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Greyson Wood

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· if only · Sam 20 Juin - 20:43
NAS + GREY
@Naseer Shah
If only.
Those must be the two saddest words in the world.

Dès qu’il poussa la porte de l’épicerie, Greyson eut l’impression que c’étaient tous ses sens qui s’étaient mis en alerte.
D’abord ce fut le parfum des produits spécialisés qui lui envahit les poumons, comme si les épices y étaient soigneusement gardées et qu’une simple brise faisait frémir l’air de leur odeur singulière. Mais il y avait aussi l’ouïe, comme si le tintement de la clochette de l’entrée était imprimé dans son cerveau. Il n’aurait eu aucun mal à la raviver inconsciemment mais ce n’était jamais aussi puissant que le véritable son, celui qui avait accompagné chacune de ses incursions dans le petit magasin, depuis ce premier jour où il s’était faufilé à l’intérieur pour glisser entre deux bocaux un bout de papier où il avait gribouillé une série de chiffres (incompréhensible pour n’importe qui, mais que Nas n’avait eu aucun mal à déchiffrer, comme l’histoire l’avait établi, presque dix-sept ans plus tôt). Ses visites s’étaient ensuite multipliées et elles avaient toujours eu un goût de défendu (pas interdit, défendu, mais par qui, au juste?) Ce n’était pas son endroit préféré mais c’en était un qui était particulièrement chargé de souvenirs, tous liés à Naseer Shah, évidemment. Greyson Wood évoluait entre ses rayons comme s’il en connaissait chaque recoin, comme s’il savait où chaque ingrédient se trouvait (et sans doute était-ce vrai). Il se faisait toutefois discret, toujours, malgré sa tête qui dépassait au-dessus de n’importe quel rayon (pas moyen de se cacher quand il était sur le territoire des Shah, et aujourd’hui ne faisait pas exception). Mais avait-il seulement songé à se dissimuler? Ou désirait-il au contraire que l’un des employés découvre sa présence?
Nas n’était pas visible quand il était entré, en tout cas, un coup d’oeil avait suffit pour qu’il s’en assure et il s’était alors demandé: valait-il mieux partir et revenir plus tard? attendre? était-ce vraiment une bonne idée de venir ici après ce qui s’était passé? que cherchait-il en faisant cela? En vérité, Grey ne le savait même pas. Il en avait juste ressenti la nécessité - l’irrépressible nécessité.
Naseer Shah avait laissé un vide dans son sillage. Il lui manquait. Greyson Wood ne savait pas ce qu’il devait faire de son existence avec toutes ces heures où l’absence de son amant se faisait cruellement ressentir. C’était quand il avait commencé à tourner comme un lion en cage qu’il s’était rendu compte du temps qu’il passait avec Nas. Ce n’étaient pas quelques heures éparses comme l’autre l’avait insinué quand il avait refusé de le “caler” entre deux rendez-vous. C’étaient des pans entiers qui occupaient l’espace, l’esprit, la vie de Greyson et confronté au silence qui les absorbait désormais, il avait l’impression de devenir fou. Plusieurs fois, il avait pris son téléphone, avait été à deux doigts d’appeler Nas, avant de se raviser (en jetant généralement le téléphone dans un geste de rage et d’impuissance). Et la voix fluette de Skylar n’avait évidemment pas aidé à remiser cette histoire avortée dans un placard. La gamine avait cherché à creuser, il l’avait sentie fouiner, fouiller, l’air de rien, et pour la première fois en seize ans, quelqu’un s’était approché d’un secret jalousement gardé. C’était étrange, déstabilisant, et Grey ne savait pas quoi faire de cette nouvelle sensation.
Parce qu’il n’y avait aucune raison valable, n’est-ce pas? Rien qui excuse, explique, qu’ils en soient arrivés à ce point de rupture où Nas ne voyait qu’une seule option: celle de se marier à quelqu’un d’autre, parce qu’il ne pouvait/voulait plus attendre après son amant. La solution, elle avait parue évidente, simple. Grey savait qu’il n’avait eu qu’un mot à dire pour mettre un terme à cette ineptie, Nas ne le lui avait même pas caché. Il en avait eu le pouvoir et il n’avait rien fait. Et il n’avait même pas pu lui dire pourquoi.
Greyson Wood n’était pas davantage venu lui donner une réponse aujourd’hui. Il doutait de toutes façons que Nas attende encore quoi que ce soit de sa part - son silence avait été assez éloquent. La rupture était décidée, alors qu’ils n’avaient même pas officiellement été ensemble et il était sûrement attendu qu’ils quittent la vie l’un de l’autre, puisque ce qu’ils partageaient était complètement foutu, mais Grey n’en était certainement pas encore à ce stade. Il en était au stade où il était désorienté, désemparé, où il ne savait pas quoi faire de sa grande carcasse, où il réalisait la place occupée par Nas tout ce temps. Il en était au stade où il ne pouvait se tenir à l’écart. Il en était au stade où il avait besoin de le voir.
Le bruissement d’une conversation le tira de ses pensées. Il se trouvait dans une allée, un panier à moitié plein dans une main, une boite de lait de coco dans l’autre, lorsqu’il reconnut la voix de Nas et sans réfléchir, il s’avança vers l'extrémité du rayon pour dévoiler sa présence au futur marié.
Il ne savait même pas ce qu’il allait lui dire - s’il y avait seulement quelque chose à dire.
Il se contenta de rester planter là, à regarder Naseer Shah, en attendant que celui-ci en ait terminé avec son autre interlocuteur.

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Naseer Shah

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· Re: if only · Mer 24 Juin - 6:36
L’arrière-boutique de l’épicerie n’avait pas changé. C’était toujours le même débarras encombré d’étagères qui montaient jusqu’au plafond qui sentait la poussière, les épices et l’ennui, celui des innombrables après-midis et soirées que Nas y avait passé lorsqu’il était de corvée d’inventaire.  Rien n’avait changé, pas même lui au final : il était là contre sa volonté, parce que son père lui avait demandé de vérifier s’il restait de la farine dans la réserve avant de fermer l’épicerie. Il n’avait pas pu dire non, pas alors qu’il sortait d’un dîner durant lesquels ses parents s’étaient de nouveau extasié sur le fait que leur fils aîné se mariait, enfin. Pas alors qu’il savait qu’ils se saignaient pour cette fête, que sa mère avait déjà sorti le vieux costume de son père pour l’ajuster à sa taille, pas alors qu’ils sentaient tous leurs espoirs se poser sur ses épaules, sa nuque, sa tête comme une couronne d’épines empoisonnées. Il ne pouvait pas reculer. Il ne pouvait pas les décevoir - il les avait suffisamment fait attendre, repoussant toujours le moment de leur dire la vérité, celle de Grey, de leurs seize ans, de leur histoire, whatever that was.
L’arrière-boutique n’avait pas changé. Toujours la même odeur, le même silence vaguement troublé des bruits de l’épicerie : discussions floues des clients, le bip de la caisse enregistreuse, le bourdonnement des néons. Combien de fois s’était-il retrouvé coincé entre ces quatre murs, condamné à dénombrer paquets de farine, conserves et autres articles de première nécessité ? Trop nombreuses pour être décomptées, sans doute. À genoux devant un pack d’eau minérale, Nas releva les yeux vers l’étagère du fond. Malgré lui, il convoqua le souvenir de son double de dix-sept ans aussi clairement que s’il avait eu une machine à remonter le temps. Le dédoublement n’était pas difficile : l’épicerie était propice à ce genre de voyages dans le passé, involontaires ou non.
Nas, dix-huit ans, un stylo entre les dents, le bloc de feuille sous le bras, haussé sur la pointe des pieds pour compter combien de pots de beurre de cacahuète il restait. Son hoodie gris était légèrement trop grand pour lui et ses Converse noires avaient été éprouvées par plus d’un tour à vélo sous la pluie torrentielle des orages d’été. Au poignet gauche, il portait une montre que le Nas du présent reconnut instantanément. Au contraire du reste, elle était neuve, bracelet en cuir d’un bleu profond, cadran fin à l’intérieur duquel évoluaient de minuscules planètes. Un oeil acéré aurait repéré l’alignement inhabituel du système : Mars sur le 12, Pluton sur le 6, les autres astres disséminés au hasard du cadran. Le fantôme (mais le Nas du présent n’était pas sûr que ce Nas fut mort, non, il vivait encore quelque part en lui, parfois si présent qu’il n’avait pas d’autre choix que de le laisser s’échapper comme il le faisait à cet instant) baissa les yeux vers son poignet et sourit, et Nas savait ce que ce sourire voulait dire. It’ll only break your heart, kid.
Le bruit de la clochette leur fit tourner la tête à tous les deux vers la porte qui donnait accès à l’épicerie. Toujours agenouillé, Nas regarda son double avancer et tendre la main vers la poignée. Don’t go. Un autre bruit - un grincement qui provenait de l’autre porte, celle qui s’ouvrait sur l’escalier qui menait à l’appartement de ses parents juste au-dessus - le désarçonna et il jeta un regard furtif de l’autre côté de la pièce. Le temps qu’il détourne les yeux, le souvenir s’était évanoui. Il se retrouva seul, comme il l’était depuis le début depuis qu’il avait pénétré dans la petite pièce. Nas ferma les yeux et se passa une main sur le visage. Par réflexe, il se pinça l’arête du nez, geste désormais inconscient, gravé en lui par des années d’agacement - parfois amusé, souvent excédé, jamais égalé. Puis il se releva lentement et jeta un coup d’oeil autour de lui : il n’avait pas trouvé ce qu’il était venu chercher. Est-ce que ça avait vraiment une importance, de toutes façons ? Il n’était là qu’en coup de vent, ses parents ayant insisté pour qu’il vienne manger à la maison. Le mariage approchait, après tout (vite, trop vite).
Nas se tourna et à son tour, imitant son double passé, tendit la main vers la poignée. Sa chemise remontée sur ses avant-bras laissa entrevoir son poignet gauche dénudé. Plus de montre. Plus depuis qu’il l’avait oubliée là-bas et qu’il n’avait pas pu la récupérer.  Nas secoua la tête. Il ne voulait plus y penser. Tant pis pour la montre, il… Il se débrouillerait autrement. Il en rachèterait une autre, différente cette fois. Sans planètes.
Il ouvrit la porte et se fit happé par la lumière des néons. Ça non plus, ça n’avait pas changé : il n’avait jamais su s’habituer au contraste. Il n’avait jamais su passer de l’ombre à la lumière, au final, et le constat eut un goût amer sur sa bouche.
Il chercha son père du regard et le trouva au rayon sucreries, son turban bleu dépassant légèrement les étalages. Il était penché sur les sachets de bonbons et Nas posa une main sur son épaule. « Pitā jī, mainū āṭā nahīṁ mili’ā. » expliqua-t-il d’une voix douce. Son père leva les yeux vers lui et le considéra un instant derrière ses lunettes rectangulaires, celles que Nas lui avaient toujours connu. Non, rien n’avait changé dans cette épicerie. Ṭhīka hai, asīṁ isanū dubārā kharīdāṅgē, lui répondit-il mais déjà, Nas n’écoutait plus.
Il ne savait pas comment il avait pu manquer la haute silhouette qui lui faisait face. Peut-être l’avait-il vu mais son esprit n’avait pas voulu y croire, bloquant alors toute tentative de reconnaissance. Mais maintenant qu’il était là, face à lui, qu’il plantait ses deux mètres au beau milieu de l’épicerie, Nas ne voyait que Grey. Il écarquilla les yeux, ouvrit la bouche pour la fermer aussitôt et il se détesta d’être aussi surpris, d’être aussi lisible. Leurs regards se croisèrent et Nas sentit la noyade familière, le plongeon dans ce lagon glacial dont il ne ressortait jamais indemne. Il fallait qu’il fasse quelque chose. Qu’il dise quelque chose. « Pitā jī, maiṁ saṭōra calā'undā hāṁ. Kripā karakē ārāma karō. » lâcha-t-il soudainement, sans quitter Grey des yeux une seule seconde. Son père lui jeta un regard surpris. Pendant une seconde, son regard alla de Nas à Grey, de Grey à Nas, et soudain, Nas eut peur (espéra ?) qu’il comprenne. Ce n’était pas la première fois, après tout, que son père croisait Grey ; ce ne serait pas la première fois qu’il surprendrait Nas par l’une de ses incisions, claires, nettes, douloureuses, dans ce qu’il était.  Mais son père finit par lui poser une main sur l’épaule et les salua d’un simple mouvement de tête avant de  se diriger vers l’arrière-boutique. Nas le suivit des yeux, le coeur battant. Don’t leave me alone with him, eut-il envie de crier alors que son père disparaissait dans l’arrière-boutique mais n’était-ce pas ce que tout son être réclamait depuis qu’ils s’étaient quittés ? Le retrouver, encore, toujours, qu’importe les circonstances ? Le claquement d’une porte lui indiqua que son père avait définitivement quitté les lieux et Nas tourna à nouveau les yeux vers son ex-amant.
Seuls, ils étaient seuls sous la lumière bourdonnante des néons, dans cet espace qui avait accueilli une partie de leur histoire, entre ces murs qui détenaient un pan de leur secret. « Greyson. » Prononcer son prénom fit trembler ses jambes et vaciller son coeur mais il tint bon. Il croisa même les bras (peut-être pour cacher les battements trop visibles d’un myocarde devenu fou). Que faisait-il là ? Pourquoi ici, dans cette épicerie ? Ce n’était pas ce qui manquait à Windmont Bay. Nas avança d’un pas et considéra son ex-amant d’un regard entier. Le panier à moitié rempli ne lui échappa pas et il ne put s’empêcher de hausser un sourcil moqueur. « Tu fais à manger pour ta copine ? Tu ne veux pas plutôt lui acheter des pots pour bébé ? » lança-t-il, révélant sa faiblesse - encore une, quelle importance ? Bien sûr qu’il était jaloux, amer, dévasté. Toquer à la porte de Grey et tomber sur cette gamine effrontée… Il en avait encore mal dans le creux du ventre. Il partait et Grey le remplaçait aussi facilement ? L’amertume lui donna la force de reculer. « Je ferme dans cinq minutes. Passe à la caisse. » lâcha-t-il, glacial, chaque mot un couperet, une entaille dans ce qui avait autrefois un code secret pour des retrouvailles délicieuses, échevelées. Il tourna le dos à Grey et rejoignit la caisse vers la porte d’entrée. Ce comptoir, sur lequel était posé la caisse enregistreuse et un bric-à-brac divers, c’était sa forteresse, sa muraille. Il l’avait toujours été. Mais aujourd’hui, il n’était pas certain qu’il fasse le poids face à l’assaut invisible de Grey. Pas quand tout autour de lui, le passé revenait à la vie. Pas quand il pouvait voir leurs doubles, aussi nettement que s’ils avaient remonté le temps, se pencher au-dessus de ce même comptoir, leurs visages se cherchant sans vraiment oser se rencontrer.

[pendjabi]*Papa, il n'y a plus de farine.
** Très bien, on en rachètera.
*** Papa, je m'occupe du magasin ce soir. Va te reposer.

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· Re: if only · Mer 5 Aoû - 22:01
Ce n'était pas la première fois qu'ils se disputaient. En seize années, ils avaient eu le loisir de s'effilocher pour mieux se retrouver. Cela avait parfois duré des semaines; des semaines durant lesquelles Grey avait maugréé dans son coin, des semaines au bout desquelles l'un ou l'autre avait toujours cédé. Mais plus souvent l'un que l'autre. Pourtant, aucun de ces silences radio n'avait eu l'amertume de l'inexorable - à moins que Grey se leurre, qu'il ait juste oublié, occulté les sensations passées, parce que celle-ci était la plus réelle. Se doutait-il du changement qui s'était opéré? Admettait-il que, cette fois, les choses aient pu aller plus loin - trop loin - pour Naseer? Etait-ce la raison de sa présence en cette terre sacrée qu'il avait bafouée de sa présence un millier de fois au cours des années qui s'étaient écoulées? Greyson n'en savait rien. Il n'avait jamais rien su - si ce n'est qu'il était incapable de s'engager, pour le meilleur ou pour le pire, avec qui que ce soit. Il vivait seul, ne gardait que des contacts irréguliers avec les autres chiots d'Anderson. La seule incohérence était l'intérêt - prudent, tout de même méfiant - qu'il portait à une gamine écorchée. Pour le reste, il se tenait sur ses gardes, à distance respectable des autres et le seul à avoir pénétré sa bulle, c'était Nas.
Parce qu'il l'avait voulu. Parce qu'il l'avait cherché. Sans savoir pourquoi.
Grey avait déjà perdu Nas par le passé mais ils avaient toujours fini par se retrouver - dans l'urgence et la colère, ou à l'ébauche d'un sourire qui signifiait clairement pauvre crétin. Cette fois, le géant aurait pu se complaire dans la chimère qu'il en serait encore ainsi: qu'à un moment donné, un de ces jours, son amant reviendrait, mais les jours, puis les semaines, s'étaient succédé et le doute s'était immiscé.
Alors c'était à lui de faire le premier pas. A lui de combler la distance, le silence, d'aller au devant d'une vérité qu'il n'était pas prêt à accepter, quand bien même il était l'instigateur de sa propre perte - n'avait-ce pas toujours été le cas, après tout? Nas serait-il le dommage collatéral suivant? Après sa famille, qu'il avait laissée dans son sillage, Grey allait-il devoir regarder un autre partir à la dérive? Ou était-il celui qui s'éloignait du rivage, qui ne parviendrait jamais à vraiment toucher terre? Qui préférait fuir qu'affronter la vérité? Qui préférait s'en aller que changer? Qui préférait la solitude aux responsabilités? Et, dès lors, était-ce son ultime passage dans la petite boutique où s'accumulaient souvenirs et sensations? Il avait passé plus de temps que prévu entre les rangées de ces rayons, à lorgner en direction du comptoir, un sourire goguenard aux lèvres, provocateur, allumeur; ou à quelques pas seulement de l'épicerie, attendant impatiemment que l'heure sonne pour Nas de fermer boutique et le rejoindre. Leurs folles épopées sous le regard conspirateur de la lune, les mensonges, les diversions, les machinations, juste pour être tous les deux. C'était fini, tout ça?
Grey oublia le point d'interrogation au moment où Nas avisa sa présence. Quelque chose se ratatina en lui - au creux de sa cage thoracique, son coeur qu'il n'écoutait pas, préférant se fier à ses sens alertes et enflammés, moins dangereux, plus égoïstes - mais il n'esquissa pas le moindre geste. Il avait toujours joué la discrétion quand la famille de Nas était dans les parages (si tant est qu'on puisse passer inaperçu dans un magasin de cette taille, avec la sienne), attendant que le père, la mère ou le frère s'éclipse pour glisser ses messages ou ses regards en coin, protégé par ce langage secret que seuls les amants parlent. Cette fois, il ne chercha même pas à se dérober, à disparaître dans une autre allée, à se caler près des frigos, au fond du magasin. Il resta là, planté comme un arbre, enraciné, prêt à attendre que Nas et son père ait terminé leur conversation; déraciné, parce qu'il n'avait aucune idée de l'avenir qui lui (leur) était réservé, ces lendemains qui se feraient peut-être (sans doute) sans le Shah qui avait été à ses côtés toutes ces années.
Le géant n'eut pas besoin de comprendre les mots de Nas pour saisir l'essentiel. Il aurait pu profiter de la présence paternelle pour fuir ce face-à-face (confrontation? mise au point? tentative de réconciliation?) mais ça n'aurait pas été Naseer Shah, Greyson le savait, et il attendit donc, toujours en silence, toujours immobile, que Shah senior les laisse en tête-à-tête, inconscient de la tempête qui sévissait au milieu de son petit magasin (du moins Grey l'espérait-il), bien que son regard étonné aille de l'un à l'autre. Mais celui de Greyson ne se délogea pas des yeux sombres de Nas, il(s) lui avai(en)t trop manqué pour qu'il décoche ne serait-ce qu'une oeillade en direction du propriétaire des lieux. Il lui sembla s'écouler des minutes interminables avant que l'aîné tire sa révérence et les abandonne après les avoir salués. Grey attendit que la porte se referme et, seulement alors, il expira l'air qui était resté prisonnier de ses poumons, sans même qu'il s'en rende compte.
Nas avait suivi l'homme des yeux et quand il reporta enfin son attention sur l'intrus, Grey eut l'impression qu'un léger bruit parasite s'installa autour d'eux, entre eux. Le silence perdura, parce que Grey ne savait comment le briser - là encore, il devrait compter sur Nas pour céder, as usual, et quand ce dernier prononça son prénom, Grey inspira d'appréhension. Et la première phrase que Nas lui adressa ne manqua pas du piquant qu'il lui connaissait si bien.
Ainsi donc, les deux s'étaient croisés. Grey avait naïvement espéré que ça ne soit pas le cas et le léger pincement de ses lèvres dut le trahir. Néanmoins, il répliqua, égal à lui-même, parce qu'il n'entendait pas lui apprendre que la gamine allait et venait comme elle l'entendait, qu'elle n'était pas ce qu'il s'imaginait, ni les raisons pour lesquelles il s'était mis en tête de la sortir de sa misère:
- Elle cuisine bien mieux que moi, prétendit-il, agrémentant son sarcasme d'un haussement d'épaules faussement indifférent.
Mais il savait à qui il avait affaire. Nas le connaissait sans doute mieux que quiconque et s'il ne voyait pas entre les fissures de cette nonchalance feinte, c'était qu'il l'avait décidé. Les yeux clairs du géant cherchèrent à sonder son amant - il ne pouvait se résoudre, à ce stade, à le considérer comme un chapitre au passé, une histoire ancienne et révolue -, en vain. Il serra les mâchoires mais obtempéra, s'approchant du comptoir pour poser son panier.
- Est-ce que c'est comme ça que ça va se passer, maintenant? finit-il par lâcher après avoir brièvement hésité. Tu vas vraiment épouser une nana qui sort de nulle part?
Greyson peinait encore à y croire, il ne pouvait intégrer cette information qui continuait à lui paraître absurde. Et pourtant, il n'y avait plus moyen de faire comme s'il ne comprenait pas l'enjeu, comme s'il ne croyait pas Nas capable de se conformer aux attentes. Pourquoi? Pour ne plus être seul? Etait-ce vraiment ce qu'il ressentait? Ils n'avaient jamais été seuls, ça faisait seize ans qu'ils n'étaient plus seuls, qu'il y avait l'autre, même si ce n'était pas éclairé au grand jour.
La réponse, il la guettait, la redoutait, mais il ne pouvait s'empêcher de dévisager Nas, tandis qu'il sortait les produits un à un pour les poser entre eux, espérant un contact entre leurs doigts, une caresse qui ramènerait Nas à la réalité, qui le lui rendrait pour poursuivre leur aventure chaotique.
Mais c'était ça, leur nouvelle réalité, même s'il ne voulait regarder la vérité en face, même s'il préférait se leurrer encore un peu, le temps que son amant enfonce les derniers clous au cercueil de leur histoire.

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· Re: if only · Dim 9 Aoû - 0:26
Il crépitait de colère. Ses mains tapotaient nerveusement sur le comptoir, sa vision était floue et le bruit des néons parasitait tout le reste. Nas ne s’aimait pas ainsi, mais il aimait encore moins la situation dans laquelle Grey les jetait encore une fois. Lui arrivait-il seulement de réfléchir ? Lui arrivait-il seulement de penser à ce que les autres pouvaient ressentir ? Non, bien sûr que non, et le voyou lui en avait suffisamment donné la preuve au fil des années. Greyson se foutait royalement du reste du monde. Et n’était-ce pas ça qui avait justement entraîné Naseer dans son orbite ? Barricadé derrière le comptoir, Nas savait bien qu’il tentait une ultime fois de se protéger de cette gravité irrésistible : il en voulait à Grey d’exercer ce pouvoir sur lui et par-dessus tout, il se détestait d’y être assujetti. Il n’avait rien appris. Il n’avait pas progressé d’un iota. Greyson faisait son apparition, débraillé, désinvolte et en train de faire ses courses pour sa sugar baby, et comment réagissait-il ? Il se réfugiait derrière le comptoir, les genoux tremblants et les yeux écarquillés. Pathétique. Il aurait dû monter au créneau, monter au front, lui montrer qu’il ne pouvait plus débarquer dans sa vie et y foutre le feu juste parce Greyson Wood décidait qu’il avait assez attendu. Naïvement, Nas avait pensé que l’annonce de son mariage suffirait à Grey mais visiblement, la dernière confrontation n’avait pas été assez dévastatrice pour son ex-amant qui semblait prendre plaisir à les jeter dans l’arène. Il en voulait plus ? Il en redemandait ? Du Grey tout craché, songea Nas. Il ne savait jamais s’arrêter et Nas n’avait jamais su lui dire non, espérant sans doute qu’au milieu du chaos il puisse trouver… Nas ignorait quoi. L’espoir faisait vivre alors il avait vécu. En marge de Grey, au bord de son précipice, toujours à deux doigts de tomber au fond du ravin. Aujourd’hui, il se relevait, il y échappait enfin et Grey revenait l’y précipiter ? Il ne pouvait pas le permettre. Il ne s’était pas arraché le coeur de la poitrine pour y recoudre une parodie de myocarde. Il ne retomberait pas dans ses travers. Il tiendrait bon.
Par fierté, par instinct de survie aussi, il ignora sciemment la première remarque de Grey. Se convaincre qu’il n’avait rien à faire de avec qui Grey était ou ce qu’il faisait avec qui était illusoire mais Nas se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas lui donner la satisfaction de constater qu’il était toujours, malgré lui, le même garçon jaloux et insecure qu’il avait toujours connu. Et lorsque son amant (ex-amant, il se reprendrait tant qu’il le faudrait, qu’importe le soubresaut morbide au creux de sa poitrine) se rapprocha du comptoir, l’avocat le gratifia d’un regard noir. C’était absurde de se retrouver là, à l’épicerie. Si ils s’étaient rencontrés à Ellicotts Mills, Nas aurait pu y voir un signe (mais pourquoi aurait-il voulu ça, hein ?) mais ici ? Ça ne signifiait rien. Pire : ça ne faisait que les renvoyer à leur impossibilité. Ils étaient trop différents. Leurs vies, leurs éducations, leurs attentes, leurs possibilités : rien ne s’accordait, rien ne s’était jamais accordé. Chaque rencontre, chaque baiser, chaque répit avait été une anomalie volée aux lois de la physique. Et Nas ne voulait plus s’acharner à résoudre cette équation hypothétique. Il effaçait le tableau noir de son histoire avec Grey. Plus de trou noir, plus de chaos, plus de peut-être. Il ne pouvait plus voyager dans le temps juste parce que Greyson était incapable de le rejoindre dans l’avenir.
S’il était parvenu à se taire la première fois, la mention - même inconsciente, même involontaire - de sa future épouse provoqua une réaction épidermique et Nas releva les yeux du panier qu’il aidait Grey à défaire. Les vieux réflexes, quels qu’ils soient, avaient la vie dure. « J’aurais préféré un mec sorti de nulle part, mais on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie. » rétorqua-t-il en plantant son regard dans celui de Grey comme on plante un couteau dans le dos. Dans un geste brusque, il attrapa le premier produit à portée de main, le scanna et le posa brutalement sur le comptoir. Il n’aimait pas ce que la question insinuait, il n’aimait pas être là, derrière le comptoir, à servir Grey. Ça l’amusait de le renvoyer à cette image de fils d’épicier, derrière son petit comptoir ? Était-ce que Grey cherchait à faire ? Il n’aurait pas été le premier ; combien de fois un petit connard lui avait lâché un thank you, come again! dans les couloirs du lycée, singeant l’accent de son père comme s’il aurait dû avoir honte de savoir parler deux langues quand la plupart de ces imbéciles ne savaient pas aligner deux mots en anglais ? « Je ne sais pas ce que tu t’imagines, mais on ne m’a pas mis le couteau sous la gorge pour que je l’épouse. » reprit-il en baissant les yeux, préférant se concentrer sur les produits pour ne pas montrer à Grey toute l’étendue de ses doutes, de ses insécurités qu’il était capable de convoquer sans même y penser. Non, cette fois-ci (et seulement cette fois-ci), il était injuste, Nas le reconnaissait : jamais Grey ne serait jamais venu ici pour ça. Non, Grey ne réfléchissait juste pas. Et c’était encore pire. « Et elle s’appelle Veda. » précisa-t-il. Il jeta un regard furtif à Grey puis se mordit la lèvre. À nouveau, il invoquait son nom comme une barrière de protection, pour lui faire prendre corps et réalité entre eux. Elle méritait mieux que d’être un prétexte mais Nas se sentait soudain acculé et il avait l’impression que sa future femme demeurait son seul recours pour repousser Grey. Le silence entre eux ne faisait que renforcer cette sensation d’oppression. « J’avais le choix, tu sais. » murmura-t-il en continuant de scanner chaque article machinalement, les yeux dans le vague. Dire quelque chose, même si c’était pour déchirer la fin de leur histoire. Dire quelque chose pour que le silence ne souffle pas sa vérité indicible. Combien de fois s’étaient-ils dits plus de chose en silence, en corps et caresses qu’avec une véritable discussion ? « De dire non. » ajouta-t-il, conscient qu’il faisait exprès d’enfoncer le clou, conscient que c’était un ultime cri de désespoir. Look at what we’re missing out. « Mais elle a dit oui. Tout de suite. » Ou plus exactement, elle avait accepté sous réserve que Nas accepte à son tour. Quel gâchis. « On a eu tous les deux ce qu’on voulait. Moi, un couple ; et toi, ta liberté. » conclut-il en posant le dernier article, une boîte de conserve, sur le comptoir. Cette fois-ci, Nas releva les yeux. Son amant (ex-amant) le surplombait toujours. Grey avait toujours été impressionnant mais aujourd’hui, Nas ne se laisserait pas intimider. Il ne laisserait pas ces yeux bleus l’ensorceler pour mieux le laisser pour mort. « Et sur ce, ça fera 29 dollars et 76 centimes. » lâcha-t-il en ouvrant la caisse, défiant Grey de répliquer quoi que ce soit, le coeur vaincu.

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Greyson Wood

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· Re: if only · Sam 5 Sep - 17:30
Y avait-il une part de lâcheté à venir à la rencontre de Nas sur son territoire? La conscience cachée qu’il ne ferait pas d’esclandre dans le petit magasin de sa famille, qu’il ne pourrait lui échapper, là où une tentative à l’extérieur aurait pu le confronter à l’échec? Mais Grey savait que ce n’était pas ce qui l’avait incité à entrer dans l’épicerie. Le fait était que leurs lieux communs étaient extrêmement restreints et que ceux qu’ils avaient partagés, Nas ne s’y rendrait sûrement plus. Son appartement au bord de la plage, déjà, bien sûr; mais également le vieux moulin qui avait été le décor de leur première danse absurde. Les autres endroits étaient des étapes éphémères, le résultat d’une improvisation, rien qui ne les y raccroche, qui puisse vraiment évoquer un souvenir commun, un lieu auquel ils songeraient tous les deux à la même minute à la mention de tel événement ou telle expérience. L’idée lui vint subitement qu’il aurait pu user de son ancien stratagème pour rappeler à Nas tout ce qui les liait, tout ce qu’ils avaient partagés, mais il y avait des années qu’il n’avait plus glissé un bout de papier entre deux boîtes de conserve et il doutait que son amant soit amusé. Pire, si leur histoire était finie, ça ne ferait qu’attacher un goût amer à ce jeu qui avait été leur moyen de communication aux premières lueurs de leur relation.
Relation. Histoire. Ces mots ne grinçaient pas quand Grey les associait à Naseer Shah, mais visiblement, ils n’en avaient pas la même notion, sinon comment Nas pourrait-il penser que parce qu’ils vivaient cachés, ça ne voulait rien dire, ça n’allait nulle part? Le géant ne s’était jamais arrêté pour y réfléchir une seule seconde avant leur dispute de mai, mais il avait eu largement le temps depuis de ressasser l’épisode pour constater qu’ils n’avaient pas été sur la même longueur d’onde - et que ça ne datait pas d’hier. Alors qu’espérait-il en venant ici? Il n’avait pas changé d’avis, il ne se voyait pas sortir au grand jour, mais ça n’avait rien à voir avec Nas, même si l’autre ne le croirait jamais, ça. Ce serait arrivé avec n’importe qui, n’importe quand, Greyson Wood n’était juste pas fait pour l’amour au grand jour, pour la démonstration publique, pour la réalité. Tout ce qu’il savait, c’était que l’absence de Nas crevait sa vie de trous béants et qu’il n’arrivait pas à envisager l’avenir sans le voir, sans lui parler, tout en devinant que le voir, le côtoyer, sans tout ce qui avait toujours fait partie d’eux en parallèle, serait une torture également. Il était pris entre deux feux et il ne savait pas quelle brûlure était la plus supportable.
La disparition de seize années bancales, faites de hauts et de bas, mais qui avaient fait de lui l’homme qu’il était? Ranger tout ça, fermer la porte, la cadenasser? Ou faire comme s’ils pouvaient être amis, feindre que tout pouvait être aussi facilement glissé sous le tapis? En étaient-ils capables? Etait-ce la meilleure solution? Ou Grey devait-il se faire une raison? C’était sans doute ça qu’il était venu chercher. Une réponse. Une analyse des choix qui s’offraient à lui et qui dépendaient lourdement de ce que Nas déciderait. Parce qu’il ne pourrait prendre l’une de ses voies si Nas n’y consentait pas. Mais que se passerait-il si le jeune homme décrétait que c’était mieux ainsi, pour lui? Pourrait-il accepter la distance, le silence, vivre dans la même ville en sachant qu’ils ne pouvaient interagir?
La dernière fois que Greyson s’était trouvé face à un tel dilemme, il était monté dans le camion d’Anderson, et il ne s’était jamais retourné. Il avait abandonné le passé pour un avenir incertain, un avenir qui lui avait fait croiser la route d’un garçon qui était devenu sans le savoir - et sans que Grey le sache lui-même - le centre de son univers, un soleil brûlant, vivant; un soleil qui fit trembler la haute carcasse de ses mots percutants.
- Tu crois que c’est ce que tu veux, mais tu le regretterais bien vite, rétorqua Greyson, et le ton employé ne laissait aucun doute quant à la sincérité de ses mots.
Il y croyait dur comme fer: Nas aurait vite déchanté et il n’y aurait pas eu de marche arrière possible. Tout ce qu’ils avaient façonné de leurs mains malhabiles, tout ce qui emplissait leur mémoire serait sali à jamais. Alors la solution était-elle la rupture? Greyson n’en avait aucune idée. Lui, il voulait que ça continue à couler comme cela le faisait depuis des années, mais visiblement ce n’était plus possible.
Grey suivit les mouvements furieux de Nas, sans se douter de ce qu’il lui faisait ressentir à être venu ici. Il absorba les mots sans cacher sa perplexité, dévisageant Nas en cherchant le moindre indice qui démentirait ses propos. Il ne savait pas non plus ce qu’il s’était imaginé, exactement, mais il pouvait dire ce qu’il n’avait pas envisagé: que Nas ait pu le faire de son plein gré, qu’il ait pu choisir cette voie, et, plus égoïstement, qu’il ait pu le faire malgré lui, malgré eux. Mais apparemment, il était une origine inconsciente de cette décision et il peinait toujours à la digérer. Faute de mots, Grey émit un soupir et ferma les yeux, s’appuyant des deux mains sur le comptoir comme si c’était son seul soutien face à l’obstination de Nas - mais qui était le plus têtu des deux, au juste?
Il n’en avait rien à faire qu’elle s’appelle Veda, Jasvinder ou Sukhmani; il ne voulait rien savoir à son sujet mais il se retint de le dire. Cela n’aurait fait que montrer à quel point il était jaloux de cette femme qui lui avait volé plus qu’il n’avait pu l’imaginer. A son tour, Grey lança un regard accusateur à Nas, pour bien lui faire comprendre que sa manoeuvre avait réussi, quelle qu’elle soit.
J’avais le choix, tu sais.
Greyson ne le quittait pas des yeux, comme s’il valait mieux ancrer chaque vérité, chaque encoche, en y associant la mine rêveuse du jeune homme - que le géant associa à un bonheur rêveur, comme si évoquer sa belle rendait Nas heureux. C’en était trop pour Grey qui écouta la suite l’attention rivée à une fissure dans le bois du comptoir. Il se mordit nerveusement la lèvre inférieure, sentit son souffle s’altérer, sans se douter que c’était la douleur d’un coeur qui souffre qui voulait ça. Son ventre se remplit d’une bile corrosive et Grey déglutit. Elle avait dit oui. Tout de suite. Il avait dit non. Toujours. Il n’y avait pas à matière à tergiverser, la route était évidente, droite, sous un ciel bleu, tandis que Naseer laissait la forêt ténébreuse dans son sillage.
- On a eu tous les deux ce qu’on voulait. Moi, un couple; et toi, ta liberté.
Il ne chercha même pas à cacher son incrédulité lorsqu’il releva vivement les yeux, estomaqué par ces mots. Une ombre de sourire interloqué frôlait ses lèvres, tandis qu’il secouait la tête:
- Ma liberté? s’exclama-t-il d’une voix qui déraillait. Parce que tu crois que je me sentais prisonnier? Ne viens pas me mettre sur le dos. C’est toi qui as choisi, toi à qui ça ne suffisait pas. Je n’ai rien voulu de tout ça. Alors ne me sors pas du “on a eu tous les deux ce qu’on voulait”. J’ai pas ce que je veux et toi non plus, tu viens de le dire.
Grey avait autant envie de lui balancer la monnaie à la figure que le tirer de derrière ce comptoir pour l’embarquer sous son bras. Pour aller où et faire quoi? Il n’en avait aucune idée et ça ne changeait rien, de toute manière, il le voyait à présent. Un grand panneau clignotant qui lui dégueulait dessus: IT’S OVER, YOU FOOL! Après la douleur, ce fut la colère qui gronda. Les mâchoires serrées, il fixa Nas, incapable de démêler le flot d’émotions qui le terrassaient.
- Putain, Nas, t’es incroyable, lâcha-t-il en sortant son portefeuille avant de jeter quelques billets froissés entre eux. C’est ce que tu veux? Très bien. Va te passer la corde au cou, si c’est ça qui te rendra plus heureux. J’en conclus que toi et moi, c’est fini, tu me raies de ta vie?
La réponse, il ne voulait pas l’entendre. Quelle alternative y avait-il? Ils n’avaient jamais été vraiment amis, ils avaient toujours oscillé, toujours erré dans la brume des non-dits et c’était sa faute à lui. Il avait cru qu’ils pourraient se satisfaire de cette douce instabilité, qu’il ne faudrait jamais mettre pied à terre, jamais rejoindre la réalité. Des souvenirs, qui n’avaient rien à voir avec Nas, le submergèrent. Les situations n’avaient aucune similarité mais elles se confondirent dans l’esprit accablé de Greyson Wood qui ébaucha un sourire désespéré.
- En fait, c’est sûrement mieux comme ça, finit-il par s’exclamer, sans savoir à qui il s’adressait (Nas, lui-même, ou une petite voix qu’il avait muselée toutes ces années). On avait rien à foutre ensemble en premier lieu et soyons lucides: j’aurais jamais pu t’offrir ce que tu voulais.
Il esquissa un geste et laissa retomber son bras. Le mariage, la vie de couple, le bonheur, la stabilité; tout ça, ça échappait complètement à la compréhension de Greyson qui recula, abandonnant ses achats, qui n’avaient été qu’un prétexte pour voir Nas, pour rejoindre la porte.
- C’était clairement pas évident, tout ce temps, mais je n’ai jamais voulu te faire du mal. Tu mérites d’être heureux et j’espère qu’elle t’apportera ce dont tu as besoin.
Greyson attrapa la poignée de la porte et entrouvrit celle-ci:
- Je te fous la paix. J’ai compris le message.
Pas d’au revoir ou d’adieu, Grey s’en sentait tout simplement incapable. Il ouvrit la porte et sortit. Il ne laissait pas que Nas à l’intérieur.
Il y abandonnait seize années, il ne se doutait pas que ça puisse partir en fumée aussi aisément, et en même temps, à quoi s'était-il attendu?
Il largua son coeur sur le pas de la porte, n'en ayant plus aucune utilité, et il disparut dans la première rue venue.

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