres. Tabby n’était pas une extravertie de nature et les plus proches d’elle le savaient. Et ceux qui ne la connaissaient pas le sentaient. Elle avait ce regard un peu fuyant et cette démarche ainsi qu’une attitude guère rassurée. Non, Tabitha n’était pas munie d’une grande confiance en elle, comme le faisait si bien son cousin. Mais peut-être qu’elle était moins vulnérable que lui, après tout. Elle savait que Neal n’était pas invincible et elle non plus. Mais Tabby note tout de même que son cousin avait toujours de vives réactions envers son environnement et les aléas qu’il peut y avoir. Elle, elle prenait plus sur elle et savait canaliser ses sentiments. Le plus généralement, elle gardait tout pour elle. Bien sûr, elle ne restait jamais insensible aux choses qui se passent autour d’elle. Mais elle n’était pas du genre à agir dans l’extrême suite à un simple petit incident. Sûrement qu’elle devait être un minimum fier pour ne pas vouloir montrer des larmes qui, parfois, lui piquent les yeux. Elle était sensible mais en même temps, elle tentait de garder le contrôle. Elle était timide mais possédait une certaine fierté, un honneur qu’elle ne voulait et pouvait pas salir devant les autres. La jolie blonde avait toujours regardé les autres avec appréhension ; elle n’était ni populaire ni considérée comme une sans-amie. Mais le regard des gens sur elle, qu’elle pouvait sentir sur son dos quand elle avait les talons tournés dans les couloirs de la faculté, avait plus d’influence qu’on pourrait l’imaginer. Enfin, tout était relatif, bien sûr. La jeune Johnstone ne voulait pas forcément changer mais juste être prise pour ce qu’elle était. Par chance, ou simple coïncidence, toutes les personnes qu’elle avait croisé jusqu’à présent s’étaient montrées fort agréable avec elle. Tabby ne se rendait pas vraiment compte de l’atmosphère de confiance et de douceur qu’elle pouvait transmettre quand elle arrivait dans une pièce. En faites, elle se considérait un peu comme une boule de stress, ou une boule de nerfs, qui se contient jour après jour et qui se force à faire face à toutes les situations avec la plus grande détermination. Mais il lui arrivait d’avoir des moments de faiblesse, d’un instant où elle n’était plus franchement déterminée et qu’elle sentait sa « pseudo-confiance » partir en fumée. Et c’était exactement ce qui était en train de se produire en ce moment. Le regard d’incompréhension que lui balançait Aaron, qui ne la lâchait décidemment pas une seule seconde des yeux – peut-être avait-il peur qu’elle s’enfuie ? – la faisait presque rougir. Heureusement que Tabby avait les fesses à moitié posée sur le rebord du siège, sinon, dieu seul sait quelle catastrophe elle aurait pu provoquer. Après tout, elle non plus n’était pas invincible. Elle sentait qu’elle avait des fourmis dans les pieds et elle détestait ça. Pourquoi diable fallait-il qu’elle se mette dans cet état ? Tabitha se sentait ridicule. Au lieu de se replier sur elle-même et de commencer à se dandiner sur ses deux pieds, qui devaient être aussi stressés que ses mains, la jeune fille devrait plutôt se réagir de voir Aaron en face d’elle, en pleine forme. Quelle égoïste tu peux être, Tabby. Lui murmure sa délicieuse voix intérieure. Mais pouvait-on cependant réellement lui jeter la pierre ? Non. Bien sûr, on ne pouvait pas non plus la jeter sur le jeune homme. Ca sera incompréhensible. En parlant d’incompréhension, voilà que cela lui faisait front face.

« Dans un autre état? Et vous m'avez suivie jusqu'ici pour quoi faire alors? » Tabitha leva un sourcil interrogateur vers Aaron. Comment ça, elle l’aurait suivi ? Là, pour le coup, ils étaient tous les deux plongés dans une réflexion personnelle qu’ils n’arrivaient apparemment pas à exprimer à l’autre. « Pardon ? » C’était plus spontané que réfléchi, comme réponse. Mais la question du jeune homme était tout de même assez absurde. Même s’il ne fallait pas se fier aux apparences, l’avait-il bien regardé avant de demander ça ? Est-ce qu’elle avait une tête à suivre les gens ? Elle n’aimait pas le stress et l’adrénaline que pouvait provoquer les jeux de cache-cache ou d’espionnage. Ça faisait chauffer son cœur et ce n’était pas forcément une bonne chose. Moins elle panique et mieux elle se porte. « Je suis désolée mais il y a un malentendu. Je ne vous ai pas suivi. Ni vous, ni qui que ce soit. » Tabitha en avait presque oublié sa gêne et regardait presque de façon sidérée Aaron. Puis, elle réfléchit deux minutes. État… Elle fit les gros yeux, signe qu’elle avait compris la source du quiproquo. « Oh, vous croyez que je parlais des états géographiques ? Oh non, non non non, pas du tout. Je parlais de l’état physique… Plutôt. » Alors qu’elle avait commencé sa phrase avec de grands gestes, elle la finit en parlant à voix un peu plus basse ; elle tourna la tête vers la petite file qui sortait de la salle, dont la fameuse Sophia qui leur faisait de grands gestes puis un clin d’œil avant de franchir le seuil de la porte. Tabby ignorait à qui était adressée le clin d’œil mais elle s’en fichait ; tout ce qu’elle aimerait maintenant, ça serait de partir d’ici. Pourquoi Aaron ne l’avait pas abordé en extérieur ? Pourquoi fallait-il que ce soit dans cette pièce subitement trop chauffée ? Ses doigts resserrèrent la pression sur ses feuilles, de telle force que ses phalanges rougissaient sous la pression. Sa peau était moite et elle avait tout bonnement horreur de cela. Tabitha devait mettre un terme à tout ça car pour sûr que le jeune homme voudrait en savoir plus – et, dans son cas, elle aurait fait la même chose. En même temps, ce n’était pas non plus la fin du monde d’avouer qu’on était la principale visite d’un mois quand il était dans le coma. Oui, mais ce n’était pas non plus une mince affaire, aux yeux sensibles de la jeune Johnstone. Cette dernière prit une grande inspiration tout en plaquant les papiers de la pièce contre sa poitrine. « C’est très embarrassant et plutôt gênant d’en parler. Je suis venue parler à votre chevet régulièrement – non, très régulièrement – quand vous étiez dans le coma. Et vous voir, là, c’est… C’est incroyable. Je suis ravie, croyez-le, mais un peu sonnée. » Le rouge lui était monté aux joues mais Tabitha eut un léger sourire vague avant de déglutir discrètement tout en se redressant, commençant soudainement à s’animer. « Je dois, enfin j’aimerai, y aller, si ça ne vous dérange pas. J’ai un… un devoir à travailler pour la fin de la semaine. Mais ravie de vous voir en pleine forme, vraiment. » Elle n’avait pas de devoir à rendre à la fin de semaine. C’était un mensonge mais il n’était pas forcément censé le deviner, n’est-ce pas ? Tabitha le contourna rapidement et commença à partir, tête baissée. Bon dieu qu’elle avait horreur de ce genre de situation ! Heureusement qu’elle ne s’était pas amusée à parler à tous les comateux de l’hôpital. Elle ne s’en serrait jamais remise.

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Message(#) Sujet: Re: You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha Sam 20 Nov 2010 - 23:52

    Il y avait un trou dans la vie d'Aaron, un manque de quelques années qu'il savait qu'il ne pourrait jamais combler. Il pourrait devenir centenaire, vivre toutes sortes d'aventures toutes plus inimaginables les unes que les autres et apprendre à voyager dans le temps que ça n'y changerait rien, il y aurait toujours un trou. Au fond ce n'était pas grand chose comparé à tout ce qui lui restait en potentiel, et pourtant ça le tracassait. Qui sait, après tout, ce qu'il aurait pu faire durant ces quelques années qu'il avait passé dans le coma? Peut être se serait-il lancé dans de brillantes études, se découvrant une passion insoupçonnée pour les sciences dans lesquelles il aurait excellé au moins autant qu'au basket, et peut être aurait-il inventé un médicament révolutionnaire capable de sauver la vie de millions de personnes à travers le monde. Ou peut être qu'il serait tout simplement devenu un joueur professionnel, rapidement reconnu comme l'un des meilleurs de sa génération, enchaînant les championnat et faisant la couverture des plus prestigieux magasines au bras de plus belles filles de la planète. A n'en pas douter, il aurait fait de grandes choses. Il avait la volonté pour y arriver, et assez de talent à revendre pour y parvenir. Car c'était ça le plus frustrant, savoir qu'il était passé si près du but... Il aurait été un imbécile fini, de ceux qui passent leurs journées à glander dans un coin de la ville sans oser faire quoi que ce soit de leurs dix doigts que ça aurait été bien fait pour lui, mais même pas. Il n'était pas un criminel, n'avait jamais nuit à quelqu'un volontairement et assez profondément pour causer trop de tords, et n'avait pas de trop mauvaises intentions de manière générale. Il était jeune, un peu naïf et emporté parfois, mais tout autant que la plupart de ses camarades, et quand on avait annoncé sa mort beaucoup avaient été touché. Il avait peu d'amis, de "véritables amis" en tout cas, mais tout le monde ou presque au lycée connaissait Aaron Waterson, et sa disparition leur avait rappelé à quel point tout été décidément trop éphémère ici bas... Par moments il se disait d'ailleurs que son coma avait au moins eu cet intérêt, celui peut être d'en réveiller certains qui ne s'étaient pas rendu compte à quel point le temps pouvait passer vite, mais le réconfort était de courte durée quand il revenait à penser à tout ce que lui avait perdu. S'il avait eu l'occasion de retourner dans le passé pourtant il n'avait aucune idée de ce qu'il ferait. Est-ce qu'il prendrait bien soin de se taire à l'approche de ce virage, ou est-ce qu'il referait la même erreur? Car oui, c'était bel et bien une erreur quand on considérait les conséquences qu'avaient eu son aveu, mais avec le recul il se disait tout de même que tout n'était pas si mal. Il regrettait, c'était indéniable, mais la vie qu'il avait retrouvé lui convenait tout de même assez pour qu'il n'ait pas envie de passer à côté dans le cas où on lui offrirait une deuxième chance. Et c'était d'ailleurs bien ça le problème des secondes chances: en voulant faire mieux, on n'est pas toujours assuré de ne pas plutôt gâcher le peu de bonheur que l'on a réussi à construire. Et Aaron tenait trop à ce dernier pour le laisser s'envoler encore une fois.

    Brusquement, ce bel ange qu'il avait jusque là l'impression d'avoir sous les yeux s'était transformé en quelque chose de beaucoup moins agréable, et Aaron commençait à se méfier de cette Tabby comme elle lui avait permis de l'appeler. Sous ses airs de sainte nitouche, qui sait quel genre de fille elle était réellement pour s'amuser à le suivre à travers tout le pays?! Probablement une tarée sans aucun scrupule, une psychopathe en devenir, cachant sous son air doux et timide des penchants bien moins délicats. Y'avait pas à dire, elle cachait bien son jeu, et elle n'aurait pas fait ce léger faux pas qu'il ne se serait méfié de rien. Comme quoi sa sauvegarde ne tient parfois pas à grand chose!
    Aaron était ainsi désormais sur la défensive, prêt à se lever et à quitter la salle si elle venait à dire ne serait-ce qu'un mot de trop. Maintenant qu'il l'avait percée à jour et qu'il savait à quoi s'en tenir il n'y avait plus de réel danger, même s'il la surveillait du coin de l'oeil, l'air renfrogné et décidé à ne pas se laisser faire comme le premier imbécile venu. Et c'était avec une certaine satisfaction qu'il l'avait vue faire semblant de s'interroger, jouant son petit rôle à la perfection. Pardon ? Y'avait pas à dire, elle s'y prenait quand même drôlement bien, si bien même que l'on n'aurait pas dit que c'était feint. Probablement que beaucoup tombait dans son piège, même s'il ne voyait pas très bien quel objectif elle pouvait avoir en tête pour se comporter de la sorte. Enfin, elle aurait fait ça avec l'héritier d'une riche famille ou quelqu'un de célèbre qu'il aurait compris, mais là ça lui échappait pas mal. Bah, il avait encore tout le temps d'éclaircir la question, il n'était pas vraiment pressé... Et puis, au pire, il s'en foutait bien assez pour ne pas s'entêter trop à chercher des explications là où il n'y en avait pas... Dommage en tout cas qu'une si jolie fille se retrouve à faire des plans aussi douteux, c'était un beau gâchis... Je suis désolée mais il y a un malentendu. Je ne vous ai pas suivi. Ni vous, ni qui que ce soit. Il la regardait se défendre, l'air indifférent. Mais oui, bien sûr, et lui il avait bien entendu mal compris ce qu'elle voulait dire. Évidement.
    Il avait croisé les bras sur son torse, l'écoutant s'embrouiller toute seule, sans qu'il ne dise le moindre mot. De toute façon, à quoi bon maintenant. Qu'elle avoue au moins, et qu'on en finisse. Mais ce fut le contraire, et le regard qu'elle le lança tout à coup le déconcerta l'espace d'un instant. Oh, vous croyez que je parlais des états géographiques ? Oh non, non non non, pas du tout. Je parlais de l’état physique… Plutôt. Elle avait commencé sa phrase visiblement pleine d'entrain, et s'était peu à peu calmée, sa voix se faisant murmure petit à petit. Elle parlait d'état physique? Là la curiosité d'Aaron était piquée à vif, du moins assez pour lui faire entrevoir l'idée que peut être ils s'étaient mal compris... Ce qui n'était peut être pas si étonnant, car même s'il s'était mis à la considérer comme une dangereuse détraquée bonne à enfermée, il n'arrivait pas à s'en convaincre complètement, quelque chose en elle lui faisant penser qu'il se trompait peut être à son compte. Elle en tout cas avait l'air émue, détail qui le échappa pas, et la profonde inspiration qu'elle prit tout à coup ne pouvait pas être simulée, il en était persuadé. C’est très embarrassant et plutôt gênant d’en parler. Je suis venue parler à votre chevet régulièrement – non, très régulièrement – quand vous étiez dans le coma. Et vous voir, là, c’est… C’est incroyable. Je suis ravie, croyez-le, mais un peu sonnée.
    Et c'était elle qui se disait sonnée? Mais qu'est-ce qu'il devait dire lui alors?! Et d'un coup, comme dans un flash, il comprit. La voix, oui, c'était ça, cette voix qu'il connaissait, qu'il reconnaissait. Quelque chose de familier et de si lointain à la fois, quelque chose qu'il avait l'impression de comprendre mieux que tout ce qu'il avait connu d'autre, quelque chose d'important qu'il avait perdu en cours de route, comme ces années de creux dans sa vie. L'évidence, livide par sa spontanéité.

    Et puis elle se leva, reprenant vie après l'aveu. Je dois, enfin j’aimerai, y aller, si ça ne vous dérange pas. J’ai un… un devoir à travailler pour la fin de la semaine. Mais ravie de vous voir en pleine forme, vraiment. Elle avait les joues rosies par l'émotion, et c'était assez joli à voir. Il la regarda passer devant lui, le contourner, la contemplant comme il l'avait fait peut auparavant lors de son entrée en scène. Et là, ce fut plus fort que lui, il se leva à son tour.

      Attendez.

    Il y avait dans sa voix assez d'assurance pour faire penser qu'il savait ce qu'il faisait, alors qu'il n'en était rien. Mais il ne voulait pas qu'elle parte, qu'elle le laisse avec toutes ces interrogations. Il se sentait bien avec elle, bizarrement bien, comme si un lien invisible les reliait, et il n'avait pas envie de briser ça.

      Tabby, vous voulez bien... Enfin, je, merci, c'est gentil... Je sais pas pourquoi vous l'avez fait, mais je crois que ça m'a fait du bien. Sincèrement.

    C'était un sentiment étrange, qui lui ôtait les mots de la bouche, mais qui ne l'empêchait pas de sourire. Dommage donc que la jeune fille lui tourne le dos. Si d'habitude il savait toujours quoi dire aux filles, et la façon dont il devait le dire, là il séchait complètement. De son coma, personne ou presque n'avait de souvenir. Soit l'on n'était pas venu le voir, soit l'on ne lui en disait rien désormais. Sa mère n'était plus là pour se réjouir de le voir de nouveau en vie, son père l'avait admirablement ignoré durant tout le temps qu'il avait passé avec lui, John n'avait pas été en état, Lizzie n'en avait pas trouvé la force, et Dakota... Dakota il ne savait pas, mais il y avait une certaine volonté de la part d'Aaron à ne pas aborder le sujet. Et il se surprit à penser que cette Tabby était peut être la personne qui avait été la plus proche de lui alors qu'il n'y en avait plus d'autre pour prendre soin de lui, et cette pensée le toucha. Parce que ce qu'elle avait fait, c'était un acte si gratuit et si désintéressé qu'il le désarmait complètement.

      Je vais pas vous retenir alors, mais j'aimerai bien vous revoir un jour, pour prendre un café ou ce que vous voulez d'autre... Je vous dois peut être bien ça...?

    Et pour quiconque qui se serait trouvé là, dans la même pièce qu'eux, le comportement d'Aaron aurait parut surprenant. Pour lui même d'ailleurs, ça semblait assez irréel. Et tellement loin de celui qu'il était habituellement: à croire que ces années qui lui manquaient l'avaient finalement plus affecté que l'on ne l'aurait cru.
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Message(#) Sujet: Re: You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha Mar 30 Nov 2010 - 17:49



« Attendez. » Tabitha aurait bien eut le réflexe de poursuivre sa marche et s’enfuir le plus rapidement possible mais elle était bien trop polie pour ne pas se retourner. Sa raison lui disait de bien se conduire et ce fut elle qui la stoppa lentement. Aaron ne semblait pas vouloir mettre fin à la conversation et, à sa place, sûrement que Tabby aurait réagit de la même façon. A la différence près que, dans la situation actuelle, elle n’était pas dans sa position. Elle ignorait ce qu’était d’avoir passé des années de sa vie dans un sommeil profond et qui n’en finissait plus. De plus, elle était terriblement mal à l’aise vis-à-vis de ce qu’elle aurait pu lui raconter. Bien sûr, elle ne lui avait pas de choses à grand impact sinon, elle s’en souviendrait. Mais quand même. Elle était aussi gênée quand elle repensait au nombre de fois qu’elle avait fredonné un air quelconque, qu’elle lui avait prit la main, qu’elle lui lisait le journal ou qu’elle s’était amusée à jouer différents personnages. Oui, elle avait accompli tout ça à un public qui était entre la vie et la mort. Tabitha avait toujours ignoré pourquoi elle avait fait ça. Elle s’était souvent posée la question, le soir, quand elle retournait dans sa chambre, ou même un mois après être sortie de l’hôpital. Mais elle n’avait jamais trouvée de réponse. Elle ne pouvait pas songer que c’était sa bonté qui l’avait guidé jusqu’à lui, jusqu’à cette chambre où la vie et la mort semblaient se fondre dans une lutte acharnée. Alors oui. Même si Aaron voulait avoir plus d’explications, Tabby ne songeait qu’à déguerpir. Peut-être que l’idée de devoir répondre à des questions la terrifiait. D’habitude, ça ne lui faisait pas très peur. Les questions de cours étaient un jeu d’enfant pour elle. Mais dans les relations humaines, c’était toujours différent. Ce n’était pas comme si vous pouvez rayer et mettre du blanc ou gommer ce que vous venez de répondre. Vous ne pouvez pas non plus vous étendre en longueur pour la réflexion face à une question posée. C’était tellement plus simple sur papier. Et Tabby était une de ces personnes tellement érudite qu’elle pouvait passer des heures pour rédiger un commentaire. Souvent au grand désarroi de Tobias et Jesse, d’ailleurs.

« Tabby, vous voulez bien... Enfin, je, merci, c'est gentil... Je sais pas pourquoi vous l'avez fait, mais je crois que ça m'a fait du bien. Sincèrement. » Tabitha était presque soulagée. Il n’y avait aucune question dans ce qu’il venait de lui dire. Juste des remerciements. C’était bien agréable à attendre. Et pourtant, elle baissait silencieusement la tête avant de se retourner lentement vers lui. « Je vais pas vous retenir alors, mais j'aimerai bien vous revoir un jour, pour prendre un café ou ce que vous voulez d'autre... Je vous dois peut être bien ça...? » Tabby sentit chaque parcelle de nerf se tendre un peu plus, comme angoissée à l’idée qu’ils pouvaient être autour d’un café. Pourtant, un café, ce n’était pas bien sorcier. Mais quand il s’agissait de le prendre avec un ancien comateux que vous avez presque bordé pendant un mois, ça prenait un augure différent. En faite, ça changeait du tout au tout une relation. Il y avait naissance d’un lien particulier que peu pouvaient comprendre voire même accepter. Et c’était ce lien même que la jeune Johnstone se prenait en pleine tête à cet instant même. Elle était bouleversée. Il fallait juste lui laisser le temps de s’en remettre. Cependant, elle hocha la tête. « Si vous voulez. J’en serai ravie… » Sa phrase reste un moment en suspension avant qu’elle esquive un léger sourire tout en haussant les épaules et raplatissant les feuilles contre elle. « Il n’y a pas à me remercier. Je ne me suis pas forcée. » Tabitha accentua un peu plus son sourire avant de le saluer silencieusement de la tête et tourner les talons. Son cœur battait comme un fou et pour une fois, elle aurait aimé que ce soit pour un sentiment amoureux.

Seulement, ce n’était pas vraiment le cas, malheureusement.

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Message(#) Sujet: Re: You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha Mar 30 Nov 2010 - 17:50


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Message(#) Sujet: Re: You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha

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You come to take me away like a little white rabbit from yesterday | Tabitha

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