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 don't ghost me again (tobias+victoria)


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Victoria Barrett

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· don't ghost me again (tobias+victoria) · Mer 6 Mai 2020 - 2:47
Il doit être presque dix heures lorsque je daigne sortir de mon lit. C'est tellement rare que je prenne le temps de me reposer mais aujourd'hui, j'en avais envie. Ou peut-être même besoin. La tête pleine de questions, il m'est difficile de trouver le sommeil la nuit et mes gardes sont de plus en plus longues en ce moment. J'adore mon travail, être ambulancière est une vocation pour moi mais je ne sais pas, j'ai l'impression que les gens sont un peu plus idiots qu'auparavant, que ces quelques semaines de panique à cause du virus leur ont donné envie de laisser parler leur créativité. Et vous parlez d'une créativité. Les appels se ressemblent et c'est usant. Je m'assois dans mon lit, tourne légèrement mon buste et les pieds dans le vide, j'entends mes parents discuter dans la cuisine. Nathan doit être entrain de travailler s'ils sont tous les deux là. Rapidement, je me lève et mes pieds sur le tapis, je prends quelques secondes pour m'étirer avant de commencer mon rituel habituel du matin : ouvrir les volets, dire bonjour au cimetière et puis faire mon lit. Ma mère m'a toujours dit que si on quitte sa chambre le lit défait, une mauvaise chose arrivera la journée même. Je ne suis pas superstitieuse mais pourtant, je le fais tous les matins. Et même lors de mes nuits à la caserne, si l'alarme me réveille en sursaut, je prends le temps de tirer les couvertures, ce qui a le don d'agacer mes collègues. Une fois cela fait, je file à la cuisine, écrase un bisou digne d'une enfant de cinq ans sur la joue de mes parents, attrape les céréales et m'en verse un bol plein. Du lait, un peu de miel et je commence à manger. Mes yeux passent de l'un à l'autre. Qu'est-ce que j'aime leur complicité et leur simplicité. J'ai été adoptée, je le sais et je le vis bien. Ils sont mes parents et personne ne pourra jamais remettre cela en cause. La matinée passe rapidement et après un grilled cheese en guise de repas de midi, je vérifie mes messages. Toujours aucune réponse de Tobias à mes nombreux textos. Cela fait quelques semaines que nous ne nous sommes pas vus et il me manque. Nous avons une relation en dents de scie, tous les deux. Tout allait si bien avant que je lui avoue mes sentiments il y a cinq ou six ans de cela. J'ai perdu le compte parce que c'est si loin et puis, tout ça, ça n'existe plus aujourd'hui. Il y a bien un garçon qui me plait mais ce n'est pas Tobias. J'enfile un jeans, un tshirt et coiffe rapidement mes cheveux. Il n'a pas répondu à mes nombreuses demandes pour que l'on se voit alors, je décide de prendre les devants. J'y vais, à ce soir ! Que je lance à mes parents en faisant claquer la porte de la maison derrière moi. Rapidement, je suis au volant de ma voiture et me dirige vers la bibliothèque, où Tobias travaille. S'il est là, tant mieux, s'il n'est pas là… J'en profiterais pour renouveler mon abonnement. Je conduis en direction de l'université, où je n'ai jamais mis les pieds, si ce n'est pour quelques bobos de certains étudiants. Un match de foot qui tourne mal, une bagarre dans les couloirs. Garée près de la bibliothèque, je saute de mon véhicule et range mon cellulaire dans la poche arrière de mon jeans. J'espère qu'il est là, vraiment, parce que j'ai terriblement envie de discuter avec lui, de m'aérer l'esprit et pourquoi pas de lui demander pourquoi il m'évite comme il le fait. Je ne veux pas le perdre à nouveau. Il n'y aura pas Caleb pour nous remettre les idées en place cette fois-ci. J'entre dans la bibliothèque et j'ai l'impression d'entrer dans une chambre mortuaire. Le silence règne ici et, si ça peut angoisser de nombreuses personnes, j'adore ce silence. Cela peut sembler bien étrange quand on me connaît, étant de nature bavarde et hyper active, mais il n'y a rien qui me met de meilleure humeur qu'un peu de silence, pour pouvoir le combler par la suite. Je regarde à l'accueil et il n'y a pas de Tobias. Je décide alors de me diriger vers les rayons et de regarder tout ce qui m'entoure. Je le vois au loin et un large sourire se dessine sur mon visage. Je me dirige vers mon ami d'un pas rapide et alors qu'il range des livres en rayon, je souffle J'aurais besoin de conseil pour un ami… Un livre du style 'prendre son téléphone et répondre aux messages de sa superbe amie de toujours'. Vous avez ça en rayon ? Je lui offre mon plus sourire et me retiens carrément de ne pas lui faire le plus gros câlin de l'univers. Sa petite tête m'a manqué et il me fallait simplement ça pour que mon mood un peu morose de cette matinée disparaisse. La simple idée de voir mon plus vieil ami me réchauffe le coeur et me fait du bien.

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Tobias Shaw

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· Re: don't ghost me again (tobias+victoria) · Sam 16 Mai 2020 - 11:07
Le manque d’entrain de Tobias Shaw était évident. Lui qui aimait pourtant son job venait à la bibliothèque avec des pieds de plomb. Il saluait sa responsable d’un geste morne, esquissait un pâle sourire pour lui assurer que tout allait bien quand elle s’inquiétait de le voir si morose, si silencieux, si distrait, si lent. Il était clair que ça n’allait pas mais il n’avait pas envie d’en parler - ne pouvait pas en parler. Parce que personne ne savait, pour Victor, personne ne pouvait dès lors savoir que son retour était à l’origine de cette dégringolade dans l’humeur toujours égale du fils du pasteur. Il n’était pas du genre à faire des remous, ni à se faire remarquer, mais il arborait peu cette mine défaite (ou du moins s’en était-il écarté, peu à peu, au fil des semaines, quand il avait compris qu’attendre le retour de Vic était vain, qu’il ne pouvait pas mettre sa vie sur pause en espérant des nouvelles, qu’il devait reprendre sa routine, l’adapter à son absence, tout en étant prêt à tout reprendre où ils s’étaient arrêtés lorsque le jeune agriculteur lui reviendrait). A aucun moment il n’avait imaginé de la rancoeur à l’égard de son amant, il avait été bien décidé à ne pas lui reprocher son silence, il s’était assuré qu’il serait trop heureux de le revoir (de le ravoir dans sa vie) pour l’accabler de morsures et d’amertume.
Mais voilà, les choses ne s’étaient pas passées comme ça. Victor était revenu, après ce qui avait semblé à Tobias une éternité, presque une année entière, et il l’avait largué. Comme ça. Sans véritable explication - ou en tout cas celles avancées n’avaient pas convaincu Tobias qui n’avait pourtant rien pu faire pour retenir son amoureux. Pire. Les mots, la remise en question de près d’une décennie d’un amour doux et sincère, dissimulé et protégé, avaient crevé le coeur du jeune bibliothécaire comme des balles de revolver auraient pu le faire. Il n’y avait pas eu d’effusion de sang mais la douleur physique avait pourtant été là, bien réelle, imprimée dans sa chair et c’était ce chagrin que le garçon ravivait chaque jour, qu’il nourrissait sous la couche d’hébétude. Ses gestes étaient lents parce que son esprit était ailleurs, focalisé sur ce que sa nouvelle réalité était censée être (et qu’il ne parvenait pas à accepter, à laquelle il ne trouvait aucun sens). Il ne savait pas comment il était supposé vivre sans Victor. Il l’avait fait pendant près de douze mois mais ça n’avait pas été pareil: parce qu’il attendait son amant, parce qu’il était sûr que la séparation était temporaire, nécessaire pour que son joli prince aille mieux. Il n’avait pas envisagé une seule seconde qu’il puisse être célibataire depuis plus d’un an. C’était inconcevable. Impossible. Il était sûr que son coeur ne s’en remettrait pas.
Ce jour-là n’échappait pas à ses nouvelles habitudes. Il avait salué Miss Egleton, éludé ses questions ( et évité son regard) et s’était mis directement au travail. Entre les rayons, il était moins dérangé, sauf par les occasionnelles demandes des visiteurs, mais eux aussi semblaient deviner les ondes négatives qu’il dégageait et préféraient se diriger vers l’accueil pour interroger la dame affable qui y était installée. Sans doute aurait-il droit à une légère réprimande et il était sûr que s’il lui disait carrément qu’il avait le coeur brisé, que c’était pour ça qu’il était dans cet état, Miss Egleton le laisserait faire son deuil dans son coin, mais il n’arrivait pas à formuler cet aveu, il avait peur de se mettre à pleurer comme ce jour-là, avec Victor, s’il disait les mots à haute voix. Il se trouvait dans une allée, son chariot de livres rendus posté à son côté. Il venait de les classer par ordre alphabétique pour pouvoir les ranger plus facilement au fur et à mesure et avait entrepris de les glisser dans les interstices lorsqu’une voix interrompit ses gestes mécaniques.
Une voix qu’il aurait reconnue entre mille. Une voix qui lui aurait fait bondir le coeur de joie, comme elle l’avait fait au cours des derniers mois, lorsque leur amitié s’était doucement renouée (il refusait d’y voir la coïncidence avec l’absence de Victor), à un autre moment, mais qui ne fit que serrer le pauvre muscle cardiaque en déroute. Tobias savait pourtant que ce moment devait arriver: son silence ne pourrait persister, pas avec quelqu’un comme Victoria. Le jeune homme suspendit son geste et se tourna vers elle, un sourire craquelé aux lèvres.
- Hey, commença-t-il, la voix rauque, avant de reposer son livre. Désolé, j’ai complètement oublié de te répondre, avoua-t-il comme si ce n’était pas évident, comme si ce n’était pas la raison pour laquelle elle était venue jusqu’ici pour le débusquer. Je ne me sens pas très bien, ces jours-ci, je ne voulais pas te contaminer.
Prétendre une maladie n’était peut-être pas indiqué mais n’en était-ce pas une, en quelques sortes? La maladie d’amour, ou plutôt celle du chagrin, un fléau qui touchait tous les coeurs amoureux et qui venait de s’insinuer dans le sien. Tobias avait l’impression qu’il ne retrouverait jamais le sourire, jamais la joie de vivre, jamais le plaisir et qu’il était condamné à errer dans le labyrinthe de son esprit torturé. Il n'avait pas envie de faire subir sa compagnie à son amie.
Ou plutôt, il avait peur des questions qui pourraient survenir.

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