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 Le malheur des uns ; le bonheur des autres.

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Message(#) Sujet: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Mer 23 Mar 2011 - 0:30


SAMEDI 17 MARS Ϟ 23H07


La nuit était noire ce soir là. Aussi noire que la veste en cuire que portait Trent mais certainement pas autant que l'était son état d'esprit au moment où il franchit les portes du Blue Lagoon à la recherche d'une hypothétique minute de bonheur ou - plus réaliste - d'un divertissement éphémère dans lequel se noyer pour oublier à quel point le spleen injustifié l'habitait depuis son réveil (aux alentours de 16 heures). La veille, pour fêter leur aménagement et célébrer le déballage de leur dernier carton, Colt, Dax et lui-même avaient fait la fête, ce qui se revenait à dire qu'ils s'étaient mis tous les voisins à dos en jouant de la musique jusqu'à n'en plus pouvoir, à moitié ivres et complétement indifférents au fait que des êtres humains beaucoup moins expérimentés qu'eux en matière de nuits blanches puissent avoir envie de dormir à 4 heures du matin. Le réveil (difficile, cela va de soi) avait amené avec lui un goût amer que Marshall n'avait pas su identifier et - après avoir tourner encore et encore dans la maison en se montrant désagréable tant envers Dax qu'envers son frère - il avait fini par décider de prendre l'air, ne serait-ce que pour s'assurer de ne pas ternir l'ambiance de la colocation qui avait plutôt bien commencé et qui, si elle venait à se dégrader, risquait fort d'avoir un impact direct sur l'ambiance au sein du groupe qu'il formait avec ses colocs. Des colocs qui, par ailleurs, ne s'étonnaient plus depuis longtemps de ses sautes d'humeur. Au contraire, ces derniers s'étonnaient plus de le voir en forme et souriant que de le voir - comme c'était le cas ce soir - sombre et menaçant.

Indifférent à l'ambiance bon enfant qui habitait les lieux et rendait le bar bruyant, Trent ne dénia pas adapter sa trajectoire rectiligne vers le comptoir en fonction des clients présents sur son passage, ce qui l'amena à bousculer sans s'excuser un certain nombre de jeunes tous plus souriants et bavards que lui. Si bavards à vrai dire que l'un d'entre eux se permit de l'interpeler pour souligner le caractère un poil austère de sa démarche. Pour toute réponse, le jeune homme se vit gratifié d'un regard lourd de menaces qui suffit à lui faire hausser les épaules et s'éloigner, son but premier n'étant de toute évidence pas de chercher la bagarre avec un type aussi visiblement mauvais que Marshall. Une fois que notre rockeur eut pris place au bar, un barman s'enquit de sa commande dont le choix se tourna vers un double whisky sans glace. En attendant qu'on le serve, il pivota sur son tabouret de façon à se retrouver face au reste du bar. La salle (pourtant grande) était bondée, très certainement à cause du jour de la semaine mais aussi grâce aux prix attractifs de la carte. Quant à ce qui relevait de la musique, Trent tendit l'oreille et constata non sans surprise que c'était précisément l'un des morceaux de leur premier album qui passait en sourdine, celui-là même qui avait été élevé au rang de tube grâce à son utilisation dans l'un des derniers films à la mode. Contre toute attente, son visage au regard sombre se renferma d'avantage. Tous ces gens qui riaient, dansaient, discutaient, draguaient sur sa musique ... ça lui donnait la gerbe. En les voyant si heureux, il ne pouvait que repenser à tout le malêtre qui l'habitait le jour où il avait enregistré ce morceau avec les autres membres du groupe. Les accords sauvages et provocants de guitare électrique lui vrillaient les oreilles et le renvoyaient à la façon dont il avait impressionné tout le monde ce jour là, lors de la prise de son. Tout le monde sauf les deux seules personnes présentes dans le studio à le connaître et qui se trouvaient également être ses compagnons de jeu. Des compagnons de jeu qui, sans savoir la noirceur de son âme, savaient mieux que quiconque deviner à quel point la musique qu'il produisait était un exutoire à toutes ses peines et ses névroses. Des compagnons qui, comme lui, bien qu'enchantés de savoir que ce tube leur permettait d'enregistrer un deuxième album, auraient très certainement été à même de comprendre son ressenti, là, tout de suite, tandis que des gens dégoulinant de bonheur s'amusaient sur un morceau résultant de son propre malheur. Car s'il était une chose qu'il ne faisait jamais aussi bien que lorsqu'il était triste, c'était de jouer. Encore et encore, jusqu'à suer à seaux, jusqu'à s'écrouler d'épuisement. Jouer était salvateur, mais voir une armée de connards se gorger du résultat de l'extériorisation de sa douleur comme une éponge se gorge d'eau pour s'hydrater provoquait en lui un étrange sentiment d'injustice. Ce recyclage des sentiments qui jouait en sa défaveur lui donnait envie d'en chopper un - n'importe lequel - et de lui exploser la gueule sans autre raison à donner qu'un trop plein de bien être insultant envers sa personne désespérément terne et rongée par la mélancolie.

Renfrogné, il n'eut toutefois pas l'occasion de mettre son idée à exécution car sa commande lui fut servie. Alors, après avoir tendu un billet de 10$, il s'accouda au bar et se mit à jouer avec son verre. Un verre qu'il avait prévu de boire lentement mais qu'il avala d'une traite, sans prévenir, avant d'en commander un autre. Il fallait qu'il fume. Faisant signe au barman qu'il reviendrait sous peu, il se leva et ressortit presque aussi sec du bar pour s'allumer une clope. Là, adossé au mur le plus proche, il détailla les passants un à un en tentant de s'imaginer leur vie, leur conjoint, leur emploi, leurs enfants peut-être. Et ce mec là-bas, avec la crête, combien de fois s'était-il fait refouler à un entretien d'embauche ? Et cette blonde derrière lui, combien de pipes avait-elle taillé à l'arrière des voitures avant de se dire que tenir la main d'un punk était tellement plus cool que de faire la salope à la sortie des boîtes de nuits ? Est-ce qu'il avait déjà frappé pour elle ? Est-ce qu'elle avait changé pour lui plaire ? Est-ce qu'elle aurait été prête à le quitter pour un rockeur comme lui et, plus important encore, est-ce qu'il aurait pleuré de la voir partir ? Pourquoi pas ? Porté par ses pensées perverses, Trent se moquait bien d'avoir l'air insistant, voire désobligeant, tout comme il se moquait bien d'avoir l'air complétement déconnecté de la réalité.


Dernière édition par Trent J. Marshall le Ven 6 Mai 2011 - 17:08, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Jeu 24 Mar 2011 - 15:36

En quittant Lemon Street, ce soir-là, Maya n’avait rien de précis en tête. Elle voulait prendre l’air, se dégourdir les jambes, faire abstraction de ses dernières lectures – des emails tous plus ennuyeux les uns que les autres. Il y avait des messages de ses parents, qui s’interrogeaient sur l’endroit où elle était. Elle aurait peut-être dû les prévenir, leur préciser sa destination, c’est vrai. Mais elle était partie sur un coup de tête. Elle n’avait pas eu envie de donner des explications. A quoi bon, puisqu’ils ne comprendraient pas ? Il y avait bien longtemps qu’elle avait compris qu’ils étaient trop souvent interloqués par ses choix et réactions. A croire qu’elle était un étrange spécimen qui dépassait tout entendement. Au fond, c’était peut-être ce qu’elle était. Elle n’avait pas de justification pour son départ. Il y avait des circonstances, des causes, mais elle aurait pu les affronter plutôt que de s’en aller – d’autres auraient opté pour le terme fuir mais Maya n’estimait pas fuir. Tout était une question de point de vue, la jeune femme se contrefichait de celui des autres. Elle avait eu un message de son ancien colocataire. Il était furieux, évidemment, qu’elle l’ait délaissé sans préavis. Elle lui enverrait de l’argent, quand elle en aurait, ce qui ne semblait pas être l’une de ses priorités. Finalement, elle se plaisait bien à Ocean Grove. Son quotidien était calme, détendu et le temps souvent clément lui donnait le sentiment d’être en vacances. Elle savait que ce n’était pas fait pour durer, qu’elle ne pourrait pas éternellement loger chez son ami sans participer mais tant qu’un peu de répit lui était offert, elle en profiterait bien. Elle pouvait vaquer à ses occupations, n’avait de compte à rendre à personne. Elle était libre comme l’air. Libre d’aller où elle voulait. Libre d’ignorer les interrogations et les inquiétudes des gens. Ils sauraient bien assez tôt où elle était, quant à savoir pour combien elle resterait là, elle-même n’en avait aucune idée. Elle verrait bien de quoi serait fait demain, pour l’instant, elle avait décidé d’ignorer les appels et de sortir pour apprécier tous les bienfaits de la liberté totale.
Ses pas la menèrent assez naturellement vers le Blue Lagoon Bar. Elle n’avait jamais vraiment fréquenté les endroits branchés mais pour une raison ou l’autre, celui-là lui convenait parfaitement. Peut-être que c’était simplement la consonance qui lui plaisait, elle ne cherchait pas plus loin, laissant son instinct la guider. Il ne lui avait jamais fait défaut jusqu’ici, elle se fiait donc entièrement à ce que son cœur lui disait, quand bien même ses réactions ou opinions faisaient froncer des sourcils. Ce n’était pas avec le consentement, l’assentiment des gens qu’elle aurait une vie agréable. Elle ne se les mettait pas à dos, mais elle ne cherchait pas non plus à se les mettre dans la poche. A vrai dire, elle était même assez indifférente à la plupart des personnes qu’elle rencontrait. Pour la plupart, ils étaient ennuyeux, trop heureux, trop moroses, sans la moindre répartie ou bavard comme des pies. Rien de bien attrayant. Elle préférait de loin l’intelligence bien dissimulée, les répliques piquantes et l’humour noir. Elle se laissait facilement séduire par les comportements difficiles, par les personnalités complexes et par les réactions franches. Toutefois, le mot séduction n’avait peut-être pas la même définition pour Maya que pour d’autres. Certes, elle se laissait approcher, réagissait spontanément et ne dédaignait pas une nuit à l’un ou l’autre prétendant, mais cela n’allait pas plus loin. Elle ne retenait pas leurs prénoms, ne cherchaient pas à les revoir et si elle les revoyait, elle agissait comme s’ils reprenaient la conversation, sans tenter de faire oublier la nuit passée ou de s’y référer. L’amour n’était pourtant pas un terme sans substance pour la jeune femme. Elle savait ce que c’était qu’être amoureuse, mais cela lui était arrivé tellement rarement – deux fois, tout au plus – qu’elle ne se focalisait pas sur un sentiment aussi éphémère et contradictoire. C’était bien plus simple de ne pas chercher plus que ce que l’on avait besoin. C’était bien plus simple de laisser les besoins naturels prendre le dessus et continuer sa route. Au moins, cela avait moins de conséquences, en tout cas.
Elle se laissa engloutir par la foule, se faufila, émergea près du bar et commanda un cocktail, le premier qui lui tomba sous les yeux. C’était un jeu auquel elle s’adonnait souvent : ne pas choisir. Elle prenait au hasard ou commandait la même chose que la personne précédente, au moins elle avait la surprise. La boisson alcoolisée lui fut servie et elle fit glisser un billet sur le comptoir avant d’attraper son verre et d’y tremper les lèvres. C’était un peu trop sucré mais pour le reste, le breuvage avait un goût ensoleillé. La jeune femme se pinça les lèvres et jeta un coup d’œil autour d’elle. Beaucoup de jeunes, d’autres moins jeunes. Elle repéra le regard intéressé d’un homme d’une trentaine d’années et elle l’ignora sciemment. Il n’avait pas le charme nécessaire pour qu’elle s’arrête un instant sur lui. Elle n’était pas venue pour se faire draguer, de toute façon. Si ça avait été le cas, elle se serait habillée différemment mais elle avait opté pour un pantalon noir et un haut gris qui manquait de forme mais qui passait bien avec la veste noire qu’elle portait au-dessus. Le mec qui la reluquait ne pouvait pas avoir remarqué qu’elle ne portait rien sous son t-shirt, si elle avait voulu qu’il le sache, elle aurait agit en conséquences car Maya était loin de jouer la discrétion lorsqu’elle avait envie de passer aux choses sérieuses, le reste du temps, son attitude un peu trop désinvolte pour être féminine diminuait les risques d’être ennuyée. Un nouveau coup d’œil la conforta dans l’idée que si elle ne déguerpissait pas rapidement, elle allait avoir un pot de colle sur le dos, chose qu’elle voulait à tous prix éviter. Mais une silhouette, bien plus charismatique, attira le regard noisette de la jeune femme. Son attention d’abord distraite fut automatiquement concentrée sur le garçon, si bien que l’inconnu passa rapidement aux oubliettes. Elle n’eut aucun mal à reconnaitre le jeune homme à la veste en cuir. Elle l’avait déjà vu, elle n’aurait pas oublié un visage aussi marquant. Il n’était pas extrêmement beau – en tout cas, dans l’image de la beauté que se faisait Maya – mais il avait pour lui des traits déterminés, un regard franc, une chevelure bouclée. Il semblait seul mais il se pouvait qu’il attende quelqu’un. Il semblait de mauvais poil, c’est ce qui anima le visage de Maya. Un sourire se dessina sur ses lèvres et quand elle vit que l’homme qui la zyeutait depuis cinq minutes se mit à sourire, lui aussi, elle comprit qu’il s’imaginait qu’il était pour lui. Aussitôt, l’esquisse de sourire s’évapora et elle lui jeta un regard indifférent avant de se fondre dans la foule. Elle préféra sortir plutôt que de risquer de se faire harceler. Elle n’avait aucune envie d’être forcée d’envoyer paitre le prétendant éméché, elle n’en avait pas l’énergie ce soir.
L’air frais lui fouetta le visage au moment où elle mit le pied dehors. Durant un bref instant, une sensation nauséeuse lui tarauda l’estomac mais disparut bien vite. Elle aurait mieux fait d’avaler un morceau avant de se mettre à boire de l’alcool sur un ventre vide mais puisqu’elle n’avait rien sous la main, elle se dit qu’une cigarette ferait bien l’affaire. S’éloignant de l’entrée grouillante du bar, elle fouilla ses poches et alla s’installer sur un muret, non loin de là, où elle put poser son verre. La cigarette coincée entre les lèvres, elle tâtonna les poches de sa veste puis entreprit la fouille systématique de son sac à main, à la recherche de son briquet. Sa recherche fut vaine et elle soupira, levant les yeux pour guetter un autre fumeur pour lui emprunter du feu lorsque la silhouette aperçue plus tôt lui apparut. Il était adossé au mur, à deux mètres de sa cachette et il observait les gens qui passaient. Il était tellement concentré que Maya eut tout le loisir de le détailler. Après avoir contenté sa curiosité, elle attrapa sa cigarette et s’exclama, la voix claire pour le tirer de sa contemplation :

« Belle nuit, n’est-ce pas ? » Elle ne le quitta pas du regard, attendant de voir s’il allait sortir du flot de pensées qui plissaient son front et lui donnaient des airs de tueurs et ajouta : « Du feu ne serait pas de refus… »

Elle leva la main, brandissant sa cigarette éteinte et esquissant un sourire faussement déconfit.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Ven 25 Mar 2011 - 5:14

« Belle nuit, n’est-ce pas ? » Un battement de cil, puis deux, puis trois ... Trent s'extirpa du film glauque dans lequel son imagination l'avait projeté afin de mieux reporter son attention sur un point beaucoup plus proche que celui qu'il fixait précédemment. « Du feu ne serait pas de refus … » Là, juste à côté de lui, se trouvait une gonzesse qu'il catégorisa d'emblée comme faisant partie de cette caste de nanas capables de faire faire la roue à un chat de gouttière à la seule force de leur culot et de leur force de persuasion. Ce genre de filles qui se moquent de vous comme du reste, qui rient fort et qui font souvent preuve d'un sans gêne peu commun. Tout ça en un seul regard de biais qui - bien que lui ayant permis de s'embourber dans des préjugés idiots - ne lui permit en revanche pas de la reconnaître sur le champ. Sombre, il plongea la main dans sa poche et lui lança son briquet plutôt que de s'encombrer de la tache de tendre le bras pour allumer sa cigarette. « Nuit de merde. De rien. » Lâcha-t-il en accompagnement, loin de l'image avenante et cool que son frère laissait dans les mémoires et qui prêtait souvent à confusion quand on avait le malheur de le confondre avec Colt.

Froid et observateur, comme à son habitude, il la regarda incendier l'extrémité de sa mort en barre pour finir par se dire que ce visage lui rappelait effectivement quelque chose. Intrigué, il profita de n'en n'être qu'à son premier verre de whisky pour tenter de la restituer et, bizarrement, la chose ne prit pas plus d'une seconde ou deux. Pensif, il se souvint alors d'un soir de concert où, dans la fosse, la coupe à la garçonne de cette fille apparemment plus concentrée sur la musique que sur eux (Colt et lui ayant à payer cher la rançon de la gloire en terme de groupies assoiffées de fantasmes sur la gémellité ...) l'avait interpelé. Il avait croisé son regard, plus d'une fois même, car il se souvint également de l'avoir repérée un autre soir, dans une autre salle, toujours avec cette attitude foncièrement différente de celle des fans qui - comme elle - se trouvaient assez proches du premier rang pour qu'il puisse retenir leur visage. Plus de doutes à avoir, s'il l'avait reconnue c'est qu'elle aussi savait qui il était. Et pourtant, pas de cris hystériques à l'idée de pouvoir toucher un objet qu'il venait de sortir de sa poche ... Il fallait bien reconnaître que cette attitude on ne peut plus normale lui plaisait, d'autant plus qu'elle était amenée à se faire de plus en plus rare avec le temps si - par chance (ou par malheur ?) -
Dopamine gagnait encore en notoriété (rendant, de ce fait, les visages des membres qui composaient le groupe de moins en moins anonymes).

« C'est une obsession ? Je vais finir par croire que tu me suis ... » Expira-t-il alors en même temps qu'un panache de fumée toxique qui s'éleva dans les airs avant de se disparaître. Attentif, il guettait le moindre signe de faiblesse, la moindre expression mal camouflée ou quoique ce soit d'autre qui aurait pu laisser croire à un trouble quelconque car - contrairement à Dax et Colt qui avaient vite intégré l'idée que de parfait(e)s inconnu(e)s puissent les aimer principalement grâce / à cause (rayez la mention inutile) de leur musique (ou parfois juste en se basant sur leur look ou leur physique) - Trent peinait toujours à croire à la connerie magie du fanatisme. Par ailleurs, le fait qu'il ait ressenti chez cette fille quelque chose qui l'ait incité à faire la comparaison dissonante avec le comportement des autres spectateurs de la fosse le poussait à se méfier, lui qui - par principe - se méfiait déjà de beaucoup de choses et des femmes tout particulièrement. « A moins que tu ne me prennes pour mon frère ... Dans ce cas, sache que je prendrai un plaisir non dissimulé à te voir douter de mon identité ... » Supposa-t-il, habitué à ce que cette éventualité s'impose d'elle-même à son esprit après 25 ans de confusions, de quiproquos et de dialogues de sourds avec des personnes persuadées de s'adresser à Colt plutôt qu'à lui. En revanche, même si la plupart du temps il coupait court à tout malaise en envoyant chier le bavard et en signant son crime d'un T qui voulait dire Trent, il ne mentait pas ici en disant qu'il prendrait plaisir à la voir ramer si tel s'avérerait être le cas. Désinvolte, il voyait cette épreuve incontournable de sa vie de jumeau comme une manière de tester les capacités de cette nana à l'aura si particulière et - avouons-le tout net - intrigante.


Dernière édition par Trent J. Marshall le Mer 13 Avr 2011 - 0:02, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Sam 26 Mar 2011 - 11:46

Elle n’avait pas parlé fort, s’était simplement assurée qu’elle parlait distinctement et à une personne en particulier et cela avait eu l’effet escompté. Il avait mis quelques secondes à réagir – Dieu sait à quoi il pensait avant qu’elle n’intervienne – mais il avait finalement tourné la tête et elle avait gardé son masque patient, attendant qu’il daigne réagir, que ce soit pour accéder à sa demande ou l’ignorer royalement. Qu’il fasse l’un ou l’autre lui importait peu, même si la deuxième option pouvait s’avérer vexante. Ce ne serait pas la première fois qu’elle essuierait une indifférence totale et, avec lui, elle y était préparée, vu qu’il n’avait pas l’air très enclin à la discussion. Il sembla la jauger rapidement, sans vraiment sembler méfiant. Elle aurait été ravie de savoir ce qui lui traversait l’esprit, là, tout de suite, mais elle n’irait pas le lui demander. Ce serait lui donner un peu trop de crédit. Après tout, ce n’était pas avec ce qu’elle avait vu sur scène qu’elle pouvait réellement le juger – même s’il semblait plutôt entier. À ce qu’elle avait pu voir sur scène, il semblait plutôt sombre, loin d’apprécier les cris et les appels hystériques de la foule. Contrairement à son double qui semblait prendre son pied, à s’abreuver de ces exhortations, ces larmes de joie et l’intensité du moment. Maya ne pouvait pas vraiment comprendre, elle était de l’autre côté de la frontière, elle était noyée dans cette excitation, mais c’était comme si rien ne la pénétrait, elle était dans la fosse, parfois bousculée mais insensible à cette liesse exagérée. Elle n’avait jamais compris ce besoin qu’avaient les adolescentes – même quand elle avait leur âge – de s’époumoner ainsi pour des êtres qui ne les remarquent pas, qui ne voient qu’une foule.
Il finit par réagir, enfonçant sa main dans la poche de son pantalon avant de lancer son briquet à Maya, sans plus de cérémonies que s’il avait s’agit de l’un de ses potes. Elle le réceptionna quand il atterrit sur elle, n’ayant pas vraiment eu le réflexe de l’attraper au vol et batailla quelques secondes pour faire jaillir la flamme. Elle entendit sa réponse, froide, concise et tira sur sa cigarette quand son extrémité commença à rougeoyer. Elle expira ensuite, indifférente au fait qu’il la détaillait. Elle l’avait bien fait un moment plus tôt, à la différence qu’il était trop absorbé par sa contemplation pour la remarquer. Elle releva la tête, croisa son regard sérieux et se demanda s’il se rappelait seulement l’avoir vue. Elle avait assisté à plusieurs de leurs performances, elle avait même croisé son regard, elle en était pratiquement certaine bien qu’elle ne l’admettrait pas. Il regardait peut-être la fille à côté d’elle ou derrière elle. En tous cas, elle l’avait fixé à chaque fois tout au long des chansons. Les deux autres n’étaient que des fantômes et si elle se rappelait de l’autre garçon, c’était simplement parce qu’il était le portrait craché de celui-ci. Quant à la fille, elle aurait été incapable de la restituer. Le musicien dégageait quelque chose d’indéniable, quelque chose qui l’avait rendue incapable de s’intéresser ne serait-ce que cinq minutes au groupe entier.
« C’est une obsession ? Je vais finir par croire que tu me suis… » Alors comme ça il l’avait reconnue. Un sourire en coin se dessina sur les lèvres de Maya. Il est vrai qu’elle avait été là à plusieurs reprises, et qu’elle ne s’était pas gênée pour venir le plus près possible, se mêlant aux jeunes femmes passionnées par les membres du groupe. Elle se rappelait avoir entendu certaines se passer les derniers potins, parler de détails privés qu’elles n’étaient pas censées connaitre mais la célébrité était ainsi, elle ôtait tout privilège à un semblant de paix, la rançon de la gloire portait bien son nom. « A moins que tu ne me prennes pour mon frère. Dans ce cas, sache que je prendrai un plaisir non dissimulé à te voir douter de mon identité. » Pour toute réponse, elle émit un petit rire et haussa les épaules. Elle lui rendit son briquet, de la même façon qu’il le lui avait lancé et répliqua :

« Je ne vais pas mentir, si je devais me baser uniquement sur votre physique, j’aurais du mal à vous discerner. En dehors de ça, je pense pouvoir faire la différence. » Elle attrapa son verre et but une gorgée avant d’ajouter : « Pour ce que j’ai pu en voir, ton frère m’a l’air épuisant. Il est trop excité, trop expansif. » Elle laissa passer un moment de silence puis ajouta, regardant franchement le musicien en laissant échapper des mots sincères, qui pourraient passer pour une technique de drague mais qui ne l’étaient pas. « Pourtant malgré son énergie et sa présence sur scène, je ne me souviendrais même pas de lui s’il n’était pas ta copie conforme. »

Elle tira une nouvelle fois sur sa cigarette et souffla entre ses lèvres qui formaient un « O » comme si elle tentait de manier la forme de son exhalation.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Dim 27 Mar 2011 - 6:01

Après avoir intercepté le briquet au vol, Trent lui fit regagner sa place initiale - dans sa poche - sous le rire fluet de la demoiselle tout en prêtant l'oreille à sa réplique. S'il était vrai qu'il était d'une condescendance rare et que la moindre faille chez autrui provoquait bien souvent chez lui le début d'une vague de mépris, ce ne fut pas le cas lorsqu'elle lui avoua que d'un point de vue physique elle se reconnaissait bien incapable de le distinguer de son frère. Réaliste, il avait appris à ne pas blâmer les gens pour ça ; tout d'abord parce qu'il n'y avait que leur mère qui parvenait à ne jamais les confondre, mais aussi parce qu'ils étaient les premiers à en jouer en brouillant les pistes et que reprocher aux gens d'être dupes aurait été peut-être un peu trop culotté, même pour lui qui ne se formalisait généralement pas de savoir si oui ou non il poussait le bouchon trop loin. En revanche, le fait qu'elle lui dise penser s'en tirer à bon compte sur tout ce qui ne relevait pas de la ressemblance physique le fit tiquer imperceptiblement. Curieux, il fronça très légèrement les sourcils et la détailla encore une fois tandis qu'elle s'emparait de son verre. « Pour ce que j’ai pu en voir, ton frère m’a l’air épuisant. Il est trop excité, trop expansif. » Pour toute réponse, Trent se contenta d'un soupire mi amusé, mi blasé qui - à lui tout seul - en disait bien plus long que le plus grand des discours. En effet, Colt était plus excité qu'une pile, particulièrement sur scène, soit dans la situation où elle avait du le plus souvent être amenée à les comparer. Hyperactif, stimulé par les cris, les " je t'aime " et les bras tendus, son double s'avérait être un bien meilleur showman que lui. Trent ne s'en cachait pas, mieux, il l'assumait totalement. Les cris l'agaçaient, les " je t'aime " sonnaient faux à ses oreilles et les bras lui semblaient toujours intéressés, ce qui l'amenait à refuser de se plier à ce jeu hypocrite, d'autant plus qu'il estimait ne pas avoir besoin qu'on l'adule pour se draper d'orgueil et d'insolence comme il savait si bien le faire avant même que Dopamine ne gagne en renommée. En fait, quelque part, c'était très certainement l'idée de ne pas être maître des émotions qu'il provoquait chez ses " fans " qui l'agaçait le plus. Ne pas avoir de rapport au cas par cas, ne pas connaître les gens, ne pas sonder leurs ressentis profonds vis à vis de lui et de ce qu'il représentait à leurs yeux ... Ça ne lui suffisait pas. Il ne pouvait pas apprécier ça, il ne pouvait pas se complaire dans cet amour sans saveur et dispensé par des gens qui ne le connaissaient pas suffisamment pour légitimer l'offrande.

« Pourtant malgré son énergie et sa présence sur scène, je ne me souviendrais même pas de lui s’il n’était pas ta copie conforme. » Les sourcils de plus en plus froncés (parce que, même s'il déplorait que l'amour offert par les fans ne fut basé sur rien, cela ne l'empêchait pas d'être archi-réfractaire à l'approche et à l'acceptation des autres dans sa bulle personnelle) il tira machinalement sur sa cigarette et expira un nouveau panache de fumée avant de s'apercevoir, troublé, qu'elle avait la même façon que lui de former un " O " avec ses lèvres et que - à peu de choses près - leur gestuelle relative au " clopage " était la même. « Il faut croire que c'est le manque d'extériorisation qui attire nos attentions alors ... » Répondit-il en taclant le filtre de sa cigarette du bout du pouce afin de faire tomber les cendres à son extrémité tout en insinuant clairement qu'il l'avait repérée dans la foule pour les mêmes raisons qui faisaient qu'elle le comparait à son frère à cet instant précis. « T'étais pas très vive toi non plus ... C'est tout l'effet que je te fais ?»

Soudain, en s'entendant parler et en prenant conscience de la portée de ses mots, Trent brula d'une envie secrète de savoir pourquoi elle n'était pas à mettre dans la même catégorie que la majorité des autres spectateurs de leurs concerts au même titre que lui n'était pas à mettre dans la catégorie qui regroupait Colt et Dax, les deux bêtes de scène du groupe, les deux éléments les plus réceptifs et les plus partageurs contrairement à lui qui préférait jouir d'un plaisir égoïste et solitaire. Fallait-il en conclure qu'elle était tout aussi solitaire et égoïste que lui ?
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Dim 27 Mar 2011 - 16:15

Un sourire étira les lèvres de Maya à la réflexion du musicien. Il était vrai qu’elle aurait pu se montrer plus expansive, s’époumoner comme ses voisines, sortir de la salle en sueur et épuisée. Mais les émotions de Maya ne se traduisaient pas par l’intermédiaire de réactions fulgurantes ou exagérées. C’était ses actions qui définissaient entièrement ce qu’elle était, ce qu’elle pensait, des actions sobres mais ciblées. Elle était rarement vague sur ses intentions. Elle ne voyait pas l’intérêt à jouer les mystérieuses, même si c’est parfois l’image qu’elle donnait, à force de garder pour elle ses pensées et ses opinions. Elle ne partageait pas grand-chose, on pouvait donc en déduire qu’elle était égoïste, ou égocentrique et peut-être que c’est ce qu’elle était, au final. Elle n’avait pas besoin des autres, ni de leur approbation, ni de leur reconnaissance. En ce sens, elle devait certainement avoir plus en commun avec le membre de Dopamine qu’il n’y paraissait.
Elle ne s’était pas attendue à ce que la conversation prenne cette tournure. Tout d’abord parce qu’elle n’avait pas su dire s’il daignerait lui parler ou s’il l’enverrait sur les roses d’une remarque déplaisante, et ensuite parce qu’elle n’attendait pas vraiment quelque chose de précis de cette rencontre. Elle avait été piquée par la curiosité, ça ne faisait aucun doute, elle avait été comme hypnotisée par l’attitude de ce garçon, si contraire à ce que l’on aurait pu attendre d’un jeune homme en pleine ascension, mais elle n’avait pas mis davantage de poids à leur discussion qu’elle ne l’aurait fait avec quelqu’un d’autre et pourtant, voilà qu’elle découvrait qu’ils étaient sur la même longueur d’onde, qu’ils avaient chacun noté la présence de l’autre, alors que rien ne prédestinait à ce que ce soit réciproque – comment aurait-elle pu s’imaginer une seule seconde, en effet, qu’il la remarquerait, elle qui n’était pas vraiment du genre à faire attention à sa tenue ou à la tête qu’elle avait en sortant de chez elle, elle qui était noyée dans une foule d’adolescentes en délire. Mais elle ne put se mentir à elle-même : elle était flattée qu’il ait gardé son visage en mémoire, que ce soit pour une bonne ou une mauvaise raison. Cela rendait leur échange bien plus facile.
Elle conclut à son soupir qu’elle avait visé plutôt juste. Elle ne prétendait pas lire en eux comme dans des livres ouverts, il se pouvait, en plus, que leur attitude sur scène soit très différente de leur comportement dans la vie de tous les jours mais elle n’avait pu s’empêcher de faire la comparaison entre les jumeaux, et elle en avait déduit qu’une telle différence ne pouvait être le fruit de la scène, il devait certainement y avoir du vrai dans la réalité. Peut-être pas au point de ce qu’ils démontraient lors de leurs performances, mais il devait y avoir une base quelque part, ou elle ne se l’expliquait pas. Encore qu’elle connaissait des gens qui lui auraient répondu que les gens réagissaient tous différemment au stress et que c’était peut-être là l’explication. Peu importait, de toute manière, elle avait devant elle le spécimen dans toute sa splendeur, dans toute sa spontanéité, et il était très proche du musicien qu’elle avait vu sur scène.
Elle l’observa alors qu’il faisait habilement tomber l’excès de cendres de sa cigarette avant d’ajouter : « t’étais pas très vive, toi non plus. C’est tout l’effet que je te fais ? » Elle plissa légèrement les paupières, comme si elle tâchait de savoir ce qui se passait dans sa tête. Elle ne craignait pas vraiment l’issue de cette conversation, elle se demandait par contre s’il cherchait à la tester ou s’il s’était suffisamment détendu que pour comprendre qu’elle ne cherchait rien d’autre qu’un compagnon de bavardage, et qu’il semblait être la personne toute indiquée. Il n’avait fallu qu’un bref échange pour qu’elle réalise qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas croisé quelqu’un avec qui parler ainsi semblait si simple, sans qu’on se méfie de son ton parfois cynique, sans qu’on la jauge en se demandant ce qu’elle cherchait exactement. En tout cas, s’il éprouvait ce genre de doutes, il le dissimulait bien car cette sensation d’être sur la même longueur d’onde, Maya l’avait presque oubliée.

« Peut-être que si les cris et les larmes assuraient davantage que de la gratitude, j’opterais pour ce genre de démonstration. Mais à ma connaissance, ça n’a jamais été très valorisant de passer pour une groupie. » Sur ce point-là, elle était volontairement mauvaise. Toutes les adolescentes n’étaient pas des groupies, toutes n’avaient pas pour seul but d’embrasser – ou plus – leur idole, mais quand on voyait la masse compacte agir d’une seule et même voix, il était difficile de faire la part des choses. « Pour ma part, je préfère l’action aux paroles. On en retire davantage. »

Elle s’installa plus confortablement, se tournant légèrement pour s’adosser au muret et croiser les jambes en tailleur. Elle cala son verre dans le creux formé par ses jambes, afin d’éviter de le casser dans un moment d’inattention.

« La preuve : combien de ces sirènes hurlantes ont obtenu tes faveurs depuis vos débuts sur scène ? Je serais prête à parier qu’elles se comptent sur les doigts d’une main, s’il y en a seulement eu, d’ailleurs. Je n’ai rien fait de spécial et cela fait cinq minutes qu’on discute, j’y gagne, non ? »
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Dim 27 Mar 2011 - 23:50

« Peut-être que si les cris et les larmes assuraient davantage que de la gratitude, j’opterais pour ce genre de démonstration. Mais à ma connaissance, ça n’a jamais été très valorisant de passer pour une groupie ... Pour ma part, je préfère l’action aux paroles. On en retire davantage. » Attends attends ! Eut-il envie de lui dire sans pour autant s'y résigner, préférant - et de loin - garder pour lui le doute étrange qui, à ses yeux, planait désormais sur la conversation et qui lui faisait se demander s'il y avait un lien quelconque à faire entre sa question volontairement déstabilisante et le fait qu'elle lui parle de la recherche de quelque chose de supérieur à la gratitude qu'apportaient prétendument les cris et autres manifestations de groupies incontrôlables. Interdit et silencieux, il laissa son regard pénétrant détailler le visage de la jeune femme à travers les veloutes du fumées qui les séparaient tout en cherchant les liens et en créant les racourcis pour mieux les effacer tout de suite après afin d'en essayer d'autres, tout ça en s'aidant du peu de souvenirs qu'il avait d'elle et de son comportement lors de ses concerts. Sur le coup, il se mit presque à croire qu'elle ne lui parlait pas qu'en terme général et que cette révélation sur sa manière de s'y prendre pour manifester ses ressentis était une façon plus où moins abstraite de laisser sous-entendre qu'elle attendait quelque chose de lui ou que, tout du moins, elle s'était fixé un but autrement plus conséquent que celui de simplement lui parler pour la forme ... D'ailleurs, les propos qui suivirent ne firent que le perdre d'avantage et si - au départ - il s'était senti relativement en phase avec la façon de faire de cette fille, il devait bien avouer qu'il était désormais un peu plus septique quant à ses intentions réelles. Cette étrange hésitation lui donnait l'impression de se trouver face à un miroir particulièrement doué pour ne renvoyer que des images vides de sens. Cela dit - et parce qu'à ce niveau de conversation il ne s'estimait pas encore assez renseigné pour se faire un jugement fiable - il préféra l'imiter en s'asseyant face à elle et en croisant les jambes lui aussi plutôt que de partir sur ce sentiment d'incompréhension.

Pensif et indifférent aux regards des fêtards qui rodaient autour du bar et qui devaient très certainement les prendre pour deux ovnis à s'asseoir de la sorte sur le trottoir, il coinça sa cigarette au coin de ses lèvres et s'ébouriffa les cheveux des deux mains (comme à chaque fois qu'il réfléchissait, tout comme Colt le faisait lorsqu'il se trouvait face à un casse-tête). « Je suis sensé te répondre que oui ? Mais qu'est ce que tu gagnes au final ? Le " privilège " de mes réponses ? " Mes faveurs " ? ... Ou juste la satisfaction personnelle et toute aussi puérile que celle de n'importe quelle groupie de te dire que je te parle à toi et pas aux autres ? » Louchant sur sa clope qui touchait à sa fin, il en tira une dernière taffe, cessa de se mélanger les cheveux et l'écrasa sur le pavé. « C'est à toi de me dire si c'est du temps de gagner ou du temps de perdu, pas à moi. »

A son tour d'insinuer des choses et de faire planer les doubles sens au dessus de la conversation. Alors, en vaut ou n'en vaut pas la peine ? Mieux de près ou de loin ? Plus intéressant que son frère ... ou pas ? Et la finalité des choses dans tout ça ? Pouvait-on se prévaloir de préférer les actes aux cris et autres stupidités d'adolescente tout en sachant parler pour ne rien dire à quelqu'un qu'on ne connaissait pas ? Le désintérêt pouvait-il réellement exister dès lors qu'on faisait la démarche d'aller vers l'autre ? Au fond, elle était parfaitement absurde cette expression de " parler pour ne rien dire ". Bien sûr qu'on parlait pour dire ! Et si l'on parlait nécessairement pour dire quelque chose, alors comment ne pas émettre l'hypothèse qu'il puisse aussi y avoir une raison au fait de parler à " quelqu'un " plutôt qu'à soi-même ? Pourquoi lui ? Pourquoi pas le punk là-bas, avec sa pouffiasse peroxydée ? Tellement de questions qu'il se posait à chaque fois et auxquelles les gens, mal à l'aise, préféraient ne pas répondre la plupart du temps en s'en allant et en l'enfonçant de ce fait toujours plus dans sa conviction que les mots n'étaient qu'un poison destiné à cacher la vraie nature des choses.

« Mais pour savoir si le temps est gagné ou perdu il faut nécessairement qu'il y ait eu une ambition derrière n'est ce pas ? » Murmura-t-il en laissant son regard dévier sur l'entrée du bar. « On rentabilise en gagnant ce que l'on espérait, on est déçu et l'on a perdu son temps lorsque ce n'est pas le cas ... »


Dernière édition par Trent J. Marshall le Mer 30 Mar 2011 - 15:34, édité 3 fois
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Mar 29 Mar 2011 - 18:56

Si elle était parvenue à rester en dehors du sentier battu, il était évident que, tôt ou tard, elle serait bien forcée d’emprunter le sentier de sa méfiance. Il ne pouvait pas arborer un tel air distant et être soudainement accessible, simplement parce qu’elle lui avait demandé du feu. Mais tant mieux, le but n’était pas que ce soit trop facile. Elle aimait la difficulté, c’était bien pour ça que son attention avait été attirée par l’aura particulière de ce musicien, malgré le mur de glace qu’il instaurait entre lui et le monde extérieur. Elle jaugea sa réaction. Ce n’était pas catastrophique, il n’allait pas soudainement s’en aller en la laissant en plan, parce qu’il pensait avoir découvert son jeu – puisque jeu il n’y avait pas, pas réellement en tout cas. Pas un jeu de séduction, aux yeux de la jeune femme, juste un jeu verbal, où on teste l’autre, ses limites, pour essayer de cerner sa personnalité, aussi bien qu’on peut la cerner en une poignée de minutes.
Maya ne se serait jamais qualifiée de séductrice même si son sourire mystérieux et son regard inquisiteur pouvaient laisser planer le doute. Elle ne s’apprêtait pas pour attirer le regard, privilégiant le confort au style. La preuve, elle avait revêtu quelque chose de simple, plutôt que de chercher pour une robe qui dévoilerait ses jambes et un décolleté qui révélerait davantage que permis. De toute manière, elle ne pensait même pas avoir une robe de ce genre. Les seules qu’elle possédait étaient plutôt informes, avec des poches ou des motifs excentriques. Qui attirent l’œil, certes, mais pas pour les mêmes raisons que les autres. Pourtant, être observée, détaillée, analysée, ne l’avait jamais dérangée. Elle laissait les regards la caresser et attendait, fixant elle aussi son interlocuteur. Il n’y avait, selon elle, plus révélateur que ces moments silencieux pendant lesquels les fenêtres de l’âme s’ouvraient sur l’autre.
Quand il s’installa près d’elle, imitant sa position, un sourire arqua ses lèvres. Elle ne cacha pas sa satisfaction à le voir s’asseoir, rester, creuser la situation pour l’éclaircir, plus que de s’en aller en se disant qu’elle avait simplement manœuvré différemment mais qu’elle attendait la même chose des autres. Elle observa ses faits et gestes, les imprimant dans son esprit, comme elle avait toujours eu l’habitude de le faire. C’est ce qui rendait ses croquis plus réels, plus intenses. Elle ne se contenait pas de reproduire ce qu’elle voyait, elle observait, s’imprégnait de l’autre comme si elle cherchait à pouvoir le voir, même quand il ne serait plus là. Elle étudia son attitude. Il semblait perplexe, un peu méfiant, mais pas au point de se refermer complètement. C’était bon signe. Elle n’avait jamais douté qu’il s’agissait d’un caractère intéressant, de pénétrant, de profond. Tout en lui le révélait, le tout était de savoir comment arriver à parvenir à découvrir un peu de cette force, de cette intelligence.
« Je suis censé te répondre que oui ? Mais qu’est-ce que tu y gagnes au final ? » Ce qu’elle y gagnait, c’était simplement de le découvrir. Elle garda pourtant le silence. Parfois il était plus éloquent que n’importe quel discours. « Le privilège de mes réponses ? Mes faveurs ? » Elle ne se vexa pas de sa réflexion. Elle comprenait son désarroi, elle avait l’habitude d’être mal comprise, d’être l’objet de la méfiance. Son simple sourire inspirait parfois des regards courroucés, parce qu’on s’imaginait qu’elle se foutait de la gueule du monde. Et elle aurait pu, si elle y avait trouvé un certain plaisir. Mais elle n’avait jamais éprouvé d’amusement à se moquer d’autrui. Il semblait avoir fini, avait-il renvoyé la balle dans son camp ? Elle prit le temps de réfléchir. Non pas pour trouver ce qu’il voulait entendre ou le rassurer mais parce qu’elle ne voyait pas l’intérêt de se précipiter. Sa question était valable, il méritait une réponse semblable. Elle trempa son index dans le liquide coloré et le porta à sa bouche, le suçotant distraitement avant de hausser les épaules. Elle n’eut pas vraiment le temps de répondre, il continuait, visiblement bien lancé dans sa méfiance. « Mais pour savoir si le temps est gagné ou perdu, il faut nécessairement qu’il y ait eu une ambition derrière, n’est-ce pas ? » Est-ce qu’il s’adressait encore à elle ? Il semblait davantage se parler à lui-même. Faisait-il référence à une expérience personnelle ? Elle n’irait certainement pas l’aider. Elle le laissa à ses rêveries pendant un instant puis répondit, en le fixant :

« Evidemment, si je te parle, c’est que j’en ai envie. Je ne m’amuse pas à parler au premier venu, cela ne m’intéresse pas. Après, c’est sûr que si j’ai eu envie de te parler, c’est parce que je t’ai vu sur scène, sinon tu ne serais qu’un gars dans la foule, pourquoi mon regard s’arrêterait sur toi plutôt qu’un autre si tu ne fais rien de spécial ? » Elle marqua une pause et essuya son doigt humide contre son pantalon. « Mais au-delà de ça, je n’attends rien de ta part qu’une conversation intéressante. Je n’ai pas planifié de venir ici pour te voir. Je suis venue pour me détendre et il s’est avéré que tu avais choisi le même bar. Tant mieux pour moi, c’est tout ce que je peux dire. » D’une main, elle fouilla les poches de sa petite veste et en extrait son paquet de cigarettes, qu’elle tendit au jeune homme, lui en proposant une vu qu’il venait d’écraser la sienne. « Après, si tu devais avoir envie d’aller plus loin, je ne dirais pas non, mais là encore, ce n’est pas parce que tu souffres sur scène que j’accepterais mais parce que tu as piqué ma curiosité. »

Elle était franche, pouvait passer pour la dernière des marie-couche-toi-là mais comme elle se contrefichait de l’avis des gens, elle ne serait pas mal à l’aise, même s’il lui faisait savoir que ça ne l’intéressait pas du tout, elle ne s’en formaliserait pas. Il faudrait bien davantage pour bouleverser une personne aussi désinvolte que l’était Maya. Au moins il saurait à quel genre de personnage il avait affaire, qu'il fuie si ça l'enchantait. Mais ce serait quand même mieux s'il restait, parce que la conversation amusait beaucoup la jeune femme.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Mer 30 Mar 2011 - 17:31

« Évidemment, si je te parle, c’est que j’en ai envie. Je ne m’amuse pas à parler au premier venu, cela ne m’intéresse pas. Après, c’est sûr que si j’ai eu envie de te parler, c’est parce que je t’ai vu sur scène, sinon tu ne serais qu’un gars dans la foule, pourquoi mon regard s’arrêterait sur toi plutôt qu’un autre si tu ne fais rien de spécial ? » Tiré de ses réflexions internes par la réponse de la jeune femme, Trent lui accorda un regard en coin accompagné d'un frémissement de lèvres qui laissait deviner un sourire contenu. Il aimait bien cette réponse. Le fait qu'elle joue d'une certaine désinvolture en insinuant plus ou moins clairement que quelqu'un qui ne faisait rien de spécial n'aurait pas su attirer son attention lui faisait intégrer l'idée qu'elle avait le même système de pensée que lui. Car, après tout, c'était bel et bien vrai ; pourquoi enrober la chose de conventions et d'hypocrisie ? Pour ménager les susceptibilités ? ... Personne ne s'attardait sur ce qui ne servait à rien. Et, quand bien même certains artistes aimaient dire que le " rien " était une particularité de l'Art, Trent - lui - préférait se dire que, là encore, c'était le regard de la personne qui donnait de l'utilité à la chose. Faute de servir à quoique ce soit, les œuvres étaient belles, laides ou dépaysantes, mais quoiqu'il en soit elles avaient pour elles d'incarner " autre chose " que ce qui était de coutume de voir. Que la notion de " rien de spécial " soit variable en fonction des individus importait peu, ce qui comptait au final était le fait de reconnaître que le rien en question n'était pas intéressant. Ni à ses yeux, ni à ceux de l'inconnue. Par extrapolation, il en vint donc à ce demander pourquoi il n'était pas " rien " dans le champ de perception de cette fille. « Mais au-delà de ça, je n’attends rien de ta part qu’une conversation intéressante. Je n’ai pas planifié de venir ici pour te voir. Je suis venue pour me détendre et il s’est avéré que tu avais choisi le même bar. Tant mieux pour moi, c’est tout ce que je peux dire. » « Hum ... » Répliqua-t-il, pensif, toujours porté sur la consonance métaphysique de ses réflexions. Là, elle lui tendit son paquet de cigarettes qu'il regarda avec hésitation, non pas parce qu'il représentait une marche de plus à gravir vers un cancer du poumon mais bel était bien parce que le fait d'accepter la proposition incluait de passer une autre poignée de minutes ici, en sa compagnie. « Après, si tu devais avoir envie d’aller plus loin, je ne dirais pas non, mais là encore, ce n’est pas parce que tu souffres sur scène que j’accepterais mais parce que tu as piqué ma curiosité. » Reportant son regard sur celui de la jeune femme, Trent la dévisagea un long moment sans pour autant s'exprimer sur cette intervention on ne peut plus franche. Ténébreux à souhait, il s'empara de l'une des cigarette tendues qu'il coinça entre ses dents avant de porter la main à sa poche. Là, contre toute attente, au lieu d'en sortir son briqué, il en sortit une seule et unique pièce de monnaie qu'il brandit sous le nez de son acolyte. « On va jouer à un jeu. » Ce n'était de toute évidence pas discutable ... « Pile tu rentres avec moi ce soir, face on ne se revoit jamais. » Dit-il en lui tendant la pièce. « Lance. Si c'est pile, t'as le droit de choisir la mise du prochain lancé, si c'est face je te rends ta clope et je me casse. »

Dire qu'il lui rendait la monnaie de sa pièce en la mettant au défit de s'emparer de celle qu'il lui tendait aurait été l'expression la plus appropriée, tend sur le fond que sur la forme. Préférant la mettre au pied du mur sans préavis, il venait de passer à la vitesse supérieure dans son entreprise de mise à l'épreuve et de sondage de sa personnalité. La pièce, tendue à bout de bras, brillait sous les reflets des néons de la devanture du bar et - se sachant particulièrement habile dans ce genre de petit jeu où chaque mot et chaque condition pouvaient s'avérer lourds de conséquences - Trent n'attendait désormais plus que l'inconnue s'empare - ou pas - de cet objet qui pouvait s'imposer comme étant la nouvelle clef de voute de leur soirée ... Si elle le décidait. Insidieusement, sous ses airs de provocation en demi-teinte, on pouvait presque l'entendre penser l'éco de ce qu'elle lui avait avoué plus tôt dans la conversation, soit :
« Pour ta part, tu préfères l’action aux paroles ... Soit. Voyons voir si tu te donnes les moyens d'en retirer davantage. »
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Mer 30 Mar 2011 - 22:45

C’était étrange comme leur conversation semblait superficielle, comme s’ils se contentaient de jouer avec les non-dits, de jongler avec les insinuations, sans porter de coups réels. Et pourtant, d’un autre côté, Maya avait le sentiment de retrouver une sensation perdue il y a un moment. Seul Adriel était réellement parvenu à se glisser en elle jusqu’à savoir ce qu’elle pensait d’un simple regard. Il était le seul à pouvoir se targuer de la connaitre, d’anticiper ses réactions et pourtant, à cet instant précis, le fait que le musicien et elle soient sur la même longueur d’onde lui rappela ce qui l’avait tant attachée à son meilleur ami. Elle chassa cependant bien vite cette pensée, refusant que quiconque n’ébranle la place qu’avait Adriel dans son esprit. Elle évinça le jeune homme au visage constellé de taches de rousseur de son esprit, n’y laissant de place que pour le musicien.
Elle crut déceler l’ébauche d’un sourire mais avec la lumière qu’il y avait, malgré les spots alentours, elle n’aurait pu le jurer et quand bien même elle n’avait pas rêvé, elle n’allait pas se mettre à danser parce qu’elle avait obtenu une esquisse d’un semblant de complicité. Elle aimait cette simplicité, cette impression qu’ils émettaient chacun leur avis, qu’il était digéré par l’autre puis qu’une réponse était émise, relançant la manœuvre. Une conversation qui, mine de rien, lui avait permis de découvrir ce qui se cachait derrière le visage fermé du membre de Dopamine.
Elle lui avait tendu son paquet de cigarettes – bien abimé par ses voyages dans le fond de son sac – plus par réflexe qu’autre chose. Peut-être qu’une part de son inconscient lui dictait que c’était un moyen d’accentuer cette impression de partage qui se dégageait de leurs propos, même s’ils restaient distants, évasifs, sur le fil du rasoir, à deux doigts de se méprendre. C’était comme ça qu’on risquait les vexations inutiles, comme ça que les malentendus naissaient mais Maya ne craignaient pas ceux-ci. Pas tant qu’une sensation de bien-être volerait au-dessus de leurs têtes, comme s’ils étaient au milieu d’un champ, et non pas assis contre un muret rafraichi par l’humidité nocturne.
Pour ne pas changer, en lâchant sa dernière réplique, plus provocatrice qu’autre chose, Maya ignorait quel genre de réponse elle obtiendrait. Elle guettait chacune de ses réactions, de son regard perçant au frémissement de ses sourcils – ceux-ci en disaient long sur sa façon de penser. Il tarda à prendre une cigarette mais finit par piocher dans le paquet amoché. Maya l’imita, retournant l’emballage pour laisser une clope s’échapper et lui atterrir dans la paume. Elle rejeta ensuite le paquet dans son sac, sans y faire davantage attention. Elle regarda ensuite le musicien, s’attendant à ce qu’il allume sa cigarette puis lui passe son briquet. Au lieu de ça, il sortit un objet minuscule que Maya n’identifia pas avant qu’il le lui tende, d’un geste impérieux. « On va jouer à un jeu. » Elle fixa la pièce puis reporta son regard sur lui, curieuse de découvrir ce qu’il avait inventé maintenant. « Pile, tu rentres avec moi ce soir. Face, on ne se revoit plus jamais. » Elle ne cacha pas sa surprise. Il était plutôt extrême dans son genre, mais ne l’avait-elle pas été elle-même en jouant la carte de la franchise ? Elle émit un petit rire en acceptant le défi. Tendant la main, la cigarette calée entre l’index et le majeur, pour prendre la mitraille. Elle la laissa glisser dans le creux de sa paume et s’exclama :

« J’espère que tu ne joues pas toujours ton destin à pile ou face parce que tu risques de manquer des choses extraordinaires. »

Elle glissa la clope encombrante entre ses lèvres, prit un air sérieux et lança la pièce d’un geste habile, comme le ferait n’importe qui jouant la suite des événements à ce petit jeu innocent. Ses doigts se refermèrent sur le petit bout de métal et elle s’exclama :

« Paré ? »

Elle plaqua sa paume contre le dos de sa main et l’ôta d’un geste qui aurait pu vouloir dire « tadam ! » Bien sûr, elle imagina un instant que la pièce soit tombée sur face. Elle aurait été déçue, forcément, mais pas au point d’en faire une maladie. Elle ne le connaissait pas, elle s’en remettrait rapidement mais comme la question ne se posait pas – c’était bien le côté pile qui brillait à la lueur des lumières alentours – le voile d'appréhension s'envola aussi rapidement qu'il était venu et elle lui rendit la mitraille.

« Pile, tu me paies un verre, je n’avalerai pas une goutte de plus de ce truc... Et tu me ramènes chez toi, comme promis. » dit-elle en versant le contenu du verre dans une petite rigole. « Face… » Elle réfléchit un instant, jouant machinalement avec sa cigarette encore éteinte. « Tu rentres librement chez toi… mais tu me dois quelque chose. Une soirée, un après-midi, peu importe, et je choisis ce qu’on fait. »

L’idée lui avait furtivement traversé l’esprit. Quelle que soit l’option que la pièce choisirait de leur destiner, elle passerait un moment supplémentaire avec lui. Que ce soit ce soir ou plus tard, elle avait l’envie soudaine et irrépressible de pouvoir faire son portrait. Il pourrait probablement comprendre l’idée qui aurait pu paraitre saugrenue à n’importe qui d’autre. Il vivait pour sa musique, elle coulait dans ses veines, elle irradiait de ce qui lui taraudait l’esprit. Eh bien, c’était pareil pour Maya qui ne trouvait rien de plus réjouissant que la perspective d’observer quelqu’un à loisir pour retranscrire ce qu’elle voyait - et qui n’était pas forcément la réalité – sur papier.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Jeu 31 Mar 2011 - 3:50

La voyant tendre le bras pour s'emparer de la pièce, Trent n'eut plus qu'à attendre que le destin se charge du reste avec l'intime conviction que ni elle ni lui ne se sentirait accablé si la pièce retombait côté face. Après tout, il n'était pas du genre à regretter les conséquences d'actes qu'il avait lui-même provoqués tout comme elle s'estimait gagnante d'être tomber sur lui. Gagnante, perdante ; le fait qu'elle intègre la première de ces deux notions dans sa vision des choses ne pouvait que lui laisser supposer qu'elle intégrait tout aussi bien la deuxième. Une deuxième notion qui - si la pièce en décidait ainsi - couperait court à toute discussion aussi certainement que la première des deux possibilités, elle, pousserait plus loin la découverte de l'autre. C'était quitte ou double, noir ou blanc, avant ou arrière mais, en aucun cas, Trent ne considérerait l'issue de ce lancé comme étant quelque chose de bien ou de mal, de plus ou de moins. Sans capital de départ, se lancer dans ce petit jeu s'apparentait à un saut dans le vide dont les conséquences seraient écrites et peintes au fur et à mesure des conditions qu'ils s'imposeraient l'un à l'autre. « J’espère que tu ne joues pas toujours ton destin à pile ou face parce que tu risques de manquer des choses extraordinaires. » Peut-être. Et peut-être pas. Elle avait raison aussi certainement qu'elle avait peut-être tort, encore une fois les circonstances et la conjoncture influaient pour beaucoup. Quand le choix n'était pas simple, quand l'envie n'y était pas ou quand, tout simplement, les enjeux étaient trop paralysants pour se décider, s'en remettre au hasard pouvait s'avérer complétement libérateur, déresponsabilisant et - plus séduisant encore - tellement plus impartial. « Paré ? » « Paré. »

Pile. On continue et on relance. Plus sournoise que celle d'une roulette russe, la portée de ce jeu n'était en aucun cas calculable. Il y avait d'ailleurs quelque chose d'excitant à l'idée de se dire qu'on ne jouait pas avec des concepts aussi futiles et bassement radicaux que la vie ou la mort. Il était question de tellement plus de choses dès lors que toutes les conditions devenaient envisageables. Mon Dieu que la listes des possibilités parut grande tout à coup ... « Pile, tu me paies un verre, je n’avalerai pas une goutte de plus de ce truc ... Et tu me ramènes chez toi, comme promis. Face … Tu rentres librement chez toi … mais tu me dois quelque chose. Une soirée, un après-midi, peu importe, et je choisis ce qu’on fait. » « Ça me convient. » Répondit-il en reprenant possession de la pièce pour la lancer à son tour et l'aplatir sur le dos de sa main libre une fois qu'il l'eut rattrapé. Là, moins expansif qu'elle ne l'avait été précédemment, il retira doucement ses doigts pour laisser apparaitre ...

« Pile. Encore. C'est le moment où je me pose la question de savoir si t'es plus douée que moi en probabilités pour deviner quand le " face " aura le plus de chances de sortir. Mais en attendant ... Chose promise, chose due. » Se relevant avec souplesse, il lui tendit la main pour l'aider à en faire de même et attendit qu'elle fut revenue à sa hauteur pour retirer la cigarette qu'elle avait coincée entre ses lèvres. « On fumera ça plus tard. Ou pas. Tiens. » Fit-il alors en lui rendant les deux clopes dont l'espérance de vie venaient de se voir rallongée pour quelques minutes (ou peut-être quelques heures, tout le piment résidant dans l'incertitude la plus totale qui flottait désormais sur l'avenir proche ...). Enfin, l'incitant à le suivre d'un léger signe de tête en direction de la porte, il retourna au bar où le verre qu'il avait commandé avant de sortir l'attendait, abandonné au milieu du comptoir. Trent prit place sur le tabouret qu'il avait jadis occupé et se tourna légèrement sur la droite, vers le seul autre tabouret de libre, celui sur lequel l'inconnue n'allait très certainement pas tarder à prendre place. En attendant, il fit signe au barman de servir à la demoiselle la boisson de son choix et s'attela à ressortir la pièce de sa poche tendit qu'elle passait commande. Finalement, une fois que la boisson fut réglée, il tendit de nouveau la mitraille dans sa direction. « Pile on ne boit qu'un seul verre. Face on rentre ivres morts. »
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Dim 3 Avr 2011 - 20:01

Une chose était certaine : elle n’avait pas été déçue par cette rencontre. Il se montrait aussi mystérieux que ce qu’il dégageait sur scène, il était aussi sombre et morose qu’à la première impression qu’il pouvait donner. Ce n’était pas un jeu, ce n’était pas un personnage qu’il jouait lors de leurs concerts. Il était simplement lui-même et elle pouvait comprendre que ces nénettes s’extasient devant son côté bad boy mélancolique. À leur âge, elle se serait probablement laissée submerger, mais ce qu’elle avait vécu avec la mort de son frère l’avait préservée. Elle était devenue plus sage, plus réfléchie et, paradoxalement, elle était devenue plus étrange. Elle avait perdu ses amies de longue date et elle avait été étonnée du peu d’effets que cela avait eu. Elle avait été l’objet de ragots lorsqu’elle avait commencé à trainer avec certains garçons, changeant de look, laissant peu à peu son univers de mode se flétrir pour laisser fleurir son côté hippie. Maya n’avait plus prêté attention à son apparence et avait dès lors attiré bien des rumeurs. Cela ne l’avait pas blessée. Cela l’avait juste confortée dans l’idée que l’opinion publique ne la touchait pas et ne l’intéressait pas. Elle avait eu sa phase junkie, dont elle était ressortie aussi facilement qu’elle était entrée dedans, elle avait eu des périodes de solitude intense, et d’autres où elle acceptait la compagnie de n’importe qui. Elle avait eu des moments glorieux, d’autres beaucoup moins, mais c’est ce qui lui permettait aujourd’hui de faire preuve d’une telle nonchalance, d’une désinvolture non feinte, d’un confort sans limites. C’est probablement tout ce chemin qui l’avait conduite à voir en cet étranger un élément complice, un complément, pas un alter ego. Non, ce musicien n’était pas son alter ego, bien qu’elle se découvre des traits communs avec lui.
Le jeu s’imposa entre eux aussi aisément que la conversation. Elle n’avait jamais laissé ses décisions au hasard d’autrui. Elle avait toujours été pleine maitresse de ses actes et de ses choix et ce côté imprévu lui plaisait, l’excitait, même, comme elle sentait une pointe d’impatience grandir en elle. C’était peut-être le cocktail qui lui restait sur l’estomac aussi, puisqu’elle avait pu constater que le goût n’était pas ce qu’elle avait connu de mieux, surtout après avoir tiédi. Mais peu importe la raison de la petite boule d’énergie qui prenait forme dans son estomac, la perspective de cette soirée l’amusait, elle ne s’ennuyait pas une seule seconde et dire qu’elle avait failli se faire draguer par un empoté. Elle avait bien fait de fuir la chaleur du bar pour se réfugier dans la fraicheur nocturne.
Il fut aussi prompt à reprendre son bien qu’elle ne l’avait été à l’annonce de son marché. Elle l’observa alors qu’il lançait d’un geste habile la pièce, l’immobilisant sur le dos de sa main. Il retira lentement ses doigts et laissa apparaitre le côté pile de la pièce. Ce soir, donc. Ce soir, elle était bien partie pour agir comme à son habitude, en prenant les choses comme elles venaient, en se contrefichant de ne pas encore savoir le prénom du garçon, en ne cherchant pas à savoir comment ils se comporteraient l’un avec l’autre demain ou après-demain, quand ils se retrouveraient, dans d’autres circonstances. Peut-être qu’ils se salueraient, converseraient. Peut-être bien, aussi, qu’ils ne s’adresseraient pas un mot et se contenteraient de remarquer la présence de l’autre. Inutile de faire comme s’ils ne se seraient pas vus, ils n’étaient pas assez ivres ou shootés que pour ne pas se rappeler leur échange actuel. La suite, ce serait peut-être flou, mais pas cette discussion sur le fil du rasoir, pas cet échange mystérieux, sans savoir ce qu’il y avait réellement derrière.
Elle esquissa un sourire à la réflexion de son compagnon d’une soirée et lorsqu’il se redressa après s’être exclamé « chose promise, chose due. », elle releva le nez, plissant légèrement les paupières, comme il était à contre-jour, une lumière crue brillant derrière lui. Elle distingua la main tendue et l’accepta sans un mot, se retrouvant à sa hauteur. Il amorça alors un mouvement vers elle, s’emparant de la cigarette qu’elle tenait toujours entre ses lèvres pincées et il lui rendit la sienne, concluant : « On fumera ça plus tard. Ou pas, tiens. » Elle hocha la tête d’un air entendu et se pencha pour attraper son sac à main dans lequel elle fourra les cigarettes, avant de suivre le musicien, le verre à la main. Elle ne regarda pas autour d’elle, ne se posant pas la question de savoir si on les avait regardés, quand bien ça aurait été le cas, elle n’en aurait pas eu grand-chose à faire mais elle savait d’expérience que dans ce genre de bar, on ne guette pas les activités des autres, à moins d’être seul et de chercher quelqu’un. Dans le reste des cas, chacun vit dans sa bulle, égoïstement, et ne se préoccupe pas des corps qui se meuvent tout autour. Elle se glissa sur un tabouret et commanda un martini quand le barman haussa les sourcils dans sa direction. Le verre ne tarda pas à être posé devant elle et elle remercia l’employé d’un sourire, levant le verre comme pour lui déclarer un toast, avant de reporter son attention sur le jeune homme qui avait ressorti sa pièce : « Pile, on boit qu’un seul verre. Face, on rentre ivres morts. »
Un sourire, davantage un rictus railleur même, vint arquer les lèvres de Maya qui accepta le marché en répliquant :

« Oh, toi, tu ne sais pas ce que tu risques avec ce pari-là ! »

Elle attrapa la pièce mais au lieu de la lancer comme ils l’avaient fait jusqu’alors, elle la posa sur le comptoir, coincée entre son index et son pouce et d’un mouvement sec, elle la fit tourner comme une toupie. La monnaie dansa pendant quelques longues secondes, effectuant un va et vient entre les deux protagonistes de ce jeu sans intérêt pour finir par tomber, comme affaiblie par sa prestation, révélant cette fois l’autre face, celle qui leur avait fait défaut jusque-là.

« Face ! J’espère que t’as l’estomac solide. »

Contrairement à ce qu’on aurait pu croire après une telle remarque, Maya ne tenait pas plus l’alcool qu’une autre. Le seul avantage qu’elle avait, c’était qu’elle n’était pas du genre à vomir ses tripes après une beuverie. Elle posa son petit sac sur le comptoir, comme pour asseoir leur position et elle leva le bras, interpelant le jeune homme qui venait de la servir. Elle était bien curieuse de savoir s’il se dériderait un peu ou, au contraire, s’il allait s’assombrir davantage.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Mar 5 Avr 2011 - 22:12

« Oh, toi, tu ne sais pas ce que tu risques avec ce pari-là ! » Railla-t-elle d'un air assuré auquel il répondit par un mouvement d'épaules dédaigneux et un remontage strict de son col de veste comme pour insinuer, non sans une certaine auto-dérision, qu'en tant que " rock star " il savait 1) à quoi s'attendre et 2) qu'il tiendrait la route assez longtemps pour finir sur le podium ; le tout restant de savoir qui d'eux deux décrocherait la médaille d'or du plus bourré si la pièce venait à tomber sur face ... Une hypothèse qui se vit d'ailleurs confirmée dès lors que l'objet du jeu - habillement manipulé par les doigts de la jeune femme - termina sa course folle sur le comptoir en révélant le côté qui signala le début de leur marathon et, par la même occasion, de leur campement au bar. « Face ! J’espère que t’as l’estomac solide. » « M'incite pas à miser pour savoir si oui ou non je te vomis dessus en cas de trop plein ... » Répliqua-t-il mi sérieux mi amusé par l'idée que le jeu puisse dévier dans le gore aussi facilement et en se disant que plus l'alcool irait, plus les mises deviendraient peut-être inattendues. Enfin, quand le barman revint vers eux suite à l'appel silencieux lancée par l'inconnue, Trent se tourna vers lui et ajouta : « La demoiselle se demande si j'ai l'estomac solide et moi je me pose la question de savoir si elle ment en insinuant qu'elle tient bien l'alcool ... On n'a donc plus qu'une seule solution, celle de boire et de voir lequel des deux encaisse le mieux. Une bouteille de 'sky et une autre de martini s'il te plait. » Et tandis que le serveur levait les yeux au ciel (certainement trop habitué à voir défiler ce genre de challenges aussi stupides que dangereux pour la santé de ses clients) tout en s'exécutant, Trent, lui, sortit de son portefeuille les grosses coupures destinées à payer le prix de cette soirée mystère. Finalement, lorsque tout le matériel nécessaire au respect du choix du destin fut réuni sous leurs yeux, il leva son verre en direction de l'étrangère et l'inclina comme pour l'inviter à trinquer. « Trinquons à ... » Commença-t-il tout en ramassant la pièce de sa main libre et en la détaillant d'un air rêveur, estimant certainement que trinquer au destin était définitivement trop niais et trop kitch pour lui. « ... à la chance ? » Son regard interrogateur se reporta sur la jeune femme qu'il détailla une fois de plus avant de reposer la pièce sur le comptoir et de la pousser dans sa direction, de façon à ce qu'elle reprenne la main puisque le tour était de nouveau à elle de jouer.

Une fois de plus, la notion de chance restait parfaitement relative (ne serait-ce qu'en se disant que rentrer ivres morts n'était pas forcément le cadeau le plus merveilleux qui soit). En revanche Trent n'aurait pu nier qu'il y avait dans ce rapport quasi vide de sens quelque chose au goût particulier ; comme si avancer en marge des rencontres conventionnelles et des uses et coutumes d'usage donnait un relief non négligeable à cette soirée. Assis là, dans l'ambiance intimiste du bar en compagnie d'une fille qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, il oubliait qu'il était venu seul, de mauvaise humeur et que ses oreilles s'étaient senties agressées par sa propre musique diffusée un peu plus tôt tout comme ses yeux s'étaient vus dégoûtés par le bonheur ambiant qui semblait régnait en maître dans la vie des autres clients, tous plus épanouis les uns que les autres de prime abord. Tous très différents de lui donc. Tous sauf elle. Elle avec laquelle il était prêt à miser tout et n'importe quoi pour faire durer ce jeu idiot qui avait pourtant le mérite de le faire s'intéresser à la suite des évènements plus qu'il ne voulait bien le laisser paraitre maintenant que le sort avait décidé pour eux qu'ils seraient contraints et forcés de passer le soirée ensemble.

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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Mer 6 Avr 2011 - 21:03

« La demoiselle se demande si j’ai l’estomac solide et moi, je me pose la question de savoir si elle ment en insinuant qu’elle tient bien l’alcool… » Maya esquissa un sourire, plutôt un rictus, d’ailleurs, à l’entendre expliquer l’objet de ce pari puéril au barman. Celui-ci ne parut pas vraiment surpris. Il devait en voir pas mal, des jeunes qui jouaient aux cons. Il avait même dû voir pire qu’eux deux mais Maya ne put s’empêcher d’apprécier cet instant de complicité, gonflé d’immaturité. Elle adressa un regard espiègle à l’employé et haussa les épaules, l’air de dire, « et alors, je suis sûre de mon coup, voilà tout ! » Elle s’accouda au bar et observa les deux bouteilles qui furent posées devant son nez. Cela faisait beaucoup d’alcool. Il y avait un moment qu’elle ne s’était plus saoulée. Parce qu’elle n’en avait pas vu l’intérêt et, surtout, parce qu’elle n’avait pas eu de compagnon débridé pour le faire. Or, boire seule n’était vraiment pas une habitude chez Maya. Elle préférait de loin se consacrer à un joint ou à une cigarette plutôt que de finir comme ces vieilles poivrotes décolorées et amaigries qui se croyaient encore irrésistibles alors qu’elles ne ressemblaient plus à grand-chose sinon à des momies affreuses.
Elle avait failli le pincer – une mauvaise habitude qu’elle avait toujours eue pour taquiner son entourage – quand elle l’avait vu s’affubler de son air le plus arrogant, remontant le col de sa veste d’un air digne. Mais elle s’était retenue, se rappelant à juste titre qu’il n’était encore qu’un inconnu et qu’il pouvait très bien se montrer susceptible, d’une minute à l’autre. Mieux valait ne pas trop tirer sur la corde sensible. « Trinquons à… la chance ? » proposa-t-il, pas plus certain de lui que ça, avant de repousser la pièce vers elle. Maya accepta leur petit guide de la soirée et la glissa devant elle. Elle gardait la main pour plus tard, quand son esprit embrumé viendrait avec des idées un peu étranges. En attendant, elle attrapa la bouteille de martini et se servit généreusement, trinquant à leur soirée. Elle avala ensuite le contenu de son verre de quelques gorgées et émit un petit « ah ! » ravi.
Du coin de l’œil, elle aperçut l’homme qui l’avait remarquée quelques temps plus tôt. Il serait certainement venu l’aborder si elle n’avait eu la bonne idée de s’éclipser vite fait bien fait, en se fondant dans la foule compacte formée par les clients du bar. Elle lui décocha un sourire provocateur et se désintéressa complètement de lui pour se servir à nouveau, jetant un coup d’œil à son compagnon d’un soir. Elle ne put détacher son regard de son profil sombre et mystérieux et sa contemplation pensive dura quelques secondes avant qu’elle ne revienne à la réalité.

(…)

Les verres se succédèrent. Le taux d’alcoolémie grimpa à une vitesse exponentielle, les réflexions narquoises s’ensuivirent quand Maya fut comme soudainement frappée par l’inspiration divine. Il fallait dire qu’elle avait la sensation d’avoir la tête dans le coton, sa vue et son ouïe comme brouillées par un champ magnétique invisible. Elle s’empara de la pièce magique et la fit glisser entre ses doigts, observant les reflets lumineux sur le métal.

« Pile, on va danser. Face, on va nager. »

Elle ne le regarda pas immédiatement, poursuivant son observation, comme un scientifique disséquerait les entrailles d’une grenouille, avant de lever les yeux, le regard malicieux, certes brumeux, mais conscient de chercher à pousser les limites de leur rencontre à leurs extrêmes. Elle poussa la mitraille vers son propriétaire et ajouta, avant qu’il ne joue leur destin :

« Au fait, est-ce qu’on passe à l’étape prénoms ou on en reste à Adam et Eve ? »

Elle ne connaissait pas son prénom. Et si elle l’avait su, il devait être dissimulé dans un recoin de sa mémoire parce qu’elle aurait été incapable de citer le nom des membres de Dopamine, même pour un million de dollars. Elle n’avait pas la mémoire pour ça, elle avait tendance à rapidement oublier les noms des gens, un comble pour un professeur, habituée à être confrontée à des dizaines de visages différents. Mais elle leur trouvait toujours des surnoms qui ne divulguaient pas sa faiblesse et pour le reste, elle se fiait aux listes qu’on lui fournissait en début d’année. Note qu’elle n’était plus entrainée, ayant arrêté d’enseigner quelques mois plus tôt, préférant se consacrer à autre chose. Quoi, elle ne le savait pas encore trop, mais elle trouverait, tôt ou tard. La preuve, elle avait une occupation tout à fait passionnante à l’heure actuelle !
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. Jeu 7 Avr 2011 - 16:49

Leurs verres s'entrechoquèrent, le toast fut porté et, d'un même mouvement emprunt de défi et d'entrain, l'alcool s'évanouit entre leurs lèvres. En terme de levée de coude, Trent savait qu'il n'était pas en reste car, même s'il n'avait jamais été aussi fêtard que son frère d'un point vue " expressivité exacerbée ", cela ne l'avait jamais empêcher de le suivre et de rivaliser de stupidité en sa compagnie lorsqu'il s'agissait d'être celui qui boirait le plus et qui parviendrait tout le même le mieux à jouer (la majorité de leurs défis stupides relatifs à l'alcool ayant bien évidemment lieu avant de rentrer sur scène, lors de leur tournée, tout ça dans un but plus ou moins avoué de se faire la guéguerre sous les yeux d'une Dax proprement exaspérée par le comportement puéril dont ils étaient capable lorsqu'ils s'y mettant vraiment ; l'un n'étant jamais présent pour rattraper l'autre, bien entendu). Cela dit - et parce qu'il fallait bien reconnaître quelques qualités à l'alcool pour compenser tous les risques et défauts qui lui incombaient - le whisky, en plus d'avoir un effet désinhibant non négligeable, avait toujours eu le don de faire parler Trent un peu plus que de coutume (ce qui, certes, ne le rendait pas aussi bavard que n'importe quel lambda, mais aidait quand même fortement à l'adoucissement de sa carapace en béton armée). En revanche, et c'était certainement là toute la délicatesse de la prise de risque, accepter de le côtoyer saoul revenait aussi à accepter de la savoir plus mordant et plus acide que jamais dans ses propos si, par malheur, la conversation venait à dérailler. Parler plus ne voulant pas nécessairement dire parler mieux, l'ivresse influençait sur son caractère comme la vitesse influençait sur une course de voiture. Plus de rapidité, plus de fluidité ... mais des dommages collatéraux plus grands si d'aventure le véhicule venait à rater un virage et à quitter la route. En fin de compte, plus il y avait d'alcool, plus le fil du rasoir devenait tranchant et moins il y avait de nuance de gris envisageable. Blanc ou Noir. Pile ... ou face.

(...)

Le niveau des bouteilles baissait, celui de leur alcoolémie augmentait. Légèrement vaseux, Trent se fit la réflexion que c'était peut-être alors qu'il se prenait une cuite du genre que Lavoisier en était arrivé à se dire que
" rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. " Avec un sourire en coin (directement provoqué par la prise de conscience que, même sur la pente glissante de l'ivresse, il en était encore à se faire ce genre de réflexions totalement hors-sujet), Marshall reporta son attention sur l'inconnue en percevant l'éclat d'argent qui brillait entre ses doigts et qui signalait qu'une nouvelle mise était imminente. « Pile, on va danser. Face, on va nager. » Le bar ou la plage donc ... Pourquoi pas ? D'un hochement de tête, il accepta le deal et ramassa la pièce qu'il s'apprêtait à lancer lorsqu'elle ajouta un « Au fait, est-ce qu’on passe à l’étape prénoms ou on en reste à Adam et Eve ? » qui le fit de nouveau sourire. Sans répondre, il lança la pièce, la rattrapa au vol et la plaqua contre le comptoir sans toutefois révéler le résultat du lancé. Au lieu de quoi, il accorda un regard de biais à l'étrangère et ajouta sur le même ton : « Eve ça te va plutôt bien. De toute façon rien ne m'assure que le nom que tu pourrais me donner serait ton vrai nom ... » Et s'il en venait à raisonner de la sorte, c'était bel et bien parce que lui-même ne se présentait pas toujours sous le nom de Trent. Combien de personnes ne le croisaient-elles pas dans la rue tout en croyant dur comme fer qu'il s'appelait Colt ou, plus souvent encore, James ? Des tas ... Il aimait trop semer le doute pour toujours se présenter sous son vrai prénom et, quand bien même Colt était celui de son double et James leur deuxième prénom à tous les deux, le simple fait de mentir là-dessus pour mieux continuer la conversation tout en se laissant une porte de sortie en cas d'ennui ou de déception (va donc retrouver un mec qui ne s'appelle pas comme tu le prétends et qui en plus jouit de la capacité de faire croire qu'il est son propre frère ...) l'amusait beaucoup, voire même le rassurait. A croire que la gémellité était la cause de tellement de névroses chez lui que son identité était devenue un bien précieux là où, pour tous ceux qui ne souffraient pas d'avoir un double, elle n'était qu'une étiquette, un moyen de présentation, un raccourcis verbal. En fin de compte, aux yeux des gens, son prénom - différent de celui de Colt - était l'une des seules choses qui le distinguaient de son frère. Une chose précieuse donc ; une chose à ne pas dilapider. Une chose qui - en somme - se devait d'être gagnée et non acquise ; même si dans ce cas précis l'étrangère avait déjà une grande partie du puzzle sous la main puisqu'elle savait la différence mentale qu'il y avait entre les jumeaux. C'était d'ailleurs un comble et une source incontestable d'intérêt aux yeux de Trent. Qu'elle sache les différencier de part leurs attitudes sans même savoir leurs prénoms était une chose rare elle aussi. Assez rare en tout cas pour qu'il ne fasse pas le choix définitif de ne pas lui révéler son identité, mais qui ne suffirait pas pour qu'il la lui donne sans un autre test. Au final, et avec un petit air mystérieux qui n'avait même plus besoin d'être savamment étudié puisque inné, il retira sa main du comptoir et s'enquit du résultat pour finir par conclure sur : « Face. Debout les crabes, la mer monte ... » Réactif, il se leva, rangea la pièce dans l'une de ses poches, attrapa les deux bouteilles pour les emmener avec eux et tendit le bras en direction de la porte comme pour ouvrir le chemin à la jeune femme. « Et si t'arrive à me surprendre sur la plage, je te dirais mon prénom. » Ajouta-t-il lorsqu'elle passa devant lui.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres.

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