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 how can we pretend we've never met ?

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Message(#) Sujet: how can we pretend we've never met ? Lun 6 Fév 2012 - 23:31

La culpabilité qui rongeait Elie était à la hauteur de la sérénité qu'il avait ressenti cette nuit-là. Comment avait-il pu être naïf au point de croire que l'image de Nathan ne reviendrait pas le hanter après ce qu'il avait fait ? Toute la journée qui avait suivi, Elie avait eu l'impression de sentir sur sa nuque le regard d'un fantôme accusateur, et les cauchemars qui s'étaient espacés ces derniers temps étaient revenus au grand galop. Mais ces mauvais rêves tenaient plus du souvenir plutôt que du songe. Les mêmes scènes lui revenaient, encore et toujours, comme un film dont la pellicule aurait été rayée par un lutin malveillant. Nathan était là, pâle, amaigri et affaibli, tellement différent de l'homme qu'il avait été, et pourtant, ses yeux avaient encore la force de briller de l'intérieur. Dis-moi que tu m'aimeras toujours, Elie. Et il avait promis. Qu'aurait-il pu faire d'autre ? Cette promesse était gravée en lui, marquée au fer rouge sur son âme. Et depuis qu'il avait passé la nuit avec Ned, ce tampon semblait le brûler à nouveau, dévorait sa poitrine d'un feu mordant. Coupable, semblait l'accuser son reflet dans le miroir. Cette culpabilité le tiraillait d'autant plus qu'il avait follement espéré avoir le courage de frapper à la porte de Ned. Pour lui dire quoi, il n'en savait pas grand-chose. Qu'il lui plaisait, qu'il avait envie de le revoir ? Qu'importe. Il n'avait pas eu le cran le jour suivant, ni le jour d'après, ni jamais. Et Ned n'avait rien fait non plus. Alors, Elie s'était refermé, une seconde fois, peut-être encore plus douloureuse. Il avait été idiot, il se sentait stupide d'avoir cru à quelque chose, n'importe quoi. Il était bien mieux tout seul, tant pis pour Ned et son joli sourire. La vie continuait. C'était ce qu'Elie se disait chaque matin dans le miroir. Il avait l'impression de tirer chaque jour une mise plus affreuse encore, à force de vivre quasiment en reclus, se donnant corps et âme aux multiples oeuvres dont il devait restaurer la splendeur. Une mine dont il eut assez ce matin-là. Mal réveillé, il s'était coupé avec son rasoir et arborait une balafre sur la joue. Le colis de pinceaux qu'il attendait n'était pas arrivé et pour couronner le tout, il était persuadé avoir vu, depuis son porche, le facteur flirter avec Ned ce matin en lui donnant son courrier, ce dont après tout il se fichait éperdument mais qui le mettait tout de même dans une rage folle. C'est pourquoi, conscient qu'il n'arriverait à rien aujourd'hui, Elie décida de sortir s'aérer et de prendre la direction de Bayside Street. A la vue des coeurs qui ornaient les devantures des boutiques, on devait être environ en février, et pas loin de la St-Valentin, une fête qu'il n'avait jamais célébré avec aucun de ses ex. Nathan lui traversa furtivement l'esprit et il fut comme pris par une étrange envie de pleurer, mais par chance, il avait atteint la boutique qu'il cherchait et s'y engouffra, désormais à l'abri des boïtes de chocolat et des cadeaux enrubannés de rose.

C'était une librairie à l'ancienne, où le temps semblait s'être arrêté, et où l'odeur de naphtaline le disputait à celle du vieux papier. Elie avait une tendresse particulière pour l'endroit, et c'était uniquement ici qu'il venait se fournir en romans. Elie se perdit quelques instants dans la contemplation des rayons, puis s'y enfonça doucement, déambulant au hasard, l'esprit au calme, sans vraiment savoir ce qu'il était venu chercher ici, sinon un peu de paix et de tranquillité dénuée de facteurs aux moeurs douteuses. Il laissa ses doigts effleurer les vieilles reliures, en apprécia le grain ancien et s'arrêta finalement à l'extrêmité d'un des rayons, pour feuilleter un livre qu'il saisait au hasard. Autour de lui, le silence était cotonneux, presque ouaté. Au bout d'un moment, la porte s'ouvrit, faisant retentir la petite clochette, et Elie releva distraitement la tête de l'ouvrage dans lequel il était plongé. Et c'est là qu'il le vit. A sa vue, le coeur d'Elie fit un bond et il perdit un instant la notion du temps et de l'espace. Ned était là, à quelques mètres de lui, lui tournant juste assez le dos pour qu'il ne remarque pas sa présence. Depuis quand était-il là ? Elie resta coi, mais son esprit se mit à tourner à plein régime. Il n'avait qu'à avancer de quelques pas, tendre le bras et poser sa main sur son épaule pour lui signaler sa présence. Après avoir tourneboulé dans sa poitrine, son coeur cognait désormais aussi fort que s'il avait voulu déchirer la peau et jaillir de ses gonds. Sans qu'il puisse les contrôler outre mesure, les souvenirs de la nuit qu'ils avaient partagée revinrent le hanter. Il avait encore au creux de ses lèvres le goût de sa peau, le parfum de son cou, la douceur de ses cheveux. Un désir malvenu surgit de ses entrailles et Elie le réprima à grands coups de reproches. Depuis le temps, Ned s'était sans doute trouvé quelqu'un d'autre, quelqu'un de bien, quelqu'un qui rappelait. Elie recula à tout petits pas, silencieusement, et s'autorisa à pousser un soupir de soulagement une fois qu'il se trouva dans le rayon des romans policiers. Il ne se sentait pas plus apaisé pour autant. La silhouette de Ned se découpait entre les livres et tout autour d'eux, la librairie les enveloppait de son silence poussiéreux et feutré. Elie tourna le dos à la silhouette, s'intimant de se calmer. Stop. Il était temps d'arrêter de se laisser troubler par de beaux et mystérieux inconnus, c'était une très mauvaise habitude. Surtout quand l'un d'entre eux était son voisin direct et qu'il avait partagé une nuit en sa compagnie plus qu'intime. Soudain, il y eut du mouvement à côté de lui et il ne fut plus seul dans le rayon. Un parfum envahit l'air, un parfum qu'il aurait reconnu entre mille, un parfum qui lui rappelait de délicieux souvenirs. Elie releva si brusquement la tête et la tourna si vite qu'il entendit son cou craquer. En face de lui s'était matérialisé l'objet de ses pires craintes. Il resta un moment muet, le rouge lui montant aux joues. Elie se sentait véritablement idiot. "Ned ! Euh ... Bonsoir. Euh, je veux dire bonjour. C'est ça, bonjour." bafouilla-t-il pitoyablement, les mains tremblantes, puis se taisant aussitôt. Il se passa nerveusement la langue sur les lèvres. Qu'est-ce qu'il aurait bien pu lui dire ? Rien. Ils n'avaient rien à se dire. Ils avaient couché ensemble, ils avaient pris du plaisir ensemble et tout le reste n'avait été que fioritures imaginaires. Et ça s'arrêtait là. Il n'y avait rien eu d'autre, pas de connexion magique, pas de flamme, tout ça n'avait été que pur produit de son imagination prompte à s'embraser au moindre battement de coeur un peu trop fougueux, et il devait cesser de jouer à l'enfant, il devait se reprendre. Ned n'attendait rien de lui et il n'attendait rien de Ned, c'était parfait ainsi, et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. "Je ... Je pensais être le seul à connaître cet endroit."ajouta-t-il, tétanisé face à son bel amant d'une nuit. Il ordonna à sa langue de ne plus faire un seul mouvement. Il n'avait pas la moindre envie de faire la conversation à Ned ; il voulait au contraire disparaître, être changé en souris ou bien s'enfuir en courant. Mais ses jambes demeuraient viscéralement clouées au sol, et ses yeux ne semblaient pas vouloir dévier d'un millimètre de ceux de Ned.
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Message(#) Sujet: Re: how can we pretend we've never met ? Lun 13 Fév 2012 - 22:37

Il peinait à croire que des semaines – non, des mois ! – s’étaient écoulés depuis la nuit qu’il avait passée avec Eliezer. S’il admettait n’avoir eu aucune illusion quant aux jours qui suivraient leur soirée, il n’avait pas imaginé une seule seconde que le silence radio persisterait aussi longtemps. C’en était à un tel point qu’il en était venu à redouter de le croiser. Il avait dû abuser. Son voisin devait avoir retrouvé sa lucidité et avait dû se demander ce qui lui avait pris, d’où son retrait et son mutisme. Incapable de savoir ce qu’il était censé faire, Ned avait attendu une réponse, un signe, en vain. Noël était passé, puis la Nouvelle Année et toujours rien du côté de son artiste préféré. Assumant sa déconfiture, il avait tâché de revenir à un stade normal, où guetter la silhouette d’Eliezer n’était plus un réflexe. Autant dire qu’il avait dû se défaire d’une habitude qui datait d’avant leur dérapage. S’il ne pouvait pas vraiment dire qu’il avait le cœur brisé – il n’était pas naïf au point de croire qu’il était tombé amoureux en une seule nuit – il savait que cette pointe qui lui vrillait les entrailles était bel et bien la déception. Douce et amère, elle lui donnait une bonne leçon. Lui qui s’était tant amusé avec ces relations d’une nuit, sans conséquences, sans suites, avait cru que jamais il ne tomberait dans le panneau de vouloir revoir l’homme éphémère qui partageait ses draps. S’il voulait d’une relation plus approfondie, il s’y prenait généralement autrement. Alors pourquoi avait-il cédé à ce désir latent, à cette obsession inspirée par Eliezer ? Il aurait dû s’y prendre autrement, se morigénait-il. Les choses n’en seraient peut-être pas là aujourd’hui s’il s’était tenu correctement le temps d’une soirée. Mais comment empêcher un assoiffé de chercher son oasis ? Comment empêcher Ned de ne pas profiter de ces lèvres qui s’offraient, de ce corps qui se donnait ? Les souvenirs refaisaient surface, aussi délicieux que douloureux. Il souriait à leur simple pensée pour s’assombrir en se rappelant qu’ils avaient causé cette distance encore plus grande entre lui et son voisin. Ned n’était pas du genre à vivre avec les regrets et les remords, estimant qu’ils faisaient partie de la vie et qu’il fallait les assumer plutôt que de s’en faire un fardeau supplémentaire. Pourtant, dans ce cas-ci, il ne parvenait pas à se défaire de cette nostalgie. S’il n’avait pas été ivre, s’il n’avait pas été si provocateur, s’il n’avait pas dragué ouvertement Elie, s’il n’avait pas cédé aussi facilement à la tentation de cette nuit de plaisir. Tout ça ne serait pas arrivé. Il aurait probablement appris davantage de choses sur son voisin, des choses qui lui auraient permis d’entretenir la conversation à leur rencontre suivante, d’espérer créer un lien, même s’il était simplement cordial au début, qui lui permettrait d’évoluer vers autre chose. Mais non. Impatient et irréfléchi comme il l’était, il avait tout fait foirer, comme un adolescent inexpérimenté. Les mois avaient cependant eu l’avantage d’apaiser sa rancœur vis-à-vis de sa propre bêtise et il en était arrivé à un stade où il attendait toujours que la roue tourne, sans chercher à la faire rouler plus vite, sans fuir une hypothétique rencontre avec Eliezer non plus. En tout cas, il n’avait pas du tout planifié de le croiser dans une boutique. Le téléphone collé à l’oreille, il écoutait sa mère rabâcher toujours la même histoire alors qu’il se dirigeait vers la librairie où il avait commandé le cadeau de sa chère et tendre mère. Tandis qu’elle se plaignait du peu de visites qu’il lui rendait, il souriait en imaginant la tête qu’elle ferait lorsqu’il lui offrirait le livre qu’elle désirait tant avoir et qui demeurait introuvable. Il avait fallu à Ned beaucoup de recherches et d’astuces pour parvenir à trouver un moyen de se le procurer. Aussi, quand il avait reçu l’appel du libraire, lui annonçant que sa commande était arrivée, Ned avait remercié le Ciel, lui qui n’était pas croyant. Ça tombait pile poil avant l’anniversaire de sa mère, chose qu’il n’espérait plus non plus. Poussant de l’épaule la porte, il annonça à sa mère qu’il devait raccrocher et c’est avec un soupir soulagé qu’il s’exécuta, saluant le libraire avant de décliner son identité et la raison de sa venue : « Bonjour, je viens chercher un livre que j’ai commandé il y a quelques semaines. Au nom d’Edward Norton » Il usait tellement peu de son réel prénom que le dire lui donnait toujours la sensation d’usurper l’identité d’un autre. L’homme disparut et Ned décida de jeter un coup d’œil à cet endroit auquel il n’avait jamais prêté attention jusqu’à présent. Son regard prêta une attention particulière au charme qui se dégageait de tous ces livres et il serait revenu à sa position initiale après avoir fini son coup d’œil circulaire si un mouvement n’avait pas attiré son regard. Fronçant les sourcils, incertain de ne pas être une fois de plus victime d’hallucinations – combien de fois avait-il espéré voir Eliezer pour réaliser qu’il s’agissait d’une très pâle copie. Mais il ne pouvait pas ne pas s’en assurer. C’était comme un besoin vital et il s’avança vers l’allée, les mains dans les poches. Il ne s’attendait pas à ce que son cœur ait de tels ratés lorsqu’il constata qu’il ne rêvait pas, cette fois. Un sourire vint figer ses lèvres quand il comprit que son voisin venait d’essayer de l’éviter. Il ne savait pas s’il devait en être amusé ou affligé. Il soupira en penchant la tête lorsqu’Eliezer se tourna enfin vers lui. Il aurait pu prétendre ne pas l’avoir vu, retourner près du comptoir, payer le livre et s’en aller. Ils seraient restés sur leurs positions. Mais il en était incapable. Il était, comme à chaque fois, comme depuis bien avant ‘leur soirée’, comme il l’appelait, irrésistiblement attiré par l’artiste. « Tu l’étais. Je suis juste venu chercher un ouvrage pour ma mère… Je ne pense pas remettre les pieds ici » lui assura-t-il, un rire dans la voix, bien qu’il n’ait aucune envie de rire. Affligé, voilà ce qu’il était. Il avait l’impression d’empiéter sur le territoire d’Eliezer et il se mordilla la lèvre avant de déclarer, fixant un point sur le torse de son voisin pour ne pas avoir à le regarder en face. « J’avais espéré que ça ne finirait pas comme ça. Aussi gênant, je veux dire. » Il aurait dû opter pour une conversation plus light, en se disant que ça leur permettrait peut-être de se remettre à parler normalement. Mais la sensation d’être inattendu et d’être un intrus dans ‘sa’ librairie lui laissait un goût amer. Et puis, c’était comme si l’accumulation de ce questionnement perpétuel qui l’épuisait depuis des mois avait décidé de laisser échapper ce trop plein d’interrogation, ce besoin irrésistible qu’il avait eu de reparler à Eliezer. Visiblement, ça n’allait que dans un sens. « Je n’ai jamais voulu que ça en arrive-là » ajouta-t-il en relevant les yeux. « Si j’avais su, je me serais abstenu de boire ce soir-là, au moins on n’aurait pas l’air de deux cons qui savent pas quoi se dire entre deux étagères de livres poussiéreux » dit-il, légèrement railleur. Le libraire revint, seule raison pour laquelle il écourta son besoin de parler. Il avait toujours été minable pour garder pour lui ses sentiments. C’était souvent une force, mais cela pouvait être une faiblesse, comme dans ce cas-ci. « Bon » Un sourire. Encore un. Qui sonnait faux, évidemment. Il n’avait aucune envie de le laisser s’échapper une fois de plus. « Je ferais mieux de prendre ce que je suis venu chercher. Bonne journée, Eliezer » Même prononcer son nom était une réelle torture. Il salua son voisin d’un hochement de la tête hâtif et retourna auprès du comptoir, le cœur retourné, sortant son portefeuille pour en avoir fini le plus vite possible avec cet endroit confiné.
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Message(#) Sujet: Re: how can we pretend we've never met ? Mar 14 Fév 2012 - 20:21

A son plus grand désespoir, Elie ne pouvait plus éviter la collision et il se prépara du mieux qu’il le pouvait à l’affrontement qui allait suivre. Mais à sa grande surprise – et son plus grand soulagement – Ned ne lui faisait pas de reproches. Mais sans le savoir, son voisin sut toucher là où ça faisait mal. S’il sous-entendait que tout ça n’était arrivé que par l’alcool, alors pourquoi ce silence-radio les semaines et les jours suivants ? Il aurait simplement pu venir et lui dire clairement qu’il n’espérait rien … Elie secoua la tête. Il ne voulait pas blâmer Ned, ou se chercher des excuses. C’était lui était parti le matin sans dire un mot, en filant à l’anglaise. C’était lui qui aurait dû faire le premier pas, et non pas Ned. Il était seul coupable dans cette affaire. Aussi, quand Ned le planta sans plus de préavis, Elie se sentit désemparé. Il ne voulait pas qu’ils en restent là, du moins, pas sans s’être clairement expliqués. L’artiste resta immobile, regardant autour de lui. Son regard tomba sur une édition de ‘Much Ado About Nothing’, dont la reliure était ornée du portrait de l’Anglais le plus connu de la planète. "William, mon bon William, qu'est-ce que je suis sensé faire ?" Le plus romantique des dramaturges anglais le fixait d'un air railleur, sa fine moustache retroussée lui donnant un air espiègle. Elie le fixa d’un air réprobateur jusqu’à ce qu’il comprenne que Shakespeare ne lui répondrait rien d’autre que ce vague sourire imprimé sur du papier jauni. Tant pis. Puisqu’avec Ned, tout semblait être une affaire de risques, il allait en prendre. D’un pas décidé, il se rendit jusqu’à la caisse et posa sa main sur celle de Ned – le contact le fit frissonner et il la retira rapidement, non sans en avoir apprécié la douceur. "Ce livre a dû mettre des mois à arriver. Il peut encore attendre un peu." fit-il, sa main resserrant doucement sa prise autour du bras de Ned. Le libraire le regarda d’un air éberlué, mais Elie, emporté dans le feu de l’action et par l’énergie du désespoir, ne se laissa pas démonter le moins du monde et entraîna Ned loin des oreilles ou des regards indiscrets, s’il y en avait, ce dont il était permis de douter vu le silence épais qui régnait tout autour d’eux. Désormais bien caché entre deux rayons remplis de bouquins, Elie se mordit nerveusement la lèvre avant de lâcher finalement ce qu’il avait sur le cœur. "Je ne voulais pas que ça se termine comme ça, moi non plus." Et maintenant qu’il était lancé, il ne pouvait plus s’arrêter. La tension accumulée ces derniers mois à l’encontre de cette situation avait été retenue trop longtemps. "La vérité, c’est que … Tu m’as fait planer et tu m’as donné le vertige. Et j’ai pris peur." Il poussa un profond soupir, tiraillé entre le soulagement de lui avoir révélé une partie du dilemme qui l’habitait et la culpabilité de ne pas tout lui révéler à propos de Nathan. Mais parler de son amour disparu à Ned lui semblait inimaginable. La blessure s’était rouverte, plus profonde, plus douloureuse et c’était mettre du sel sur cette plaie béante que de devoir en parler encore. Et il voulait éviter à Ned ce sentiment humiliant de n’avoir été qu’un remplaçant, une façon d’oublier. Il ne l’avait pas été, pas une seule seconde, mais comment lui dire, comment lui faire comprendre ? "Ca faisait très longtemps que je n’avais pas dû faire face à une situation pareille et j’ai perdu les pédales. Je sais que ce n’est pas suffisant comme explication, que je suis un goujat sans nom mais c’est tout ce que j’ai à te donner." murmura-t-il, la honte se lisant clairement dans ses prunelles bleues. Elie aurait voulu dissimuler le regret qui perçait dans sa voix. En fait, il aurait voulu tout oublier. Mais il en était incapable. Depuis cette nuit-là, il avait Ned dans la peau, et il se souvenait de tout avec une clarté aveuglante. Il ne pouvait pas nier ce qui était arrivé, pas plus qu’il pouvait nier qu’il avait ressenti de la jalousie ou de la tristesse durant ces quelques mois, deux sentiments dont il savait qu’ils n’avaient pas à entrer en compte dans ce qui s’était passé. " Je suis désolé, Ned, si jamais tu espérais quelque chose de plus de moi. Je ne voulais pas te donner de faux espoirs. Au fond, c’est mieux comme ça. Tu mérites bien mieux." Après ce numéro pathétique, il était clair dans la tête d'Eliezer que Ned avait vraiment mieux à faire que de s’embarrasser d’un type comme lui, que ce soit comme voisin, coup d'un soir ou même interlocuteur. Et surtout, il méritait mieux qu’un homme dont le cœur appartenait encore à un autre. Elie baissa les yeux, tripotant nerveusement le livre qu’il tenait entre ses mains, submergé par un sentiment d’inconfort croissant. Partir était la meilleure des choses à faires, c'était une certitude. Alors pourquoi restait-il planté ainsi devant Ned, paralysé, incapable de bouger ? Bonne question. Auquel William Shakespeare répondait encore et toujours par le même sourire énigmatique.
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Message(#) Sujet: Re: how can we pretend we've never met ? Dim 19 Fév 2012 - 23:23

Il décocha un sourire poli au vieil homme qui patientait derrière son comptoir. « Me voilà » dit-il pour s’excuser. Il sortit quelques billets qu’il compléta après avoir remarqué qu’il n’avait pas mis la somme totale. Il avait les gestes fébriles, distrait par le bref échange qui venait de se produire. Il ne s’attendait pas à ressentir une telle rancœur, comme s’il était malvenu dans cette librairie qui, jusqu’à preuve du contraire, n’appartenait pas à Eliezer. Il savait que sa réaction était risible, qu’elle n’avait pas lieu d’être, mais il avait encore les nerfs à vif suite à ces semaines de silence radio, à ne pas savoir à quoi il devait s’en tenir. Était-ce si compliqué de le lui faire sentir ? Mais peut-être que le mot laissé par Eliezer était la réponse qu’il attendait. Peut-être qu’il aurait dû y lire la solution à son interrogation. Au lieu de quoi il avait espéré, comme le dernier des imbéciles, que son voisin viendrait éclaircir la situation, l’inviter à boire un café ou en optant pour une discussion banale de voisinage. Au moins il aurait su à quoi s’en tenir alors qu’au contraire, il avait eu la sensation d’être un lépreux qu’on évite à tout prix, de peur d’attraper sa maladie. Eh bien, très bien ! Puisque c’était comme cela, il allait garder ses distances et ne plus l’importuner, qu’il ne s’inquiète pas ! Vexé, il l’était, et il n’allait même pas chercher à le cacher. L’homme encaissa l’argent et Ned fit mine de faire glisser le sac vers lui pour prendre la porte au plus vite mais c’était sans compter sur la main qui vint entraver sa fugue. Sans savoir pourquoi ni comment, il se retrouva à abandonner l’ouvrage destiné à sa mère pour se laisser entrainer par son voisin dans l’une des allées qu’il venait de quitter. « Drôle de façon de le montrer » constata-t-il en croisant les bras sur son torse, retenant un soupir. Il se doutait bien qu’il était autant en tort qu’Eliezer, qu’il aurait pu lui aussi faire le premier pas, pour réclamer une explication ou savoir où ils en étaient. Mais non, il avait opté pour la lâcheté pure et simple et voilà où ils en étaient. Il était bien plus simple de reporter la faute sur Eliezer plutôt que de se remettre en question pour savoir ce qui, exactement, était à l’origine de sa réticence à faire ce premier pas. Sceptique quant à la signification de cet aveu, Ned fronça les sourcils. « Peur de quoi ? » s’entendit-il demander stupidement, comme si ce n’était pas évident. La réponse vint rapidement, le laissant plus confus que jamais. ‘Une situation pareille’ ? C’est comme ça qu’il qualifiait le fait qu’ils aient fait l’amour ? Et puis vinrent les mots qu’il redoutait tant et qui finirent de briser les maigres espoirs qu’il lui restait de les voir apprendre à se connaitre pour aller vers un ‘et plus si affinités’. Sa mâchoire se serra d’elle-même et il détourna les yeux, le teint gris, le regard meurtrier. ‘Si jamais tu espérais quelque chose de plus de moi’. ‘Je ne voulais pas te donner de faux espoirs’. ‘Tu mérites bien mieux’. Des mots qu’il n’avait aucune envie d’entendre et qui lui vrillaient le cœur. Mais au moins ça avait le mérite d’être honnête, il ne pourrait plus lui reprocher de le tenir dans l’inconnu. « Tu vois, ce n’était pas si compliqué » dit-il sur un ton neutre, dissimulant le trouble et la déception cuisante qu’il ressentait. « Si tu m’avais dit ça le départ, j’aurais pas passé ces dernières semaines à… » Il ferma la bouche. À quoi bon s’expliquer ? Eliezer n’avait pas à savoir ce qui l’avait tant tourmenté, puisque cela ne l’intéressait pas. « Au moins ça a le mérite d’être clair » conclut-il. Le sourire qu’il esquissa était douloureux et il crut qu’il ne serait pas capable de le faire naitre pour masquer son désespoir total. Désillusion totale. Ses espoirs étaient réduits à néant, en quelques secondes à peine. Mais il ne pouvait pas se laisser abattre. « Je ne sais pas ce qui m’a pris » dit-il pourtant, alors qu’il aurait mieux fait de partir immédiatement. « Je ne m’attache pas à des histoires d’une nuit. C’est un principe fondamental. Maintenant je sais pourquoi je l’ai instauré » Son ton était amer et il s’appuya contre l’étagère. Que faisait-il donc encore là ? Tout était dit, n’est-ce pas ? Était-il masochiste, attendait-il qu’Eliezer le brise tout entier ? « C’est tout ? Ou tu as une autre nouvelle à m’annoncer ? T’es marié ? T’es pas gay, en fait ? C’était un moment d’égarement ? Oh, et puis tu sais quoi ? Ce ne sont pas mes oignons ! Je ne sais même pas ce que je fiche encore là ! » Bien décidé à abandonner là son cœur en miettes – et il ne connaissait même pas son voisin, il ne préférait pas savoir quelle aurait été sa réaction s’il l’avait largué au bout de six mois – il tourna les talons et retourna auprès du vieil homme. « Encore désolé. Cette fois-ci je m’en vais. Bonne journée ! » La clochette émit un son dans son sillage, comme pour claironner sa défaite. Cela lui apprendrait à avoir une faiblesse pour ses voisins, tiens !
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Message(#) Sujet: Re: how can we pretend we've never met ? Lun 27 Fév 2012 - 1:46

Elie avait espéré que ses excuses aient un effet bénéfique sur leur relation. Qu'ils en restent là, peut-être sur leur faim, mais sains et saufs, le coeur pas trop abîmé et la déception pas trop amère. Mais vu les changements qui s'opéraient sur le visage de Ned au fur et à mesure qu'il parlait, il avait eu zéro pointé sur toute la ligne. Le sourire forcé que lui offrit son amant lui tordit les tripes avec une violence qu'il n'aurait pas pu imaginer et Elie se sentit encore plus coupable qu'il ne l'était, du moins, jusqu'à ce que son amant se laisser emporter à son tour par cette vague de frustration qui leur faisait dire n'importe quoi. Il resta cloué sur place, paralysé, incapable de bouger ou de se défendre devant l'énumération de reproches. La bouche entrouverte sur un "o" stupéfait, Elie ne comprit pas grand-chose de ce qui lui arrivait et il ne régit que lorsque Ned le planta là, avec une mauvaise foi qui le sidéra. Mais comment osait-il ? Qui avait fait le premis pas ? Qui l'avait dragué d'une façon éhontée, et qui l'avait encouragé à continuer alors qu'il était doucement ivre ? Ce n'était certainement pas le pape. Certainement pas. Parcouru de tremblements de colère, Elie sortit en trombe de la librairie et repéra Ned au bout d'une minute ou deux. Le coeur animé de rage, Elie courut jusqu'à lui et l'attrapa à l'épaule pour le forcer à se retourner. Essouflé, en colère, les joues rouges et l'oeil brillant, il n'avait peut-être pas fière allure, mais Ned allait entendre parler du pays, et pas qu'un peu. On ne se payait pas impunément sa tête sans en payer les conséquences. « C'est trop facile, ça, Ned ! J'étais prêt à prendre sur moi, mais là, c'est trop facile de me faire porter le chapeau ! » s'exclama-t-il, furieux. Crier faisait un drôle d'effet à Elie. D'habitude, il ne criait jamais. Il se contentait de terrorriser son adversaire en le menaçant d'une mort lente et douloureuse à coup de petite cuillère rouillée. Mais il lui semblait qu'avec Ned, cette méthode n'aurait que peu d'effet. Et de toute façon, elle ne l'aurait en rien soulagé de la colère que son voisin avait réussi à soulever en lui. Elie avait bien voulu admettre qu'il était coupable, mais de là à être montré comme le sale type qui n'en a rien à faire et qui s'était simplement payé du bon temps, hors de question. L'injustice était trop cuisante pour qu'il la laisse passer ainsi, d'autant plus que les accusations frustrées de Ned étaient totalement absurdes. Lui, marié ? C'était totalement idiot. « Tu l'as dit toi-même. Je suis une histoire d'un soir, je ne compte pas. On le savait très bien tous les deux. » Prononcer ces mots avait un étrange goût d'amertume. C'était comme s'il en prenait conscience définitivement. Sa propre voix lui parut étrangement métallique, tout comme son corps d'ailleurs, qui était lourd, lourd comme de la fonte. « Mais rien ne t'empêchait de venir frapper à ma porte, après tout. Rien du tout. Tu aurais pu venir toquer à ma porte, aussi. » Et j'aurais adoré que tu le fasses, continua-t-il mentalement, mais puisque Ned avait décidé d'être désagréable aujourd'hui, il ne lui donnerait pas le plaisir de le savoir. Elie avait baissé la voix sans véritablement s'en rendre compte, indifférent aux badauds qui pouvaient leur lancer des regards curieux. Il s'en fichait. Il avait le coeur piqué de minuscules aiguilles et la douleur était trop sournoise pour qu'il puisse l'ignorer. « Mais tu ne l'as pas fait, parce que visiblement, tu n'en avais pas assez envie. Parce que je suis un type sans importance et que je ne fais que passer. Comme les autres. Ne me fais pas croire que j'étais spécial ou quoi que ce soit, si je l'avais été, tu serais venu. » fit-il en balayant cette chimère d'un geste de la main. Qu'importe s'il chargeait Ned plus que ce qu'il n'en avait en réalité fait, Elie en avait assez de tout ça. Il se sentait brusquement las de toute cette histoire et il se mordait les doigts d'avoir proposé ce soir-là, un verre à son voisin. Que n'aurait-il mieux fait de le saluer poliment et de simplement lui payer le pressing, ça lui aurait évité de sentir comme le dernier des cons au milieu de la rue, à quelques jours de la St-Valentin.
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Message(#) Sujet: Re: how can we pretend we've never met ? Mer 14 Mar 2012 - 21:48

Fuir n’était évidemment pas la solution mais il n’avait aucune envie de parler de ça alors qu’il n’y était pas préparé et qu’un pépé était à portée d’oreilles. Déjà que celui-ci, s’il était de cette génération verrait d’un mauvais œil cette dispute tout sauf innocente et qui laissait deviner qu’il y avait anguille sous roche. Non pas qu’il en ait quelque chose à faire des opinions des autres. L’intolérance, il la côtoyait depuis toujours et il vivait très bien avec. S’il avait dû se soucier de tout ce qu’on pouvait dire, il y aurait longtemps qu’il ne serait plus de ce monde. Et puis, il avait eu le soutien total de sa famille alors il n’avait vraiment pas souffert comme d’autres avaient pu subir des remarques et des comportements discriminatoires. Mais là n’était pas la question. Eliezer et lui étaient des adultes et ils assumaient chacun leur homosexualité – du moins c’est ce que Ned en avait conclu. Non. Le problème avait bien été ce silence radio qui l’avait rendu fou et expliquait qu’il réagissait ainsi, les nerfs à fleur de peau, partagé entre l’envie de l’envoyer sur les roses et le plaquer contre le premier mur venu pour le dévorer tout entier. Car oui, malgré l’absence, malgré la distance, cette attraction n’était toujours pas partie, comme il avait pu le remarquer en se retrouvant si près de son voisin. Il avait pourtant cru qu’avec le temps, elle se serait estompée. Mais il s’était leurré et peut-être que justement, s’il n’y avait pas eu cet éloignement, ils auraient continué et auraient remarqué que la folie du premier soir s’était volatilisée avec l’alcool qui circulait dans leurs veines. Sincèrement, Ned en doutait, mais il se rassurait comme il le pouvait. Et l’air libre qui lui aéra l’esprit après avoir été piégé dans cette atmosphère confinée ne lui fut d’aucune aide alors qu’il parcourait la ruelle à grandes enjambées, pensant avoir conclu là la plus inutile des conversations : il n’était pas plus avancé avec ça, à part approfondir le fossé qui les séparait depuis cette nuit-là il n’avait rien fait de valable. Et il fulminait contre lui-même, ébahi par sa propre stupidité. Mais visiblement, Eliezer n’était pas du même avis puisqu’il le rejoignit et le força à avorter sa fuite – parce que c’en était bien une, malgré ses efforts pour se persuader du contraire. Il resta de marbre face à sa colère, il n’avait jamais fonctionné à l’intimidation et n’allait certainement pas commencer aujourd’hui avec un homme qu’il ne connaissait pour ainsi dire pas, finalement – la faute à qui ? (encore et toujours cette même mauvais foi). Ned pouvait être l’homme le plus souriant et jovial que vous pouviez rencontrer ou bien se montrer d’une incroyable obstination, même si celle-ci frisait l’ironie. Glacial, il accusa le(s) coup(s) sans un mot. La façon dont Eliezer tournait ses mots l’agaçait à un point inimaginable. Il avait juste envie de l’arrêter, de l’envoyer se faire foutre – oui oui, à ce point-là ! – et de le planter là, pour de bon. Mais il ne serait pas tranquille tant qu’ils n’avaient pas délivré tous leurs reproches alors il valait mieux qu’il s’y fasse. Secouant la tête, incrédule, il refusa d’admettre son tort. « Très bien » finit-il par déclarer, aigre, son ton laissant pressentir qu’il serait injuste. « Tout est de ma faute. J’ai merdé ! J’aurais dû traverser ce fichu jardinet et passer pour un désespérer qui s’entiche d’un coup d’un soir. Parce que c’est ce qui se fait quand on couche avec un inconnu, hein ? Le mec se barre et on s’empresse d’aller le voir pour espérer plus. J’avoue tout ! Heureux ? Maintenant, tu m’excuseras » conclut-il en agitant le livre destiné à sa mère. « J’ai un anniversaire à aller fêter et je préférerais ne pas arriver en faisant la gueule ! À la revoyure ! » Il regrettait déjà sa réaction, ses mots durs, l’acidité de ses reproches mais il savait surtout que ce ne serait rien à côté de l’amertume qui lui brûlerait l’estomac quand il aurait eu le temps de repenser à tout cela. En attendant, il avait évacué une bonne partie de sa rancœur et même s’il ne se sentait pas réellement mieux, il sentait que tôt ou tard, il faudrait qu’ils reviennent là-dessus. Et si ça n’était pas le cas, il n’aurait plus qu’à déménager, parce qu’il ne supporterait pas de vivre à côté d’Eliezer après une scène pareille, digne d’un petit ami jaloux, ce qu’il n’était pas, en somme. Et il s’en serait encore plus voulu s’il avait su que d’ici quelques jours, il allait rire du ridicule de cette histoire.
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Message(#) Sujet: Re: how can we pretend we've never met ? Sam 24 Mar 2012 - 13:52

Oui, il aurait aimé que Ned traverse ce foutu jardinet, vienne toquer à sa porte et lui saute dessus sans même lui laisser le temps de s'étonner de sa venue. Il aurait aimé laisser tout en plan et inviter Ned à dîner, pour s'immiscer peu à peu dans sa vie. Elie aurait aimé rattraper ce temps stupidement perdu, le rattraper par l'épaule, lui dire que tout était pardonné et qu'il ne désirait qu'une chose : donner une chance à ce fil ténu et fragile qui reliait leurs deux existences de grandir et de devenir plus fort. Mais une partie de lui ne parvenait pas à ravaler l'affront saignant qui lui avait été fait. Il avait été dupé, ignoré, laissé pour compte, il avait été la proie consentante d'un beau parleur qui usait de son sourire comme d'un véritable tue-mouches, et tout son être vibrait d'une colère acide contre cet homme qui avait joué avec ses nerfs. Et lorsqu'Elie était en colère, il se laissait submerger par elle, il était incapable de lui résister, tout comme le désir faisait de lui un pion assujetti à la volupté. Les mots de Ned furent autant de sel qui irrita les plaies béantes de son ego déchiré, et il fronça les sourcils, se contenant juste assez pour ne pas lui sauter à la gorge. "Tu veux que je te dise, Ned ? C'est parfait comme ça ! J'en ai assez de me prendre la tête avec toi. Je suis un grand garçon, je peux entendre la vérité toute nue. Tu voulais t'envoyer en l'air ? Voilà, c'est fait. T'es pas le premier lâche avec qui je couche, pas besoin de te chercher des excuses." lâcha-t-il d'une voix froide, égale, à peine hachée d'un tremblement, incapable de céder à Ned le moindre bout de terrain quand bien même il avait laissé entendre qu'il espérait plus. Les mots lui brûlaient la langue et piquaient ses yeux, et s'il n'était pas passé expert dans l'art de dominer sa peine, des sanglots malvenus auraient troublé sa voix faussement assurée. Avec le temps, Elie pourrait peut-être même se persuader que tout ce qui sortait de sa bouche à l'instant émanait d'une vérité immuable. Tout ça n'était qu'une vaste blague, la mise en pelote d'une chose simple, l'attirance physique entre deux adultes consentants qui s'étaient laissé conter des histoires fausses sans trop savoir pourquoi, peut-être par besoin de casser cette solitude ou cette routine qui s'était emparé de leurs vies. Ca aurait pu être un joli conte, après tout, où les deux princes charmants auraient pu contracter une union civile et adopter beaucoup de petits enfants. Mais ça ne fonctionnait pas comme ça. Et quelque part, c'était précisément ça que Elie ne parvenait pas à comprendre. Tout aurait pu être simple entre eux. Mais la simplicité n'avait vraisemblablement pas sa place dans la vie d'Eliezer. Il fallait toujours que le bonheur emprunte des chemins détournés, si tortueux qu'il s'y perdait parfois. Alors, lassé de se perdre encore et encore, il se laissait tomber sur le bord du chemin et lâchait prise. "Reprends ta vie où tu l'as laissée. Je vais sagement reprendre la mienne aussi. On n'aura plus à se soucier l'un de l'autre, et t'inquiète pas, tu verras, en un tour de main, tu auras un nouveau mec à te mettre sous la dent. Ca ne manque pas ici." ajouta-t-il d'une voix où sous l'ironie perçait une jalousie qu'il s'efforçait tant bien que mal de réprimer. A tout ça s'ajoutait la frustration grandissante de ne pas pouvoir (ou vouloir ?) aller au bout de sa réflexion. Il y a une heure, il se serait traîné aux pieds de Ned pour implorer son pardon. Mais la réaction de son amant avait hérissé son amour-propre, saccagé ce qui lui restait de dignité. S'il n'avait pas aussi été vexé, Elie aurait certainement réagi d'une façon plus douce. Maintenant, il voulait lui faire mal, lui faire comprendre qu'il avait souffert d'être ainsi ignoré. Jamais il n'avait été traité de cette manière. Son coeur saignait. Il n'y pouvait rien. Il avait besoin de se conduire en salaud pour se décharger de sa propre douleur. "Je me mords les doigts de t'avoir rencontré." souffla-t-il. Jamais mensonge n'avait sonné aussi vrai à ses oreilles. Il resta là quelques secondes, détaillant le visage de cet homme qu'il pensait haïr. Il n'est pas pour toi, va-t-en, murmura une petite voix. Non, Ned n'était pas fait pour lui. Ned était un lâche, un voleur, un briseur de coeurs. Ned était beau quand il dormait, il embrassait divinement, il avait le sourire de ses rêves. Mais Ned n'avait pas rappelé. Ned l'avait abandonné. "Amuse-toi bien à ta fête. Et passe une bonne Saint-Valentin." fit-il finalement, le regard vide, la voix creuse. Sur ces mots, il lui tourna le dos. Avec l'impression d'être sourd et aveugle à ce qui se passait autour de lui, il commença à arpenter l'avenue dans le sens inverse, sans vraiment plus savoir pourquoi il était venu. Il voulait juste mettre le maximum de distance entre lui et l'équation insolvable que représentait Ned. Il n'avait plus le temps pour les énigmes. Il s'était suffisamment brûlé les ailes en amour pour toute une vie.
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