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 « Under haunted skies I see you » feat. Dannii Docherty

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Message(#) Sujet: « Under haunted skies I see you » feat. Dannii Docherty Jeu 28 Avr 2011 - 21:39

Under haunted skies I see you
Where love is lost your ghost is found


Encore une nuit passée les yeux ouverts. Il avait contemplé son plafond pendant des heures, le regard vide, comme si la vie l’avait quitté et si ce n’était pas son souhait le plus cher, ça l’était presque. Il y avait longtemps que les larmes ne roulaient plus sur ses joues, ne s’asséchaient pas sur sa peau avant d’avoir atteint le bout de leur route. Pendant des mois, c’était tout ce qu’il avait pu faire. Pleurer en silence sa culpabilité et son chagrin. Il ne sanglotait pas, ne gémissait, n’émettait en réalité aucun son. Seules les larmes trahissaient l’état de profond désarroi et la solitude dans laquelle il vivait. À voir le Pavel actuel, on n’aurait pu penser que se retrouver seul était la meilleure chose qu’il puisse lui arriver. Il était tellement irritable, souvent agressif, à repousser sans cesse les gens qui l’approchaient, qu’on n’aurait pas pu imaginer une seule seconde que c’était ce contact humain qui lui faisait cruellement défaut, qui lui manquait à un point tel que cette seule pensée le meurtrissait chaque jour un peu plus. Mais il était le seul fautif dans cette histoire. S’il avait été plus responsable, plus prudent, il ne serait pas seul aujourd’hui. Il la tiendrait dans ses bras. A chaque fois qu’il fermait les yeux, il les voyait. Ses jolies brunes, ses magnifiques déesses qui avaient illuminés ses jours pendant une période bien trop courte à son goût. Il avait à peine eu le temps de réaliser la chance qu’il avait qu’on lui avait déjà ôté la source de son bonheur. Maintenant, le mal était lancinant, mais plus aussi perçant. En réalité, il n’agissait qu’à la limite du sommeil, quand l’esprit du photographe était encore à moitié lucide, qu’il n’avait pas encore atteint la sécurité des limbes de son inconscient. Dans ces moments-là, tout ce qu’il percevait, c’était des yeux hypnotisant. Des sourires attendrissants.
Autant dire qu’à son réveil, vers neuf heures, il avait le cœur lourd et l’esprit encombré. Quitter ses draps et se plonger sous la douche n’avait pas suffit à effacer l’objet de ses rêves agités et où qu’il aille, quoi qu’il fasse, des souvenirs refaisaient surface, le hantant jusqu’à l’épuiser tant mentalement que physiquement. Il quitta la maison qu’il habitait pour un temps déterminé dans l’espoir que l’air frais lui changerait les idées et ferait disparaitre des images qu’il désirait à tout prix effacer. Son errance dans le centre de Miami eut au moins l’avantage de le forcer à se focaliser sur autre chose que sur la migraine qui lui tenaillait le crâne. Il devait éviter les gens, regarder à droite et à gauche quand il traversait et s’arrêter de temps à autre devant une vitrine lorsqu’un objet attirait son attention. Cela pouvait paraitre futile mais c’était suffisant pour l’épargner et le soulager un minimum, même si ce n’était jamais aussi efficace qu’une bonne rasade d’alcool. Mais bien qu’il ait une fâcheuse tendance à virer doucement mais sûrement vers l’alcoolisme, Pavel n’en était pas encore au point de s’enfiler quoi que ce soit si tôt dans la journée. Il ne voulait pas tomber dans ce cliché-là, même s’il savait que le reste de son comportement suffisait à éclairer les gens sur sa véritable nature. Il tâchait de garder une certaine limite, même si elle pouvait paraitre dérisoire.
Il se trouvait sur un boulevard, le regard vague, n’accordant aucune attention aux gens qu’il croisait et s’il s’arrêta un instant, ce fut parce qu’il y était bien forcé car le feu des piétons était passé au rouge. S’immobilisant sur le bord du trottoir en soupirant, il enfonça les mains dans les poches de son pantalon, ignorant le regard de la jeune femme qui le reluquait, à sa droite, gloussant au téléphone sur un ton conspirateur. Affichant un air dédaigneux, il tourna la tête à l’opposé et observa la route qui s’élançait. Tout semblait tellement actif, tellement vivant, alors qu’il avait l’impression qu’il était mort et invisible. Les voitures ralentirent et le feu passa au vert après quelques secondes d’immobilité totale. Pavel s’engagea sur le passage d’un pas nonchalant, n’ayant aucun but réel, ignorant même où il allait, quand son regard délavé capta le visage d’une jeune femme qui traversait dans le sens inverse.
Dire que le cœur de Pavel éclata en morceaux fut un euphémisme. Interloqué par la vision qui se présenta à ses yeux, il s’immobilisa en plein milieu du carrefour, suivant du regard la jeune femme qui n’avait visiblement pas remarqué son trouble. Le jeune photographe se frotta machinalement les yeux, pour s’assurer qu’il ne divaguait pas, et comme la vision était toujours là, il resta un instant tétanisé par cette réalité. C’était impossible. Il avait assisté à son enterrement, il avait vu son père s’effondrer. Il avait pratiquement vu le corps être emporté, loin de la scène du drame, du massacre innommable qui avait fait basculé le monde des Chelmsford. Adia Chelmsford était morte plus de deux ans plus tôt, dans des circonstances aussi horribles que tragiques et il était donc impossible qu’elle se promène allègrement dans Miami. Et pourtant, Pavel ne pouvait plus bouger, les membres figés, incapable de faire un mouvement, que ce soit dans un sens ou dans l’autre et ce sont les coups de klaxon furieux qui le poussèrent à sortir de sa torpeur et à rebrousser chemin, alors qu’il se glissait dans le sillage de la jolie brune. Hypnotisé, incapable de réfléchir à l’image qu’il devait donner à la suivre comme ça, Pavel marcha à un rythme saccadé, les membres en coton, la gorge sèche. Tout lui hurlait qu’il se trompait, qu’il ne s’agissait pas d’Adia, mais son cœur avait depuis longtemps pris la possession de ses facultés de réflexion et il n’eut d’autres choix que de lui emboiter le pas, peu importe où elle se rendait, il fallait qu’il sache, il ne pouvait pas retourner à son monde perdu sans en avoir le cœur net.


Dernière édition par Pavel Chelmsford le Sam 28 Jan 2012 - 13:07, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: « Under haunted skies I see you » feat. Dannii Docherty Dim 1 Mai 2011 - 12:05

    Le soleil de Floride avait déjà bien réchauffé les rues de Miami lorsque Dannii poussa la porte du Jannie's pour une mission spéciale. On l'avait chargée d'aller faire deux trois commissions pour la Cuisine puisqu'une commande toute particulière avait été passée par un des clients de la boîte pour une sorte de banquet familial. Si d'ordre général, Dannii n'appréciait pas forcément être reléguée au statu de coursier, aujourd'hui, une petite escapade en ville ne lui déplaisait pas et allait même jusqu'à la ravir. Il y avait longtemps qu'elle n'avait plus fait autre chose que bosser et rentrer chez elle et voir du monde et se mêler à la foule commençait même à lui manquer, chose peu concevable lorsque l'on connaissait le tempérament plutôt solitaire que la jeune femme avait développé ces dernières années. Elle prévint une de ses patronnes du montant qu'elle avait pris de la caisse et se dirigea vers la sortie d'un pas léger, laissant derrière elle ses responsabilités au sein de la boîte le temps d'effectuer cette course. Elle n'emprunta pas le trajet le plus direct, préférant profiter de ces quelques minutes de répits pour déambuler à travers la ville, à pieds, vu que sa voiture était à nouveau chez le garagiste pour une énième réparation qui lui coûterait les yeux de la tête.
    La chaleur, qui, à ses débuts en Floride, étouffait la jolie brune à la limite même de l'angoisser, lui semblait être comme une douce caresse du soleil, suffisamment chaude pour qu'elle l'apprécie sans en être gênée. L’irlandaise pouvait dire qu'elle s'était plutôt bien acclimatée à sa nouvelle vie en Amérique; il y avait tout ici; elle ne manquait de rien et vivait sa petite vie tranquille, loin du ciel grisâtre et oppressant de Dublin... Les rues du centre de Miami était bien évidemment bondées et la jolie brune dut à plusieurs reprises esquiver les quelques passants qui fonçaient tête baissée face à elle; manœuvre qui eut le don d'agacer l'hôtesse tant elle passait son temps à zigzaguer entre les touristes qu'elle reconnaissaient entre mille, les mères et leurs poussettes high-tech ainsi que les plus jeunes qui filaient à toute allure sur leur toute nouvelle paire de roller. Elle soupira à plusieurs reprises; jurant parfois, puis s'arrêta au bord du trottoir, prête à traverser lorsque le feu le lui indiquerait. Il valait mieux qu'elle change de direction tout de suite si elle ne voulait pas continuer de se faire bousculer à tout va, alors, lorsqu'enfin, les voitures de luxe de la ville s'arrêtèrent pour laisser passer les piétons, Dannii emboîta le pas et changea de trottoir, ne prêtant aucune attention aux gens qui marchaient face à elle; elle trottina tout droit parmi la foule, se dépêchant de rejoindre l'autre côté de la rue et ne jeta même pas un coup d’œil au type qui s'arrêta un instant sur la chaussée, lorsqu'elle arriva à sa hauteur. Elle esquissa tout de même un sourire vainqueur lorsqu'elle l'eut passé; enfin elle avait réussit à rendre la monnaie de sa pièce à quelqu'un dans cette ville; qui qu'il soit. Ca n'était pas elle qui avait du s'arrêter et zigzaguer pour le laisser passer; c'était lui qui avait du faire une pause dans son rythme pour qu'elle passe la première; parce qu'elle, avait bien eu l'intention de traverser d'une traite, fonçant dans les gens qui ne la laisserait pas passer, fatiguée de toujours être celle qui se poussait pour laisser la place.
    Elle n'était d'ailleurs pas habituée à ça; n'avait pas été élevée de la sorte mais elle avait du adapter son comportement à Miami et à la Floride puisque la mentalité et la façon de voir les choses était bien différente ici qu'en Europe. Alors elle s'était quelque peu adoucit; préférant tout reprendre sur de bonnes bases et acceptant d'être considérée comme une jeune femme quelconque de son âge. Ici, personne ne savait de quelle famille elle venait, elle faisait totalement peau neuve et même si elle ne reniait pas qui elle était, la jeune femme tentait de voir les choses sous un autre angle. Si elle devait aller faire des courses pour ses patronnes, elle le faisait, mettait sa fierté de côté et y allait elle même.
    Elle passa d'ailleurs le seuil du supermarché que Jane lui avait indiqué et attrapa un panier bleu avant de se mettre en quête de ce qu'il lui fallait. Elle avait la liste avec elle, le plus long serait de trouver les bons produits parmi tous ces rayons; mais elle avait le temps; personne ne lui avait donné d'heure de retour et elle savait aussi qu'on ne la renverrait pas pour avoir passé plus de temps que prévus sur une course. elle blâmerait les touristes ou la circulation si il le fallait...
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Message(#) Sujet: Re: « Under haunted skies I see you » feat. Dannii Docherty Jeu 5 Mai 2011 - 20:16

Pourtant Adia n’avait été qu'un fragment dans l’existence de Pavel. Arrivée si tard dans sa vie, elle était repartie trop vite, trop tôt, dans des circonstances trop tragiques. Il découvrait à peine le plaisir qu’elle lui procurait par sa simple présence, l’apaisement qu’elle diffusait chez lui. Elle recelait d’une énergie qui manquait au jeune musicien et il s’était abreuvé toute la durée de leur rapprochement. Lui qui se sentait seul au monde avait non seulement trouvé un petit coin de paradis en Californie, mais il était également tombé sur sa sœur. Sa demi-sœur, en réalité, mais cela n’avait aucune importance. Elle était sa famille. Lui qui se croyait seul pour toujours, avec pour seules racines une mère dépossédée de son âme et des grands-parents russes qui n’avaient pas voulu entendre parler de lui lorsqu’il avait voulu les connaitre, il s’était découvert une famille paternelle, une jeune femme aussi ravissante qu’adorable et il avait vraiment cru avoir atteint ce bonheur inespéré.
Pendant quelques mois, il avait goûté aux joies d’avoir une sœur de cœur, une sœur de sang, si différente de lui mais dans laquelle il se reconnaissait. Il n’avait pas rencontré son père. Cela ne l’avait jamais intéressé et le fait qu’il soit associé à Adia n’était vraiment qu’un détail pour le jeune homme qui n’avait d’yeux que pour la jeune Californienne. Alors pourquoi la lui avait-on volée ? Pourquoi lui avaient-ils dérobé l’une des seules personnes à parfaire son bonheur fragile ? Il était furieux contre le monde entier, il avait été happé par un gouffre sans fond. La douleur était d’autant plus aiguë qu’il avait frôlé du bout des doigts cette félicité à laquelle il aspirait tant. Jusque là, il avait accepté son destin, ses malheurs, sans se plaindre. Parce qu’ils étaient son lot quotidien et qu’en réalité, il ne connaissait pas grand-chose d’autre. Alors quand cet ange aux yeux hypnotisants lui avait été offert sur un plateau, Pavel n’avait pas compris, mais il n’avait pas réfléchi et il avait dit merci. Que pouvait-il faire d’autres ? Et puis, à peine croyait-il enfin à sa chance qu’Adia avait disparu. Perdue à jamais. Envolée, dérobée, désintégrée par l’âme tordue d’un fou furieux. Qu’est-ce que ça lui faisait que la justice ait été faite ? Qu’est-ce que ça changeait au fait qu’il avait perdu sa petite sœur, dans toute l’histoire ? Rien. À part qu’il aurait eu envie d’étrangler le connard qui avait mis un terme à sa joie.
Autant dire que le cœur de Pavel avait eu du mal à encaisser la vision qui l’avait percuté alors qu’il traversait le boulevard. Si sa conscience lui hurlait que c’était impossible, qu’il ne s’agissait pas d’Adia mais d’une hallucination, son cœur hurlait sa peine. Quand bien même elle lui ressemblait énormément, ce n’était pas sa sœur et à la suivre comme il voulait le faire, il risquait de passer pour un détraqué mental mais il ne pouvait résister à l’envie qui le prit aux tripes et qui le guida dans le sillage de la jeune femme. Tous les gens autour d’eux avaient disparus. Il ne restait que lui et cette inconnue à la longue chevelure brune et aux yeux bleus Chelmsfordiens. La gorge nouée, les paumes moites, il la suivit, sans savoir ce qu’il comptait faire exactement. S’il oserait franchir le cap de sa folie et s’adresser à elle ou si la raison reprendrait le dessus et il abandonnerait sa chasse perdue d’avance. Car il souffrirait, dans tous les cas. Son cœur se désintégrerait une seconde fois lorsqu’il réaliserait qu’elle avait beau avoir un physique approchant de celui d’Adia, elle n’était pas Adia, elle avait sa propre personnalité, son propre vécu et elle n’aimerait sûrement pas être vue comme le fantôme d’une jeune femme décédée deux ans plus tôt. Tant pis, il aviserait quand elle remarquerait enfin la présence malsaine de cet inconnu qui la suivait partout. Si elle la remarquait. Si quelqu’un n’appelait pas avant les autorités en remarquant son curieux manège.
L’inconnue pénétra dans un supermarché et sans un moment de réflexion – ce qui aurait peut-être été judicieux – Pavel s’engagea à sa suite, attrapant un panier, un geste mécanique qui noierait au moins l’étrangeté de sa filature. Il ne la quitta pas du regard tandis qu’il remplissait son panier avec un aliment ou l’autre pour donner le change. Il la suivit discrètement entre les rayons, guettant un signe qui lui indique de se lancer ou d’abandonner – la deuxième option serait la mieux – mais rien ne vint contrecarrer ses faits et gestes. Rien, à part la vieille dame qu’il percuta par inattention, ce qui provoqua la chute d’un carton d’œufs qu’elle tenait à la main. Le blanc d'oeuf gicla à travers les interstices de la boite et la voix nasillarde de la vieille s’éleva, outrée. Ah ! Que n’aurait-il pas donné pour la faire taire ! Mais l’attraper et plaquer sa main contre ses lèvres fines et ridées n’était vraiment pas une option. Grimaçant, il lui décocha une œillade assassine et découvrit avec horreur que celle qu’il prenait pour Adia avait tourné son attention vers leur charmant duo, alertée par les cris de la vieille rombière.

« C’est bon, je vais payer pour la casse » grogna-t-il entre ses dents en sortant son portefeuille pour chercher quelques billets.

Il prit un montant trop élevé, fourra l’argent dans la main de la vieille dame, ce qui, heureusement, la calma instantanément sans pour autant qu’elle cesse de le sermonner et elle était toujours occupée à le réprimander lorsqu’elle s’éloigna, agitant la main d’un air révolté.
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Message(#) Sujet: Re: « Under haunted skies I see you » feat. Dannii Docherty Jeu 30 Juin 2011 - 1:11

    L'air conditionné avait été mis en route dans la petite supérette et bien qu'elle ne soulage la jeune femme d'un poids important; Dannii ressentait depuis quelques minutes une désagréable sensation qu'elle ne parvint pas à cataloguer. Après avoir attrapé un panier et sortit la liste de ce qu'elle était venue chercher; elle se dirigea automatiquement à travers les rayons pour chercher les produits énumérés. Elle devait reconnaître que sortir, le temps d'une petite heure à peine, du Jannie's était une réelle bénédiction. Elle ne se sentait pas encore tout à fait à l'aise ici, dans cette ville, et même si sa cousine faisait tout pour l'intégrer à la vie américaine; lui montrant les endroits où aller, ceux à éviter, la présentant même au quartier où elle résidait et en l'informant de la moindre petite anecdote si untel et unetelle, pour la jeune irlandaise, les choses étaient bien plus complexes qu'elles n'apparaissaient aux autres. Elle avait bien trop de choses sur la conscience; des flashs de sa vie en Irlande venaient la hanter et la réveillait parfois même en sursaut pendant la nuit. Toujours, elle avait cette désagréable impression d'être jugée, observée, scrutée... Par qui, par quoi? Elle n'en avait aucune idée mais elle voyait toujours dans les regards des gens autour d'elle une note de jugement. La fatigue liée au stress; il arrivait même à la jeune femme de se sentir persécutée; raison pour laquelle, lorsqu'elle finissait le travail, elle filait droit chez elle et s'enfermait à double tour, ne voulant voir personne, pas même sa cousine, qui avait pourtant été une des raisons de sa venue ici.
    Aujourd'hui, elle était pourtant partie sur le bon pied et avait vu en cette petite course un moyen de relâcher la pression et de prendre le temps de déambuler à travers la ville; mais quelque chose d'abstrait, une idée farfelue sur laquelle elle n'arrivait pas à mettre de label, était venue germer dans son esprit torturé et commençait soudainement à la ronger et à paniquer son coeur. Le visage fermé, les lèvres pincées et son regard azur braqué devant elle; Dannii se rendit compte être réellement physiquement tendue lorsque vint le moment de relâcher la pression autour de la anse de son panier. Elle s'arrêta alors enfin et secoua ses doigts endoloris dans l'air, de façon à leur rendre cette couleur rosée qui les avait momentanément quitté. Elle prit une minute pour reprendre le contrôle de la situation « Tout va bien ma grande, tout va bien. Finis donc tes courses et évite de virer complètement folle. » Sa voix n'était qu'un murmure mais elle eut le don de rassembler les esprits de la belle brune. Elle inspira profondément pour se défaire de cette sensation malsaine qui lui collait à la peau. Mais non loin d'elle, une vieille femme fit tomber sa boîte d'oeufs par terre et celle-ci glissa à quelques mètres des ballerines de Dannii qui sursauta et fit un petit saut sur le côté, de façon à éviter les projections d'oeufs sur ses nouvelles chaussures. Son coeur s'était de lui même emballé et la jeune femme porta une main à sa poitrine alors que son regard suivait la trajectoire de la boîte d'oeufs. La vieille femme gesticulait dans tous les sens en s'adressant à un grand type. « Mais vous vous rendez compte de ce que vous venez de faire? » dit-elle de sa voix raillée à l'attention du jeune homme. Celui-ci, visiblement agacé, plongea sa main dans une de ses poches et sortit trois billets qu'il fourra d'un geste sec dans les mains de la vieille femme, lui assurant ainsi rembourser les dégâts qu'il venait apparemment de causer. La femme s'éloigna non sans faire savoir son mécontentement et un responsable du magasin accourut rapidement pour nettoyer les dégâts. L'espace d'une fraction de seconde, Dannii capta le regard clair du jeune homme en tort et la désagréable sensation avec laquelle elle se battait depuis son entrée dans la supérette refit surface alors qu'il détournait rapidement la tête et disparaissait à travers les rayons tel un voleur. La jeune femme resta immobile avant que le type du magasin ne lui demande si tout allait bien; ce à quoi elle hocha la tête avant de replacer son panier sur son avant-bras et de reprendre le cours de ses emplettes. Mais le coeur n'y était désormais plus et l'esprit de Dannii était à des années lumières de ce qu'elle était censée faire. elle avait perdu sa concentration, elle d'habitude si sérieuse dans ce qu'elle faisait; depuis son arrivée en Floride; avait des moments d'absence durant lesquels son esprit était sollicité ailleurs, Dieu sait où. Elle attrapa avec peu de conviction une barquette de fraises et c'est quand elle aperçut à nouveau la silhouette du grand brun non loin de là qu'elle prit enfin son courage à deux mains « Hey!! Toi là-bas! » s'écria t-elle à l'intention du jeune homme. Elle attendit qu'il se retourne dans sa direction, et prise d'une poussée d'adrénaline, elle se dirigea vers lui d'un pas décidé. Il fallait qu'elle en ai le coeur net, qu'elle sache si c'était elle qui devenait folle ou si au contraire elle avait bien toute sa tête; parce que dernièrement, il lui semblait devenir de plus en plus parano de jour en jour. Quelques personnes, toujours plus curieuses les unes que les autres, suivirent la jeune femme du regard alors qu'elle comblait l'espace qui la séparait du grand brun, mais l'attention de celle-ci était dirigée vers le jeune homme en question et toute information étrangère ne la touchait plus. Elle se sentait comme revigorée et pleine d'énergie et c'est avec un aplomb déconcertant qu'elle s'adressa à lui. « J'ai la désagréable impression que tu me suis depuis quelques minutes, alors j'espère pour toi que tu as une bonne explication, parce que je n'ai vraiment pas la tête à jouer au chat et à la souris avec un parfait inconnu. Qu'est-ce que tu me veux? T'as été envoyé par quelqu'un c'est ça? T'es en filature? Ou bien t'es juste un détraqué? Choisis une autre proie, parce que crois-moi, tu n'as pas envie de jouer à ça avec moi. » lui dit-elle sans ciller; son regard bleu glacial pénétrant celui, tout aussi clair et froid de son interlocuteur.
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Message(#) Sujet: Re: « Under haunted skies I see you » feat. Dannii Docherty Mar 26 Juil 2011 - 20:50

Ce qu’il redoutait se produisit. Mais en même temps, qu’espérait-il comme tournure ? À suivre la jeune femme comme il l’avait fait, il était évident que quelqu’un, si ce n’est sa victime, remarquerait son manège et l’appréhenderait, lui demandant ce qu’il fichait à suivre la demoiselle de la sorte. On aurait vu en lui un violeur en chasse, un psychopathe assoiffé de sang alors que tout ce qu’il était, c’était un garçon meurtri, le cœur en vrille, incapable de dissocier l’image de sa sœur de cette inconnue. Il savait bien qu’il se discréditait d’avance à agir comme un déséquilibré mais à ce moment précis, c’était bien ce qu’il était. Chamboulé, bouleversé par cette vision qu’il pensait impensable, impossible. Mais ses yeux ne pouvaient le trahir, il ne pouvait pas avoir sombré à ce point… n’est-ce pas ? Alors qu’il maudissait sa maladresse, il ne pouvait que regretter d’être tant sous l’emprise de cette vision, de ce souvenir. Il la revoyait, pâle, cadavérique, inerte, sans vie. Il n’était pas là au moment du drame. Il aurait dû. Il aurait dû être là pour la protéger, la préserver d’un autre fou furieux qui se baladait dans la nature. Mais il était trop tard quand il avait appris ce qui s’était passé. La vie avait déjà quitté Adia. Elle n’était plus qu’une enveloppe charnelle. Elle ne sourirait plus, ne rirait plus, ne le regarderait plus de ses grands yeux métalliques, si semblables aux siens. Des yeux qu’ils tenaient du paternel, seul élément commun de leurs existences respectives. Pavel avait découvert qu’il n’était pas seul, qu’il avait une sœur, qu’un autre cœur Chelsmford battait en Californie et que le plus surprenant était qu’ils étaient rassemblés dans une même ville. Mais comme si le destin voulait se moquer de lui, il lui avait ôté cette joie toute neuve en la lui arrachant de la plus horrible façon qui soit. Pourquoi avait-il fallu que les choses prennent cette voie-là ? Il aurait accepté d’être séparé d’elle. Après tout, il l’avait été pendant plus de vingt ans. Il aurait fait son deuil de leur lien fraternel, pourvu que ça signifie qu’elle vivait toujours, qu’elle respirait, rendait d’autres gens heureux. Au lieu de quoi la mort l’avait happée sous la forme d’un épouvantable drame. Comment un être humain pouvait-il délibérément ôter la vie à une autre personne ? Pavel ne comprenait pas. Un accident, c’était déjà un choc. Mais un meurtre ? Comment la Californie, terre promise, terre pleine d’espoir, avait-elle pu faire ça au pauvre Russo-Américain ? Comme s’il n’avait pas déjà souffert suffisamment par le passé.
Un regard en oblique suffit à lui confirmer ses craintes. La jeune femme avait remarqué l’échange houleux. Il détourna la tête aussi rapidement qu’il avait avisé un coup d’œil dans sa direction. Incapable de contrôler ses mouvements, il fit la seule chose qui lui semblait raisonnable : il prit ses jambes à son cou. Il se maudit en lui-même alors qu’il quittait le champ de vision de la demoiselle pour retrouver la sécurité du rayon voisin. Il entendait la voix nasillarde de la harpie qui s’adressait à quelqu’un. Pavel en déduisit qu’elle se plaignait auprès d’un employé de la supérette. Tant pis. Il ne pouvait plus retourner en arrière et quitter l’établissement était tout simplement hors de question. C’était céder à la panique mais c’était surtout mettre de côté la jeune femme. Or, il savait que s’il quittait le magasin sans avoir chassé l’image d’Adia de son esprit, elle le hanterait pour les jours à venir. Bien sûr, il connaissait un remède miracle, il lui suffirait de s’enfiler une bouteille, peu importe l’alcool, et l’image s’estomperait. Le souci, c’était que sa disparition ne serait que temporaire. Tôt ou tard, elle reviendrait occuper ses pensées et il serait pris au piège. Non, il fallait qu’il s’exorcise, qu’il prouve à son esprit qu’il ne s’agissait que d’une torsion de ses souvenirs, que cette inconnue n’était pas Adia. Il ferma les yeux en soupirant, tâchant de retrouver son calme. Quand il estima avoir repris un minimum le contrôle de son corps, il se dirigea vers le rayon alcool. Sa main était déjà prise de légers tremblements. Il connaissait les symptômes de sa noyade. Il suffisait qu’un souvenir l’assaille et c’en était fini de sa combativité. Lui qui usait autrefois toute son énergie à contrecarrer ce besoin lancinant se retrouvait depuis un moment à se laisser attirer, bercé par la certitude que la douce torpeur dans laquelle il serait plongé lui permettrait d’oublier. Et tant pis pour la gueule de bois qui allait suivre.
« Hey ! Toi, là-bas ! » Il n’avait aucune certitude que cet appel s’adressait à lui mais quelque chose au fond de lui le poussa à se retourner. Il pensait déjà voir la responsable l’enjoindre de quitter les lieux. Il fut désarçonné en découvrant qu’il s’agissait en réalité de la demoiselle qu’il avait suivie. Ses traits trahirent sa stupéfaction et l’espace d’un instant, il se demanda si la mémé était la grand-mère du sosie d’Adia. Mais il ne les avait pas vues une seule fois ensemble. Il en conclut qu’elle venait pour autre chose. « J’ai la désagréable impression que tu me suis depuis quelques minutes, alors j’espère pour toi que tu as une bonne explication, parce que je n’ai vraiment pas la tête à jouer au chat et à la souris avec un parfait inconnu. Qu’est-ce que tu me veux ? T’as été envoyé par quelqu’un, c’est ça ? T’es en filature ? Ou bien t’es juste un détraqué ? Choisis une autre proie, parce que crois-moi, tu n’as pas envie de jouer à ça avec moi. » Interdit, il la fixait. C’était Adia, et en même temps, ce n’était pas Adia du tout. Il était maintenant clair qu’elle lui ressemblait énormément, mais son attitude était trop différente pour qu’il se méprenne. Quand elle enchaina en demandant s’il avait été envoyé par quelqu’un, il fronça les sourcils. Elle attendait visiblement une réponse. Se raclant la gorge, ne sachant comment se dépêtrer de cette situation des plus gênantes – les gens les dévisageaient et il avait horreur de ça. Décidant qu’il était plus simple de jouer franc jeu et de tirer sa révérence, il répliqua, sur un ton qui se voulait froid et distant mais qui devait laisser transparaitre son trouble. « Je t’ai prise pour quelqu’un d’autre. C’était clairement une erreur. Je suis désolé. » Il termina abruptement et aurait voulu pouvoir déguerpir au plus vite mais ses jambes refusaient de suivre les ordres et il se surprit à demander, assez stupidement : « Ton père n'était pas dans l'armée, n’est-ce pas ? » L’idée, fugitive mais limpide, que Chelmsford senior ait pu laisser d’autres rejetons dans son sillage lui traversa l’esprit et s’il trouvait absurde de poser la question, il n’avait pas pu taire cette interrogation. Pavel était perdu. La folie le guettait et peut-être qu’elle l’avait finalement atteint, sans qu’il s’en soit rendu compte.
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Message(#) Sujet: Re: « Under haunted skies I see you » feat. Dannii Docherty Sam 30 Juil 2011 - 20:31

    Son regard était à la fois étonné et un brin énervé, probablement une tentative pour la faire fuir, et pendant un court instant Dannii hésita d'ailleurs à rebrousser chemin, retourner là où elle était et finir ses courses, oubliant tout ce qu'il s'était passé ainsi que la sensation étrange qui avait retourné son estomac. Mais au lieu de ça, la jeune femme resta plantée à côté du grand brun et ne cilla pas, bien déterminée à en apprendre plus sur la raison pour laquelle il l'avait suivit dans les rayons du supermarché. Parce qu'elle lui avait posé la question, certes, mais elle était pourtant sûre et certaine d'elle; ce type la suivait, pour qui, pour que, pourquoi, c'était bien ça qu'elle se demandait. Elle avait parlé haut et fort, attirant l'attention de certaines personnes, mais ca lui était égal, et puis il valait mieux avoir des témoins, au cas où le jeune homme se trouver être un vrai détraqué et ne l'agresse. Elle devait quant à elle passer pour une folle, à lui demander si quelqu'un l'avait envoyé en filature la suivre, mais c'était sortit sans qu'elle ne puisse y faire quoique ce soit; l'idée que des gens soient sur ses traces était totalement saugrenue (pourquoi la traquerait-on?) mais la jolie brune ne pouvait s'empêcher d'y penser et l'attitude étrange et distante du jeune homme avait finit de déclencher sa courte paranoïa. « Je t’ai prise pour quelqu’un d’autre. C’était clairement une erreur. Je suis désolé. ». lui dit-il de façon catégorique. Elle analysa chaque modulation, trémolo, changement de ton de sa voix et une moue perplexe vint plisser légèrement son visage alors qu'elle relevait le menton. Il avait réellement l'air troublé par sa présence, pas troublé de s'être fait pris la main dans le sac si on puit dire; mais vraiment troublé de se retrouver nez à nez avec elle, comme si il voyait effectivement en elle quelqu'un d'autre; une ex petite-amie? une vieille connaissance perdue et oubliée? Un fantôme? Impossible pour elle de savoir, mais la jeune femme ne put s'empêcher de regretter de s'être emportée aussi vite. Elle n'était pas si rapide en besogne d'habitude, elle ne jugeait pas les gens au premier regard; elle était bien plus calme et réfléchie que ça mais depuis quelque temps elle avait une baisse de régime et ne se reconnaissait plus elle-même. Si elle voulait être entièrement honnête, il lui arrivait à elle aussi de s'imaginer voir des personnes qui n'étaient pourtant pas là, des hallucinations visuelles, des tours que lui jouait son cerveau, elle en avait fait les frais, oh oui. Récemment par exemple, c'était son petit-ami Nolan qu'elle avait cru apercevoir au coin d'une rue; il y a quelques semaines, c'était le Chef Dubarry qui la regardait, de derrière les fourneaux de la pizzeria où elle avait été mangé avec sa cousine... Elle se racla finalement la gorge de manière discrète et ré-haussa son sac sur son épaule, prête à lui répondre que ca n'était rien, que ca arrivait à tout le monde et qu'elle aurait probablement du ne pas partir en quatrième vitesse de la sorte; mais avant qu'elle ne puisse ouvrir la bouche, le jeune homme reprit la parole et lui posa la question la plus étrange qui soit « Ton père n'était pas dans l'armée, n’est-ce pas ? ». A nouveau, les sourcils de Dannii se froncèrent et elle secoua négativement la tête; sa question la perturba et les mots lui manquèrent, elle ne savait pas trop comment réagir face à cet amalgame évident d'identité. Soit il était en pleine hallucination et pensait parler à quelqu'un d'autre, soit il tentait de dévier le sujet et attirer son attention sur autre chose que sa présence ici. « Non, mon père n'a jamais fait l'armée... Une malformation des ménisques.... » lui expliqua t-elle sans trop savoir pourquoi elle lui avait donné cette information supplémentaire. Un petit blanc s'installa entre les deux jeunes gens, durant lequel Dannii se permit de dévisager son interlocuteur. Au vu des cernes qu'il avait sous les yeux, elle en conclut qu'il n'était pas un grand dormeur, peut-être était-il un grand fêtard à défaut de ça, mais pourtant, son regard bleu métallique ne transmettait pas le genre d'émotion qu'un fêtard transmettrait. Non, ils étaient expressifs à leur façon, teintés d'une lassitude ou d'un dégoût qu'elle ne sut pas interpréter. Ca n'était pas elle qui le dégoutait, elle pouvait en être sûre, mais pourtant, il y avait comme une aversion dans son regard, envers les gens, envers lui, envers quelque chose d'abstrait ou concret. Lorsqu'elle jugea l'avoir suffisamment regardé, Dannii se pinça les lèvres et reprit la parole « Écoutes, je suis vraiment désolée de t'avoir sauté dessus comme ça. Il y a effectivement erreur et j'ai mal dormit cette nuit donc je suis un peu sur les nerfs. Je te prie de m'excuser. On a qu'à dire qu'on est quittes? » dit-elle en lui tendant la main afin qu'ils se quittent en de bons termes, ou tout du moins, qu'ils se quittent en adultes responsables, sans aucune rancune...
    Elle tourna les talons lorsqu'ils se furent salué et retourna à ses emplettes, l'esprit non pas libéré mais au moins allégé d'un poids. Elle ne dut faire toutefois qu'une poignée de mètres avant que ses pieds ne s'arrêtent et qu'elle ne pile net sur place; se mordillant l'intérieur de la joue, la jeune femme inspira profondément et fit de nouveau un demi-tour sur elle-même « Ok, ca fait juste trop étrange comme discussion... » dit-elle en revenant sur ses pas et en rejoignant le jeune homme qui n'avait pas vraiment bougé non plus. « Il est pas encore midi, est-ce que tu es sûr de vouloir attaquer la journée avec ca? ». Elle donna un coup de menton vers la bouteille d'alcool qu'il avait en main et passa une main dans ses cheveux pour les remettre en place « Je dois finir de faire ces quelques courses mais j'ai encore un peu de temps devant moi avant de retourner travailler... Un café ca te tente? Comme ça, tu pourras m'en dire plus sur ton père... Si tu veux, bien sûr. » lui proposa t-elle, tout à fait prête à se recevoir un "non" au visage...
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Message(#) Sujet: Re: « Under haunted skies I see you » feat. Dannii Docherty Ven 5 Aoû 2011 - 11:35

La situation lui paraissait irréelle. Comment pouvait-il lui poser une question aussi ridicule quand il savait au fond de lui-même que c’était impossible. Son père avait fait l’erreur de mettre enceinte une jeune Russe en quête d’aventures, qui ne rêvait qu’à un seul destin : celui que l’Amérique pouvait lui offrir. Jamais il n’aurait été réitérer cet exploit ailleurs. Il avait une famille, il avait dû se mordre les doigts à cause de sa propre bêtise et avait dû prier le Ciel que jamais celle-ci n’apprenne la vérité, celle qu’il avait abandonné une jeune femme tout juste sortie de l’adolescence avec un nouveau né, là-bas, à New York. Oh, Pavel ne doutait pas une seule seconde que la mère d’Adia n’aurait eu aucune pitié pour la mère et l’enfant délaissés, mais ça restait tout de même un souvenir embarrassant et Peter Chelmsford n’aurait pas voulu que la vérité éclate et fasse par la même occasion exploser son couple. Les retrouvailles père-fils avaient été une surprise totale. La découverte qu’il avait une sœur avait permis à Pavel de voir une nouvelle lueur d’espoir dans sa vie. Mais tout avait été réduit à néant, tout était parti en fumée et aujourd’hui, l’ex-musicien n’avait plus ni mère, ni père, ni sœur. Son père était bel et bien vivant mais les deux hommes n’avaient rien à partager et c’est sans rancune qu’ils s’étaient quittés en sachant que les seules choses qu’ils avaient en commun étaient leurs yeux bleu délavé et leur dégaine, leur grande bouche et leurs corps noueux. A part leurs traits physiques, donc, rien ne prédestinait ces deux hommes à entretenir une relation et Pavel qui ne pouvait pas supporter l’idée de rester plus longtemps en Californie avait pris ses affaires et était parti. Aussi savait-il pertinemment que cette inconnue ne pouvait en aucun cas être liée à lui, elle n’était pas une Chelmsford mais les yeux de Pavel ne parvenaient pas à se détacher d’elle. Il saignait et admirait cette beauté naturelle avec la même douceur et la même souffrance. Il ne cherchait pas à attirer la pitié ou la compassion, il ne cherchait pas à se trouver des excuses puisqu’il n’en avait aucune. S’il en était là, c’était par sa faute uniquement et il ne pouvait qu’assumer les conséquences de ses actes même si ceux-ci le menaient dans des situations inextricables et particulièrement gênantes, comme celle-ci.
Sans grande surprise, la jeune femme secoua la tête, répondant ainsi à la question du photographe. Une profonde lassitude l’envahit alors qu’il sentait ses épaules ployer sous un poids encore plus conséquent. Il avait sa réponse, plus rien ne le retenait et il l’aurait laissée partir sans tenter de la retenir si elle avait décidé de conclure là cette conversation des plus étranges. Mais vidée de toute suspicion, elle ne l’abandonna pas, resta face à lui, malgré le silence qui s’installa entre eux. Dépourvu d’objectif, Pavel ne savait comment gérer cette rencontre qu’il n’avait pas voulu provoquer. Il n’avait rien planifié, s’étant contenté de la suivre, ahuri par la ressemblance entre elle et Adia. Il n’avait pas réfléchi à la suite, il ne savait même pas ce qu’il aurait fait lorsqu’il aurait dû reprendre le cours de sa journée. Jusqu’où l’aurait-il suivie ? Chez elle ? Rien que cette pensée le rendit malade. Il n’avait plus toute sa tête, c’était la seule explication. Sa dépression l’avait mené jusqu’au point de non-retour, celui où les hallucinations l’assaillaient, celui où il ne pouvait réprimer un comportement suspect, malgré sa conscience que tout cela ne tournait pas rond. « Ecoute, je suis vraiment désolée de t’avoir sauté dessus comme ça. Il y a effectivement erreur et j’ai mal dormi cette nuit donc je suis un peu sur les nerfs. » Le regard pâle de Pavel, qui s’était perdu dans une contemplation rêveuse, revint à la réalité alors qu’il posait les yeux sur elle. « Je te prie de m’excuser. On n’a qu’à dire qu’on est quittes ? » Il ne s’attendait pas à des excuses de sa part et aurait voulu trouver les mots justes avant qu’elle ne conclue leur rencontre en lui tendant la main. Pavel hésita une seconde puis finit par attraper ses doigts fins pour les serrer avec fermeté, sans pour autant lui broyer les phalanges. Il lui relâcha ensuite la main et la laissa filer, incapable de bouger après cet échange plus que bizarre. Perdu, déboussolé, il resta planté là comme un épouvantail, à se demander comment reprendre le cours de sa vie alors qu’on venait de lui jeter un sort pour le hanter jusqu’à la fin de ses jours. Savoir qu’une jeune femme de l’âge d’Adia se baladait en Amérique, à lui ressembler comme deux gouttes d’eau le laissait perplexe. Jamais il ne pourrait oublier cette journée, même s’il ignorait tout de la demoiselle. Il en était arrivé à un point où il cherchait la sortie du regard, une échappatoire, quelle qu’elle soit, quand la voix de l’inconnue refit surface dans son esprit. « Ok, ça fait juste trop étrange comme discussion… » Sans blague, se dit Pavel alors qu’il clignait des paupières, comme s’il sortait d’une hypnose. « Il est pas encore midi, est-ce que tu es sûr de vouloir attaquer la journée avec ça ? » Avec quoi ? faillit-il demander avant de comprendre qu’elle faisait allusion à la bouteille qu’il tenait à la main. Honteux, il se sentit rougir et il dissimula l’alcool derrière lui, comme si ça allait changer quoi que ce soit. « Je dois finir de faire ces quelques courses mais j’ai encore un peu de temps devant moi avant de retourner travailler… Un café, ça te tente ? Comme ça, tu pourras m’en dire plus sur ton père… Si tu veux, bien sûr. » Il tressaillit à l’évocation de son ‘père’ comme elle l’avait très justement appelé. Sauf que dans l’esprit de Pavel, il n’avait pas de père. Quant à savoir comment elle avait deviné qu’il parlait de son propre géniteur, il n’en savait rien mais la proposition était tellement spontanée qu’il hocha la tête. « Ça me tente, un café. Mais pas de parler de mon père. » Il posa la bouteille d’alcool sur un rayon, se disant qu’un employé prendrait bien la peine d’aller remettre le produit à sa place initiale. « Mais je veux bien te parler de ma sœur. » C’était étrange, comme idée. Mais il avait besoin d’évoquer Adia, pour la faire revivre encore une fois. Une dernière fois, peut-être, mais ce poids laissé par son absence commencerait peut-être à guérir s’il parvenait à parler d’elle au lieu de la cacher dans un recoin de sa mémoire. Et quoi de mieux pour cela qu’une oreille neutre, une parfaite inconnue suffisamment gentille que pour l’inviter à boire un café alors qu’elle aurait pu être soulagée de le voir s’en aller et cesser de la suivre partout.
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