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Elizabeth Esposito
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· — daddy issues ((koa)) · Jeu 21 Avr - 11:38
SAT 16.APR.2022

DADDY ISSUES



23:14
La nuit n’avait pourtant pas commencé différemment de toutes les autres. Petite silhouette féérique jonchée sur ses Versace traine sa carcasse jusqu’au silver dragons, même quand elle n’y travaille pas. Rails, cigarettes et verres s’enchainent à une vitesse déconcertante, il encaisse son corps minuscule, l’exploratrice téméraire veut toujours aller au delà des limites, cherche sans relâche le point de non retour. Ses éclats de rire bruyants et mélodieux, ses hanches qui se baladent langoureusement, Elizabeth sait polariser l’attention de chacun et chacune, se repaît de leurs opales envieuses, voraces, quand on se sent très vide à l’intérieur, il est essentiel d’au moins exister dans le regard des autres. Ça prouve qu’on est en vie. C’est en titubant, s’accrochant aux épaules des uns et des autres, qu’elle quitte la chaleur humide du bar pour l’air frais et printanier des rues nocturnes. Tube de nicotine maintenu en équilibre entre les lèvres, elle se fait surprendre par des mains inquisitrices qui se posent par derrière sur sa taille, souffle méconnu et gênant dans sa nuque, le mouvement de recul est quasi immédiat et instinctif. L’assaillant lui est étranger, son cerveau embrumé par les substances projette des images de sa présence au comptoir, mais aucunes réminiscences d’un quelconque échange, ou même d’un prénom. Me dis pas que t’allais partir sans moi princesse, à demi-ton de menaces, sourire de prédateur, il attaque à nouveau, réenveloppe ses bras pressants autour de son buste.

Dommage.

Quand on a posé le pied sur l’une des nombreuses mines souterraines de son coeur, alors il faut s’attendre au pire. D’abord dans un geste sage, elle pose les paumes de ses mains sur le torse du trentenaire. Fais attention à ce que tu fais, t’as aucune idée de qui je suis, et dans le fond de ses orbites, s’embrase la flamme de sa folie meurtrière, psychoses qui ne la quittent vraiment jamais, c’est ce qui la rend si dangereuse, Elizabeth. Elle a l’air tellement inoffensive, la gamine au visage poupin. Aussitôt, l’agaçant sourire du garçon fond, l’air supérieur se remplace par une colère naissante exacerbée par les alcools. Tu me menaces, sale pute ?

Vraiment dommage.

En une fraction de seconde, la braise de sa cigarette avait fini sur la paupière de l’oppresseur, son genou dans les parties intimes. Maintenant qu’il était au sol après l’y avoir violemment poussé, elle s’acharnait à coup de talons contre son visage déjà tuméfié. Petite tempête explosait en grondements et éclairs d’une violence inouïe, et les autres, les fumeurs de soirée, ils assistaient à cette scène dans une stupeur indescriptible, ne faisaient évidemment rien.

23:46
Dans le fond d’une cellule de dégrisement, la lumière criarde et blafarde des néons exposait le maquillage légèrement coulé au coin de ses yeux, son corps avachi et épuisé de se battre contre les forces de l’ordre s’écroulait à même le sol. Recroquevillé contre le béton, ses jambes nues repliées sur elle-même, elle paraissait encore plus petite, presque enfantine. Vous avez aucun droit de m’enfermer ici, vous allez le payer, pestiférait-elle chaque fois qu’un policier passait devant son cachot. Néanmoins cette fois, l’homme s’arrête devant les barreaux et s’y accroche, agaçant air supérieur scotché au visage. Tout doux tigresse, on a appelé ton papa, il vient te chercher. Aux consonances de ces quatre lettres, le corps se tend immédiatement, elle se relève et se jette contre les barreaux, mais l’interlocuteur est déjà parti. Vous avez appelé mon père ? Panique qui enveloppe ses poumons à la vitesse de la lumière, les yeux s’écarquillent. Tout, sauf son père. LAISSEZ-MOI SORTIR DE LÀ, J’VEUX APPELER MON AVOCAT, pauvre idiote cocaïnée, Elizabeth n’est personne ici, si elle mourrait ce soir dans cette cellule, qui s’en inquiéterait ? Elle hurlera comme ça pendant dix minutes, pleurnichera qu’il ne doit surtout pas venir, elle qui s’était battue si fort pour ne jamais avoir besoin d’eux, c’était le pire des scénarios qui se déroulait sous ses yeux. Épuisée, droguée, alcoolisée, elle cède à l'abandon, se couche sur la banquette bétonnée, somnole ce qui lui parait être quelques secondes, quand des pas à nouveau la réveille.

Elle en croit pas ses yeux désorientés, Eli, la silhouette qui lui apparait semble irréelle. Elle frotte ses paupières, se redresse légèrement. Aucun doute, Koa se tient physiquement devant elle, ça n’a rien d’une hallucination. Sourcils qui se froncent, elle ne met que quelques secondes à comprendre ce qui avait pu se passer pour en arriver à ce dénouement et immédiatement un soupir agacé et sonore passe le seuil de ses lèvres. Ignorant complètement la présence du garçon autant détesté qu’aimé, elle croise les bras sur sa poitrine, affiche son air le plus contrarié possible. Hors de question que je parte avec lui.
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Koa Thompson
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· Re: — daddy issues ((koa)) · Dim 24 Avr - 19:04

Ce n’est pas le jet lag. Ni le confort et la stabilité inhabituels de son couchage qui le maintiennent éveillé. C’est le silence. Le silence régissant sa boite crânienne est plus lourd encore que celui de sa chambre. Dans le désordre Koa sait faire le vide, grande qualité considérant son corps de métier. Certains diront qu’il a bien été formé, voir même qu’il est est né pour ça… Deux suppositions qui ont leur part de vérité, quand bien même il ne parvient toujours pas à les percevoir comme des compliments. Mais il ne s’en plaint pas, ou du moins ne s’en plaint plus depuis plus d’une décennie. Parce qu’il faut aller de l’avant. Parce que ressasser n’apporte rien. Parce qu’a défaut de ne pouvoir réécrire son passé, il est le compositeur de son futur… Mais jusqu’ici il n’a pas la prétention de se congratuler. La mélodie du premier mouvement semble off… Création originale qui laisse pourtant un arrière gout amer de plagiat sur sa langue.

Le silence.
Il n’entend pas les rouages incessants de l’habituelle mécanique de son overthinking. Le vide. Habituellement il l’accueille volontiers, mais ce soir, sa présence imposée le déstabilise. Qui pensait-il duper en allant se coucher de si bonne heure? Oblivious, il préfère se tourner vers l’option facile, plutôt que de faire face aux véritables raisons qui l’empêche de fermer l’oeil. Parce que des fois c’est plus simple ainsi. De remettre au lendemain ce genre de problème. Parce que ce soir là, non, il n’a pas la force de plonger dans les abysses de son subconscient.

Il grogne en s’extirpant de ses draps, et prend la direction du garage. C’est un peu un rituel. Faire monter son rythme cardiaque jusqu’à ce qu’il assourdisse ses tympans. Pousser son organisme au point de rupture en toute conscience, comme pour reprendre un semblant de contrôle sur quelque chose. Alors il lance une playlist sur l’enceinte bluetooth de la petite salle de sport aménagée. Il se lancera dans une routine d’étirement puis d’exercices de renforcement musculaire, puis de cardio, sans vraiment marquer de pauses une longue heure durant.

23:31
Trois appels en absences illuminent l’écran de son téléphone alors qu’il sort de la douche. Le numéro est masqué. A peine a t-il le temps de s’interroger que le combiné se met a vibrer a nouveau dans sa main, quatrième tentative du numéro inconnu. «… dérangement monsieur Esposito, mais nous avons placé votre fille en garde a vue pour trouble… »
Lunaire. Koa doit faire répéter plusieurs fois l’officier, complètement abasourdi. Son interlocuteur doit sans doute prendre son incompréhension pour la déception d’un père envers sa fille, et répète les faits d’un ton grave et emphatique, tandis que de l’autre bout du fil un rictus vient étirer les lèvres du pilote. Il se contient, fait tout ce qui est en son pouvoir pour répondre avec la voix la plus neutre qu’il soit.
Comment avez vous eu ce numéro?
La réponse que l’agent lui fournie est la plus douce des musiques fredonnée à ses oreilles depuis un moment.

00:02
Le pilote pousse la porte du commissariat de la petite bourgade. Full black, du hoodie dont la capuche est rabattue sur le sommet de son crâne aux dunk low qu’il traine sur le lino brillant jusqu’au bureau faisant office de réception. Paperasse obligatoire, formulaires classiques à remplir. Les noms ne matchent pas, mais on le connait, alors on ne pose pas de questions supplémentaires. Lien ? Il sourit, narquois. Tuteur/personne à prévenir en cas d'urgence, couche t-il sur le papier.
Il se laisse guider par l’un des policier jusqu’aux cellules bien que la superficie du poste ne le nécessite pas vraiment.
Il observe l’incontrôlable détenue non sans amusement. Si un regard avait pu le tuer, de toutes les missions qu’il avait pourtant réalisées, c’était bien celui de Elizabeth. Mais il se contente de soutenir son regard en silence alors qu’un sourire est bientôt lisible dans ses yeux sombres avant de prendre possession de ses lèvres toujours scellées. Il se penche bientôt légèrement en avant, glissant ses deux avant bras au travers de la grille pour croiser les mains de l’autre côté de la cellule. Il sourit d’autant plus quand elle l’ouvre enfin, pour se plaindre, sans surprise, à la manière d’une enfant gâtée. Il glisse un regard à l’agent toujours en standbye à ses côtés, invitant le fonctionnaire à prendre congé d’un signe de tête.
Okay… murmure t-il, scannant l’habitacle dans les moindres détails avant que ses iris ne se posent une nouvelle fois sur la jeune femme. Qu’est-ce qu’on fait du coup? Silence. La question est purement rhétorique pourtant il marque une pause, son regard glissant brièvement sur la montre dont est affublé son poignet gauche. Il ajoutera, un sourire naissant dans le calme de sa voix grave tandis que ses pupilles viennent chercher celles de son interlocutrice, un sourcil légèrement arqué pour la beauté du geste. Tu préfères peut être qu’on appelle… Daddy… n°2?

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· Re: — daddy issues ((koa)) · Ven 13 Mai - 11:26
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DADDY ISSUES




C’était comme si chacun des gestes de Koa Thompson étaient uniquement destinés à alimenter sa colère. Cette habitude agaçante de la toiser avec ce sourire narquois et cet air supérieur, enfant sauvage fronce les sourcils et observe avec méfiance lorsqu’il vient s’appuyer contre les barreaux de sa cage. Le pilote est définitivement l’être le plus insupportable qu’il lui ait été donné de connaitre, et paradoxalement, il était aussi celui qui l’attirait le plus. Papillon de nuit hypnotisé par la lumière, elle finit irrémédiablement pour s’en approcher, sans la moindre conscience qu’elle s’y brûlera très certainement les ailes. Gamine insupportable détourne le regard, agit dans l’indifférence la plus totale comme si il n’existait même pas, jusqu’à la fatidique interrogation, posée dans un ton un peu trop paternel pour être ignorée. Qu’est ce qu’ON fait ? réinsiste-t-elle, regard massacrant à nouveau posé sur son visage, elle finit par se lever pour s’approcher des barreaux, ses yeux soutenant les siens avec provocation, les doigts attrapent les barreaux près de ses mains. Pitié, Thompson, ne commence pas à te sentir important à cause d’une blague débile. Sourire hypocrite largement assumé, elle incline légèrement son visage sur le côté. Plutôt mourir que t’être redevable. Y’avait tout le défi et l’insolence qui brûlait dans le fond de ses yeux, elle s’était légèrement approché de sa némésis pour prononcer sa sentence.

Ô combien elle détestait Koa Thompson et tout ce qu’il représentait, et pourtant, son parfum, sa voix, son sourire agissaient comme la pire des addictions sur son être. Irritant trouble qui s’empare d’elle et entrave quelque peu sa respiration, elle s’éloigne à contre-coeur pour pas gâcher ses effets, lui tourne le dos pour retrouver son inconfortable bloc de béton, pas prête au prochain coup qu’il portera. Tu veux peut-être qu’on appelle Daddy numéro°2 ? C’est dans un mouvement instinctif qu’elle fait volte face, battant qui s’éclate en fracas contre la cage thoracique quand il fait à l’allusion au pire scénario envisageable, elle se trahit par les paupières qui s’écarquillent subitement. Papa Esposito comme épouvantard ultime, la menace à demi-mots semble se révéler un peu trop efficace sur son corps frêle et souillé par les substances. Les genoux prêts à lâcher, Elizabeth est épuisée, comme un animal qui s’est trop longtemps jeté contre les parois du piège dans lequel il s’est pris, elle soupire bruyamment avant de claquer la langue contre son palais. Lamentable perdante.

C’est bon, abandonne-t-elle en roulant exagérément des yeux avant qu’ils ne s’amarrent à ceux de l’adversaire, bras croisés sur sa poitrine mince. Je sais que t’es pas venu là par bonté de coeur, je te donnerais ce que tu veux mais ramène moi chez moi, et pitié, qu’on en parle plus jamais. Elle trouvera bien un moyen de se venger plus tard mais dans l’immédiat, ses talons lui bousillent les pieds, son squelette est à peine capable de se tenir debout et y’a un marteau piqueur qui fait résonner son cerveau contre les parois de sa boite crânienne. Tu peux rappeler tes toutous, general Thompson, qu’elle grince dans un sourire narquois, se rapproche à la hâte de la porte grillagée, les paumes frottent ses bras gelés, vagues de frissons de froid provoqués par la redescente d’ectasy, une minute de plus passé dans cette geôle et elle s’effondrera sur le sol.  
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· Re: — daddy issues ((koa)) · Lun 6 Juin - 18:51
Il serait incapable de restituer. Incapable de replacer chronologiquement la naissance de cette haine complètement viscérale qu’ils éprouvaient mutuellement l’un pour l’autre, à un degré plus ou moins similaire. Ça avait toujours été comme ça, depuis qu’ils étaient gosses. Ils avaient mit un point d’honneur à perpétuer la tradition sans vraiment se demander pourquoi. Et plus les années avaient passé plus il relevait de l’impensable pour le pilote que d’entretenir une conversation normale avec la brune. Au même titre qu’il devait l’être que de respirer le même air que Koa pour cette dernière.
Il l’avait peu croisée depuis son retour en Oregon, et/ou l’avait volontairement évitée lorsque cela s’était produit. Elle avait… Changé. Il était persuadé que l’intérieur était tout autant pourrit mais la coquille présentait une mise à jour qui n’était pas désagréable à la vue. Plutôt se rincer la bouche à la javel que de lui laisser savoir pour sûr, et plutôt mourir que de la toucher, pas même avec un bâton. Mais il devait bien se l’admettre, alors qu’elle crachait son venin à nouveau: de Médusa émanait cette aura malsaine la rendant attractive. La consommation du produit était peu recommandée, pour ne pas dire défendue et pourtant, pourtant il se surprenait à y penser. Réflexion de quelques millisecondes qu’il s’empressait de chasser de son esprit aussi vite qu’elle était arrivée.

L’archer avait visé juste. En plein centre de la cible, et la réaction de la victime était plus savoureuse que celle escomptée en premier lieu. Elle lui tendait délibérément le bâton du pouvoir en plus de rendre les armes.
« Je sais que t’es pas venu là par bonté de coeur, je te donnerais ce que tu veux mais ramène moi chez moi, et pitié, qu’on en parle plus jamais. »

Théâtral, le brun apposait une main au niveau de son coeur, adoptant une expression faussement outrée. Il ne tiendra pas le masque très longtemps, penchant bientôt la tête sur le côté comme si il soupesait les mots de la détenue. Un nouveau sourire vient se loger aux coins de ses lèvres pleines qu’il mordille distraitement. Elle le connait assez bien pour avoir parfaitement conscience de la répercussion d’un telle promesse. Ce qu’il veut. Un pacte avec le diable aurait été plus safe.

—Mmmmmh… Donc tu proposes de m’être redevable, finalement uh…? Dangereuse promesse Esposito… Silence. Il soutient son regard de cette intensité qui lui est propre. Elle en fait de même, et il n’en attendait pas moins d’elle. Nouveau sourire, plus franc cette fois-ci, plus… Dangereux. Le diable. Okay… -souffle t-il avant de se pencher légèrement en arrière, attirant l’attention de l’agent, avant de s’éloigner de la cellule. La porte de cette dernière coulisse dans un bruit de ferraille rouillée. Il seconde Elizabeth jusqu’a la réception sans un mot de plus, lui indiquant les cases où sa signature est requise. La réceptionniste étant trop occuper toiser sans gêne aucune l’improbable duo accoudé à son bureau, Koa jette un coup d’oeil circulaire, en attendant la fin des formalités, faisant tourner les clés de son AMG autour de son index droit.

« Bonne soirée Capitaine Thompson… » Signes de tête, tuteur et détenue quittent le commissariat.
Il hausse les épaules et murmure non sans amusement, un petit sourire à peine visible dans l’obscurité, mais audible alors que son regard glisse vers la brune.
—J’étais flatté ceci dit… Référence au sur-grade qu’elle lui a attribué, moqueuse, quelques minutes plus tôt. Les phares du véhicule clignotent, révélant un énorme 4x4 noir fondu malgré lui dans la pénombre. Le pilote s’engouffre dans la classe G noir mat, boucle sa ceinture et est sur le point de mettre le contact, quand il remarque que le siège passager est toujours vide. Dans un froncement de sourcils il allume les quelques spots du plafonnier, et baisse la vitre à l’opposée de la sienne, plantant son regard dans celui d’Elizabeth, toujours postée dehors a quelques mètres de la voiture.

— Je peux savoir ce que tu fous?

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· Re: — daddy issues ((koa)) · Mer 22 Juin - 16:13
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Quatre ans étaient passés, et Koa Thompson restait toujours aussi viscéralement, profondément, irrésistiblement insupportable. Elle était revenue à Windmont Bay en espérant que tous les fantômes de son passé auraient disparus avec le temps, que plus rien ni personne ne la rattache avec l’être qu’elle fut et qu’elle avait étouffé avec toutes les ambitions que l’on plaçait sur ses frêles épaules. Ne restait alors que l’ombre d’elle-même, noire jusqu’au fond de l’âme, et cela lui convenait parfaitement. La première fois qu’elle aperçut le garçon accoudé au bar du Silver Dragons, riant aux éclats avec le bras-droit de Maru qu’elle haïssait de tout son coeur, elle ne le reconnut pas dans l’immédiat. Ses premières pensées furent dispensées au physique avantageux de l’inconnu et au charme évident qui émanait de sa personne, quelle ne fut donc pas sa déception lorsqu’elle identifia sans peine la voix de cet adolescent emmerdant qu’elle dut se taper trop longtemps dans les réceptions données par ses grands-parents. Il avait survécu aux affres du temps, celui qu’elle aurait aimé ne jamais revoir. Et il empiétait sur son territoire. Devenu petit chien du gouvernement, le fossé entre les adversaires ne cessait de se creuser, ils avaient chacun choisi un camp, étaient désormais ennemis, cette fois, officiellement. Ça lui aurait arraché le coeur de l’admettre, mais chaque fois que ses orbes se posaient sur sa silhouette lorsqu’elle dansait, un sentiment de curiosité l’éprenait, une sorte d’intérêt malsain pour cet être détestable qui se révélait beaucoup moins boring que prévu. Parker et lui semblaient relativement proches, ce dernier ne semblait pas entièrement se cacher de ses activités illégales, ainsi Thompson devait le savoir, est-ce qu’il l’acceptait ? Est-ce qu’il y participait ?

Et la curiosité semblait devenir peu à peu fascination, le petit soldat faisait bien tâche dans le décor vermillon du club, et Elizabeth s’amusait à le lui rappeler, ce à quoi il répliquait qu’une teinture de cheveux et quelques tatouages ne suffiraient pas à tuer son passé humiliant, ce temps où elle acceptait tout sans jamais répliquer, même le pire.

En position de faiblesse, pas sur son terrain cette fois-ci, elle ne répond rien à son énième attaque, se contente de hausser nonchalamment les épaules comme si ça lui était bien égal, quand en réalité les incendies intérieurs ne cessent de se démultiplier et de la consumer jusqu’aux os. L’insolence ne meurt jamais, elle tapote gentiment le sommet du crâne de l’agent qui la libère de sa geôle. Gentil chien, le félicite-t-elle d’un ton mielleux, avant de foncer sans un regard pour ses persécuteurs vers la sortie, se postant devant la réceptionniste qui ne peut s’empêcher de fixer la gamine démoniaque de ses grands yeux ronds, tandis que son sauveur remplit sagement les papiers nécessaires à la libération. Et oui, c’est avec moi qu’il couche, déçue ?, lâche-t-elle d’un ton amusé, sourire hypocrite qui s’adresse à la femme aux joues désormais rouge vif, qui daigne enfin la lâcher du regard pour baisser piteusement les iris au sol. Ridicule, Eli le pense si fort que ses yeux en roulent dans leurs orbites, soupir peu nécessairement bruyant qui brise le lourd silence ayant suivi ses mots.

L’agent bégaie un « bonne soirée, capitaine Thompson », ce qui semble décocher un insupportable rictus à son héros de la nuit. Un air dégoûté s’esquisse sur son visage à son murmure, les sourcils qui se froncent et sa tête se secoue légèrement de droite à gauche. Alors c’est ça le genre de truc qui t’excite, capitaine Thompson ? T’es si cliché, les militaires sont vraiment tous les mêmes, crache-t-elle sans ménagement, les bras croisés et fixés à sa poitrine dénudée, gelée par le froid qui les lacère en s’engouffrant à l’extérieur, elle commence à foncer à l’autre bout de parking, prête à entreprendre une marche de plusieurs kilomètres sur ses talons douloureux. Elle était particulièrement en rogne ce soir, les émotions exacerbées par les drogues, et surtout, sa lamentable défaite face à lui. L’air glacial et son corps fatigué la font légèrement ralentir le rythme, ainsi, lorsqu’elle arrive à niveau du monstrueux véhicule du pilote, ce dernier s’y est déjà glissé, et a eu le temps d’ouvrir sa fenêtre pour s’adresser à elle. Elle fronce les sourcils, méfiante face à la proposition sous-entendue dans sa question. Tu veux me ramener chez moi ?  Elle observe le véhicule. Il semble y faire meilleur. Les sièges en cuir ont l’air plutôt confortables. Ses opales se portent vers le kilomètre de route qui se déroule devant le commissariat, éclairé par des lampadaires grésillants. Peu hospitalier. Puis à nouveau, elle le regarde à lui, hésite encore quelques secondes, avant de se décider. Puisque t’insistes, grand prince, murmure-t-elle avant de monter dans l’habitacle. À l’arrière.  
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· Re: — daddy issues ((koa)) · Jeu 28 Juil - 12:58
Il ne dira rien. Mais il relève dans un léger froncement de sourcils, le mensonge que la brune profère à la secrétaire d’un ton acerbe. Venant de littéralement n’importe quelle (autre) femme, il aurait gardé cette réflexion dans un coin de sa tête, un nota bene pour plus tard. Mais la résonance de cette blague était tout autre dans la bouche Elizabeth Esposito. Elle le haïssait viscéralement, c’était entièrement réciproque. La haine comme fondement de leur relation. La haine comme fil rouge toutes ces années durant. Enfance, adolescence… Rien n’annonçait un changement de dynamique, si ce n’est peut être le facteur temps. L’âge. Ce genre d’allusion était une première. Jamais auparavant l’un s’était risqué à ce genre de pique, mais après cinq années de silence, Elizabeth ouvrait le bal. Et bien que sous la surprise il ne rétorque pas, les paroles de la jeune femme ne créent pas moins d’impact pour autant.
Et inévitablement il y repense. Cette pensée complètement folle qui avait traversé son esprit quelques instants plus tôt. Celle qu’il s’était empressé de chasser. Cette même pensée refait surface et marque un temps. Latente. Le haut le coeur n’est pas loin, mais le caractère intrigant de cette même idée retient son estomac. Il refuse. C’était une question de respect pour sa propre personne.
Sérieusement Koa? Pense t-il.
Il se dégoutait. Elle le dégoutait. Il en était persuadé. Ou essayait-il de s’en persuader…? Vomis mental. Il secoue la tête comme pour mettre un terme au process de cette réflexion improbable, accueillant l’air frais dans une expiration de soulagement qu’il ignorait retenir jusqu’ici.

« Puisque t’insistes, grand prince. »
Elle cède. S’assoit sur la banquette arrière. Il reste appuyé sur l’accoudoir, le regard fixé, ou plutôt perdu dans la pénombre depuis que la jeune femme s’est éclipsé de son champs de vision. Même après que la portière ai claqué, il reste ainsi quelques secondes supplémentaires. Il se redresse à peine et porte son regard sur sa passagère à l’arrière du véhicule. Si l’insolence était une personne… Il la toise tandis qu’elle s’installe confortablement, bouclant même sa ceinture. Il détiendra sa lèvre inférieure entre ses dents pour retenir un sourire qui arrivera à ses fins, laissant place à un rire. Franc. Grave. Alors qu’il se retourne enfin pour mettre le contact, secouant légèrement la tête. Plus un ! Pense t-il, amusé, mais se garde bien de la féliciter.

— Ahhhhh… Putain… -murmure t-il pour lui même, un sourire perceptible dans voix malgré le faible volume de celle ci. Il lance la soufflerie sur le tableau de bord, connecte son téléphone, laissant le ronronnement du moteur couvrir le silence qu’il brisera rapidement en se retournant vers la jeune femme. Il jette sur ses genoux un hoodie noir, et lui indique de l’enfiler d’un simple mouvement du menton.

— Juste je ne suis pas chauffeur Uber, et je doute fortement que tu habites toujours au même endroit… Et je n’ai pas l’intention de te ramener au Silver, donc… — un air plus sérieux se dessine sur ses traits, palpable également dans le ton de sa voix. Sa phrase laissé en suspend, il fait un petit geste de la main dans l’attente d’une réponse.

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Elizabeth Esposito
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· Re: — daddy issues ((koa)) · Mer 24 Aoû - 10:43
SAT 16.APR.2022

DADDY ISSUES



La différence de température lorsque l’air chaud de la ventilation vient souffler sur ses jambes la fait frissonner, détestable sensation de bien-être qui l’éprend sur le territoire ennemi. Habituellement, l’agaçant rire de Koa Thompson aurait déclenché une tentative de meurtre par les yeux chez elle, mais cette fois ci, le son sonnait différemment, son rire sonnait… plus sincère. L’éternelle expression de dégoût se substitue cette fois ci alors à un regard curieux et interrogatif trahissant la confusion qui s’empare d’elle lorsqu’elle se surprend à se questionner sur sa réaction, à lui accorder de l’attention. Son air étonné pourrait presque lui donner des airs de gamine naïve, le tissu qui arrive brusquement sur ses genoux la tire subitement de sa torpeur. Et bien qu’elle aurait aimé lui cracher qu’elle ne porterait jamais un truc qui pue son odeur de sale petit chien de l’armée, elle avait bien trop froid pour jouer aux plus malignes, alors elle l’enfile sans rechigner. Le pire dans tout ça, c’est qu’il sent bon.

Les orbes sombres à peine arrivées sur elle qu’elle soutient immédiatement son regard, un sourcil qui se hausse dans l’incompréhension. Donc ?, répète-t-elle pour souligner qu’elle ne saisit pas où il veut en venir. Et alors qu’enfin les connexions neuronales bouchées par les substances finissent par se réveiller, ses traits se décomposent, la confusion laissant alors place à l’ébahissement. Oh... Tu veux me ramener chez toi ?, question rhétorique prononcé dans un demi-sourire goguenard, elle secoue la tête en soupirant, comme si cette situation lui était déjà arrivée mille fois ((ce n’est pas le cas)). Si tu voulais passer la nuit avec moi, il suffisait de me demander tu sais. Normalement, c’est… ses yeux s’évadent vers la vitre, elle mime un décompte sur ses doigts. 1000$, mais pour toi ce sera 1500. Fière de ses effets, elle croise les bras sur sa poitrine recouverte par le sweat, yeux perçants qui retrouvent les siens, guerre qui n’en finira jamais.

De toute façon, elle s’en fichait bien Elizabeth, elle ne compte plus les nuits qu’elle a passé sur le béton mouillé, dans des squats où la mort la guettait de près, chez des étrangers dont elle ne savait rien. Chez Koa, ce n’était pas pire que toutes les autres fois, alors quand la voiture démarre, elle s’enfonce dans son siège et pose la tête contre la vitre. Inconsciemment, son nez plonge dans les tissus du vêtement prêté pour en respirer l’odeur douce, qui contraste avec toutes les essences humées cette nuit.  
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