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 knee deep in happy fantasies

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Cash Siringo

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Message· · Sujet: knee deep in happy fantasies knee deep in happy fantasies EmptyMer 6 Nov - 21:34

Cash souriait – un large sourire qu’il ne pouvait contrôler. Il avait tenté de réprimer ses zygomatiques, de pincer ses lèvres, de mordre l’intérieur de ses joues, mais il avait échoué lamentablement et avait vite compris qu’il était vain de d'essayer de garder un visage impassible. Il ne pouvait simplement pas s’empêcher de sourire, parce qu’il était heureux, parce qu’il avait échangé un regard avec Lydia, qui marchait à ses côtés, et que dans cet échange, toutes les émotions que le garçon ressentait lui avaient semblé perceptible à l’œil nu. Il ne pouvait pas cacher son bonheur. Il était réel, il était palpable, il était présent dans ses yeux pétillants, dans ses lèvres indomptées, dans le rose de ses pommettes qui se mélangeait aux taches de rousseurs apparues cet été.
Cash portait Robin sur ses épaules, les jambes de la fillette ancrées contre le haut de son torse. Elle s’était penchée en avant, entourant le visage de Cash entre ses mains et reposant son menton au milieu de ses boucles noires et sauvages. Il portait dans chacune de ses mains des sacs prêts à exploser, que Lydia avait remplis avec ses affaires et celles de sa fille. De temps en temps, il s’amusait à mimer une perte d’équilibre, à fléchir un genou en reposant un de ses pieds au sol afin d’essayer de surprendre Robin. À chaque reprise, la petite fille laissait s’échapper un petit cri de surprise, qui se transformait rapidement en un éclat de rire. Elle n’était pas effrayée, et en réalisant que Robin était plus amusée qu’apeurée, Cash avait compris que la fillette lui faisait totalement confiance. Il avait souri davantage en pensant cela.
Il jeta un regard vers Lydia. Il n’avait pas voulu que sa joie soit aussi transparente. Il ne voulait que ce déménagement soudain apparaisse comme une victoire. Ce n’en était pas une. Cash était heureux à l’idée que Lydia s’installe chez les Siringos – ou, plutôt, qu’elle s’installe dans sa chambre, en espérant que les interactions avec la fratrie et Cindy seront les plus minimes possibles –, mais il savait que sa meilleure amie ne vivait pas un moment facile, et apparaître aussi enjoué lui paraissait déplacé. Lui proposer de s’échapper des Winters avait été un instinct. Il n’avait pas réfléchi. Il n’avait pas envisagé tous les problèmes que l’installation (temporaire, durable, il s’en fichait) de Lydia pourrait créer. Après coup, il ne lui avait pas semblé nécessaire de se projeter pour savoir si tout se passerait bien. Ils étaient deux, dans cette aventure, lui et Lydia – et Robin, bien entendu –, et tant qu’il était tous les deux, Cash était persuadé qu’ils étaient préparés à tout. Même à faire face aux Siringos.
Au final, il ne pouvait pas s’empêcher d’être excité par cette cohabitation soudaine. Avant que Robin ne débarque dans la vie de Lydia – et dans le monde de Cash également –, pas une semaine ne passait sans que Cash ne dorme au moins une nuit chez son amie, quelquefois à l’improviste, lorsque la présence de ses frères et sœurs se faisaient insupportables et qu’il avait besoin de la compagnie de la jeune femme. Avant que Robin ne naisse, il arrivait à Lydia de venir dormir chez lui, assez souvent, pas aussi souvent que Cash l’aurait aimé – il lui arrivait même de découvrir les affaires de Lydia dans sa chambre, sans se rappeler d’en avoir parlé ensemble avant. Depuis Robin, il n’avait pas pu s’empêcher de réaliser, avec un pincement au cœur, que lui et Lydia ne passaient plus autant de temps ensemble. Ils passaient toujours la plupart de leur temps libre à deux, s’écrivaient en permanence, s’appelaient plusieurs fois par jour ; mais quelque chose était différent. Ce n’était pas la faute de Lydia. Ni la sienne – ou peut-être s’était-il convaincu, sans raison, que quelque chose avait changé. C’était encore moins la faute de la petite Robin. C’était la vie qui s’imposait à eux. Mais le destin leur donnait aujourd’hui la possibilité de rattraper le peu de temps qu’ils avaient perdu.
Ils arrivèrent enfin en face de la maison des Siringos. Cash posa les sacs qu’il portait sur le trottoir avant d’attraper Robin et de la faire descendre de ses épaules, Il se pencha vers elle et l’emprisonna dans ses bras, l’embrassant bruyamment sur la joue.
– La balade sur mes épaules t’a plu ?, demanda-t-il en libérant Robin, qui apparaissait tellement petite et fragile dans ses bras, alors qu’elle était déjà une fillette débrouillarde et intrépide pour son âge. Elle acquiesça, et Cash ébouriffa ses longs cheveux tout en se redressant et en se tournant vers Lydia.
– Welcome to the Hotel Siringo, dit-il chantonnant les Eagles et en modifiant légèrement les paroles. Il jeta un regard en coin vers Lydia, tout en continuant à chanter d'une voix faible.
– It's a lovely place ... - ouais, bon pas vraiment – it's a lovely place ...
Il se tourna vers Lydia, pour terminer le début du refrain de cette chanson qu'il avait écouté tellement de fois il y a quelques mois.
– It's a lovely face !, conclut-il en souriant et en perdant son sérieux, s'approchant de son ami et la prenant dans ses bras, la serrant délicatement contre son torse. Lydia était minuscule contre lui.
– Vous pouvez rester aussi longtemps que vous voulez. Y aura pas tout le temps à manger, … ça dépendra de la fréquentation, mais vous pourrez toujours trouver quelque chose à vous mettre sous la dent, sauf si c’est petit, vert et que ça bondit partout …, continua-t-il en mimant l'espace d'une seconde une grenouille, inspirant ses joues à l'intérieur de sa bouche.
Il brisa l'étreinte et recula d'un pas, posant les mains sur ses hanches, regardant Lydia qui baignait dans les rayons d’un soleil descendant.
– Sérieusement, tu sais … dit-il. Une phrase tronquée, que Lydia finirait dans sa tête, ponctuée par un échange de regard entre les deux. Elle savait qu’elle était la bienvenue, aussi longtemps qu’elle le souhaitait. Elle savait qu’il était là pour elle, aussi longtemps qu’elle en avait besoin, et plus encore.

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Lydia Winters

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Message· · Sujet: Re: knee deep in happy fantasies knee deep in happy fantasies EmptyMer 20 Nov - 15:20

(27.10.2019)


Lydia souriait, d’un sourire gondolé, sans éclat, sans réelle valeur, même si voir le spectacle qui s’offrait à elle était attendrissant. Robin perchée sur les épaules du meilleur ami de sa mère, Robin qui ne se rendait probablement pas compte de ce qui se tramait en réalité. Pour elle, ce n’était qu’un jeu: vite, fourrer quelques affaires dans un grand sac, ses vêtements préférés, ses jeux favoris; se dépêcher avant que les autres rentrent, une sorte de cache-cache sans queue ni tête; s’accrocher aux boucles du garçon de dix-sept ans qui les emmenait dans son royaume, un royaume aussi pauvre et peuplé que celui qu’elles quittaient mais qu’importe du moment qu’elle n’avait pas à être confrontée à Tommy et à ses mensonges, et aux autres, dommages collatéraux d’une relation qui s’effritait. La confiance avait été ébranlée lors de la première révélation mais c’était celle de la veille qui avait brisé net les restes fragiles. Lydia avait pourtant l’impression de davantage participer à un kidnapping qu’à une échappée belle. Robin ne se réalisait peut-être pas encore qu’elle ne dormirait pas dans son lit ce soir - ni les prochains et ce pour une durée indéterminée - mais elle finirait par sentir le malaise, elle commencerait à poser des questions auxquelles Lydia n’avait pas envie de répondre (si seulement elle avait les réponses). Alors, pour l’instant, elle se contentait de suivre la haute silhouette d’un Cash surmonté de sa fille - un ange à deux têtes, songea l’adolescente - en s’efforçant de sourire, de ne pas se remettre à pleurer, parce qu’elle ne voulait pas inquiéter Robin, parce qu’elle ne voulait pas voir le trouble s’inviter dans ses yeux d’enfant. Elle voulait qu’elle croie encore un peu qu’il s’agissait d’un drôle de jeu aux règles indéterminées.
Un nouveau cri éclipsa le silence et Lydia vit les bras de sa fille resserrer leur prise autour de Cash. Si elle n’avait pas été rassurée de voir son meilleur ami s’emparer des sacs avec la gamine sur ses épaules, la jeune Winters avait dû finir par convenir qu’il n’y avait aucun danger, comme si Robin s’emboitait parfaitement dans le creux des épaules, et y était solidement amarrée. Alors elle se contentait de suivre le duo, un sac à l’épaule, en silence, d’émettre un rire creux lors des pitreries de Cash, d’accentuer l’arc de ses lèvres lorsqu’elle captait le regard du jeune homme, tout en sachant qu’elle ne le leurrait pas. Il savait ce qu’elle faisait, il la soutenait, sans poser de questions, sans essayer de la raisonner, parce qu’il savait que c’était ce dont elle avait besoin, à ce moment précis. Un soutien indéfectible, qui aurait peut-être mérité un peu plus de réflexion mais Lydia n’avait ni l’énergie ni l’envie ni le temps de se poser les bonnes questions, d’envisager d’autres alternatives. Elle avait voulu quitter la maison qui l’avait vue grandir, ne plus devoir croiser les visages de ses frères et soeur, avec leurs multiples fractures personnelles. Elle ne se supportait plus à leur contact non plus. C’était injuste et sûrement impardonnable vu les circonstances mais c’était précisément parce que tout le monde était au chevet de Tommy qu’elle avait pris cette décision spontanée, sinon, elle n’aurait sans doute pas eu le courage de la mettre à exécution. C’était un coup de gueule, une fuite, une trahison, mais cela lui importait peu. Elle voulait juste s’éloigner, s’isoler, créer le manque, peut-être, bien qu’une petite voix lui souffle qu’elle ne leur manquerait pas, qu’elle leur faisait plutôt une faveur en désertant. Elle verrait bien. Elle ne voulait pas davantage être un fardeau pour Cash, qui en bavait déjà suffisamment avec les siens et s’il avait eu la moindre hésitation, elle aurait cherché une autre solution - flûte, elle avait même envisagé de squatter en secret une chambre du Majestic, mais heureusement, Cash n’avait pas fléchi et elle avait fondu en larmes dès qu’elle avait raccroché, le sachant en route pour venir les chercher.
Et maintenant c’était fait.
Ils quittaient Pioneer Oak pour Bridgewater Way. Elle quittait un monde familier pour un chaos étranger, mais elle ne s’inquiétait pas. Parce qu’elle avait Cash, et c’était tout ce qui comptait, à ce moment précis.
La maison de son meilleur ami se profila devant eux et Lydia la regarda, consciente de la sensation bien différente qui lui retournait le ventre. Il ne s’agissait plus de s’inviter le temps d’un après-midi ou d’une nuit, pour se réfugier dans la chambre de Cash, évitant soigneusement le reste de la famille. Elle allait vivre parmi eux, ils allaient forcément trouver cela bizarre. Comme s’ils n’étaient pas assez nombreux - même s’ils l’étaient moins qu’avant, puisque l’un des frères de Cash était décédé un an plus tôt. Elle se promettait de ne pas être un fardeau supplémentaire. Elle paierait sa part, elle essaierait de cuisiner, même si ce n’était pas son fort (elle laissait généralement cette tâche ingrate à sa soeur), elle se ferait toute petite et puis si elle ne les amadouait pas, elle était certaine que le sourire de Robin ne manquerait pas d’y remédier. Personne ne résistait à Robin, après tout.
La voix de Cash tira l’adolescente de sa contemplation et elle reporta son attention sur le jeune Siringo, comme si elle attendait le coup d’envoi. Ses lèvres frémirent, comme si elle réprimait le sourire qui lui chatouillait les lèvres et elle se laissa aller dans son étreinte avec un soupir, la fatigue des derniers jours (semaines? mois? années?) lui tombant dessus comme une masse. Elle serait bien restée dans la chaleur de ses bras, où la sécurité n’était pas un mythe, où la paix était à portée de ses doigts, mais elle fut bien forcée de revenir à la réalité quand il s’écarta, insistant de son ton familier. Lydia le dévisagea quelques secondes puis hocha la tête, à court de mots, tant la gratitude lui gonflait le coeur et la gorge. Elle se passa la main sur le nez et finit par répondre, la voix rauque:
- Je ne sais pas ce que je ferais sans toi… Mais je te promets que je vais trouver une solution rapidement. Je ne veux pas être dans vos pieds.
Mais je ne pouvais pas rester là-bas non plus. Les mots tus devaient pourtant briller comme des néons. Il ne lui avait même pas demandé de vraies explications, il avait pris sa détresse entre ses mains et l’avait sortie de la tourmente - celle qui lui piétinait le coeur depuis qu’elle avait entendu Sami déclarer c’est mon mari, ce qu’elle avait d’abord cru être un mensonge éhonté pour avoir le passage libre jusqu’à la chambre de Tommy, avant de réaliser que le mensonge n’était pas là, une nouvelle fois. Il était ailleurs. Comme lors de la dispute avec Tommy, quelques mois plus tôt, Lydia avait senti son sang ne faire qu’un tour. Elle savait que c’était la colère que Tommy leur ait encore dissimulé quelque chose, la façon, encore une fois, dont elle avait dû l’apprendre et savoir que les autres n’étaient pas dans le secret ne l’avait nullement consolée, mais c’était aussi la jalousie, elle le savait, même si elle ne l’avouerait jamais. Alors sa réaction avait été très simple et très égoïste et elle l’avait menée ici, sur ce bout de trottoir, devant une maison qui tenait à peine debout.
- Est-ce que tu as prévenu tes frères et soeurs que je débarquais? demanda-t-elle, avec une légère méfiance.
En avait-il seulement eu le temps avant de voler à son secours? Mais elle ne pouvait de toute manière plus faire demi-tour. Elle ne rentrerait pas la queue entre les jambes. Qu’il s’agisse de détermination ou d’entêtement revenait au même. Lydia Winters ne revenait jamais en arrière.
Alors il ne lui restait plus qu’à aviser et à se débrouiller avec les cartes qui lui avaient été données. Un jeu moins mauvais qu’il en avait l’air puisqu’elle pouvait compter sur l’as de coeur qu’était Cash Siringo.

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