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 Une nuit qui n'en finit pas

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Message(#) Sujet: Une nuit qui n'en finit pas Sam 31 Juil 2010 - 22:31

une nuit qui n’en finit pas
alfie & romain

Le 6 août 2011, 01h12
Baptist hospital ~ soins palliatifs


Le maudit bip du respirateur brisait le calme morbide de la salle des soins palliatifs. Allongé dans un lit, relié à plusieurs machines, Ceasar semblait somnoler. A ses côtés se trouvait Romain. Le jeune homme serrait la main de son frère avec l’espoir absurde qu’il se réveil à son contact. Même si les médecins avaient été clairs et que les chances de survie de Ceasar étaient quasiment nulles, Romain ne pouvait se résoudre à le laisser partir. Il se foutait de savoir que son corps, brisé par un accident de voiture provoqué par une tumeur inopérable au cerveay, le poussait peu à peu dans la tombe. Si comme Liam le lui avait si tendrement expliqué tout à l’heure, Ceasar ne passerait pas la nuit, Romain ne voulait pas le laisser partir seul.
« Je suis désolé, Ceasar. » chuchota-t-il en réprimant un sanglot. « Je suis désolé pour tout ce que je t’ai dit l’autre jour. Je sais que tu ne voulais que mon bonheur. Et je sais aussi que tu as toujours tout fait pour me protéger. Tu as toujours été-là… même si je n’en avais pas forcément envie. » Il rapprocha son visage de son oreille, entrelaçant ses doigts à ceux inertes de son aîné. « Je voulais que tu saches que je te pardonne. Je te pardonne de l’avoir tué. » Il fouilla la poche de son jeans pour en sortir un mouchoir en papier et essuyer son nez. « Et a ton tour, je t’en prie, Ceasar… avant de partir… pardonne moi de t’avoir manipulé au point de te forcer à m’aimer plus qu’un frère. Pardon d’avoir tout gâché. »
Immobile, Romain resta de longues secondes à contempler le visage tuméfier de son frère avant de déposer un baiser sur sa joue. Il eut à peine le temps de lui murmurer un : « ne t’en vas pas » que la machine s’emballa dans une déferlante de sons angoissants. Des infirmiers accoururent du fond de la salle, ainsi que le médecin de garde, et Alfie et Mary. Comme spécifié dans le dossier médical, ils ne le réanimèrent pas…
Ce fut une demie heure plus tard, abattu et blanc comme un linge que Romain quitta la salle pour le couloir. Il laissa derrière lui son oncle et sa tante en grande discussion avec le médecin de garde. D’un pas très lent et les épaules basses, il se contenta de rejoindre Liam aux urgences. Sans même le regarder, il vint se blottir à l’intérieur de ses bras, sa tête enfuie dans son cou. Dans un sanglot enfuit, il bredouilla alors :
« Mon frère est mort. »
Le 8 août 2011, 0h48
Auckland N.-Z. ~ maison Parker


En nage, en pleure et le corps raidit, Romain se réveilla avec la désagréable impression d’étouffer. D’un sursaut de tout son être, il se redressa dans son lit, inhalant à pleins poumons l’oxygène qui pourtant ne lui manquait pas. Les draps étaient humides de transpiration, ainsi que sa peau qui suait à grosses gouttes. Le cauchemar dans lequel il s’était perdu cette nuit avait éveillé en lui cet épais sentiment de culpabilité qu’il essayait à grand coup de raison d’étouffer. Chaque fois qu’il fermait les yeux, Romain revoyait le corps de Ceasar, étendu dans son cercueil. C’était triste et injuste à la fois.

D’un geste rapide et précis, il alluma la lampe de chevet et il se saisit aussitôt après de son téléphone portable. Quelques cliques lui suffirent pour afficher le numéro de Gabriel, ainsi qu’une photo sur l’écran. Alors que son cœur lui hurlait de téléphoner au sénateur rien que pour entendre sa voix, Romain ne le fit pas. Sa raison lui disait qu’il était bien malvenu de sa part d’oser déranger son petit ami avec la mort de celui qu’il savait avoir été à une époque son amant. Malgré tout, Romain aurait voulu qu’à cet instant, Gabriel soit-là pour se blottir dans ses bras. Hélas, le sénateur était resté à Miami, et Romain ne pouvait même pas le lui reprocher car c’était lui qui lui avait demandé de ne pas l’accompagner.

Finalement, après de longues minutes à regarder la photo de Gabriel sur son téléphone, Romain déposa ce dernier sur le côté. Il rassembla tout son courage et sortit de son lit, puis de sa chambre. A pas feutrés (afin de ne pas réveiller la maisonnée), il descendit au rez-de-chaussée. Il rejoignit la cuisine et fut surprit d’y trouver son oncle Alfie. Il terminait la vaisselle que sa mère lui avait visiblement laissée tout à l’heure.

« Tu sais que nous avons un lave-vaisselle, oncle Alfie ? » lâcha Romain en se dirigeant vers le frigo. « Ah non, j’ai rien dit ! C’est la vaisselle de Nona. Elle est sacrée pour maman. Elle se lave à la main celle-là. Bon courage. »

Il esquissa un faux sourire avant de se mettre à fouiller le frigo. En déplaçant un saladier, il tomba sur les restes d’un gratin de pâtes au fromage emballé soigneusement dans du cellophane. Il s’en saisit, le déballa, piqua une fourchette à l’instant lavée par Alfie, et assit à côté de lui sur le meuble central de la cuisine, près de l’évier, il mangea de bon cœur. La bouche pleine, il sourit bêtement et dit :

« Avec Ozzie et toi dans les parages, maman à condamnée le bar. Puisque je ne peux pas me bourrer la gueule, j’me bourre le bide. » Il tendit la fourchette pleine de pâtes près des lèvres de son oncle. « T’en veux ? »
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Message(#) Sujet: Re: Une nuit qui n'en finit pas Lun 2 Aoû 2010 - 2:47

FLASHBACK (6 août 2011, 02h34)
Alfie avait passé la soirée et une partie de la nuit à l'hôpital, les nerfs à fleur de peau et la patience au bord du rouleau. Il s'était même énervé contre la réceptionniste alors qu'elle ne pouvait pas lui fournir les informations qu'il demandait pour ensuite lui donner les papiers dont il devait s'occuper. Par chance, il n'avait que quelques formulaires à signer, le reste pouvait attendre demain. Mary et lui se poseraient sur la lecture des documents et elle pourrait l'aider à y voir plus clair. Mary était retournée à la maison un peu plus tôt, alors qu'Alfie lui avait affirmé qu'il s'occuperait de la paperasse. Le vieil homme se sentait las et il s'en voulait de n'avoir jamais cru que Ceasar puisse s'en tirer. Les médecins avaient dit que c'était finit, mais il n'avait jamais espéré un miracle; il savait que ça ne servait à rien.

Il chercha Romain aux Urgences et se rappela soudainement qu'il lui avait dit qu'il irait prendre un café en face. Il quitta donc l'hôpital non sans un trait de culpabilité et traversa la rue sans même prendre le temps de vraiment regarder. Vu l'heure, ce serait étonnant qu'il se fasse frapper par une voiture, mais on n'était jamais trop prudents. Alfie et la prudence, c'était deux. Il ne mit pas longtemps à trouver Romain, debout, alors que son neveu était accompagné d'un médecin, à en croire sa blouse blanche. Apparemment, ils partaient. Le vieil homme s'approcha de Romain et posa une main sur son épaule. « J'ai terminé de remplir les formalités. Si t'es prêt à partir... » Il ne voulait en rien mettre un terme à la conversation des deux hommes et un sourire fatigué vint prendre place sur ses lèvres. Il ressemblait à un vieil homme, habitué qu'il était de passer pour six ou sept ans de moins. « C'est d'accord. Comme ça, Liam pourra rejoindre celui qui le bipe depuis tout à l'heure. Fais pas comme si tu savais pas, le bruit est suffisamment fort pour qu'un sourd puisse l'entendre! C'est gentil à toi d'avoir pris du temps pour moi. »

« Ce n'est rien. Si jamais il y a quoi que ce soit, tu sais que tu peux venir me voir. T'es entre de bonnes mains. » Le médecin eut un sourire et Alfie le vit sortir nerveusement de sa poche son bipeur et regarder le nom dessus. Il attira Romain à lui pour une accolade amicale et s'éloigna finalement après avoir serré la main du vieil homme. « Gabriel aurait aimé que tu lui téléphones... » murmura simplement Alfie avec un léger haussement d'épaules. « Non. C'était mieux comme ça. Mais si tu peux me conduire chez lui... » Romain avait relevé la tête vers son oncle et Alfie lui tapota maladroitement l'épaule en l'entrainant vers la sortie. « Bien sûr. »
Alfie n'avait même pas pris la peine de se mettre au lit. De toute façon, il ne trouverait pas aisément le sommeil, il se connaissait bien trop. Autant utiliser son temps pour se rendre utile plutôt que de se tourner et se retourner dans le lit aux côtés de sa femme qui elle, s'était mise au lit de bonne heure. Sans doute Mary avait-elle voulu s'assurer de dormir un peu. Il terminait la vaisselle lorsque Romain fit irruption dans la cuisine. « Tu sais que nous avons un lave-vaisselle, oncle Alfie ? Ah non, j’ai rien dit ! C’est la vaisselle de Nona. Elle est sacrée pour maman. Elle se lave à la main celle-là. Bon courage. » Alfie eut un petit sourire alors qu'il suivait des yeux son neveu qui se dirigeait vers le réfrigérateur. « Je m'en souviens. D'ailleurs, quand j'étais petit, je me rappelle que j'avais passé trois jours dans un placard pour avoir osé casser une assiette. C'était cher payé! » Il avait dit ça très sérieusement, attendant de voir la réaction de Romain. Il n'eut pas à attendre longtemps et eut un sourire amusé en tentant de détendre l'atmosphère. « Mais non, je blague! Nona était une femme extraordinaire et elle n'aurait jamais osé faire ça! Elle est accourue vers moi afin de s'assurer que je n'étais pas blessé. »

Il repoussa la fourchette lorsque Romain approcha les pâtes de sa bouche et eut un sourire attristé en le regardant ainsi s'empiffrer. Il savait qu'il n'allait pas bien et la sueur qui collait encore à sa peau témoignait des mauvais rêves dont il avait été témoin. Alfie soupira légèrement en détournant les yeux, saisissant les assiettes pour les placer dans l'armoire. Il dut en ouvrir quelques unes avant de trouver l'endroit où sa soeur Anna les plaçait.

Reportant son attention sur Romain, il prit place sur un tabouret près de lui. « T'as réussi à dormir un peu? » Il savait à quel point Ceasar comptait pour Romain, mais il était également important aux yeux du vieil homme. Le voir mourir avant lui n'avait pas été une partie de plaisir et il s'en voulait de ne pas avoir passé davantage de temps en sa compagnie. Romain et Alfie avaient des intérêts communs, étaient plus proches pour diverses raisons, mais ça ne voulait pas dire qu'il n'était pas triste. Au contraire. Il tentait simplement de poser une ambiance un peu plus posée et joyeuse dans la cuisine, même s'il savait que ses tentatives étaient presque vaines.

« Je suis surpris que Gabriel ne t'ait pas accompagné. Il s'est passé quelque chose, avec lui...? Ou tout va bien? » Alfie et l'art de changer de sujet en étant complètement à côté de la plaque. Toutefois, il n'avait pas l'impression que le sujet «Ceasar» soit le bienvenu dans la conversation, en tout cas pas tout de suite. Il vola finalement un morceau de pâte à Romain en lui empruntant sa fourchette et la lui tendit ensuite en tendant les mains de façon à ne plus voir le plat. « Je dois faire attention à ma ligne! Le cholestérol, à mon âge, c'est pas bon! »
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Message(#) Sujet: Re: Une nuit qui n'en finit pas Mar 3 Aoû 2010 - 8:14

« La peine vaudrait bien le prix, je ne ferais pas demi-tour
Garderais pour moi les cris, les appels au secours... »



« T'as réussi à dormir un peu? »

De la tête et la bouche toujours aussi pleine, Romain acquiesça, mentant effrontément à son oncle afin de ne pas trop l’inquiéter. Dormir à poings fermés n’était plus quelques choses qu’il faisait depuis le décès de Ceasar. Sans cesse, Romain se réveillait en sursaut, comme frappé par une terrible évidence. Jamais plus, il ne pourrait rire avec Ceasar. Jamais plus, il ne pourrait discuter avec lui en jouant à des jeux vidéo. Jamais plus, il ne pourrait se reposer sur son épaule lorsque les choses allaient mal. Il ne pourrait jamais plus rien faire avec lui. Et cet amer constat hantait Romain au point de le faire hurler la tête enfuie dans les coussins afin de ne pas être entendu des siens.

« Je suis surpris que Gabriel ne t'ait pas accompagné. Il s'est passé quelque chose, avec lui...? Ou tout va bien? »

Un amer petit rictus déforma les lèvres de Romain. Il s’était attendu à cette question, mais il ne l’attendait pas aussi tôt. Que pouvait-il répondre à cela sans faire passer Gabriel pour un égoïste de première ? Car dans le fond, c’était ce qu’il était, et ce même si par politesse, sans doute, il avait proposé à Romain de l’accompagner.

« Tu n’as pas l’air de réellement connaitre qui est Gabriel, oncle Alfie. » dit calment Romain en picorant du bout de la fourchette les dernières pâtes. « Tu savais qu’avant d’être avec moi, il était avec Maât ? Et tu sais pourquoi il a quitté Maât ? » Il lui jeta un regard et il enchaîna, un sourire saumâtre sur les lèvres. « Il l’a quitté pour sa carrière. Alors s’il n’est pas ici avec moi aujourd’hui, c’est parce que je ne l’ai pas voulu. Je n’avais pas envie de le forcer à s’afficher avec moi puisqu’il ne le veut pas. » Romain déposa le plat à côté de lui, son regard toujours planté dans les yeux de son oncle. « Nous ne pouvons pas nous afficher tous les deux. Jamais se tenir la main. Jamais s’embrasser. Et lorsque nous sortons en boite de nuit, nous devons la jouer bons amis. Ce n’est pas moi qui me dandine contre lui ces soirs-là, mais plutôt toutes ces pétasses siliconées espérant être un jour madame McAllister. »

D’un bond, il sauta sur le sol, réprimant une grimace en sentant le carrelage froid sous ses pieds nus. Il balança sa fourchette dans l’évier dans un geste d’humeur, puis il rejoignit à nouveau le frigo pour en sortir une bouteille de soda qu’il débouchonna.

«J’aime Gabriel, tu sais. » Il bu une gorgée au goulot. « Je met simplement toutes les chances de mon côté pour que notre histoire dure longtemps. Car soyons honnête ! Je ne suis pas riche. Pas exceptionnellement beau. Nous n’avons pas des milliers de centre d’intérêt en commun. Et nous n’avons même pas la même vision de notre avenir. Entre nous, oncle Alfie, je ne sais pas ce que je fais avec lui. » Des larmes lui montèrent aux yeux et menacèrent de couler face à ce terrible constat. « Je vais avoir 25 ans et je n’ai rien de tout ce que je souhaitais dans la vie lorsque j'étais enfant. Il est où mon prince charmant ? Ils sont où mes enfants ? Il est où mon chat ? Où se cache mon jardin avec une cabane dans un arbre ? Ils sont où mes week-end en famille ? C’est pas avec Gabriel que j’aurais tout ça ! »

Tout ceux qui étaient proches de Romain savait combien il recherchait depuis l'enfance cet idéal, où il serait à son tour à la tête de sa propre famille. Un rêve simple en somme, mais impossible à atteindre pour lui. David l'avait battu durant des années et jamais il ne lui avait accordé un enfant, et Gabriel... celui-ci le condamnait à l'ombre. Loin étaient la cabane, le jardin et les enfants. Face à cette dure réalité, l’émotion le gagna. Il ne put résister plus longtemps à l’appel des larmes. Brusquement, Romain déposa la bouteille de soda sur le côté pour venir ensuite se jeter dans les bras du frère aîné de sa mère. Il se mit alors à pleurer à chaudes larmes. Des sanglots firent tressaillir son corps, tandis que quelques hoquets d’une tristesse affligeante lui coupèrent parfois la respiration.

« J’aurais voulu qu’il soit là, à l’hôpital lorsque Ceasar est mort. » confia Romain d’une petite voix. « Mais ce n’était pas une bonne idée. Nous évitons d’être proche en public. Il aurait été là, j’aurais forcément voulu me perdre dans ses bras pour tout oublier, et pleurer. Comme aujourd’hui. J’aurais voulu qu’il soit là à l’enterrement. Mais va savoir s’il peut me tenir la main en toute sécurité ? Va savoir s’il n’est pas suivi constamment par un paparazzi en mal de scoop sur le sénateur. Je suis condamné à rester dans l’ombre. » Il s’essuya les yeux d’un revers de poignet tout en reniflant. « C’est lui qui impose cela. Pas moi ! Qu’on ne me reproche pas de suivre ces règles ! »
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Message(#) Sujet: Re: Une nuit qui n'en finit pas Jeu 5 Aoû 2010 - 5:49

Alfie ferma les yeux un petit moment alors que Romain ne semblait pas comprendre qu'il connaissait Gabriel depuis qu'il était tout petit. Il le connaissait parfaitement il savait que c'était un bon petit garçon. Sa carrière revêtait une grande importance pour lui et Romain pouvait bien s'énerver tant qu'il le voulait, c'était à Gabriel de voir ce qu'il convenait de faire. « Je vais avoir 25 ans et je n’ai rien de tout ce que je souhaitais dans la vie lorsque j'étais enfant. Il est où mon prince charmant ? Ils sont où mes enfants ? Il est où mon chat ? Où se cache mon jardin avec une cabane dans un arbre ? Ils sont où mes week-end en famille ? C’est pas avec Gabriel que j’aurais tout ça ! » Alfie se releva et poussa un petit soupir, un léger sourire au visage. Il vint délicatement poser une main sur l'épaule de son neveu en la serrant doucement. « Tu ne peux pas t'attendre à avoir tout maintenant, tu le sais bien. Laisse-lui donc le temps de comprendre ce qui lui arrive! Sois raisonnable, Romain, tu ne peux pas exiger de lui les choses que tu n'as jamais eues en vingt-cinq ans! » Alfie avait conscience que Romain voulait tout, trop vite. Mais il n'était pas sans savoir que la mort de Ceasar l'affectait beaucoup et que tout ressortait maintenant.

Il ne fut pas surpris de voir Romain délaisser son soda pour se jeter dans ses bras, en pleurs. Le vieil homme l'entoura de ses bras en lui tapotant le dos, tentant de le calmer avec des gestes circulaires.

« J’aurais voulu qu’il soit là, à l’hôpital lorsque Ceasar est mort. Mais ce n’était pas une bonne idée. Nous évitons d’être proche en public. Il aurait été là, j’aurais forcément voulu me perdre dans ses bras pour tout oublier, et pleurer. Comme aujourd’hui. J’aurais voulu qu’il soit là à l’enterrement. Mais va savoir s’il peut me tenir la main en toute sécurité ? Va savoir s’il n’est pas suivi constamment par un paparazzi en mal de scoop sur le sénateur. Je suis condamné à rester dans l’ombre. » Alfie poussa un léger soupir en passant une main dans les cheveux de Romain pour les ébouriffer. « Je comprends que c'est difficile. Je comprends vraiment, tu sais. Mais dramatise pas trop vite. Il a seulement besoin d'un peu de temps. » Alfie aurait préféré ne pas parler de Ceasar puisque le sujet l'attristait profondément. Toutefois, ils étaient là pour ça. Ils s'étaient tous réunis pour ça et il ne pourrait pas y échapper.

« C’est lui qui impose cela. Pas moi ! Qu’on ne me reproche pas de suivre ces règles ! » Alfie éloigna Romain de lui en le saisissant par les épaules pour planter son regard dans le sien. « Tu sais bien que je ne te reproche rien. » Il voulait que Romain le sache, qu'il ne croit pas qu'il lui en voulait ou qu'il croyait qu'il était en tort. Dieu seul l'était pour avoir laissé partir Ceasar trop vite. « Mais sache que tu ne dois pas mettre sur le dos de Gabriel les fautes que les autres ont commises. S'il a voulu venir, c'est parce qu'il en avait envie. Laisse-lui la chance de te prouver qu'il tient à toi. »

Alfie s'était relevé pour faire couler un verre d'eau et il le tendit à Romain en soupirant légèrement, un poing se formant soudainement dans sa poitrine. Il prit une grande respiration pour se calmer et dut admettre que ça lui faisait du bien, même si les étourdissements qui l'avaient pris soudainement quelques jours plus tôt lui faisaient toujours un peu peur. « T'as encore fait un cauchemar? » Alfie releva les bras en signe d'impuissance alors que Romain semblait surpris par sa question. « C'est pas difficile à voir, Romain... T'étais proche de lui, c'est normal que tu aies du chagrin. J'en ai aussi, mais c'est différent. »

Alfie désirait se montrer fort, mais il savait qu'il n'y parviendrait pas toujours. Ce n'était pas facile de perdre un être qu'on aimait et il comprenait que Romain ne veuille pas en parler, ni même avec lui. Il ferma les yeux et se rassit sur le tabouret, de petites étoiles commençant à danser devant ses yeux. Il prit une profonde respiration et retrouva une vision normale. Ses nuits avaient été courtes et il n'aurait pas le temps, en une semaine, de rattraper le temps perdu avec le décalage horaire. Lui qui avait pour habitude de se lever tôt pour observer le lever du soleil au bord du quai, parfois, son horloge interne était toute déréglée.

Il eut l'idée de sortir un jeu de carte du buffet et eut un petit sourire en les brassant vivement, sans bruit.

« Si tu ne veux pas dormir, rends-toi utile, tu veux? Joue une partie avec moi. »
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Message(#) Sujet: Re: Une nuit qui n'en finit pas Jeu 12 Aoû 2010 - 8:28

Qu’il était désagréable d’entendre oncle Alfie défendre ainsi la cause de Gabriel. Romain n’avait pas envie d’opposition ce soir. Il n’avait pas envie qu’on le recadre et qu’on lui dise qu’il se trompait. Tout ce qu’il désirait, c’était cracher son venin et sa rancœur, et que son interlocuteur acquiesce dans le plus parfait des silences. La main crispée autour du verre d’eau qu’il bu d’une traite, le jeune homme observait d’un œil boudeur son oncle, se demandant quelques secondes de quel côté il était réellement. Lui laisser de temps ? Combien de temps fallait-il pour qu’un homme change ? Romain avait laissé six années à David pour changer et jamais celui-ci n’était parvenu à ne plus lever la main sur lui à la moindre contrarier. Combien faudrait-il de temps à Gabriel pour assumer l’homme qu’il était et pour comprendre que sa carrière ne nourrirait pas indéfiniment son cœur d’extase ?

Muré dans un profond silence caractéristique d’une phase aigue de bouderie, Romain observa son oncle prendre place et sortir un jeu de cartes. Le jeune homme tentait de contenir la rage qui brouillonnait en lui. Oncle Alfie était un homme bien, et il ne méritait sans doute pas de s’en ramasser plein la poire ce soir, et pourtant, le petit démon aux commandes s’en fichait royalement. Tant qu’il pouvait mordre quelqu’un de ses mots acerbes, afin d’apaiser sa propre douleur, Romain était content. Il dit alors, les sourcils froncés et la voix tranchante comme la lame d’un couteau :

« De toute façon, je ne vois pas pourquoi ça m’étonne. Tu as toujours préféré les enfants des autres. Lui, tu l’as vu grandir à Océan Grove tandis que nous, restés en Nouvelle-Zélande, là où normalement réside TOUTE ta famille, tu ne nous voyais que peu souvent. Tous les jours, tu as eu l’occasion de le voir le petit et gentil Gabriel. Il est donc impensable pour toi qu’il puisse ne pas être parfait contrairement à nous ! » Romain déposa brusquement son verre et il s’approcha de l’îlot derrière lequel Alfie était assit. Il planta alors un regard féroce dans les yeux de son oncle, et avec une lueur malveillante, il ajouta, sans ciller : « Tu serais étonné de savoir combien ton petit Gabriel McAllister n’est pas aussi parfait que tu l’imagines. »

Brutalement, il arracha des mains de son oncle les cartes pour les battre à son tour, puis il commença à les distribuer. Son côté excessif et boudeur faisait encore parler de lui. Romain n’appréciait pas que son oncle soit du côté de Gabriel, Gabriel qui le condamnait à vivre un amour secret dont le jeune homme n’avait pourtant pas honte. Cela était vécu par Romain comme une punition. Et qu’oncle Alfie ne s’en rende pas compte l’agaçait énormément. Ce n’était pas lui qui devait se contenir à longueur de journée pour ne pas lâcher un « chéri » ou pour ne pas voler un baiser. Alfie ne semblait pas comprendre que c’était frustrant pour lui qui n’avait jamais eu à se cacher, même pas de sa propre famille !

« Tu sais quoi oncle Alfie ? Je crois que tu devrais mettre tes petites fiches à jour en ce qui concerne tes neveux et tes petits protégés, histoire simplement de ne pas avoir de la peine pour rien. Car à part moi, les autres sont loin d’être des anges. » Un petit sourire amer étira les commissures de ses lèvres. « Ceasar par exemple. Tu crois qu’il ira en enfer ? » Ses yeux dépourvu de la flamme de bonté qui les caractérisait pourtant tant remontèrent des cartes vers le visage du vieillard. « Tu crois qu’il va payer pour avoir tué mon mari ? Même si bien sûr, David méritait de mourir pour m’avoir battu durant ces six longues dernières années. »

Exit sa propre douleur pour l’instant. Romain n’avait soif que d’une chose : de destruction. Il voulait faire mal ! Et cela uniquement afin d’apaiser cette rage qui bouillonnait en lui.
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Message(#) Sujet: Re: Une nuit qui n'en finit pas Mer 18 Aoû 2010 - 16:31

« De toute façon, je ne vois pas pourquoi ça m’étonne. Tu as toujours préféré les enfants des autres. Lui, tu l’as vu grandir à Océan Grove tandis que nous, restés en Nouvelle-Zélande, là où normalement réside TOUTE ta famille, tu ne nous voyais que peu souvent. Tous les jours, tu as eu l’occasion de le voir le petit et gentil Gabriel. Il est donc impensable pour toi qu’il puisse ne pas être parfait contrairement à nous ! » Le vieil homme ferma les yeux, attristé par les propos de son neveu. Il n'avait jamais préféré les enfants des autres, il tentait simplement de faire avec son manque d'enfants à lui. Romain savait que c'était un sujet fragile chez le couple et il n'hésitait pas à empoigner solidement les rênes pour s'assurer de le blesser comme il l'avait décidé. « C'est injuste ce que tu dis là, Romain, et tu le sais. Si je me suis installé à Miami, c'est parce que c'est ce qu'on a décidé, avec Mary, il y a des années de cela. Tu ne peux pas me reprocher un choix fait il y a plus de quarante ans! » Las, le vieil homme sentait le regard de Romain le poignarder et il n'osait même pas relever les yeux pour le regarder en face. N'y avait-il pas une part de vérité dans tout ça? Il était partit alors que toute sa famille résidait ici. Romain avait raison. Et au lieu de revenir, il avait décidé de s'installer là.

« Tu serais étonné de savoir combien ton petit Gabriel McAllister n’est pas aussi parfait que tu l’imagines. » Alfie déglutit en secouant brièvement la tête de gauche à droite, le regard planté dans celui, froid et distant, de Romain. Bien sûr que Gabriel n'est pas un ange, bien sûr qu'il a ses défauts, comme ses qualités! Romain devait apprendre à vivre avec les deux s'il désirait réellement faire partie de sa vie. Alfie avait toujours été fier de Gabriel, tout comme il était fier de Romain et de ses autres neveux et nièces également.

Romain battit les cartes, mais lorsqu'il les distribua, Alfie poussa un soupir et les laissa de côté. C'était une mauvaise idée, il n'avait plus du tout envie de jouer. Il avait cru que ça pourrait détendre l'atmosphère, mais en aucun cas il n'avait pu penser que Romain lui tomberait dessus de cette façon. « Tu crois qu’il va payer pour avoir tué mon mari ? Même si bien sûr, David méritait de mourir pour m’avoir battu durant ces six longues dernières années. » Alfie demeura sans voix pendant un moment, comme si la terre venait subitement d'arrêter de tourner. Ceasar avait tué David? Et même si Alfie ne voulait pas y croire, il ne pouvait pas douter des révélations de Romain. Après tout, Ceasar était quand même reconnu pour son tempérament impulsif et même violent parfois. Mais c'en était trop pour le vieil homme qui se releva avec lassitude pour se détourner de son neveu et poser les coudes sur le comptoir de l'évier de la cuisine, le regard porté à travers la fenêtre, dont il ne voyait pas grand chose.

« Ça te fait du bien de cracher ton venin comme ça? Qu'est-ce que ça change, hein? Ils sont morts tous les deux, maintenant, et tu ne pourras jamais obtenir les réponses à tes questions! Ça ne sert à rien de ternir l'image de ton frère de cette façon... » Ses derniers mots étaient empreints d'une douceur qu'il n'avait plus arborée depuis que Romain avait ouvert les hostilités. Alfie comprenait que ce n'était pas facile pour son neveu et il se retourna, s'appuyant contre l'évier avec un regard compatissant. « Il a fait ce qu'il croyait le mieux pour te protéger. Tu ne peux pas lui en vouloir d'avoir essayé. Et d'avoir réussi. »

Alfie s'était approché de Romain et avait posé une main douce sur son épaule, plantant son regard dans le sien avec délicatesse. Alfie n'aimait pas blesser les gens et il préférait de loin régler les conflits plutôt que d'en faire partie. « Ton frère t'aimait beaucoup, n'en doute jamais. » Un petit sourire avait étiré ses lèvres, un sourire qui en disait long sur ses états d'âme. C'était un sourire résigné, résigné à la perte d'un être cher alors qu'il tentait de réconforter Romain du mieux qu'il le pouvait, qu'il tentait de lui montrer à quel point il était trop tard pour avoir des regrets.
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Message(#) Sujet: Re: Une nuit qui n'en finit pas Mer 29 Sep 2010 - 16:07

Volontairement, Romain se détourna d’Alfie, ne supportant plus son regard compatissant posé sur lui, et encore moins les mots – pourtant réconfortants – qu’il lui offrait. Il luttait avec lui-même pour ne pas laisser davantage sa haine et son besoin de destruction se déverser comme un torrent de boue sur son oncle. Alfie ne méritait pas qu’il s’en prenne à lui simplement pour apaiser cette boule de rancœur qui l’habitait, et qui réclamait vengeance à tort et à cris. Dos au vieux marin, Romain s’appuya contre le meuble près des plaques de cuisson. Il fixait avec une tristesse emprunte de colère les ustensiles de cuisine suspendus et alignés en rang d’oignons au-dessus du plan de travail. Sans même qu’il puisse se raisonner, il lâcha tout simplement, comme un aveu trop longtemps gardé prisonnier derrière ses lèvres :

« Il me battait. »

Etait-il besoin de nommer l’homme qui durant six ans avait contrarié plus que de raison les Parker rien que par sa simple existence aux côtés de Romain ? Tous avaient conscience que David Walsh n’avait jamais été l’homme idéal. Nombre de fois, Carl et Anna avaient mis en garde leur fils, et on ne comptait plus depuis longtemps les disputes violentes qui avaient opposés Romain et son mari, au reste de la famille… famille qui s’était au fil des ans fait une raison à la présence du militaire parmi eux.

« Vous aviez entièrement raison. Papa, maman, tante Mary, les jumelles, toi… tout le monde ! Il n’a jamais été fait pour moi. » Les larmes lui montèrent aux yeux mais il refusa de les laisser couler. « C’est pour ça que Ceasar l’a tué. » Lentement, Romain se tourna pour faire face à Alfie, son regard humide se plantant dans les yeux de son oncle. « J’ai appelé Ceasar à l’aide cette nuit-là. Et il a fait ce qu’il devait faire. Si je ne l’avais pas appelé, je serais mort. David était devenu fou. Il m’a frappé si fort. J’ai cru qu’il allait me tuer. Et au final, c’est Ceasar qui l’a tué. » Un silence s’imposa durant lequel seul le bourdonnement du frigo se fit entendre. « L’accident de bateau n’en était pas un. C’était une mascarade, une mise en scène pour couvrir son meurtre… bien que mon amnésie fût vraie. » Il se mordit l’intérieur de la joue pour ravaler un sanglot. « Tu n’as pas idée combien c’est douloureux de voir l’homme qu’on aime se faire assassiner sous ses yeux. Car oui, au-delà les coups et les humiliations qu’il m’a fait subir durant notre mariage, je l’aimais ce connard ! Déraisonnablement mais je l’aimais ! »

Des picotements d’une colère fulgurante s’emparèrent de lui et vrillèrent ses tempes. D’un geste brusque, il saisit un saladier de fruits posé sur le coin d’un meuble, et violemment, il le jeta au sol, brisant en morceaux la faïence, et faisant rouler les fruits sur le carrelage. Romain exhalait la colère. Il sentait au fond de lui bouillir sa rage. Il avait un besoin puissant de tout détruire sur son passage, comme à chaque fois qu’il sombrait à l’intérieur de tout ce qui l’habitait de plus noir. Ses œillères étaient tombées. Il n’arrivait plus à ignorer l’évidence. Il revoyait chacun des coups de David. Chacune de ses humiliations. Chacun de ses coups tordus. Romain se sentait sale, stupidement sale, et il en voulait à la terre entière de s’être fait avoir de la sorte.

« JE LE DÉTESTE ! JE LE HAIS ! Je voudrais qu’il aille pourrir en enfer pour ce qu’il m’a fait ! Que son âme souffre et ne trouve jamais le repos éternel ! » Il bouscula de rage un tabouret qui tomba à la renverse avec bruit. « Hraaaa ! Il me dégoûte ! »

Puis, aussi subitement qu’il s’était emporté, Romain se calma, restant simplement immobile, les bras ballants le long de son corps. Son cœur reprit un rythme normal, ainsi que sa respiration qu’il s’était emballée. Il baissa la tête et ajouta simplement, honteux de son passé :

« Non, en fait… c’est moi qui me dégoûte d'avoir été aussi stupide. D'avoir cru que c'était ça l'amour. »


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Une nuit qui n'en finit pas

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