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 « Friendship doubles our joy and divides our grief » feat. Ephason Di Astrellà

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Message(#) Sujet: « Friendship doubles our joy and divides our grief » feat. Ephason Di Astrellà Mar 18 Mai 2010 - 23:01


(c) LJ: vickibot & blueberry_b

Autrefois elle était plutôt coquette. Pas énormément, non plus, elle ne passait pas des heures dans sa salle de bain. Mais il est vrai qu’elle aimait se sentir jolie, porter des vêtements neufs ou des robes qu’elle empruntait à ses amies. Elle aimait particulièrement ses occasions qui lui étaient données d’enfiler des chausses à talons, la grandissant encore un peu plus. Elle glissait des bracelets autour de ses fins poignets et attachait des anneaux à ses lobes percés. Elle aimait lorsqu’une de ses meilleures amies s’appliquait à lui saupoudrer le visage d’une poudre légère, lorsqu’elle dessinait un trait fin le long de ses cils, quand elle dessinait un léger dégradé sur ses paupières. Lorsqu’elle rouvrait les yeux, elle était bien apprêtée. Ce n’était pas énormément, juste suffisant pour illuminer son visage adolescent, pour la vieillir d’un an ou deux et paraitre plus intéressante aux garçons. Autrefois elle l’était, oui. Mais elle avait bien changé en grandissant, en mûrissant. Elle avait compris que c’était assez secondaire, finalement, elle l’avait surtout vu lorsqu’elle était entourée par des gens qui se contrefichaient de l’apparence physique. Mais comment en vouloir à une jeune Américaine qui n’était jamais sortie de sa petite ville ? Elle avait drôlement changé. Elle avait acquis de l’expérience, elle avait vu le monde sous un nouveau jour. Le maquillage était devenu un fait exceptionnel. Elle n’en usait que lorsqu’elle participait à des soirées importantes. Les jolies robes étaient devenues secondaires, elle optait plutôt pour une tenue décontractée, dans laquelle elle se sentait à l’aise, dans laquelle elle aurait pu rester une journée entière sans se sentir mal à l’aise. À bouger partout, elle avait appris qu’il valait mieux vivre avec l’essentiel et laisser de côté tout ce qui était accessoire.
Mais ça c’était hors d’Ocean Grove. Ça, c’était avant qu’elle ne revienne pour de bon, avant qu’elle ne comprenne qu’il faut également se poser, un jour, sinon on finit sa vie seul et triste, comme une personne qu’elle avait rencontrée en Europe. Elle avait vu la peine dans les yeux gris et c’était dit qu’elle ne voulait pas terminer ainsi, oubliée de tous, incapable de créer des liens avec autrui. C’était en partie la raison de son retour miraculeux mais ce n’était pas tout. Ses grands-parents étaient tous les deux décédés sur quelques mois de temps, il y avait moins de deux ans. Elle n’avait pas été là pour les soutenir lors de leurs derniers instants, elle n’avait pas été là lorsque son grand-père avait succombé à une crise cardiaque, ni même lorsque sa grand-mère, son modèle, sa seconde mère, avait dépéri, suite à la perte de l’amour de sa vie. Savannah avait tant admiré le lien qui les unissait, même si elle ne l’avait jamais compris, même si elle n’avait pas le sentiment qu’un jour elle comprendrait, comme si cette chance était hors de sa portée. Elle regrettait ses choix, elle regrettait son obstination, elle regrettait à en avoir mal à la poitrine, certains soirs, tant son cœur était serré. Son retour était dû à plusieurs choses, toutes distinctes, n’ayant aucun lien les unes avec les autres mais la résultante était la même : elle était de retour à Ocean Grove et ne comptait pas repartir de sitôt.
Alors oui, elle avait décidé de reprendre une habitude qu’elle avait perdue en cours de route. Elle avait fouillé toute la maison pour trouver ses anciennes affaires. Elle avait de la chance. Ses grands-parents lui avaient légué leur maison, ils devaient savoir, sentir au fond d’eux-mêmes, qu’un jour elle reviendrait à la raison et qu’il lui faudrait un endroit où reprendre pied. Ils avaient toujours su qu’elle ne partirait pas indéfiniment. Il était juste dommage qu’ils ne soient plus là pour assister à ce retour aux sources. Ils avaient également soigneusement gardé toutes ses affaires d’adolescente et s’il était vrai qu’il y en avait bon nombre qu’elle n’utiliserait plus, cela lui faisait un bien fou de ne pas avoir été évincée de leur vie, de leurs esprits. Les objets qu’elle ne garderait pas, elle les offrirait à une association, pour qu’ils puissent faire plaisir à une autre adolescente moins chanceuse qu’elle. Pour le reste, elle allait prendre soin de cette maison et de son passé, comme si cela lui permettrait de se repentir, une sorte de rédemption tardive. Et ce soir, elle mettait de côté ses principes pour revenir le temps de quelques heures la jeune fille qu’elle était avant son départ, à la différence près que personne ne serait là pour lui imposer un couvre-feu et savoir où elle allait. Cette nouvelle liberté acquise à un certain prix l’encouragea à se préparer avec soin. Elle revêtit une robe qu’elle avait achetée dans l’après-midi, jetant un coup d’œil dans le miroir mural, tournant sur elle-même pour admirer la façon dont elle tombait. Parfaite. Elle n’avait pas d’amie à qui demander une séance de maquillage mais elle avait un peu passé l’âge, aussi. Elle savait parfaitement appliquer le maquillage et s’il était vrai que la préparation perdait de son charme lorsqu’elle était seule, elle n’en perdit pas moins son enthousiasme. Elle allait enfin pouvoir se rendre à ce fameux bar qui lui était interdit lorsqu’elle était plus jeune. Ce n’était pas un endroit pour une jeune fille de son âge, lui avait-on tant répété. Elle avait toujours trouvé ça injuste mais s’était pliée à l’ordre, comme toujours. Ce soir, elle n’avait plus de chaperon. Ce soir, elle était libre.

(…)

Une fois passée devant les vigiles, Savannah pénétra dans le bar. Elle avait l’impression d’être revenue six ans en arrière tant l’excitation était à son comble. Elle avait le sentiment d’être une adolescente à nouveau, bravant l’interdit. Pourtant, ce soir, rien ne lui était interdit. Elle avait vingt-quatre ans et s’assumait pleinement. Certes, elle avait hérité d’une demeure magnifique mais pour le reste, elle se débrouillait seule. Elle était bien forcée, de toute façon, vu qu’elle avait perdu tous les gens qui auraient pu tenir à elle, à commencer par ses grands-parents mais également ses amies de l’époque. Elle n’avait pas osé tenter de reprendre le contact, certaine qu’elles étaient passées à autre chose et qu’elles ne trouvaient aucun intérêt à avoir de ses nouvelles, après tout, elles n’avaient jamais cherché à savoir ce qu’elle faisait de sa vie, tout comme elle n’avait jamais appelé ou envoyé de cartes, pas même à sa meilleure amie de l’époque qui, elle l’avait appris, vivait à présent avec son petit ami et était enceinte de quelques mois. Savannah avait du mal à s’imaginer qu’une fille de son âge pouvait être déjà installée et prête à fonder quelque chose. Elle se sentait si paumée qu’elle ne se voyait pas du tout dans ce genre de position. Mais là n’était pas la question. Elle repartirait de zéro, c’était bien le moins qu’elle puisse faire avec tout ce qu’elle avait fait subir à son entourage, elle n’irait pas chercher de l’aide ou ne tenterait de s’immiscer à nouveau dans leurs vies.
C’était avec cette conviction qu’elle parcourait du regard le bar, fascinée par le décor et l’activité volcanique des lieux. Tout semblait plus énergique, comme si la fatigue n’avait pas sa place en pareil endroit. Elle dut éviter un serveur pressé et un couple riant aux éclats mais dans l’ensemble, elle parvint à se retrouver sans se sentir complètement déboussolée. Elle chercha du regard le comptoir et mit quelques minutes à le trouver, tant les hautes épaules masculines obstruaient la vue. Elle était encore occupée à évaluer si elle devait tenter l’extrémité du comptoir ou essayer de se faufiler entre deux malabars lorsque les yeux noisette de Savannah se focalisèrent sur une silhouette bien plus haute que les autres.
C’est avant tout sa façon de bouger et de se déplacer qui l’interpella, bien avant de reconnaitre sous ces traits virils le jeune homme qu’elle avait côtoyé une bonne partie de sa jeunesse – enfance comme adolescence. Elle en eut le souffle coupé et un sourire mêlant surprise et ravissement ne tarda pas à étirer les lèvres de la jeune Newhall. Ephason venait d’apparaitre, tel un ange tout droit descendu du ciel. Elle était tellement heureuse de le découvrir qu’elle ne remarqua même pas à quel point il avait changé, à quel point il était devenu un homme, dégageant un charme fou et une force impressionnante. Il fallut qu’on la bouscule pour qu’elle réalise qu’elle n’avait pas bougé depuis une bonne minute. Elle s’excusa maladroitement d’être restée dans le chemin et reprit son avancée turbulente vers le comptoir, le regard focalisé sur Ephason comme s’il s’agissait de son phare dans la nuit. Il dévia, s’éloigna pour aller servir des gens et elle le suivit, instinctivement, toujours incapable de dissimuler la foule de sentiments qui venaient de la percuter. Une place se libéra, comme par enchantement et Savannah ne manqua pas un instant, s’immisçant dans l’espace étroit pour poser un coude sur le comptoir et ainsi assurer sa position. Elle devrait probablement tenir, vu le flux constant qui se mouvait à proximité du comptoir, mais elle tiendrait, jusqu’à ce qu’elle ait pu saluer Ephason, au moins. La gorge serrée, sur le qui-vive, elle attendit le moment opportun pour l’interpeller mais chaque fois qu’elle esquissait un geste, c’était comme si un blocage se faisait dans son esprit. Et s’il ne voulait plus la voir, lui aussi ? Et s’il n’en avait rien à faire de ce qu’elle était devenue ? Et si, lui aussi, elle l’avait perdu, au même stade que les autres, malgré ce qu’elle avait pu ressentir à son contact ?
Tout était possible, raison pour laquelle elle resta figée, incapable de l’arrêter dans sa course.
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Message(#) Sujet: Re: « Friendship doubles our joy and divides our grief » feat. Ephason Di Astrellà Mer 19 Mai 2010 - 19:35

&
      Pour les habits, rien ne vaut les neufs ; pour les amis, rien ne vaut les vieux ...
Refaire sa vie comme si rien n'avait modifié la précédente partie, on ne change pas de vie contrairement à ce que l'on dit quand on tourne la page sur quelque chose. On prend la même sauf qu'on l'accommode d'une façon à ce que le pire de nos échecs volontaire ou non, ne se reproduit pas à nouveau. Faut dire qu'il ne sait pas toujours comment il en est arrivé à renier son passé, à refouler au fond de lui ce qu'il a été capable de faire pour une jeune femme qui ne le regarde sans doute même plus. Pas sûr qu'elle ait eu une pensée pour lui, durant ces durs moments où il a dû assumer quelque chose dont il n'est pas sûr d'en être le seul coupable.

Être couper du monde ne fût pas chose facile pour lui car même si son côté mystérieux fait penser qu'il préfère la solitude à tout le reste, il serait le premier à dire que seul on est rien. La compagnie des uns ou des autres est parfois une tare mais quand certains ne sont plus là, alors on se rend compte que finalement malgré leur compagnie pas très apprécié, leur présence suffisait à embaumer un peu le silence. Il l'a bien été assez seul les derniers mois qui ont précédé son retour à Miami, son arrivée à Ocean Drove. Heureusement pour lui il ne s'en sort pas trop mal quand les questions fusent un peu trop sur sa vie d'avant, sur son passé qui a fait ce qu'il est devenu aujourd'hui. Il n'a jamais catalogué la curiosité comme un vilain défaut jusqu'à ce qu'il se rende compte que ce mot associé à une qualité ou à un défaut pourrait changer sa vie un jour.

Depuis des mois déjà il tentait de se reconstruire à nouveau en ayant l'espoir que son passé serait enfin derrière lui, du moins le mauvais car le reste il n'a aucun retrait à ne plus l'avoir en mémoire. Ici il a trouvé la plénitude de pouvoir faire ce qu'il adule depuis déjà quelques années, pourtant il n'abuse pas pour autant de ses outils de travail. Barman bien qu'à ses heures il adore faire l'andouille en jouant au jongleur avec les bouteilles, au départ ça n'était qu'un jeu de jeune adolescent mais il a très vite découvert que ça plaisait grandement à ses observateurs d'amis. Puis par la suite il a exporté comme qui dirait son idiotie à faire le pitre dans les soirées pour un jour se faire découvrir dans ce bar en passant un entretien d'embauche. Au départ ça n'était que pour distraire le patron afin que trop occupé à le regarder il en oublie à lui poser quelques questions, ce qui l'arrangea grandement finalement.

Beaucoup de monde ce soir au point qu'il avait demandé à une serveuse de l'aider a au moins prendre les commande à sa place pour qu'il puisse sans trop de soucis gérer les préparations. Il n'aimait pas tellement les gros coups de bourre car les gens en demandaient souvent trop et puis s'impatientaient rapidement de jalousie à voir un autre servit plus rapidement et avant lui. Mais il ne perdait pas son attitude professionnelle pour autant bien qu'il savait parfaitement remettre en place quelqu'un sans pour autant jouer sa place à chaque mot. Gesticulant pour animer un peu le comptoir il n'eut pas de regard sur la jeune femme qui venait présentement combler le trou libre depuis à peine une seule seconde. Mais en jetant un rapide coup d'oeil sur la foule tout autour pour contrôler si le débit de ses bouteilles suffiraient à remplir encore quelques verres il eut rapidement ses yeux rivés sur elle. Surpris il manqua de perdre une bouteille des mains mais il su rattraper le coup en faisant croire que tout ça faisait partit de son show. S'approchant d'elle il ne su pas trop quoi dire qui sortait du cadre professionnel sur le coup, car en la voyant il était pas sûr de bien la reconnaitre :

« J'espère que tu n'es pas trop pressé d'avaler quelque chose ... »

Un sourire aux lèvres il disait ça en riant quelque peu car rien qu'à entendre les commandes qui afflues encore de plus belle il savait que plus vite il servirait et plus vite tout ce monde irait vaquer à leur occupation de la soirée. Jetant un coup d'oeil de temps à autre sur la jeune femme sa curiosité le piqua à vif et il fit un rapidement va et vient jusqu'à devant elle, restant toujours professionnel en servant les verres qu'il faisait glisser jusqu'à sa serveuse.

« Je t'appelais Savie par le passé non ?... »

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Message(#) Sujet: Re: « Friendship doubles our joy and divides our grief » feat. Ephason Di Astrellà Lun 24 Mai 2010 - 0:53

Comment expliquer qui était Ephason ? Ce qu’il représentait pour Savannah ? Elle-même n’aurait pas su y mettre des mots clairs. Cela avait toujours été comme ça, avec lui. Peut-être parce qu’elle le connaissait depuis sa plus tendre enfance. Elle le connaissait bien avant qu’il ne devienne cet adolescent à la haute stature et au charme indéniable. Il était resté trop longtemps Ephason, son copain d’enfance et lorsqu’elle avait réalisé ce qu’il faisait naitre en elle, elle avait quatorze ou quinze ans, elle découvrait les premières sensations qu’un garçon pouvait lui faire ressentir. Tout d’un coup, se retrouver assise à côté de lui en cours était devenu à la fois stimulant et perturbant. La voix du professeur continuait sa litanie alors qu’elle n’y prêtait plus attention, trop focalisée sur ce pourquoi son cœur se mettait à battre soudainement plus vite, sur le pourquoi des frissons qui lui parcouraient les bras. Elle n’était pas idiote, ni naïve, elle n’avait pas tardé à faire le lien avec la présence d’Ephason qui se comportait toujours de la même façon. Toujours aussi amical, toujours aussi… lui-même. Savannah avait eu beau dénigrer, nier ce qui lui traversait l’esprit à l’époque, elle s’était tout simplement retrouvée à ne plus faire attention à grand-chose quand il était là, si bien qu’il devait parfois répéter sa question avant d’obtenir une réponse convenable de la part de Savannah. Il devait s’imaginer qu’elle ne payait pas attention à lui, qu’elle se désintéressait de ce qu’il disait alors que c’était tout le contraire. Sur quelques mois de temps, il avait perdu son aspect de garçon pour ressembler davantage à celui d’un homme. Il avait pris une bonne dizaine de centimètres en un temps record, sa voix avait mué, il avait acquis une allure athlétique qui avait charmé bien des filles avant qu’elle ne réalise l’effet que ça avait eu sur elle. Parce qu’il était resté trop longtemps Ephason, le garçon avec qui elle jouait à cache-cache. Où avait-il disparu ? Qui l’avait remplacé, si vite, laissant si peu de temps à l’adolescente qu’elle était pour comprendre ce qu’il se passait ? Qu’elle n’était pas à la seule à voir son corps changer, s’adapter en vue de devenir une adulte. Soudainement, elle s’était surprise à apprécier son odeur masculine, ce parfum de déodorant et de gel douche. Soudainement, elle avait été éblouie par ses avant-bras musculeux. Tout ça, c’était loin mais cela semblait aussi proche que s’il avait s’agit de la veille. Elle était partie six ans et pourtant, en voyant Ephason s’activer avec tant d’ardeur et d’énergie, elle avait été replongée dans ses souvenirs, retrouvant ces sensations comme si elles étaient aussi neuves qu’à l’époque.
Elle n’était pas certaine d’avoir réellement été amoureuse de lui, tout simplement parce que cette période de sa vie restait assez floue dans l’ensemble. Mais elle avait bel et bien ressenti des choses, éprouvés des sensations qu’elle n’avait pas éprouvé avec d’autres garçons de son âge à l’époque. Elle s’était convaincue que c’était la complicité, l’amitié de longue date qui était à l’origine de ces changements mais elle était bien consciente que ça n’expliquait pas ce qu’il s’était passé. Pourquoi ne lui avait-elle jamais parlé de tout ça, alors ? S’ils étaient si proches qu’elle se l’imaginait, pourquoi n’avait-elle pas partagé ses doutes ? C’était simple, tellement cliché mais véridique à la fois : elle craignait de tout faire capoter et elle ne voulait pas mettre en danger une amitié qu’elle affectionnait tant. Même pour comprendre ce qu’il se tramait au fond d’elle. Elle préférait taire ces papillons qui dansaient dans le creux de son ventre, elle préférait ignorer les signes avant-coureurs qui se glissaient sur sa peau, hérissant les poils fins de ses avant-bras. Elle avait préféré se mentir plutôt que se dévoiler. Un défaut qui s’était fait remarquer à d’autres niveaux mais qui était bien plus fort lorsque cela concernait ses amis.
Est-ce que cela avait influé sur sa décision, ce départ pour un monde inconnu ? Pas un instant. Elle avait dix-huit ans lorsqu’elle avait mis les voiles. Cela faisait trois ans qu’elle vivait avec cette attirance refoulée et elle avait eu quelques amourettes. Elles n’avaient pas duré, et pour cause… mais comme tout le reste, Savannah avait fait abstraction de cette vie-là, elle avait accompli son rêve le plus fou et tant pis si ses proches en avaient souffert.
Pendant un moment, c’était comme si tout était resté en suspend autour d’elle. La musique s’était assourdie, comme si elle venait d’une autre pièce, comme si le son ne se baladait pas comme il l’entendait. Le brouhaha des conversations s’était calmé, comme si la foule s’était éloignée, elle aussi. Pourtant, Savannah était toujours assez bien bousculée, malmenée par les habitués de l’endroit qui se faufilaient comme des serpents pour commander leurs boissons alcoolisées. Tout semblait bouger au ralenti, également. Les mouvements d’Ephason se faisaient plus lents, plus saccadés, comme découpés par les spots qui vrillaient parfois la pièce, comme une mitraillette infatigable, juste des éclats de lumière, pas de son belliqueux. Ça en donnait des vertiges à Savannah, moins habituée à ce genre de soirée que les autres fêtards. Elle était à nouveau perdue dans ses pensées, comme autrefois, comme hypnotisée par les faits et gestes du jeune barman. C’était exactement comme lorsqu’elle avait seize ans et qu’elle le regardait durant le cours de sport, lorsque les garçons jouaient au base-ball ou autre sport d’équipe alors que les filles faisaient des pirouettes sur le terrain voisin. Lorsqu’il balaya la foule de son regard sombre mais perçant, le cœur de Savannah fit un bond, comme électrocuté par un faisceau invisible qui la reliait à son ancien copain d’école. Cela sonnait étrange dans sa tête parce que les cours semblaient si lointains, intouchables. Ils avaient vingt-quatre ans, à présent, bien des choses avaient changé dans leurs vies respectives.
Si elle doutait encore qu’il ait pu la reconnaitre, le geste maladroit mais bien rattrapé d’Ephason lui assura qu’il avait au moins pu la remarquer. Peut-être qu’il ne la reconnaissait pas et s’il se rappelait vaguement d’elle, il se pouvait également qu’il ne la situe plus. C’était possible, probable même. Il ne tarda pas à s’approcher d’elle et elle se redressa légèrement, le cœur battant dans ses tempes tellement elle ignorait à quoi s’attendre.
- J’espère que tu n’es pas trop pressée d’avaler quelque chose.
Oh non, elle avait tout son temps et même si elle ne l’avait pas eu, elle était certaine qu’elle aurait tout fait pour en gagner. Elle aurait probablement envoyé sur les roses ses rendez-vous pour espérer pouvoir échanger quelques mots avec son ancien ami. Mais le problème ne se posait pas puisqu’elle était libre comme l’air, personne ne l’attendant chez elle. Elle secoua donc la tête de droite à gauche, un sourire mêlé de tant d’émotions qu’il était indéchiffrable sur les lèvres. Elle attendrait le temps qu’il faudrait et d’ailleurs, elle s’installa plus confortablement, ignorant l’agacement de son voisin qui s’attendait visiblement à ce qu’elle libère de l’espace. Eh bien, il pouvait toujours courir. Savannah venait de retrouver quelqu’un qui lui était cher, autrefois, elle n’allait certainement pas laisser sa chance passer, quitte à recevoir des regards courroucés parce qu’elle ne consommait rien sur l’instant.
Lorsqu’il l’interrogea, lui demandant s’il l’appelait Savie dans le passé, Savannah eut envie d’éclater de rire, de le serrer dans ses bras, de l’embrasser sur les deux joues, n’importe quoi qui puisse extérioriser la boule de vie qui venait d’exploser en elle. Au lieu de quoi, elle acquiesça, confirmant ses soupçons :

« C’est bien ça. Il n’y avait que toi qui m’appelait comme ça, d’ailleurs… » ajouta-t-elle avec un sourire en coin. « Cela fait une éternité que je n’ai pas entendu ce surnom… »

Une lueur de nostalgie dans le regard, elle lui sourit. Elle ne voulait pas paraitre envahissante, surtout qu’il travaillait, il n’était donc certainement pas censé parler avec des clients en particulier mais se contenter de les servir. Mais elle ne pouvait pas s’éloigner de ce bar. Elle ignorait pourquoi elle était tant attachée à ces retrouvailles mais cela avait réveillé quelque chose en elle et, par conséquent, cela devait signifier quelque chose. Après tout, il ne s’agissait pas de n’importe qui mais d’Ephason.

« Tu as tellement changé » dit-elle finalement, moins fort, comme si elle se parlait à elle-même et non comme si la remarque lui était destinée.

Peut-être qu’il ne l’avait pas entendue mais en réalité, cela n’avait pas d’importance. Elle était trop ravie pour parvenir à exprimer quoi que ce soit.
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