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Isaac Albrecht

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· come as you are. · Ven 3 Avr - 11:39
@Charlotte Lancaster - WB Clinic ~ 27.03.2020

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L’optimisme était le maître-mot de l’existence d’Isaac Albrecht. Enfant, déjà, il avait possédé la réputation du gamin agréable, qui avait toujours un mot sympathique pour ses voisins, qui apportait le journal aux plus anciens, qui proposait de porter les courses des femmes au foyer. Il répandait ainsi positivité et joie de vivre depuis trente-huit années – avec plus ou moins de régularité – et il n’était pas disposé à laisser les aléas du destin changeaient sa nature. Ainsi, en dépit du poids qui pesait sur ses épaules et qui prenait la forme d’une charmante silhouette allongée dans un lit d’hôpital depuis trop longtemps, il continuait d’aller de l’avant et de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Seul Joseph avait eu l’occasion d’entrevoir ses moments de faiblesse, mais il avait eu la bonne idée de ne jamais relever ; même Alvin devait le penser sans cœur de réagir avec autant de bonhommie à la situation désespérée dans laquelle ils se trouvaient. Ike était ainsi fait, pourtant, il ne pouvait se focaliser trop longtemps sur l’aspect négatif des choses, quitte à passer pour le plus grand des égoïstes. Revêtait-il le costume de l’égocentrique narcissique, d’ailleurs, en refusant de se laisser bouffer par ses idées noires ? N’avait-il pas le droit, après ces longs mois passés loin de sa chère et tendre, de songer un peu à lui et à son avenir ? Il était tiraillé entre tout un tas d’émotions contradictoires, entre le refus de tirer un trait sur son mariage, sur la femme qui avait fait de lui un homme meilleur, et son incapacité à vivre seul, sans tenir un petit bout d’être humain entre ses bras de manière régulière. Ces pensées moroses ne l’accompagnèrent pas au travail, ce matin-là, et ce fut avec un large sourire aux lèvres qu’il enfila sa blouse – pour l’effet plus que pour l’utilité, puisqu’il n’avait aucune intervention prévue ce jour – et salua sa petite équipe. Après avoir bavardé avec les aides-soignants, il fit couler trois cafés qu’il maintint entre ses doigts, concentré à l’extrême pour ne rien renverser jusqu’au comptoir de l’accueil. « Bien le bonjour aux deux rayons de soleil de la clinique ! » claironna-t-il, d’une voix à moitié chantante, dans l’espoir d’illuminer à elles aussi leur matinée. Au lieu de cela, il reçut un rictus occupé de la part de l’une, et un sourcil arqué de l’autre. Quelle idée d’avoir embauché à des postes aussi critiques des personnalités aussi fortes. « Un nuage de lait et deux sucres pour Madame Lynn. » Il tendit le bras pour déposer une première tasse devant la plus âgées des deux réceptionnistes, et en fit de même pour la seconde. « Un café noir... » Il fouilla dans la poche de sa blouse et en tira un petit sucre emballé. « ... à sucrer à envie, pour Mademoiselle Lancaster. » Il entendit un rire moqueur s’élever derrière lui et il se retourna pour tirer la langue à un collègue qui savait qu’il était peine perdu pour lui d’essayer de sociabiliser avec Charlotte. Ils avaient tous essayé, et pour la plupart n’avait récolté que des soupirs et des levers d’yeux au ciel. Albrecht refusait d’adopter l’idée selon laquelle quelqu’un, sur cette planète, ne l’aimait pas, d’autant plus lorsqu’il n’avait rien fait de mal, simplement parce qu’il était lui, un médecin, un homme. Alors, à chaque début de service, il suivait le même rituel, il leur apportait un café ou des petites douceurs, en fonction de l’heure, pour réussir, il tiendrait bon, à leur tirer à chacune un sourire sincère. Surtout à Charlotte, qui était la plus difficile, mais qui avait – il avait ouï dire – toutes les raisons du monde de ne pas lui faire confiance.

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· Re: come as you are. · Dim 12 Avr - 18:27

@Isaac Albrecht & Charlotte
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Charlotte grimaça juste après avoir baillé, une violente douleur naissant dans sa nuque alors qu’une migraine commençait à pointer sous sa tempe gauche. Harry avait été infernal la nuit précédente, refusant d’aller dormir en dépit de toutes les manœuvres qu’elle avait mis en place pour l’y inciter. Aucune berceuse, aucune histoire, aucune menace n’y avait fait et dans ses oreilles résonnaient encore le cri strident de ce petit corps qu’elle aimait à y perdre la vie mais manifestement pas l’ouïe. Finalement, épuisé, il avait finit par s’effondrer vers minuit, ne lui laissant que peu de temps pour passer son coup de téléphone qu’elle avait rondement mené grâce à l’heure tardive. C’était toujours ça de pris. Seulement voilà, la brûlure qu’elle ressentait dans le fond de ses yeux, la sensation désagréable de vrillement qu’elle sentait dans ses orbites alors qu’elle tentait de rentrer les dossiers de la nuit sur son ordinateur n’aidait en rien son humeur moribonde. Elle regrettait désormais avoir passé ce coup de téléphone. Est-ce que ces 80 dollars en valaient la peine ? Sans doute que non mais l’anniversaire de leur fils approcher et elle voulait pouvoir lui offrir quelque chose de beau et remercier Bee d’être toujours à ses côtés malgré leur histoire chaotique de l’année précédente. La voix stridente et désagréable de sa collègue de travail n’aidait cependant en rien la demoiselle à se calmer tant et si bien qu’elle ne put s’empêcher de soupirer bruyamment en l’entendant commenter le dossier Larrow dont elle se contrefichait éperdument. Les gens pouvaient-ils ne pas se rendre compte qu’ils étaient particulièrement bruyants ? Que s’ils n’entendaient rien de leur côté c’était que tout simplement les autres personnes alentours étaient polis et bien mieux éduqués ? Manifestement non. Adressant une petite moue à son écran, elle jeta le dossier qu’elle avait terminé de rentrer dans la pile qui se dressait efficacement dans la corbeille à sa droite et maugréa pour elle-même : « J’aurai tellement besoin d’un café. Ou d’un revolver 9mm avec un silencieux. » L’un comme l’autre irait.

Et l’un apparut comme par magie devant elle, illuminant son visage alors qu’elle entourait de ses mains graciles, délaissant les touches de son clavier en prenant une grande inspiration et un petit gémissement de bonheur à la perspective du liquide amer dans sa gorge. Elle allait remercier chaleureusement son bienfaiteur avant de lever les yeux et de voir la blouse blanche et la tête, charmante au demeurant, qui y était attaché. « Oh. » fit-elle, son enthousiasme se dégonflant soudainement alors qu’elle se donnait mentalement des gifles. « C’est vous. » Ses épaules s’affaissèrent avant d’accepter la dosette de sucre qu’il lui présentait. « Merci. » finit-elle par dire, comme sortant du bout des lèvres. En d’autres temps, avant William, elle aurait pu se montrer plus sympathique à son égard. Il était grand, il était séduisant et il était toujours de bonne humeur, en dépit de l’histoire tragique qu’on racontait sur lui. Tout cela serait des qualités non négligeables qui aurait pu intéresser la jeune femme s’il n’y avait pas le pendant monstrueux qui faisait largement pencher la balance dans l’autre sens : il était marié et, pire que tout, il était médecin. Ses qualités devenaient alors des défauts aux yeux de la réceptionniste qui était plus que jamais témoin des frasques des blouses blanches. « Vous n'êtes jamais fatigué ? » demanda-t-elle en ouvrant le sachet de sucre pour le glisser en intégralité dans la liqueur aussi sombre que son esprit actuel. « Être toujours de bonne humeur ? Essayer de nous gagner à votre cause alors qu’on sait très bien que nous ne sommes que du petit personnel à vos yeux ? » Elle savait qu’elle n’était pas juste avec lui. Il n’avait jamais été maladroit ou condescendant à son égard contrairement à bien d’autres. Mais justement, il prenait pour les autres. C’était comme si elle voulait tester ses limites, voir jusqu’où elle pouvait le pousser pour qu’il révèle sa vraie nature. « Qu’est ce que vous voulez Dr Albrecht ? » finit-elle par lui demander avant de prendre une gorgée de café, un gémissement de plaisir émanant de sa bouche ce faisant.

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· Re: come as you are. · Ven 17 Avr - 23:54
Il l’avait vu. Son regard avait capté le sourire enjoué de Charlotte lorsqu’elle avait posé ses doigts fins sur le gobelet. C’était bien la première fois qu’il avait droit à un tel spectacle, et cela lui mit du baume au cœur encore plus efficacement que la première gorgée avalée de son smoothie matinal, ou presque. Le moment s’échappa sitôt qu’il cligna des paupières, le dragon Lancaster était très vite retourné dans sa tanière de mauvaise humeur, mais Ike ne se laissa pas démonter. Elle parlait, elle s’adressait à lui, elle le remerciait, même ; en soi, il s’agissait d’une grande victoire. « Mais de rien, » roucoula-t-il sans se laisser démonter. Impossible n’était pas Albrecht, lui avait dit un jour son paternel, et il se rendait à nouveau compte qu’il avait raison. Il n’avait pas abandonné, et il parvenait enfin à se frayer un chemin sous la carapace de la réceptionniste. Cette sensation de succès se réduisit petit à petit à chaque morsure provoquée par les interrogations acerbes de la jeune femme. Touché, il l’était, même s’il ne laissait rien transparaître. Il déglutit bruyamment en se redressant et eut un léger tic nerveux. « Je suis juste sympa, c’est comme ça. » Sa voix n’était plus aussi assurée, même s’il tentait de garder la face. Fatigué ? Il l’était tous les soirs en rentrant quand il découvrait le lit conjugal vide. Il l’était chaque weekend quand il faisait la route jusqu’à Portland pour se rendre au chevet de sa femme. Il l’était de devoir contribuer à l’éducation d’un enfant qui n’était pas le sien par le sang mais par les responsabilités. Il l’était de devoir se battre pour mettre un simple sourire sur le visage d’une collègue de travail. « La bonne humeur n’est pas un défaut, contrairement à ce que vous semblez penser. » Il préférait s’adresser à la blonde et à sa collègue tout aussi avenante qu’elle comme à un duo, pour ne pas en mettre une seule sous le feu des projecteurs, même si Charlotte était désormais son unique interlocutrice depuis que la quadragénaire était en communication avec un patient. « Je veux juste instaurer un bon climat de travail. Nous faisons toutes et tous un travail laborieux, exténuant, un peu de joie de vivre ne peut pas faire de mal. J’offre un café à chaque service, tous les matins, aujourd’hui, c’est votre tour. Je continuerai à le faire, par politesse et gentillesse, pas parce que je vous considère comme du petit personnel. » Il payait un café à tout le monde, du confrère chirurgien à l’agent de surveillance du parking, en passant évidemment par le personnel de ménage, il ne faisait pas une fixation sur Mesdames Lynn et Lancaster, contrairement à ce qui lui était reproché de si bon matin. Il était vrai qu’il avait commencé cette habitude quelques mois après l’accident de Rebecca, pour se donner une utilité et répandre un peu de bonheur caféiné autour de lui, et c’était la première fois que leurs agendas respectifs lui permettaient de faire profiter à Charlotte de sa générosité. S’il avait su les reproches qu’il recevrait en plein visage, peut-être se serait-il abstenu. « Vous ne vous reposez jamais, vous ? Être à cran comme ça est un signe de stress ou de manque de sommeil, ça peut être dangereux. Un accident lié à la fatigue est si vite arrivé, vous ne voudriez pas finir dans mon bureau avec une jambe cassée, quand même ? » Il retrouva son sourire moqueur, jouant la carte de celui qui n’était pas vexé et parvenait à plaisanter, même si Charlotte avait réussi très rapidement à appuyer là où ça faisait mal. Elle était petite, mais costaude, mine de rien.

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· Re: come as you are. · Dim 26 Avr - 13:01

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« Mmmmmh » répondit-elle dubitative, ne comprenant pas comment on pouvait être aussi heureux d’aller travailler, même si elle avait conscience que tout le monde n’était pas dans son cas. Il s’agissait uniquement d’un travail alimentaire dans lequel elle ne s’épanouissait pas et n’éprouvait aucun plaisir. Il lui arrivait parfois d’avoir des tranches d’optimisme, des petits instants de joie lorsque son chemin venait à croiser celui de certains patients adorables ou de petites bouilles d’enfant qui la faisait fondre. Mais depuis William, elle avait décidé de se tenir éloignée de ses collègues de travail, refusant toute proposition de verre ou de soirée karaoké alors qu’auparavant, elle était même l’une des organisatrices. Si elle pouvait claquer sa démission et avait les moyens financiers, elle partirait sans un seul regret, achèterait un petit local commercial et passerait ses journées à pâtisser. Elle soupira profondément avant de boire une nouvelle gorgée de la boisson chaude réconfortante qui, malgré elle, l’entoura d’un halo de bien être et de sérénité. Ses pâtisseries, elle devait se les garder pour elle et ses proches, les seuls qui comptaient même s’ils se réduisaient à une peau de chagrin. Et ils continueront de se réduire si elle se comportait ainsi sans mettre d’eau dans son vin. Le Docteur Albrecht n’avait pas à payer pour tous les autres médecins qui la traitaient, elle et ses collègues de travail, comme du menu fretin, sans les voir et sans remarquer que sans toutes ces petites mains il serait bien compliqué pour eux de briller en société. Après tout, il n’avait jamais été autre chose que respectueux à son égard et à l’égard des autres. De la même manière, il n’avait pas à payer les conséquences de ces récentes histoires amoureuses qui lui avaient hérissé le poil dès qu’un homme s’approchait d’elle : il n’avait pas le profil type du violeur, ni celui du lâche. Elle pourrait peut être lâcher un peu de leste. L’observant quelques instants, pesant le pour et le contre avec précaution, elle finit par baisser un peu sa garde d’environ un demi-millimètre. « Désolée. » s’excusa-t-elle. « L’habitude et Harry m’a empêché de dormir toute la nuit. » Elle lui adressa un pâle sourire, entourant le café de ses longs doigts fins, y trouvant un réconfort bienvenu après la nuit infernale qu’elle venait de passer et la perspective que la suivante ne soit pas meilleure. Elle avait tellement hâte de passer directement à l’étape où son fils serait redevenu un ange et fasse ses nuits en entier, où il serait un peu plus indépendant sans pour autant devenir trop casse-cou. Même si avec comme modèle son père, c’était loin d’être gagnée.  « Si le téléphone ne sonne pas dans votre bureau, si personne ne vient déranger toutes les deux minutes pour demander où se trouve tel ou tel dossier posé bien évidence sur le comptoir, si on bénéfice d’un peu de quiétude, je veux bien venir dans votre bureau. » Un petit éclat de malice activé par la caféine s’alluma dans son regard. « En tout bien toute honneur évidemment. » Ses a priori vis-à-vis des médecins se maintenaient fermement. Elle jeta un coup d’œil à sa collègue de travail qui semblait surchargé alors que pour une fois, l’ambiance était assez calme. Il était encore trop tôt pour que les enfants ne feignent une quelconque maladie pour éviter l’école, pour que les étudiants ne viennent soigner leur soirée trop arrosée, pour que leurs parents ne viennent exiger des réponses ou pour que leurs grands-parents ne viennent passer le temps. « L’hiver est passé. Votre service est plus calme, non ? » Elle pouvait s’accorder quelques minutes de discussion, même avec un médecin. Deux solutions : soit au fur et à mesure, il confirmerait ses a priori, soit il serait l’exception qui confirmerait la règle. Dans tous les cas, elle serait gagnante.

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· Re: come as you are. · Mar 5 Mai - 12:23
Le souvenir de la moue joviale sur le visage de Charlotte était déjà lointain, tant elle lui en avait balancé gratuitement au visage, ce fut pourquoi Ike ne s’attendit pas à être à nouveau surpris par un retournement total de situation. Des excuses. Là encore, il s’agissait d’une première. Il se redressa et jeta un regard aux alentours, à la recherche d’un témoin de cette action inédite de la part de la standardiste ; hélas même sa collègue ne devait pas l’avoir entendu. Flûte, personne ne le croirait ! « L’habitude, hein ? » railla-t-il sans pouvoir s’en empêcher. L’habitude de traiter les médecins comme les derniers des incapables, parce qu’elle était aveuglée par une détestation personnelle et des a priori dont il n’était pas responsable. En toute humilité – qu’il ne possédait pas – si tous les docteurs qu’elle avait connus avaient été comme lui, elle aurait une toute autre image du monde médical surdiplômé. « Les enfants, quelle plaie ! » Il ne pouvait pas comprendre son fardeau, car il avait eu la chance d’avoir rencontré « son » gosse à l’âge de sept ans, alors qu’il faisait déjà ses nuits et avait presque toutes ses dents. Il n’osait pas imaginer le supplice que devait être un gamin en bas âge ; les couches, il pouvait les changer, mais il grimaçait à la perspective d’entendre un mini être humain hurler du matin au soir et des migraines que cela pourrait lui causer. L’idée d’un ou d’une petite Albrecht courant partout dans le salon et la cuisine était parfois tentante, mais ses choix de vie le rappelaient bien vite à l’ordre. Ike n’était pas fait pour être père, il en était ainsi. Il plissa les yeux pour l’écouter avec la plus grande attention et secoua lentement la tête de gauche à droite lorsqu’elle s’interrompit. « Rien de tout ça entre mes quatre murs, vous êtes bien placée pour savoir que nous sommes payés une fortune pour ne rien faire du tout ! » Même si la jeune Lancaster avait baissé les armes, le chirurgien n’était pas prêt à mettre fin si rapidement à leur petite joute verbale. Il pouffa de rire, redressé de toute sa hauteur, qui l’éloignait dès lors du comptoir derrière lequel elle se dissimulait. « L’hiver est passé, mais le redoux est arrivé. Les skateurs amateurs ont refait leur apparition, avec leur lot de tibias fracturés et de poignets luxés... » A nouveau, il en revenait aux enfants, aux adolescents, et toutes les contrariétés qui allaient avec. Le skate faisait partie de ses bêtes noires, raison pour laquelle il avait d’ores et déjà commandé une voiture à Alvin, qu’il aurait dès ses seize bougies soufflées. Il lui faisait plus confiance derrière un volant, entouré d’un habitacle costaud, plutôt que sur une planche ou deux roues. « Les maux de dos, eux, ne prennent pas de vacances, en plus. C’est la majorité des cas que je traite en ce moment. » Il y avait aussi le cas de la population vieillissante, qui souffrait du poids des années, et qu’il parvenait à soulager pour quelques semaines. Sa formation de chiropracteur était apparue comme une évidence lors de son emménagement à Windmont Bay. Cette bourgade avait davantage nécessité de bons massages de remise en service que d’intervention sur leurs autres membres. « A l’occasion, si besoin ou envie, n’hésite pas à te glisser dans mon agenda. La première consultation est offerte. » Pour elle, en tout cas. Il reçut un regard mauvais de la part de la collègue, seule overbookée du moment, et il se pencha sur le comptoir, vers Charlotte. « Je crois qu’on gêne. J’offre une visite gratuite de mon bureau, si ça t’intéresse, » murmura-t-il comme un secret, avant de lui adresser un clin d’œil complice et de s’éloigner de la borne d’accueil pour rejoindre son humble demeure professionnelle. Il était parvenu à ferrer le joli poisson blond du standard, peut-être se voilait-il la face et qu’il l’attendrait, porte ouverte, pour rien, mais il avait l’impression qu’elle avait besoin de parler, et il se ferait une joie d’être son interlocuteur pour quelques instants. Pour lui prouver que les médecins ne mordaient pas tous.

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Charlotte Lancaster

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· Re: come as you are. · Jeu 21 Mai - 11:47

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« A qui le dites vous. »
soupira-t-elle. Elle aimait Harry de tout son cœur. Les choses avaient été compliquées entre la mère et l’enfant, ces derniers mettant du temps à s’apprivoiser. Il avait, après tout, déboulé dans son existence comme un boulet de canon, la mettant sans dessus dessous sans possibilité de retour en arrière. Sans compter les circonstances ayant été à l’origine de sa venue au monde. Parfois, elle se demandait si, dans l’hypothèse où elle n’avait pas fait ce déni de grossesse, elle l’avait gardé ? N’aurait-elle pas demandé à Bee de l’accompagner à une quelconque clinique pour se débarrasser de la preuve matérielle de ce que son père lui avait infligé ? Il lui suffisait cependant de poser les yeux sur son fils, car c’était bien son fils avant que d’être autre chose, pour ressentir tout l’amour inconditionnel que ce dernier lui portait, même quand elle n’était pas coiffée ou maquillée, même quand elle avait suffisamment de valises sous les yeux pour lui permettre de faire le tour du monde en 80 jours, voire un peu plus, même quand elle était d’une humeur massacrante et n’avait pas une once de patience en elle. Il l’observait de ses grands yeux bleus avec une douceur et une admiration infinie. Il étendait ses petits bras potelés alors que sa bouche tentait de former des mots silencieux et aussitôt son cœur fondait devant pareil spectacle. Elle ne pouvait lui en vouloir bien longtemps. Il était son sang à plus d’un titre, la chair de sa chair et celui pour qui elle donnerait son dernier souffle. Quant bien même il n’agisse comme un vampire en retirant toute énergie, tout suc vital de son organisme comme la nuit dernière. Une ombre de sourire envahit ses lèvres légèrement rosé, se surprenant à retrouver un semblant de vivacité et de malice en discutant avec un de ses collègues de travail, ou plutôt un de ses supérieurs. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait ressenti un allègement de son travail, elle qui passait son temps à titiller tout le monde avant. « Ravie de vous entendre l’admettre. » Elle sortit un dictaphone laissé par un médecin, la prenant visiblement pour sa secrétaire. « Vous pouvez le redire un peu plus fort dans le micro cette fois-ci ? » Elle reposa ce dernier avant de reporter son attention sur son interlocuteur, ne pouvant s’empêcher de rouler ses yeux devant la suite du baratin qu’il servait sans le moindre doute à toutes ces patientes en pamoison devant la blouse blanche et un physique plus agréable que la majorité des médecins présents dont les cheveux n’avaient d’égale blancheur que celle de leur dentier. Néanmoins et une fois encore, un sourire en coin accompagna ce geste d’humeur, l’adoucissant sans réellement que la jeune standardiste ne s’en rende compte. « Je prends note. » répondit-elle avant de lui jeter un regard interrogateur, ne sachant ce qu’il entendait par là. Ou plutôt ce qu’elle voulait entendre par là. Un furtif coup d’œil sur sa collègue, l’observant se dépatouiller avec le téléphone qui sonnait mais qu’elle parvenait à gérer. Un autre sur la salle d’attente qui semblait se tarir progressivement laissant planer une accalmie jusqu’à la prochaine catastrophe qui plongerait Windmont Bay dans des méandres bien plus rocambolesques que Wisteria Lane. Un nouveau sur le Dr Albrecht qui l’attendait nonchalamment dans l’embrasure de sa porte offrant une fenêtre sur une oasis bienvenue. Un dernier sur la pile de dossiers et la tasse de café désormais vide. « Oh et puis flûte ! » Depuis sa rencontre avec Etta et leurs discussions, elle avait décidé qu'elle devait lâcher prise davantage. Qu'elle devait renouer avec l'ancienne Charlotte, celle qui faisait la fête, celle qui draguait et se laissait draguer, celle qui profitait de la vie sans s'embarrasser de compte d'apothicaire. Elle ne pouvait pas laisser Drew, son père ou William ou quelconque autre individu dicter sa conduite et décider ce qu'elle pourrait faire de son existence. Elle était seule maître de son destin et de ses envies, y compris si ses envies l'amenait à laisser tomber sa collègue pour s'accorder une pause sans avoir fini le dossier qu'elle avait entamé. Sans plus réfléchir, elle se leva en même temps qu’elle indiqua prendre sa pause. Elle ne prêta guère d’attention à la réponse de sa collègue et disparut dans le bureau du chirurgien sur lequel elle prêta un regard curieux, observant les lieux, les bras croisés dans le dos comme si elle se trouvait au musée. « La visite guidée va être courte, non ? » lui répondit-elle, une légère moue sur ses traits d’albâtre. « On peut s’asseoir pour admirer les œuvres ? » l’interrogea-t-elle avant de pencher la tête de côté pour observer un cadre juste à côté du médecin. « C’est quoi ? Je n’arrive pas à… » Elle se pencha de plus en plus pour tenter de comprendre ce que ce dernier représentant quand un crac résonna dans son cou, la faisant grimacer. C’était ça de ne pas dormir.

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