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 Bien fait pour ta gueule !

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Message(#) Sujet: Bien fait pour ta gueule ! Dim 23 Jan 2011 - 9:48

17 DÉCEMBRE 2011
Elle avait insisté. Lourdement. Plus lourdement que les fois précédentes. Assez lourdement à vrai dire pour le faire culpabiliser plus qu'il ne culpabilisait déjà. Rongé par le remord, le dégout de lui-même et la colère envers tout ce qui faisait de lui ce qu'il était, Jed n'avait pas su dire non. Pas cette fois, pas à elle. Alors il se retrouvait là, affalé sur un banc, dans le parc du coin de la rue, une clope au bec et les mains dans les poches ; ruminant ses idées noires, la boule au ventre, fixant le lac sans le voir en observant les canards comme s'il avait s'agit de flotteurs à la surface. Elle avait dit 16H, il avait dit OK ; elle n'avait peut-être pas cours, lui avait séché son travail et - tandis que sa clope se consumait sans qu'il trouve le courage de lever le bras pour se débarrasser des cendres qui menaçaient de tomber à tout moment sur ses genoux - l'idée même que ce manquement à l'appel pourrait lui couter sa place ne lui faisait ni chaud ni froid. Le vent hivernal lui donnait des frissons, pourtant le fait de ne porter qu'un simple t-shirt relevait d'un choix, comme s'il avait voulu tout faire pour se rendre plus malade qu'il ne l'était déjà, comme si chopper la crève en plus de broyer du noir avait été une option envisageable pour lui qui - depuis une semaine jour pour jour - n'avait d'autre obsession que celle de se punir, encore et encore, et encore. Se punir d'avoir été aussi con, tant vis à vis de Rose que vis à vis d'Ella. Se punir d'avoir été aussi faible et irresponsable et d'avoir entrainé quelqu'un d'innocent dans sa chute alors qu'il s'était promis - dès l'instant où Sally était morte - qu'il creuserait sa tombe tout seul, comme un grand et sans y entrainer personne d'autre que sa propre carcasse.

Il n'avait pas d'heure avec lui, ni montre, ni téléphone. De montre, il n'en avait jamais eu. Quant à son téléphone ... il lui faisait peur. Les textos d'une Ella qu'il avait blessée lui faisaient peur. Il ne l'avait pas rallumé depuis la veille au soir, jour de leur dispute et - alors que la nuit avait porté conseil - jour où il estimait avoir réagi comme le dernier des imbéciles face à des informations douteuses que lui avait donné une fille en qui il avait beaucoup moins confiance qu'en Ella. Planqué bien au fond du tiroir de sa table de nuit tout comme lui s'était planqué en s'arrangeant pour ne refaire surface chez Lawson qu'une fois certain que personne n'y serait pour le regarder de travers (au mieux) ou lui coller une claque (au pire), l'objet se voyait rejeter par son propriétaire. Un propriétaire qui ne s'était accordé en tout et pour tout que 15 minutes de communication sur le net le temps de consulter ses mails et qui - malgré ce laps de temps si court - avait eu la malchance de se faire attraper par Rose sur MSN. Faible depuis qu'il avait tant à se faire pardonner sans même qu'elle soit au courant, il n'avait pas su ne pas répondre. Alors il se retrouvait là, affalé sur un banc, dans le parc du coin de la rue, une clope au bec et les mains dans les poches ; se demandant quelle heure il pouvait bien être, et comptant les canards avec l'espoir irraisonné qu'elle puisse oublier de venir, parce que l'entendre lui parler et s'inquiéter pour lui lui était insupportable. Parce que la savoir si confiante et si reconnaissante du fait qu'il l'ait portée pour la ramener chez elle après la Skins Party lui donnait envie de vomir. Parce qu'un simple sourire de la part de Rose lui donnait, en définitive, l'envie de se tirer une balle en pleine tête, ni plus ni moins. Arrêter de penser, arrêter de pleurer, arrêter de respirer, cela aurait été si simple. Et pourtant non, il était là, il attendait, préparant sans grande conviction son esprit à recevoir un énième rappel de la raclure innommable qu'il avait pu être le Vendredi 10 Décembre 2011.


Dernière édition par Jed Vargas le Lun 7 Fév 2011 - 1:44, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Bien fait pour ta gueule ! Lun 24 Jan 2011 - 13:53


Rose & Jed

« Un homme a toujours le droit de se venger, si peu que ce soit ;
la vengeance est bonne pour le caractère ; d'elle naît le pardon. »



Vengeance. Rose n'avait plus que ce mot en bouche depuis ce fameux soir ou Sally l'avait appelé pour tout lui dire. Cette vérité honteuse que Jed préférait lâchement lui cacher. Rose avait été tout d'abord anéantie par cette nouvelle. Pour elle, c'était la pire des trahisons. Pourtant, dernièrement il n'avait pas été le premier a abusé d'elle de la sorte. Ce qui rendait la chose d'autant plus difficile à digérer d'ailleurs. Elle avait comme l'impression d'être seulement un bout de viande qu'on prend et qu'on rejette tranquillement, sans songer à ce qu'elle pouvait ressentir elle face à ces humiliations. Une fois "remise" de cette annonce elle avait tenté de lui trouver mille excuses, mille raisons de pourquoi ça aurait pu se passer, que c'était peut-être une erreur. Mais non, tout semblait concorder. Alors, c'était finalement la colère et la rage qui l'animait depuis. Rose avait beau être une fille adorable, elle avait la rancune tenace quand elle le voulait. Et on avait pas le droit de lui faire subir n'importe quoi sans en payer les conséquences. Elle voulait voir Jed se morfondre et s'en vouloir. Et encore, il n'était pas dit que cela soit suffisant. Une idée bien plus cruelle lui trottait la tête depuis, mais elle hésitait encore, sachant que les conséquences seraient très lourdes. Elle préférait donc attendre de lui en avoir parlé pour voir s'il méritait ça ou non.

Elle lui avait donc proposé de la rejoindre au parc. Et comme toujours depuis une semaine, il refusait. Mais cette fois-ci, elle ne le laisserait pas se défiler. Et s'il le fallait, elle débarquerait chez "lui" pour lui faire tout avouer. Mais elle avait tant insisté, se montrant comme la plus adorable des amies qu'il avait finit par céder. Satisfaite, elle lui donna le lieu et l'heure ne lui laissant aucune échappatoire. Il devait tout avouer, il devait assumer. Il devait comprendre ce qu'elle ressentait, la honte et la déception qui l'habitait. Doutant quelque peu de sa ponctualité, elle ne s'était pas pressée pour y aller, arrivant avec pas loin de 10 minutes de retard. Il était déjà là, assit sur un banc, les yeux dans le vague. Une émotion violente s'empara d'elle et vint lui brûler la gorge. Elle serra la mâchoire. Le voir là lui était presque insupportable. Il allait se comporter comme si de rien était. Il l'a dégoûtait à cet instant. Jamais elle n'aurait cru ressentir ce genre de choses à son égard. Pour elle, Jed avait toujours été un type bien. Certes un peu torturé, sombre et aux mœurs particulières selon elle, mais il en restait néanmoins quelqu'un de gentil sur qui on pouvait compter. Visiblement, elle s'était trompée. Blessée, elle resta à l'écart quelques instants, le temps de se concentrer pour rentrer dans son rôle d'hypocrite avec naturel. Une fois prête, elle apparut dans son champs de vision et s'approcha de lui.

Souriante et chaleureuse, elle lui fit un petit signe de main de loin, comblant petit à petit la distance qui les séparait. Une fois arrivée à sa hauteur, son sourire de décupla alors qu'elle écartait les bras pour le blottir gentiment contre elle. Elle lâcha alors : « Jed ! Dis donc, t'as un véritable emploi du temps de ministre ces derniers temps. On n'arrive plus à se voir. » Elle le relâcha après lui avoir fait la bise, avec toute sa douceur habituelle. Elle s'installa alors à côté de lui, posant sa main sur son avant bras. Rien ne laissait voir à quel point se comporter ainsi avec lui était difficile pour elle. Le toucher, le sentir la rendait presque malade. Il était son ami bon sang, son AMI ! Pourquoi avait-il fait une chose pareille ? Elle soupira, le regard tendre et amusé et ajouta : « Je crois qu'on avait prit l'habitude de trop se voir car en à peine une semaine, tu as trouvé le moyen de me manquer. » Elle échappa un petit rire, répliquant alors : « Enfin, entre amis c'est normal ! » Entre amis hein... Entre amis...
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Message(#) Sujet: Re: Bien fait pour ta gueule ! Mar 25 Jan 2011 - 20:50

Il n'entendit pas tout de suite les bruits de pas qui se rapprochaient et ne releva les yeux qu'au moment où Rose, souriante et enjouée, lui adressait en petit signe de la main tout en s'avançant vers lui. Profitant qu'elle soit encore assez loin pour inspirer profondément afin de se donner du courage, Jed sortit les mains de ses poches, envoya valser sa clope d'une pichenette dans l'eau du lac (tenez, maudits canards !) et se redressa de façon à l'accueillir le plus naturellement possible. Sa blondeur, ses yeux malicieux, l'air confiant et visiblement ravi de le voir qui habitait son visage, tout ça le frappa de plein fouet lorsqu'elle fut assez proche de lui pour qu'il puisse détailler la moindre de ses expressions. Impuissant, il la vit se rapprocher d'avantage et l'étreinte qu'elle lui servit en guise de salut lui coupa tout bonnement le souffle. Ce contact physique, aussi bref fut-il, ne put que l'amener à repenser à sa faute et c'est avec plus de raideur que prévu qu'il lui répondit, s'arrangeant toutefois pour que sa gêne et son trouble paraissent le moins possible : « Je sais. Semaine chargée, j'ai pas eu le temps d'y voir clair ... » Et comment ! Entre la déprime, les cuites, les disputes et sa consommation de drogue qui avait évoluée de manière exponentielle pour tenter de contenir le trop plein de désespoir qui l'habitait, Vargas n'avait effectivement pas eu le temps de voir le temps passer. A vrai dire, ça - plus le fait d'avoir fuit par tous les moyens la présence de Rose - lui avait donné l'impression que sa semaine était passée à la fois beaucoup trop vite (que n'aurait-il pas donné pour être hier et ne pas se trouver là, en face d'elle ?) et beaucoup trop lentement (7 jours seulement qu'ils étaient revenus de la Skins ? Mon Dieu, il avait pourtant eu l'impression de vivre une éternité en enfer ...).

Finalement (et après lui avoir cloué une bise sur chaque joue comme pour éradiquer toute possibilité que son cœur rongé par le remord puisse survivre à cette entrevue), elle le libéra de son étreinte et s'assit à ses côtés après qu'il se fut de nouveau affalé sur le banc, incapable de tenir debout une minute de plus. Nerveux, il se maudit de n'avoir pas pensé à prendre de pétard avec ou de ne pas avoir bu avant de venir. Là, à côté d'elle, alors qu'elle lui posait la main sur l'avant bras pour engager une conversation qu'il avait l'impression de n'entendre que d'une oreille tant ce contact peau contre peau le faisait se sentir mal, il prit conscience qu'arriver sobre et pleinement conscient de la situation avait été la pire des tortures qu'il avait pu s'infliger à lui-même. Le réalisant, il se retrouva bien incapable de savoir s'il se félicitait de cette oubli (dans le sens ou " se punir " était avant tout son objectif principal) ou si - au contraire - il s'en mordait les doigts. Quoiqu'il en soit, c'est le mot " ami " fouettant l'air comme un revers cinglant qui le tira de sa réflexion et le fit bégayer une fois ou deux avant de réussir à former une phrase cohérente en guise de réponse :

« Je ... Tu ... Ça va mieux toi ? T'as pas eu de problèmes avec ton frère le lendemain de ... » la nuit où je t'ai droguée ? La nuit où je t'ai violée ? La nuit ou l'on a couché ensemble sans le savoir ? ... Qu'en était-il au fait ? Il ne savait pas ... Il ne savait pas et ça le rendait fou car - quoiqu'on en dise - jamais ô grand jamais il n'avait eu de mauvaises intentions envers Rose. Cette pilule dans son verre, c'était idiot et irresponsable, il s'en rendait bien compte, mais jamais il n'avait pensé à mal en agissant de la sorte. Défoncé, il ne s'était pas rendu compte du caractère franchement douteux de cette " petite " attention destinée à la détendre. Pis, parfaitement transporté par les substances dont il avait lui-même abusé lors de la soirée, il ne se souvenait de rien d'autre que du réveil et du choc d'avoir à la rhabiller puisqu'elle était alors à moitié nue sous lui. Le doute le tuait, il aurait voulu savoir. Il n'arrivait pas à se maudire correctement sans savoir s'il avait s'agit d'un viol dont il n'avait même pas pris conscience ou si l'acte en lui-même n'avait résulté que d'un trop plein de n'importe quoi partagé et donc consentant. D'un sens comme d'un autre, il s'en serait voulu, mais le fait de ne pas savoir à quel degrés se détester d'avoir été aussi bête lui avait donné - tout au long des 6 jours précédents et encore le matin même - l'envie cuisante de se claquer la tête contre les murs. « ... de la soirée ?» Finit-il par conclure pour que son hésitation ne traine pas en longueur et n'éveille aucun soupçon.

Évidemment, il s'était inquiété pour elle. Son état le lendemain de la fête avait été déplorable, il en savait quelque chose : il l'avait portée sur plusieurs kilomètres, éreintée et somnolente, pour la ramener chez elle. Mais le remord et la honte l'avaient empêché de prendre contact et de chercher à savoir si tout allait bien, si elle n'avait pas mal nul part et si elle ne gardait pas de séquelles " graves " (rapport sexuel mis à part ><) de cette nuit qu'il estimait désormais être la pire nuit de sa vie.
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Message(#) Sujet: Re: Bien fait pour ta gueule ! Jeu 27 Jan 2011 - 15:09


Rose & Jed

« Un homme a toujours le droit de se venger, si peu que ce soit ;
la vengeance est bonne pour le caractère ; d'elle naît le pardon. »



Si Rose n'avait rien su de ce qu'il s'était passé lors de cette soirée, elle n'aurait que très légèrement remarqué l'attitude étrange de Jed. Elle aurait mit sa sur le compte de la fatigue ou pire même, elle aurait tout simplement cru qu'elle l'emmerdait, qu'il avait prévu d'autres de sa journée et qu'il n'avait qu'une envie : c'était de filer. Mais là, elle savait. Elle savait pourquoi il était si réticent à elle, à son contact. Elle savait pourquoi il ne la regardait pas dans les yeux et ne l'écoutait pas. Elle savait pourquoi ça lui coûtait tant de lui parler et de faire comme si de rien était. Rose qui avait toujours eu une certaine admiration pour lui, voir fascination même, elle le trouvait aujourd'hui lâche et pitoyable. Peut-être que si dès son réveil il lui avait tout dit, lui expliquant que c'était une erreur, qu'ils avaient trop bu et autre, alors là oui, peut-être qu'elle lui aurait pardonné. Mais non, il n'avait pas eu le cran. Il préférait se terrer dans son mensonge quitte à bousiller leur amitié -dont il ne restait plus grand chose à cet instant aux yeux de la jeune fille. Elle l'avait sentit se contracter lorsqu'elle avait posée sa main sur son bras alors qu'il répondait : « Je sais. Semaine chargée, j'ai pas eu le temps d'y voir clair ... » Son regard se faisait doux et compréhensif et elle hocha calmement la tête. Mais au fond d'elle, elle criait au menteur. Il avait juste passé la semaine à l'éviter pour ne pas se retrouver confronté à la vérité.

Néanmoins, Jed ne fit aucun commentaire sur ses autres phrases. L'avait-il seulement écouté ? Son regard vague laissait entendre que non. Ça n'avait rien d'étonnant. Jed avait toujours eu ce don d'être là en face de vous, tout en étant complètement ailleurs. Mais Rose n'allait pas baisser les bras aussi vite et cracher le morceau. Elle voulait qu'il culpabilise, voir même qu'il est le courage de tout lui avouer. Mais c'était assez mal partis. Il revint à la réalité lorsqu'elle prononça le mot "amis". Touché. Il était mal à l'aise et il avait beau essayer de le cacher, ça crevait les yeux. Rose avait beau être un peu naïve par moments, elle n'était pas dupe pour autant. Évitant alors de lui répondre, il enchaina avec le sujet de la fameuse soirée : « Je ... Tu ... Ça va mieux toi ? T'as pas eu de problèmes avec ton frère le lendemain de ... » Durant l'espace de quelques secondes, elle eu du mal à contenir un regard dur et accusateur. L'air de dire : va s'y, dit le ! le lendemain de quoi hein ? de la soirée ou tu as profité de moi ? Mais elle se reprit rapidement, retrouvant un regard paisible et encourageant. Elle lui sourit doucement, intriguée, jouant parfaitement le rôle de la fille qui n'est au courant de rien et qui ne comprend pas pourquoi il ne finit pas sa phrase. « ... de la soirée ? » Bah voilà, ce n'était pas si dur que ça ! Elle échappa un petit rire et répondit rapidement : « Non, t'inquiètes pas. Il était à l'hôpital quand je suis rentrée et Hailey regardait la télévision. Je suis allée me coucher directement et quand je me suis réveillée j'ai passé trois heures dans un bain pour tenter d'avoir une tête potable. » Elle lui souriait, riant de ça, comme si la soirée avait finalement été sympa et que tout c'était parfaitement bien passé.

Puis, elle déposa son autre main sur son avant bras, tournant légèrement son buste vers lui pour bien le regarder. C'est un regard reconnaissant qu'elle prit alors. Elle lâcha un petit soupire, un léger sourire en coin et ajouta d'une voix... comment dire ? Un peu comme une princesse qui parle à son sauveur. « Au fait... Je ne t'ai même pas remercié pour ce que tu as fait pour moi. » Elle marqua une courte pause volontairement, se doutant bien qu'il risquait de s'imaginer le pire. Elle reprit ensuite : « Non vraiment, me porter jusqu'à chez moi c'était... C'était vraiment gentil. J'aurais été incapable de marcher jusque là. J'espère que ton dos ça va ? Tu n'as pas trop souffert ? J'ai un peu honte de t'avoir imposé ça... » Elle esquissa une petite grimace gênée. Puis, retournant bien le couteau dans la plaie, elle ajouta enfin : « Vraiment, heureusement que tu étais là. Je sais que je peux toujours compter sur toi. » Elle lui offrit alors un grand sourire, et reprit sa place sur le banc, collant son dos à celui-ci. Et bam, prend ça.
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Message(#) Sujet: Re: Bien fait pour ta gueule ! Ven 28 Jan 2011 - 1:09

L'entendre rire lui donnait envie de pleurer.
Qu'elle lui raconte son retour à la maison comme s'il ne s'agissait plus que d'un mauvais souvenir transformé en anecdote amusante avec le temps lui donnait envie de pleurer. Et, foncièrement, il n'aurait pas su dire si cette envie ruisselante venait du fait qu'elle ait l'air si heureuse de le voir ou du fait qu'il se sentait plus seul que jamais dans sa position d'unique détenteur d'un savoir si lourd à porter. Alors que les jours semblaient avoir dédramatisé la situation aux yeux de Rose, ils n'avaient fait que l'aggraver à ceux de Jed, le rendant chaque soir plus déprimé et chaque matin moins enclin à se lever pour vivre une énième journée en ayant à supporter le poids du secret. Là, tendit qu'elle lui posait une autre main sur l'avant-bras tout en lui faisant les louages de sa fidélité et de son amitié sans faille, Vargas eut l'impression que chaque mot prononcé était comme un coup de marteau assené sur un clou qui - en l'occurence - se trouvait être nul autre que lui-même. Un mot, dix centimètres de plus à s'enfoncer dans le remord. Bam Bam Bam, à ce rythme là il serait noyé par le flot de ses propres larmes refoulées avant qu'elle ne s'en aille.

« Vraiment, heureusement que tu étais là. Je sais que je peux toujours compter sur toi. »

Silence. Les yeux brillants, l'air parfaitement perdu et l'expression du visage figée entre souffrance et lividité, Jed ne pipait mot. Il peinait à soutenir le regard de Rose et se posait, à ce moment précis, la question de savoir s'il pouvait se permettre le luxe de lui avouer toute la vérité. Car, si la honte et la lâcheté avaient fini par l'emporter sur ses nobles sentiments du départ, Jed avait premièrement éviter d'évoquer " l'incident " en prenant conscience de l'état déplorable de Rose lors de leur réveil au lendemain de la Skins Party. Désorientée, déboussolée, exténuée, au bord de l'évanouissement, comment aurait-il pu lui assener le coup de grâce à ce moment précis ? Et - par la suite - c'était sa peur qui l'avait fait se taire. Sa peur, sa honte, sa culpabilité, la rancœur qu'il avait envers lui-même aussi, le fait de s'en vouloir d'avoir été si déchiré qu'il ne se souvenait plus de rien ... Tout ça avait joué contre lui. Aujourd'hui, alors qu'elle lui faisait face avec un sourire rayonnant et plein de reconnaissance, il se sentait sale, ô tellement sale d'oser ne serait-ce que de lui adresser la parole. Il se serait converti à la chrétienté et aurait prié des années durant si cela lui avait permis d'effacer son erreur et de rendre à Rose ce qu'il lui avait pris sans même en avoir eu conscience, mais il savait - malheureusement - qu'il ne suffisait pas de vouloir et de supplier pour obtenir du ciel ce qu'il aurait voulu en obtenir. Pourtant, il ne trouvait pas la force de formuler à haute voix la nature de son erreur. Les mots, tous plus maladroits les uns que les autres, se nouaient dans sa gorge et faisait trembler ses lèvres sans qu'il ne parvienne à exprimer le moindre son. Tous lui paraissait trop cru et trop direct pour faire comprendre à son amie à quel point il regrettait ce qui s'était passé. Or il savait pertinemment que - dès l'instant où son aveux aurait été formulé à haute voix - elle ne voudrait plus l'écouter et ne voudrait pas chercher à comprendre plus loin que ce qu'il lui aurait dit. Cette perspective n'avait fait qu'ajouter à sa crainte. La pression était trop énorme pour qu'il accepte de se lancer. Aussi avait-il retardé l'échéance le plus longtemps possible en espérant naïvement que le temps l'aiderait à mettre aux clair ses idées de façon à trouver les mots justes pour tout lui dire. Mais l'angoisse avait joué contre lui, lui faisant perdre ses moyens, l'empêchant de réfléchir et finissant par le faire se retrouver là, devant elle, 7 jours plus tard, sans finalement être plus avancé qu'à l'instant où il s'était réveillé en sa compagnie dans ce maudit hangar ...

Dépité, torturé, au bord du gouffre, Jed se redressa, la laissant seule sur le banc pour aller se planter sur la berge, face au lac.

« Rose ... » Commença-t-il d'une voix contrite, « Rose, je suis pas certain que ce soit une bonne idée de continuer à se voir. » Finit-il par avouer à demi-mots sans savoir comment s'y prendre pour être sincère avec elle. Les mains dans les poches et la nuque raidie par le regard de la jeune femme qu'il sentait dans son dos, il marqua un temps de pause pour observer les canards qui barbotaient toujours à la surface de l'eau en spectateurs silencieux de cette scène aux allures de tragédie sentimentale ... « Tu ne peux pas compter sur moi, au contraire. J'ai totalement merdé, j'aurais jamais du t'emmener là bas. »
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Message(#) Sujet: Re: Bien fait pour ta gueule ! Dim 30 Jan 2011 - 20:22


Rose & Jed

« Un homme a toujours le droit de se venger, si peu que ce soit ;
la vengeance est bonne pour le caractère ; d'elle naît le pardon. »



Rose agissait de façon purement égoïste. Se focalisant sur ses malheurs, elle n'avait même pas envisagé que Jed puisse lui aussi souffrir de cette situation. Qu'il puisse avoir honte, être rongé par ça. Non, elle pensait juste à elle, persuadée que c'était uniquement de sa faute. Alors qu'il ne l'avait ni menacé de venir à cette soirée, ni obligé à boire. Elle l'avait fait toute seule, comme une grande. Elle savait à quoi s'attendre à fréquenter les mêmes soirées que lui. Mais elle avait voulu découvrir son monde, juste pour voir. Elle était consciente des risques -même si elle n'avait jamais imaginé jusque là malgré tout- et elle ne pouvait pas le blâmer. Ils étaient deux à avoir foiré. Mais non, Rose se laissait aveugler par sa rancœur, voulant juste lui faire payer. Le voir mal à l'aise, le voir culpabiliser. Le voir s'enfoncer dans ses mensonges alors qu'elle savait tout. Et à vrai dire, cette rage la surprenait elle-même. Mais rien n'y faisait, impossible de se calmer ou de se raisonner. Ce qui était d'ailleurs assez rare. Signe que le geste de Jed l'avait vraiment affecté. Mais au fond, elle ne savait pas ce qui la dérangeait le plus. Le fait qu'il est dérapé à la soirée, ou le fait qu'il ne lui dise rien ? Elle n'aurait pas su dire.

Elle voyait sans peine tout le mal que Jed avait à la laisser s'approcher, à lui parler, à la frôler. Il se montrait réticent, méfiant. Il était gêné et il ne parvenait plus à cacher ses émotions. Mais Rose elle, restait imperturbable, le dévisageant de haut en bas, attendant qu'il réagisse. Elle savait que ses mots n'avaient fait que l'enfoncer encore plus. Mais la seule chose qui lui traversait l'esprit à cet instant, c'était : tant mieux. Oui, tant mieux, bien fait ! Elle aurait aimé le voir s'écrouler en pleurs devant elle, lui révélant tout, quémandant son pardon avec acharnement. Et elle ne lui aurait pas pardonné. Pour lui apprendre, pour le punir. Et elle essayait de toutes ses forces d'oublier la petite voix au fond d'elle. Une voix qui lui criait d'être plus tolérante, de changer son comportement et d'arrêter de faire durer l'enfer de son ami. Était-ce ce qu'on appel la voix de la raison ? Non, ici ça ressemblait plus à celle de l'amitié. Car au fond, tout au fond d'elle, elle continuait de croire en lui et en ce qu'il était. Elle n'arrivait pas à croire qu'il est pu la berner sur son compte, qu'il se soit monté tout un personnage pour ça. Ça n'avait pas de sens. Malheureusement, cette voix était bien trop faible face à sa colère dévorante. Et Rose l'enterrait loin en elle, cherchant à en faire abstraction, persuadée qu'il ne méritait pas sa clémence.

Jed s'était subitement levé et éloigné du banc, se plantant face au lac et n'offrant plus que son dos à la jeune fille. Elle avait apparemment fait mouche. Un air satisfait se glissa sur son visage pourtant si doux d'ordinaire. Un air qui ne lui ressemblait pas, comme si une seconde personne s'était introduite en elle et dirigeait ses émotions et expressions. « Rose ... Rose, je suis pas certain que ce soit une bonne idée de continuer à se voir. » Tiens donc, et on se demande pourquoi. Elle se leva alors, le rejoignant. Elle semblait perdre son calme et son assurance au fil de ses pas. Quand elle s'arrêta à ses côtés, c'était voyant. Ses yeux luisaient d'une drôle de façon, trahissant sa colère grandissante. « Tu ne peux pas compter sur moi, au contraire. J'ai totalement merdé, j'aurais jamais du t'emmener là bas. » Ses paroles eurent l'effet d'un électrochoc sur la blondinette. Sa réaction fut alors presque immédiate. Elle chopa Jed par le col et le retourna pour qu'il lui fasse face. Ses joues avaient subitement virées au rouge cramoisie alors que son regard semblait pouvoir le tuer sur place. Elle le secoua alors -de toute sa maigre force- et lui cria à la figure : « AH OUI ? Et pourquoi hein ? Dis moi pourquoi t'aurais pas dû m'emmener là-bas ! DIS MOI ! » Son ton était agressif et dépité à la fois. Elle recommençait à sentir la même chose que lorsqu'elle avait eu Sally au téléphone et que celle-ci lui avait tout avoué. Le monde s'écroulait sous leurs pieds alors que la "trahison" de son ami se faisait encore plus amer maintenant qu'elle l'avait face à lui. Elle voulait l'entendre dire, elle voulait qu'il le dise, qu'il le dise bon sang ! Resserrant son emprise sur son tee-shirt, leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, ne laissant pas la moindre échappatoire pour le garçon. Il n'avait pas intérêt à baisser les yeux. Non, pas intérêt.
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Message(#) Sujet: Re: Bien fait pour ta gueule ! Lun 31 Jan 2011 - 0:36

Il aurait préféré qu'elle ne le rejoigne pas sur le bord de la rive, comme si garder une distance était la meilleure des choses à faire, tant pour symboliser le faussé que son comportement déplorable lors de la soirée avait creuser entre eux que pour s'assurer qu'il n'y aurait plus jamais aucun contact entre eux car, s'il devait reconnaitre que la simple présence de Rose à ses côtés suffisait à lui faire mal, c'était avant toute chose comme une punition qu'il envisageait un coupage de ponts en bonne et due forme. Ne plus la voir, s'interdire tout contact avec elle, la préserver de lui et de sa mauvaise influence tout en s'enfonçant d'avantage dans la solitude, le remord et la honte, cela lui semblait être le meilleur des compromis, le mieux qu'il pouvait faire en tout cas pour qu'elle y gagne au maximum et pour que lui-même y perde de plus possible. Ne plus se voir, la laisser libre de ne rien savoir, libre de vivre sans cette information cruelle et vénéneuse tandis que lui prendrait sur lui de tout garder et d'être seul à porter le fardeau. Pour se faire punir et se faire pardonner à la fois, il était prêt à faire ce sacrifice, considérant de toute façon qu'une vie entière passée en s'en vouloir ne serait jamais aussi pire qu'une vie entière passée à se dire qu'on s'est faite plus ou moins violée lors d'une skins party ... Seulement voilà, Rose ne l'entendait visiblement pas de cette oreille, du moins c'est ce qu'il se dit en sentant la main de la jeune femme l'empoigner par le col, le faire se retourner et le secouer avec force. « AH OUI ? Et pourquoi hein ? Dis moi pourquoi t'aurais pas dû m'emmener là-bas ! DIS MOI ! »

Interloqué par cette réaction qui ne lui ressemblait pas, Jed pensa tout d'abord au fait qu'elle puisse lui en vouloir de lui annoncer à froid et sans préambule qu'il valait peut-être mieux pour eux de ne plus se voir. Bêtement, il alla s'imaginer que c'était la perspective de ne plus être son amie qui la faisait rougir de colère, mais deux secondes passées à détailler la haine dans ses yeux si proches et si perçants suffirent à lui faire comprendre qu'il se mettait le doigt dans l'œil et que la réalité était malheureusement beaucoup moins mignonne. Non, elle ne s'énervait pas de l'entendre lui dire qu'il valait mieux ne plus se voir. Non, elle ne rougissait pas d'une colère spontanée et saine mais bel et bien d'une colère refoulée, violente et qui signifiait clairement que cette agressivité soudaine n'avait rien à voir avec l'approche maladroite qu'il venait de faire pour partir loin d'elle et disparaitre de sa vie en pensant que c'était certainement la meilleure des choses à faire.

Là, face à lui, la main toujours agrippée à son t-shirt, Rose savait.
Il pouvait le deviner dans son regard.

Où était donc passé son estomac ? Lui qui, la seconde précédente, ne cessait de faire des nœuds et de lui donner la nausée semblait s'être volatilisé au même titre que son cœur qu'il ne sentait plus battre dans sa poitrine et que ses poumons qui ne pouvaient avoir que disparus eux aussi puisqu'il lui semblait tout bonnement impossible de reprendre sa respiration. Silencieux, pétrifié, Jed aurait tout aussi bien pu être exposé dans la vitrine d'un magasin ayant pour enseigne " au royaume du coupable " (ou quelque chose comme ça ...). Là, tout de suite, tandis que chaque seconde qui s'écoulait était une éternité de plus dans sa chute sans fin vers un impact qui se faisait toujours plus attendre, Vargas avait l'impression de s'être pris une balle en plein cœur. Elle savait. Elle savait mais elle ne le disait pas, elle voulait que ce soit lui qui lui dise et - compte tenu du cinéma qu'elle venait de lui faire en le laissant croire qu'il était seul à savoir - il lui semblait plus qu'évident que toute tentative d'explication était vouée à l'échec. Pour qu'elle ait pu se présenter face à lui avec un sourire aussi faussement sincère, il fallait qu'elle ait eu envie de le voir souffrir et se torturer l'esprit. De là ne pouvait découler qu'une seule et tragique conclusion : c'était trop tard, Rose le détestait déjà.

« Tu sais ... » Souffla-t-il à grande peine sans chercher à se défaire de son emprise. Des connexions - pas toutes pertinentes, certes - se firent alors au sein de son esprit, comme si mettre des mots sur sa stupeur l'avait aidé à remettre son cerveau en mode ON. Le fait qu'elle ait tellement cherché à le revoir durant la semaine, ses relances toujours plus appuyées, la tournure de ses phrases quelques instants auparavant, rêvait-il ou tout cela s'emboitait-il bel et bien de la plus parfaite des manières qui soient pour le mettre face à l'évidence que ce rendez-vous n'était rien d'autre qu'un piège tendu par Rose pour se venger ? Ça ne pouvait être une coïncidence et si, en temps normal, il aurait été passablement surpris de constater que son amie était capable d'être aussi fourbe, là, la force de son remord lui faisait se dire qu'il l'avait mérité. Il n'avait même pas le courage de lui en vouloir, il se sentait trop coupable pour lui reprocher quoique ce soit. Soumis malgré les vingt centimètres d'ascendance qu'il avait sur elle, Jed s'enlisait de plus en plus dans l'idéalisation de celle qu'il n'arrivait plus à voir autrement que comme une victime de l'incapacité qu'il avait eu à gérer sa défonce lors de cette skins party à laquelle il pensait sincèrement qu'il n'aurait jamais du la convier.

« Tu sais ... » Répéta-t-il, le temps que ses idées se remettent en place, qu'il retrouve enfin le principe de fonctionnement de l'acte respiratoire et qu'il puisse faire face à ce coup dur qu'il n'avait pas vu venir. " DIS-MOI ! ", les mots résonnaient encore à ses oreilles tandis que le souffle tremblant de Rose percutait le sien tout aussi tremblant, mais visiblement pas des mêmes sentiments. Colère et vulnérabilité se faisaient face et c'en était déconcertant d'improbabilité quand on savait à quel point les rôles étaient inversés en cet instant précis. Lui qui avait toujours été fort et confiant malgré son dégout de la vie, elle qui - au contraire - avait toujours été plus frileuse, voir quelque fois timide ... Pourtant c'était bien elle qui le tenait par le col et lui qui se sentait sur le point de défaillir. " DIS-MOI ! " Elle le fusillait du regard. Il devait le dire, il comprenait le message, il voyait ce qu'elle cherchait à faire et, en bon coupable qui se déteste, il accepta de lui offrir ce qu'elle demandait :

« Parce que j'ai mis de la drogue dans ton verre et que je t'ai violée. »

Voilà. Marqué au fer rouge jusqu'à la fin de ses jours, non plus par une idée, non plus par une pensée, non plus par une image mais bel et bien par des mots. Des mots qu'il avait lui-même prononcé, avec son regard pour seul miroir qui plus est et en éradiquant volontairement toute réserve pour se faire le plus de mal possible en s'entendant prononcer la phrase. Plus de " oui, mais je n'ai jamais prémédité cet acte " et de " je ne m'en souviens pas " ou de " j'ai jamais voulu ça, je sais même pas si c'était un viol ou d'un commun accord ". Plus de nuances, plus de doutes, il acceptait tout, même d'étouffer les 20 ou 30 % de chances qui auraient éventuellement pu l'aider à se sentir moins sale en leur faisant prendre conscience qu'il ne s'agissait pas d'un viol mais d'une connerie partagée.

Elle voulait le voir plus bas que terre, voilà, il était plus bas que terre, il acceptait même de ne pas se défendre. Qu'elle frappe, qu'on en finisse.
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Message(#) Sujet: Re: Bien fait pour ta gueule ! Mar 1 Fév 2011 - 16:41


Rose & Jed

« Un homme a toujours le droit de se venger, si peu que ce soit ;
la vengeance est bonne pour le caractère ; d'elle naît le pardon. »



Là, face à elle, Jed ne disait plus rien. Surprise qu'il ne la repousse pas, qu'il ne cri pas, Rose relâcha quelque peu la pression sur son col. Elle avait planté son regard dans le sien, mais elle n'y voyait ni colère, ni rage. Il s'était complètement contracté et la fixait, les yeux remplis de détresse. Rose aurait voulu le secouer et lui dire de réagir, de crier, de bouger de faire quelque chose bon sang ! Le voir ainsi la désarmait complètement. Il était difficile d'alimenter sa colère quand l'autre en face en était totalement dépourvu, difficile de se montrer cruel sans culpabiliser ensuite. Oui, là à cet instant elle aurait aimé que les choses dégénèrent. Qu'il lui en veuille de l'avoir trompé comme elle venait de le faire en jouant son petit jeu, qu'il lui dise qu'elle était autant coupable que lui, ce qu'elle aurait nié en lui criant après encore et encore. Mais non, ça ne se passa pas comme ça. Jed restait stoïque, ne cherchant même pas à se dégager de l'emprise qu'elle avait sur lui. Pourtant, il aurait pu et si facilement. Mais il ne le faisait pas, comme s'il acceptait de se faire malmener, comme s'il acceptait qu'elle lui inflige tout et n'importe quoi. Le coupable parfait : son attitude passive avouait tout. Mais le cœur de la jeune fille se tordit douloureusement, n'acceptant pas que les choses se fassent aussi facilement et ne supportant pas de voir la mine de déterré qu'il arborait. C'était trop dur. Elle ne voulait pas se radoucir, elle ne voulait pas être compréhensive. Mais son comportement incitait pourtant à se calmer. Son souffle devint alors de plus en plus régulier, mais elle resserra son étreinte sur lui en agitant nerveusement ses doigts sur son col, ne lâchant toujours pas ses prunelles. Si elle avait su les mots qu'il fallait dire pour le rendre fou, elle l'aurait fait. Le voir aussi mal était insupportable. Elle commençait à s'agiter, perdant patience face à son silence. C'est là qu'il se décida à articuler avec apparemment certaines difficultés : « Tu sais ... » Je sais quoi ? Avait-elle envie de lui hurler. JE SAIS QUOI ? Ses yeux criaient à sa place, elle criait en silence. Elle était si crispée que ses muscles en devenaient douloureux et que sa nuque était endolorie.

A nouveau, un long silence s'installa. Cet échange de regard devenait pesant. Jed semblait se perdre dans des pensées sinueuses, alors que la jeune fille elle, attendait. Elle ne savait même plus ce qu'elle attendait. Cette absence de réaction allait la rendre folle. Elle ne savait plus quoi faire, plus quoi dire face à un tel mutisme. L'insulter ? Le pousser ? Le provoquer ? A quoi bon. Il savait ce qu'elle attendait, il avait parfaitement compris qu'elle savait à présent et qu'elle voulait des explications. Ou du moins, la vérité. Rose ne s'attendait néanmoins pas à ce qu'il endosse toute les responsabilités. Elle pensait qu'il allait se défendre, argumenter. Peut-être était-ce qu'il cherchait d'ailleurs à cet instant. Des excuses. Quelques chose pour la calmer, pour tenter de se faire pardonner. A nouveau sa voix vint briser le silence, alors qu'il semblait bloquer sur les mêmes mots, incapable de dire autre chose. « Tu sais ... » A quoi est-ce qu'il jouait au juste ? Alors que son attitude l'avait quelque peu calmé jusqu'à présent, le fait qu'il ne sache pas dire quoi que ce soit d'autre commençait à l'énerver à nouveau. Elle le dévisageait avec hargne, cherchant à déceler le moindre signe de désinvolture. Mais rien. Juste des remords, de la honte. Elle le voyait, ça crevait les yeux. Mais c'était trop tard maintenant. Le mal avait été fait. Sentant ses émotions se blinder, elle se faisait de moins en moins réceptive face à son ami qui semblait être au bord de l'anéantissement. Plus de pitié, rien. Bien fait, bien fait, BIEN FAIT ! Elle se répétait ça en silence, cherchant à ne pas se laisser submerger par la culpabilité. Après tout, peut-être le faisait-il exprès pour l'amadouer ? Il l'avait bien drogué pour abusé d'elle, alors il pouvait bien chercher à se jouer d'elle à nouveau ? Ces théories étaient plus idiotes les unes que les autres. Mais c'était tout ce qu'elle trouvait pour ne pas céder.

Et puis, enfin, il avoua : « Parce que j'ai mis de la drogue dans ton verre et que je t'ai violée. » Mais l'entendre dire ça, l'entendre prononcer le mot "violée" n'eut pas l'effet qu'elle pensait. Elle s'imaginait se mettre en colère, voir le gifler, se défouler sur elle. Mais en vérité, elle eu la nausée. Elle le lâcha subitement et recula de plusieurs pas, posant sur lui un regard dégouté, presque effrayé. Comme si subitement il s'était transformé en monstre. Elle secoua la tête lentement de droite à gauche et porta sa main sur le bas de sa gorge. Elle aurait pu lui demander pourquoi. Mais elle ne voulait pas l'entendre s'inventer des raisons. Elle ne voulait pas lui donner une chance de se faire pardonner. Elle voulait juste le blâmer, qu'on le montre du doigt, que tout le monde sache qui il était réellement. Elle instaura une distance de plusieurs mètres entre eux, ne détournant toujours pas ses yeux. Pourquoi elle ? En peu de temps, c'était la deuxième fois que ça lui arrivait. Était-elle si naïve et stupide pour qu'on profite d'elle ainsi ? Elle ne comprenait pas. Elle n'avait jamais causé de torts à personne, elle ne se faisait pas remarquer. Alors ou était le problème ? Avait-elle fait quelque chose de travers ? Cherchait-on à la punir de quelque chose ? Elle ne comprenait pas, vraiment pas. Elle finit par reprendre la parole à son tour : « Y a même pas de mots pour te décrire. Y a pas de mots assez fort pour exprimer combien tu me dégoûtes. » Son regard devint alors plus méprisant, la colère refaisant doucement surface. « Tu mérites d'être seul. De finir ta vie tout seul ! T'es... » Elle esquissa une grimace de dégout, ne trouvant pas ses mots. « Les gens doivent savoir qui tu es vraiment. Les gens qui croyaient en toi, comme moi. Ils doivent savoir oui... » Rose pensait notamment à Ella, craignant alors qu'il ne tente la même chose avec elle un jour. Elle devait la mettre en garde. Revenant alors vers lui d'un pas déterminé, la mine fâchée elle lui demanda d'une voix forte et agressive : « C'était bien au moins ? Hein dis moi, t'as pris ton pied ?! » Le regard haineux, elle s'arrêta à quelques centimètres de lui, le défiant de répondre à ça.


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Message(#) Sujet: Re: Bien fait pour ta gueule ! Mar 1 Fév 2011 - 23:36

Lorsque Rose lâcha prise en se reculant de lui comme s'il avait été radioactif, Jed n'en revint pas de tenir encore debout. Il aurait pu jurer que la dernière chose qui lui permettait de rester à la verticale était la main de la jeune femme qui, jusqu'alors, lui tenait fermement le col, mais le fait de ne pas s'écrouler en étant libéré de son emprise et en la voyant se reculer avec un regard de dégout ne le rassura pas, bien au contraire. Non content de se tenir droit, Vargas aurait préféré (et de loin ...) s'écrouler, sombrer, s'évanouir, tout plutôt que d'avoir à affronter l'air méprisant de celle qui une semaine plus tôt était encore son amie. Cet air nauséeux, cette grimace sur son visage, la distance qu'elle instaurait désormais, chaque détail de la situation semblait s'additionner aux autres pour former un tout qui lui arracha le cœur, littéralement. La douleur au niveau de son palpitant était bien là, réelle, concrète, affolante. Elle le torturait, lui donnait l'impression de manquer d'air, d'être enfermé, alors qu'ils se trouvaient dehors et que le vent froid qui balayait le parc amenait tout l'oxygène qu'ils leur fallait pour respirer convenablement. Et pourtant, toute cette douleur qui naissait du dégout qu'il y avait dans la façon dont Rose le regardait n'était rien comparée à la douleur qui allait suivre.

« Y a même pas de mots pour te décrire. Y a pas de mots assez fort pour exprimer combien tu me dégoûtes. » Premier coup. « Tu mérites d'être seul. De finir ta vie tout seul ! T'es ... » Deuxième coup, Jed se sentait fléchir, il savait que le troisième coup lui serait fatal et pourtant il ne bougeait pas. Il ne sentait plus ses jambes, il ne sentait plus rien. Ni le vent, ni le froid, rien. Tout seul avec sa peine, sa détresse et sa douleur, il aurait tout aussi bien pu se trouver dans le désert que cela n'aurait rien changé. C'était fini tout ça, le fait d'avoir mis des mots sur sa faute l'avait définitivement coupé du monde réel. Ne restait plus que l'enfer personnel qui était le sien et qui occultait tout le reste à l'exception de sa capacité à voir le mépris dans les yeux de Rose et d'entendre la haine dans sa voix. « Les gens doivent savoir qui tu es vraiment. Les gens qui croyaient en toi, comme moi. Ils doivent savoir oui ... »

Tenait-il encore debout ? Vraiment ? Si oui, alors il ne savait pas comment. Ça ne devait être que par réflexe, par mécanisme ou par instinct primitif car la volonté, elle, n'y était plus. A cet instant précis, tandis que Rose revenait de nouveau vers l'air plus déterminé que jamais, on pouvait affirmer que Jed Vargas venait de perdre la toute dernière parcelle de volonté qui lui restait. A l'image d'un château de cartes, il sentait les piliers de son esprit s'effondrer les uns à la suite des autres, entrainant l'édifice de son équilibre mentale dans sa chute et le faisant sombrer dans les abysses de la déprime. Une déprime si noire et si dégoulinante de désespoir que le seul point de comparaison envisageable à ce seuil critique était l'état dans lequel l'avait plongé la mort de sa sœur, tout de suite après qu'il l'ait vu sauter du pont à sa place lors du saut à l'élastique qui lui avait été fatal. Mais si Sally avait sauté dans le vide de son plein gré ; aujourd'hui c'était lui qui tombait, précipité dans sa chute par une Rose à laquelle il n'arrivait pas à en vouloir. Et il tombait, et il tombait ... Plus elle se rapprochait de lui, plus il avait l'impression de tomber, de creuser sa tombe, de s'enterrer lui-même.

Enfin, alors qu'il pensait ne plus être capable de rien ressentir tellement son désespoir était grand, il y eut cette question à laquelle il ne s'était pas attendu et qui sembla le gifler comme pour lui faire comprendre qu'il n'avait pas fini de souffrir et qu'on ne le laisserait pas se complaire dans l'état végétatif dans lequel il était en train de sombrer. Son esprit - trop agressé par la douleur - tentait un repli stratégique, quitte à le faire passer pour une coquille vide, mais le regard plein de défit que lui lançait Rose était semblable à un harpon qui l'empêchait de se rétracter. Pris au piège de ses yeux accusateurs, Vargas n'était plus rien d'autre qu'un lapin face aux phares d'une voiture, tout juste bon à se faire écraser sans avoir la présence d'esprit de faire un pas de côté ... Enfermé dans un mutisme qui n'avait plus rien à voir avec la surprise, le choc d'apprendre qu'elle savait tout depuis le début ou la honte, il tentait de réfléchir à la meilleure des réponses à lui fournir sachant qu'il avait pris la décision quelques seconde auparavant d'endosser toutes les accusations qu'elle pourrait lui faire, même les moins justifiées. En définitive, s'il n'y avait pas eu - de la part de l'adolescente - toute cette mise en scène avec pour thème l'amie ignorante, peut-être aurait-il cru bon de chercher à s'expliquer, ne serait-ce que pour tenter de la rassurer en lui disant qu'il n'était pas du tout certain qu'il s'agisse bel et bien d'un viol, mais le fait était qu'il avait lu la haine dans ses yeux et que la simple présence de ce sentiment aussi virulent lui avait fait perdre toute combativité. A quoi bon dire la vérité quand tout, jusqu'au moindre regard qu'elle lui adressait, semblait lui crier de lui dire ce qu'elle voulait entendre ? A quoi bon revenir en arrière et lui avouer qu'il ne se souvenait de rien quand on pouvait lire aussi clairement dans le moindre de ses gestes toute la certitude qu'elle avait qu'il était coupable et rien d'autre ? A quoi bon ? Elle avait raison, il était coupable. Et si ce n'était pas de viol, c'était d'avoir été inconscient et d'avoir glissé cette pilule dans son verre. Aux yeux de Jed, tout revenait du pareil au même : sans pilule, Rose aurait sûrement pu le repousser ou ne pas entrer dans son jeu une fois que lui-même s'était retrouvé complétement déchiré au point de ne se souvenir de rien. Tout était entièrement sa faute. Son invitation, son inconscience, sa drogue, son corps.

Il se dégoutait. Il aurait aimé se faire mal, se frapper lui-même, se détruire, juste pour se libérer de ce sentiment de culpabilité. Et plus Rose le regardait en montrant les dents de manière agressive, plus il il sentait la haine monter contre lui-même et plus il comprenait la jeune femme. Il aurait aimé qu'elle le morde, qu'elle le griffe, qu'elle le tabasse, n'importe quoi qui aurait pu découler sur une libération d'avoir payer sa dette. Or la logique voulait que rien ne puisse réparer un drame pareil, rien du tout. Et ça, même avec le cœur ravagé par la douleur abrutissante, Jed le savait pertinemment ... Alors il se mit à réfléchir sur ce qu'il pouvait faire pour soulager la colère de Rose. Puisqu'il ne pouvait pas trouver grâce à ses propre yeux ni à ceux de son ancienne amie, peut-être pouvait-il au moins lui offrir quelque chose qui l'aiderait à se relever ? La voir si tendue, si colérique, si mal, tout ça le mettait au supplice. Il avait l'impression d'être coupable d'encore plus de choses en se rendant compte que son attitude n'aidait pas Rose à faire le deuil de leur amitié. Désespéré, il la fixa un long moment avant de prendre une énième fois sur lui et de s'enfoncer d'avantage, partant du principe qu'il n'avait de toute façon plus rien à perdre et que - quitte à ne pas s'en remettre - autant tout faire pour Rose, elle, reparte soulagée et confortée dans son idée qu'elle avait raison, qu'il était le dernier des connards de la terre et qu'elle n'avait aucun regrets à avoir.

« Parfait. Pas un cri, j'aurais pas pu rêver mieux. » Inventa-t-il alors, d'une voix mécanique qui n'avait rien à voir avec sa voix habituelle.

Entrer dans le jeu, être le salopard qu'elle le soupçonnait d'être, ne pas se défendre, s'enfoncer avec application pour lui faciliter la tache et - surtout - espérer que tout ce mal qu'il s'infligeait à lui-même aiderait Rose à avoir l'intime conviction qu'elle ne perdait rien, qu'elle n'avait pas à être triste pour un sale type comme lui et que lui cracher au visage avant de tourner les talons était tout ce qu'il y avait de mieux à faire, tout ce qu'il méritait. Et même si l'attitude n'y était pas (parce que jouer la carte de l'arrogance et du mépris qui caractérisent les salauds était au dessus de ses forces), Jed s'appliqua à ravaler ses larmes et à paraitre le plus impassible possible, convaincu que - quoiqu'il arrive - Rose aurait moins de mal à le rayer de sa vie et à se remettre du drame si elle le considérait comme une enflure plutôt que comme un ami qui avait - le temps d'une nuit dont il ne se souvenait même plus - " juste " commis l'erreur de perdre pieds.
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Message(#) Sujet: Re: Bien fait pour ta gueule ! Dim 6 Fév 2011 - 12:15


Rose & Jed

« Un homme a toujours le droit de se venger, si peu que ce soit ;
la vengeance est bonne pour le caractère ; d'elle naît le pardon. »



Elle avait l'impression que tout fonctionnait au ralentis, c'était pesant. Elle était juste un petit signe de sa part, le moindre petit écart pour se mettre en colère. Mais il n'en faisait pas un seul. Tous ses gestes étaient d'un calme sidérant, juste l'expression de son visage trahissait les émotions qui le malmenaient à cet instant. Et dans ses émotions, pas la moindre once de colère. Tant pis pour elle, tant pis. La dernière fois qu'elle avait ressentit une colère aussi dévorante en elle remontait à 6 ans de ça, lorsqu'Aiden était partit, lorsqu'elle avait vu dans son départ un abandon. Il lui avait promit de rester, mais il avait rompu cette promesse quittant la France pour s'envoler vers un avenir meilleur et laissant sa petite sœur derrière lui, dans une famille qui en réalité n'était même pas la sienne. Ou qu'à moitié seulement. Et bien que ses grands-parents l'aient toujours considérée comme leur petite-fille à part entière, elle avait toujours eu cette sensation de n'être que la demi-sœur, la belle-fille etc. Sauf avec Aiden. Il était le seul avec qui cette sensation pesante n'existait pas. Elle avait toujours eu l'impression d'être sa véritable sœur, bien plus que Liam était son jumeau même. Cette relation était véritablement sacrée à ses yeux et après la mort de leur mère, quelque chose de plus fort encore les avait uni. Mais il avait tout brisé. Et aujourd'hui encore elle ressentait cette insupportable sensation de trahison. Aujourd'hui encore une rage douloureuse animait ses gestes et contrôlait ses paroles. Elle le regardait dans les yeux, elle le forçait à faire de même, mais en réalité elle ne savait pas comment elle y parvenait. Elle n'avait pas envie de le voir, de lui parler, de le toucher. Elle aurait voulu lui souhaiter tous les malheurs du monde, elle aurait voulu qu'on lui dise qu'il était mal, qu'il ne faisait que se ressasser sa faute impardonnable. Mais au lieu de ça, elle le fixait de toute sa force, comme si quelque chose allait arriver. Et il avait parfaitement compris qu'il n'avait pas intérêt à se défiler car il ne baisser pas les yeux. Il avait posé ses prunelles dans les siennes, sans se faire arrogant, sans la provoquer. Il la regardait parce qu'elle le voulait, point. Ça n'allait pas plus loin.

« Parfait. Pas un cri, j'aurais pas pu rêver mieux. » Salaud, ordure ! Le visage de la blondinette se tordit de dégoût, choquée par ses propos. Il lui donnait envie de vomir. Elle n'en revenait toujours pas de ce qui arrivait. Et ce fut comme si sa boule de colère venait d'éclater en elle, libérant toutes ses barrières et sa retenue. Balançant violemment son poing sur son torse elle le poussa loin d'elle de toutes ses forces, se souciant bien peu de savoir s'il allait réussir à tenir debout ou non. Il pouvait bien tomber, se blesser, rouler jusque dans l'eau et s'y noyer que ça ne lui ferait ni chaud ni froid. « Tu mériterais que j'te balance aux flics ! Je sais pas ce qui me retient franchement. » Peut-être l'écho de ce qu'on a appelé précédemment la "voix de l'amitié". Oui, sûrement. Car même si en apparence elle semblait en effet le prendre pour le connard qui l'arrangeait, au fond il restait Jed. Jed le gentil, Jed le torturé, Jed le mystérieux. Mais Jed. Pas un enfoiré de première sortit de nul part qui drogue ses amies et qui en profite. Non, celui-là il n'existait pas. Juste une illusion créée par sa douleur, sa peur. Une illusion qui ne semblait pas prête de s'envoler. Elle était là, bien encrée dans l'esprit de Rose sans aucun moyen de fuite ou de dispersion. Prisonnière de la colère de la jeune fille, seul le temps allait peut-être pouvoir arranger ça. Peut-être.

Est-ce qu'elle avait encore envie d'être là ? De le regarder, de lui parler ? Le voir mourir de honte ne lui procurait même plus un effet grisant. Elle voulait s'enfuir loin de lui, oublier l'ami qu'il avait été afin de pouvoir oublier cette trahison qui lui brûlait les veines. L'abcès avait été percé, les choses misent à plat. A présent, ils n'avaient plus rien à se dire. Rose le dévisagea encore quelque seconde avant de lâcher avec mépris : « Dans ma tête y a jamais eu et y a pas de Jed Vargas. J'te connais pas. » Elle balaya l'air de sa main droite, comme si ce geste suffisait à tout effacer. Elle posa sur lui un dernier regard semblable à un "adieu" reculant de quelques pas. Détacher son regard du sien fut bien plus dur que ce qu'elle aurait imaginé. Elle, elle avait pensé se retourner sans remords et rentrer chez elle, oubliant véritablement celui qui n'était plus que "Jed Vargas". Mais son regard trainait, éloignant le plus possible l'instant ou elle perdrait de vue le jeune homme. Mais le moment arriva malgré tout. Son cœur se serra de façon surprenante et se retournant, elle fut surprise de constater qu'en elle la colère ne sévissait plus seule. La tristesse venait s'y fracasser, la désarmant complètement. Une seule question : Pourquoi ? Une question sans réponse et c'était tant mieux peut-être. Peut-être.
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Message(#) Sujet: Re: Bien fait pour ta gueule ! Lun 7 Fév 2011 - 1:44

Titubant sous l'effet du coup de poing et du rejet violent de Rose, Jed recula de plusieurs pas en se courbant légèrement dans une attitude de repli bêtement instinctive, comme si adopter la forme de l'impact avait pu l'aider à avoir moins mal alors que la douleur n'était pas tant physique que mentale et que contre la douleur mentale il n'y avait malheureusement aucune position à adopter pour tenter d'atténuer le mal. C'était psychique, c'était intouchable. Rien n'était pire que la pensée inattaquable pour détruire un homme, il en prenait conscience en se rendant compte que même les coups de celle qui méritait le plus au monde de la frapper n'arrivaient pas à faire taire les blâmes intérieurs provoqués par ses remords et son sentiment de culpabilité. On ne frappe pas une idée. On ne tue pas un remord. On ne peut pas congédier un sentiment. Dès lors que le mal n'est plus physique, comment faire pour s'en débarrasser ? Perdu, Jed garda le silence et releva les yeux vers Rose en faisant abstraction de son âme au supplice pour tenir bon, ne pas craquer et continuer sur la lancée qu'il venait de prendre en mentant et en rentrant dans le rôle du salopard. « Tu mériterais que j'te balance aux flics ! Je sais pas ce qui me retient franchement. » Lui non plus ne savait pas. Il s'était d'ailleurs réveillé plus d'une fois - durant le peu de répit que lui laissaient ses remords pour dormir - en sueur, les larmes aux yeux et la respiration atlante d'avoir rêvé que Rose était venue à apprendre la vérité par il ne savait quel moyen et que - mise au courant - la police procédait à son arrestation pour le trainer en garde à vue.

Passif, muet, prêt à se prendre d'autres coups s'il le fallait, il attendait qu'elle franchisse le cap, qu'elle se lasse de le regarder et que son image s'imprime suffisamment bien sur sa rétine pour qu'elle en vienne à se dire que ce visage qu'elle avait en face d'elle était et resterait à jamais à lui tout seul l'allégorie de ce que pouvaient être le mal, la trahison, la couardise etc. Intérieurement, Jed ne désirait plus qu'une seule chose : qu'elle le déteste autant que lui-même se détestait. Parce qu'il était certain que si elle arrivait à le maudire autant que lui-même se maudissait, alors elle n'aurait plus mal : elle n'aurait plus que du mépris, du dégoût et tous ces sentiments qui, bien que violents, permettent sur le long terme d'oublier et de rayer l'autre de sa vie à tout jamais. « Dans ma tête y a jamais eu et y a pas de Jed Vargas. J'te connais pas. »

Voilà, c'était dit. Et la claque que lui colla la douleur de s'entendre tenir pareil discours n'avait d'égal que le soulagement masochiste de pouvoir se dire - en infime lot de consolation - qu'il serait le seul des deux à ne pas s'en remettre, que sa chute à lui serait profitable à la remontée de la jeune femme. Abattu comme jamais, il la vit hésiter avant de se retourner et de l'abandonner sans un regard en arrière. Seul dans le vent et le silence morbide du parc, Vargas attendit qu'elle disparaisse de son champ de vision pour s'effondrer, enfin. Ses genoux cédèrent sous son poids sans qu'il s'en rende compte et s'égratignèrent sur le gravier du chemin qui bordait le lac. Rattrapé par sa douleur, il engloba son visage de ses mains comme pour cacher sa honte avant de se mettre à pleurer en silence, les épaules secouées par la peine et le désespoir. Et plus il pleurait, plus le vent soufflait, apportant avec lui des nuages aussi noirs que le fil conducteur de ses pensées toutes plus torturées les unes que les autres ...

[...]

Comme si la météo avait senti le drame venir, il se mit à pleuvoir au moment où Jed, après avoir pleurer toutes les larmes de son corps, se releva enfin. Une heure passée à se vider de toute substance émotionnelle sur les graviers avaient ankylosé ses articulations, mais il ne sentait pas la douleur. Creux, anesthésié, suicidaire, il se traina comme dans un rêve jusqu'à la sortie du parc avec en tête une idée radicale, la plus radicale qu'il eut jamais eu en réalité ...
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Message(#) Sujet: Re: Bien fait pour ta gueule !

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Bien fait pour ta gueule !

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