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 from yesterday. -Pavel

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Message(#) Sujet: from yesterday. -Pavel Jeu 26 Mai 2011 - 23:03

Emrys n'était pas certaine elle-même du pourquoi elle se trouvait ici, ce qui était pour le moins embêtant. Il n'y en avait pourtant pas trente-six justifiant un détour par l'hôpital. La raison la plus fréquente n'était déjà pas la sienne, puisqu'elle n'avait nullement besoin des services hospitaliers. Ou tout du moins cela aurait pu être le cas si elle l'avait voulu, seulement il y a bien longtemps qu'elle avait abandonné le suivi de son amnésie qui n'en était plus une depuis décembre. Dès lors qu'elle se retrouvait à présent en parfaite santé, ce suivi aurait donc été bien peu utile, surtout qu'elle ne souhaitait pas que la nouvelle de son rétablissement se sache. Et une flopée de médecins attentifs et armés de questions n'était pas des plus pratiques à cette fin. A vrai dire, elle avait eu quelques difficultés à mettre fin à ces rendez-vous médicales, notamment du fait qu'il y a encore peu elle témoignait une détermination sans failles pour retrouver sa mémoire perdue et au lieu de freiner ces derniers, elle les multipliait. Vif changement de comportement par conséquent, qui n'était de toute évidence pas passé inaperçu pour son médecin qui était même devenu un ami depuis tout ces mois. Et une nouvelle fois, elle avait dû user de mensonges et de ses capacités en comédie pour camoufler sa guérison et étouffer les soupçons environnants. Cependant elle n'était pas certaine que cela se soit révélé suffisant cette fois-ci, car bien qu'elle pouvait dire concrètement adieu à ce suivi médical, elle redoutait que son ami ait décidé de la laisser tranquille pour de mauvaises raisons. Enfin probablement pas parce qu'il l'avait cru en tout cas, même si elle pouvait encore espérer qu'il ne se doutait pas du pourquoi qui la poussait à agir de cette façon. Sa pile de mensonges était donc encore sauve, mais elle regrettait d'en être venue une nouvelle fois à s'entourer de ces derniers. Sa conscience n'était pas tranquille, elle le savait, et c'est en faisant inconsciemment ce cheminement qu'elle trouva quelle raison l'avait poussé à se retrouver ici. Même si elle n'était pas certaine encore de ce qu'elle ferait une fois sur place, elle se dirigeait indubitablement en direction de son ami-médecin d'après ce qu'on lui avait indiqué à l'accueil. Allait-elle vraiment tout lui dire et en faire le premier confident de ses fables, ou bien rendre les armes au dernier moment et se lancer une nouvelle fois dans une série de mensonges pour couvrir ses traces ? Ce n'était pas une décision simple à prendre, les représailles étaient ce qu'elle avait le plus à prendre en compte. Après tout si elle avait préféré tout garder pour elle ce n'était pas sans raison, et maintenant qu'elle leur mentait depuis des mois... Que risquait-elle à jouer cartes sur tables avec lui ? Elle ne voulait pas perdre plus qu'elle avait à y gagner, et ce quelque soit son cas de conscience.
Emrys pilla en plein milieu du couloir, fit volte-face avant de se réfugier dos au couloir perpendiculaire. En l'occurrence, elle savait dorénavant que ce ne serait pas aujourd'hui qu'elle ferait preuve d'honnêteté. Et qu'elle avait définitivement pris trop de risques en se rendant ici. Mais le danger ne venait pas de son ami-médecin, mais de celui qu'elle avait pu retrouver en chemin. Et de tout ce que ce dernier risquait de compromettre sans le savoir. C'était pour elle paradoxal : elle était enfin prête à faire face à son passé verbalement, et le voilà qui se matérialisait physiquement devant elle. Mais elle pouvait encore y échapper. Pour ce qu'elle en savait, le jeune homme en question ne s'était pas rendu compte de sa présence, et elle pouvait toujours rebrousser chemin sans se retourner. Pour ensuite redouter de le croiser à chaque coin de rues, puisque sa présence ici pouvait signifier que son logis ne se trouvait pas loin. Les secondes s'éternisaient sans qu'elle ne parvienne à prendre une décision à ce dilemme cornélien. Et comme elle se serait pincée pour vérifier que ce n'était pas un rêve, elle pencha la tête brièvement pour regarder à l'autre bout du couloir. Il était bien là. Et durant un instant, elle en oublia tout ce que sa présence pouvait remettre en question, pour simplement s'en réjouir. Jusqu'ici, elle n'avait pourtant jamais soupçonné que des éléments de son passé pouvaient autant lui manquer. Mais le revoir, après toutes ces années, nourrit un sourire au coin de ses lèvres. Brusquement, Emrys se ré-adossa au mur qui pouvait les séparer. Non, elle ne pouvait pas se laisser envahir par ce sentiment de nostalgie, le contexte était bien trop complexe pour se jeter sans réfléchir dans ses retrouvailles. Et bien que ses pieds voulaient pourtant la mener à se mettre à découvert, elle ne pouvait piétiner des mois d'efforts à solidifier sa nouvelle identité, sa nouvelle vie. Elle devait faire un choix, ou tout du moins repousser l'inévitable dans les deux cas. Elle avait la désagréable impression d'être cerné, un piège invisible se refermant lentement sur elle. Elle avait besoin de prendre l'air. Avançant dans le couloir qui l'éloignait de lui et la rapprochait de la sortie, elle finit pourtant par s'immobiliser au beau milieu après quelques mètres. Comme si elle rendait à présent son choix à une force bien supérieure.


Dernière édition par Emrys Dolohov le Mer 2 Nov 2011 - 12:00, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: from yesterday. -Pavel Lun 30 Mai 2011 - 22:50

Pavel semblait presque en paix, alors qu’il reposait sur le lit à la blancheur immaculée, relié à un Baxter qui infusait lentement son produit dans le sang du jeune homme. Un goutte à goutte qui lui sauvait la vie, une fois de plus, même s’il ne l’admettrait jamais.
Il avait été trouvé dans une ruelle, le visage égratigné, un poing en sang. La personne qu’il avait durement frappée la veille avait disparu et c’est un passant qui faisait son jogging qui avait repéré sa silhouette avachie contre le mur, le menton reposant contre son torse. Son teint blême avait inquiété le jeune homme matinal qui n’imaginait pas une seule seconde qu’il s’agissait là de sa couleur naturelle. Il l’avait interpelé à plusieurs reprises, le secouant doucement, précautionneusement, de peur de réveiller la bête et comme il n’obtenait aucune réaction, il avait composé le numéro des urgences. Un quart d’heure plus tard, une ambulance était venue récupérer le corps inerte. Les deux médecins avaient vérifiés ses signes vitaux et l’avaient fait basculer sur un brancard qu’ils avaient soulevé d’un même geste. Pavel Chelmsford était proche du coma éthylique et ce n’était même pas surprenant. Son taux d’alcoolémie dépassait largement la limite autorisée et il fut donc placé dans une chambre jusqu’à ce qu’il émerge de son inconscience.
Ce n’était pas la première fois que Pavel atterrissait là, mais c’était bien la première fois qu’il arrivait dans un état aussi déplorable. Il mit des heures à émerger et quand ce fut le cas, ce fut pour ouvrir des paupières lourdes, dévoilant un regard délavé qui avait perdu de sa splendeur et de sa fraicheur. Il ne restait rien du jeune homme d’autrefois, timide et réservé, qui s’attachait si difficilement mais avec intensité. Il n’y avait guère qu’un fantôme qui errait dans un monde trop vivant, trop bruyant. Où allait-il ? Qu’attendait-il de son existence ? Il n’avait aucune réponse à cela. Il patientait en espérant que la douleur se dissiperait, s’estomperait, afin de le laisser en paix, une bonne fois pour toutes. Il avait fait le serment de ne plus chercher le bonheur puisqu’on le lui reprenait presque aussitôt. Alors le diable pouvait bien aller voir ailleurs, accabler quelqu’un d’autre parce que Pavel Chelmsford, lui, il avait eu largement sa dose.
Après avoir ouvert lentement les yeux, Pavel chercha à se situer. Dans le temps, dans l’espace, bien que l’endroit, finalement, était bien facile à deviner. L’odeur aseptisée des hôpitaux était un bel indice pour lui indiquer qu’une fois de plus, il avait dû aller trop loin et qu’une partie de sa mémoire s’était envolée au fil des verres, tant et si bien qu’il aurait été incapable de raconter ce qu’il avait fait la veille. Un grognement émana de son grand corps épuisé et il leva la main pour se masser le visage, sauf qu’un fil en plastique entrava son mouvement et il tourna la tête pour voir l’aiguille qui était enfoncée dans sa veine et qui diffusait dans son sang un liquide incolore et inodore. Se redressant précautionneusement, Pavel inspecta le fil et la poche qui était suspendue au-dessus de sa tête et sans même réfléchir plus loin, il arracha le dispositif, ayant suffisamment squatté les lieux à son goût. Il abandonna la perfusion à son triste sort et descendit du lit en grimaçant. Il avait le corps courbatu, la tête en vrac et l’estomac vide. Il patienta le temps que sa tête cesse de tourner puis entreprit de retrouver ses affaires qu’il dénicha dans un sac à côté du lit. Prudemment, il passa son pantalon sous la chemise de nuit et boucla sa ceinture avant d’ôter ce qui lui servait de pyjama pour enfiler sa chemise. La boutonner ne fut pas une mince affaire mais il parvint finalement à un résultat potable. L’air frais lui manquait cruellement et comme à chaque fois qu’il se retrouvait à l’hôpital, une étrange sensation de claustrophobie le prenait aux tripes. Il fallait qu’il sorte et au plus vite.
Il erra dans les couloirs, désorienté. Il avait beau avoir fait quelques séjours aux urgences ces derniers mois, il n’en connaissait pas pour autant la sortie. Il lui fallait toujours un bon quart d’heure pour trouver les portes coulissantes qui lui rendraient sa liberté. Il guettait un signe, n’importe lequel, qui lui indique quelle direction prendre lorsque son regard métallique entraperçut une chevelure blonde et une silhouette qui lui étaient franchement familières mais comme toutes deux disparurent rapidement, Pavel n’aurait su dire s’il s’était simplement mépris sur l’identité de la jeune femme ou s’il divaguait complètement. Il secoua la tête pour se remettre les idées en place et reporta son attention sur le couloir. Mais l’apparition avait disparue. Pavel laissa échapper un soupir de profonde lassitude et reprit sa quête alors que les visages autour de lui se faisaient plus nets, plus réels et donc plus agressifs, lui rappelant qu’il était pathétique, que toute son existence n’était qu’un désastre et qu’il ferait mieux de retourner se terrer dans la maison au risque de se présenter comme un zombie à son boulot chez Be It – et autant dire qu’il n’avait aucune envie de se faire engueuler par sa boss, en plus.
Un éclat de voix le ramena à la réalité et il se décida à quitter son point d’ancrage hasardeux, trainant les pieds dans le couloir où il avait cru voir un autre fantôme de son passé. Il n’était même plus surpris. Après avoir miraculeusement retrouvé Aubree – qui était elle aussi dans un état désastreux – il ne s’étonnait plus de rien. Son corps réagissait de manière mécanique et il traversa le couloir tel un automate, tournant au coin suivant pour découvrir à nouveau sa vision. Elle était de dos, immobile et il se figea après quelques pas hésitants. Guidé par une curiosité qu’il ne parvint pas à réprimer, il s’approcha de la jeune femme, ralentissant au fur et à mesure qu'il comblait la distance qui les séparait et c'est d'une main presque tremblante qu'il glissa les doigts sur son épaule pour attirer son attention, pour la forcer à se retourner et à faire cesser cette illusion machiavélique.
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Message(#) Sujet: Re: from yesterday. -Pavel Jeu 2 Juin 2011 - 17:04

Si Emrys ne l'était pas en venant ici, elle allait en tout cas définitivement se rendre malade à cogiter de cette façon. Même si à présent elle pouvait se considérer comme habituée, à jongler entre ses scrupules et ses remords, le choix qu'il fallait prendre au final n'en était pas pour autant plus facile à définir. Il était même au contraire de plus en plus complexe, de par tout ces facteurs qui venaient s'y ajouter. Et cet homme en était un supplémentaire à présent, c'était indéniable. Car même si elle finissait par quitter cet hôpital sans se retourner comme elle avait déjà pu le faire auparavant, et choisissait par conséquent de le sortir de sa vie délibérément, elle n'était pas pour autant à l'abri d'un coup du sort qui la conduirait à le croiser quelques jours plus tard, lui ou n'importe qui d'autres liés à ce passé qu'elle cherchait désespérément à tenir secret. Jusqu'à présent elle avait été bien trop confiante sur ce point, c'était certain. Peut-être parce qu'elle n'avait jamais été réellement mise en danger de ce côté-là, et aujourd'hui elle le devenait comme jamais. Pouvait-elle naïvement compter sur sa chance pour la sortir de cette situation cocasse ? Et se contenter d'avoir l'insouciante certitude que tout se passerait toujours comme elle le souhaiterait ? Ce n'était pas aussi simple, elle le savait. Puisque jusqu'ici elle avait bien souvent forcé sa chance, et mentit pour que tout se déroule selon ses propres volontés. C'était un bourbier opaque dans lequel elle s'était mise de son propre chef. Et si rien qu'une partie de ce qu'elle avait construit s'écroulait, tout le reste tombait en ruines par la même occasion. Soit elle, ou plutôt la sois-disant elle, aux yeux de son entourage. Elle perdrait tout, et ce non pas à cause de ce qu'elle s'était efforcée de protéger des autres comme elle avait pu le redouter, mais par sa propre faute. Mieux valait-il s'inquiéter de cet avenir incertain mais si menaçant, ou bien de son présent qui lui était concret sans pour autant lui assurer une sécurité durable ? Là était son dilemme, et il ne cessait de la tourmenter depuis des mois déjà. A chaque fois qu'elle pensait avoir pris une décision, il revenait à la charge pour lui insuffler que ce n'était pas la bonne. Et c'était certainement dû au fait qu'il n'y en avait de toute façon aucune de bonne, pas une seule solution miracle pour elle. Dans les deux cas, elle aurait à répondre de ses actes, que se soit par son entourage ou sa conscience. Et parfois elle se retrouvait tellement usée par ce débat intérieur, qu'elle avait envie de hurler cette vérité si peu glorieuse, car elle savait que là uniquement elle ne pourrait plus revenir en arrière. Elle aurait tranché son dilemme, irrévocablement. Mais ce n'avait été qu'une pensée jusque-là, qu'elle n'avait encore jamais eu le courage de mettre à exécution. Et là encore, à cet instant, elle manquait de courage. Elle prenait la fuite, ou en était en tout cas pas loin malgré ses hésitations qui la maintenaient immobile au milieu de ce couloir. Mais le coup du sort qu'elle redoutait tant arriva bien plus tôt qu'elle s'y attendait, car elle n'avait rien fait pour le contrer cette fois-ci. Sa chance venait de tourner.
Lorsque l'indécise sentit cette pression, même légère, sur son épaule ; elle sursauta plus qu'elle n'aurait dû. Peut-être était-ce parce qu'elle était d'ores et déjà perdue dans d'inquiétantes pensées dont il venait de l'extraire. Portant la main à sa bouche en même temps qu'elle fit volte face, elle comprit qu'elle avait une double raison d'être ainsi effrayée. « Tu m'as fais peur ! » ne put-elle s'empêcher de s'exclamer par réflexe, et elle comprit aussitôt son erreur. Elle venait de le tutoyer, et même si en soi cela ne prouvait rien, ce n'était certainement pas ce qui l'aiderait en cet instant. Cette petite frayeur à présent passée, son coeur ne s'apaisa pas pour autant, bien au contraire ce malaise ne cessait de prendre ses aises en elle. Et elle savait que ce n'était qu'un début, que le pire était à venir puisqu'elle faisait à présent face à celui qui pourrait sans s'en rendre compte faire voler en éclats cette identité fabriquée de toute pièce. Mais ce qui l'a frappa peut-être avant ça, fut l'état dans lequel l'homme se trouvait. Maintenant qu'elle n'avait jamais été aussi proche de lui depuis quelques années, elle ne pouvait plus raté ce qu'il lui avait manqué lorsqu'elle n'avait fait que l'apercevoir. Il semblait avoir pris dix ans d'un coup, pourtant ce n'était pas autant d'années qui les avaient tenu séparer. Son visage s'en retrouvait marqué et avait perdu toute la vie qui avait habité ses traits autrefois, sans compter les égratignures qu'il pouvait arborer. Il ne se trouvait pas en ce lieu par hasard après tout. Faisant face à son regard hagard, elle se demandait ce qui avait bien pu lui arriver depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus, car il n'avait plus beaucoup de l'homme qu'elle avait pu connaître. Elle s'en souciait, et pourtant elle savait qu'elle ne devrait pas. Elle devrait plutôt se concentrer sur ce qu'elle pourrait inventer pour se sortir de cette apparente impasse qui pourrait tout lui coûter. Inutile d'espérer que lui aussi soit frappé d'amnésie. Elle, pourrait toujours jouer cette carte comme elle avait pu le faire avec d'autres, mais ça ne résolvait pas le fait qu'il connaissait sa véritable identité. Ce dont elle pouvait être certaine, c'est qu'elle n'arrangeait très certainement pas son cas avec ce silence qui s'éternisait. « Oui ? Qu'est ce qui se passe, qu'est ce que je peux faire pour vous ? » fut la réaction qui lui semblait appropriée en temps normal pour deux inconnus, tout en lui offrant un minimum d'issues de secours. Peut-être pourrait-elle en découvrir assez après ça pour savoir que faire, car il ne semblait vraiment pas dans son état normal après tout. Vraiment pas, et ses inquiétudes repointèrent le bout de leurs nez. « Vous êtes sûre que tout va bien ? » finit-elle par ajouter tout en portant sa main à son coude comme si un poids plume telle qu'elle parviendrait à le soutenir s'il venait à vaciller.
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Message(#) Sujet: Re: from yesterday. -Pavel Ven 24 Juin 2011 - 15:54

Le passé était une chose sur laquelle Pavel n’aimait pas s’attarder. Il était trop puissant, trop douloureux, trop présent, malgré ses tentatives pour s’en débarrasser. Où qu’il aille, il portait ce poids, il le trainait dans son sillage et il n’y avait qu’à voir l’état de ses relations pour savoir qu’il avait une influence néfaste sur tout ce qui entourait le jeune photographe. Même quand il parvenait à se tenir convenablement, à ne pas paraitre revêche ou agressif, il y avait toujours cette aura mélancolique et dangereuse qui se dégageait de son corps tendu, de son âme en peine. Il n’inspirait aucune sympathie, aucune confiance, c’était comme s’il n’était plus qu’une coquille vide, un corps sans vie ambulant. Un zombie. Le terme lui déplaisait mais c’est celui qui lui venait presque chaque jour à l’esprit. Il ne reprenait vie qu’en de très rares occasions, quand son esprit se fermait complètement et qu’il laissait son instinct agir de lui-même. Une nuit dans les bras d’une femme, une bagarre avec un autre ivrogne… Il était conscient que son train de vie était décousu, instable, mais il ne parvenait pas à redresser la barre, à reprendre la direction de sa vie. Il n’avait aucun objectif réel, aucune aspiration. Il évoluait simplement parmi les autres, un fantôme dans une foule d’inconnus.
Pendant près d’un an, il n’avait pas croisé un seul visage familier, personne qui le ramène à son passé. Cela ne l’avait pas empêché d’être replongé dans des souvenirs douloureux, d’en souffrir, d’avoir la sensation de sombrer. Mais tout cela, même accumulé, n’était rien en rapport avec le retour de ce regard, de ces lèvres, de cette chevelure. Pavel avait du mal à réaliser, pourtant il ne doutait aucunement. Ana. La belle Ana. Une bribe, un éclat de son passé. Il n’avait plus eu de nouvelles d’elle depuis une éternité et, en vérité, il en avait presque oublié son existence, tant il s’était apitoyé sur son sort, tant il s’était noyé dans l’alcool. Il n’aurait pas pensé que la revoir le chamboulerait autant, persuadé qu’il avait tué toute chance de revoir son cœur s’ouvrir à nouveau, s’épancher, s’émouvoir pour quelque chose. Il pensait avoir transformé sa faiblesse en solidité, il pensait avoir taillé son cœur autrement, le rendant aride et intouchable, indomptable. Il préférait être le monstre qu’il était, éloigné du reste de la population, fui de certains. Il se contrefichait d’inspirer la crainte. Au moins n’était-il pas troublé, perdu, comme il l’était maintenant. Car il était bel et bien perdu. Son cœur avait eu un raté. Une lueur presque attristée avait traversé son regard glacé, le temps d’une fraction de seconde, mais un laps de temps suffisamment long pour qu’il ne puisse l’ignorer. Il laissa sa main retomber en découvrant les traits familiers d’Ana, en la contemplant, muet, ne sachant que faire ou que dire. Elle n’avait pas changé. Elle était aussi fraiche et vive que dans sa mémoire et un voile se glissa sur le visage de Pavel avant qu’il ne retrouve l’air glacial qui le caractérisait depuis des mois. « Tu m’as fait peur ! » Une réaction qui n’ébranla pas Pavel. Elle pouvait être effrayée. Elle avait quitté un Pavel doux, parfois timide, au sourire discret, à l’amour sincère et avait devant elle l’exact opposé de ce garçon d’autrefois. Un portrait peu avantageux pour l’ex-musicien qui aurait presque voulu pouvoir sourire, sans y parvenir. Après tout, s’ils s’étaient perdus de vue, c’était pour une raison certainement valable, même s’il ne s’en souvenait plus. Comme si une partie de sa mémoire s’était effacée. Comme si ces quelques mois qui avaient suivis son départ de Californie n’étaient qu’un brouillard épais, qu’il était incapable de percer, malgré ses efforts. « Oui ? Qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » Ce changement de ton provoqua chez Pavel un froncement de sourcils. Un instant, il douta de sa mémoire, il en arriva à penser qu’il avait empoisonné son esprit à un tel point qu’il se méprenait sur l’identité de la jeune femme, malgré cette distance. Puis, aussi vite qu’il était venu, le doute s’envola, laissant place à un regard suspicieux. Il n’avait pas rêvé, elle l’avait regardé différemment, pas comme quelqu’un qui se demande ce qu’un parfait inconnu lui veut. Alors qu’est-ce que c’était que ce cirque ? « Vous êtes sûr que tout va bien ? » Elle approcha ses doigts, comme une infirmière le ferait pour calmer un patient récalcitrant. Un geste qui irrita profondément Pavel. Parce qu’il ne le comprenait pas. Elle l’avait reconnu, elle avait été surprise, puis elle avait enfilé un rôle qu’il ne lui connaissait pas. Écartant son bras d’un mouvement brusque pour l’empêcher de le toucher, son regard mua vers une colère sourde, dangereuse. « A quoi tu joues ? » gronda-t-il. Il n’avait pas besoin de ça, certainement pas maintenant. Il n’avait pas besoin qu’une personne qui le connaissait le renie, agisse comme s’ils étaient de parfaits étrangers. Il ne le supporterait pas. Il ne demanderait rien d’elle sinon ce respect-là. Quitte à ce qu’elle lui dise qu’elle ne voulait plus jamais le voir. Il pourrait l’accepter. Mais cette mascarade ? Cette transition ? Il ne l’admettrait pas. Même s’il le voulait, il ne le pourrait tout simplement pas. Parce que son corps était déjà en ébullition, de légers spasmes faisant trembler ses bras, ses doigts se refermant en deux poings impuissants. Il n’était pas paré à affronter une situation pareille. Machinalement, il se pencha vers elle, voulant la regarder droit dans les yeux en énonçant les paroles suivantes : « Si tu as un problème, Ana, tu n’as pas à jouer à ça, tu le sais non ? » Mais le pouvait-elle vraiment alors qu’il était inquiétant, frôlant l’explosion ? « Ne me fais pas passer pour un fou. Ne fais pas comme si tu ne me reconnaissais pas. » A son tour, il avança la main, attrapa le poignet d’Ana, juste au cas où elle tenterait d’esquiver cette mise au pied du mur.
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Message(#) Sujet: Re: from yesterday. -Pavel Dim 3 Juil 2011 - 0:31

Le seul regret qu'avait pu avoir la jeune femme concernant son passé était l'unique où, à l'imparfait comme au présent, elle ne pouvait rien faire pour y remédier. Pour le reste, qui dit comme cela semblait minime mais concernait plus de vingt ans de sa vie, elle n'y avait jamais pensé avec nostalgie. Tout simplement parce que l'aversion et la douleur qui l'assiégeait à propos d'une partie bien définie de son imparfait l'avait conduit à renier et enterrer grossièrement tout ce qui était lié avec cette dernière. Et puis il n'avait s'agit là que de brèves pensées lointaine jusqu'ici. Car comment pouvait-elle persuader ses semblables de l'inexistence de son passé à ses yeux si elle-même ne faisait pas l'effort de s'en détacher ? A force de le prétendre, elle avait même l'impression la plupart du temps que ce vécu avait été celui d'une étrangère dont on lui aurait conté l'histoire dans les moindres détails, comme si elle n'avait été que spectatrice sans y avoir réellement pris part. Elle-même s'était étonnée à voir la facilité de mettre entre parenthèses son passé, pour ouvrir un nouveau chapitre déconnecté de tout précédent. Bien sûr, le chemin de cette remise à zéro des compteurs ne se faisait pas sans embûches, elle en avait la preuve sous les yeux. Cette réalité qui venait si brusquement de la rattraper sous ces traits familiers. Et le cadavre de son passé qu'elle avait mis tant d'ardeur à noyer refaisait surface par la même occasion, emmenant avec lui son lot de remords jusqu'ici insoupçonnés. Peut-être était-ce lié à l'existence concrète et tangible qui lui faisait face, lui remémorant que cette vie-là avait bien été la sienne, et que ce n'était pas parce qu'elle étouffait ses regrets qu'ils avaient définitivement disparu pour autant. Ils avaient juste patiemment attendu leur heure, qui était celle-ci de toute évidence. Voilà pourquoi ne pas le quitter des yeux n'arrangeait pas son cas, favorisant le flot de sentiments contradictoires qui se déversait en elle. Mais pourtant, il lui était impossible de l'abandonner. C'était bien là l'un des instants les plus paradoxales de sa vie. Cette réjouissance inattendue de le retrouver, proliférait autant que son appréhension de l'impact destructeur que cela pourrait avoir sur sa vie actuelle. Une part d'elle-même voulait le couvrir de milles excuses et l'enlacer, autant que l'autre pouvait souhaiter ne l'avoir jamais retrouvé. Elle avait si peur d'affronter la vérité, de faire preuve du courage dont elle n'avait jamais été capable jusque là. Il s'agissait bien toujours du même dilemme, celui du coeur et de la raison. Si elle se montrait honnête envers elle-même, elle savait qu'au lieu de trouver la paix et la joie de vivre sous cette nouvelle identité, il n'y avait été au contraire question que de tourments et de doutes. Car les fondations avaient dès le début été fragilisé par ces mensonges et ce comportement qui n'avait rien de similaire avec le sien. L'instant présent en était une parfaite illustration. Elle luttait encore contre les apparences, mais pourquoi ? Pour se raccrocher bêtement à l'idée qu'elle serait un jour satisfaite de sa nouvelle vie alors que tout lui prouvait le contraire. Pourtant elle ne put s'empêcher de foncer tête baissée dans cette habitude. Par peur de l'inconnu, de faire face aux conséquences de son échec. « Mais non, je... » Début laborieux et avorté d'une justification qu'elle aurait mieux fait de ne pas retenter. « Qu'est ce que tu... » Les sables mouvants du mensonge venaient de l'engloutir. Que pouvait-elle faire face à ça, s'enfoncer ? Non, juste le temps de rassembler, ou plutôt de prétendre, le courage qu'elle n'avait pas. Au pied du mur, elle l'était, elle ne pouvait aller plus loin. Et elle fut bien là la première surprise de s'en retrouver soulager, une délicieuse sensation qui la libérait. Elle n'avait plus à jouer, son choix était fait. Loin de repousser brusquement son emprise comme il avait pu le faire avec la sienne, elle l'utilisa au contraire pour l'attirer derrière cette porte qui lui faisait dos pour mieux s'éloigner de l'effervescence de ce couloir. Et ils se retrouvèrent dans une chambre de garde. Elle voulait s'expliquer, pour que la colère qui semblait l'habiter à son égard le quitte, elle ne voulait pas le perdre. Et c'est avec retard qu'elle le réalisait. Lentement, elle prit alors ses distances pour s'adosser au mur opposé, la mine soucieuse. « Je ne joue plus. » L'aveu s'était échappé de ses lèvres, et serait une réussite pour elle-même si elle parvenait à lui en confier davantage. Elle mourrait d'envie de le faire pourtant, de se libérer de ce fardeau. Surtout à celui dont elle avait été si proche il y a quelques années, une éternité maintenant alors que le temps s'était amusé à faire d'eux deux étrangers. Et ce maître silence s'éternisa. Emrys prenait le temps de bien mesurer ce qu'impliquerait la suite tout en ne le quittant pas du regard, immobile. Et elle finit par reprendre comme si elle ne s'était jamais arrêté. « Si tu avais une chance de tout recommencer à zéro sous un nouveau jour, de faire table rase de tes erreurs et de tes peines, tu le ferais toi dis moi ? » Mais sa réponse l'effrayait, et elle enchaîna aussitôt. « Et bien moi je l'ai prise, cette chance. » Elle marqua un temps, guettant davantage de son regard les traits de son visage. « Mais ça a tout de l'infortune aujourd'hui. » A demi-voix, elle finit par conclure. « Je suis désolé, Pavel. Je me suis perdue. » Elle se doutait ne pas être la seule, sa différence n'était pas passé inaperçu à ses yeux. Un mur de glace, et cette ébullition qui semblait peu à peu le gagner. Et c'était là un euphémisme. Elle aurait voulu lui demander pourquoi, être la première oreille à lui prêter attention. Mais elle n'avait pas voulu prendre ça comme prétexte pour se défiler, s'assurant à la place de ça de faire preuve de plus d'honnêteté qu'elle n'en avait été capable ces derniers mois, de peur que le courage ne la quitte entre temps. Et puis, il n'aurait pas été dupe. Les secondes s'écoulèrent, et sans que rien ne le prédisse, elle anéantit la distance qu'elle-même avait mit entre eux et le prit dans ses bras. « Tu m'as manqué » aurait été tout aussi équivoque.
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Message(#) Sujet: Re: from yesterday. -Pavel Ven 15 Juil 2011 - 10:59

La regarder était aussi douloureux que bienfaisant. Elle faisait partie de ces choses qu’il aurait voulu oublier mais auxquelles il était rattaché, quoi qu’il fasse. Les quelques années qu’il avait passées en Californie avait été un pivot dans son existence. Comme s’il avait longtemps marché en Enfer pour soudainement se retrouver au Paradis. Ça n’avait été qu’un leurre, il le savait. La Californie était à présent associée à la douleur, à la perte, à la solitude. C’est tout ce qu’il en retenait. Et pourtant, il ne pouvait oublier que c’était là qu’il avait fait les rencontres les plus importantes de son existence, même si elles étaient aujourd’hui réduites à néant. Ana faisait partie de ce passé, elle vivait encore en lui à sa manière, il ne pouvait pas la dissocier du sable chaud, du soleil perpétuel et des longues après-midi de surf. Il était trop perdu pour savoir quoi faire. Il ne savait pas ce qu’il était censé faire. Il aurait dû être heureux, vouloir savoir ce qu’elle était devenue, montrer un minimum d’enthousiasme pour cette rencontre inopinée. Mais il était tellement glacé de l’intérieur qu’il était paralysé, handicapé par sa propre torpeur. Il ne parvenait même pas à se réjouir. Elle représentait pourtant une lueur dans la nuit, un point auquel se raccrocher, parce qu’il ne lui restait plus grand-chose en dehors de ce fameux passé qu’il tentait de fuir à tout prix. Qui était-il ? Il ne le savait même plus. Il détruisait tout ce qui le définissait en jetant aux ordures les bons moments, tant ils étaient imbriqués, emmêlés avec les malheurs qui avaient suivis. Il était incapable de dissocier ce qui l’aidait à ne pas sombrer de ce qui le tirait vers le fond.
« Mais non, je… » Il la fixa, une lueur qui ressemblait fort à une supplication dans le regard. Mais ses sourcils froncés, son front plissé, masquaient légèrement ce besoin qu’il avait de ne pas être relégué à l’inexistant comme lui avait tenté de le faire durant plus de douze mois. « Qu’est-ce que tu… » Elle avait hésité, perdu pied mais il ne la lâchait pas du regard. Elle était la seule chose réelle dans ce cauchemar ambulant qu’il vivait. La seule chose qui lui rappelle qu’il était vivant, qu’il était un être humain comme un autre, avec ses défauts, ses douleurs, ses blessures. Un profond soulagement se répandit en lui, comme une douce fraicheur, seule raison pour laquelle il se laissa entrainer derrière une porte. Il n’était pas encore prêt à faire comme si la tentative d’Ana ne l’avait pas touché, il éprouvait une vive colère et surtout une incompréhension totale vis-à-vis de cette réaction. Il pouvait comprendre qu’elle ne soit pas ravie de tomber nez-à-nez avec lui mais de là à prétendre qu’il lui était tout à fait étranger ? Il y avait quelque chose qui lui échappait et il espérait avoir une réponse, même si ce n’était qu’un indice, qui pourrait expliquer une telle mascarade. « Je ne joue plus. » Elle s’était éloignée, avait pris un ton différent. Lui, il ne bougea pas d’un millimètre. Il se tenait toujours légèrement voûté, une posture qu’il avait adoptée depuis son départ de Californie, comme accablé par un poids invisible. « Si tu avais une chance de tout recommencer à zéro sous un nouveau jour, de faire table rase de tes erreurs et de tes peines, tu le ferais toi, dis-moi ? » Il fronça les sourcils, interloqué. De qui parlait-elle, au juste ? Il n’avait même jamais envisagé la situation sous cet angle. La vie était ce qu’elle était, il avait toujours eu les pieds sur terre et avait constamment accepté son destin comme si c’était une fatalité. Alors oui, la question l’ébranla. Comme il n’y avait jamais pensé, il ne savait que répondre. Recommencer à zéro mais jusqu’où ? Rembobiner la vidéo jusqu’à avant l’accident, jusqu’au jour qui avait précédé sa mort ? Changer les choses pour qu’elles ne surviennent pas ? Oui, il le ferait. Il n’irait pas plus loin parce que ce qu’il avait vécu avant, il s’en contrefichait. Sa vie avait commencé en Californie et s’y était également abruptement arrêtée. Il aurait voulu pouvoir effacer ce deuil, ce chagrin, cet enterrement. Il aurait voulu pouvoir couler des jours heureux avec elle. Mais cette opportunité ne lui serait jamais offerte, il devrait vivre avec ce manque qu’elle laissait derrière elle alors à quoi bon envisager de recommencer puisque cette notion n’avait plus aucune valeur, plus aucune signification pour lui ? « Et bien moi je l’ai prise, cette chance. » Il s’était perdu dans ses pensées suite à sa question. Il reporta son attention sur elle, le regard perdu. Il ignorait à quoi elle faisait référence, ce qui avait bien pu se passer pour qu’elle la prenne, cette fameuse chance. Il ne la connaissait plus. Tout ce qu’il savait d’elle était un souvenir gravé dans sa mémoire. La jeune femme d’aujourd’hui, finalement, n’était qu’une étrangère, même si elle avait une voix familière, un visage connu. « Mais ça a tout de l’infortune, aujourd’hui. Je suis désolée, Pavel. Je me suis perdue. » Qu’avait-il à répondre à ça ? Lui aussi s’était perdu. Dans les limbes de l’inconscience, de l’alcool. Il avait été d’une lâcheté sans nom en optant pour la facilité. Elle avait voulu faire table rase, il avait simplement voulu oublier. A nouveau, il resta muet. Sa colère s’était envolée, laissant place à l’incompréhension. Il savait qu’il aurait dû faire un pas vers elle, se montrer digne de leur amitié d’antan, lui prouver qu’il lui pardonnait sa tentative d’évasion. Mais il en était incapable. Son corps ne voulait pas répondre à ce genre de sentiment, c’était comme s’il n’était plus qu’un automate, incapable de faire un geste d’affection pour qui que ce soit. Insensible, de marbre. Mais elle n’était pas comme ça. Elle s’approcha, l’étreignit et Pavel resta immobile, les bras ballants, la gorge serrée. Il déglutit, inspira profondément et s’imprégna par la même occasion de son parfum familier. Il hésita quelques secondes puis finit par répondre à Ana, glissant un bras autour d’elle, l’autre, enlaçant ses épaules fragiles. Il exerça une pression et sentit son cœur se vider, comme s’il soupirait, s’apaisait, à ce contact qui n’était pas étranger. « Que t’est-il arrivé ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Pourquoi tu t’es perdue ? » Il n’était pas certain qu’elle soit prête à s’épancher. Voilà quelques minutes à peine qu’ils s’étaient retrouvés et il était normal qu’il leur faille un temps d’adaptation pour s’apprivoiser à nouveau. Mais il voulait comprendre, même si ce n’était qu’une réponse vague. Il ignorait tout de son parcours, de ce qu’elle avait fait après qu’il eut quitté la Californie. Leurs chemins s’étaient éloignés pour se dissoudre complètement et jamais le photographe n’aurait pensé recroiser sa route. Etait-ce encore le destin qui lui jouait un tour ? Quelle mauvaise blague voulait-il lui faire subir, maintenant ? Parce qu’il ne supporterait pas de la perdre une seconde fois. Il en avait assez de perdre ses proches, c’était la raison pour laquelle il s’était isolé, devenant un être antipathique et agressif. Au moins les gens ne cherchaient plus à le connaitre et il ne les laissait plus entrer. Problème réglé. Plus de sentiments, plus de chagrin. Juste l’absence de tout. Et en sentant la chaleur d’Ana contre son torse, il comprit qu’il ne pourrait plus vivre de cette façon très longtemps.
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Message(#) Sujet: Re: from yesterday. -Pavel Sam 23 Juil 2011 - 16:58

Emrys avait le sentiment de revenir des années en arrière. A l'époque où ses seules occupations avaient été ses amis, et la façon dont elle profitait de son quotidien avec eux à ses côtés. Autant dire que cela lui semblait dater d'une éternité à présent, alors que ces compagnons n'étaient devenus plus que des fantômes qui hantaient parfois son esprit. Elle n'était d'ailleurs pas étrangère à cette distance, puisqu'elle était celle qui avait coupé les ponts. Du jour au lendemain, plus aucunes nouvelles, silence radio. Pavel y compris. Et cela datait de bien avant son amnésie vécue puis simulée. C'était là une décision de celles qui s'imposent à nous sans qu'on ne les désire vraiment. Avant même qu'elle ne le réalise, elle s'était déjà retrouvée déconnecté de cette vie passée. Rester là-bas à leurs côtés serait revenu à leur offrir sa carcasse vide puisqu'elle s'était d'ores et déjà évaporée de cette existence. Le peu de certitudes qu'elle avait eu, résidaient en ce besoin vital de changer d'air, de mettre les voiles. Et pas seulement de quitter la Californie pour quelques jours, mais plutôt de plier bagages sans savoir pour autant si elle y remettrait un jour les pieds. D'ailleurs jusqu'ici, elle ne s'y est plus jamais aventurée. Et jusqu'à présent, jamais il n'avait s'agit là d'un regret. Pourtant, maintenant que cet homme s'était matérialisé devant elle, elle se surprenait à songer avec nostalgie à tout ce qu'elle avait pu laisser derrière elle là-bas. Elle pouvait se remémorer ses souvenirs avec cette fois-ci les couleurs et les sentiments, alors que jusqu'ici elle les avait simplement guetté à travers les yeux d'une étrangère. Il fallait donc qu'elle se retrouve confronté à ce dernier pour qu'elle comprenne combien il lui avait manqué. Et combien cette époque avait revêtit une importance particulière. C'était celle où tout était possible et dont elle ne regrettait encore rien, vierge de tout faux-pas. Aujourd'hui, elle était bien loin de cette page immaculée, bien au contraire la sienne était tachée de bavures. Et sa fuite n'en avait été là qu'une de plus. Voilà pourquoi, elle venait brusquement de retrouver l'âge de ses sept ans en se réfugiant dans l'étreinte de Pavel, comme une enfant demandant silencieusement le pardon pour sa bêtise. Elle redoutait tellement de le perdre à nouveau, alors que pourtant elle était celle qui avait provoqué cette première perte. C'était là aveuglant et déstabilisant de réaliser à quel point elle s'était emmurée loin de son passé au point de ne ressentir quel handicap cela avait été là, de se séparer de lui, et d'eux. Insoupçonné jusqu'ici, et pourtant ce désir était bien présent : plus un seul instant elle ne souhaitait maintenir ce trou béant entre eux. D'ailleurs, son aveu n'y était pas étranger, c'était là le premier pas pour y parvenir. Et alors que quelques instants plus tôt, et même ces derniers mois, elle s'était retrouvé ravagée d'appréhension à la simple idée que sa mascarade soit découverte, à présent elle ne s'en souciait pas le moins du monde, ou si peu. Cette vision obstruée par la peur de l'inconnu avait été chassé par l'idée de partager ce dilemme avec son ami, et pour sa conscience de ne plus avoir à porter ce fardeau seul sur ses frêles épaules. Ce soulagement, cet apaisement ne put que s'amplifier à mesure que Pavel répondit à son tour à son étreinte. Dès cet instant, elle avait le sentiment d'avoir retrouvé sa place, d'appartenir à sa réalité et non à celle parallèle qu'elle avait su monter de toutes pièces. Elle n'avait plus à prétendre, mentir, tricher à ses côtés. Juste à être elle-même, une entité pendant tant de temps gardé enfoui, avec qui il avait été pourtant si facile de renouer. Elle se réconciliait avec Ana, la vraie elle. A cette époque déjà, le jeune homme avait toujours eu le don de lui fournir ce soutien, il était celui qui lui apportait la lumière lorsqu'elle se perdait dans la nuit. Et en ces temps de retrouvailles, il n'avait suffit que d'un instant pour que là aussi il l'aide à retrouver son chemin, sans pour autant en avoir conscience. Ses interrogations qui s'élevèrent ensuite dans le silence de cette salle le lui confirmèrent, il n'avait aucune idée du secours qu'il venait de lui apporter. Emrys resta muette un long instant, se contentant simplement de se satisfaire de sa proximité. Elle ne savait pas si ce qu'elle pourrait être amené à lui avouer en viendrait pour autant à compromettre la vision qu'il pouvait avoir d'elle, et dans l'immédiat elle ne préférait pas savoir. Non au lieu de ça, elle intensifia son étreinte, comme si elle voulait emmagasiner là un maximum de son énergie au cas où elle s'en retrouve privée par la suite. Elle souhaitait se montrer honnête jusqu'au bout, et en même temps ne pas s'épancher non plus. Elle ne voulait pas gâcher plus qu'il ne fallait ce temps de retrouvailles par ses fautes jusqu'ici inavouées. Elle prit une profonde inspiration avant de se lancer, toujours réfugiée contre le torse du jeune homme. « Je suis censé être amnésique, aux yeux de tous ici. D'ailleurs, ils ne me connaissent même pas sous le nom d'Ana. » Sa pause ne fut que brève, brûlant d'impatience d'ajouter quelques précisions qui loin de l'innocenter, allégeait malgré tout son cas de conscience. « Enfin je l'étais vraiment, amnésique. Mais lorsque j'ai retrouvé la mémoire... j'ai été lâche. » La vérité était là. Lâcheté, la seule chose dont elle avait été capable ces derniers temps. Elle ne se reconnaissait plus, avait même honte d'elle-même. Sa force passée l'avait pourtant bien quitté, malgré que sa détermination naissante pour la retrouver s'affirmait. A présent qu'elle avait formulé ses paroles à voix haute, son coeur s'emballait de savoir quel impact cela pourrait avoir là sur son vieil ami. Et paradoxalement, elle avait également ce sentiment enfoui mais survivant lui intimant qu'il demeurait toujours son point d'ancrage quoiqu'il advienne. Mais ce n'est jamais simple de raisonner l'incertitude de ses inquiétudes. Et puis ce n'était pas la seule de ses préoccupations, elle aussi se posait des questions. Elle faisait face à un étranger tellement la vie semblait l'avoir mis à rude épreuve. Bien qu'à l'époque déjà, elle savait qu'elle ne lui avait pas fait de cadeau. Ou si justement, un cadeau empoisonné, qu'aussitôt offert elle le lui avait repris. C'est sur cette pensée que son visage abandonna sa chaleur pour que ses yeux retrouvent les siens. Elle avait déjà fait la découverte de cette apparence meurtrie, et pourtant à chaque fois qu'elle posait de nouveau le regard sur lui c'était tout aussi déstabilisant. A présent, elle regrettait davantage de ne pas avoir été à ses côtés, et lentement une certaine culpabilité l'envahit car elle le savait, ses pensées ne s'étaient adressé qu'à une unique personne lorsqu'elle avait fait ce choix : elle-même. Ses doigts vinrent parcourir les égratignures qui s'illustraient sur ce visage blême. Et son regard se chargea ensuite de lui poser la question silencieuse dans un premier temps, qu'à force de temps elle concrétisa avec des mots. « On dirait que j'en ai manqué aussi. » Et elle n'osait laisser vagabonder son esprit pour mieux combler les cases vides de ses dernières années. Seuls les réponses de Pavel lui importait, et toujours d'une voix qu'elle voulait calme elle finit par conclure. « Comment tu t'es retrouvé ici ? » Le sens immédiat était cet hôpital, puisque c'était la principale source d'inquiétude. Mais elle se demandait également ce qui avait bien l'amener sur le chemin de Miami. C'était quand même là un chanceux hasard qu'ils aient pu se retrouver ici, hasard que d'autres appelleront la manifestation d'une force bien supérieure.
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Message(#) Sujet: Re: from yesterday. -Pavel Ven 26 Aoû 2011 - 22:38

C’était comme si toute la colère qu’il avait accumulée au cours de ces derniers mois s’était envolée. Évaporée au contact de ce corps familier. Pavel n’était pas naïf, il savait que cet effet ne serait que temporaire, un bienfait éphémère qui disparaitrait rapidement pour laisser place à un désarroi croissant. Mais tandis qu’ils se tenaient là, à quelques mètres des vies qui poursuivaient leur cours dans le restant de l’hôpital, il avait la sensation que quelque chose en lui s’était rompu. L’océan de larmes qu’il avait accumulé inconsciemment se déversait à présent partout à l’intérieur et si son cœur tari en restait meurtri, il ne pouvait nier un soulagement. Il n’aurait pas su expliquer ce qu’il se passait exactement mais la douleur des coups reçus, les égratignures qui parsemaient son visage, sa solitude, tout semblait perdre de son importance. Et pourtant ce moment de flottement ne pourrait pas durer éternellement. Il le savait, tout comme elle devait le savoir. Quant à deviner ce que l’avenir leur réservait, Pavel était tout simplement incapable de le prédire. Il avait perdu toute faculté de croire en un quelconque espoir, aussi allait-il donc probablement se préserver d’une future déception en réduisant ces retrouvailles à ce qu’elles étaient : celles de deux anciens amis qui avaient pris des sentiers séparés et qui n’avaient plus aujourd’hui grand-chose en commun. Il tâcherait de faire preuve d’objectivité, de ne pas laisser les souvenirs le submerger et lui obscurcir la vue. Tant de choses paradoxales lui traversaient le corps et l’esprit qu’il avait perdu toute notion de temps et de discernement. Il voulait à la fois la repousser et la garder contre lui, il voulait qu’elle lui dise tout et ne voulait rien savoir non plus, de peur de ce qu’elle pourrait lui avouer. Il voulait retourner en arrière, ne pas l’avoir vue, ne pas l’avoir suivie, mais voulait également que l’avenir les rapproche comme ils avaient pu l’être quelques années plus tôt. Mais était-ce seulement possible, après tout ce qui s’était passé, que ce soit pour elle ou pour lui ? Il en doutait sincèrement.
Il regretta amèrement que les choses aient basculé à ce point et en vint même à ressentir une pointe de nostalgie à la simple pensée de ce qu’ils avaient pu partager. Son cœur n’en pouvait plus de soupirer. De lassitude, de fatigue, de chagrin, de désir, d’impatience. Et ses bras l’enserrèrent davantage quand il se sentit étreint par les bras fragiles de la jeune femme. « Je suis censée être amnésique, aux yeux de tous, ici. D’ailleurs, ils ne me connaissent même pas sous le nom d’Ana. » Interloqué par cette révélation, Pavel ne dit pourtant rien. Il n’était pas là pour la presser, pour la forcer, pour insister. Il n’en avait ni l’envie, ni la force, ayant déjà assez de difficultés à composer avec ses problèmes sans qu’il ajoute ceux des autres aux siens. Autrefois, il aurait été prêt à ployer sous le fardeau des soucis d’autrui. À présent, il souhaitait se sentir d’attaque, assez fort pour venir en aide à Ana, mais il n’était pas optimiste à ce point. « Enfin, je l’étais vraiment, amnésique. Mais lorsque j’ai retrouvé la mémoire… j’ai été lâche. » Ah ! La lâcheté. Dieu sait s’il en connaissait un bout sur ce fléau qui l’avait pris aux tripes, lui aussi. Sauf que son moyen d’évasion se résumait à une chose : l’alcool, quel que soit sa forme. Alors de l’amnésie ou de l’alcoolisme, il ne savait quel pire refuge il pouvait y avoir. Elle s’était enlisée dans son mensonge, lui s’était laissé couler parmi les degrés variables de ses boissons. Cela, cependant, il se garda bien de l’évoquer à voix haute. Tout en l’écoutant sans rien dire, Pavel s’était mis distraitement à jouer avec le bout de ses longs cheveux. Ils étaient doux, lui rappelaient tant de souvenirs et il gardait le regard fixe, comme s’il n’écoutait qu’à moitié alors qu’il ingérait chacune de ses paroles, s’abreuvant de ses confessions, tâchant de comprendre sans avoir tous les éléments en main. Mais quoi qu’elle ait fait, Pavel restait intimement persuadé qu’elle ne pourrait égratigner la vision qu’il avait d’elle. Il l’avait trop bien connue pour se fier à des erreurs passées, quelles qu’elles soient. Il savait combien des actes pouvaient être mal interprétés. Lui-même avait vécu dans des quartiers mal famés alors qu’il était un garçon doux et tendre alors les apparences, il savait combien elles pouvaient être trompeuses et jusqu’à présent, il s’était efforcé de ne pas se fier à ce qu’il voyait, sauf s’il n’y avait aucun moyen d’avoir des préjugés. C’était peut-être pour cela qu’il s’était tourné vers la photographie de terrain. Une catastrophe naturelle, un désastre humain ne mentait pas, il offrait sa plus terrible vérité alors qu’un portrait pouvait être retravaillé, retouché et ne plus ressembler à l’original.
Ana s’écarta et Pavel la laissa faire, ne cherchant pas à la retenir. Il baissa les yeux, rencontra son regard, ne sut pas quoi y lire tant il y voyait trop de choses. Elle porta les doigts à ses plaies et les effleura, leur accordant plus d’importance qu’elles n’en avaient. Il ferma les paupières un instant, comme pour mieux apprécier la douceur du geste, mais il les rouvrit bientôt. « On dirait que j’en ai manqué aussi. Comment tu t’es retrouvé ici ? » Pavel interpréta la question d’une manière large. Que faisait-il ici ? Il se posait la question aussi. Il ne fichait pas grand-chose de ses journées, il était loin de ses activités habituelles. Ici, les dégâts d’une tempête survenue des mois plus tôt n’étaient qu’un vague souvenir qu’on ne discernait que ça et là, où des façades étaient toujours en pleine rénovation. Pourquoi Miami, il l’ignorait aussi, mais il commençait à se dire que cette ville représentait plus qu’elle ne voulait bien le montrer. Après tout, en quelques semaines de temps, elle avait mis deux personnes qu’il avait connues sur sa route. Si ce n’était pas un heureux hasard, il se demandait ce que cela pouvait être. « Le boulot » répondit-il évasivement. « Je suis photographe, je voyage beaucoup. Miami est une escale, si on veut. Demain, je pourrais être sur un vol pour l’Asie que ça ne m’étonnerait pas. » Il ne savait pas pourquoi il précisait cela, comme s’il voulait déjà mettre un frein à des retrouvailles toutes récentes, comme s’il avait peur qu’en oubliant le fait qu’il pouvait être appelé à l’autre bout du monde le mois prochain ou dans six mois l’empêchait d’envisager quoi que ce soit de sérieux au niveau relationnel. Mais c’était aussi, et il le savait pertinemment, pour banaliser sa situation actuelle. Le boulot était une belle excuse pour expliquer une fuite, un abandon. Pas de remords, pas de regrets. Il s’apprêtait à ajouter quelque chose quand la porte s’ouvrit brusquement, diffusant dans la pièce la lumière crue qui provenait du couloir. Une silhouette apparut dans l’embrasure et sans même voir ses traits, Pavel savait déjà ce que la situation pouvait donner comme impression : lui avec son visage abimé, elle si menue et belle avec ce masque sur le visage. Ils étaient aussi perdus l’un que l’autre et, instinctivement, il emprisonna les doigts d’Ana entre les siens avant de prendre la direction de la sortie, évitant soigneusement le regard du médecin, qu’il reconnut pour avoir été soigné par celui-ci les fois précédentes – ces fois où il avait eu le visage bien plus touché qu’aujourd’hui. Finalement, il était plutôt chanceux qu’elle l’ai vu comme ça et non avec un œil au beurre noire ou le visage en partie tuméfié par un coup violent. Dès qu’ils se furent suffisamment éloignés, Pavel s’arrêta et se tourna vers elle : « Tu vois les choses comment, du coup. Tu n’es pas censée me connaitre, c’est ça ? » Encore une question dont il ignorait le sens. Que cherchait-il exactement ? A la pousser à s’éloigner ? A trouver une excuse pour que leurs chemins se séparent à nouveau alors qu’il désirait tout le contraire ? Ou bien s’agissait-il d’un test inconscient pour évaluer l’état de leur amitié ? Pavel n’en savait rien, tout ce qu’il savait, c’est qu’il scrutait la réponse dans le regard d’Ana, y guettant une lueur d’espoir. Une simple étincelle lui suffirait, il le savait, il lui fallait tellement peu pour se raccrocher à l’espoir.
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Message(#) Sujet: Re: from yesterday. -Pavel Jeu 8 Sep 2011 - 12:51

Emrys avait autant eu besoin de se détacher de son passé, que de s'y raccrocher aujourd'hui. C'est l'évidence qui lui sautait aux yeux face à ces retrouvailles, elle ne voulait plus que son chemin se sépare de celui de Pavel dorénavant. Elle avait déjà vécu tellement avec lui, elle ne voulait pas que ça s'arrête là. Et dire que quelques années sans nouvelles avaient suffit à faire de lui un étranger qu'elle s'impatientait d'ores et déjà de ré-apprivoiser pour qu'il n'en soit plus un. Car plus le temps passait, et plus elle pouvait s'en rendre compte, que c'était là un fossé qui le séparait de l'homme de ses souvenirs. Bien sûr elle avait eu l'occasion d'assister à ce changement radical juste avant qu'il ne quitte la Californie, mais il faut croire que c'était toujours aussi déconcertant de le constater une nouvelle fois de ses propres yeux. Elle aimerait tellement pouvoir y faire quelque chose, mais elle n'était pas certaine que se soit à sa portée. Loin de soupçonner les doutes qui pouvait animer ce dernier à l'égard de la fiabilité de ces retrouvailles, elle était incapable de penser qu'ils pouvaient dorénavant reprendre leur vie tout en abandonnant l'autre en cours de route, intimement persuadé que leur amitié valait bien mieux que ça et que ces dernières années elle ne l'avait pas considéré à sa juste valeur. Elle ne comptait pas commettre la même erreur, il était temps de prendre ses responsabilités et d'assumer leurs répercutions. Et en venant à cette conclusion, elle pensait tout aussi bien à ce qui pouvait l'unir à Pavel, comme à ce qu'elle avait fait de sa vie en général ces derniers mois. Elle venait de franchir le premier pas en l'avouant à son ami, à présent beaucoup d'autres méritaient cette même honnêteté. Elle ne savait pas pour autant si sa volonté suffirait à lui faire franchir ce cap d'ici peu, ou si ce n'était que le début d'un long parcours avant de parvenir à se jeter dans le vide. Mais si elle pouvait compter sur le photographe, se serait déjà plus qu'elle n'aurait pu l'espérer. Et son silence fut là sa seule assurance. Même si d'un autre côté, elle ne pouvait concevoir qu'il se contenterait simplement de lui tourner le dos, tout comme elle en serait incapable également. Enfin tout du moins, en temps normal. Lorsqu'il prit enfin la parole, elle déglutit. Envisager de le voir partir pour une autre ville était une chose, mais pour un autre continent en était une autre. Finalement, elle ferait mieux d'éviter de se baser sur ses certitudes, car aussitôt retrouvé il pouvait tout aussi bien de nouveau lui échapper. Certes il y avait toujours le téléphone et les mails, mais aucune de ces technologies ne valaient leur étreinte actuelle, rien n'était aussi concret et apaisant que son contact et son regard. Mais ils n'en étaient pas encore là, elle pouvait toujours espérer qu'il était question d'une lointaine éventualité dont elle n'avait pas à se soucier dans l'immédiat, et peut-être même jamais. Il venait ainsi d'éclairer sa connaissance quant à sa présence à Miami, mais ceci n'expliquait pas pour autant de quelle façon il s'était retrouvé au sein de ces couloirs immaculés. Enfin, elle pouvait toujours avoir sa petite idée au vu de ses hématomes et de son poing écorché, même s'il demeurait malgré tout des données inconnues. Et bien qu'elle mourrait d'envie de rattraper ce temps perdu, elle le laissa libre de ce qu'il souhaitait préciser ou non. Après tout elle était son amie, pas une journaliste. Et puis elle n'eut pas le temps d'en demander davantage de toute façon, alors qu'une intrusion les ramenèrent brusquement à la réalité. Elle eut à peine le temps de s'acclimater à la tranchante luminosité, que déjà Pavel s'était saisit de sa main pour l'entraîner au loin de l'intrus. Et elle se laissa guider, se contentant de se focaliser sur cette main qu'il ne semblait pas décidé à lâcher non plus, ce qui la rassura quelque part. Elle s'y accrocha, mais la suite s'apparenta à une douche froide pour elle. Il lui faisait de nouveau face à présent, et c'est dans son regard qu'elle trouva refuge pour comprendre ce qu'il pouvait bien signifier par sa dernière intervention. Même si elle n'était pas certaine qu'il s'agissait là d'un reproche, elle ne pouvait empêcher cette idée d'envahir son esprit. Mais après un instant de réflexion sur sa signification, elle finit par trouver la solution en lui répondant d'un ton neutre. Et peut-être qu'elle trouverait sa réponse dans ce qui suivrait. « Si j'avais persisté à jouer ce jeu, je ne serais plus là, Pavel. Si j'avais décidé d'être celle qui n'est pas censé te connaître, je te l'aurais assuré quelques minutes plus tôt, et je serais partie à présent. » Elle ne lâcha pas sa main, et scruta une nouvelle fois ses pupilles tout comme lui aussi pouvait le faire. De toute évidence, chacun attendait de l'autre qu'il lui accorde une réponse, une assurance. Le temps passé avait malgré tout fait naître quelques points à élucider, et elle n'était très certainement pas prête à faire une croix sur lui pour quelque raison que se soit. Elle finit alors par ajouter, pour que ni lui ni elle ne se trompe sur ce qu'elle pouvait signifier. « Mais je ne veux pas avoir à me séparer une nouvelle fois de toi, que se soit pour l'apparence de mon fiasco personnel, ou parce que tu dois t'envoler à l'autre bout du monde. » acheva-t-elle sur le même ton mais en serrant davantage sa main dans la sienne. Puis, elle s'échappa peu à peu de l'atmosphère étrange de cette situation pour se contenter simplement de la réjouissance de le retrouver, comme elle avait pu le ressentir quelques instants plus tôt. Surtout qu'il était le seul auprès de qui elle pouvait enfin être elle-même, à savoir Ana et non Emrys. « La photographie d'ailleurs ? Où a bien pu passer ta guitare ? » C'est vrai qu'aussi loin qu'elle s'en souvienne, elle ne l'avait jamais vu nourrir un goût prononcé pour la photographie. Et surtout, elle n'avait jamais envisagé de le voir évoluer professionnellement autrement que dans la musique. Certes la photographie demeurait dans le milieu artistique, mais elle ne l'avait jamais connu autrement que la guitare à la main ou les baguettes entre les doigts. Il ne devait d'ailleurs pas avoir forcément abandonné les concerts dans les bars, ce qui serait quelque part rassurant de retrouver en cet apparent étranger quelque chose de si familier.
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Message(#) Sujet: Re: from yesterday. -Pavel Lun 24 Oct 2011 - 20:55

Dissimulé dans leur bulle, oubliant tout ce qui pouvait bien se tramer autour d’eux, Pavel en oubliait où ils se trouvaient et ce qu’il faisait là en premier lieu. Il avait atterri là dans un état lamentable, pour ne pas changer, et s’apprêtait à partir pour poursuivre son existence morose et instable, travailler quelques heures, boire quelques bières, finir dans un bar, la tête dans le coton, avec l’envie furieuse d’en découdre. Avec tout le monde et n’importe qui. La moindre excuse était bonne pour lui, à défaut d’être valable. Qu’on le provoque ne serait-ce qu’un peu et il partait en vrille, en dérapage complet, quitte à se retrouver face contre terre, retourné comme une crêpe. La plupart du temps, il ne se souvenait même pas de ce qu’il avait fait ni de ce qu’il s’était passé exactement mais les ecchymoses éparses et les douleurs avaient tôt fait de le lui faire deviner lorsqu’il s’inspectait dans le miroir. De quelque façon qu’il se tourne, sa peau violacée indiquait une violence calculée. Son visage écorché trahissait les heurts contre la pierre irrégulière d’une façade ou de la bitume qui tapissait les rues de Miami. C’est un poing douloureux qu’il recroquevilla qui le ramena à cette triste et amère vérité alors qu’il dévisageait Ana. Il eut honte, il se sentit plus bas que terre alors qu’il réalisait l’image qu’il devait donner. Il en avait tout oublié dès le premier regard sur la chevelure et la silhouette familière. Mais tout lui revenait, tout comme le tournant qui l’attendait avec des questions légitimes mais qu’il aurait préféré éviter, éluder. Il n’était pas fier de ce qu’il était devenu et il aurait voulu cacher ce déshonneur, cette sensation de ne plus valoir grand-chose. Peu lui importait ce que pensaient les autres, Ana n’était pas ces autres. Elle ne devait pas le voir sous ce jour, elle ne pouvait voir que sa face radieuse, son cœur d’or pur, sa tendresse infinie. Mais tout ceci était enfoui au plus profond du corps marbré de Pavel. Ne restaient de cet être doux et patient qu’un jeune homme zébré de cicatrices, dont le regard glacé n’exprimait plus rien sinon l’abime qui le représentait, le gouffre qu’était devenue son âme suite à la perte de l’un des êtres les plus chers de son existence. Il avait aimé de tout son être, jusqu’à en perdre la raison et croyait sincèrement que plus jamais il ne pourrait ressentir pareille sentiment. Mais l’amitié ? Elle semblait encore vivre en lui alors qu’une chaleur bienfaisante l’envahissait au simple contact d’Ana. Elle n’avait qu’à se trouver dans son champ de vision pour qu’il se sente mieux, moins perdu, moins seul. Mais rien n’était gagné, rien ne prédisait que leurs chemins s’étaient croisés pour se fondre l’un dans l’autre et emprunter la même direction. D’où sa question. Autant être mis au pied du mur et savoir à quoi s’en tenir, le deuil n’en serait que facilité. Mais y croyait-il vraiment alors que chaque parcelle de son corps s’écriait qu’un nouvel abandon n’était même pas envisageable, que malgré ce qu’il s’imaginait, il n’était pas tout à fait mort mais qu’une nouvelle rupture de la sorte risquait bien de l’achever pour de bon. Y avait-il un maigre espoir pour Pavel Chelmsford ? S’il y en avait effectivement un, il résidait en Ana. Elle seule pouvait encore l’extirper du marécage dans lequel il s’était perdu. « Si j’avais persisté à jouer à ce jeu, je ne serais plus là, Pavel. Si j’avais décidé d’être celle qui n’est pas censée te connaitre, je te l’aurais assuré quelques minutes plus tôt, et je serais partie à présent. » De mots simples mais sincères, elle avait crevé l’abcès qui faisait suffoquer Pavel et il dissimula avec difficultés le soulagement qui l’inonda, telle une douche tiède et bienveillante, prête à panser ses plaies, à guérir ses maux. S’il n’avait pas été aussi endommagé et aussi handicapé face aux démonstrations d’affection, il l’aurait enlacée, soulevée, pressée contre lui ou l’aurait embrassée sur les lèvres dans un geste spontané qu’il n’aurait pas vu venir. Mais au lieu de cela, il resta immobile, le regard voilé, incapable de sourire, incapable de parler, tant sa gorge était nouée. « Mais je ne veux pas avoir à me séparer une nouvelle fois de toi, que ce soit pour l’apparence de mon fiasco personnel, ou parce que tu dois t’envoler à l’autre bout du monde. » Il ferma les yeux, ravala ses larmes, les laissant retomber au fond de son puit intérieur. Depuis combien de temps n’avait-il pas pleuré ? Une éternité. Et il aurait bien été capable de se laisser aller là devant elle mais la crainte de ne pas pouvoir s’arrêter le força à s'abstenir et il s’obstina à sécher ses yeux comme il avait asséché son cœur. Lorsqu’il les rouvrit, après avoir exercé une légère pression sur les doigts d'Ana, il secoua la tête à sa question, tellement naturelle, tellement logique, tellement douloureuse aussi. Il n’était pas prêt, pas encore du moins, à s’ouvrir. La guitare, il l’avait reniée tant elle faisait remonter en lui les souvenirs de la Californie, ces souvenirs lointains synonymes de bonheur arraché, d’amour brûlé vif, d’espoirs déchus. Tout lui avait été enlevé en quelques heures et il avait perdu le goût de la musique, puis avec elle, le goût de la vie. Sans musique, Pavel n’était plus rien. Mais il ne pouvait plus se raccrocher à la musique comme il l’avait fait dans le temps. Il se raccrochait à la photographie à présent, ces instants volés, éternellement immortalisés. Avec eux, les souvenirs vivaient. S’il avait eu davantage d’images, il aurait pu garder la meilleure part de lui-même. Mais de la Californie, il ne subsistait rien à part cette paire d’yeux qui l’observaient attentivement. « Je l’ai vendue » confessa-t-il avec un petit reniflement. « Mais je n’ai pas envie de discuter de ça ici. » Il vit un homme en blouse blanche passer derrière Ana et intercepta l’inconnu en attrapant le bic qui émergeait de sa poche. « Je vous le rends dans un instant » déclara-t-il pour couper court à toute remarque outrée. Attrapant le poignet délicat d’Ana, il inscrivit son numéro dans le creux de sa paume puis rendit l’objet à son propriétaire sans lui adresser un regard. « Il faut que j’y aille mais appelle-moi. On a trop de choses à se dire pour en parler dans un couloir aseptisé. » Ils valaient mieux, tellement mieux que ça, et c’est pour conclure ces retrouvailles qu’il se pencha sur elle et pressa les lèvres sur son front avec douceur, surpris qu’il trouve encore cette ressource en lui, alors qu’il se pensait dépourvu de toute tendresse. Lorsqu’il la regarde une dernière fois, l’ombre d’un sourire lui étira les lèvres puis il rompit tout contact, sachant qu’il serait incapable de partir s’il gardait sa main dans la sienne. Et sans un regard supplémentaire en direction de son amie, il prit la direction de la sortie avec la sensation que son existence venait de prendre un nouveau tournant.
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Message(#) Sujet: Re: from yesterday. -Pavel Mar 1 Nov 2011 - 17:34

Emrys avait beau ne rien déceler de vraiment tangible sur les traits de son ami, elle n'abandonna pas pour autant son regard et s'y raccrocha. Comme un homme perdu dans la houle s'agripperait à sa bouée, son unique point d'ancrage qui lui permettrait de prendre quelques bouffées d'oxygène entre les vagues déferlantes. Ou plus simplement, comme un enfant ne lâcherait pour rien au monde la main de sa mère en plein milieu d'une foule hostile. C'était là une autre chose qu'elle n'osait pas non plus lâcher, sa main. Contact concret qui lui permettait de se persuader qu'elle ne se réveillerait pas d'ici peu sous sa couette, pour réaliser que ce n'était finalement que son subconscient qui avait exprimé une frustration insoupçonnée au beau milieu de ses songes. Mais son esprit n'aurait jamais pu y accorder tant de détails, comme la chaleur de sa peau qui irradiait contre la sienne. Et elle n'avait pas connu quelque chose d'aussi agréable et apaisant depuis un bon moment, c'était pourtant si peu et si simple. C'était différent des étreintes qu'elle pouvait partager avec Arya, car Pavel revêtait une toute autre signification à ses yeux. Lui il était son passé, associé à de si bons souvenirs, comme ça ne lui était pas arrivé d'y songer depuis si longtemps. Il connaissait la vraie Ana, et tels les vrais amis elle avait le sentiment qu'aucun de ses faux pas ne compromettrait cette vérité. C'était cette sécurité qui se permettait de l'envahir malgré toutes ces années qui les avaient tenu séparé. Car au final, c'était là une chose qu'elle ne pensait certainement plus avoir le mérite de ressentir un jour, et lui venait à l'instant de lui prouver le contraire. Une oasis en plein désert, alors que durant ces derniers mois elle n'avait fait que se soucier des pensées de son entourage sans avoir l'occasion de reprendre sa respiration. Et plus qu'un passé, elle voulait en faire son présent. Alors elle espérait ne pas se tromper, que ce n'était pas là une illusion de son esprit devenu trop désespéré et se saisissant du moindre prétexte pour retrouver de l'espoir. Elle n'attendait qu'un signe, une invitation pour se réfugier dans ses paroles autant que dans ses bras. Et lorsqu'il ferma ses paupières, son regard ne put qu'errer sur son visage à la rencontre des divers hématomes qu'il arborait. Sa main gauche aurait voulu s'élever au dessus de ces derniers, pour d'une simple caresse les faire disparaître, mais elle se doutait qu'à la place de ça il y avait de grandes chances qu'elle ne fasse que réveiller la douleur qui se cachait sous ses couleurs. Lorsque son regard lui revint, il était tinté de la même indicibilité. Elle parvint ensuite à difficilement concevoir qu'il ait pu vendre son instrument de musique, son instrument de vie comme il semblait l'assurer de son commentaire. Cela paraissait pourtant tellement peu probable venant de celui qu'elle connaît, du moins connaissait. Elle aurait voulu rebondir là-dessus mais s'abstint une nouvelle fois, se doutant que cette concision de sa part n'était pas un fruit du hasard. Et c'est ensuite que tout s'accéléra. Qu'il abandonna sa main au profit de ce bic pour ensuite en faire courir sa pointe au creux de sa paume, avant de le rendre aussitôt à son propriétaire. Le temps d'un instant ses lèvres trouvèrent son front, avant que son regard ne retrouve les traits de son visage et y décèle le temps d'un instant ses lèvres qui s'étiraient imperceptiblement en un mince sourire. Sourire qu'elle ne put s'empêcher de lui rendre malgré elle, car à ses yeux le sien ne pouvait être que contagieux. Une délicieuse contagion dont elle ne voulait pas être soignée. Et sa main se retrouva solitaire, n'ayant plus d'influence physique sur sa bouée de sauvetage. Le jeune homme précipitait ces retrouvailles à leurs termes, bien que ce n'était pas pour autant synonyme d'une fin, ça elle l'avait bien compris. Pourtant elle avait bien des difficultés à se résigner à le laisser partir. La seule chose qu'elle aurait voulu lui dire fut d'attendre, d'ailleurs sa main précéda ses pensées alors qu'elle tenta de se saisir du bras de Pavel qui lui tournait à présent le dos. Mais finalement, aucun son ne sortit de sa bouche, et son bras échappa de peu à l'emprise de sa main. Et elle ne fit que demeurer immobile et muette au bout de ce couloir blanc à regarder son ami retrouver la sortie qu'elle n'avait à cet instant plus le courage de débusquer.

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from yesterday. -Pavel

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