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 car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais (jackie)


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Harlan Guerrera

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· car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais (jackie) · Dim 12 Avr - 20:16

La rue assourdissante autour de moi hurlait. Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, Une femme passa, d'une main fastueuse Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ; Agile et noble, avec sa jambe de statue. Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan, La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.


Il l’avait appelé et elle était venue à sa rescousse. Il faut dire que, pour une fois, ce n’était pas pour passer un moment charnel entre eux, bien que le physique de la jeune femme était fort attrayant. Pour la première fois depuis leur rencontre et les suivantes, s’il l’avait appelé, c’était pour qu’elle lui rende un tout autre type de service que ceux qu’ils se proposaient mutuellement. « Non, je te promets. Ce ne sont pas des photos pornographiques. Tu me connais mieux que ça quand même. » Il avait secoué sa tête, les boucles brunes retombant sur ses yeux beaucoup plus longues qu’habituellement. « Ce ne sont pas des nues artistiques non plus, Jackie. S’il te plaît, mon modèle m’a laissé tomber et je n’ai pas assez d’argent pour payer une fille. Tu es le modèle parfait. » Ce n’était pas totalement vrai, son père leur versant une généreuse pension alimentaire et tentant de rattraper ses erreurs passés en achetant l’amour de son fils aîné. En vain. Toutefois, il préférait garder l’argent pour pouvoir acheter des toiles, du matériel ou tout simplement un peu de marijuana. Il ambitionnait de composer son autoportrait en prenant différentes drogues à l’instar de Saunders. Mais il devait trouver son style avant toute chose et en l’occurrence, il ne s’agissait pas de peinture ou de croquis. Il avait besoin d’une modèle photo et Jackie était la version idéale de ce qu’il avait à l’esprit.  Il s’était alors rattrapé au dernier moment par une pirouette, histoire qu’elle ne croit pas qu’elle soit son second choix et qu’il n’avait eu d’autre perspective que de l’appeler pour se sortir de cette situation. Par il ne savait quel miracle, elle n’avait pas pris ombrage et, au contraire, son charmant visage était apparu dans l’encadrement de la porte qu’il avait ouverte. Un large sourire naquit sur ses lèvres aussi roses que sa peau était laiteuse et il l’avait serré dans ses bras pour l’accueillir comme il se doit, sa main glissant lentement le long de son dos jusqu’à sa chute de reins. « Salut. Tu vas bien ? » Il l’invita à rentrer avant de refermer la porte derrière elle, la mère du jeune homme étant occupée à donner les leçons, puis lui montra le chemin jusqu’à l’étage qu’elle connaissait cependant. Cette fois-ci ils bifurquèrent vers la gauche, l’ancien bureau de son père qu’il avait transformé en studio d’artiste. « Je t’ai préparé un costume. Est-ce que tu peux l’enfiler ? » Il lui montra une large robe de velours noir accrochée près d’un paravent avant de se retourner, plus pour préparer les derniers détails que par pudeur. Il connaissait son corps après tout. « Je suis en retard pour ma dissert’ sur Baudelaire. Je n’arrivais pas à exprimer ce que je ressentais. » Il ne savait pas si elle connaissait ce poète français qui avait entraîné chez le volubile étudiant une panne d’inspiration. « Agile et noble, avec sa jambe de statue. Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan, La douceur qui fascine et le plaisir qui tue. » récita-t-il avant de se placer derrière son appareil photo et faire les derniers réglages. « Je me suis dis qu’une photographie était plus subtile qu’une quinzaine de pages d’analyse de texte. » Il se retourna en jetant un coup d’œil par-dessus son épaule. Leur relation était purement professionnelle aujourd’hui mais cela ne l’empêchait pas de se rincer l’œil. « Tu as besoin d'aide ? »

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tout part toujours dans les flots au fond des nuits sereines, ne vois-tu rien venir? Les naufragés et leurs peines qui jetaient l'encre ici et arrêtaient d'écrire. Ami, qu'on crève d'une absence ou qu'on crève un abcès, c'est le poison qui coule. Certains nageaient sous les lignes de flottaison intimes à l'intérieur des foules.

Jackie Larson

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· Re: car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais (jackie) · Ven 24 Avr - 18:15

La rue assourdissante autour de moi hurlait. Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, Une femme passa, d'une main fastueuse Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ; Agile et noble, avec sa jambe de statue. Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan, La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.


« Tu ne m'en voudras pas d'émettre des doutes quand même. Et c'est justement parce que je te connais que je demande », lui avait-elle répondu suspicieuse. Quand Jackie avait vu le nom d'Harlan s'afficher sur son téléphone, un sourire espiègle s'était dessiné sur son visage tout en sachant parfaitement que leurs petites réunions singulières n'étaient plus d'actualité ; du moins en ce qui la concernait. En effet, habituellement lorsqu'il lui arrivait de retrouver l'étudiant, ce n'était pas pour enfiler des perles. Certes ils n'étaient pas des bêtes et aimaient passer du bon temps ensemble mais cela se terminait toujours par la destination du plumard. Une amitié avec des bénéfices qui leur convenait amplement, bien trop différent dans leur caractère ou leur vision du monde pour espérer quoi que ce soit d'autre. Une entente mutuelle à laquelle elle allait devoir mettre un terme maintenant que Keith et elle formait un couple. « Je ne sais pas comment je dois le prendre. J'ai l'impression d'être la pute bon marché qui vient faire du bénévolat pour l'occasion ». Il est vrai que dit comme ça, Harlan n'avait pas su trouver les mots justes pour courtiser la demoiselle mais qu'à cela ne tienne, elle était prête à l'aider. Soupirant contre son téléphone, elle avait fini par accepter sa requête. « Bon d'accord je viens mais parce que c'est toi ! Paye-moi un verre et on est quitte mon mignon ».

Encore en pyjama après cette grasse matinée bien méritée, Jackie s'habille et se rend présentable pour rejoindre en moto la sublime maison des Guerrera. Nul doute qu'elle et lui n'avaient pas grandi de la même manière. Une différence qui pouvait apparaître dans leur comportement respectif mais dont la belle ne prêtait pas vraiment attention. Après tout chacun avait sa façon de voir les choses et c'était toujours sympa de découvrir d'autres décors que son appartement. Le casque sous la main, elle gratifie Harlan d'un sourire complice alors qu'elle lui rend à son tour son embrassade. « C'est mon jour de repos alors ça ne peut qu'aller et toi ? », lui répond-t-elle dans un naturel apaisé tandis que ses yeux ne peuvent s'empêcher de se perdre vers l'étage, là où habituellement les deux sexfriends prenaient du bon temps. Mais cette fois-ci elle n'est pas là pour ça, non. Elle ne le sera plus d'ailleurs. Et c'est donc avec curiosité qu'elle suit le poète maudit dans une autre pièce aménagée en studio d'artiste. Ses iris ébènes vagabondent dans les lieux, admirative du talent du jeune homme avant que son attention ne soit de nouveau happer par ses paroles. Elle observe la robe pendue, pose son casque et la prend entre ses mains, le contact du tissu caressant la pulpe de ses doigts. « Quelle charmante attention. Tu disais donc vrai, je vais être habillée. Me voilà rassurée ». D'un ton ironique elle étouffe un petit gloussement face à sa propre remarque, soulagée toutefois de se confronter à la vérité. Passant de l'autre côté du paravent, elle écoute le discours du privilégié non sans ressentir une pointe de cynisme. « Et sans doute plus rapide aussi ! », ne peut-elle même s'empêcher de rajouter d'un air moqueur histoire de le titiller un peu, trouvant de son point de vue qu'une photo vaut bien mieux qu'une rédaction de quinze pages dans tous les cas. Poursuivant son essayage, elle se défait de son pantalon et de son haut pour se retrouver en sous-vêtements en dentelle noire avant de rouler des yeux, amusée de sa question. « Non ça ira merci ! Et au passage mon petit Rimbaud des temps modernes, je te vois me reluquer dans le reflet de la fenêtre alors tourne ta tête avant de devoir replonger dans ton annuaire pour trouver un autre modèle ». Si en temps normal ce genre de regard ne l'aurait nullement dérangé, et encore moins de la part d'Harlan avec qui les choses étaient limpides, désormais sa fidélité envers Keith était à toute épreuve. C'était lui et nul autre, il n'y avait pas de question à se poser à ce sujet là. Même s'il ignorait sa présence actuelle chez son ancien amant, Jackie mettait un point d'honneur à respecter ses engagements et plus particulièrement à le respecter lui. D'autant plus que pour le bien d'Harlan mieux valait que son copain ne soit pas au courant d'un tel comportement de sa part. Terminant d'enfiler la tenue qui lui sied à merveille, la mécanicienne finit par sortir de sa cachette pour s'exhiber à la vue du garçon. « Voilà ! Qu'est-ce que tu en dis ? Est-ce que cela convient à Monsieur pour son devoir ? ». Les mains sur les hanches, elle s'affiche s'en vergogne en tournoyant sur elle même. « Tu sais que je préfère un bon vieux jean aux robes alors va falloir m'aider pour ce photoshooting improvisé. Je ne suis pas vraiment du style à jouer les Barbies en posant devant des objectifs ».

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Harlan Guerrera

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· Re: car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais (jackie) · Ven 1 Mai - 15:48

La rue assourdissante autour de moi hurlait. Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, Une femme passa, d'une main fastueuse Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ; Agile et noble, avec sa jambe de statue. Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan, La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.


Il appréciait les attraits charnels de Jackie, la jeune femme ayant un corps absolument étourdissant et qui constituait le meilleur des parcs d’attractions de la ville. Mais ce n’était pas cela qui l’intéressait aujourd’hui ; du moins pas tout de suite. Il aimait faire des choses différentes de ses camarades de classe, ayant toujours eu la fâcheuse manie de s’estimer différent par rapport à ces derniers. Et il n’avait pas nécessairement tort. Après tout, il avait toujours su démontrer une fibre artistique que beaucoup de ses camarades de classe n’avaient pas, ces derniers étant alors bien plu intéressés par leur pop star et stars de téléréalité plutôt que de la beauté transcendante d’un poème de Keats ou de la luminosité sombre d’une chanson des Doors. Sans compter : qui pouvait se targuer d’un père célèbre comme le sien ? Père qui l’avait élevé dans l’amour des meilleurs pièces du West End et de Broadway avant de vendre son âme aux diables en jouant le dernier super-héros de la franchise lancée par Marvel ou DC, peu lui importait. Il préférait les films hongrois et hongkongais de toute manière qui faisait bien plus vibrer les tréfonds de son âme aussi lumineuse que la plus noire des nuits d’hiver au Nebraska. Un sourire se dessina sur ses traits lorsque la jeune femme le transperça de sa franchise mordante. « Plus rapide, oui, mais non pas moins profond. » Il haussa les sourcils amusés lui-même de l’ambiguïté de ses paroles alors qu’il mettait en place le studio improvisé. Il aimait cette pièce, le bric-à-brac artistique qui en émanait, témoin silencieux de ses folies artistiques. Il aimait explorer d’autres pistes, même s’il revenait toujours à la photographie et à la poésie. Des pinceaux mâtinés de couleurs primaires se mêlaient aux tissus des costumes qu’il tentait de styliser pour les dompter selon son imagination, des pellicules de film se perdaient dans la terre glaise qui séchait déjà sous les rayons du soleil les caressant à travers les vitres teintées, des plantes vertes amenaient l’oxygène qui manquait parfois à ce capharnaüm, reflet subtil d’un esprit un peu trop en avance sur son temps sans le moindre doute. « Voyons, Jackie. Ce n’est pas comme si je ne t’avais pas déjà vu nue. » tenta-t-il de dédramatiser ses regards indisciplinés avant d’obéir sagement pour ne pas faire fuir son modèle et sa dernière chance pour ne pas avoir un D à son prochain devoir. « Diantre, quelle vision étriquée du monde tu peux avoir parfois. Ce n’est que de la chair après tout. Comme la mienne. » Un sourire se dessina sur ses lèvres alors qu’il réglait ses derniers paramètres. « Si tu avais besoin de te détendre, je n’hésiterai pas à me déshabiller également. » proposa-t-il, se passant innocemment la langue sur les lèvres avant de se retourner et de l’observer d’un regard expert. Son œil pétillant de malice, il s’approcha d’elle, prit sa main entre ses doigts et se baissa pour lui offrir un baisemain, ses lèvres restant à quelques centimètres de cette peau épicée comme le voulait la tradition. « Milady. » l’accueillit-il avant de la guider jusque devant la grande tenture noire qu’il avait déroulée. « Vous êtes sublime, plus encore qu’à l’habitude. » Il l’installa, ses mains glissant sur ses hanches pour la positionner exactement comme il voulait. Il commença à prendre deux-trois photographies, l’invitant à se mouvoir, ou du moins faire mine de se mouvoir. « Attends, ne bouge pas. » Il alla tirer les stores de la pièce, les plongeant dans la pénombre avant d’installer un pied de lumière qui projetait des ombres rectilignes sur la belle. En voulant se replacer néanmoins, il buta dans une caisse et chuta lourdement au sol, juste au pied de la mécanicienne, une vive douleur irradiant le bas de son dos. Un cri s’extirpa de sa gorge sans qu’il n’ait la possibilité de l’en empêcher, sa dignité repartie au vestiaire mais lui offrant une vision intéressante. Artistiquement parlant évidemment.

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