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 "I've been far away for far too long" — Iwa Kibembe.

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Message(#) Sujet: "I've been far away for far too long" — Iwa Kibembe. Mer 2 Juin 2010 - 23:38

"I love you. I loved you all along. And I miss you. (...)"




Je n'arrivais toujours pas à croire que j'étais revenu à Ocean Grove. J'avais vécu tellement de choses ici qu'il m'était difficile d'imaginer comment j'avais fait passé toutes ces années loin d'ici sans jamais ressentir l'envie d'y retourner. Si j'avais eu le choix, je ne serai d'ailleurs probablement jamais revenu. Il s'était passé des choses terribles ici, et il ne se passait pas une seule seconde depuis que j'étais de retour sans que je n'y pense. Si mes traits étaient si tirés, ce n'était pas pur hasard. Evidemment, la leucémie de ma mère m'inquiétait, mais ce n'était pas la seule raison de mes insomnies. Iwa l'était. J'avais vécu de nombreuses choses avec elle, et fait plus que je n'avais jamais fait pour quelqu'un. Plus que je ne ferai jamais pour quiconque. Quelque part, j'étais heureux qu'elle ne vive plus ici. Je n'aurai su affronter son regard désormais. Je n'aurai pu agir comme si nous ne nous étions jamais quittés, ni même comme si je lui en voulais d'être parti ainsi. Parce que je comprenais. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je n'avais jamais cherché à savoir où elle se trouvait après avoir appris la vérité sur son départ. Pourquoi je n'avais jamais recontacté sa mère, ou quiconque habitant à Ocean Grove depuis mon départ – mis à part ma famille. Et désormais, me revoilà. Ma mère décédera probablement dans les six mois à venir, si ma moelle osseuse n'est pas compatible. Et quand bien même, elle le serait, ça ne serait pas assez. Quelque part, j'ai du mal à croire que c'est la seule raison pour laquelle mon père m'a contacté. Si maman avait trouvé un donneur, je n'aurai jamais su qu'elle était malade. Comment en étais-je arrivé ainsi ? J'étais désormais un inconnu pour tout le monde. Personne ne me connaissait, ne savait ce que j'avais vécu, et je n'avais trouvé personne qui me donne envie de rester quelque part bien longtemps. Pas même un ami. Oh, j'étais sociable pourtant. J'avais d'ailleurs gardé contact avec certaines de mes rencontres. Mais des amis... non, je n'estimais pas en avoir. Alors que l'épaisse aiguille permettant de récupérer le liquide béni qui sauverait peut être ma mère transperçait mon dos, je ne bougeais pas. Même pas un sursaut. C'était douloureux. Je n'avais rien ressenti d'aussi douloureux, et pourtant, j'accueillais cela avec sérénité. Comme si... comme si souffrir physiquement après tout ce qui m'était arrivé était plus que bienvenu. Comme si cela était mérité, tout simplement. « Vous pourrez rentrer chez vous dès ce soir. » Je hochais négativement la tête. « Ca va. Je vais rentrer directement. » Mes traits tirés servirent d'arguments à mes médecins – ou plutôt exactement ceux de ma mère – pour me garder au moins deux heures de plus. Cela me permettrait au moins de me reposer, et de manger quelque chose.

Une heure plus tard, j'étais sorti. J'avais réussi à les persuader, insistant sur le fait que je ne souhaitais pas particulièrement attendre les résultats. Si ils étaient positifs, c'était merveilleux. Mais si ils ne l'étaient pas, je préférais l'apprendre le plus tard possible. Même si nos relations étaient glaciales depuis des années maintenant, ma mère restait ma mère. Et je l'aimais plus que tout au monde. Aussi niais que cela puisse paraître, d'ailleurs. Je me rappelais la façon dont son visage épuisé s'était illuminé en me voyant il y a maintenant trois semaines... (…) J'étais désormais assis dans le sable, attendant que mon portable se mette à sonner. Alors qu'il était fermé. C'était ridicule, mais j'étais simplement terrorisé à l'idée de ne pas pouvoir sauver ma mère. Sa survie pesait désormais sur mes épaules. Sur les miennes, et les miennes seules. Chaque soir, je priais depuis que j'avais appris la nouvelle. A vrai dire, je priais à longueur de journée. Que pouvais-je faire d'autre ? Je détestais me sentir aussi impuissant. Il n'y avait absolument rien à faire... Pourtant, j'aurai pu commettre un meurtre si il avait fallu. Plusieurs même. Je ferai tout pour sauver ma mère. Mais je ne pouvais rien faire. Absolument rien. Au bout d'une demi-heure, je me décidais à ré-ouvrir mon téléphone, et le reposais dans ma poche. N'ayant pas encore de réponse, je décidais de me promener le long de la plage. Il fallait que je m'occupe un minimum, mais je savais très bien que je serai incapable de me concentrer sur autre chose. Qui pourrait ? Au loin, j'aperçus une silhouette chocolat. Mon coeur manqua un battement. C'était ridicule, il n'y avait absolument aucun moyen pour qu'il s'agisse d'Iwa. Elle était partie il y a longtemps maintenant... probablement pour toujours. Du moins, je serai parti pour toujours. Je continuais donc d'avancer dans la direction de cette personne, repensant à tous ces moments que j'avais partagé avec Iwa, tous ses éclats de rires, comme des moments plus douloureux, les insultes à l'école, et les chagrins d'amour par exemple. Un sourire mélancolique se dessina sur mon visage à cette pensée. Cette période de ma vie était révolue, mais bon sang... qu'est-ce que j'avais pu être heureux. L'insouciance a des bienfaits insoupçonnés sur les êtres humains. Et malheureusement, l'on ne sait se rendre compte de la chance que l'on a eu qu'une fois que cette insouciance s'est envolée pour ne nous laisser qu'avec des tracas, et des malheurs... Mon téléphone sonna, et je décrochais, nerveux. « Oui ? » lançais-je d'une voix hésitante, alors que mes pas me rapprochaient de la personne que j'apercevais. Je clignais des yeux, croyant rêver. Si elle paraissait plus âgée, j'avais la certitude qu'il s'agissait d'Iwa. « Je suis désolé. Mais vous n'êtes pas un donneur compatible pour votre mère... vous pouvez cependant donner votre moelle à... » Je lachais le téléphone. Mes jambes flageolèrent, et alors que j'entendis mon nom appelé, comme au loin, je tombais à genou la tête caché dans mes mains. A moins d'un miracle, ma mère allait mourir. Et il n'y avait absolument rien que je puisse faire pour l'aider.
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Message(#) Sujet: Re: "I've been far away for far too long" — Iwa Kibembe. Lun 7 Juin 2010 - 15:30

    Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque j’avais quitté la boutique au centre commercial. J’avais faim, mais mon horaire ne m’avait pas permis de manger un bout pendant le travail. Pas de pause aujourd’hui, il y avait trop de monde. Comme si toutes les femmes de la ville s’étaient donné rendez-vous dans la boutique. J’avais couru dans tous les sens pour apporter telle robe en telle taille à madame, ou plutôt tel bikini à une autre. J’étais donc plutôt heureuse lorsque l’heure de la fin de mon service avait sonné. Il était 14h, et j’étais au magasin depuis 6h. Je n’avais rien mangé depuis, tout juste avalé une gorgée d’eau. J’avais acheté un sandwich et avais repris ma voiture pour rentrer chez moi. Je n’avait qu’une hâte : rentrer à la maison, engloutir ce sandwich et m’enfoncer dans ma chaise longue au soleil en attendant 18h. Ensuite je partirais prendre mon service au bar. Je me demandai comment je tenais le rythme. Je rentrerais probablement vers 2h du matin et j’aurais quelques heures pour me repose avant de commencer la journée du lendemain. Cependant, en passant devant la plage, je n’eus guère envie de rentrer chez moi. Par chance, j’avais toujours un maillot avec moi. C’était l’avantage de vivre à Ocean Grove, juste au bord de la mer. Je garai donc ma voiture dans un coin à l’ombre, histoire d’éviter la fournaise en la reprenant tout à l’heure. Elle n’était pas climatisée, je n’avais pas les moyens de m’offrir un véhicule aussi bien équipé. Pour l’instant, mon loyer me prenait toutes mes économies, mais bientôt je recevrais une augmentation bienvenue de la part de la boutique. Je me contorsionnai pour enfiler mon bikini sans dévoiler trop mon corps aux rares passants qui préféraient l’ombre au soleil. J’attrapai ensuite mon sandwich, une bouteille d’eau et me dirigeai vers la plage. Il n’y avait pas énormément de monde, les gens travaillaient. Et puis il faisait encore trop chaud à cette heure-ci pour oser pointer le bout de son nez sur une plage. Moi, j’avais envie de sentir le soleil me brûler la peau. Après toute une matinée passée dans une boutique climatisée, j’avais bien besoin de sentir la chaleur réchauffer mon corps. Je m’installai pour manger mon sandwich. Assise dans le sable, je recroquevillai mes orteils pour sentir le contact des grains brûlants sur mes pieds. J’avalai mon repas en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. La chaleur commençait à être accablante et je me dis qu’il valait mieux pour moi d’aller marcher un peu dans l’eau. Je fourrai ma jupe en coton dans mon sac et réservai le même sort à mon t-shirt. Mes lunettes de soleil sur le nez, je me dirigeai vers l’eau. Un frisson de plaisir se répandit le long de mon échine lorsque je sentis le contact des vaguelettes sur ma peau. C’était rafraîchissant, bien que l’eau était tout de même assez chaude. Je marchai ainsi pendant un moment avant de faire demi tour et de reprendre le chemin de ma voiture.

    Perdue dans mes pensées, je marchais sans vraiment regarder où j’allais. Je savourais le plaisir du soleil sur ma peau et le vent du littoral qui fouettait mes cheveux et mon visage. Si j’en avais eu le temps, j’aurais probablement passé mon après-midi à lézarder au soleil, en lisant un magazine et en écoutant de la musique. Loisir que je n’avais plus eu depuis trop longtemps. Depuis que j’avais quitté Ocean Grove pour Orlando. Il y avait six ans de cela. Six trop longues années pendant lesquelles mon innocence et ma candeur avaient pris le masque de la mélancolie et de la lassitude. Cela faisait deux ans que j’étais revenue, mais je n’avais pas encore retrouvé la joie que j’avais de vivre ici. La maison que je payais n’était pas encore totalement aménagée comme je l’aurais voulu. J’avais fait quelques travaux moi-même, mais j’étais encore loin de m’y sentir totalement chez moi. Je devais remettre ma cuisine en peinture et peut-être la façade également. Mais je n’avais pas les moyens d’engager des hommes de métier. Je devrais faire tout cela moi-même. Certains voisins s’étaient portés volontaires pour me prêter du matériel pour monter un échafaudage et j’allais bientôt me mettre à peindre lors de mes temps libres. J’avais choisi une couleur claire, un gris clair presque blanc, avec une légère nuance de bleu. J’avais coordonné mes volets : bleu foncé tirant sur le gris. Ce serait joli. Mais pour l’instant, ce n’était encore que quatre murs dont la peinture blanche s’écaillait. J’avais du pain sur la planche, et ce n’était rien de le dire. Mes idées de travaux m’avaient tellement occupé l’esprit que je m’étais assise sans m’en rendre compte dans un coin où peu de personnes s’étaient installés. Je chipotais au sable avec mes pieds. Le vent rafraîchissait mon visage que le soleil brûlait sans répit. J’aurais peut-être dû emporter ma crème solaire. Pas que j’avais peur des coups de soleil, loin de là, mais l’air de la mer me desséchait la peau quand j’y restais trop longtemps. Je jetai un coup d’œil à l’heure et me rassurai : j’avais encore du temps devant moi pour paresser loin de mon boulot. Si je quittais la plage à 17 heures, j’aurais le temps de prendre une douche et de manger un morceau avant d’aller prendre mon service au bar. Je n’avais guère envie d’aller m’enfermer là-bas ce soir, mais je n’avais pas le choix. Quand j’aurais fini de payer les grosses traites de la maison et que mes travaux seraient plus avancés, je pourrais quitter un de mes deux jobs, ou en trouver un autre moins fatiguant. Pour l’instant, je devais prendre sur moi et me reposer dès que j’en avais un peu l’occasion. Mais je n’avais jamais l’esprit tranquille.

    J’entendis une voix un peu plus loin. Je tressaillis. Je connaissais cette voix. C’était celle de Luther Klein. Mon meilleur ami. Ou du moins le meilleur ami que j’avais avant de l’abandonner sans un mot pour partir à Orlando. Je n’avais jamais aimé les au revoir. Et dire au revoir à Luther m’aurait tuée. Ainsi j’étais partie sans le lui annoncer, comme une voleuse. Et je l’avais ignoré. J’avais filtré ses appels, placé son adresse e-mail dans les courriers indésirables. J’avais tout fait pour le sortir de ma vie et de mon esprit, pour avoir moins mal. Mais jamais je n’avais réussi à oublier sa voix rassurante. Ni les fois où il m’avait tenue contre lui jusqu’à ce que je m’endorme, parce que j’avais peur de fermer les yeux. Je m’en étais voulu longtemps de ne rien lui avoir dit. Et puis j’avais fini par me résigner en me disant qu’il devait me détester, à présent. Quand j’étais revenue d’Orlando, j’avais demandé où était Luther. On m’avait annoncé qu’il était parti. A quoi d’autre aurais-je pu m’attendre ? Il n’allait pas rester sur le pas de la porte de ses parents à scruter l’horizon pour espérer voir ma silhouette reparaître un jour. Pourquoi serait-il revenu ? Je me faisais des idées. Et pourtant, je n’osai pas tourner la tête dans la direction de la voix. J’avais trop peur de le voir. Peur de ce qu’il me dirait. Honte, surtout. Honte d’être partie comme cela, alors qu’il était peut-être la seule personne sur terre qui m’ai jamais comprise. Mon cœur battait à cent à l’heure. J’étais prête à partir, tant j’étais tendue. Et j’entendis des sanglots. Sans vraiment comprendre, ma tête se tourna sur ma gauche. Et je le vis. Lui. Luther Klein. Je ne m’étais pas trompée. Il était à genoux dans le sable, la tête entre les mains. Il pleurait, son téléphone était tombé dans le sable et une voix appelait. « Monsieur Klein ? Monsieur Klein, vous êtes là ? » En m’approchant, je vis le nom affiché : Baptist Hospital. Ainsi donc la rumeur était vraie ? Sa mère était malade. J’avais entendu des pipelettes en parler l’autre jour, mais je n’avais pas osé téléphoner chez M. et Mme Klein. J’avais disparu si vite, peut-être me détestaient-ils ? Luther était donc revenu pour sa mère. Mais quel genre de nouvelles venait-on de lui annoncer pour qu’il soit dans un tel état. Je m’accroupis pour ramasser le téléphone et répondit à la voix qui en émanait. « Monsieur Klein vous rappelera. » J’avais dit cela sur un ton si machinal que je ne me reconnaissais même pas. Je déposai une main sur l’épaule de Luther. J’espérais qu’il ne relèverait pas les yeux. Je n’étais pas prête à affronter son regard. Et comme si je l’avais encore vu la veille, comme si six ans ne s’étaient jamais écoulés sans lui, je l’attirai contre moi et le serrai contre mon épaule, comme il l’avait fait tant de fois pour moi. Je le serrai dans mes bras en passant une main sur ses cheveux. « Ca va aller. Ca va aller. » Comme si moi, Iwa Kibembe, je pouvais faire quelque chose !
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Message(#) Sujet: Re: "I've been far away for far too long" — Iwa Kibembe. Mer 16 Juin 2010 - 22:10

Mon père, et ma mère avait adopté une attitude totalement différente face à la situation. Le père Klein avait été très clair. Il ne voulait plus jamais me revoir, et la seule raison pour laquelle il m'avait contacté, c'était parce que j'étais le dernier recours pour sauver ma mère. Et puisque ce dernier recours était désormais inutile, j'étais convaincu qu'il ne m'adresserait plus la parole, et insisterait pour que je ne revienne plus. Ma mère, quant à elle, souhaitait réellement m'avoir à ses cotés. Elle avait longtemps voulu m'appeler, mais n'avait pas osé, pensant que j'avais tiré un trait sur ma famille. Lorsqu'elle m'avait dit ceci, cela m'avait énormément blessé. J'avais changé, j'avais grandi. Mais pas à ce point. Jamais je n'aurai pu oublier ma famille, et même si je haïssais mon père pour l'attitude qu'il arborait en ce moment, il n'en restait pas moins un membre de ma famille. J'aurai pu tout donner, corps et âme si cela avait permis de sauver un membre de ma famille. Encore plus pour ma mère dont j'avais toujours été plus proche. Pourtant, il n'y avait absolument rien que je puisse faire. Elle me répétait que ma présence l'aidait, mais cela ne faisait que me donner l'impression que si je n'étais partie, elle serait en bonne santé. C'était ridicule, j'en avais conscience. Ce genre de décision n'influençait aucunement la santé d'un être humain, mais le moral si... Alors quelque part, peut-être l'avais-je affaibli. Peut-être avais-je accéléré son apparition, ou son évolution. Dans tous les cas, j'estimais avoir commis une erreur en ne les recontactant pas après avoir quitté les mormons. J'aurai perdu moins de temps. J'aurai appris que ma mère était malade en même temps qu'elle, et aurait pu la soutenir. Mais les choses s'étaient déroulées autrement, et il était inutile de ressasser les erreurs du passé. Je m'en voulais, ma mère le savait. Il était inutile que je lui ajoute ce problème. Je faisais mine d'ignorer donc ma conscience, et passais le plus clair de mon temps à prendre soin d'elle. Quand mon père rentrait du travail, je rentrais chez moi, sachant que la soirée ne remplit que de réflexions si je restais plus longtemps. J'avais parfaitement conscience qu'il se conduisait ainsi parce que c'était plus facile d'avoir un coupable dans ce genre de situation, mais je refusais de le laisser me faire porter ce fardeau. J'étais déjà assez dur avec moi-même sans qu'il n'en rajoute.

Mais aujourd'hui, si mon fardeau s'était alourdi, il n'en était nullement responsable. Sans même que je m'en rende compte, les larmes s'étaient mise à couler. Le sable s'était foncé là où mes larmes étaient tombés, je crus même sentir à un moment une vague m'effleurait la jambe. Le soleil brillait, et en temps normal, j'aurai apprécié la chaleur, et m'en serait senti apaisé. Pourtant, il aurait pu pleuvoir des cordes, je ne l'aurais pas remarqué. Mon monde venait de s'écrouler. Une main se posa sur mon épaule, mais je ne bougeais même pas d'un millimètre. Il s'agissait probablement d'Iwa. Je ne comptais plus les fois où j'avais souhaité la voir, les mille façons dont j'avais pu imaginer nos retrouvailles. Pourtant, jamais, oh grand jamais, je n'aurai jamais imité que cela serait dans ces circonstances. Jamais, je n'aurai non plus osé imaginer que j'aurai eu envie qu'elle parte. Si une part de moi avait toujours souffert de son départ, j'avais cessé de lui en vouloir le jour où j'avais appris les raisons de son départ. Mais aujourd'hui, alors qu'elle me serrait contre elle en me répétant que ça irait, je lui en voulais plus que tout au monde. Comment osait-elle seulement dire ça ? Comment pouvait-elle seulement penser que ça irait ? Si je ne doutais absolument que les ragots sur la maladie de ma mère était parvenu jusqu'à ses oreilles, je doutais sincèrement qu'elle puisse comprendre ce que je ressentais. Certes, elle avait perdu son père, et je ne doutais pas une seule seconde qu'une part d'elle en souffrait encore aujourd'hui, mais les circonstances étaient différentes. Elle ne pouvait m'assurer que tout ira bien puisque ce n'était pas le cas. Ma mère allait mourir. J'avais perdu des années que je ne pourrai jamais rattraper. Il me fallut quelques secondes pour réussir à reprendre une contenance, et c'est sans aucun ménagement que je m'éloignais de Iwa, et me relevais. Alors que je l'observais, sans réellement savoir si il valait mieux que je parte sans un mot, ou que je lui dise ce que j'avais sur le coeur, je me demandais comment j'avais fait pour passer autant de temps ici sans la croiser, et surtout pourquoi il avait fallu que ce soit à ce moment précis que je la retrouve. Cela signifiait-il que nous allions retrouver l'amitié que je pensais perdue, et cette complicité que je n'avais retrouvé avec personne d'autre ? Etait-il temps de laisser la vérité éclater ou tous les non-dits qui caractérisaient désormais notre relation devaient-ils enfin être révélé ? J'en doutais très franchement. Je ne voulais pas la faire replonger dans le passé et je ne souhaitais pas m'y replonger non plus. Je ne doutais pas qu'elle y pensait encore régulièrement, puisque moi-même j'en faisais encore des cauchemars. Moins régulièrement, mais cela me hantait encore, et encore. J'étais partagé entre l'envie de lui dire que je savais pour que nous portions ce fardeau ensemble, mais une part de moi se doutait qu'elle aurait du mal à le supporter. « Non, ca n'ira pas, Iwa. » Il n'y avait aucune amertume dans ma voix. Non, rien de négatif. Elle était plate, neutre. C'était la vérité, c'était tout. Il n'y avait aucun moyen que les choses se passent bien désormais. Pourtant, le retour d'Iwa, que j'avais continué de considérer comme ma meilleure amie malgré tous ces années loin de l'autre, semblait rendre les choses moins... douloureuses. Un peu moins insupportable, en tout cas. « Mais je suis content de te revoir. » A vrai dire, je ne l'étais pas vraiment. Les choses allaient être beaucoup plus compliquées désormais. Ma conscience, la vérité, Iwa... j'allais devoir gérer tout ça en plus du décès imminent de ma mère.
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Message(#) Sujet: Re: "I've been far away for far too long" — Iwa Kibembe. Dim 27 Juin 2010 - 17:57

    Qu'est-ce que j'avais cru? J'aurais dû m'attendre à sa réaction. Bien sûr que ça n'irait pas. Je n'avais rien trouvé de mieux à lui dire. J'étais pathétique. Je m'en voulais d'être partie sans rien dire. Il n'avait pas été un jour sans que les remords ne me hantent. Il n'avait pas été un jour sans qu'il me manque. Et pourtant je l'avais abandonné. J'étais partie comme une lâche, parce que j'avais honte de ce qui m'était arrivé, parce que je ne voulais pas qu'il l'apprenne. Je ne voulais pas qu'il sache. Je ne voulais surtout pas qu'il me plaigne, il avait assez de soucis comme ça. J'étais partie. Et je m'attendais maintenant à ce qu'il pleure dans mes bras comme si rien ne s'était passé. J'étais une idiote, rien de plus. Je le sentis s'éloigner de moi, et il se releva. Je restai à genoux dans le sable, tête baissé. « Non, ça n'ira pas, Iwa. » Ces mots me blessèrent plus que n’importe quoi. Mais il avait raison. Sa mère allait mourir et tout ce que j’avais trouvé à dire c’était que ça allait aller. Comment cela pourrait-il aller ? Je savais pertinemment que perdre un parent était quelque chose de douloureux. 16 ans que j’avais perdu mon père, et 16 ans que ça n’allait pas. Alors comment avais-je seulement pu dire cela ? La mort de sa mère serait lente et douloureuse, une épreuve pour elle comme pour lui. Et il en ressortirait différent. Parce qu’on ne ressort pas indemne de ces choses-là. La maladie vous prend par surprise et ravage tout sur son passage. Je me sentais ridicule. Totalement impuissante. Et en colère. En colère parce que Luther ne méritait pas cela. Sa famille n’avait pas besoin de cela. D’ailleurs, qui a besoin de cela ? « La mort fait partie de la vie ». On a beau se répéter ces mots, la douleur de la perte ne s’éteint pas pour autant. J’aurais voulu être une meilleure amie. J’aurais voulu avoir la force de lui dire pourquoi j’étais partie. J’avais été lâche. C’était trop dur. Je restai à genoux dans le sable à fixer un coquillage, pensant qu’il était parti. Qu’il ne voulait plus me voir. Je l’aurais compris. Je l’avais laissé tomber sans explication. Je ne méritais même pas qu’il soit gentil avec moi. Mais le son de sa voix résonna dans mes oreilles. J’avais l’impression d’être loin. Mon cœur battait dans mes tempes et mes oreilles étaient comme bouchées. L’émotion me submergea, mais comme toujours depuis six ans, je la renfermai et ravalai mes larmes. Je relevai la tête timidement. Il était à quelques pas de moi. Il avait donc considéré de s’en aller. Mais il était resté. Pourquoi ? Avais-je encore une place dans son cœur, malgré ces six années d’absence, de silence et de distance ? Mon cœur manqua un battement. Lui en tout cas était toujours resté mon meilleur ami. Quand j’allais mal, c’était à lui que je pensais. Et parfois, dans mon lit à Orlando, lorsque je sentais la peur m’envahir, je m’imaginais qu’il me serrait dans ses bras et me murmurait « ça va aller, je suis là » comme il l’avait toujours fait. Il était content de me revoir. Je me surpris à me demander pourquoi. Peut-être allait-il réclamer des explications. Ou peut-être pas. Je n’en savais rien. Je voulais me relever. Marcher à ses côtés. Parler. De tout, de rien. Mais surtout pas de pourquoi. J’aurais voulu pouvoir effacer mon passé, les horreurs qui gangrénaient mon sommeil, ma culpabilité. Mais c’était impossible. Je n’osais pas le regarder dans les yeux. J’avais trop peur d’y lire du mépris, même si le ton de sa voix trahissait plutôt une sincérité indéniable. Je craignais qu’il soit déçu de mon attitude. Il avait de quoi. Je n’avais pas le courage de me relever et de faire comme si de rien n’était. Comme si j’étais partie « juste comme ça, pour changer d’air ». Je savais qu’il n’avait sûrement pas gobé l’histoire des études. J’étais intelligente, mais piètre élève. Je n’étais pas faite pour les études et il le savait aussi bien que moi. Combien de gens avaient gobé cette histoire ? Lui, j’étais sûre qu’il ne l’avait pas crue. Il devait me prendre pour une menteuse, une lâche, une horrible amie. Je l’avais sûrement déçu. Mon attitude, ma lâcheté m’avaient déçue moi-même. Et j’étais là, dans le sable, à ne pas oser me relever alors que c’était lui qui souffrait. Je me sentis brusquement égoïste. J’étais horrible. Finalement, j’inspirai un grand coup et poussai sur mes jambes. Une fois debout, je tentai enfin un regard vers lui, vers son visage. Il avait tellement changé ! Il n’était plus le gamin que j’avais connu. Il avait l’air d’avoir traversé de sales épreuves. Je m’étais souvent demandé ce qu’il lui était arrivé. S’il avait trouvé une petite amie, s’il s’était fiancé. S’il avait fait des études. S’il avait quitté Ocean Grove. J’aimais lui imaginer une histoire parfaite où il m’aurait oubliée. Je le voyais en costard cravate, aller travailler dans un grand bureau d’avocats pour défendre des gens qui le méritaient à ses heures perdues. Une sorte de justicier. Un peu comme un Daredevil, sans les meurtres de vengeance. Un Robin des Bois. Un héros. Ce qu’il était. Au lieu de cela, je voyais un jeune homme blessé, aux yeux plein de tristesse. J’avais envie de me jeter dans ses bras, de pleurer et de tout lui raconter. Mais cette fois, ce n’était pas moi qui avait besoin de réconfort. C’était lui.

    « Je suis vraiment désolée pour ta mère, Luther. Si jamais tu as besoin de quoi que ce soit… je suis là. Cette fois je ne m’envolerai pas. Je te le promets. » Je me sentais bien ridicule. Mais je ne savais pas quoi dire. J’étais rongée par le remords et l’envie de me racheter. Mais est-ce que cela serait si facile ? Me pardonnerait-il aussi vite ? je n’en savais rien, j’avais envie d’espérer, de rêver qu’on redeviendrait les meilleurs amis du monde. Et je savais aussi que la réalité impliquait beaucoup de difficultés. Arriverait-il à me refaire confiance à nouveau ? Et moi, arriverais-je à lui parler ? Lui dire ? Je ne m’en sentais pas capable en ce moment. Je n’avais moi-même pas accepté mon passé. Je n’arrivais pas à aller de l’avant, à arrêter d’y penser. Je me mis à chipoter à mon bracelet –une sorte de souvenir que les touristes achètent à Miami, un truc de surfeur. C’était un cadeau de Luther, quand on était encore au lycée. Je ne l’avais jamais quitté. Je remarquai qu’à son bras, il portait la réplique exacte du mien. Ainsi il l’avait gardé ? Ma gorge se serra. Ces bracelets étaient un symbole de notre amitié. On s’était tous les deux promis de ne jamais les ôter. Et la promesse semblait encore tenir. C’était peut-être un signe. Je me pris à l’espérer. « Quand est-ce que tu l’as appris ? Qu’elle était malade ? » C’était difficile, mais je savais qu’en parler l’aiderait à accepter. Du moins à surmonter la douleur du moment. C’était en parlant de la mort de mon père avec Luther que j’avais doucement commencé à l’accepter. J’espérais qu’il en serait de même pour lui.

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