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 [1885] SEASON FINALE : THE LAST DESTRUCTION

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Message(#) Sujet: [1885] SEASON FINALE : THE LAST DESTRUCTION Dim 28 Nov 2010 - 22:19





Une silhouette longue et fine parcourait les rues désertes d’Ocean Grove, à la lueur des lampadaires. Telle un fantôme, elle semblait se fondre dans le décor, discrète, rapide mais quelque peu titubante. Juchée sur une paire d’escarpins aux talons bien trop hauts, elle trébuchait légèrement à intervalles réguliers. La respiration saccadée, elle ne ralentissait cependant pas. Elle avait la tête qui tournait, les veines en feu. Ses cheveux d’or, arrachés à leur couleur brune naturelle depuis de longs mois, scintillaient d’un éclat froid à la lueur orangée des lampadaires, reflets de la personnalité glaciale qui habitait Aubree Dehzkel depuis qu’elle avait teint sa chevelure. Son apparence de reine des glaces était cependant dérangée par l’allure peu fière qu’elle abordait en cet instant. Les mains tremblantes, les jambes semblables, elle ferma les yeux l’espace d’une seconde pour reprendre ses esprits. En vain.

Les mains d’Aubree Dehzkel tremblèrent violemment lorsqu’elle tenta d’insérer sa clé dans la serrure de sa maison sur Lemon Street. Au prix de nombreux efforts, elle parvint à ouvrir la porte, et, aussitôt, elle fonça à l’étage, où se trouvait le lieu qu’elle cherchait depuis des heures. Hors d’haleine, elle poussa la porte de la salle de bains, carrelée de blanc et de bordeaux, reflet sarcastique de l’innocence et de la passion qui l’avaient autrefois habitée. Sans prêter attention à quoi que ce soit, toujours vêtue de sa veste et de ses escarpins, dont les lanières tailladaient à présent ses chevilles maigres, elle fonça sur l’armoire qui surplombait le lavabo. Quelle idiote elle faisait, de tout avoir laissé ici, sans prendre de réserve dans son sac à main ! Furieuse contre elle-même mais soulagée à la perspective que son calvaire allait enfin prendre fin, Aubree se saisit de son petit matériel, ainsi que d’un sachet de poudre brune. Il suffit de quelques instants à Aubree pour que, animée d’une vélocité sortie de nulle part, elle enfonce l’aiguille sans ménagement dans son bras gauche. Alors, elle soupira de contentement, se laissant glisser contre le carrelage froid de la baignoire, attendant que les effets de l’héroïne opèrent.

Mais ceux-ci ne vinrent pas. Du moins, pas suffisamment fort, ni vite. En revanche, elle avait horriblement chaud. Elle eut tôt fait de se dévêtir, jetant sa veste et son haut à l’autre bout de la pièce. Impatiemment, elle défit les lanières qui fermaient ses escarpins et se déchaussa, sans même un regard pour les plaies rougeoyantes, saignantes par endroit, qui marbraient sa peau diaphane à l’endroit où les lanières l’avaient trop serrée. Son pantalon de cuir suivit, mais elle n’eut plus la force de le jeter – le poids d’une immense fatigue lui tomba dessus. À moins que ce ne fût de la détresse ? Aubree n’était plus capable de les distinguer. Ses veines étaient toujours en feu, sa tête tournoyait toujours, désagréablement. La respiration saccadée, elle se releva et se tint péniblement au rebord du lavabo. Son regard de glace toisa son reflet avec un mépris à glacer le sang. Jamais elle n’avait encore toisé qui ce que soit avec tant de dégoût – c’était même de la répulsion. Quiconque aurait surpris Aubree Dehzkel à cet instant aurait compris qu’elle n’avait pas la moindre estime d’elle-même. Pas dans le sens où elle ne donnait pas cher de son corps, qu’elle s’abaissait volontiers à des situations viles et scandaleuses. Non, elle se haïssait réellement. Elle haïssait celle qu’elle était devenue, mais aussi celle qu’elle était avant, car c’étaient sa faiblesse et son égoïsme qui l’avaient poussée à devenir ce qu’elle était aujourd’hui. Si elle avait pu mettre fin à ses jours, elle l’aurait fait. Mais la lâcheté qui l’avait toujours habitée ne l’avait toujours pas quittée, et bien qu’elle fût indifférente à la douleur, la perspective de se sentir mourir n’était pas supportable. Si maintenant, un bus s’apprêtait à lui rouler dessus, ou quelqu’un lui tirait une balle en pleine tête, elle ne s’en plaindrait pas. Elle n’attendait que ça. Mais la perspective d’une mort lente et douloureuse, où elle prendrait conscience de chaque parcelle de vie qui la quittait, était bien trop horrible. Alors, elle vivait. Ou plutôt, survivait.

Car on ne pouvait que difficilement qualifier de vie le spectre qui habitait l’épave qu’était devenue Aubree Dehzkel. Ses yeux, bien que perpétuellement habités d’un éclat flamboyant de par sa froideur, étaient en réalité torves, comparés à la lueur pétillante et malicieuse qu’ils avaient autrefois abritée. On avait toujours appris à Aubree qu’une vie sans sentiments, sans joie, sans émotions, ne valait pas la peine d’être vécue. Or, Aubree ne vivait plus pour ressentir. Elle vivait parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Et les quelques fois où sa carapace de glace et d’acier avait failli se fendre, Aubree l’avait refermée sans la moindre pitié, sans se questionner sur le tournant qu’aurait pu prendre sa vie si elle n’avait pas tiré un trait sur son humanité. Si elle paraissait vaniteuse, suffisante et persuadée de l’intelligence de ses actes, Aubree n’ignorait rien de la stupidité avec laquelle elle raisonnait. Elle savait qu’elle se détruisait lentement mais sûrement, qu’elle ne faisait rien d’autre que de causer du tort autour d’elle et à elle-même, et surtout que la vie qu’elle menait valait bien moins que la mort dans laquelle elle pourrait, enfin, paisiblement sombrer. En attendant de retrouver cette quiétude à laquelle elle aspirait depuis la perte de ses parents, elle tentait d’y trouver un maigre substitut, substitut qui s’était incarné en stupéfiants, calmants, sédatifs et autres alcools. Elle ne voulait pas planer, elle voulait sombrer. Oublier, ne rien ressentir. Oui, elle vivait pour être anesthésiée, en attendant de l’être définitivement, sans avoir recours à la moindre drogue.




I’ve got a really bad disease
It’s got me begging on my hands and knees
So take me to emergency
Cause something seems to be missing
Somebody take the pain away
It’s like an ulcer bleeding in my brain
So send me to the pharmacy
So I can lose my memory
I’m elated, medicated
God knows I’ve tried to find a way
To run away…

Ce portrait peu élogieux de sa personne, si tant est que l’on pouvait qualifier Aubree d’un tel substantif, ne correspondait pas seulement à la réalité ; il correspondait également à l’image que la jeune femme avait d’elle-même. Il correspondait à ce qu’elle lisait dans le reflet de ses yeux de glace. Des yeux où elle seule pouvait, en plus du mépris, lire un pitoyable mélange de peur et de douleur. Pitoyable, c’était le mot. Aubree ne supportait plus son reflet, elle le haïssait tant il lui rappelait ce qu’elle avait traversé, et ce que ces épreuves l’avaient fait devenir. Chacun des traits de son visage, autrefois agréable à regarder de par sa douceur, était tiré par la fatigue et par les mauvais traitements qu’elle s’infligeait. Sa peau diaphane, autrefois comparée à celle d’une Blanche-Neige un peu trop dévergondée, était aujourd’hui celle d’un cadavre. Ses lèvres vermeille, qui avaient toujours appelé à être embrassées avec passion, étaient décolorées, comme si tout le sang qui les colorait autrefois s’était retiré. Peut-être en quête de l’héroïne qu’elle venait d’insuffler dans son organisme, mais qui n’agissait pas assez pour qu’elle en ressentît les effets comme elle l’avait espéré. La haine dans ses prunelles décupla, incapable de supporter une seconde de plus la lueur pathétique qui les avait, jusqu’à présent, habitées. Alors, habitée d’une rage qu’elle n’avait plus ressentie depuis bien longtemps, tout comme la quasi-totalité des émotions qu’elle avait l’habitude de museler, Aubree assena un coup de poing au miroir, faisant éclater en mille morceaux son reflet répugnant. Le verre s’immisça dans sa main, le sang ruisselait, offrant un délicieux contraste semblable à celui qui décorait la pièce : rouge sur blanc, vie sur mort, passion sur impassibilité. Aubree ne cria pas, ne sembla pas même ressentir la douleur qui s’emparait de son corps, en réaction au verre qui s’enfonçait dans sa chair. Elle ne chercha pas même à retirer les éclats dont la pointe saillait suffisamment pour être attrapée avec les doigts. Pour tout dire, elle ne prêta pas même attention à ce qu’elle s’était infligé. Elle posa ses prunelles sur ce qu’il restait du miroir – une glace, trouée en son milieu : un trou aux rebords craquelés en ensanglantés, et au centre d’un noir uniforme, perturbé à quelques endroits par des trace de colle. Aubree arracha son regard à sa contemplation, sa détresse s’emparait à nouveau d’elle et elle ne savait plus quoi faire. Elle prit conscience de la difficulté avec laquelle elle tenait sur ses jambes, qui tremblaient violemment et ce, de manière ininterrompue. Sa respiration était saccadée, ses paupières lourdes. Ses veines étaient toujours en feu, bien plus douloureuses que son poing éclaté. Péniblement, elle ouvrit une nouvelle fois l’armoire cachée par ce qu’il restait du miroir, et sentit quelques grains de poussière de verre se frotter et s’immiscer dans la peau de ses doigts. Mais une nouvelle fois, elle ne le remarqua pas. Ses yeux cherchaient fébrilement le moyen de la soulager. Une nouvelle dose ? Non, c’était trop tôt. Son regard se posa tour à tour sur les boîtes de médicaments qui peuplaient les étagères, comme un délicieux appel à l’oubli. Incapable d’attendre plus longtemps, Aubree se saisit d’une boîte de calmants dont elle avala la moitié, faisant passer les cachets avec une grande rasade d’eau bouillante – elle avait oublié de régler la température du robinet. Les nerfs de sa langue protestèrent sous la brûlure, mais, comme toujours, Aubree ne ressentit rien. Elle voulait oublier, et ferait tout pour.

Aubree fut saisie d’une quinte de toux, ses yeux piquaient, et elle lâcha le rebord auquel elle s’était jusqu’alors agrippée avec tant de ferveur. S’écrasant lourdement au sol, elle sentit des larmes perler aux coins de ses paupières. Des larmes qu’elle avait retenues pendant plus d’un an. Elles roulèrent le long de ses joues pâles, sans qu’Aubree sût pourquoi, et sans qu’elle pût y faire quoi que ce soit. Une nouvelle douleur surgit, mais cette fois-ci, elle n’eut rien de concret : son cœur saignait. Tout le chagrin accumulé au cours de ces derniers mois revenait à la surface, comme pour prendre sa vengeance après avoir été si longtemps opprimé. Maintenant qu’Aubree était en position de faiblesse, tout ce qu’elle avait tenté de nier ou d’ignorer revenait au galop.

I think they’ve found another cure
For broken hearts and feeling insecure
You’d be surprised of what I endure
What makes you feel so self-assured?
Mais ce n’était jamais assez. Elle aurait dû s’effondrer sans vie sur ce carrelage, au lieu de quoi elle continuait à bouger grâce au peu de force qui étaient encore présentes dans son organisme. Les yeux fermés, elle respira péniblement, puis entrouvrit les paupières. Avec horreur, elle constata que le volume de la pièce avait nettement diminué. Ce mur, en face d’elle, n’était-il pas censé être bien plus loin ? Elle n’avait pourtant ingurgité aucun hallucinogène. Son pouls battait anormalement vite, réaction étrange face à l’ingurgitation de calmants. Un malaise croissant s’emparait de sa poitrine, alors que les larmes continuaient de couler sans qu’elle pût les en empêcher. Ses veines étaient toujours en feu, son corps entier exigeait plus. Plus d’héroïne, plus d’effets, plus de destruction. Alors, Aubree tendit un bras, celui qui était encore intact, vers le matériel qu’elle avait utilisé quelques minutes auparavant et qui était tombé du lavabo. Une nouvelle dose d’héroïne s’écoula alors dans ses veines, en renfort de la première. Malgré tout le poison qu’elle avait ingurgité, elle ne se sentait pas mieux. Au contraire, elle avait de plus en plus mal, sans pour autant réussir à localiser la douleur. Et pourtant, elle était satisfaite… Peu importait la douleur qui paralysait son corps, elle avait l’impression d’être parvenue à ses fins.

I feel like I’ve been crucified
To be satisfied…

La respiration déjà pénible d’Aubree redoubla en difficulté, et la vue de la jeune femme se troubla. Puis, son corps entier fut parcouru de convulsions incontrôlables. La douleur faisait toujours rage, les larmes coulaient dans un flux continu. Elle aurait voulu crier, mais ses cordes vocales l’avaient lâchée. Ses yeux se révulsèrent, sa tête cogna violemment le rebord de la baignoire contre laquelle elle s’était appuyée. La surface immaculée de celle-ci fut aussitôt tâchée, elle aussi, du sang d’Aubree. Elle n’eut pas le temps, ni la chance de réagir. L’eût-elle voulu qu’elle n’aurait pu esquisser le moindre geste. Elle sentait quelque chose s’emparer d’elle, comme une ombre qui s’apprêtait à happer son être tout entier. Une nouvelle fois, elle sentit le besoin de crier – en vain. La jeune femme hoquetait, elle s’étranglait, ses yeux perdirent leur focalisation, une écume blanchâtre se formait aux coins de ses lèvres. Les convulsions accélérèrent et redoublèrent en intensité.

You’re a victim
Of your symptom
You are your own worst enemy
Know your enemy

Quelques secondes s’écoulèrent ainsi. Ensuite, ce fut le néant.


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Message(#) Sujet: Re: [1885] SEASON FINALE : THE LAST DESTRUCTION Dim 28 Nov 2010 - 23:33

Previously : The last Goodbye, 1592 Lemon Street
Nuit du 31 Octobre, 00:11

Rien n'avait plus d'importance : Meaghan, abandonnée consciemment par un Pride qui l'avait pourtant accompagnée chez les Morecci cette nuit là, et qui bien loin de trouver un prince, n'avait pu s'afficher que face à un bourreau tourmenté. Casey, la dame de coeur de l'escroc au myocarde décédé, qui pleine d'espoir de le suivre à Chicago, lui offrit à voir malgré elle l'un de ses plus sombres secrets ; celui de ne se repaître que d'antidépresseurs, pour naïvement tenter d'aborder une sérénité illusoire... Et le jeune homme, loin d'être tempéré par quelques apaisements qu'auraient pu réveiller en lui les sourires de sa soeur, était sorti de la demeure de Casey, sans vouloir l'embarquer avec lui à Chicago. Cette nuit, serait la nuit de son renouveau, celle de sa fuite vers le Nord, de son retour vers ses racines ; nostalgique d'un passé dont il se souvenait encore. Mais visiblement, rien n'avait jamais eu d'importance aux yeux de l'égocentrique : ni les autres, ni leurs vies, ni leurs espoirs, ni leurs attentes. Il n'y avait que lui, dans cette clarté éphémère qu'était une vie qualifiée souvent de lassante et monotone : lui et son argent, lui et les autres gravitant autour de son monde, lui et ses objectifs. Lui seulement. Pas de Muse, pas de Liam, pas de Jaelyn, pas même de Aubree... Douce Aubree qui sans doute, l'avait attendu aux alentours de dix-neuf heures tapantes, heure de la poursuite de leur conversation interrompue dans les locaux du Soho's. Mais le jeune homme se faisant monstre d'égocentrisme, avait oublié que quelque part l'attendait sa compagne de jeu ; certes ils s'étaient rapprochés, et Dieu qu'il avait aimé leurs lancers de dés jouissifs et sadiques, mais cet homme en face de lui représentait une manoeuvre d'actions bien plus intéressante. Ainsi Pride continua la discussion avec cet actionnaire, alla sans préavis avec ce dernier au restaurant, but quelque gorgées d'un délicieux millésime, accrocha la serveuse d'un sourire ravageur, signa un contrat, serra la main de son client, rentra chez lui, fit ses valises, oublia Aubree. Et nul n'ignore que les personnes les plus faibles, sont celles que l'on doit se remémorer le plus ; sans doute faisait-il partie, malgré lui, de la déchéance de Aubree qui surgirait dans quelques heures et dont il n'avait pas idée.

Ainsi se passa la soirée du jeune homme égocentrique. Il délaissa Meaghan, il abandonna Casey, il oublia Aubree. Jusqu'à ce que, aux alentours de minuit et alors que la portière de son Aston claqua sous l'aplomb de sa main rageuse, Pride se souvint alors de la conversation importante qu'il n'avait pas pu finir avec la belle demoiselle. Et quitte à tourner le dos à Ocean Grove, autant en finir de suite : ainsi ce ne fut pas directement la route nationale pour Chicago que le jeune homme emprunta, il se contenta de descendre dans un crissement de pneu furibond, la ruelle du quartier résidentiel de Lemon Street.

1885. Le jeune homme brillant d'une aura sombre et lasse, descendit de son véhicule avec prestance malgré ses traits fatigués. Un soupir s'échappa de ses lèvres blêmes alors qu'il s'avança vers la demeure de Aubree, plongée dans l'obscurité de la nuit, avant de glisser au coin des lèvres une cigarette qu'il alluma distraitement. Au loin, les sirènes brèves de son précieux carrosse se mirent en route alors qu'il appuya sur le bouton de sa clé, se retournant quelques secondes pour mieux veiller sur sa princesse faite de tôle et d'acier. Un rapide coup d'oeil vers les fenêtres de la coquette demeure, et Pride remarqua que seule la salle de bain baignait dans une lumière blanche. Sans doute que la jeune Aubree ne faisait sa toilette avant de rejoindre les bras de Morphée, signe qu'il devait venir toquer à la porte au plus vite. Un souffle de fumée grise s'échappa de ses lèvres, et voilà que Pride se trouvait sur le perron, actionnant la sonnette qui ne souleva pas âme qui vive dans la demeure : ni de voix fluette, ni de bruit de pas précipités ; rien. Dans un froncement de sourcils impatient, le jeune homme appuya de nouveau sur la sonnerie, avant de faire quelques pas en arrière, levant sa tête brune vers la fenêtre à la lumière allumée. « Aubree ouvre ! Je sais que tu m'en veux, j'aurais du passer plus tôt c'est vrai. J'ai eu un empêchement ! » Et la voix suave de Pride, toujours pourvue de ce timbre rauque et frissonnant, porta jusqu'à la fenêtre sans retour de réponse. Tirant sur sa cigarette, le jeune homme baissa la tête et figea son regard d'ambre sur la porte, avant de souffler d'un murmure narquois quelques paroles à sa seule intention. « J'avais le numéro d'une charmante petite blonde à récupérer pour m'amuser sur la route de Chicago... » Un soupir, un souffle de fumée de nouveau, et las d'attendre une réponse de sa chère Aubree, Pride tenta le tout pour le tout, à savoir le diable. « Laisse moi entrer, et je te ferais tout ce que tu veux pour toute la nuit, darling. » Provocation, quand tu nous tiens. Il était en outre impossible que Aubree n'y réponde pas ; que ce soit avec sérieux, d'une voix lubrique, ou d'un cynisme cassant, connaissant son ancienne employée, elle ne pouvait que venir se montrer à la fenêtre. Sans succès...

Et alors quelque chose naquit dans le creux de l'estomac de Pride, ce quelque chose que l'on nomme à juste titre 'mauvais pressentiment'. Cette impression soudaine et malsaine que rien ne va, et que rien n'ira bien.... Alors le jeune homme s'avança vers la porte qui s'ouvrit dans un grincement, non sans avoir jeté sa cigarette au préalable d'un geste négligé. S'engouffrant dans le couloir désert et sombre, les yeux de braise du jeune homme ne se portaient plus que vers l'escalier, alors qu'une appréhension s'emparait de lui. Ce ne fut que lorsque sa logique vint lui souffler que Aubree se trouvait en danger – le miracle humain du sixième sens – qu'il se précipita vers les marches, les montant avec précipitation tandis que de ses lèvres s'échappait le prénom de la demoiselle. Entrant alors en trombe dans la salle de bain, ce qu'il vit lui bloqua la gorge de stupeur.

« Aubree... » Et le jeune homme de se précipiter vers la jeune fille dénudée, étendue inerte sur le carrelage. Son sens du détail vint aussitôt procéder à une déduction qui ne mit pas plus d'une demi seconde à apparaître comme une évidence : Aubree avait tenté de mettre fin à ses jours, et se retrouvait à présent dans ses bras, à faire une overdose. Accroupi au sol, le jeune homme plaqua le corps laiteux et glacé de la jeune fille contre son buste chaud, dégainant son portable qu'il atteignit d'une main. « 1885, Lemon Street. Elle fait une overdose ! » « On arrive dans quelques minutes ! » scanda alors le pompier à l'autre bout du fil, alors que Pride jeta son téléphone à terre sans autre forme de procès. Un simple 'elle' ; pas de nom, pas de prénom, pas de détails : le temps leur était tellement précieux. Posant son regard d'ambre sur la demoiselle inconsciente, il releva vers lui son visage tacheté de sang, sentant sur ses bras le poids d'un corps mort et inerte. « Aubree, donne moi ta date de naissance. » Sa voix suave et frissonnante, se faisait néanmoins grave et inquiète alors qu'il commençait à tenter de la ramener à elle.

Les ghettos. Les ruelles des banlieues malfamées de Chicago n'ont jamais été sûres, et j'en savais quelque chose ; cela faisait quatorze ans que je connaissais les moindres recoins crasseux de ces quartiers de débauchés, où putes et dealers se côtoyaient de jour comme de nuit. Notre quartier, on l'appelait "El little Mejico"... * La drogue, les prostituées, la violence, la poussière, les gamins crevant d'overdose. Oui, cet homme ne portant que des cravate de marque les avait connu ; il n'ignorait pas comment réagir face à une situation du genre. Finalement, ses origines de vilain petit canard des banlieues malfamées pouvaient sauver une vie, non ? L'allongeant à terre, Pride prit soin de s'assurer qu'aucun autre vêtement ne pouvait entraver sa respiration, ses mains brûlantes et masculines se posant sur la peau glacée et frêle de Aubree, lorsque soudain... BAF. Une claque. Il en fallait bien une, pour la ramener à elle. « Donne moi ta date de naissance. » souffla-t-il d'une voix plus amicale et inspirant étonnamment confiance, alors qu'il ne daigna pas quitter Aubree des yeux. « Aubree. Donne moi ta date de naissance. » Non, il n'en démordrait pas. Pas jusqu'à ce qu'elle réponde et qu'elle ne garde conscience. Pas jusqu'à ce que les secours arrivent. Il fallait qu'elle parle, qu'il la stimule, qu'elle existe, pour ne pas tomber dans le néant.



* passage issu de la fiche de Pride.
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