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Lydia Winters

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· reverse the time · Lun 9 Mar 2020 - 9:59
ATTICUS + LYDIA (+ ROBIN)
@Atticus Byron
I wish I could unmiss you
Reverse the time so I could unmeet you
It would've made it so much easier, easier
If I could unmiss you when I miss you
And you could unmiss me too

march 13th 2020

Lydia avait l’impression d’être déguisée. Overdressed. Elles étaient au Mickey’s, après tout, un jean/pull aurait largement suffit mais aujourd’hui était un jour spécial et Robin avait été si heureuse de pouvoir choisir leurs tenues que Lydia n’avait pas eu le coeur de la contrarier. Elle lui avait promis qu’elles feraient ce qu’elles voulaient, que c’était leur journée. Peut-être que c’était plus par culpabilité que Lydia avait négocié cette journée - après tout, elle se sentait terriblement honteuse d’avoir fait subir ces changements à Robin, en la séparant de force de sa famille, en l’emmenant vivre ailleurs. Ce n’était en tout cas pas parce qu’elle avait subitement les moyens de faire des folies, c’était certain. La fillette avait été si conciliante, ne s’était jamais plainte, avait semblé s’adapter à leur nouvelle situation comme s’il s’agissait d’un jeu grandeur nature. Elle avait pleuré quelques fois, évidemment, demandant où étaient Tommy, Oliver, Beth, Sami et Chase, mais elle s’était calmée chaque fois que Lydia l’avait prise dans ses bras pour la consoler. Au fond, la séparation avait eu quelques avantages: notamment celui de pousser Lydia à se rapprocher de sa fille; là où elle la délaissait aisément auparavant, la confiant aux soins des autres, elle avait dû assumer sa décision et composer avec les nouvelles contraintes.
Elle était heureuse de voir Robin sourire. Ce matin, au moment de choisir leurs tenues, la petite fille avait été ravie de désigner la robe - celle que Carter lui avait ‘offerte’ - tandis que pour elle-même, Robin avait opté pour son ensemble Minnie (jupe à pois rouges, t-shirt à l’effigie de la célèbre souris et, évidemment, le serre-tête aux larges oreilles noires). En arrivant au célèbre diner, les serveuses s’étaient extasiées et Robin avait été aux anges d’être le centre de tant d’attention émerveillée. Elles lui avaient naturellement demandé quelle était l’occasion spéciale et Robin avait fièrement annoncé qu’elle avait trois ans aujourd’hui. Ah, ça se fêtait, ça! Lydia avait acquiescé, un peu embarrassée d’être à l’origine de tant d’agitation, puis elle avait poussé Robin vers une banquette, prête à commander un petit déjeuner gargantuesque pour satisfaire la gourmandise de sa fille.
Bientôt, ce fut un milk-shake vanille, un chocolat chaud, une pile de pancakes (avec une petite bougie plantée au sommet), une salade de fruits et des petits beignets qui leur furent servis et Lydia immortalisa l’instant où Robin souffla la flamme, le coeur écrasé par la solitude de cet instant qui aurait été dignement fêté si la petite avait été cernée de tous les gens qu’elle aimait. Mais Lydia n’avait pu se résoudre à les contacter, à leur proposer de venir - par honte et par obstination, aussi. Par chance, Cash les rejoindrait plus tard, quand elles iraient le chercher à la sortie du lycée. D’ici là, Lydia devrait trouver le moyen de distraire Robin. Elles iraient sans doute au cinéma, ça les occuperait au moins deux heures et si Lydia s’en voulut un peu de décompter ainsi, elle ne pouvait s’en empêcher non plus. Avec un peu de chance, toutes ces émotions fatigueraient Robin qui aurait bien besoin de faire une sieste au cours de l’après-midi. Elle, en tout cas, se sentait épuisée d’avance et la journée ne faisait que commencer.
- Tiens, mange tes pancakes, maintenant, dit-elle après avoir coupé ceux-ci en morceaux.
Elle attrapa la tasse de chocolat chaud et la porta à ses lèvres en se laissant aller contre le dossier de la banquette, contemplant le ravissement innocent de Robin, se disant qu’elle ne se rappelait même plus un temps où elle avait souri comme ça, où les problèmes n’avaient pas pesé sur ses frêles épaules. Elle avait pourtant dû être heureuse, à une époque, non? Elle avait dû jouer, rire, s’émerveiller. Mais c’était comme si elle n’avait jamais été enfant, comme si elle était née pour être écrasée par la vie. Elle aurait voulu pouvoir demander à Tommy de lui raconter une anecdote de son enfance, qu’il fasse revivre l’insouciance de la jeunesse. Mais elle ne pouvait pas. Pas après tout ça.
Lydia esquissa un sourire - qui aurait pu passer pour de la tendresse pour un oeil non averti, mais qui dégoulinait plutôt de mélancolie - à Robin quand celle-ci lui offrit le sien, gonflé d’un bonheur sans frontières. Elle avait peut-être un peu de répit avant que Robin ne réalise à quel point elle était une mère minable et Lydia aurait voulu pouvoir capturer cet instant dans une boule à neige qu’elle aurait pu secouer à chaque fois que le doute l’assaillait.
Sans doute aurait-elle laissé la tristesse et le désarroi l’envahir si elle n’avait pas levé les yeux à ce moment-là. En moins d’une seconde, Lydia passa du chagrin étouffé à une panique insondable.
Car Atticus Byron venait de passer la porte du Mickey’s.

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Atticus Byron

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· Re: reverse the time · Mer 18 Mar 2020 - 2:52
Marcher dans les rues de Windmont Bay lui paraissait toujours un peu irréel. Il avait grandi ici. Il avait été la star de son équipe de football, sa notoriété effrayant même les snobs d’Edgewater qui ne participaient pas à leur championnat (sans doute avaient-ils peur de contracter une maladie mystérieuse s’ils touchaient la main d’un pauvre) et il avait vécu dans la certitude qu’une fois le lycée terminé, il ne remettrait plus jamais les pieds à Windmont. Son ambition, c’était Foxborough et les Patriots. New York et les Giants. À la limite, Seattle et les Seahawks. Il aurait son nom en haut de l’affiche, son visage sur tous les écrans de Time Square. Son père et lui passaient des heures à négocier des contrats imaginaires avec Nike et Adidas. Tu seras le nouveau visage du football, promettait son paternel en lui assénant une claque sur l’épaule. À l’époque, ça sonnait déjà un peu comme une menace mais Atticus souriait et opinait du chef. Tu es né pour ça, fils.
Désormais, il ne pouvait plus courir dix mètres sans s’écrouler et il devait demander la permission à son compagnon de sobriété avant de pouvoir ne serait-ce qu’un cachet de paracétamol. Il n’était pas l’avenir du football. Son visage n’apparaissait nulle part si ce n’est sur son dossier médical. Son nom avait fait une ligne dans le journal de Notre-Dame - NFL hopeful quits, reasons unknown - et il doutait que Nike l’appelle un jour pour un contrat. Retour au point de départ. Raisons inconnues. Direction ? Vague.
Parce qu’il n’en pouvait plus de tourner en rond - et surtout parce que Rheon l’y avait forcé - il avait commencé une sorte de volontariat au centre social du coin, où il était censé être un youth mentor ou quelque chose comme ça. Atticus ne voyait pas bien en quoi il pouvait être utile à des gosses qui visiblement en savaient bien plus que lui sur la vie et ses tribulations. Il n’y avait qu’à voir la façon dont il était resté complètement muet, la bouche entrouverte et les yeux ronds, quand Harvey, dix ans, lui avait appris entre deux exercices de math (auxquels Atticus ne comprenait absolument rien et dont il consultait la solution sur Google) que son père était en prison et sa mère une addict. That sucks, avait-il répondu puis Harvey était passé à autre chose et Atticus s’était senti complètement idiot. Il n’apportait rien à ces gamins. Les nerds qu’il passait à son temps à mettre à la poubelle à l’époque avaient raison, finalement. Il était juste un ex-joueur de foot. Et nul en maths, en plus de ça.
Pourtant, c’était pour ces gamins qu’il était en route vers le Mickey’s Dinner ce matin-là. Il n’était pas censé les rejoindre avant l’après-midi mais il avait d’autres choses à faire avant d’aller au centre et il voulait prendre de l’avance. Quand il habitait à Windmont Bay, il ne traînait jamais au Mickey’s - trop peur d’être tenté par tout ce gras et ce sucre qui lui étaient interdits - mais aujourd’hui, quelle importance ? De toutes façons, ce n’était pas pour lui, se répétait-il alors qu’il poussait la porte du diner et que la chaleur sucrée semblait automatiquement coller à sa peau. C’était pour les gamins du centre. Il avait comme la sensation qu’une montagne de pancakes même réchauffées au micro-onde ferait du bien à tout le monde. Oui, d’accord, ce n’était peut-être pas la réponse adulte et raisonnable qu’on attendait de lui mais Atticus n’avait jamais rien promis de tout ça. Il était juste un mec qu’on avait planté là en espérant qu’il serve enfin à quelque chose. Il faisait ce qu’il pouvait, avec les moyens du bord.
Il ne comptait pas rester et s’approcha alors de la caisse enregistreuse à côté de laquelle une petite vitrine présentait divers mets caloriquement astronomiques et sourit à l’antique matriarche qui le fixa d’un air revêche. Can I help you, son ? Atticus se passa une main dans les cheveux et jeta un regard dans à la vitrine. « Je vais vous prendre… » Il se mordit la lèvre un instant et se pencha pour mieux observer avant de se raviser. Il prit un menu qui trainait par-là et l’ouvrit en grand. « Deux douzaines de pancakes. » De l’autre côté de la vitrine, il entendit très distinctement un soupir. « Un cheesecake. » Nouveau soupir et grattage de calepin, cette fois-ci. « Et un brownie géant aux pépites de peanut butter. » Ultime grognement. Atticus releva les yeux et ferma le menu d’un coup sec. « Le tout à emporter. » précisa-t-il avec un sourire. La serveuse le considéra d’un oeil sceptique. Everything is homemade. Gonna take some time. Take a seat. Coffee? Oui, un café, tiens. Il avait comme la sensation qu’il en aurait besoin pour survivre à la journée qui l’attendait et il se retourna vers la salle du diner.
C’est là qu’il la vit.
Lydia.
Ce qu’il remarqua en premier, c’était sa robe. Forcément la robe.
Puis ce fut la petite fille qui l’accompagnait. Atticus fouilla dans sa mémoire. Si les anti-douleurs ne lui avaient pas complètement cramé les neurones, il comptait cinq Winters, Lydia incluse. Mais bien des choses avaient dû changer en son absence, y compris le nombre de Winters à Windmont Bay. Le monde ne s’était pas arrêté de tourner parce qu’Atticus Byron avait décidé de tourner le dos à tout ce qu’il connaissait. À tout ce qu’il aimait.
Tout à coup, il se retrouva avec une tasse de café brûlant entre les mains et nulle part où s’asseoir. Son regard restait rivé sur Lydia, cependant et il fallut qu’une serveuse lui tape sur l’épaule pour qu’il réalise qu’il se tenait en plein milieu du passage. « Euh, désolé. » bafouilla-t-il. Il fit un pas de côté. Lydia était toujours là, à quelques mètres de lui. Il n’avait qu’à traverser la moitié de la salle pour la rejoindre.
Ses jambes agirent d’elles-même. C’était son corps qui prenait le dessus, toujours quand il s’agissait de Lydia. Il passa entre les chaises, marmonna des excuses à moitié entendues aux gens qu’il dérangea et se retrouva devant la table occupée par son ex-petite amie et la petite fille qu’elle gardait. Lydia devait être sa tante ou sa baby-sitter, il ne voyait pas d’autre explication. « Hey. » lâcha-t-il à l’intention de la jeune femme, comme si leur dernière rencontre ne s’était pas soldée par un échec cuisant. Comme s’il n’avait pas stalké et décortiqué le moindre aspect de la vie de Lydia par les bribes qu’il pouvait attraper sur les réseaux sociaux (et il avait bien vu que Cash Siringo était toujours là à lui tourner autour, et qu’il y avait ce mec, Carter, qui aurait dû prendre rendez-vous chez le coiffeur). Comme si, encore une fois, tout était normal. Mais rien ne l’était. Malgré tout, il restait là. Incapable de partir. Incapable de faire un choix. Comme toujours. « Je vois qu’on fête un anniversaire aujourd’hui. » reprit-il, sourire forcé, s’adressant désormais à la petite qui leva les yeux vers lui, les joues barbouillées et les yeux brillants.

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Lydia Winters

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· Re: reverse the time · Mer 25 Mar 2020 - 16:12
Elle se serait bien cachée sous la table. Au diable la robe, le lieu, le moment, pourvu qu’elle échappe à Atticus. Mais un mouvement brusque aurait sûrement attiré son attention, ou celui d’une serveuse et Lydia espérait que l’immobilité totale dans laquelle elle se figea passerait inaperçue, qu’Atticus prendrait ce qu’il était venu chercher et s’en irait sans la voir. Elle se sentait exposée, vulnérable, une cible aisée. Elle avait l’impression d’avoir un panneau clignotant au-dessus de la tête, que les pépiements de Robin étaient plus que des sons discrets, qu’ils envahissaient tout l’espace, qu’ils ricochaient sur les meubles, qu’ils se dirigeaient vers le jeune homme qui se tenait là-bas, près du comptoir. Lydia avait l’impression qu’un foyer ardent la consumait de l’intérieur, qu’il ne s’éteindrait pas avant de l’avoir réduite en cendres.
La première fois qu’elle avait revu Atticus, sur le bord du terrain, alors qu’elle était installée dans les gradins, c’était la colère qui l’avait embrasée. Elle le détestait. Tout ce qui n’allait pas dans sa vie, elle en rejetait la faute sur lui - parce que c’était simple, parce que son absence lui avait permis de l’accuser de tous les maux, parce qu’elle ne voulait pas admettre avoir sa part de responsabilités. Elle l’avait repoussé, avec violence, avec hargne. Parce qu’elle voulait lui montrer qu’elle était passée à autre choses (la bonne blague), parce qu’elle ne voulait pas lui laisser l’opportunité de l’amadouer (il serait bien capable d’y arriver; un sourire, une ombre dans le regard et c’en serait fini de Lydia Winters), parce qu’elle souffrait autant que le premier soir et qu’elle avait espéré que ça ne se voie pas de manière si flagrante. Son seul mécanisme de défense avait été l’agressivité, la passivité face à la douleur évidente (une douleur physique, pas mentale), la fuite, aussi. Aujourd’hui, elle n’avait pas le temps d’être furieuse, ni celui de fuir, elle était prise au piège, acculée, un lapin terrorisé dans les phares d’un véhicule qui ne roulait même pas encore vers elle.
Il y avait un espoir, très mince, qu’il ne se passe rien, que leurs chemins s’évitent encore. Il se pouvait qu’il se rappelle, lui aussi, leur dernier échange, et sache qu’il valait mieux qu’il dévie sa course, même s’il l’apercevait. Le message avait suffisamment été clair la fois précédente, non?
Cela remontait toutefois à plusieurs mois, Robin n’avait même pas su se frayer un chemin jusqu’au coeur de sa mère quand celui-ci s’était enrayé à la vue du sportif. Cette fois, par contre, la fillette était au centre du tourbillon, sa présence tétanisait Lydia. Ce n’était pas tant de croiser Atticus qui l’effrayait, même si elle n’en menait clairement pas large, mais bien qu’il rencontre Robin. Son secret. Mais avait-elle seulement la certitude qu’il ignorait son existence? Il en avait peut-être entendu parler, quelqu’un avait pu mentionner la fille-mère Winters, sans connaître le lien entre la star du lycée et celle qui avait laissé tomber depuis belle lurette. Et dans ce cas, que lui était-il passé par la tête? Avait-il fait le lien? S’en moquait-il? S’il la voyait en compagnie de l’enfant, quelle allait être sa réaction? Allait-il lui démontrer qu’il n’en avait rien à faire? Lui reprocher d’avoir été au bout de la grossesse? Il ne pouvait pas. Elle ne lui avait rien dit, rien réclamé, cela ne le regardait pas. Elle n’avait rien attendu de sa part, n’en attendait pas davantage aujourd’hui, même s’il fallait convenir qu’il était plus facile d’être aussi déterminé quand le garçon en question vivait loin d’elle, qu’elle ne le voyait pas posté-là, à une poignée de mètres d’elles, inchangé et métamorphosé en même temps. Mais peut-être que c’était elle qui avait changé, son regard qui s’était modifié. Peut-être que le temps avait fait son oeuvre. Peut-être que son âme s’était étiolée, qu’elle n’avait plus rien en commun avec la Lydia d’Atticus.
Elle ne voulait pas le savoir, pas le découvrir ni en avoir la confirmation.
Faute de pouvoir abandonner la table avec une note impayée, de risquer de se faire remarquer en essayant de rhabiller Robin pour aller faire un tour, Lydia s’enfonça un peu plus dans la banquette, comme n’importe quelle adolescente, feignant d’être plus absorbée par l’écran de son téléphone, même si elle n’arrivait pas à se concentrer une seule seconde dessus, que par ce qui se passait autour d’elle. Robin avait l’habitude, elle continua à manger en chantonnant, trempant les doigts dans le sirop d’érable pour les porter à ses lèvres. Lydia aurait dû la gronder. Lydia aurait dû lui parler. Lydia aurait dû faire tant de choses. Tout ce qu’elle fit, cependant, fut se figer en devinant le mouvement en périphérie de son champ de vision.
Atticus s’était détourné du comptoir. Il l’avait forcément vue.
La demoiselle sentit son coeur s’arrêter, le sang se glacer dans ses veines et une chaleur brûlante lui monter aux joues. Ses intestins se nouèrent et ses muscles se raidirent, mais elle resta prostrée dans sa position nonchalante, les yeux rivés à son écran. Avec un peu de chance, même en la découvrant là, il ne ferait pas un pas dans sa direction. Peut-être même qu’il entamerait son propre manège pour ne pas avoir à lui adresser la parole et, alors, Lydia saurait que tout était définitivement fini et fichu - non pas qu’elle ait conscience de cette faible flamme qui persistait à brûler au fond d’elle.
Son corps en alerte paniqua lorsqu’elle perçut l’avancée. Vers elle.
Vers elles.
Le tout était de se composer un visage neutre, se dit-elle, dans une vaine tentative de persuasion. Faire comme si rien n’importait - qu’il sache ou ne sache pas, quels que soient ses sentiments vis-à-vis de la nouvelle, vis-à-vis de Robin. Sauf que c’était plus facile à dire qu’à faire. Elle aurait pu s’y préparer, essayer au moins, mais jamais elle ne serait parvenue à véritablement anticiper l’angoisse qui la prit en tenaille. Elle ne pouvait qu’improviser. Relever le nez de son écran au moment où la voix du jeune homme lui parvint, feindre d’être surprise de le voir, arborer un masque impénétrable. C’était dans ses cordes, non?
- Hey, répliqua-t-elle en se redressant légèrement, forcée de faire avec sa présence.
Son ton était moins cinglant que lors de leur dernier (et seul) échange mais il restait froid, distant. Une porte close. Une porte contre laquelle Lydia s’appuyait de toutes ses forces, pour ne pas laisser les sentiments, les sensations qu’il avait fait naître, refaire surface. Lydia posa son téléphone sur la table, face contre le bois et croisa les bras sur celle-ci. Elle ne lui demanderait pas comment il allait, ce qu’il faisait-là, ce serait revenu à entrouvrir le battant. La jeune femme déglutit lorsqu’il fit allusion à l’anniversaire qu’elles fêtaient et, pendant une fraction de seconde, Lydia songea à se réfugier derrière le même stratagème que Tommy. Une fraction de seconde, seulement. Tout était plus simple avec un frère ou une soeur, n’est-ce pas? Mais elle n’était pas obligée de préciser son lien avec Robin. Elle ne lui devait aucune explication.
- Elle a trois ans aujourd’hui, dit-elle, de sa voix d’adolescente boudeuse, répondant contre son gré. Robin, dis bonjour à Atticus.
Robin, comme toujours, fut ravie d’obéir. Elle n’avait pas hérité de caractère ombrageux de sa mère et elle offrit un grand sourire au jeune homme, agitant l’une de ses mains en annonçant fièrement:
- Oui, c’est mon anniversaire, aujourd’hui. Je vais recevoir des cadeaux. Hein, Maman?
L’innocence de sa fille aurait dû la faire fondre mais Lydia sursauta, sachant pertinemment que c’était un risque qu’elle avait pris, à laisser Robin s’exprimer. Si elle avait voulu conserver la direction de la conversation, elle se serait arrangée pour que Robin ne place que des sourires, pas des mots.
- Oui, tout à l’heure, répondit-elle à Robin. Ce soir.
Elle aurait dû relever les yeux, mais elle craignait de voir la réaction d’Atticus. Elle craignait surtout qu’en agissant ainsi, elle lancerait un message, sans savoir lequel. Une lueur de défi? De provocation? De dépit? De détresse? Ses épaules légèrement voûtée ne trahissaient-elles pas déjà à quel point elle était vaincue?
Lydia n’arrivait tout simplement pas à regarder Atticus.
Elle était face au mur, au gouffre, aux flammes.
Elle ne savait plus quoi faire.

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