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Naseer Shah

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· someone has to leave first. · Mer 15 Avr - 14:47
grey&nas--
have you ever killed something good for you,
just to be certain that you're the reason you can no longer have it.

-- larissa pham, abject permanence.

Mauvaise idée de venir chez Grey à nouveau, sur un coup de tête, tout ça parce qu’il avait reçu un message - u up? - et que oui, il était debout, incapable de trouver le sommeil, yeux fixés sur le plafond comme s’il attendait qu’il s’ouvre pour l’aspirer, le faire disparaître. Mauvaise idée de tambouriner à la porte plutôt que de sonner - ça énerverait Grey, c’était sûr, et Nas se dit qu’il l’avait fait exprès, quelque part. Que c’était pour annoncer la couleur, qu’il ne venait pas là pour être le booty call de service, qu’il ne tomberait pas dans la piège, qu’il serait fort. Mauvaise idée de croire qu’il pouvait résister : au moment où Grey lui avait ouvert la porte, torse nu, sourire paresseux, il n’avait eu qu’une envie - se mettre à genoux - et c’était ce qu’il avait fait, une fois la porte refermée. Là encore, il aurait pu s’arrêter, repousser le corps de Grey, opposer une fin de non-recevoir qui n’admettrait aucune réplique. Il aurait pu se relever et trouver le courage de dire que c’était terminé et qu’ils ne pouvaient plus faire ça, plus jamais. Il aurait pu mais il ne l’avait pas fait, parce qu’un regard de Grey et il était sien, marqué au fer rouge. Il aurait pu repartir une fois l’affaire conclue. Il n’était pas encore trop tard pour s’échapper et se laisser avaler par la nuit. Mais là encore, sans qu’il ne comprenne comment, les bras de Grey l’avaient retenu - à moins que ce ne soit lui qui ait répondu à leur appel tiède, lui encore qui sautait à pieds-joints dans l’erreur, encore et encore et encore. Il s’était endormi contre le coeur de Grey parce que contrairement au plafond de sa chambre quelques heures plus tôt, c’était bien le seul endroit où il aurait voulu disparaître totalement. Et Il s’était réveillé sur le vide, comme d’habitude. Quelqu’un partait toujours en premier, c’était inévitable, la plus vieille histoire du monde. Ce matin, c’était Grey. Il n’était pas loin, à deux mètres tout au plus, accoudé au rebord de sa fenêtre. Là où Nas n’avait pas le droit de venir - il ne fallait pas qu’on les voie, qu’on puisse comprendre ce qui se passait dans l’intimité de l’appartement au-dessus du bar.
Cette fenêtre, Nas la désirait comme un trésor. Il avait honte du sentiment qui naissait au fond de son ventre lorsqu’il posait les yeux sur le dos nu de Grey qui se découpait dans l’encadrement. Il aurait pensé qu’à trente-trois ans, ses buts dans la vie auraient des portées autrement différentes mais il ne servait à rien de nier l’évidence. Il voulait être à la fenêtre avec Grey, sentir leurs bras s’effleurer, observer l’océan avec lui. C’était tout ce qu’il voulait : être avec lui. Or, il savait ce que ce dos tourné, ce corps accoudé au rebord de la fenêtre signifiait. C’était un message. Qu’il recevait, à chaque fois, cinq sur cinq. C’était le signal qu’il ne voulait pas voir. C’était le signe.
Nas s’étira. Il laissa son corps prendre la chaleur du lit, ses doigts glisser sur les draps rêches. Il ferma les yeux, inspira à fond. L’odeur de Grey était là quelque part. Il n’allait pas l’oublier - ça faisait seize ans qu’elle le hantait, qu’il la cherchait partout ailleurs - mais il voulait cette fragrance-là en particulier. Le sexe était incroyable ces derniers temps, encore plus que d’habitude. Nas se demanda si c’était son désespoir qui attisait la flamme. C’était aussi peut-être les seize ans de relation (quelle relation ?), qui sait ? Il ne voulait pas se lever. Il voulait rester là, faire un avec le lit, se laisser dissoudre. Mais presque machinalement, mû par l’habitude, il se redressa. Nas se passa une main sur le visage et se pinça l’arête du nez. C’était une erreur d’être venu. Il aurait dû faire ça bien, inviter Grey à prendre un café, peut-être même simplement lui envoyer le faire-part, tiens, pourquoi pas ? Leurs vêtements jonchaient le sol et il finit par s’extirper du lit auquel il lança un regard vide. C’était la dernière fois qu’il se levait de ce lit. Il n’y reviendrait pas, c’était une promesse. Alors il l’observa un peu plus longtemps qu’il ne l’aurait dû. Il aimait ce lit, ce qu’ils y faisaient. Il ne voulait pas arrêter.  
Un par un, il récupéra ses vêtements et se rhabilla lentement. Maigre armure de protection, certes, mais armure tout de même, car s’il restait nu ou même en sous-vêtements, il savait qu’il n’aurait jamais la force de révéler quoi que ce soit. Non, il voudrait profiter encore une fois du contact de leurs peaux nues, de la bouche de Grey partout sur son corps, de ses mains sur lui. Et le tourbillon recommencerait, je lui dis, je ne lui dis pas, et il se retrouverait en juin sans avoir fait de choix. Et il ne pouvait pas se permettre ça, non, il ne pouvait pas concevoir d’appeler Grey la veille de son mariage, de le supplier de le choisir. Lentement, Nas enfila son pull et se passa une main dans les cheveux. Grey était toujours à sa fenêtre.
Il le regarda, encore et encore.
Parfois, il avait l’impression qu’il aurait pu y passer sa vie.
Timidement, il s'approcha, à un bras de distance. Il leva la main et effleura le dos de Grey du bout des doigts, à peine, léger, presque invisible.
Je t’aime. Sauf que dans sa bouche, ça ne sortait pas de la même façon. « Grey. » Il faut que je parte. Là encore, les mots sortaient de sa bouche dans le désordre, pas avec les bonnes lettres ni les bons sons. « J’ai… Il faut que je te dise quelque chose. » Retiens-moi. « Je me marie. » Son bras retomba le long de son corps. Il ne bougea pas. Il attendit, parce qu'il n'y avait plus rien d'autre à faire que ça, désormais.

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· Re: someone has to leave first. · Mer 15 Avr - 20:44
Pour Greyson, c’était un matin comme un autre. Un matin comme ils en avaient vécus beaucoup - beaucoup trop pour être dénombrés. Pas une habitude, parce qu’il n’y avait pas de régularité à ces nuits passées ensemble, mais quelque chose de l’ordre du familier. Naturel. Intime. Il y avait longtemps que Grey ne se posait plus de questions, qu’il prenait les choses comme elles venaient. Il lui avait fallu des années pour faire comprendre à celui qui était devenu au fil du temps son amant que les relations de couples, ce n’était pas pour lui. Il avait poussé Nas à la résignation et avait trouvé la paix qu’il cherchait en celle-ci, bien conscient de ce qu’il infligeait à l’avocat, sans pour autant chercher à tempérer, à trouver un compromis. Il feignait de ne pas voir la blessure provoquée, espérant qu’avec l’usure, celle-ci viendrait à cicatriser, à se faire oublier. Qu’avec le temps, tout ça ne soit plus qu’une question ancienne, poussiéreuse, sans pertinence.
Après tout, lui, il aimait sa vie comme ça. Il était heureux, sans attache, mais avec une constante. Sans compte à rendre mais aussi sans la solitude qui accompagnait généralement le célibat prolongé. Ils vivaient leur vie - ou du moins s’en était-il persuadé, à force - indépendants, et se rejoignaient pour des nuits mouvementées où caresses et grognements se mêlaient et se confondaient. Ce n’était pas non plus la liberté de coucher avec n’importe qui qui avait poussé Grey à imposer cet arrangement. Après tout, il se satisfaisait amplement de la relation non officielle qu’il entretenait avec son amant. Il y avait longtemps qu’ils n’avaient plus abordé les pourquoi - à force, elles devaient avoir pénétré le crâne de Nas aussi. Grey pouvait ériger un mur, avancer les excuses, écorcher la vérité, élargir les failles, abattre un silence buté, s’il fallait encore une fois explorer les raisons de ce refus de s’engager. Il avait la tête dure. Il n’avait jamais plié. Jusqu’à ce que ça devienne leur quotidien, leur manière de fonctionner. Leur dynamique.
Un matin qui commençait comme tant d’autres mais qui prendrait une tournure bien différente. Le décompte était déjà enclenché et Grey n’en avait aucune idée. Après coup, il ne pourrait même pas dire à quel moment le compte à rebours avait été mis. Il savait juste qu’un instant, il fixait le ciel qui s’éclaircissait au loin, qui s’éveillait comme son amant dans son dos, et que celui d’après, les ténèbres surgissaient, l’encerclaient, l’aveuglaient.
Quelques minutes plus tôt, Grey avait ouvert les yeux sur le poster usé qui était placardé au mur - et qui servait à dissimuler un défaut dans le mur, pas à décorer. Il entendait les vagues qui ronflaient doucement et dont la mélodie s’immisçait par la fenêtre entrouverte. Le grand corps de Grey s’était gonflé d’air lorsqu’il avait inspiré puis un soupir s’était échappé de ses lèvres et il avait lentement pris le bras qui lui barrait le torse pour le poser le long du corps endormi. Tout aussi précautionneusement, il avait basculé les jambes, redressé le corps et s’était levé, nu, pour traverser la pièce et se diriger vers la cuisine. Il avait repêché son boxer parmi les vêtements éparpillés et s’était préparé une tasse de café noir. Puis il s’était installé près de la fenêtre pour le boire à son aise, en attendant que la belle au bois dormant quitte ses songes et vienne le retrouver.  
Au bout d’un moment, Greyson perçut les mouvements, trahis par les froissements de draps, les soupirs alanguis, le léger grincement du lit, mais il ne quitta pas son point de vue des yeux. Il porta la tasse à ses lèvres, sirota son café, écouta les sons que Nas produisait en se déplaçant, tentant de l’imaginer, de ne pas le regarder. S’il se tournait maintenant, il savait ce qui allait se passer. Il allait voir Nas, encore à moitié endormi, il allait poser sa tasse sur l’appui de fenêtre, se lever, combler la distance. Le soulever comme s’il ne pesait rien. Trébucher jusqu’au lit. Se retrouver sur lui. Et la partie recommencerait à zéro.
Grey aimait trop ça. Le sexe au réveil, à la lumière blafarde du jour qui se lève. C’était meilleur que la nuit. Il y avait une nouvelle énergie, un nouvel élan. Une nouvelle onde qui lui bouffait le ventre et lui donnait envie de dévorer le corps de Nas.
En fait. Ce matin-là. Il aurait peut-être mieux valu pour eux qu’il se tourne, qu’il voie Nas, qu’il fasse exactement ce à quoi il avait pensé juste avant.
Alors, peut-être, l’autre aurait gardé son aveu pour lui. Quelques temps encore. Un sursis que Grey aurait pris, sans réfléchir. Qu’il aurait fait durer, autant que possible. Au lieu de quoi, il s’était borné au silence, à la fixation, comme une statue impassible, pétrifiée, oubliée par son sculpteur, dans le réduit qu’était son appartement de célibataire endurci.
Finalement, un contact léger lui chatouilla la peau mais Grey ne bougea toujours pas, le regard perdu au loin. Aucune pensée cohérente ne lui traversait l’esprit et quand la voix de Nas s’éleva, il répondit par un son indéfinissable, une sorte de grognement interrogateur.
- Mmmh?
Quelqu’un d’autre aurait pu croire qu’il faisait la gueule, alors qu’il n’en était rien. Nas le connaissait suffisamment, en tout cas, pour savoir qu’il n’y avait aucun malaise, aucun mauvaise humeur de son côté. Pour l’instant. Mais il devait savoir que les mots qui suivraient viendraient froisser l’air, érafler le silence, déchirer leurs vies.
Grey attendit. Puis les mots se placèrent entre eux.
Je me marie.
La première réaction de Grey, à cette annonce, fut un rire, un roulement de vague qui partit de son ventre, remonta sa gorge, s’échappa de ses lèvres. Un rire qui sonnait comme hilarant, tu n’as rien de mieux à faire que de plaisanter? Mais le silence engourdi qui suivit donna l’alerte et le regard clair du locataire des lieux abandonna sa contemplation pour glisser vers le parquet usé de la pièce. Il avait l’oreille tendue comme un chien aux aguets. Il attendait que Nas éclate de rire, s’imagine qu’il l’avait bien eu. Mais rien ne vint. Alors Grey fronça les sourcils et tourna lentement la tête pour regarder par-dessus son épaule - comme il l’avait fait tant de fois pour observer Nas à distance.
- Tu te maries, répéta-t-il, comme si dire les mots à haute voix leur apporterait le moindre sens - sauf qu’il n’en fut rien. Je ne savais pas que tu avais quelqu’un.
Il n’y avait pas le moindre désarroi dans sa voix, juste une difficulté évidente à saisir la portée des mots de Nas - ou à refuser de la saisir, en tout cas. Il se serait souvenu si Nas avait évoqué quelqu’un. Il n’avait pas de comptes à lui rendre, Grey le savait. N’avait-il pas bataillé en ce sens? Pour qu’ils soient libres d’aller et venir dans la vie de l’autre - mais aussi, libres de trouver quelqu’un d’autre? Sauf que jusqu’à aujourd’hui, cela s’était résumé à une théorie.
Greyson se détourna de la fenêtre, quitta son poste pour retrouver sa hauteur, géant dénudé face à un Nas rapetissé, dans ses vêtements froissés. Si Nas se mariait, c’était que c’était du sérieux et si c’était du sérieux, Grey se demandait pourquoi il avait attendu si longtemps pour l’avertir.
- Quand ça? finit-il par demander, alors que ce n’était pas ça qui l’intéressait.
Il y avait une bonne dizaine de questions qui s’entrechoquaient dans son esprit mais aucune ne lui paraissait cohérente, aucune ne parvint à franchir ses lèvres. Depuis quand? Avec qui? Pourquoi maintenant? Pourquoi ne lui avait-il rien dit? Il n’avait pas le droit de demander des explications.
Ils n’étaient pas un couple, après tout.
Ils ne se devaient rien.

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· Re: someone has to leave first. · Sam 18 Avr - 19:14
Nas fixait le dos de Grey. Il ne lui aurait fallu qu’un pas ou deux pour franchir la distance qui le séparait de son amant. Il s’imagina, un instant, avoir le courage que sa folie exigeait, glisser ses bras autour des hanches, laisser son torse prendre la forme de Grey, poser sa joue au centre des omoplates. Il aurait laissé ses mains remonter lentement sur le ventre dénudé, tout doucement, juste pour sentir la respiration de Grey et se caler sur son rythme. Il n’aurait rien dit. Il aurait juste écouté Grey et les vagues jusqu’à ce que son esprit soit vidé du reste. Puis, s’il avait été audacieux, il aurait relevé la tête et se serait hissé sur la pointe des pieds. L’une des mains aurait quitté le ventre pour venir écarter les cheveux de Grey qui coulaient sur sa nuque et il aurait tracé des mots secrets sur la peau tiède, des mots qu’il aurait scellé de sa bouche, connus de lui seul, des mots qu’il ne répétait à personne. Des mots que Grey pourrait sentir sur son corps, la nuit, lorsque Nas aurait disparu. Des mots qui apporteraient peut-être une réponse. Des mots que Nas n’avait jamais osé dire. Il avait toujours choisi le silence plutôt que l’absence. Et aujourd’hui, c’était lui qui partait. Une seconde, ça ne lui prendrait qu’une seconde d’avaler le vide entre eux. Il retrouverait l’odeur familière, la caresse des cheveux de Grey, le goût de sa peau, la musique du coeur qui battait. Quelque chose se tordit dans le ventre de Nas. Au lieu d’avancer, il recula comme pour se défendre du danger imminent.
Puis Grey rit. Il n’aurait pas pu lui faire plus mal en lui mettant un coup de poing.
C’était le même effet : le souffle coupé, les oreilles qui bourdonnaient, ses tempes qui partaient en vrille, ses entrailles en feu. Il se mariait. Et Grey riait ? Nas recula encore d’un pas. Il ne pouvait pas encaisser autant de douleur. Il n’était pas fait pour ça, il n’était pas comme Grey sur qui tout glissait comme une vague, lui, il prenait, prenait et prenait encore jusqu’à ce qu’il asphyxie, jusqu’à ce que la douleur submerge tout sur son passage. Il se mariait. Il se mariait, putain de merde, et Grey riait ?
Nas aurait voulu lui exploser au visage comme une bombe. Puisque c’était si drôle, que Grey se prépare, il avait encore tout un tas de choses désopilantes à lui raconter. Il y avait la façon dont il restait éveillé la nuit en priant - oui, il priait maintenant, parce qu’il n’avait plus aucun recours - pour pour une solution. Il y avait la sensation de flotter en-dehors de son corps à chaque fois que ses parents évoquaient les préparatifs du mariage. C’était hilarant, non, la façon dont sa vie se désagrégeait sans qu’il ne puisse rien y faire, parce qu’il n’avait ni le courage ni les moyens de pouvoir arrêter l’engrenage qui allait broyer tout ce qu’il aimait dans ce monde ? À pleurer de rire, la façon dont il s’était jeté corps et âme pendant seize ans dans leur relation pour rien. Il ne pouvait même pas s’en aller avec la certitude qu’ils avaient partagé quoi que ce soit d’autre que des nuits irrégulières. De Grey, il ne lui resterait rien, sauf le fantôme. Il n’y avait rien dans l’appartement de Grey qui pouvait laisser entendre qu’il avait été un jour-là. C’était sa hantise secrète d’arriver un soir et de découvrir que quelqu’un d’autre était passé - un t-shirt oublié, une écharpe, une brosse à dents, une tasse en plus -, pire, que quelqu’un d’autre était entré et était parvenu à rester quand lui avait l’impression de devoir s’enfuir à chaque fois. Leur intimité était à chaque fois temporaire, suspendue. Sur le fil du rasoir. Sur le qui-vive.
Grey s’était retourné à demi et Nas prit enfin conscience que ce dernier l’observa. Il sursauta, comme pris entre les phares d’une voiture qui fonçait sans la moindre intention de dévier de sa route. « Tu ne savais pas que j’avais… » Interloqué, Nas n’alla pas jusqu’au bout de sa phrase. Elle mourut sur le seuil de ses lèvres pour se transformer en un soupir incrédule et il secoua la tête, les yeux écarquillés. Il ne pouvait pas croire que Grey venait de dire ça. Il pensait réellement qu’il avait le temps, l’envie de mener une double-vie ? Il était sur les routes de l’Oregon seize heures par jour : le reste de son temps, il le divisait entre son lit et celui de Grey, lorsqu’il voulait bien l’accueillir. Et il n’avait besoin de rien d’autre, de personne d’autre. C’était ça que cet imbécile borné s’entêtait à refuser de comprendre et ce que Nas échouait à lui faire entrer dans le crâne.
Nas ne savait pas ce qu’il avait espéré comme réaction - mais certainement pas cette indifférence évidente, cette absence d’émotion. Poignarde-moi, ça me fera moins mal, songea-t-il alors que Grey se tournait complètement vers lui. Son corps était inondé de la lumière fraîche du matin et Nas sentit toutes ses bonnes résolutions vaciller comme de l’herbe caressée par une brise tiède. Il aurait pu encore basculer, là, lui dire d’oublier ce qu’il venait de dire. La chute aurait eu le goût des lèvres de Grey et il en aurait redemandé, encore et encore. Jusqu’à la prochaine gifle.
Quand ça ? Cette fois-ci, c’est Nas qui ne put s’empêcher de rire. Un rire incrédule qui ne remonta pas jusqu’à ses yeux. Il regarda autour de lui comme s’il espérait convoquer l’intérêt d’une audience, can you really believe this guy? Mais ils étaient seuls, ils s’affrontaient dans un duel qui ne regardait qu’eux et Nas revint s’ancrer dans le regard de Grey. Il se pinça l’arête du nez à nouveau puis planta une main sur une hanche, l’autre se tendant vers Grey sans raison. « En juin. Pourquoi, il faut que je te prévoie une chaise ? » railla-t-il. Sa main tendue retomba le long de son corps et il secoua à nouveau la tête. Il se mit à taper nerveusement du pied, regard vers le sol, poings sur les hanches. Il ne pouvait pas le croire. Seize ans, putain, seize ans et tout ce qu’il récoltait, c’était un quand ça ? « Pour ta gouverne, je n’ai personne. » siffla-t-il entre ses dents, la mâchoire contractée. Il ne pouvait pas laisser Grey croire qu’il était avec quelqu’un d’autre, que ce mariage se faisait de sa volonté. Il ne savait pas pourquoi. Peut-être que s’il laissait entendre qu’il y avait une chance que ça n’aboutisse pas… « C’est… arrangé. Par mes parents et les siens. » Sa voix était résignée, butait sur chacun des mots. Nas releva les yeux à demi. Tu peux encore me retenir, voilà ce qu’il aurait voulu lui dire.

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· Re: someone has to leave first. · Lun 20 Avr - 12:02
C’était comme si l’information cherchait un interstice pour s’immiscer dans le crâne de Grey - en vain. Tout était hermétiquement fermé, résolu à ne pas laisser entrer cette donnée absurde. Mais absurde, l’était-elle tant que ça? C’était ce qu’il se demandait, Grey, alors qu’il toisait son amant, cherchant à déceler le tic nerveux qui trahirait la plaisanterie de mauvais goût ou guettant la vérité au fond de ses grands yeux expressifs. Il s’y était perdu tant de fois, il les connaissait par cœur. Il savait quand il irritait Nas, quand il était à deux doigts de le faire fondre entre ses mains, quand il refoulait un élan de tendresse qui n’avait pas lieu d’être entre eux - en principe. En fait, il connaissait chaque détail de son visage, de son corps et, s’il voulait bien pousser un peu plus loin, de son cœur et de son âme. La chose valait pour Nas aussi. Quand on passait seize années dans les bras d’une personne, ça laissait forcément des marques, des traces indélébiles, de légères cicatrices, des souvenirs communs. Greyson avait eu tout le temps d’étudier son amant, au fil des ans. Il l’avait vu s’épanouir, quitter la douceur de l’adolescence pour gagner celle de l’homme, il avait vu sa peau prendre de petites rides, ici ou là, il avait vu les accrocs de la vie se dessiner sur lui. Il avait éprouvé chacun de ses sens au contact de cet homme, il s’en était imprégné, malgré lui, comme il ne s’était jamais imprégné de personne. Il ne le révélait jamais ostensiblement, avec des mots, des paroles, mais ses gestes, ses regards, son attention, trahissaient plus qu’il ne l’aurait jamais admis. Grey cherchait l’erreur, sur les traits de Nas, et ce qu’il voyait donnait à son cœur un son caverneux, menaçant, effrayant. Par chance, l’écho restait interne, il ricochait partout à l’intérieur, mais il n’affleurait pas à la surface ou à peine, dans le regard subjugué qu’il portait à celui qui venait de passer la nuit avec lui et qui lui annonçait au matin qu’il allait se marier.
C’était une plaisanterie. Ce ne pouvait en être qu’une. Ce devait en être une. Et pourtant.
Grey sondait son amant et il avait l’impression de le voir vaciller, trembler, traversé d’une onde indéfinissable. Le géant ne savait comment réagir, il se sentait pris entre deux feux, comme un grand con, et il aurait préféré que Nas n’ouvre pas la bouche ce matin, qu’il se contente de partir, qu’il le laisse à sa vie dérisoire sans lui asséner des coups de massue au réveil. Parce qu’il se retrouvait alors à poser des questions hébétées, logiques, pratiques, presque pragmatiques, alors qu’il n’y avait rien de pragmatique entre eux; des questions qui faisaient hoqueter Nas d’un rire discordant, dissonant.
Juin.
Au coin de leur vie, à une enjambée d’ici. Comment était-ce possible d’avoir gardé cette information capitale, cruciale, pour la balancer au dernier moment? Qu’était-il censé faire de cette réalité que Nas lui jetait à la figure? Comment était-il supposé réagir? Grey ne cachait pas sa perplexité, bien qu’elle puisse sans doute aisément être méprise pour de l’indifférence ou de la désinvolture. Grey ne prit même pas la peine de répondre à la remarque ironique, il soupira et se passa les mains sur le visage, dans une vaine tentative de se réveiller complètement (au cas où il s’agirait d’un rêve plus vrai que nature, aux allures de cauchemar ridicule) ou d’absorber enfin l’influence qu’avait cette information sur sa vie, sur leur vie.
La suite ne fit qu’enfoncer Grey dans la tourmente. Il resta silencieux, songeant, une fois de plus, qu’il s’agissait d’une plaisanterie de très mauvais goût, mais, à nouveau, l’attitude de Nas contredisait le fil de ses pensées et confirmait la nouvelle réalité imposée.  
- Un mariage arrangé.
Grey n’était pas des plus loquaces mais il n’était pas taciturne non plus, surtout avec Nas. On ne pouvait se contenter d’un laconisme nonchalant quand on partageait son intimité avec quelqu’un depuis seize ans. C’était un son de cloche qui résonnait dans l’esprit de Grey depuis quelques minutes. Seize ans. Seize ans. Seize ans. Balayés, désintégrés, écartés. Où allaient-ils, après ça? A quoi se résumaient-ils? Le géant ne put réprimer un sourire froissé, un refus muet de croire à ce qu’il se passait.
- Tu te fous de ma gueule? finit-il par lâcher, quand l’usage des mots sembla lui revenir. Un mariage arrangé? On est en Amérique, putain. En 2020. Comment peux-tu te marier contre ton gré ici et maintenant?
C’était le comble de l’absurdité. Grey l’aurait bien attrapé par les épaules pour le secouer un bon coup, pour lui remettre les idées en place. Qu’il chasse ce plan foireux, qu’il délaisse des traditions qui n’avaient pas leur place ici. C’était un pays de liberté, bon sang! Le siècle des mariages forcés était depuis longtemps passé. Il ne comprenait d’ailleurs pas que Nas se prête au jeu. Il était avocat, il était indépendant, pourquoi se laissait-il embarquer là-dedans?
Et puis l’autre possibilité le percuta et Grey referma la bouche alors qu’il s’apprêtait à ajouter quelque chose. Il hésita, fronça les sourcils, éluda l’idée puis la laissa s’échapper:
- A moins que ça ne soit pas contre ton gré?
Il lâcha ces mots avec réticence, grimaçant presque à l’idée qu’ils puissent être vrais. Il était évident qu’ils n’avaient pas la même vision des choses, que leur compromis n’en était pas forcément un, qu’il était peut-être une défaite pour l’un, une satisfaction pour l’autre. Tout un concept qui avait bien sûr effleuré l’esprit de Grey au fil des années, mais qu’il n’avait jamais dû confronter. Or, il semblait que ce temps fut révolu et que Nas soit en train de le mettre devant le fait accompli.
Pinçant les lèvres, Grey toisa son amant et posa les autres questions, celles qui suivaient naturellement, celles qu’il aurait préféré ne pas devoir (se) poser.
- Qu’est-ce que ça signifie? Pour le reste? Pour…. nous.
Il aurait sans doute pu dire pour notre arrangement mais il mesura ses paroles, parce que là aussi, il connaissait Nas, il savait à quel point il pouvait être tranchant, venimeux.
- J’arrive pas à croire que tu me balances ça comme ça. Ce matin. C’était quoi, hier soir? Un dernier coup? Je viens baiser et puis salut, je me mets la corde au cou?
Grey était sur le cul. Il n’avait pas ignoré l’idée que Nas puisse un jour le larguer mais jamais il n’aurait imaginé qu’il le fasse dans ces circonstances.
Pour se marier deux mois plus tard.

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· Re: someone has to leave first. · Sam 25 Avr - 23:24
Nas avait souvent rompu avec Grey. Ça n’avait de rupture que le nom, bien sûr, parce qu’il ne pouvait pas rompre avec quelqu’un avec qui il n’était pas. Tout se passait dans sa tête. Il avait eu la conversation imaginaire des dizaines, des centaines de fois. Il partait et il ne revenait pas. Revenir, c’était se condamner à mourir doucement, à petit feu. Revenir, c’était les questions de ses parents, infatigables, aimants, pressants. Revenir, c’était croiser Grey dans les rues de Windmont Bay et ne même pas pouvoir lui adresser un regard. Revenir, c’était ce que Nas avait toujours fait. Il revenait, inlassablement, contre son meilleur jugement, contre toute logique. Il se disait toujours que cette fois-ci, c’était la bonne mais tôt ou tard, il finissait toujours par se réveiller dans les bras de Grey, blotti dans son cou, emmêlé dans ses draps. Il n’y pouvait rien. Il aurait voulu expliquer que ce n’était pas sa faute, qu’il faisait de son mieux, vraiment, de son mieux. Mais qui aurait écouté quand il était évident qu’aucun de ses mots n’avait de valeur ? Grey faisait de lui un menteur. Grey faisait de lui un dissimulateur, une fraude. Grey faisait de lui ce qu’il voulait et Nas le laissait faire car malheureusement pour lui, c’était ce qu’il préférait au monde.
Il revenait toujours parce qu’au fond, c’était ce qu’il voulait.
Il avait toujours voulu Greyson Wood. Depuis ce jour-là, lorsqu’il s’était installé à côté de lui en cours de maths, avec ses cheveux fous et ses yeux rieurs (aujourd’hui couronnés de douces petites rides) jusqu’à aujourd’hui, précisément. Il y avait six mille jours environ, entre ce jour de septembre 2003 et ce matin d’avril 2020, six mille jours durant lesquels Nas n’avait pas cessé une seule fois de caresser l’espoir qu’un jour, ils seraient ensemble pour de bon. Ça aussi, ça ne prenait place que dans l’abri de son esprit. Parfois, ils partaient au milieu de la nuit et laissaient Windmont Bay derrière eux, sans explications, sans rien dire. Parfois, Nas trouvait le courage de dire la vérité. Ils vivaient heureux et avaient beaucoup de neveux et de nièces, et tout était bien qui finissait bien. Aucune de ces fins heureuses n’était réaliste et Nas le savait parfaitement. Ce n’était pas pour les gens comme eux et au bout de six mille jours, il avait fini par le comprendre. Il passait à côté du bonheur mais si c’était pour être avec Grey, ça en valait peut-être la chandelle. Peut-être était-ce le prix à payer, un équilibre que l’univers lui imposait tacitement pour compenser tous les moments qu’il avait volés à sa propre vie ? Peut-être devait-il rendre ces six mille jours à quelqu’un, un jour ? Peut-être avait-il vécu sur du bonheur à crédit qu’il devait désormais rembourser. À ses parents. À sa future épouse.
Un mariage arrangé. Nas tressaillit. C’était absurde, cette conversation, ces deux mots, Grey encore à moitié nu, beau comme un dieu. La lumière filtrait à travers ses cheveux et glissait sur ses épaules, jetant des petites étoiles sur sa peau nue, étoiles que Nas aurait voulu embrasser une à une, retracer du bout des doigts. Il avait eu le temps, pendant seize ans, d’arpenter les chemins les plus reculés, les plus dissimulés qui serpentaient le long de ce corps et il était incapable de s’arrêter sur un sentier préféré. Mais celui qui commençait à la base de la nuque et qui continuait le long de la colonne vertébrale, creusant cet espèce de sillon pour aller s’épanouir en deux fossettes juste au-dessus du creux du dos… Celui-là, Nas le connaissait parfaitement et l’aurait volontiers emprunté encore et encore. Mais la voix de Grey s’éleva, rauque, accusatrice, et Nas sursauta. Ici et maintenant ? Il resta muet mais ses tempes bourdonnaient. Dans un geste de défense, Nas croisa les bras, ses mains agrippant ses avant-bras comme un naufragé sa bouée. Il connaissait Grey. Il le savait intuitif, incisif - ce qui signifiait qu’il n’allait pas tarder à comprendre et il dès lors, il n’y avait plus qu’à se préparer à l’impact. Non, il ne se mariait pas contre son gré. Loin de là. Lentement, il fit non de la tête. L’usage de la parole semblait lui avoir été momentanément interdit et il ne pouvait alors que fixer Grey dans les yeux, continuer à secouer la tête, à lui dire en silence que s’il se mariait, c’était pour fuir.
Il le fuyait, lui, leur histoire dévastatrice, leur impasse. Il ne pouvait plus continuer. C’était au-dessus de ce qu’il était capable d’endurer. Seize ans, c’était sa limite.
Nas aurait pu rester silencieux jusqu’à la fin. Tout ce qu’il avait à dire à Grey, il pouvait le transmettre avec ses yeux - et bien souvent, ça leur avait suffi, car leur langage ne s’embarrassait d’aucune fioriture. Un regard, et ils se comprenaient.
Mais il fallait que Grey ouvre sa grande gueule. You just had to do it, didn’t you?
Ce que ça signifiait pour eux ? Pour ‘nous’ ? « Right. Parce qu’il y a un ‘nous’, maintenant ? » lâcha-t-il en secouant la tête, incrédule. De qui Grey se foutait-il, là ? Il lui jetait ce ‘nous’ au visage comme une insulte. Il n’y avait pas de ‘nous’, pas de ‘eux’. Ce n’était pas faute de l’avoir voulu, pourtant. Pas vrai, Grey ?, demanda-t-il en silence, la mâchoire serrée. Ce n’était pas faute d’avoir tenté. Ce n’était pas faute d’avoir voulu plus. Ce n’était pas faute de vouloir plus, là, tout de suite, maintenant, malgré le mariage. Quel nous ? Il aurait voulu secouer Grey par les épaules. Quel nous ? Le ‘nous’ qui n’avait jamais révélé à qui que ce soit ce qu’ils faisaient ? Le ‘nous’ qui n’avait rien d’autre que ces quatre murs et ceux d’Ellicott Mills parce qu’ils n’avaient jamais su se trouver au même endroit, au même moment ? Le ‘nous’ qui éclatait en plein vol pour mieux se revenir, plus brisé, plus fragile que la fois précédente ? Le ‘nous’ qui passait la moitié du temps à baiser et à l’autre à se déchirer parce que c’était les deux seules façons qu’ils avaient de communiquer ? Parce que c’était ce qu’ils étaient, non, à défaut d’être ce ‘nous’ ? Fucked-up. Incompatibles à tous les niveaux. Interloqué, Nas ouvrit les bras et eut un rire incrédule, levant les yeux au ciel. « Et qu’est-ce que tu aurais préféré ? Un faire-part ? » répliqua-t-il, sa voix couvrant brusquement celle de Grey. Tant pis pour les voisins ! Tant pis, ils entendraient tout. Quelle importance, de toutes façons ? « Je ne sais pas ce que c’était, hier soir ! Je ne sais pas, ok ? Je voulais… » Le voir une dernière fois. Se glisser encore contre son corps chaud, le sentir prendre possession de lui, de cette manière si douce et si féroce. Est-ce qu’il pouvait vraiment être blâmé ? Devait-il aussi faire acte de pénitence pour cette dernière danse qui n’avait pas dit son nom ? Nas se prit le visage dans les mains et inspira profondément avant de se révéler à nouveau. Il ne cachait plus rien de sa dévastation ; le trou qui lui bouffait la poitrine était aussi apparent que s’il avait été là, sanglant et ouvert, à la place de son coeur. « Toi et moi, ça ne va nulle part, qu’est-ce que j’étais sensé faire ? » finit-il par jeter. Elle était là, la vraie raison. « Je ne peux pas continuer comme ça, Grey. Je veux autre chose. » lâcha-t-il, la voix tremblante, ses grands yeux sombres un puits de désespoir sans fond.

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· Re: someone has to leave first. · Jeu 30 Avr - 15:06
Il ne savait pas ce qu’il s’était imaginé. Que ça durerait toujours? Que les rides et les cheveux gris ne viendraient jamais teindre cette histoire bancale? Tant que la jeunesse était là, pourquoi s’en soucier? Ils avaient grandi ensemble, étaient devenus des hommes ensemble. Ils évoluaient. Ensemble. Les années n’avaient pas été tendres, leur relation avait toujours été ainsi, écorchée, dissimulée. Ils se faisaient la gueule pour mieux se retrouver. Ils restaient parfois quelques semaines sans se parler, puis revenaient au point de départ. Ils n’étaient pas un couple qui s’entredéchire et se rabiboche. Ils étaient… Greyson aurait bien été incapable de les qualifier. Il ne le voulait pas, de toute manière. Il aimait son statut de loup solitaire, tout comme il aimait trouver cette communion, cette intimité, dès que Nas passait la porte de son appartement. C’était naturel. C’était son paysage. Il bousculait son amant parce qu’il prenait un malin plaisir à le voir rouler des billes, à voir un sourire lui chatouiller les lèvres, sourire résolument réprimé parce qu’il ne voulait pas céder. Il le chahutait pour mieux le faire céder, à coups de caresses furtives, de grondements, de mordillements, en l’enveloppant de sa masse. Un jeu délicieux qui s’était dessiné dès leur rencontre, dès les premiers mots échangés, dès le premier regard, même. Cela faisait si longtemps que Greyson en avait oublié le danger, l’insécurité. A trop prendre leur vie pour acquis, il en avait zappé l’essentiel: ils étaient deux dans l’équation. Et si lui ne partait pas, ça ne voulait pas dire que Nas comptait rester éternellement cloué à cette mécanique bancale, rugueuse, qui s’était apparemment usée avec le temps, sans que Grey le réalise - ou n’ait voulu le réaliser.
Mais tout avait une fin, Grey le savait. Nier l’évidence, balayer les problèmes sous le tapis, ne les faisait pas vraiment disparaître. Ce n’était qu’un leurre dans lequel il se complaisait. Tant que personne ne touchait à rien, tout pouvait rester rester en place, invariablement, inlassablement, irrémédiablement. Mais il suffisait d’un souffle de vent, d’une secousse, pour qu’un objet en équilibre précaire oscille, bascule. Et chute. Il n’avait jamais réfléchi aux différentes issues, s’était efforcé de ne pas y penser, en tout cas, mais s’il avait dû s’y mettre, le plan du mariage arrangé, il ne serait jamais apparu, évidemment, ou bien loin dans la liste des obstacles qui pouvaient surgir, tout en bas des sujets qui pourraient devenir la source de conflits. Le genre que Grey ne pouvait prédire, auquel il ne pouvait donc se préparer. La preuve: sa réaction, son air sidéré, ses mots inconsidérés. C’était comme si son esprit se heurtait à un mur, que son cerveau s’obstinait à donner l’ordre d’avancer, même devant l’évidence: cette fois, l’obstacle était de taille et il fallait le prendre dans sa globalité. Pour en faire quoi, Grey n’en savait rien. Il était bien trop abasourdi pour trouver un sens aux mots de Nas.
Ils étaient face à une impasse et tout ce que le géant pouvait faire, c’était regarder Nas secouer la tête de droite à gauche, enfonçant la lame de l’incompréhension. Un mariage arrangé. Qui n’était pas contre son gré. Le comble de l’absurdité, à tous les coups.
Les paupières de Grey papillonnèrent. Ce fut la seule manifestation de l’incision dans son coeur. Il serra les mâchoires, son regard prit la teinte d’une rivière gelée. Son coeur ralentit. Un battement à la fois, lourd, une sorte de tonnerre interne, le genre aperçut au loin, d’un point de vue supérieur - des nuages gris-noir, traversés d’éclairs muets. Il n’y avait pourtant aucune surprise: il savait d’où venait cette remarque narquoise, il en avait été le sculpteur, il avait façonné sa destinée, jusqu’à cette flèche qui s’enfonçait, encore vibrante de sa course folle. Tout ce que Grey put faire, c’était pincer les lèvres et contempler le désastre. Il n’avait aucune défense, que le silence à offrir, quand bien même il se doutait, au fond, des mots qui auraient pu guérir, les mots que Nas attendait et qu’il était impossible de lui donner. L’affaire pouvait être réglée en trois secondes. Grey n’y songeait pas, toutefois. Il n’avait pas la prétention de croire qu’il était la clé, la pièce manquante à un quelconque bonheur. Et puis de toute manière, la simple idée d’eux, un couple, aux yeux de tous, lui donnait envie de pleurer de rire. Il n’était pas boyfriend material, ne l’avait jamais été. Nas devait s’en douter, depuis le temps, non?
Grey haussa les épaules, impatient. Il aurait préféré que ça n’arrive pas, qu’ils n’en arrivent pas là, qu’ils ne soient pas les pantins de cette mascarade ridicule. Qu’il dise non à cette proposition. Qu’il vienne juste réchauffer ses draps et sa vie. Qu’il laisse le désordre monstre qu’était leur relation. Qu’il ne touche à rien. Qu’il ne foute pas seize années au trou, comme ça. Et puis Greyson songea qu’ils n’y étaient pas obligés.
Il attendit la suite. Il voulait… quoi? Grey, lui, voulait savoir. Pourquoi n’en avait-il pas parlé dès qu’il avait franchi le seuil? Ils en seraient sûrement venus à ce même résultat, mais ils auraient eu la nuit pour s’engueuler, pour empêcher, pour profiter. Il aurait eu à l’esprit que ce sexe-là avait un goût amer de colère et d’incompréhension, il ne se serait pas noyé dans la masse des nuits partagées. Il écouta, il entendit. Il dévisagea. Il laissa les mots fondre en lui comme une lave ravageuse. Ils se tatouaient dans son coeur, à défaut de marquer sa peau. Nulle part. Autre chose.
- Et ta solution, c’est ça? Un mariage arrangé? finit-il par gronder, le bras tendu vers la porte, comme si ledit mariage attendait dans le couloir. Un truc monté de toutes pièces? Pour faire plaisir à tes parents?
Et l’opposé, c’était quoi? Leur réalité? Grey se savait injuste. C’était lui qui refusait que leur histoire soit publique, lui qui ne voulait pas qu’on le regarde et qu’on se dise: ah, il baise l’Indien. Non pas qu’il redoutait leur jugement, il pouvait casser la gueule à ceux qui souraient, leur faire avaler leurs dents, leur ôter toute envie de dire quoi que ce soit à propos de Nas et lui. Il n’était pas fait pour le grand jour, il préférait l’intimité des ténèbres. Nas pouvait-il le concevoir, ça? Grey sentit son impatience se muer en irritation.
- Tu espères quoi? Que je te supplie de ne pas le faire? De te donner de bonnes raisons de ne pas me lâcher?
Le géant s’approcha de son amant, d’un air qui aurait pu paraître menaçant pour tout oeil extérieur, simplement parce qu’il dominait l’autre, qu’il l’enveloppait de son ombre.
- Tu crois que je vais mettre un genou à terre et te demander de m’épouser à la place? demanda-t-il, avec un sourire froissé, médusé. Tu crois que ça ne vaut rien, pour moi? Ce qu’on a depuis tout ce temps? Ce n’est pas parce que je n’ai pas envie de m’afficher que je veux tout envoyer valser.
Greyson déglutit, vrilla Nas de son regard stupéfié. Il avait envie de dire tout et son contraire. D’envoyer chier Nas et de l’étouffer de ses bras. De lui souhaiter bonne chance et de lui faire refuser ce pacte débile. De lui balancer qu’il n’en avait rien à foutre de ce qu’il faisait de sa vie et de lui demander à quoi avaient servi ces années si c’était pour finir comme ça.
Alors l’idée lui revint, furetant dans un coin de son esprit, s’invitant au devant de la scène et Grey songea why the hell not, il se fichait de sa dignité quand il était question de Nas:
- Tu peux te marier, si ça te fait plaisir. Si c’est ce que tu veux. On peut continuer à baiser, aussi. Je m’en fous de ton statut. Je m’en fous. Tu peux avoir les deux.
Que Nas se marie pouvait ne rien changer à leur situation et ça convenait à Grey. Il n’apprécierait pas le partage mais si c’était ce qu’il fallait céder pour garder son amant, Grey ne broncherait pas.
You’re mine. I’m yours.
C’était ce qu’il aurait dû dire.
C’était ce qui resta logé au fond de son coeur tuméfié.

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· Re: someone has to leave first. · Sam 9 Mai - 20:18
C’était peut-être ce qui les guettait depuis le début. Le crash. Le naufrage. Le renvoi à l’ombre, d’où ils venaient, dont ils n’étaient jamais sortis. C’était peut-être écrit depuis que leurs regards s’étaient croisés. Nas avait voulu croire à autre chose et qui pouvait le blâmer, lui, gamin de dix-sept ans dont la vie prenait enfin forme, corps et couleur quand la bouche de Grey venait caresser la sienne ? Comment pouvait-il songer au virage mortel quand les mains de Grey l’attiraient contre lui et réveillaient chaque minuscule centimètre de sa peau ? Comment pouvait-il imaginer qu’un jour ils en arriveraient là alors qu’il dépliait chaque pan de Greyson Wood, baiser après baiser, secret après secret ? Grey était un homme qui s’apprenait en silence et Nas avait longtemps tenu sa langue, sauf lorsqu’il s’agissait d’aller cueillir ses lèvres. Il s’était tu pendant longtemps, persuadé qu’un jour, ils auraient leur chance. Il s’était mordu l’intérieur de la joue trop de fois pour compter, préférant le silence, les gestes, espérant que sa bouche parle pour lui, que ses doigts tracent les mots qu’il n’osait pas dire sur la peau de Greyson. Lui, il était déjà tout entier acquis, prêt à partir, à tout lui donner. N’était-ce déjà pas le cas ? Grey pouvait se vanter d’avoir été son premier baiser, sa première fois, son premier amour, et à cette pensée, Nas contracta la mâchoire et les poings comme si son corps refusait d’admettre l’évidence. Et pourtant, n’avait-il pas Grey dans la peau ? Le géant ne vivait-il pas dans le moindre de ses pas depuis seize ans ? Parfois, même lorsqu’il était seul, chez lui là où Grey n’était jamais venu (trop risqué, trop intime), il avait l’impression de sentir l’odeur de son amant sur les draps. Et dans ces moments-là, seulement dans ces moments-là, lorsqu’il était sûr que personne ne pourrait l’entendre, Nas s’autorisait à ouvrir la bouche pour adresser une prière à qui voudrait bien l’exaucer. Please. Please. Make him love me. Like I love him. Mais les dieux, comme Grey, semblaient préférer le silence.
Et ta solution, c’est ça ? Nas sursauta à nouveau. Il suivit la main du regard, celle qui l’invitait à prendre la porte, et pendant une seconde, il fut tenté de prendre la tangente. Il aurait mis tout ça derrière lui, peut-être sans avoir dit tout ce qu’il retenait depuis seize ans, mais au moins, ce serait fait et il pourrait avancer sans avoir l’impression que l’ombre de Grey hantait chaque coin de rue. Mais il resta planté là, incapable de s’enfuir, piégé par la silhouette de Grey qui semblait l’envelopper sans même le toucher. « Ce n’est pas pour leur faire plaisir. » se défendit-il en tailladant Grey d’un regard noir. C’est pour moi, ajouta-t-il en silence. Pour son coeur broyé, ses espoirs meurtris, ses prières sans réponses. Nas baissa les yeux et se mordit la lèvre inférieure pour s’empêcher d’éclater - en sanglots ou autre chose, il l’ignorait. Il ferma brièvement les yeux pour regagner un semblant de contenance et inspira brutalement. Il ne laisserait pas Grey avoir le dernier mot, pas cette fois-ci. Il ne se mordait plus l’intérieur de la joue en le regardant en biais, le coeur cognant à l’idée de dire ce qu’il avait sur le coeur. Cette époque-là était révolue. Ils n’avaient plus dix-sept ans, ni l’un ni l’autre. « Si j’espérais encore quoi que ce soit, tu crois qu’on en serait là ? » cracha-t-il en relevant les yeux. Sa voix tremblait plus qu’il ne le voulait et il redoutait le retour de flamme, mais il l’avait dit. Il l’avait dit.
Mais il n’était pas prêt pour ce qui allait suivre. Sans lever la main sur lui, Grey le gifla avec une violence qui donna à Nas l’impression de voir des étoiles - pour les mauvaises raisons. Sous le choc, les tempes brûlantes, Nas fixa son amant. Il avait l’habitude de son manque d’éloquence - réel ou feint, ça, c’était encore un autre sujet (de dispute) - mais cette fois-ci, Nas ne put accuser le coup. Il recula d’un pas, incapable de rester immobile. « Je peux avoir les deux ? Tu es sérieux ? » répéta-t-il, ébahi. Il cligna plusieurs fois des yeux pour s’assurer que c’était réel, qu’il n’avait pas rêvé le moment où Greyson lui proposait de faire de lui non seulement un menteur, mais en plus un infidèle, juste pour baiser. Interloqué, Nas le fixa encore quelques secondes. Grey aurait pu mettre un coup de poing qu’il aurait eu moins mal. Seize ans, vraiment ? Seize ans pour ça ? Il prétendait que leur histoire valait quelque chose mais quand Grey revenait pour lui mettre un crochet du droit pareil, comment Nas pouvait-il le croire ? « Comment… Comment est-ce que tu peux penser ça de moi ? » balbutia-t-il. « Passer ma vie à mentir à ma femme ? Tu veux être celui que je dois caler entre deux rendez-vous ? » Il ne voulait pas faire de Grey son amant et de sa femme un accessoire collatéral à leur histoire impossible. Il ne voulait plus vivre entre deux mondes, deux possibilités. Il voulait que sa vie ait une direction. Une trajectoire. Un but. Et plus que tout, il savait qu’il serait incapable de faire passer Greyson Wood au second plan de son existence. S’il n’avait que serait-ce la possibilité de le voir, de le toucher, alors il replongerait la tête la première. Son addiction prendrait le dessus. Elle ruinerait tout. « Ça t’irait ? Tant que tu peux m’avoir comme toi, tu veux. » constata-t-il, presque éteint tout à coup. C’était ce que Grey sous-entendait, non ? Que tant qu’ils pouvaient baiser, ce que Nas faisait de sa vie ne le concernait pas. Nas eut presque envie de rire. Était-il un si bon coup que ça ? N’y avait-il pas d’autres pauvres inconscients prêts à se jeter sur Grey dès qu’il passerait le seuil de cette porte ? Si c’était tout ce à quoi leur relation tenait alors il ne voyait pas l’intérêt de rester entre ces murs qui semblaient d’ailleurs se rapprocher de seconde en seconde. Nas releva les yeux du vague dans lequel ils s’étaient abîmés et les reposa sur Grey. S’il n’avait pas été aussi broyé, il aurait une fois de plus admiré la beauté rugueuse de ses traits, caressé de loin sa peau dont il connaissait chaque aspérité, chaque secret. Il avait vu ce corps grandir, changer. Il l’avait fait frissonner, s’arquer, rougir. Il en connaissait les recoins les plus intimes, les plus doux, les plus sauvages aussi. Il savait ce que Grey aimait (qu’on lui résiste, juste un peu, pour jouer - mais Nas aimait brouiller les pistes quelques fois, en s’abandonnant totalement, en se donnant entièrement, sans sarcasme, sans compromis). Et Grey était le seul à le connaître inside out, le seul à tout savoir, le bon, le moins bon, l’indicible, ce qu’il n’osait pas montrer à la face du monde. Peut-être était-ce pour cette raison que le géant ne voulait pas de lui comme ça. Peut-être en savait-il trop. Ça n’avait jamais effleuré Nas jusqu’à maintenant. « Je ne veux pas les deux. » dit-il soudain, la voix étranglée, écorchée. Non, ce n’était pas ce qu’il voulait. Ça n’avait jamais été le plan. « Je veux juste que quelqu’un ait envie de moi dans sa vie. Désolé si ça fait de moi un idiot. » Et par quelqu’un, il voulait dire toi. « Et tu sais quoi ? » Nas ouvrit brusquement les bras, comme prêt à se faire clouer d’une lance. « Oui, j’aimerais que tu mettes un genou à terre. J’aimerais que ce soit toi et pas Veda. » lâcha-t-il, son admission sonnant comme une défaite, le désespoir comme un voile sur son visage. Le prénom ne lui avait pas échappé. Nas savait qu’il l’avait fait exprès. Il voulait que Veda prenne corps entre eux et qu’elle érige en barrière - non, en fantassin, même, prête à tirer si désormais Greyson s’approchait de trop près. Il voulait que Grey sache, comprenne qu’elle était réelle. Quelque part, dans la partie la plus sombre, la plus blessée de lui, il voulait voir Grey ciller une seconde et réaliser que c’était terminé. Nas aurait voulu pouvoir se dire qu’il regrettait d’avoir révélé le prénom de sa future épouse, qu’elle ne méritait pas d’être utilisée ainsi, mais il savait que c’était faux. « Mais tu ne le feras pas. Et je me marie.  » conclut-il, comme une sentence, sa voix un couperet. Au moins, il avait parlé.

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· Re: someone has to leave first. · Sam 16 Mai - 13:41
Le compte à rebours avait commencé et il enchaînait les conneries. Il le savait. Il le sentait. Il aurait bien fermé les yeux en se traitant d’imbécile s’il n’avait pas été pris dans l’engrenage de ce qu’il ne concevait pas encore comme de la panique. Pourtant c’était bien ce que c’était: une peur panique de perdre Nas, de le voir prendre la porte et de contempler son appartement vide en sachant que c’était ce à quoi il était voué désormais. Le vide, le désert. Les draps glacés, l’odeur qui allait s’estomper. Le silence, l’attente. La colère, l’hébétude. Que tout puisse basculer comme ça, un matin d’avril, Greyson n’arrivait pas à l’accepter. C’était un coup de massue sur le crâne, d’épée dans le coeur, de poing dans le ventre, de pied dans les couilles. C’était tout à la fois. Pourtant il ne s’effondrerait pas, il le savait. Il resterait debout, tétanisé, les muscles frémissant sous la peau, le coeur cognant comme un tambour sous les os. C’était absurde et c’était réel. C’était inimaginable et ça lui pendait au nez depuis longtemps, pourtant. C’était le brouillard et la lumière dans les yeux. C’était lui. C’était Nas. Et ça se finissait comme ça. Une annonce ridicule dans leur nid sauvage. Une contrariété qui ne pouvait être balayée d’un revers de la main, d’une étreinte enflammée, ça aussi, Grey le savait. Un mur s’était érigé entre eux sans qu’il veuille le voir, le réaliser, ou bien c’était un gouffre ténébreux qui ne pouvait être enjambé. Que se passerait-il si le géant faisait ces deux pas? Qu’il plaquait Nas contre un mur, qu’il le conjurait de ne pas faire ça, d’une voix rauque, le souffle chaud contre sa joue? S’il se plaquait contre lui, l’emprisonnait de ses bras, ne le laissait jamais partir? Greyson ne le ferait pas, cependant. Il resterait planté là, comme un arbre bicentenaire. Inébranlable. Immobile. Incapable de suivre son amant, incapable d’esquisser un geste dans sa direction. Voué à voir son existence défiler, sans s’arrêter.
Et à être débité comme du petit bois, apparemment. Les mots de Nas, en tout cas, lui firent l’effet de coups de canif dans le bide. Cela ne se verrait pas tout de suite, mais le sang finirait par couler par les entailles. La douleur ne trancherait pas immédiatement non plus, parce que le corps ne réalisait pas d’emblée, ou parce que le choc avait paralysé le cerveau. Ce ne seraient pas des initiales qui seraient gravées dans son tronc, pour promettre un amour éternel. Ce serait des coups tailladés, furieux, désespérés, qui ne sembleraient pas l’affecter mais qui le marqueraient à jamais. Si j’espérais encore quoi que ce soit, tu crois qu’on en serait là? L’amertume des mots trahissaient la défaite, la retraite, l’abandon, et tout ce que Greyson offrait en retour, c’était un regard paumé, un silence borné. Qu’avait-il à dire pour sa défense? Rien. Strictement rien. Il le savait. Nas le savait. C’était fini avant même d’avoir vraiment commencé, alors qu’il avait eu seize ans pour se décider. Il aurait dû se taire, ne pas aggraver son cas mais il ne réfléchissait plus. Il n’avait jamais été très doué dès qu’il s’agissait de causer, il s’en abstenait, la plupart du temps et, assurément, il aurait dû continuer sur cette voie aujourd’hui, mais l’annonce de Nas impliquait une réponse, il ne pouvait pas l’ignorer. Pas cette fois.
Greyson Wood acquiesça, les lèvres pincées, les sourcils froncés, le regard buté. Oui, il était sérieux. Il ne voulait pas renoncer à leur vie chaotique, mais il ne pouvait pas davantage se résoudre à faire des promesses qu’il ne pourrait tenir et l’alternative revenait à trahir son engagement, un jour ou l’autre. Il finirait forcément par le décevoir, par l’amener à fuir, par lui faire du mal et Greyson, dans son entêtement, s’était persuadé que tant qu’ils restaient dans l’ombre, ça ne comptait pas, ça faisait partie du jeu, du danger, des conséquences. S’ils s’affichaient… alors le monde s’en mêlerait et Greyson refusait de s’y soumettre. Point. Ce monde-là n’était pas fait pour lui, pour eux, il s’en préserverait aussi longtemps qu’il le pourrait.
- Passer ta vie à mentir à ta femme, répéta Greyson, le ton dégoulinant d’ironie. Parce que si je ne suis plus là, il n’y aura plus de mensonge, c’est ça? Un coeur pur à offrir. Le passé rangé aux oubliettes, comme s’il n’existait plus. Remballé et envoyé au diable, l’amant. C’est ça que tu espères? Tu es vraiment si naïf?
Il ne répondit pas à l’autre question. La réponse était trop pathétique, elle amenait à d’autres conclusions qu’il ne voulait pas entrevoir. Oui. Oui, il préférait être celui que Nas calait entre deux rendez-vous. Il préférait ça au néant qu’apportait l’autre vie, celle où Nas le rayait de son existence pour mieux vivre sa vie rêvée. Il haussa les épaules, laissant à son amant le loisir d’en faire la traduction qui l’arrangeait le mieux.
Nas ne voulait pas les deux, il le dit clairement et Grey serra les mâchoires, ferma les yeux, réprima un soupir agacé. L’ultimatum ne portait pas encore ce nom mais il était là, dansant entre eux, n’attendant qu’une invocation pour passer à l’essoreuse leur histoire. Le baobab s’efforça d’être sourd au crissement dans la voix de son interlocuteur - en vain. Il sortit le bouclier pour affronter la détresse de son amant, posa les mains sur les hanches et attendit. Et tu sais quoi? Grey rouvrit les paupières, fut tenté de répliquer qu’il ne voulait pas savoir mais la question n’appelait pas une réponse et il fut forcé, encore une fois, d’entendre ce que Nas avait à lui dire. La sincérité des propos l’ébranla plus qu’il ne put l’admettre et il fixa Nas, enfermé dans son mutisme, métamorphosé en statue de marbre, en apparence insensible à l’émoi de la personne en face, alors qu’à l’intérieur, l’absorption était nette, comme une éponge sèche qui s’imbibe instantanément. La seule réaction de Grey, pourtant, fut de se passer la langue sur les lèvres, un air pensif sur le visage. Il ne quitta pas Nas des yeux, pendant de longues secondes, il resta immobile comme s’il n’avait rien entendu, ou comme s’il cherchait à capter l’écho lointain pour reconstituer le message. Mais il l’avait bien reçu. Loud and clear. Nas lui donnait la réponse, il n’avait pas besoin de la formuler. Il ne mettrait pas un genou à terre et son amant de toujours se mariait. Le scénario du film le plus risible auquel Grey aurait pu songer devenu réalité.
C’était désormais à son tour de parler, c’était évident. Greyson inspira profondément, fit mine d’ouvrir la bouche, la referma pour se mordiller la lèvre inférieure puis il se contenta d’un hochement de la tête. Il recula d’un pas, balaya du regard leur havre secret, un désert de désordre et de tristesse, tout à coup. Il se détourna de Nas pour se masser le visage, se passer les doigts dans les cheveux. Il avisa un t-shirt et le ramassa pour l’enfiler. Les mots s’entrechoquaient dans sa tête, ne s’alignaient pas pour faire sens. Ils refusaient d’admettre la réalité et pourtant elle était là. La conclusion. Grey finit toute de même par se résoudre à reporter son attention sur Nas et il ne put s’empêcher de prendre un air impatient:
- D’accord, dit-il, sans encore trop être sûr de ce qu’il allait dire - capituler, d’accord, let’s make it official, even if you’re gonna regret it ou lâcher prise, d’accord, do whatever you want. Si c’est ce dont tu as besoin, vas-y. Va te marier. Va te persuader que tu seras plus heureux comme ça. Je peux pas te donner ce que tu veux alors va le trouver ailleurs.
Prononcer ces mots lui tordait le ventre, lui donnait envie de vomir, mais que pouvait-il faire d’autre? Il n’avait pas les clés pour le bonheur de Nas, il lui avait déjà donné tout ce qu’il pouvait offrir et si ça ne se suffisait pas… qui était-il pour le retenir?

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Naseer Shah

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· Re: someone has to leave first. · Sam 23 Mai - 20:46
Les mots de Grey le hantaient, ricochaient contre son crâne. Tu es vraiment si naïf ? Nas était paralysé. La question tournoyait dans son esprit comme un oiseau de proie au-dessus d’une réponse pathétique. Bien sûr que non, il n’était pas si naïf. Il savait parfaitement qu’il fuyait, la tête première, au lieu de combattre sa peur, d’affronter la vérité qui le terrifiait. Ce n’était pas parce qu’il se mariait que l’empreinte de Grey disparaissait, que tout à coup, il était de nouveau un homme libre d’âme et de corps. Il était assujetti, encore, sans aucune idée de comment de se défaire de l’emprise de ces yeux clairs si ce n’est la fuite. Il irait se jeter dans d’autres bras, grands ouverts cette fois-ci. Il ne voulait pas oublier Grey, il voulait simplement passer à autre chose. Était-ce impossible ? C’était une question sincère, honnête. Il se la posait tous les jours et la posait à sa future femme en silence, faisant d’elle le réceptacle de tous ses espoirs. Il n’avait pas le coeur pur dont parlait Grey, ni le corps préservé : tout ce qu’il avait à offrir, c’était sa volonté inébranlable de faire fonctionner ce mariage, quoi qu’il lui en coûte.
Il observa Grey lui donner une réaction indéchiffrable puis lui tourner le dos. Nas inspira brutalement et contint l’air dans ses poumons. Il ne voulait pas se perdre, s’abîmer (littéralement) dans la vision du corps de Grey, son dos, la courbe de ses muscles, son boxer qui soulignait les lignes pleines et fermes. Il se demanda un instant si Grey le faisait exprès - après tout, il savait à quel point Nas était facilement manipulable - mais ce que Nas pouvait lire de son visage démentait toute sorte de tentative de manipulation. Il expira lorsque Grey revint à lui et ses yeux s’écarquillèrent légèrement. D’accord. Le coeur de Nas accéléré brutalement la cadence - d’accord ? d’accord quoi ? Trop vite, l’imagination de Nas tissa un moment qui ne vint jamais, celui où Grey consentait enfin à cesser leur jeu stupide, celui où il annulait le mariage et s’abandonnait dans les bras de son amant. Mais ce moment, comme le reste, n’était qu’un fragment né de ses espoirs tordus et Grey rendit son verdict réel, celui qui condamnait Nas à une vie qu’il choisissait à demie. « Tu ne peux pas ? » répéta Nas, incrédule. Il regarda autour de lui, prêt à faire le bilan de la vie de son amant d’un seul coup d’oeil. Ce qui retenait Grey demeurait un mystère. Il avait été un garçon puis un homme intenable, indomptable, ingérable même et à chaque fois, Nas s’était senti chavirer un peu plus, incapable de maîtriser l’attraction qui naissait de leur asymétrie. Plus Greyson avait été inaccessible et plus il avait cherché à l’atteindre, incapable de comprendre le message, incapable de voir plus loin que le prochaine virage, la prochaine accalmie. Il vivait pour les moments de rêve où l’horizon se confondait avec le bleu des yeux de Grey. Les nuages finissaient toujours par assombrir leur coin de ciel mais Nas s’était accroché. Il se répétait sans cesse next time, next time, sans vraiment savoir ce qu’il aurait dû dire ou faire pour enfin faire changer la direction du vent. Next time, next time. Il n’y aurait pas de prochaine fois, réalisa-t-il. Bientôt, il serait face à Veda et il lui promettrait ce qu’il aurait voulu qu’on lui promette. « Ou tu ne veux pas ? » conclut-il en revenant à Grey. Car si ce n’était pas une question de possibilité, ce devait forcément être une question de volonté. C’était peut-être la simple réponse à toutes les interrogations de Nas : Grey ne voulait peut-être pas de lui. Pas comme ça, en tout cas, pas comme il voulait Grey. Et il le voulait tellement, à en avoir mal, à être à deux doigts de dire i won’t do this, i can’t do this, i’m sorry, à être à deux doigts de fracturer son monde pour de bon, à deux doigts de faire le choix inverse). À deux doigts seulement, car Nas ne diviserait pas son existence sans savoir si de l’autre côté, il était attendu. « Tu sais quoi ? Ne réponds pas. » lâcha Nas en levant une main vers Grey. Il doutait que son amant n’ait une vraie réponse à lui apporter mais même si c’était le cas, quelle importance ? Ils avaient tous les deux fait leurs choix. Ils ne s’étaient jamais rien dûs, ils n’allaient pas commencer maintenant, pas alors qu’ils étaient au crépuscule de leur histoire, pas alors que Nas dynamitait ce qui lui restait de coeur alors qu’il prenait sa veste. Dans quelques minutes, il serait parti. Il mettrait Greyson Wood et leurs seize ans derrière lui. Il fallait grandir un jour et Nas avait toujours repoussé le moment. Next time, next time. Il voyait flou, tout à coup, et lorsqu’il releva les yeux vers Grey - il relevait toujours les yeux, avec leurs foutus vingt centimètres de différences - il avait les yeux qui brillaient. Il ne pleurerait pas. Oh, il avait déjà pleuré devant Grey - il y a longtemps, au tout début, parce qu’il était ivre, jeune et encore plein d’espoir. Mais aujourd’hui, Nas ravala ses larmes et se passa la man sous l’oeil droit pour chasser une poussière. Il considéra Grey à nouveau, ses cheveux longs qu’il aurait voulu replacer derrière son oreille, le torse contre lequel il s’était endormi pas plus tard qu’hier soir. Le souvenir d’un garçon de dix-sept se superposa à l’homme d’aujourd’hui : les années avaient tout changé sans rien prendre. Il était toujours aussi… étourdissant. Comment aurait-il pu en vouloir au Nas du passé d’être tombé la tête la première dans le piège de ces yeux bleus et de ce sourire de bandit ? « Tu as tout eu, tu sais ? Mon premier baiser. Ma première fois. Tout ça, c’était toi. » Il ignorait si Grey était conscient de ça, s’il s’en souvenait. Avant lui, il n’y avait eu personne. Sous son regard, Nas avait eu l’impression d’éclore. Les mains de Grey l’avaient révélé à lui-même. Cet homme s’était imprimé en lui. Et chez Grey, que resterait-il de son propre passage ? Telle une comète, avait-il laissé tomber des éclats, de minuscules météores destinés à être découverts par d’autres explorateurs ? Ou allait-il disparaître sitôt qu’il franchirait le seuil de la porte ? L’idée lui broyait le coeur. Fuck, it hurts. « Et je t’aurais donné tout le reste, si tu m’avais laissé faire. » ajouta-t-il. Il l’aurait aimé. Il l’aurait aimé si fort, en pleine lumière, sans peur, sans crainte d’en faire trop, de dépasser les limites. Il aurait laissé éclater tout ce qui poussait en lui lorsqu’il était avec Grey, tout ce qui était caché là, au creux de sa poitrine, depuis qu’ils s’étaient croisés ce jour-là, un matin d’août 2003. Son temps, son coeur, son intimité, ses rêves, son corps, il lui aurait tout ouvert et aurait jeté la clé sans même y penser. Il aurait tenu bon face à la tempête, parce que le main de Grey aurait été dans la sienne. Mais c’était un univers parallèle que Nas se figurait. La main de Grey n’était pas dans la sienne. Jamais ils n’avaient été aussi éloignés qu’entre les quatre murs de l’appartement de Grey. One on Mars, the other on Pluto, réalisa Nas. Il était temps d’en finir. Il ne pouvait pas rester ici plus longtemps avant de faire une nouvelle erreur. Nas fit un pas vers son amant (ex-amant) mais au lieu de lever la main pour caresser sa tempe comme il l’aurait fait n’importe quel autre matin, il resta les bras le long du corps avant de se tourner vers la porte, là où l’attendait sa nouvelle réalité, grey-less. « Au revoir, Grey. » murmura-t-il en passant près de lui. Leurs bras s’effleurèrent pour la dernière fois et Nas ouvrit la porte. Le monde n’avait pas changé. Le couloir était toujours là. L’univers continuait de tourner mais le leur avait implosé. En douceur. En silence, presque. « Au revoir. » répéta Nas en stoppant sur le seuil de la porte. Il lui lança un regard de biais, se gorgea de son profil. We almost had it. Puis il s’engouffra dans le couloir, retraça les pas familiers jusqu’à la porte d’entrée et s’échappa de l’appartement de Grey.
Seize ans.
Il se mit à pleurer.

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