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  Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite)

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Message(#) Sujet: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Dim 10 Avr 2011 - 17:13


Maya connaissait tous les chemins pour se rendre à la plage, malgré son arrivée récente à Ocean Grove. Elle aurait très bien pu dire que « tous les chemins menaient à la plage », à défaut de la mener à Rome. Chaque fois qu’elle était dépourvue d’idée quant à une activité pour la journée, elle se rendait à la plage pour dessiner, ou somnoler sous les rayons doux du soleil. Jamais elle n’avait pu profiter d’un temps aussi agréable et elle était certaine qu’elle ne s’en lasserait pas.
À peine avaient-ils quitté le Blue Lagoon Bar qu’elle avait récupéré la bouteille de martini, préférant s’assurer qu’il n’irait pas vider sa part. Ils avaient marché à leur aise, visiblement tous les deux déjà bien imbibés et il leur fallut une bonne dizaine de minutes pour rejoindre les dunes plongées dans l’obscurité. Dès que Maya sentit le sable s’affaisser sous ses pieds, elle ôta ses ballerines et continua son avancée pieds nus.

« Toujours paré pour le bain de minuit, ou tu t’es dégonflé entre-temps ? » demanda-t-elle au bout d’un instant, en marchant à reculons, discernant mal la silhouette de son compagnon de sortie.

Il y avait bien des lampadaires ici et là pour illuminer la promenade mais la plage en elle-même n’était qu’une ombre inquiétante au fond de laquelle le son caractéristique des vagues qui échouent sur le sable se faisait entendre. Elle ne s’arrêta qu’une fois qu’ils furent parvenus à mi-chemin entre les premières vaguelettes et la promenade qui longeaient les demeures et magasins, derrière eux.
Elle avait continué à boire par petites gorgées durant leur trajet, si bien que le mélange d’alcool et d’air frais nocturne lui faisait doublement tourner la tête. Pourtant, elle n’avait pas encore le sentiment de pouvoir vraiment qualifier son état d'« ivresse ». Comblant les quelques pas qui l’éloignaient du musicien, elle ajouta, sur un ton qui oscillait entre la provocation et l’espièglerie :

« Ou plutôt, la question serait de savoir si on plonge tout habillé ou si on vise plus haut et qu’on y va nus comme des vers. » Elle avait attrapé le bas de sa veste et tiré un petit coup dessus pour agrémenter sa remarque. « Moi ça ne me gêne pas, en tout cas ! »

Et comme pour prouver son cas, elle porta la bouteille à ses lèvres, but ce qu’il restait de fond de martini et laissa tomber la bouteille à leurs pieds avant de reculer, faisant mine de déboutonner son pantalon.



Dernière édition par Maya Mazzello le Lun 16 Mai 2011 - 11:00, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Lun 11 Avr 2011 - 2:25

Trent ne connaissait aucun des chemins pour se rendre à la plage et il y avait fort à parier que même s'il avait toujours vécu à Miami (ce qui n'était bien évidemment pas le cas puisqu'il venait à peine d'emménager à Ocean Grove), jamais il n'aurait pris la peine de s'inquiéter de la façon dont on se rendait à Crandon Park Beach (ni à aucune autre plage de la ville d'ailleurs). Le fait était qu'il détestait le sable, qu'il n'aimait pas particulièrement la mer et que - plus important encore - il répugnait à s'exhiber sur la digue comme prenaient apparemment plaisir à le faire tous les autochtones ou presque qu'il avait croisé depuis son arrivée. Parano peut-être, mais avant tout bien incapable de s'interdire d'observer les gens plutôt que de buller comme n'importe quel touriste se plaisait à le faire sur le sable fin, il ne parvenait pas - ni ici, ni ailleurs - à voir en la plage et ses uses et coutumes autre chose qu'un dérivé de saunas, de salles de gym ou de tous ces lieux dans lesquels les gens se rendent pour se montrer et faire les beaux. Et même s'il se doutait bien qu'il n'était pas le seul au monde à estimer que se pavaner en string à la plage était quelque chose de particulièrement ridicule, il n'arrivait jamais à distinguer les plagistes qui étaient là pour la frime de ceux - éventuellement plus intéressants et moins méprisables - qui se trouvaient sur place pour la simple et bonne raison qu'à l'inverse de lui ils aimaient le sable et adoraient la mer. En fin de compte (et l'éventualité ne lui vint à l'esprit qu'en cet instant, alors qu'il suivait l'inconnue d'un pas rendu de plus en plus chaloupé au fur et à mesure que le niveau de sa bouteille de whisky faiblissait), il en vint se demander si sa vision assez noire et anti-social du bord de mer n'était pas directement influencée par le fait que voir la vie du bon côté des choses avec du sable entre les fesses lui paraissait bien trop compliqué à son goût ... Là, il se mit à ricaner dans sa barbe et se rendit compte qu'en effet, il n'était plus du tout sobre. Pour dévier sur des spéculations aussi saugrenues que celle-ci, il fallait fatalement qu'il en soit arrivé à un stade avancé d'ébriété. Aussi ne vit-il pas le temps ni même les mètres défiler avant que le moelleux du sol ne lui indique qu'ils étaient presque arrivés à destination et qu'ils évoluaient désormais sur du sable. « Toujours paré pour le bain de minuit, ou tu t’es dégonflé entre-temps ? » Lui demanda-t-elle en avançant à reculons et en lui offrant un regard de défi complice auquel il répondit par un froncement de nez dédaigneux semblable à celui dont il l'avait gratifiée au bar, lorsqu'elle avait plus ou moins douté de sa capacité à encaisser l'alcool. Suffisant, il resta droit et la domina de toute sa taille lorsqu'elle se rapprocha, comme pour lui faire comprendre que non, il ne se dégonflait pas ! « Ou plutôt, la question serait de savoir si on plonge tout habillé ou si on vise plus haut et qu’on y va nus comme des vers. Moi ça ne me gêne pas, en tout cas ! » Étirant ses lèvres en un sourire inconscient Trent arqua un sourcil en la voyant reculer, terminer sa bouteille et se mettre à farfouiller au niveau de sa braguette. Ne lâchant pas l'affaire et se moquant bien qu'on puisse les épier depuis la digue, il termina d'une traite ce qu'il lui restait de Whisky et laissa lui aussi tomber sa bouteille vide à leurs pieds avant de retirer sa veste. « Je pensais que j'aurais à dégainer la pièce pour peut-être te mettre à poil ... » Avoua-t-il sans détour tandis qu'il levait les bras et attrapait déjà le dos de son t-shirt pour s'en débarrasser et le faire tomber à son tour sur le sable. « ... mais comme ça n'a pas l'air de te poser problèmes ... sache que je m'appelle Trent. » Sur cette révélation lourde de sens, il retira la boucle de sa ceinture et laissa son jean lui tomber sur les chevilles.

Il n'avait jamais fréquenté la plage de nuit et, pour tout dire, ça lui plaisait bien plus que de jour. En revanche, il n'aurait pas été capable de dire si le fait qu'il ne se sente pas aussi irrité que d'habitude relevait de la présence de cette inconnue aussi saoule que lui à ses côtés ou s'il fallait tout simplement y voir un épanouissement du à l'absence de centaines d'autres personnes luisantes d'huile solaire. Quoiqu'il en soit, lentement mais surement, il s'aida de ses pieds pour retirer négligemment ses chaussures et ainsi permettre à son jean de se faire la malle ... L'avantage de Miami (et de l'alcool qui devait très certainement peser dans la balance), c'est que même en boxer et caressé par la brise iodée il n'avait pas froid. Enfin, sur sa lancée, il se débarrassa de son sous-vêtement et le fit tourner autour de son index avec un sourire en coin. « Alors ? Trop saoule pour défaire ton bouton ? Faudra-t-il que je t'aide ... ? »


Dernière édition par Trent J. Marshall le Mer 13 Avr 2011 - 0:01, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Lun 11 Avr 2011 - 21:41

Un air surpris haussa les sourcils de Maya alors qu’elle penchait la tête sur le côté. Une agréable surprise qu’elle ne tenta même pas de dissimuler. Elle n’aurait pas pensé qu’il se désaperait aussi facilement. Elle avait attendu une esquive habile, un moyen de ne pas passer par la case nudité, une remarque dédaigneuse qui aurait naturellement suivi l’air hautain qu’il avait pris une seconde plus tôt. Mais, encore une fois, pourquoi s’étonnait-elle ? Elle savait qu’elle ne percerait pas le mystère du musicien ce soir et c’était sûrement cela qui rendait le jeu plus intéressant. Quel plaisir aurait-elle trouvé à pouvoir anticiper chacun de ses faits et gestes ? A deviner ce qu’il allait dire avant qu’il ouvre les lèvres ? C’est donc avec une plaisir non feint qu’elle le regarda se dévêtir, éclipsant les couches les unes après les autres, découvrant sa peau claire et lisse de jeune adulte au meilleur de sa forme. Un instant, elle s’amusa à l’imaginer avec une vingtaine d’années de plus, un petit ventre rond et mou dû à une absorption exagérée de bière, une barbe de trois jours, des pattes d’oie aux coins des yeux – enfin, pour cela il aurait fallu qu’il soit plus rieur – et une chevelure poivre et sel. Elle aurait été cependant prête à parier qu’il aurait gardé ce regard vif et perçant, malgré un physique moins avantageux. Mais la vision peu enchanteresse disparut rapidement quand elle vit le pantalon glisser en bas de ses hanches et atterrir sur le sable frais.
Elle avait cessé ses gestes, s’était immobilisée, oubliant presque ce qu’elle venait de suggérer. Son cœur, sans s’être emballé comme celui d’une vierge effarouchée, s’était mis à battre différemment, plus lourdement. Elle ignorait si c’était l’effet de l’abus d’alcool ou la vision qui lui était offerte, mais peu lui importait, elle appréciait cette sensation, elle ne la laisserait pas filer aisément, préférant la vivre pleinement. Elle ne réagit pas à sa remarque, tout comme elle ne détourna pas le regard, se contentant de laisser un sourire mystérieux arquer ses lèvres, figer son visage, comme si elle était hypnotisée par ce qu’elle voyait. Elle n’avait abandonné sa contemplation muette que lorsqu’il s’était présenté. Là encore, elle n’attendait pas sa révélation aussi rapidement. Il n’était pas au bout de ses surprises s’il pensait avoir des problèmes pour la déshabiller. Maya n’avait aucune pudeur à ce niveau-là. Elle n’avait pas un corps idéal, elle était loin des pin-ups qui se baladaient en bikini sur la plage. Elle avait un ventre plat, oui, mais qui manquait de tonus. Elle avait une peau pâle, typique des Américains du Nord. Mais elle était dépourvue de complexes, à tous points de vue. Si elle avait bien gardé un conseil de son frère en mémoire, c’était bien celui de s’assumer telle qu’elle était, même si ça ne plaisait pas aux autres. Et elle s’était évertuée à tenir cette promesse. Elle n’enviait pas ces filles au corps musclé et bronzé, aux seins fermes et aux fesses rondes. Elle se contentait des siens, ils lui plaisaient suffisamment et jusque là, elle n’avait pas eu le sentiment que ça déplaisait à la gente masculine.
Elle le laissa se débarrasser de tout ce qui le protégeait de la fraicheur nocturne et émit un rire lorsqu’il lui demanda si elle était trop saoule pour défaire son bouton et si elle avait besoin de son aide. Il était vrai qu’elle avait été prise de cours par la facilité qu’il avait eu à quitter son look assuré pour se retrouver nu, à la même hauteur que n’importe quel être humain dépourvu de sa coquille. Elle en avait oublié son pari et c’est avec un sourire malicieux qu’elle répondit à sa question, défaisant d’un simple geste le bouton avec pour résultat que son pantalon ne tarda pas à échouer à ses chevilles, comme celui de Trent, dévoilant ses jambes pâlottes.

« Je pense que ça ira… » répondit-elle lentement en extirpant ses pieds du tissu encombrant. « Mais si tu veux tant m’aider… »

Elle revint vers lui, amusée par le tournant qu’avait pris la situation. Beaucoup auraient pu être gênés. D’ailleurs, si quelqu’un passait par-là, il devait y regarder à deux fois pour être certain de ne pas rêver. Heureusement, l’obscurité jouait en leur faveur et il y avait peu de chance qu’un passant se promène dans les environs et même si c’était le cas, qu’il tourne son attention vers un océan invisible. La plupart des gens normaux s’amusaient dans les bars ou chez eux. Trent et Maya, eux, jouaient à leur manière, et c’était loin de déplaire à la jeune femme qui laissa sa petite veste noire tomber à leurs pieds. Puis, d’un geste non équivoque, elle leva les bras, comme un enfant qui attendrait de son parent qu’il l’aide à ôter son t-shirt et elle déclara simplement, le plus sérieusement du monde, en le regardant droit dans les yeux :

« Et sache que je m'appelle Maya. »
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Mer 13 Avr 2011 - 0:53

Avait-il eu l'air aussi gauche en se débarrassant de son pantalon ? C'est la question que Trent se posa en la voyant piétiner sur place pour se défaire du sien. A vrai dire, après avoir avalé le contenu entier de cette bouteille de whisky, il n'était plus très sûr d'avoir le recul nécessaire pour juger de l'élégance ou non avec laquelle la jeune femme se déshabillait. Force était de constater que, à quantité égale, le degrés d'alcool contenu dans les bouteilles était très différent lui. Aussi perdrait-il surement l'avantage de bien tenir l'alcool par le fait non pas d'avoir bu plus, mais d'avoir bu plus fort. Ahhhh, maudite faiblesse que l'amour du whisky ! « Mais si tu veux tant m’aider… » Battant des cils en la voyant se rapprocher, Trent revint de son mieux dans la conversation mais prit tout de même une poignée de seconde avant de comprendre que si elle avait levé les bras au ciel c'était pour mieux qu'il puisse lui enlever son t-shirt. « Et sache que je m'appelle Maya. » Dans un silence impérial, comme s'il avait s'agit d'une cérémonie particulièrement solennelle, Marshall tendit les bras dans la direction de celle qui n'était plus tout à fait une étrangère et s'empara des pans de son haut. L'alcool, quoiqu'on en dise, lui donnait des idées folles et l'on se serait trompé en croyant qu'il les garderait pour lui alors que l'effet désinhibant du whisky rendait sa capacité à la retenue encore plus faible que d'ordinaire. Car, s'il marquait bien souvent les esprits de par la réserve dont il faisait preuve en société, cela n'empêchait pas Trent d'agir égoïstement et spontanément lorsqu'il en ressentait le besoin. Ici encore moins que d'habitude. Alors, joueur, il remonta doucement le haut de la jeune femme jusqu'à ce qu'il ne reste plus que sa tête à libérer du col. Là, profitant qu'elle soit comme aveuglée par l'entonnoir de tissu qui lui recouvrait aussi bien les bras que le visage, il se pencha vers elle pour mieux lui murmurer au creux de l'oreille un « Enchanté Maya ... » bien trop sensuel pour laisser croire à une bête formule d'usage. Enfin, après avoir souri de coin à l'abri de sa vision toujours obstruée, il tira d'un coup sec sur le t-shirt pour que ce dernier laisse enfin respirer le visage de la jeune femme. Façon diable en boite, Maya réapparut alors tandis que le vêtement, lui, fendait mollement l'air tel une plume trop lourde qui vint s'écraser à leurs pieds.

« Nus comme des vers c'est fait ... je pense qu'il ne reste plus qu'à plonger maintenant. » Souligna-t-il avant de fixer son regard sur la mer proche, à la surface de laquelle les éclats de lune se brisaient en mille morceaux au rythme des vagues, et de contourner Maya pour mieux se rapprocher de l'écume. Aussi distant qu'il n'avait pu être proche quelques secondes auparavant, il marcha et marcha encore jusqu'à sentir l'eau lui fouetter les chevilles. Là, il baissa les yeux et tenta de distinguer les remous du sable dans l'obscurité mais n'y parvint pas. Sobre, il aurait certainement trouvé l'eau trop froide. Dans son état, elle était simplement piquante, mordante, mais pas glacée. Bien évidemment, l'idée qu'ils tentaient le diable en allant se baigner dans un océan de noyades hypothétiques ne l'effleura pas une seule seconde (et c'était là toute la dangerosité de mêler bain et ivresse soit dit en passant) ... Perdant le fil de ses pensées, il battit des cils et jeta un coup d'œil par dessus son épaule pour voir où en était sa partenaire de jeu.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Mer 13 Avr 2011 - 19:03

La fraicheur nocturne, là où elle aurait pu les faire frissonner en temps normal, ne semblait pas avoir d’impact sur leurs corps à moitié nus, alors qu’ils se tenaient l’un en face de l’autre au milieu de la plage, offrant certainement un spectacle des plus étranges. Dans le cas de Maya, c’était peut-être aussi dû au fait qu’elle n’avait jamais mis les pieds dans un Etat à la température aussi clémente avant son arrivée à Miami. Elle avait bien sûr connu des étés ensoleillés mais c’était surtout la grisaille du nord qui lui venait à l’esprit lorsqu’elle repensait à sa ville natale. Même la plus agréable des périodes estivales ne rivalisait pas avec la température ambiante qui régnait à Ocean Grove. Aussi, même si elle ne venait pas du grand Nord, elle ne pouvait qu’apprécier la météo tempérée qui leur était offerte chaque jour passé dans la petite ville côtière. Elle fut toutefois parcourue par un frisson, non pas à cause d’une brise quelconque mais bien en sentant les doigts de Trent attraper le tissu fin de son t-shirt pour le lever, faisant mine de le faire passer par-dessus la tête de Maya avant de s’arrêter. Un instant, la jeune femme vit l’image furtive d’une plaisanterie de mauvais goût derrière ce geste inattendu. Puis elle se rappela qu’il était déjà nu et l’idée qu’il puisse fuir à toutes jambes en la laissant ainsi s’évapora rapidement. Surtout qu’un murmure vint briser le silence qui était tombé, un « Enchanté Maya » qui la fit sourire et elle eut le sentiment d’être à nouveau une adolescente naïve et prompte à tomber amoureuse pour un rien. Une sensation qui ne l’avait pas gagnée depuis une éternité, et qu’elle mit davantage sur le compte de l’ivresse et de l’étrangeté de la situation que sur le ton sur lequel il s’était adressé à elle. L’instant d’après, elle se retrouva enfin libérée de sa prison de tissu et elle replaça ses mèches folles, emportées par le mouvement de Trent. Elle fut surprise par l’absence complète de fraicheur. Au contraire, elle avait l’impression qu’il faisait une température idéale et que ses joues roses trahissaient à présent les effets que l’alcool avait sur son esprit.
« Nus comme des vers, c’est fait… Je pense qu’il ne reste plus qu’à plonger, maintenant. » Il tourna la tête et Maya garda son regard braqué sur lui encore quelques secondes, appréciant la façon dont la lumière diffuse glissait sur ses traits, les illuminant par endroits, les assombrissant ailleurs et elle grava cette image dans son esprit, espérant que la gueule de bois du lendemain n’en effacerait pas toute trace. Si son état le lui permettait, elle tâcherait de redessiner cette vision à la fois triste et belle qui s’offrait à elle à ce moment précis. Puis elle tourna la tête, elle aussi, pour fixer le fond indissociable du ciel et de l’océan, tous deux se charriant, s’entremêlant et se disputant sur la ligne d’horizon. Elle ne remarqua pas immédiatement le mouvement du musicien et lorsqu’elle perçut son déplacement, elle se contenta de le suivre des yeux avant de lui emboiter le pas, plus lentement, plus pensivement. Trent s’enfonça dans les vaguelettes jusqu’aux chevilles, resta un moment immobile puis jeta un coup d’œil dans sa direction.

« Allez, encore un petit effort ! » s’exclama-t-elle en le dépassant. « C’est pas le moment de se rétracter ! »

Et comme pour donner l’exemple, elle s’avança jusqu’à avoir de l’eau à mi-cuisses. Alors, seulement, ressentit-elle les premiers effets de l’eau froide sur sa peau nue. Son corps se couvrit de chair de poule et elle porta le coup de grâce en plongeant la tête la première dans la vague suivante, reparaissant moins de dix secondes plus tard en émettant un rire porté par l’aspect glacial qu’avait pris sa baignade. Elle sentit le froid engourdir ses membres, faire frémir son cœur, liquéfier son estomac, lui faisant oublier le reste, ou presque.

« Je crois qu’il me faudra le double de martini pour réussir à me réchauffer » déclara-t-elle en effectuant quelques brassées pour rester sur place et ne pas être emportée par le courant, guettant du regard la même réaction chez son compagnon de baignade. « A moins que la pièce en décide autrement » ajouta-t-elle malicieusement. « Ou que tu te proposes » continua-t-elle plus bas, noyant la moitié de sa phrase en immergeant sa bouche sous l’eau salée.

Elle sourit sous l’eau, nageant avec le calme qui caractérisait son état. Elle avait l’impression d’avoir le cerveau anesthésié, sans parler de son corps qui ne répondait plus vraiment. Elle avait rarement eu la sensation de flotter comme ce soir mais elle ne pouvait nier un esprit léger et dépourvu d’appréhension. Au contraire, comme si la brume enveloppait sa conscience, elle devenait à la fois plus désinvolte – si c’était encore possible – et grisée par l’inattendu de leurs destinées mais également plus consciente de ce que son corps recherchait, et de ce que son attention guettait : elle voulait passer outre cette distance qui séparait deux individus qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam pour le toucher, glisser les doigts sur son épaule, tout simplement. Sentir la chaleur qui se dégageait de sa peau pour lui faire retrouver son état humain et non ce point d’interrogation qui flottait dans les yeux de la jeune femme.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Dim 17 Avr 2011 - 1:23

« Allez, encore un petit effort ! C’est pas le moment de se rétracter ! » La voyant le dépasser d'un pas de toute évidence plus vif et plus confiant que le sien, Trent la regarda s'enfoncer dans l'eau jusqu'à mi-cuisses et tanguer légèrement tandis que les rouleaux des vagues s'éclataient contre sa peau d'une blancheur spectrale maintenant que plus aucun vêtement n'était là pour faire barrière entre son épiderme et la lumière laiteuse de la lune. Silencieusement, Marshall fit encore un pas ou deux jusqu'à sentir l'eau lui lécher les genoux. Il envisageait de marcher encore un peu afin de se retrouver immerger jusqu'à la taille quand la silhouette de Maya disparut soudainement après qu'elle eut plongé au creux d'une vague. Interdit, il la vit refaire surface quelque mètres plus loin et éclater de rire en se demandant s'il valait mieux avancer lentement mais surement ou si l'imiter en fonçant dans le tas restait la meilleure des solutions. Le « je crois qu’il me faudra le double de martini pour réussir à me réchauffer » qui suivit son éclat de rire le fit pencher pour la deuxième solution. De toute évidence il allait avoir froid, autant donc y aller franco ... Cela dit, son attention fut détournée alors qu'il envisageait sérieusement de plonger tête la première. Lorsqu'elle souligna que la pièce en déciderait peut-être autrement, il se fit la réflexion que l'originalité de ce bain de minuit trouvait son principal défaut dans le fait qu'il leur serait difficile de miser quoique ce soit ici, dans l'eau, alors qu'il n'avait pas pris la pièce avec lui et que, de toute façon, rater le lancé aurait revenu à la perdre dans les profondeurs (or il était plus que probable que plus la nuit avancerait, moins ils seraient à même de bien rattraper la pièce, pique d'alcoolémie oblige). « Ou que t ... » Un bruit de bulles se mêla au bruit de fond de l'océan, rendant toute compréhension impossible. Arquant un sourcil en la voyant s'éloigner à coups de petites brasses, Trent inspira un bon coup et se jeta à l'eau.

Sa première réaction lorsqu'il se retrouva parfaitement immergé fut d'ouvrir grand les yeux en prenant enfin conscience du changement de température. En revanche, ce chaud / froid eut l'avantage de lui éclaircir un peu plus les idées et de contenir pour quelques temps encore l'état vraiment trop nébuleux dans lequel - il le savait - il finirait par se retrouver lorsque les dernières gorgées de whisky qu'il avait avalé trop vite feraient leur effet ... Ainsi, profitant d'y voir encore plus ou moins clair, il nagea en apnée jusqu'à ne plus avoir d'air dans les poumons et remonta à son tour à la surface en secouant la tête pour dégager de son front les mèches rebelles qui lui barraient la vue. Instantanément, la peau de son visage sembla protester. Ce qui jusqu'alors n'avait été qu'une petite brise nocturne particulièrement agréable s'avérait désormais être un vent que l'humidité de sa peau lui faisait percevoir comme froid et mordant. Toutefois, la gêne occasionnée restait parfaitement supportable et il lui suffit de se rendre compte que Maya n'était qu'à un mètre ou deux de lui pour se désintéresser parfaitement de cette incommodité. « Ou que quoi ? » Reprit-il en avançant vers elle et en se servant de ses bras pour ne pas se faire submerger chaque fois qu'une vague en peu trop enjouée s'enroulait non loin de lui et cherchait à l'emporter dans son sillage. Quand il fut parvenu à la hauteur de la jeune femme, soit à cinquante centimètres environ d'elle et de son espace de " sur place ", il stoppa son avancée et se contenta d'attendre la réponse tout en constatant vaguement qu'il n'avait plus pied. « De toute façon c'est à mon tour de miser ... » Rappela-t-il dans la même foulée avec l'air caractéristique qui accompagnait généralement ses moments de réflexions, soit un regard vague et une impassibilité omniprésente sur les traits de son visage. « Pile, quand on retourne sur le sable tu me dis un secret que tu n'as jamais partagé avec personne. Face ... hum ... quand on arrive à la maison je te joue un morceau que je n'ai jamais joué à personne. » Son regard interrogatif semblait lui demander si ce deale lui paraissait acceptable ou non.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Lun 18 Avr 2011 - 22:30

Le remous des vagues avait cela d’apaisant qu’il était doux et régulier. Il en aurait presque fait oublier que l’eau était glaciale, que le soleil n’avait pas encore eu vraiment le temps de la réchauffer. Le temps avait beau être magnifique en Floride, il ne fallait pas se leurrer, surtout la nuit. Mais était-ce vraiment important ? Visiblement non puisque cela ne les avait pas empêché de se baigner. Elle sentait ses membres s’engourdir, ses dents commençaient à claquer et ses lèvres devaient sûrement virer vers un bleu délavé qui trahissait son état. Mais elle ne prêtait aucune attention aux signaux que son corps envoyait. Elle refusait d’écouter la petite sonnette d’alarme qui résonnait dans son esprit, lui enjoignant de sortir immédiatement et de trouver un endroit au chaud et au sec. Au lieu d’opter pour la raison, elle laissait l’ambiance la submerger et elle eut envie de pencher la tête en arrière, de fermer les yeux et de se laisser flotter au gré des vagues. La seule chose qui la retenait, c’était qu’elle avait bien conscience de ne pas être en pleine possession de toutes ses facultés et qu’elle ne voulait pas risquer la noyade. C’aurait été stupide de gâcher une telle soirée avec un incident pareil. Alors elle laissa l’eau lui masser le dos, le ventre et les jambes, faisant abstraction des frissons qui lui parcouraient le corps de façon de plus en plus alarmante.
Au lieu de s’inquiéter de l’état dans lequel elle ressortirait, Maya guetta Trent dans l’obscurité. Les lampadaires étaient à présent bien trop loin pour les auréoler de leur lumière douce. Elle ne distinguait rien à part le son caractéristique des vagues. Tout semblait d’un noir d’encre presque effrayant et elle se demanda un instant si c’était à cause de son taux d’alcoolémie ou si la nuit était bel et bien noire à ce point. Elle n’eut pas vraiment le temps d’approfondir sa réflexion car le visage dégoulinant du musicien reparut bientôt. Maya l’observa émerger, devinant au mouvement qu’il fit qu’il dégageait son front de ses cheveux trempés. « Ou que quoi ? » demanda-t-il en s’approchant. Elle se pinça les lèvres, incertaine de vraiment vouloir répéter ce qu’elle avait voulu suggérer avant de noyer sa phrase dans l’eau salée. « De toute façon, c’est à mon tour de miser. » Elle acquiesça en silence, effectuant une approche d’une brassée censée résister à la vague qui les bouscula. Ce n’était vraiment pas l’endroit le plus aisé pour discuter. Encore moins dans l’état d’ébriété où ils se trouvaient. Mais Maya avait beau commencer à souffrir du froid mordant, elle refusait de retrouver le sable aussi vite. Elle n’était pas venue pour piquer une tête et ressortir aussitôt. Où aurait été le fun là-dedans ? « Pile, quand on retourne sur le sable, tu me dis un secret que tu n’as jamais partagé avec personne. Face… hum… quand on arrive à la maison, je te joue un morceau que je n’ai jamais joué à personne. » Le marché lui semblait intéressant, même si elle ne voyait pas trop ce qu’elle aurait à avouer. Non pas qu’elle n’ait aucun secret, tout le monde a un secret, certains en ont simplement des plus lourds à porter. Au bout d’un moment, elle sourit simplement, les lèvres tremblantes de froid : « Parfait. »
Elle combla les quelques centimètres qui la séparait du corps du jeune homme et glissa ses bras recouverts de chair de poule autour de la nuque du musicien, gardant toutefois une certaine distance entre eux. Ils n’étaient pas encore assez loin que pour que ce geste ne fasse boire la tasse à Trent et de toute façon, elle ne s’appuyait pas réellement sur lui, se contentant de garder un équilibre précaire, légèrement assuré par la présence du jeune homme lorsqu’une vague venait les bercer. « Et je disais… à moins que tu te proposes pour me réchauffer… » Elle avait glissé ça à son oreille sur un ton espiègle, légèrement altéré par l’ivresse et les tremblements qui la parcouraient. Une sirène au loin attira son attention et elle observa les rangées de maisons et petits magasins qui longeaient la promenade. Celle-ci était déserte. Il n’y avait pas âme qui vive, ce qui donna l’impression à Maya qu’ils étaient seuls au monde et dans son esprit, c’était un peu ce qu’ils étaient, en un sens. « Si on se noyait, les gens ne le remarqueraient même pas… » Elle ne savait pas pourquoi une pensée aussi morbide lui avait traversé l’esprit mais elle ne cherchait même plus à réfléchir avant de parler, laissant son esprit vagabonder avant de revenir se focaliser sur son acolyte d’un soir. Son visage était à présent si proche qu’elle aurait pu discerner chaque grain de beauté qui parsemait sa peau si la lumière s’y était prêtée. Au lieu de ça, elle ne remarquait qu’une chose ou deux : ses boucles avaient disparues, plaquées comme elles l’étaient contre son crâne ; ainsi que son regard perçant malgré l’alcool qui filait dans ses veines. Un instant, elle eut l’impression de sentir son visage s’échauffer et comme pour ne pas se brûler, elle relâcha son étreinte autour de son cou. « Je ne m’attendais pas à ce que l’eau soit si froide, quand même » dit-elle en remuant les bras et les jambes pour faire revivre ses membres endormis.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Ven 22 Avr 2011 - 15:26

Lorsqu'elle se mit à sourire en ponctuant le deale d'un " parfait " grelotant de froid, Trent ne put s'empêcher de penser que Colt avait malheureusement raison lorsqu'il prétendait que la perspective d'avoir un musicien jouant un morceau rien que pour elles attirait indubitablement les filles. Et, pour être honnête, Marshall devait bien reconnaitre que s'il s'était mis à la musique dès son entrée au collège ça avait avant tout été pour s'assurer des performances de drague optimisées. Mais, au fil du temps, ils s'étaient fait prendre à leur propre jeu et ce fut la musique qui séduisit les jumeaux plus qu'eux-même ne séduisaient les filles grâce à elle. En couple avec sa guitare et son piano, Trent s'était vite désintéressé des facilités que l'étiquette de musicien lui offrait en terme de séduction. Contrairement à Colt qui adorait en jouer, lui s'était contenter d'aimer son Art (à l'exception de quelques conquêtes de ci de là). Cela dit - et même s'il ne l'aurait jamais avoué - le besoin d'affection qu'il ressentait se faisait parfois si fort qu'il n'hésitait pas, comme ce soir, à ressortir la carte musique pour intéresser une nana. Que ce fut pour jauger l'intérêt véritable qu'on lui portait ou pour tenter de démasquer une groupie dissimulée derrière une apparence de fille tout ce qu'il y a de plus normal, cette carte musique lui permettait soit de gagner du terrain facilement (quant il était disposé à le faire), soit à avoir la confirmation que les choses étaient trop faciles et que le jeu n'en valait pas la chandelle. Ici, en l'occurrence, il ne s'agissait ni de l'une ni de l'autre de ces deux stratégies. Alcool oblige, Trent réfléchissait moins, ou plutôt à moins long terme. Sobre, il n'aurait certainement pas proposé cet échange afin de ne pas prendre le risque qu'il soit accepté pour de mauvaises raisons (son souhait le plus cher ayant toujours été d'être " Trent " et non pas " le rockeur qui m'a chanté une chanson pour moi toute seeeeeule <3 "). Peut-être fallait-il y voir un sentiment de confiance, comme s'il savait d'instinct que proposer ce genre de choses à Maya ne lui vaudrait pas d'être déçu en constatant que son Art plaisait plus à la jeune femme que lui-même. Ou peut-être fallait-il tout simplement y voir l'amorce d'un nouveau test, comme s'il se préparait à observer la moindre de ses réactions lorsqu'elle l'entendrait jouer si, par hasard, la pièce décidait de retomber côté face ... Impossible à définir, impossible à deviner, son système de pensées était bien trop instable pour qu'on puisse encore avoir la naïveté de croire qu'il puisse se contenter de parler spontanément et sans arrières pensées. Trent Marshall pensait toujours. Trent Marshall pensait souvent trop ...

Pourtant, lorsque Maya se rapprocha et enroula ses bras autour de son cou, la pensée du musicien eut un raté. A l'aise vis à vis du contact physique bien que méfiant comme à l'accoutumée, il se laissa faire, curieux, attendant de voir jusqu'où mènerait ce jeu qui semblait dériver aussi vite que leurs corps dans la mer. « Et je disais … à moins que tu te proposes pour me réchauffer … » Souffla-t-elle à son oreille, ce qui eut pour effet de dessiner un sourire énigmatique sur les lèvres de Trent. Pour toute réponse, il posa négligemment ses mains de part et d'autre de ses hanches et ne répondit rien, préférant focaliser son attention sur les traits de la belle visiblement passionnée par quelque chose qu'il ne pouvait voir puisqu'il tournait le dos à la plage. S'il n'était toujours pas éclairé sur les raisons qui la poussaient à agir de la sorte (que ce fut dans sa façon de l'aborder, de lui parler et maintenant de se rapprocher de lui), l'alcool suffisait à lui faire accepter l'idée que tout n'avait pas toujours besoin d'être justifié par un but prédéfini. Être là, tout simplement, et s'amuser du fait que l'avenir proche ne dépendait plus seulement d'eux mais aussi du hasard semblait lui convenir pour le moment et parvenir à réfréner sa propension à toujours tout gâcher avant terme. « Si on se noyait, les gens ne le remarqueraient même pas … » « Une chance pour nous ... » Murmura-t-il, préférant - et de loin - la perspective de mourir noyé en sa compagnie que de se savoir espionné par une aide prête à intervenir en cas de problème.

Lorsqu'elle se désintéressa enfin de la digue pour reporter son attention sur lui, le visage de Trent n'était plus qu'à quelques centimètres du sien. Ténébreux il détaillait chaque particularité de ses traits avec une intensité indécente et parfaitement assumée. L'impression étrange d'être si proches sans vraiment l'être lui donna envie d'aller plus loin, d'en savoir plus, mais la promiscuité de l'instant sembla déranger Maya qui s'écarta sans plus attendre. Resté sur place, Trent la regarda barboter pour se réchauffer et lui accorda un sourire provoquant. « Je vois ... C'est maintenant que je suis sensé me proposer pour te réchauffer, c'est ça ? » Insolent, il nagea la brasse d'espace vide qu'elle avait laissé entre eux en se reculant et reprit place face à elle, plus proche encore qu'il ne l'avait été précédemment. « Alors ? ... » Souffla-t-il en faisant presque se coller leur visage et en la fixant droit dans les yeux tandis que leurs corps entraient en contact, « Tu m'embrasses ... ou pas ? ». Son murmure presque aussi bas que le ronronnement des vagues vint mourir sur les lèvres de la jeune femme tandis qu'il pouvait respirer son souffle tant la distance qui séparait leurs bouches était infime.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Mar 26 Avr 2011 - 15:00

Il y a de quoi se demander quel plaisir ils prenaient à s’immerger dans une eau à la température moyenne, en pleine nuit. Il fallait y être pour comprendre que le froid n’avait aucune importance, que les claquements de dents n’étaient qu’un détail, que seule leur proximité importait. Du moins, aux yeux de Maya qui était fascinée par le personnage. Chaque minute qui passait la confortait dans l’idée qu’il y avait beaucoup à découvrir derrière cette belle gueule et que la découverte serait d’autant plus agréable si elle ressemblait à une récompense. Car il semblait évident qu’il ne se livrerait pas facilement, qu’il ne le ferait que s’il en avait vraiment envie et qu’il lui importait peu de paraitre distant et mystérieux. En beau brun ténébreux qu’il était, il dégageait une aura singulière qui aurait capturé n’importe quelle attention. Maya ne faisait pas exception à ce niveau-là et ne le cachait pas. L’alcool lui faisait tourner la tête et lui faisait presque oublier qu’elle risquait une pneumonie à patauger ainsi dans les vagues. Toutefois, cela aurait moins d’incidence sur elle qui pourrait rester au lit, que sur le musicien, qui se verrait certainement incapable d’assurer un show s’il attrapait quelque chose. L’idée qu’elle soit fautive ne gêna pas du tout Maya. Après tout, c’était la pièce qui avait décidé pour eux, ils auraient très bien pu rester au chaud, mais ça aurait certainement été moins divertissant – et comme elle n’était pas spécialement du genre à danser, cela lui avait enlevé une belle épine du pied.
Il était étrange et paradoxal comme elle appréciait la proximité avec les inconnus, mais qu’en même temps, dans ce cas-ci, elle se sentait percée par le regard du musicien. C’était peut-être encore une particularité du mystère qu’il dégageait, un moyen de faire renoncer les moins téméraires et leurs tentatives de séduction. Plausible. Et compréhensible. Elle ne pouvait imaginer quel calvaire ce devait être de ne pouvoir jauger la sincérité des personnes qui se trouvent en face, de ne pas savoir après quoi elles en ont : lui, sa musique ou, pire, son frère ? Voilà pourquoi elle n’avait jamais été attirée par la reconnaissance, quelle qu'elle soit. Il y avait quelque chose qui sonnait faux. Mais en même temps, s’il n’y avait personne pour se mettre en avant, comment évolueraient les choses ? Elle ne se posa cependant pas la question de savoir s’il la percevait comme quelqu’un qui cherche à obtenir quelque chose de lui ou s’il se méfiait. A priori, il n’en laissait pas grand-chose paraitre et son attitude parfois hautaine n’était pas vraiment vexante, simplement intrigante. Ce qu’elle admirait le plus – et ce, chez tous les musiciens, quel que soit leur instrument de prédilection – c’était cette capacité à faire sortir des mélodies enivrantes. N’ayant elle-même jamais touché à quoi que ce soit, elle trouvait ce don fascinant, comme d’autres devaient être impressionnés par sa façon de dessiner. Chacun son domaine, voilà tout, et Maya admirait les gens talentueux, que ce soit dans la musique ou dans l’écriture, l’art avait toujours cette capacité à faire naitre des choses en elle qu’elle ne soupçonnait pas.
Mais, étrangement, il n’avait pas besoin de musique pour procurer à Maya des sensations. Un regard, un rictus, une moue dédaigneuse et elle se sentait comme hypnotisée par lui. Chose qu’elle n’aimait pas admettre, pour être honnête. Cela lui rappelait trop de choses, des moments qu’elle avait enfoui quelque part dans sa mémoire pour que personne n’y touche. Et voilà que ce garçon qu’elle ne connaissait pas plus que ça arrivait à faire ressortir ses fantômes, d’un simple sourire, d’un simple froncement de sourcils. Il lui rappelait River, il lui rappelait ses premiers émois amoureux, aussi. Il lui rappelait tout ce qui faisait d’elle un être de faiblesse et de détresse. Une sensation aussi agréable que mal venue. Mais l’alcool avait cet avantage qu’il lui laissait l’opportunité de passer outre ces frissons d’appréhension, ainsi que les froissements de son cœur meurtri.
« Je vois… C’est maintenant que je suis censé me proposer pour te réchauffer ? » Toujours ce ton provocateur, railleur, qu’elle ne savait pas vraiment déchiffrer sans pour autant s’en méfier. Il donnait parfois la sensation de repousser les gens pour ne pas être blessé ou touché par quelque chose qui risquait de le déstabiliser. Après, elle ne connaissait rien de lui et comme elle n’avait rien d’une psychologue, elle ne poussait pas la réflexion beaucoup plus loin. Tout le monde avait ses secrets, ses faiblesses, déchirures, ses craquelures, elle était parfaitement placée pour le savoir. Elle le laissa approcher, ne chercha pas à se soustraire une seconde fois à ses yeux clairs transperçants. « Alors ? » Elle se mordilla la lèvre inférieure, chassa les mèches qui s’étaient collées à son front et cessa de remuer quand le corps du musicien vint se presser contre le sien. S’il n’avait pas fait si froid, Maya aurait parié que son corps entier se serait embrasé mais les frissons monopolisant tout le reste, elle ne sentit que la texture particulière de la peau rendue glissante par l’eau. Elle déglutit, ne répondant pas immédiatement à son ton aguicheur, se contentant de le regarder alors qu’il ronronnait presque : « Tu m’embrasses… ou pas ? » Les lèvres de Maya s’entrouvrir, s’arquèrent en un sourire aussi imperceptible que malicieux et elle glissa à nouveau un bras autour de la nuque de Trent, gardant l’autre libre pour venir dessiner du bout des doigts des traits réguliers sur le visage perlé de gouttelettes. Elle traça une ligne invisible le long de son sourcil, une autre sous son œil, une dernière le long de ses lèvres, sur lesquelles ses yeux s’étaient arrêtés avant qu’elle n’ouvre les siennes et vienne, en un soupir, sceller leurs bouches humides et salées.
En l’apercevant, plus tôt dans la soirée, Maya n’avait rien prévu. Mais elle n’avait pas non plus écarté la possibilité qu’ils se rapprochent. Parce qu’elle ne mettait jamais aucune alternative de côté. Elle n’avait pas eu dans l’idée de chercher à le séduire, elle s’était simplement laissée porter par leur jeu idiot et à présent, alors qu’elle en oubliait presque où ils étaient et comment ils en étaient arrivés là, elle avait l’impression de ne plus exister. L’alcool avait fini de déstabiliser son pauvre corps frigorifié. Il avait aussi eu tôt fait de lui faire oublier que c’était ce genre de comportement un peu trop libre qui lui avait valu d’arriver à Miami mais, franchement, pourquoi s’en serait-elle souciée alors qu’elle avait entre les bras le premier garçon à l’avoir intimidée ? Une nouveauté qu’elle désirait approfondir d’autant plus que l’embrasser semblait l’enivrer autant que la bouteille de Martini qu’elle s’était enfilée une demi-heure plus tôt.
« Ne me réveillez pas » souffla-t-elle au bout d’un moment en s’écartant à peine des lèvres de Trent pour laisser échapper ce murmure. Dans l’insouciance du moment, elle avait passé son autre bras autour de lui et s’était pressée contre son torse comme s’il risquait de s’évanouir d’un moment à l’autre. Qu’est-ce qu’elle n’aurait pas donné pour que le temps s’arrête pour de bon, mais la raison étant plus forte que le reste, elle finit par le libérer, n’ayant aucune volonté de le faire fuir en se montrant tout à coup trop collante. « Où est cette pièce, qu’on sache quelle est la prochaine étape ? Sinon je vais me transformer en glaçon… ou te dévorer, je ne sais pas si c’est beaucoup mieux. » A chaque pas en direction de la plage l’eau baissait et elle se couvrit la poitrine dans une vaine tentative pour se réchauffer, alors que son corps trempé retrouvait la fraicheur nocturne et, par la même occasion, cette brise qui risquait de lui filer la pneumonie.
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Mer 27 Avr 2011 - 2:16

D'aucuns, en voyant naître le sourire de Maya et en sentant son bras derrière la nuque, auraient crié victoire avant de se jeter à corps perdu dans le baiser à venir avec une satisfaction somme toute primaire et ayant pour particularité de caractériser tous les hommes ou presque dès lors qu'il était question de femmes et de séduction. Pas Trent. Que ce fut une bonne ou une mauvaise chose (les avantages de cette particularité n'ayant encore jamais été prouvés), le musicien ne criait jamais victoire en terme de séduction et ce pour la simple et bonne raison que son échelle de valeurs et les limites qui définissaient la chose dans son esprit étaient loin, très loin de celles qu'on avait l'habitude de retrouver chez la plupart de ses semblables. Conséquence directe de sa méfiance congénitale et de ce besoin maladif qu'il avait de toujours vouloir obtenir des preuves concrètes de l'attirance ou de l'attachement qu'autrui pouvait lui porter, il en venait inconsciemment à ne plus savoir apprécier la simplicité des choses à sa juste valeur. Après tout, cette fille, toute aussi ouverte et avenante qu'elle ait pu lui paraitre, n'était certainement pas du genre à rouler une pelle au premier type venu, même ivre. Jusqu'à présent son comportement assez lucide n'avait eu de cesse de prouver que c'était bel et bien par choix et non par manque de sobriété qu'elle était venue vers lui et qu'elle s'était rendue sur la plage en sa compagnie. Il aurait donc été facile de déduire que ce n'était pas non plus pour d'autres raisons que pour celle d'une attirance particulière qu'elle se laissait tenter à l'embrasser ... Et pourtant.

Et pourtant, malgré le fait qu'il passa un bras autour de sa taille pour l'inciter à venir se coller à lui, Trent - de plus en plus ivre et, paradoxalement, de moins en moins propice à prendre les choses comme elles venaient - n'en restait pas moins en demande permanente. Comme si ce baiser était une chose à part entière - agréable et plaisante, certes - mais que le fait qu'il soit une chose en soi ne lui permettait pas d'élargir sa signification. Ils s'embrassaient, point. C'était enivrant, grisant et particulièrement troublant compte tenu du fait que l'alcool et le mouvement des vagues les berçaient de cette façon, mais cela n'en restait pas moins " que " un baiser dans son échelle de valeurs. Une échelle de valeur qui, vous l'aurez donc compris, représentait à elle seule tout le nœud du problème qui faisait de Trent Marshall un sale con tyrannique et particulièrement égoïste lorsqu'il décidait d'en vouloir plus, que cela plaise ou non à sa partenaire. Avant, il aurait tant aimé pouvoir se considérer comme n'importe qui et pouvoir se vanter de voir dans n'importe quel geste affectif la même signification qu'y plaçait celui ou celle qui le manifestait. Seulement voilà, avec les années la névrose s'était développée et l'avait rendu tellement méfiant, tellement exigeant, qu'il s'était peu à peu transformé en l'espèce de connard assoiffé de larmes dont toutes ses ex ou presque le qualifiait avec rancœur. Partant du principe que la peine, la douleur et les larmes restaient de toute évidence les sentiments les moins falsifiables par des humains qu'il ne pouvait s'empêcher de considérer comme menteurs et lâches, Trent s'était échafaudé toute une théorie selon laquelle plus il y avait de pleures, plus il y avait d'amour ...

Saoul, il embrassait Maya avec une application passionnée sans pour autant pouvoir jurer - dès lors qu'elle eut demandé à ce qu'on la laisse rêver - que le réveil ne serait pas brutal et / ou difficile ... Malgré son état, il restait conscient que tout finissait toujours par déraper, que ce fut avec ou sans son approbation. Qu'il finisse par se retrouver esclave de ses angoisses où tyran déclaré et assumé, tout se terminait toujours mal et finissait toujours par le conforter dans son idée qu'il avait bel et bien raison, que les êtres perdus ne l'étaient que parce qu'ils n'avaient pas été capable de l'aimer assez et de le lui prouver assez fort. Ce cercle vicieux avait fait son chemin, il avait prouvé sa solidité au fil des années et avait fait voler en éclat plus d'une histoire et plus d'un cœur. Cela dit - et parce que Trent avait beau être pessimiste, l'envie de parvenir à atteindre son idéal utopique restait tout de même présente - il n'en pipa mot à Maya. De un, parce que ce " simple " baiser comme il l'avait si bien identifié dès l'instant où elle s'était rapprochée ne prouvait pas assez d'attachement pour le faire entrer en mode " petit ami absolument invivable et cruel " et, de deux, parce que la perspective que tout puisse très mal tourner si d'aventures les choses étaient venues à aller plus loin entre eux ne l'empêchait toutefois pas d'apprécier le fait qu'il y ait un début avant la fin. Un début qui commençait par un baiser et qui jouissait du privilège de l'inconnu. Il ne la connaissait pas, elle ne le connaissait pas, le terrain était neutre. Assez neutre en tout cas pour retarder un temps soit peu tout débordement agressif et toute mise au pied du mur comme il savait si bien le faire. Alors, même s'il savait d'avance qu'en cédant à la tentation elle venait de mettre le doigt dans un engrenage qui pouvait s'avérer beaucoup moins plaisant que ce qu'ils étaient en train de vivre, il ne se priva pas pour autant de savourer l'étreinte et d'apprécier l'échange en lui caressant le dos.

Finalement, lorsqu'elle s'écarta de nouveau, il la toisa une fois de plus et accepta de la suivre dans son retour vers la plage malgré l'alcool qui l'anesthésiait complétement son corps et qui ne lui permettait plus vraiment de savoir s'il faisait froid ou si les fourmis qui lui picotaient les muscles étaient le résultat direct d'une perte de sensibilité due à l'ivresse. « Me dévorer tu dis ? » Releva-t-il une fois qu'ils furent revenus à leur point de départ. « Entre ça et ta remarque qui soulignait le fait qu'on pourrait mourir ici sans que personne ne s'en aperçoive, heureusement que je ne suis pas froussard. D'autres auraient pu y voir l'humour noir d'une meurtrière en puissance ... » Lâcha-t-il, grave, même si le sourire en coin qu'il lui servit en lui tendant la pièce qu'il venait de récupérer dans la poche de son jeans contredisait sa parodie d'inquiétude et laissait clairement sous-entendre qu'il n'était pas impressionné. « Lance avant de miser, qu'on sache si tu te confies maintenant ou si c'est moi qui joue tout à l'heure. » Et, en attendant qu'elle lance, il en profita pour se rhabiller d'une manière rendue plus qu'approximative par le froid, l'engourdissement de ses membres, le fait que le tissu accroche à sa peau mouillée mais aussi - et surtout - par son taux d'alcoolémie qui lui donnait bien du mal à se tenir sur une seule jambe pour enfiler jeans et sous-vêtement.


Dernière édition par Trent J. Marshall le Ven 29 Avr 2011 - 17:24, édité 2 fois
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Mer 27 Avr 2011 - 22:43

A croire qu’elle n’avait plus aucune confiance en elle. Il lui faisait perdre tous ses moyens et si elle ne s’était pas détachée de lui, elle n’aurait pas résisté à l’envie de l'envahir – ce qui l’aurait fait fuir, c’était pratiquement certain. Sans vraiment connaitre le musicien, Maya sentait chez lui une méfiance et une distance peu communes. Elle n’irait pas chercher à analyser davantage, car ce n’était pas ses affaires et parce qu’elle n’allait pas commencer à plancher sur son background alors qu’elle le découvrait à peine et pouvait très bien ne plus jamais avoir affaire à lui par la suite. Elle n’était pas idiote, cette éventualité était même une probabilité. Des rencontres d’un soir comme celles-là, elle en avait vu pas mal au cours de ces dix dernières années. Des moments aussi complices qu’éphémères qu’elle ne regrettait généralement pas mais ne cherchait pas non plus à réitérer. Comme si une bulle protégeait ce genre d’instant de toute répétition. Des moments voués à être uniques. Mais là, le voulait-elle vraiment alors qu’elle regagnait leur petit tas de vêtements abandonnés sur le sable ? Elle n’en était pas certaine.
Se penchant pour ramasser son pantalon couvert des grains de sable qui avaient dû s’envoler avec la brise nocturne, elle le secoua en grelottant avant de l’enfiler. Elle fourra sa petite culotte dans sa poche, n’ayant aucune envie d’avoir des démangeaisons partout, ce qui serait immanquable vu que le bout de tissu avait été complètement recouvert le temps de leur baignade et elle se rhabilla complètement alors qu’elle écoutait le ton inquisiteur de son compagnon de soirée. « Me dévorer, tu dis ? » Elle lui jeta un coup d’œil, laissa un sourire arquer ses lèvres et enfila sa veste, grimaçant en sentant les grains irriter sa peau tendre. « Entre ça et ta remarque qui soulignait le fait qu’on pourrait mourir ici sans que personne ne s’en aperçoive, heureusement que je ne suis pas froussard. D’autres auraient pu y voir l’humour noir d’une meurtrière en puissance. » Elle ne répondit rien, se contentant d’afficher un air indescriptible et elle s’apprêtait à se pencher pour ramasser la bouteille de Martini lorsqu’il lui tendit la pièce. Elle l’accepta avec moins d’entrain que les fois précédentes et pour cause, elle avait réfléchi un instant au secret qu’elle pourrait dévoiler si la pièce venait à tomber sur pile. Elle n’avait rien de honteux à cacher et la seule chose qu’elle pourrait lui raconter était trop douloureuse pour être évoquée, surtout avec un garçon qu’elle connaissait à peine. Elle ne parvenait déjà pas à aborder cette part d’elle-même avec Adriel alors avec Trent… Mais d’un autre côté, peut-être que c’était justement parce qu’Adriel était trop proche et lisait en elle comme dans un livre ouvert qu’elle cherchait à tout prix à changer de sujet dès qu’on abordait le cas River. Ravalant la boule qui s’était formée dans sa gorge à la pensée de son frère, elle lança la pièce et l’aplatit d’un geste étonnamment précis pour quelqu’un qui avait bu autant. « Face » déclara-t-elle en découvrant le verdict. « Ça tombe bien, je n’ai qu’une envie, me retrouver au chaud. » Elle glissa ses mains dans les poches de son pantalon et regarda le musicien se rhabiller en trépignant sur une jambe et puis sur l’autre pour enfiler son pantalon. Elle jeta un œil au cadavre de la bouteille, à ses pieds et la recouvrit distraitement de sable du bout du pied. Elle ignorait si l’ivresse du moment était passée, ou si c’était le froid qui était à l’origine de son manque d’enthousiasme soudain, ou bien si c’était le regret d’avoir déjà retrouvé le confort contestable de ses vêtements. Alors qu’elle reportait son attention sur Trent, elle se surprit à avoir envie de se blottir dans ses bras, de simplement le sentir glisser un bras autour d’elle. Elle chassa rapidement le nuage gris qui avait fait son apparition. Ce n’était pas ce soir que River viendrait la hanter et gâcher une compagnie aussi agréable. « J’espère pour toi que tu as réellement une chanson secrète à jouer, sinon tu seras obligé d’improviser. » Elle se pencha, vacillant légèrement, seule démonstration encore visible qu’elle n’était pas en pleine possession de ses moyens, et attrapa d’une main ses ballerines et de l’autre la bouteille, qu’elle rechignait à abandonner là, pour une raison aussi mystérieuse qu’idiote. « Bon, c’est par où chez toi ? Par là ? » demanda-t-elle en pointant la bouteille vers le nord. « Par-là ? » ajouta-t-elle en désignant l’océan invisible. « Ou par-là ? » finit-elle en montrant les toits et les fenêtres illuminées. « Attends, tu vis seul ou avec ton frère ? » Quelle importance cela avait-il ? Aucune, au fond. Il allait jouer un morceau. Point. Cela n’impliquait pas beaucoup plus pour l’instant. Et pourtant elle ne voulait pas qu’une intrusion vienne faire éclater la bulle dans laquelle ils évoluaient depuis trois heures. Encore moins que ce soit le frère-dont-elle-ignorait-le-nom qui vienne tout gâcher. Encore une fois, elle ne sut situer l’origine de la simple irritation que cette perspective insinua dans ses veines gelées. « Enfin, en fait ça n’a pas d’importance. Tant qu’on est seuls et tant que je peux rester avec toi jusqu’à ce que t’en ai marre de moi et que tu veuilles que je fiche le camp. » Elle avait dit ça avec un sourire narquois. En temps normal, elle n’aurait probablement pas parlé d’elle-même comme ça, comme un objet dont on se débarrassait dès qu’il devenait inutile mais elle n’avait pas envie de se prendre la tête, pas ce soir. Autant que les choses soient claires. Elle aurait même été jusqu’à ajouter que la chanson, à la rigueur, elle s’en fichait, tant qu’elle pouvait finir la nuit le nez enfoui dans son cou, à respirer son odeur chaude et rassurante jusqu’à ce que le réveil s’occupe de les ramener à la réalité. Tout en parlant, elle s’était approchée de lui et s’était arrêtée à un mètre avant de terminer : « Et ne me dis pas que ce que je viens de dire est pathétique, je le sais. Le froid me fait délirer, je n’ai qu’une envie, me rouler en boule en attendant que ça soit gérable. Et si je peux le faire contre toi, c’est encore mieux. » Elle tendit le bras vers les bâtisses qui tapissaient la nuit noire : « Alors, par où, mon capitaine ? »
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Message(#) Sujet: Re: Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite) Ven 29 Avr 2011 - 17:12

Il eut à peine le temps de refermer les boutons de sa braguette que la pièce retombait déjà côté Face, l'informant qu'il devrait donc retrouver assez de lucidité et de dextérité pour jouer, comme promis, l'un de ses morceaux inédits à Maya. Fidèle à lui même, il gratifia la jeune femme d'un regard interdit à tendance condescendante lorsqu'elle sous-entendit qu'il puisse ne pas réellement avoir de morceau secret à lui révéler. Là, malgré le contact désagréable du sable contre sa peau encore humide, il s'appliqua à remettre t-shirt et veste sous oublier de redresser son col façon " j'ai la classe, bien sûr que j'ai des morceaux en réserve, qu'est ce que tu crois ? ". Le passage d'un main rapide à travers sa tignasse suffit à évacuer le surplus d'eau qui s'y logeait et n'est qu'une fois qu'il eut palpé toutes ses poches pour s'assurer de n'avoir rien oublié au sol qu'il consentit à envisager de prendre le chemin du retour. Un chemin du retour qui, visiblement, faisait se poser beaucoup de questions à Maya car cette dernière brandissait sa bouteille à tout va pour savoir par où aller. Silencieux, Trent la regarda faire en constatant qu'à doses d'alcool égales mais à pourcentages différents, il n'en restait pas moins que la jeune femme était aussi pétée que lui (à ceci prêt qu'elle semblait se faire plus bavarde une fois ivre alors que lui se faisait bien souvent plus entreprenant au niveau des actions.) Lorsqu'elle s'inquiéta de savoir s'il vivait avec son frère, Marshall - qui avait toujours partagé sa vie avec son double - ne put s'empêcher de trouver la question impertinente. Évidemment qu'il vivait avec Colt. Cela dit,, partant du principe qu'elle était peut-être enfant unique et qu'elle n'ait pas de jumelle, il parvint quand même à accepter l'idée que cela puisse ne pas couler de source pour tout le monde. De toute façon, le fond du problème ne semblait pas se trouver là et elle le confirma en enchainant sur un « Enfin, en fait ça n’a pas d’importance. Tant qu’on est seuls et tant que je peux rester avec toi jusqu’à ce que t’en ai marre de moi et que tu veuilles que je fiche le camp. » qui lui arracha un sourire tout aussi narquois que celui avec lequel elle avait prononcé sa phrase. Sa franchise n'arriverait pas à le mettre mal à l'aise, pas même avec un tôt d'alcoolémie qui - éventuellement - aurait pu laisser croire à l'épanouissement d'une aptitude à la culpabilité. Il assumait trop bien d'être un parfait connard sur quasi tous les points des relations sentimentales pour que le fait qu'elle le mette face au fait accompli - sans forcément prendre conscience du point auquel elle visait juste d'ailleurs - ne le fasse se sentir honteux. Partant de ce principe, il avait même tendance à inverser la vapeur en crachant au visage des pauvres filles abandonnées qu'il ne tenait qu'à elles de lui montrer à quel point elles pouvaient être intéressantes et à quel point le fait de garder son attention sur elle comptait à leurs yeux (voire de lui montrer ce qu'elles étaient capables de faire pour garder son regard sur elles). " On n'a jamais rien sans rien ", fort de sa paranoïa personnelle, Trent était devenu un maître dans l'Art de faire du chantage aux sentiments ...

« Et ne me dis pas que ce que je viens de dire est pathétique, je le sais. Le froid me fait délirer, je n’ai qu’une envie, me rouler en boule en attendant que ça soit gérable. Et si je peux le faire contre toi, c’est encore mieux. » « La pièce est ton amie, donne-toi les moyens d'avoir ce que tu veux, tente la chance ... » La provoqua-t-il en se rapprochant d'elle pour combler le mètre d'espace vide qu'elle n'avait pas terminé de parcourir en marchant vers lui tout au long de ses divagations. Arrivé à quelques centimètres de son visage, il recommença son manège de séduction et approcha sa bouche dangereusement prêt de celle de la demoiselle. Là, il attendit de voir se profiler l'amorce d'un baiser avant de se redresser brusquement et de répondre à sa question en tendant le bras vers le Nord-Est. « C'est par là. » Affirma-t-il calmement, comme le fait de frustrer les gens de la sorte n'avait pas de quoi le faire se sentir coupable. Sans plus attendre, il ramassa ses chaussures et entama la marche du retour vers la digue, persuadé que - quoiqu'il arrive - il sentirait bientôt la présence de Maya à ses côtés ...

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