hell to the liars

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 say, isn't it strange ? [eason].


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she's a dancing queen.

Donna Gaynor

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· say, isn't it strange ? [eason]. · Sam 21 Mar - 4:48



i touch your head to pull your thoughts into my hand.
it wouldn't move, what could i do?
i tried for you, tried to see through all the smoke and dirt.
(soundtrack) @eason harjo

Quelque chose cloche, cette sensation lancinante et désagréable la cogite depuis des jours. Elle ne saurait quoi, son instinct lui intime d'en découvrir la teneur, de gratter la surface. D'en avoir le coeur net. L'intuition physique, débordante que quelque chose se trame et qu'un drame est sur le point d'éclater. A gut feeling, comme on dit. Le bon sens en ce cas consiste à laisser les choses se faire ou ne pas se faire, qu'il ne faut pas toujours disséquer, psychoter mais être tranquille, brave. C'est l'esprit encombré, embruiné qu'elle entame son train-train. Elle n'a pas croisé son locataire, ce matin-là, ce qui sur le coup ne l'a pas inquiété. Elle tente de se rassurer en accueillant à bras ouverts les tracas du quotidien, les responsabilités qui lui incombent comme des distractions utiles et plaisantes par moment. Mais rien n'y fait, son esprit est ailleurs, accaparé par ce pressentiment prégnant ; elle ne peut s'en défaire. Ses moments d'absence se font remarquer, nuisent parfois au travail fourni, sa concentration perturbée. On finit par le remarquer au salon, au vue des regards inquiets de son entourage. Elle rentrera plus tôt, c'est acté, avec l'accord de tous, laissant les rennes du commerce entre de bonnes mains. Dans la voiture qui la ramène chez elle, elle croit apercevoir la silhouette d'Harjo, au détour d'une ruelle. Fausse alerte, il en est rien, un mirage peut-être ; elle aurait juré que non. A son sujet, elle ignore tout de son quotidien, de ses pérégrinations, de ses états d'âme. Il n'est pas du genre loquace, il est taiseux, le Eason. On s'habitue aux défauts des autres quand on ne croit pas de son devoir de les corriger. A ce jour, il demeure un mystère irrésolu, un coffre-fort affectif. Pas évident de causer avec lui parfois, comme si il créait volontairement une distance entre eux. Ses gestes parlent pour lui, des petits riens aux yeux des non-initiés mais Donna les capte, communiquant elle-même par le corporel. Les bribes d'information le concernant, elle les a glané avidement au compte goutte, ces derniers mois. Des morceaux de vie, des morceaux de lui qu'elle tente de recomposer. Il lui a offert alors la main qu'elle a ardemment désirée toute sa vie, la main qui n'a pas besoin de mensonge pour qu'on la mérite, la main de la confiance et de l'attention : alliance que certains qualifient de complicité mutuelle. Elle s'est attachée à lui, à son plus grand dam. Mais elle connaît les types de son genre, elle connaît leur nature. Celle des fugitifs, qui revient toujours au galop à la moindre attache, un sentiment de bonheur qui leur est insoutenable. Elle en est bien consciente, seulement elle caresse cet espoir secret et égoïste qu'il ne partirait jamais, qu'il ne la quitterait pas, qu'il resterait pour elle. Cette idée saugrenue a fait son chemin, s'est nichée sournoisement en elle, difficile de l'en déloger ; elle s'accroche, la bougresse. Elle voudrait y croire, mais la réalité est qu'il en est capable, son sac noir toujours prêt, toujours prêt à se faire la malle. Elle a été aux aguets, à l'affût d'un départ imminent.  A cette simple pensée, son cœur se serre et les préoccupations de ce matin remontent à la surface, ce pressentiment fondé resurgit alors. Cette fois-ci, elle n'a pas prêté attention aux signes annonciateurs, aux présages, ces derniers temps. Elle gare le véhicule devant la maison, le pick up est toujours là. Elle se précipite à la porte d'entrée, se déleste de son manteau et accoure dans le salon, prise d'une panique soudaine et incontrôlée. Elle le retrouve dans le salon, assis sur le canapé, le regard fuyant, le visage enfoui dans ses mains. Elle remarque le sac noir à ses pieds, ce satané sac noir et elle comprend. Cette réalisation soudaine la chamboule plus qu'elle ne l'aurait anticipé, mais elle garde son sang-froid allant jusqu'à s'efforcer de lui demander, brisant enfin ce silence corrosif: — Tu pars quelque part ? Ce ne serait pas la première fois qu'il lui fait le coup. Il prétexterait des choses du style, un road-trip de dernière minute, des bivouacs dominicaux et ainsi de suite. Le double des clés et un chèque signé, prêt à être encaissé placés sur la table basse l'alertent, confirment alors sa pire crainte. Son mutisme persistant ne fait que de l'affirmer. — Tu pars ?, s'étrangle-elle sur le coup de l'incompréhension. You look at me, I look at you. Elle réprime ses larmes délatrices par pudeur, par amour-propre surtout. Elle ne pleurera pas devant lui, pour lui, ce serait le comble. C'est pour de bon, cette fois. Plus d'escapades improvisées, d'échappées dominicales. Pas de retour arrière possible pour Eason Harjo. With nothing to say. — Réponds moi, Eason., qu'elle exige d'un ton impérieux, le souffle haletant. Elle a cette urgence dans la voix, son trouble est palpable. L'incendie se propage alors dans son coeur, le sol est en train de se dérober sous ses pieds. Concernant Eason Harjo, elle ne s'est pas trompée. Or, elle aurait préféré s'être plantée beauté, ses espoirs à présent annihilés. Il ne resterait pas, elle ne pourrait rien y faire. La relation qu'ils ont entretenue, cette relation si singulière n'aurait pas suffi et cela la blesse profondément. Ils ne sont plus que des étrangers, à présent et elle doit s'y résoudre. Isn't it strange? How people can change.

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Eason Harjo

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· Re: say, isn't it strange ? [eason]. · Mer 25 Mar - 11:24



it's harder when you can't see through the thoughts
Not that I wanna get in, but I want to see how your mind works
(soundtrack) @donna gaynor

Le regard mordoré est résolument perdu dans le vague. Il se montre particulièrement indifférent, à la course du temps, effrénée, imperturbable, mise en exergue par le mouvement des aiguilles sur le cadran, par celui plus complexe de l’astre – oisif, perçu à travers les ombres, leur danse repérable sur le sol, sur les rebords des fenêtres, la succession suave de leur agitation.
Son paquet de Winston ébroué dans toutes les directions ; il en a fumé les vingt clopes d’une seule et unique traite, sous le perron, appuyé contre la rambarde blanche, à la peinture écaillée ; il s’est pris une écharde, a porté la main à sa bouche, a essayé de se défaire de cette sensation implacable – il a consacré des milliers de pensées, toutes différentes, à son hôtesse. Mais ce cœur baroudeur, il tombe gros et lourd dans ce torse qu’est le sien ; et maintenant, à chaque fois qu’il croisera une Donna, il pensera immédiatement à la mulâtresse qui l’a accueilli. Qui lui a accordé sa confiance. Le désœuvrement ressenti est féroce ; il pourrait même le flanquer du qualificatif ‘insondable’, il se pare d’une couche de tristesse aigre douce. Un échange sucré salé qu’une cohabitation prolongée a relevé de la plus étrangère manière qui soit ; il le concède, lorsqu’il pousse un soupire et passe une main sur son visage, il y efface la contrariété, la crainte d’être détesté peut-être même son propre mécontentement. Il sait qu’il ne pourra pas dire au revoir, ni même adieu à cette habitude qu’il a lâchement acquise et qu’il s’efforcera, plus tard, d’oublier en la remplaçant par une autre. C’est un voile particulier qui s’installe devant ses yeux ; sur chaque objet sur lequel son regard  se plante, chaque individu dont il distinguerait difficilement la silhouette. Tout est flou, tout est d’une clarté sévère, d’une quiétude dérangeante ; elle deviendrait presque frappante. C’était pas à ce genre de dérobade qu’il se serait vu abandonner un pan conséquent de son être. Sa vie, il s’est toujours fait un point d’honneur de la vivre selon ses propres termes ; dirigée par des choix dont il n’a pas longtemps discuté la légitimité (ni même le bon sens).N’être que de passage dans toutes ces existences croisées jusque là ? Son choix, imputable qu’à sa seule et unique personne, son libre arbitre, sa putain de couardise. Il a dit au revoir à Wild Stella (et lorsqu’il l’a fait, c’était un sourire qui lui étirait les lèvres et qui le faisait d’une zygomatique à l’autre) – mais, il n’a pas un instant été fichu d’imaginer à quoi ressemblerait la distanciation, cette étreinte à laquelle il déciderait abruptement de se dérober, quel sentiment prédominerait lorsqu’il allait s’enfuir, se retirer de ce cadre où il s’était vu s’inscrire de manière si naturelle qu’il s’était souvent senti complètement désarçonné ?Les femmes comme Donna Castello renferment une force intérieur, cette luminescence perceptible par l’oeil aguerri qui lui aurait été profondément impossible d’ignorer. A bien des égards, elle est une femme, oui, dans ce que le terme a  de plus dense, de plus étourdissant ; dans ce qu’il a  de plus généreux, de plus captivant, de plus réel, vorace. Dans ce qui lui inspire une admiration sans borne et qui l’incite à la pleutrerie ; il n’en a pas connu des tas, des comme elle, s’entend. Ils peuvent très bien se passer de mots et peut-être que chez celui qui n’a jamais réussi à connaître la chaleur maternelle, il a  reconnu chez la volupté de la basanée des raisons de croire, de rechercher les spectres dans ce passé qu’il a  tenté  en  de vaines reprises de se trouver une place. Il l'a trouvé sur le canapé, autour d’une infusion de thé, dans la serre, les mains dans la terre jusqu’aux coudes, sous la véranda à se siroter une bière par un soir accort. Il doit arrêter de se trouver des excuses; il est grand temps de rejoindre sa chambre et de s'emparer de son sac noir; c'est à ça qu'il sert. A ces extractions douces, peut-être pas tant que cela dépourvues de peines. L'aurait-on seulement imaginé ? Aurait-on seulement inventé ses traits rieurs malgré l'absence de paroles frivoles ? C'était une chose, de nourrir cette idée, durant des mois, des années. C'en est une autre, de la pondre et de le faire dans la solitude; malgré toutes ces décennies qu'il s'est pris depuis dans la tronche. C'est dans le salon que la propriétaire des lieux le retrouve; lorsqu'il entend sa voix, il se demande s'il ne s'agit pas d'une malice de son esprit. Le seul moyen trouvé par sa cervelle délétère de brandir un majeur FUCK sous ses mirettes déjà entamées par le départ. Shit, songe-t-il, relevant le regard sur elle; pas qu'il chialait - de toute façon, il n'a plus rien à sortir de ses glandes lacrymales, elles se sont considérablement asséchées depuis l'Irak. Mais, peut-être que de les poser sur elle, avec ce maudit jeu de lumières, peut-être bien qu'il pourrait la pleurer. Pleurer leurs silences, leurs soirées coincés dans les "côte à côte" sans se coller d'étiquettes. I'm just crying 'cause I can't escape what could've been.Il tourne la tête, incapable de faire face à celle dont la voix répercute une gamme émotionnelle qu'il n'a jamais pu penser lui prêter.Are you aware when you set me free? Qu'il n'aurait jamais pensé un jour entendre; pire, écouter (et y trouver un semblant de réconfort) - C'était qu'une question de temps,lâche-t-il et le mot adéquat serait bien lâche, le ton manque de vivacité, il rappelle celui d'un pré-enregistrement. Cette phrase là le débecte, il la connait pour l'avoir bien trop souvent utilisé. Elle ne lui demandera pas de rester; Donna possède une telle force de caractère; c'est admiratif qu'il se relève. - J'ai laissé les clés et ma part de loyer - débute-t-il mais, il sait déjà qu'observatrice comme elle est, elle a déjà tout remarqué. T'avais pourtant dit que ça te laisserait indifférente. C'était le deal, pense-t-il; il l'avait prévenu, pourtant, il se tient encore dans cette pièce, à attendre qu'elle lui donne la permission de sortir. All I can do is let my heart bleed

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